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THE SCORPIONS

RED HOT CHILI PEPPERS

GREEN DAY

AC/DC

#1

#1 JANVIER 2013

THE ROLLING STONES 50 ans de légende Interview exclusive

LOU REED

De retour après 16 ans

SOUNDGARDEN

Un nouvel album collector

LED ZEPPELIN DANS LE MANOEUVRE SHOW

A 00001 - 1 - F : 3,69€


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#1

BlackSheep magazine est le nouveau magazine rock par excelence. Mais pourquoi ce nom, BlackSheep ? Le mouton noir en français ? Tout simplement car le mouton noir c’est celui qui s’égare du troupeau, celui qui ne fait pas comme tout le monde, et qui n’en n’a rien a foutre ! Ce mouton change de trajectoire et migre vers le Rock and Roll, la musique du « Devil ». C’est le vilain petit canard (ou plutôt le vilain petit mouton). Vous l’aurez compris notre magazine ne fait pas comme tout le monde avec un nom qui sonne et qui résonne parfaitement pour se démarquer et se faire entendre. Afin que vous saliviez et soyez pressés de nous lire, BlackSheep sortira du troupeau une fois par mois. Et oui, toutes les bonnes choses se font attendre et désirer. Alors vous trouvez les autres magazines trop sages pour vous ? Égarez vous aussi comme nous le faisons. Rendez-vous tous les 1ers du mois. Rebellez-vous et sortez du troupeau, plongez dans l’underground, surfez sur la vague du Rock and Roll et découvrez de nouveaux horizons. Et comme on dit dans la maison BlackSheep, « Rock N’ Roll will never die. »

ANNA BEDNARIK ET SARAH PRONIER

THE ROLLING STONES 50 ans de légende

Pages 12 à 19

Page 20

Page 37

Soundgarden

RHCP

Lou reed

Page 5

Page 7

BlackSheep #1 Janvier 2013 Rédacteurs : Sarah Pronier & Anna Bednarik Maquette : Sarah Pronier & Anna Bednarik Directeurs de la publication : Anna Bednarik & Sarah Pronier Illustration : Anna Bednarik Publicité et partenariat : Ian Gillian iangillian@blacksheep.com Impression : Parnascopy 33 avenue du Maine, Paris 15e imprimé en France

SARAH PRONIER

Sponsors : Philippe Manoeuvre, Keith Richards, Angus Young Dépot Légal : à parution N° ISSN : 2116-4673 Commission paritaire : 0516 K 90854 Abonnement : BlackSheep Magazine - ABO 666 avenue de la corde cassée Paris 7e

Agenda Jukebox time Télégramme Interviews Lou Reed Red Hot Chili Peppers Aqua Nebula Oscillator Dossier Rolling Stones Rockeurs Soundgarden Concrete Knives Spector The Eighties Matchbox Le saviez-vous ? Manoeuvre Show Art rock Où sortir ? Quoi de rock ici ? Shopping time

ANNA BEDNARIK

Les dates concerts

p2

La playlist du mois

p3

Les news et les actus

p4

Musicien mais aussi photographe

p 10

Dernière album et dernière tournée

p 12

Zoom sur son 3e album

p 16

Débrief sur leur concert, leur carrière

p 20

Le retour après 16 années

p 32

Nouveau Label, nouvel album

p 34

Groupe londonien en norme

p 36

Reformation de la bande de Brighton

p 38

Bob Marley à l’honneur

p 40

Phil Man décripte Led Zeppelin

p 42

Illustration et Dookie, Green Day

p 47

Le bar la Féline, Paris

p 48

La ville de Nashville

p 49

Sélection du mois

p 50

Nashville

Page 38

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JANVIER

FÉVRIER

BB BUNES

KEVIN COSTNER

23/01/2013 à 20h00 LA COOPERATIVE DE MAI CLERMONT FERRAND

15/02/2013 à 20h00

ZENITH PARIS - LA VILLETTE.

MARS

AVRIL

THE DARKNESS 09/03/2013 à 19h30

ZENITH PARIS - LA VILLETTE.

GOJIRA 09/04/2013 à 20h00 LE BATACLAN - PARIS 11

BLLY TALENT 31/01/2013 à 20h00 LE BATACLAN - PARIS 11

BLOC PARTY 20/02/2013 à 20h00

ZENITH PARIS - LA VILLETTE.

MADNESS 11/03/2013 à 19h30 LE TRIANON - PARIS 18

LILLY WOOD 31/01/2013 à 20h00 SALLE VICTOIRE 2 ST JEAN DE VEDAS

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BJÖRK 21/02/2013 à 20h00

GRAND CHAPITEAU CIRQUE BOULOGNE BILLANCOURT

THE KILLERS 12/03/2013 à 20h00

ZENITH PARIS - LA VILLETTE.

PATTI SMITH 23/04/2013 à 20h00 PRINTEMPS DE BOURGES

EELS 24/04/2013 à 20h00 LE TRIANON - PARIS 18


1. Bob Dylan - Like a Rolling Stone 2. Led Zeppelin - Strairway To Heaven 3. Chuck Berry - Johnny B. Goode 4. The Beach Boys - Good Vibrations 5. Aretha Franklin - Respect 6. Jimi Hendrix - Purple Haze 7. Queen - Bohemian Rhapsody 8. Lynyrd Skynyrd - Free Bird 9. Elvis Presley - Hound Dog 10. Téléphone - Hygiaphone

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LES AUSTRALIENS DE INXS RENDENT LE MEDIATOR

ALT-J Avec son premier album « An Awesome Wave », le groupe de Leccls a remporté le Mercury Prize, Parmi les autres nommés : Django Django, The Maccabees, Richard Hawley et Michael Kiwanuka.

Le groupe de rock australien INXS arrête les concerts après 35 ans sur la route. Le batteur Jon Farriss a annoncé la fin des tournées pour son groupe lors d’un concert à Perth (à l’ouest de l’Australie). Formé en 1977, INXS a sorti son premier album éponyme en 1980. Ils ont connu le succès avec des tubes comme « Devil Inside », et avait survécu à la mort de leur chanteur en 1997. Dans son communiqué, le groupe australien a rendu hommage à leur ami: « C’était nous six contre le reste du monde et soudainement, sans explication, nous étions cinq… ».

LES REVENANTS LES CRAMBERRIES RÉSCUCITENT

ATOMS FOR PEACE Ce groupe composé de Thom Yorkc, Nigel Godrich, Joey Waronker, Flea et Mauro Refresco publiera début 2013 « Amok ». son premier album. Un super groupe né ainsi selon Yorke : « Nous traînions chez Flea, nous étions un peu cuits, on a joué au billard et écouté du Fêla Kuti toute la nuit. »

DEPECHE MODE Le groupe de Basildon se remet en mouvement : un nouvel album est prévu pour le printemps et une pléiade de concerts programmée. Pour la France, ce sera le Stade de France (15 juin) et les arènes de Nîmes (16 juillet). 4

S’il existe une chanson que le public français chante en version yaourt, c’est bien celle qui propulsa le groupe The Cranberries au sommet des hits parades. Et pourtant, peu le savent mais Zombie, c’est le titre, est une chanson très sérieuse et contestataire qui évoque le conflit nord-irlandