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Ade line Qué raux

Alpes

ailleurs d’ailleurs

Suisse

Les chemins d’ anniviers

Pierre Vallet

Entre val d’Hérens et Turtmanntal, le val d’Anniviers est l’une des sept grandes vallées latérales de la large vallée du Rhône. Joyaux du Valais, chacune d’elles renferme ses secrets. Le sociologue et ethnologue anniviard Bernard Crettaz nous en livre une partie. De la civilisation de la vache à celle du tourisme, de villages en alpages, il nous emmène à la rencontre de femmes et d’hommes qui font toute cette identité.

Le village de chandolin, est le troisième plus haut village d’Europe, après Saint-Véran (Hautes-Alpes) et Sestrières (Italie). C’est dans ce paisible lieu, à 2 000 mètres d’altitude, que la voyageuse et écrivaine Ella Maillart avait l’habitude de poser ses valises. 72


Alpes

d’ailleurs

Val d’Anniviers

Pierre Vallet

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Bernard Crettaz, sociologue et ethnologue anniviard

OT Sierre-Anniviers

lié au fait que les vaches donnaient tant et tant de lait que les hommes n’avaient pas besoin de travailler. » Un pays d’abondance, jusqu’à la chute : « Un jour, un mendiant vint réclamer l’aumône, mais le cœur des habitants était si endurci dans la richesse qu’ils la lui refusèrent. Ce mendiant, suivant les versions, était soit le Christ déguisé soit un pauvre. Alors la montagne paradisiaque devint inhospitalière. Là où il y avait des prairies merveilleuses peuplées par cette vache d’abondance, ce ne furent plus que chutes de pierres, déserts de glace et de froid. Les hommes durent quitter ce paradis perdu et descendre dans la vallée. On va avoir une disjonction entre la vache, qui reste en haut pour le lait, et la vie en plaine, pour le vin. Entre les deux, il faudra marcher. C’est le point de départ, avec les exigences économiques fondamentales, de notre existence de nomades, la marche permanente entre la vigne en plaine, le village,

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le mayen (maison en montagne) et l’alpage. Pour le chercheur que je suis, un mythe est d’autant plus fort qu’il est accompagné d’un rite. Le rite qui était au cœur de cette vallée de nomades lui a donné son nom. Anniviers veut dire “les chemins de l’année”. » Les Anniviards pratiquaient ainsi le “remuage”, partageant leur temps entre la plaine, le village, le mayen et l’alpage. Plusieurs fois par an, les familles partaient sur les chemins avec leur mulet. En décembre, on montait au mayen pour permettre au bétail de manger le foin ; en mars, on descendait à Sierre pour s’occuper de la vigne ; en avril et mai, on était au village pour les semailles ; en juin, on était au mayen avant l’inalpe des vaches ; en juillet et août, on faisait les foins et les regains (faucher l’herbe des pâturages) ; en automne, on montait au mayen pour la pâture des vaches alors qu’une partie de la famille descendait au village pour les récoltes et à Sierre pour les vendanges. On imagine avec quelle difficulté ces nomades franchissaient les obstacles naturels qui jalonnent l’entrée de la vallée pour gagner Sierre. D’un lieu d’habitation à l’autre, on changeait de voisins. Les habitants, par cette pratique de transhumance,

auraient développé une plus grande souplesse d’esprit. Sur ce dernier point, Bernard Crettaz nous réserve une nouvelle surprise. « C’est une première pour moi, et je pense que ça va déplaire à quelques Anniviards, je vais maintenant vous présenter quatre femmes, qu’on appelle ici des “amoïches”… »

La révolution des amoïches À l’invitation du sociologue, Adriana, AnneLise, Myriam et Évelyne, les quatre “amoïches”, sont au rendez-vous à l’Office de tourisme de Zinal. Amoïche… drôle de nom qui évoquerait plutôt celui d’une tribu d’Indiens… Mais ces femmes n’ont rien qui les caractérise – en apparence – des Anniviards croisés en chemin. « L’amoïche, nous éclaire Bernard Crettaz, était la vache étrangère au troupeau. Au printemps, pour avoir plus de lait, on faisait venir des vaches extérieures à la vallée. Elles étaient très importantes pour nous, mais elles demeuraient étrangères, on ne pouvait les amener sur les pâturages communs. Le nom d’amoïche s’est transmis aux femmes venues de l’extérieur. » Donner un nom de vache aux femmes, quelle idée ! Mais ces femmes-là, au lieu de s’en offusquer, s’en amusent. « Ce n’est jamais dit sur un ton méchant,

Pierre Vallet

« à l’origine, Anniviers signifiait “Les chemins de l’année”… » Pierre Vallet

acets serrés et route à flanc de falaise. Derrière un bus jaune de la Poste suisse, on prend le temps de regarder le paysage, minéral et creusé de vides. Depuis Sierre, l’accès au val d’Anniviers interroge, inévitablement, sur les conditions d’accessibilité au temps Évelyne, Myriam, Anne-Lise des marcheurs et des premières voitures. et Adriana. Ces quatre femmes étrangères sont parfois appelées Anniviers, au premier abord rude et abrupt, ici “amoïches”, un nom donné s’adoucit après quelques kilomètres. Des autrefois aux vaches que l’on faisait villages apparaissent entre les forêts et les venir de l’extérieur de la vallée. Un nom qui les amuse et qu’elles alpages. Nous avons rendez-vous à Zinal avouent porter avec fierté. avec Bernard Crettaz. Là, à la naissance des glaciers couronnés de plusieurs pour Bernard Crettaz, “4 000” – Weisshorn, Zinalrothorn, sociologue et ethnologue originaire d’Anniviers, qui fut Obergabelhorn, Cervin et Dent Blanche –, longtemps conservateur du musée le sociologue et ethnologue anniviard, d’Ethnographie de Genève, la vallée qui fut un emblématique conservateur du est un éternel sujet d’étude. musée d’Ethnographie de Genève, nous attend. Scénario imprimé et plié dans le sac à dos, nous roulons vers le fond de la vallée, en se doutant, dans les grandes lignes, de ce qui nous allons découvrir, mais avec la certitude que ce séjour nous réserve de belles surprises. Au lieu de rendez-vous, Bernard Crettaz nous attend. Les cheveux ébouriffés par le vent et l’œil vif derrière des petites lunettes rectangulaires. On y lit l’impatience et la malice. Il nous invite à nous asseoir à la table d’un restaurant et, avec une voix pleine de mystère et d’excitation, nous plonge d’emblée dans un étonnant récit, celui des mythes fondateurs du val d’Anniviers. « La montagne était autrefois un paradis,

Virginie gourmelen, bergère à l’alpage de Nava, garde un troupeau de 80 vaches de la race Hérens. L’alpage est essentiellement composé de femmes qui le tiennent avec passion depuis plusieurs années.

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d’ailleurs

« Vous savez que ces montagnes, bien qu’elles soient moitié moins hautes, rappellent étrangement celles de l’himalaya ? »

val d’anniviers

c’est plutôt taquin, estime Myriam, française, qui dirige un supermarché à Zinal. Je pense même que c’est un avantage d’être amoïche parce qu’on n’appartient à aucun clan. » « Je suis fière d’être amoïche, poursuit Adriana, mais je suis aussi fière de mon identité italienne. Il ne me viendrait jamais à l’idée de dire que je suis anniviarde. Amoïche met finalement un mot sur une réalité qui existe partout. » Toutes sont venues ici par amour, rejoindre leurs Anniviards de maris, ont fait des enfants « qui se sentent aujourd’hui très anniviards », affirme Anne-Lise, Neuchâteloise. Pour Bernard Crettaz, les amoïches apportent ici une extraordinaire force de création, « elles sont en train de nous bousculer, nous, les gens du pays, en nous disant : “Nous avons des choses à transmettre à nos enfants, vous devez nous les donner !” ». Effectivement, ces femmes, qui demandent aujourd’hui les clés de la mémoire des Anniviards ouvrent la culture anniviarde sur l’extérieur. Elles s’investissent dans la vie locale et auraient aussi ouvert la voie aux femmes de la vallée qui n’avaient pas toujours leur mot à dire sur les affaires publiques.

Samivel, citant Ella Maillart dans Les Yeux d’Ella, article publié dans Mélanges, dédié à Ella Maillart à l’occasion de ses 80 ans, 1983.

D’une amoïche à l’autre, nous partons maintenant pour le village de Chandolin, sur les traces d’une illustre habitante de la vallée, Ella Maillart. Perché à 2 000 mètres d’altitude, Chandolin est le troisième village le plus haut d’Europe, après Saint-Véran et Sestrières. C’est peut-être pour cela que l’éternelle voyageuse, écrivaine et photographe d’origine genevoise, avait décidé d’y établir son point d’ancrage. En 1946, à l’invitation du peintre Edmond Bille, après une longue série de voyages de Moscou à l’Inde, elle découvre Chandolin et est immédiatement conquise par la beauté et le silence qui s’en dégagent. Après une vie de nomade, elle décide de s’y installer six mois de l’année et d’y construire son chalet, “Atchala”. Lorsqu’elle décède, le 27 mars 1997, à l’âge de 94 ans, les Chandolinards créent un espace dédié à sa mémoire. On y trouve, bien sûr, des photos et des objets l’ayant accompagnée dans ses périples, mais aussi des traces de ses nombreux récits. Comme celui de cet étonnant voyage au cœur de la Chine, entre 1934 et 1935, en compagnie de Peter Fleming, journaliste au Times et agent secret, qui inspira le personnage de James Bond à son frère, Ian Fleming. La vie d’Ella Maillart est un roman, que l’on parcourt ici avec une émotion particulière. Des admirateurs viennent régulièrement à Chandolin pour marcher dans ses pas. Mais ici, elle était aussi connue pour être une “étrangère” qui ne se laisse pas marcher dessus. « Elle avait un fort caractère,

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Le refuge d’Ella


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Val d’Anniviers

Bernard Crettaz, sociologue et ethnologue anniviard

de l’été. Chacune porte la marque de l’alpage, la date de fabrication et le nom de son propriétaire. Les fromages ont une grande importance dans la vallée, y compris dans un rituel ancestral, que le sociologue doit nous présenter plus tard.

Des filles à l’alpage

Pierre Vallet

Mais pour l’heure, nous allons à la rencontre d’un autre symbole, la vache d’Hérens. Plus haut, Virginie et Sandra veillent sur 80 bêtes appartenant à une trentaine de propriétaires. Armand file directement voir les siennes et les gratifie d’une lourde tape au-dessus du museau. Virginie, qui effectue sa quatrième saison à l’alpage, passe sa journée à surveiller les vaches. Une surveillance active, car sur un petit carnet, elle note toutes les luttes entre bêtes afin d’établir un classement. Les combats de reines sont la raison de vibrer des

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propriétaires et tous, comme Armand, montent les voir régulièrement et se tiennent au courant du palmarès de leurs lutteuses. « Quand les gens ont appris que des filles allaient tenir l’alpage, ça a fait causer. Armand nous a encouragées, mais il était assez sceptique », se souvient Virginie en riant. « Parce que, chez nous, les femmes n’étaient jamais montées à l’alpage », explique Armand. Une fois la surprise passée, les preuves faites, elles avouent être chouchoutées par les propriétaires.

le vin du glacier De l’alpage au fromage… nous nous rendons au prochain rendez-vous. Bernard Crettaz nous y attend avec son « frère de lait, qui est aussi, de temps en temps, frère de vin. (On) a été ensemble dans les bons et mauvais coups ». C’est pour nous présenter une tradition anniviarde que nous retrouvons André Melly devant sa cave, à Vissoie, en compagnie de son fils Jérôme. Tous deux gardent une grosse clé qui ouvre sur leur trésor. Des channes (pichets d’étain), des fromages et, surtout, des tonneaux très anciens qui contiennent un vin spécifique à Anniviers : le vin du glacier. Une tradition a poussé les Anniviards à faire vieillir leur vin, mais aussi leurs fromages à

raclette, de façon extrêmement poussée : « Le jour de son mariage, on mettait en cave le fromage et le vin en prévision du jour de son enterrement, explique Bernard Crettaz. Cela s’est arrêté à la génération de nos parents. Il reste encore une ou deux personnes qui le font. André a repris la tradition, et jamais je n’aurais pensé qu’il le ferait. » Dans un tonneau qui daterait de 1786, il fait vieillir son vin et en prélève une toute petite partie à de grandes occasions. Notre venue en est une aujourd’hui : André Melly nous tend un verre de vin doré. En bouche, l’arôme entêtant des années surgit avec un goût de porto. « Une fois qu’on a goûté ce fromage qui te prend la langue puis ce vin qui te le fait passer, il y a quelque chose qui va directement dans le cortex et qui te fait passer la douleur du décès », assure Jérôme Melly. « Le repas d’enterrement avait un côté social, il réunissait de nombreuses personnes qui s’étaient déplacées depuis Sierre, Sion… On se devait de les restaurer. » André a confié à son fils Jérôme les secrets pour organiser son enterrement et entretenir ce vin précieux. « Mon père m’a appris à rafraîchir les tonneaux, on ajoute de la rèze (cépages ancien), de l’ermitage (autre cépage)… sur le fond de vin ancien. Un rituel qui se fait dans une solennité presque mystique. » Un deuxième fond de verre délie un peu plus les langues. André Melly,

Pierre Vallet

« imaginez les gars d’ici, lorsqu’ils ont vu arriver des pâtresses françaises ! » Pierre Vallet

un franc-parler qui agaçait un peu, souligne Walti Zuber, chandolinard qui l’a bien connue. Elle était farouchement opposée au tourisme – ce qui peut se comprendre, elle était venue ici pour avoir la paix. Mais elle comprenait aussi que c’était un mal nécessaire. » Pour Bernard Crettaz, Ella Maillart fut une des premières à voir le développement d’Anniviers « avec une préconscience écologique ». Le lendemain de cette riche journée, Bernard Crettaz nous donne rendez-vous avec de nouvelles “étrangères”. Direction cette fois-ci un alpage tenu par des femmes, en compagnie Autour de la chapelle d’Armand Genoud, anniviard, qui monte de vissoie, un parcours plusieurs fois par semaine à l’alpage photographique invite le promeneur à découvrir de Nava pour saluer ses bêtes. « Ici, la vallée et ses traditions. l’alpage est communautaire, propriété de plusieurs personnes, on appelle cela “Mousse”, fromagère un consortage d’alpage, précise Bernard à l’alpage de nava (ci-dessous), fabrique deux fois Crettaz. Les bergères, françaises, font par jour du fromage à raclette un fromage excellent et maintiennent avec le lait de 80 vaches. une autorité extraordinaire. Imaginez les gars d’ici, lorsqu’ils ont vu arriver des “pâtresses” françaises ! Elles sont pour moi une très belle image de résistance au machisme ambiant. » Sur les premières hauteurs de l’alpage, dans le chalet, Bénédicte, petite blonde qui se fait appeler Mousse, est en plein nettoyage de la cuve qui sert à la fabrication de la raclette. Sur l’ordinateur, la musique africaine rythme son travail. La jeune fromagère nous emmène voir ses fromages à la cave. Plus de 700 meules seront fabriquées au cours

Armand Genoud, habitant de la vallée, a renoué il y a de nombreuses années avec la tradition de l’élevage de vaches de la race Hérens. L’été, il rend visite plusieurs fois par semaine à ses bêtes qui sont en consortage d’alpage, système qui regroupe plusieurs propriétaires.

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Photo : JB Pont.ch

Au fond de la vallée, l’enchaînement des hauts sommets offre un panorama grandiose : Weisshorn (4 505 m), Zinalrothorn (4 221 m), Besso (3 668 m), Obergabelhorn (4 063 m), Cervin (4 478 m) et Dent Blanche (4 357 m).

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« Découverte d’un nouvel horizon : la raideur du sentier et la solitude étaient comme une initiation à un nouveau monde. Il y a quelque chose de virginal dans cette région quasi inhabitée… » Texte extrait du Carnet de voyage d’Ella Maillart, écrit après sa découverte de la vallée d’Anniviers, en 1946.


Alpes

d’ailleurs

la civilisation du joli

Maisons et raccards de bois noirci rehaussés de touches de géraniums. Pierre Vallet

Le chemin du vin du glacier nous mène à Grimentz, village emblématique d’Anniviers, choisi dès le XIXe siècle pour représenter l’image “typique” du village suisse. Image qui a amorcé la réflexion de Bernard Crettaz sur la “disneylandisation” ou “chaletisation” des Alpes. Nous y voilà, au cœur de ce qu’il désigne aussi comme « le grand bricolage des Alpes ». Les maisons et raccards (granges traditionnelles) de bois noirci rehaussés de larges

Pierre Vallet

touches de géraniums rouges ne sont pas inélégants et rappellent les images du Tyrol, de Zermatt ou de certaines vallées des Savoies. Mais c’est justement cette ressemblance d’une vallée ou d’une frontière à l’autre que Bernard Crettaz tient à dénoncer. La montagne authentique, selon le sociologue, n’existe pas : « C’est un mélange entre des courants divers, venus d’au-delà des cols. L’idée d’une vraie montagne est une fumisterie. Nous valons mieux que cette typicité dans laquelle on nous a enfermés. » Pour nous proposer une autre vision de Grimentz, Bernard Crettaz nous invite à parcourir le village avec Urbain Kittel, promoteur et architecte des lieux. Longtemps parti travailler à Zurich puis à l’étranger, celui-ci est revenu en 1965, à l’appel des Anniviards, pour développer la station. Face à l’abandon des alpages, il participe à la relance des combats de reines et des étables en consortage (associations de

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copropriétaires ou d’exploitants) et, côté urbanisme, il entreprend la construction de plusieurs programmes immobiliers. « J’ai essayé de faire un compromis entre l’ancien et les exigences modernes en reprenant les grandes lignes de l’architecture traditionnelle. Mais j’avoue, avec du recul, que beaucoup d’erreurs ont été commises, il y a des constructions que je ne ferais plus aujourd’hui, il faut contextualiser. » Ce qu’il regrette, ce sont deux bâtiments édifiés dans les années 1970. « Aujourd’hui, je les abaisserais de dix mètres pour mieux les insérer dans le paysage. » Malgré tout, l’ensemble reste cohérent, avec en fil rouge les géraniums. « Cela ajoute peut-être un côté Disneyland, mais c’est un plaisir pour les habitants et les touristes », estime-t-il.

nouveaux nomades Il est temps de redescendre de “Grimentzland”, vers Sierre. En chemin, Bernard Crettaz nous propose un arrêt au cimetière de Vissoie. Ses racines et sa famille sont là, mais l’endroit fait aussi l’objet d’une recherche qui l’occupe depuis des années : les rites liés à la mort. On revient sur les mythes

du paradis perdu. La boucle est presque bouclée. Nous reprenons la route pour Sierre. Dans un entrepôt des cars postaux de Sierre, autour d’un vieux bus désossé, trois hommes s’affairent. « C’est un bus de 1941, explique Laurent Flück, blouse grise et mains noircies de cambouis. Quand il sera remonté, on le repeindra couleur jaune Poste, comme à l’origine. Nous le ferons rouler dans la vallée pour des visites à thèmes autour de la mémoire. » Il reste encore beaucoup de travail aux mécaniciens. Chaque pièce est démontée, nettoyée, remontée… « Ils vont redonner la mémoire aux Anniviards qui circulaient à pied, en camion ou à mulet et qui ont découvert un jour le luxe des cars postaux », s’émeut Bernard Crettaz. « Et nous allons embaucher Bernard pour faire des conférences dans le bus, s’amusent Gérald Clivaz et Sébastien Bonnard, mécaniciens, mais il faudra rallonger les courses, nous n’aurons jamais assez d’une journée ! Il nous transmettra une partie de son savoir pour qu’on puisse, tout en roulant, raconter les histoires de la vallée. » Anniviers est en train d’inventer un nouveau genre de remuage, cette fois-ci autour de sa mémoire. Le bus, et son fameux Klaxon à trois tons, va bientôt véhiculer de nouveaux nomades sur les chemins à l’année.  

Pierre Vallet

d’une voix grave, se met à chanter l’histoire du vin des glaciers. « Il faut marcher longtemps sur les chemins de pieeerre pour mériter ce vin qu’on appelle le glacieeeer… » À Grimentz, dans la cave André melly (ci-contre) entretient de vieux fromages de la bourgeoisie, on entretient un autre et le fameux vin du glacier. vin du glacier et chaque dégustation est un moment rare et solennel. Jean Vouardoux Le chemin des planètes, ouvre la porte et montre volontiers un tonneau sur les hauteurs de Saint-Luc (en bas). de 1886. Ici, le fonctionnement n’est pas tout à fait le même, la cave appartient à la Les mécaniciens de Sierre bourgeoisie. La bourgeoisie désigne, selon (ci-dessous) restaurent un vieux le mot originaire de l’allemand Burg, une bus de 1941 qui servira à des visites de la vallée. notion d’appartenance propre à la Suisse. Chaque citoyen, selon les divers cantons, doit appartenir à une bourgeoisie. « On ne peut être suisse sans être bourgeois de quelque part », avance Jean Vouardoux. Le vin se déguste ici à l’occasion de l’assemblée annuelle de la bourgeoisie, le deuxième samedi de janvier, mais les entorses amicales à la règle sont fréquentes.

Pierre Vallet

Val d’Anniviers

Le village de Grimentz, et ses maisons ornées de géraniums rouges, est depuis le XIXe siècle typique du joli village suisse.


Alpes

sélection Saint-Luc Tél. 0041 27 476 17 10 ; www.saint-luc.ch Chandolin Tél. 0041 27 476 17 15 ; www.chandolin.ch Grimentz/Saint-Jean Tél. 0041 27 476 17 00 ; www.grimentz.ch Zinal Tél. 0041 27 476 17 05 ; www.zinal.ch

Sierre-Anniviers Marketing Tél. 0041 848 848 027 ; www.sierre-anniviers.ch

Livres

Situation : le val d’Anniviers est situé dans le canton du Valais, entre le val d’Hérens et la Turtmanntal (vallée de Tourtemagne), accessible depuis la sortie Sierre-Ouest. Au niveau du village de Vissoie, le val d’Anniviers se sépare en deux vallons : le val de Moiry et le val de Zinal. Le 1er janvier 2009, les communes suisses d’Ayer, Chandolin, Grimentz, Saint-Jean, Saint-Luc et Vissoie ont fusionné en une seule, Anniviers. La commune d’Anniviers compte aujourd’hui environ 2 600 habitants. Altitude : les villages de la vallée s’étagent jusqu’à 1 965 mètres d’altitude (Chandolin). Dans l’environnement proche, on compte cinq sommets de plus de 4 000 mètres : Weisshorn (4 506 m), Zinalrothorn (4 221 m), Obergabelhorn (4 063 m), Dent Blanche (4 357 m) et le Cervin (4 478 m).

Contacts

Fiche d’identité

val d’Anniviers

Suisse Tourisme 11 bis, rue Scribe, 75009 Paris. Tél. 00 800 100 200 30 (numéro international gratuit) ; www.myswitzerland.com

Le Curé, le promoteur, la vache, la femme et le président, que reste-t-il de notre procession ? Bernard Crettaz. Éd. Porte-Plume, 2008. Parcours historique de Zinal. Adriana Tenda Claude. Éd. Société de développement de Zinal, 2010. Chandolin d’Anniviers. Photographies et textes d’Ella Maillart. Association Les Amis d’Ella Maillart, 2007.

L’observatoire de Saint-Luc et le chemin des planètes

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u-dessus du village de SaintLuc, à 2 200 mètres d’altitude, à l’arrivée du funiculaire SaintLuc - Tignousa, l’observatoire François-Xavier Bagnoud (du nom d’un jeune pilote valaisan décédé pendant le Paris-Dakar dans un accident d’hélicoptère) permet, grâce à Frédéric, son animateur, de se promener dans les étoiles. La journée, des projections en 3D sont proposées et, le soir, de 22 heures à minuit, un puissant télescope permet de percer les mystères de l’univers. Au

départ de l’observatoire, un chemin des planètes permet, sur une promenade de 6 kilomètres, de découvrir le système solaire. Un mètre représente un million de kilomètres. On peut ainsi, à l’échelle de la marche, apprécier la distance entre les planètes, matérialisées par de très belles sculptures. Le chemin surplombe la vallée. Un bel itinéraire à faire en famille.

Rens. et inscriptions aux soirées astronomiques, tél. 0041 27 476 17 10 ou 0041 27 475 58 08 www.ofxb.ch

la course Sierre-Zinal

5 km

Appelée aussi “course des cinq 4 000”, la Sierre-Zinal est l’une des plus anciennes et prestigieuses courses de montagne. Pour sa 39e édition, le 12 août, plus de 3 000 coureurs sont attendus et pas des moindres puisque 31 kilomètres, 2 200 mètres de montée et 800 mètres de descente les attendent. Un dépassement physique dans des paysages magnifiques, sous les yeux des paisibles troupeaux de vaches Hérens. Renseignements à l’Office de tourisme de Zinal, tél. 0041 27 475 41 61 ; www.sierre-zinal.com

Pierre Vallet

Val d’Ann i v i ers St-Jean Grimentz

Pierre Vallet

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Le Bella Tola

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lus de cent cinquante ans d’histoire n’ont rien enlevé à la vitalité de ce bel hôtel, classé parmi les prestigieux établissements historiques suisses. Construit en 1859 par Pierre Pont, un guide de montagne, dans le village de Saint-Luc pour accueillir les alpinistes anglais, le grand hôtel aux volets bleus a été repris par un couple de passionnés, Anne-Françoise et Claude BuchsFavre. Formés dans une grande école hôtelière suisse, ils ont fait de ce vieux vaisseau un lieu au charme unique. Originaire d’Anniviers, Anne-Françoise, qui avait pendant son adolescence travaillé à l’hôtel, ne pensait pas avoir le plaisir d’y revenir un jour. Elle l’a décoré avec goût, en respectant l’âme du lieu. Chaque espace commun, comme la grande salle du petit déjeuner, invite soit à la détente soit à se ravir les yeux. Seule grande concession faite à la modernité : le spa, et sa piscine avec vue qui surplombe la vallée, juste à côté d’un raccard de bois bruni qui rappelle que nous sommes bien en Valais… Hôtel Bella Tola, Saint-Luc, tél. 0041 27 475 14 44 ; www.bellatola.ch

Où manger ? Le Beausite

Grillades, entrecôte aux morilles, tagliatelles à la valaisanne, viandes et fromages d’Anniviers… Le contenu des assiettes n’est pas seulement beau, il est délicieux. Saint-Luc, tél. 0041 27 475 15 86 ; www.lebeausite.ch

Où dormir ? Hôtel Weisshorn

À voir, à faire L’espace Ella Maillart

Installé au cœur de Chandolin, il retrace son parcours d’exploratrice, écrivaine, photographe, conférencière… Des photographies, dessins, articles, affiches, objets et la projection d’entretiens filmés Perché à 2 337 mètres permettent d’entrer d’altitude, l’hôtel dans les mondes d’Ella. surplombe la vallée Hôtel-restaurant Office de tourisme depuis 1882. Dans ce de Moiry phare dans la montagne, de Chandolin, tél. 0041 27 475 18 38 ; on profite d’un panorama unique et les www.ellamaillart.ch et www.chandolin.ch chambres simples mais confortables permettent Grimentz de s’immerger dans et sa bourgeoisie l’ambiance des vieux Chaque lundi, il est hôtels du XIXe siècle. possible de visiter La cuisine, à base de gratuitement le village L’adresse pour déguster produits locaux, est et ses ruelles fleuries savoureuse. L’hôtel une succulente raclette en compagnie d’un est accessible par le valaisanne cuite au feu éminent guide anniviard, de bois. À faire glisser sur funiculaire de Tignousa Jean Vouardoux, mais les pommes de terre et la (à Saint-Luc), compter aussi d’entrer dans la charcuterie valaisanne… ensuite une à deux maison bourgeoisiale heures de marche, par La famille Salamin et sa fameuse cave qui le sentier des planètes, propose également enferme le vin du glacier. pour y arriver. des chambres. Office de tourisme Grimentz, Saint-Luc, de Grimentz tél. 0041 27 475 11 44 ; tél. 0041 27 475 11 06 ; tél. 0041 27 476 17 00 ; www.hotel-grimentz www.weisshorn.ch www.grimentz.ch

Hôtel-restaurant Europe

Pizzas, röstis, viandes… la cuisine est simple et bonne, élaborée avec des produits du terroir. Zinal, tél. 0047 27 475 44 04 ; www.europezinal.ch

Chez Ida

La véranda très cosy et d’esprit Belle Époque de l’hôtel Bella Tola accueille un restaurant qui n’est pas ouvert qu’aux clients de l’hôtel. La cuisine y est particulièrement raffinée et adaptée aux produits de saison. Saint-Luc, tél. 0041 27 475 14 44 ; www.bellatola.ch

La Pointe de Zinal

Deux étoiles pour cet hôtel cosy où Sandra et Julien réservent un accueil chaleureux dans un cadre simple, style chalet de montagne, avec des chambres confortables. Après avoir travaillé pour de grands établissements suisses, le couple a choisi de poser ses valises ici. En cuisine, Julien prépare des plats créatifs avec des produits locaux et de saison. Depuis peu, la maison fabrique même sa propre bière ! Zinal, tél. 0041 27 475 11 64 ; www.lapointedezinal.ch

Animations à l’alpage

Tout au long de l’été, l’association Pro Ponchet propose des animations autour de l’alpage de Ponchet, situé sur la commune de Chandolin, comme cueillir et goûter les plantes, de la céramique, du yoga, construire un mur en pierres sèches, un atelier d’écriture… Du 7 juillet au 19 août, des bénévoles de l’association tiennent aussi une buvette où sont proposés, dans la bonne humeur, boissons et petits plats. Tél. 0041 79 464 03 58 ; www.ponchet.ch

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Alpes magazine, mai 2012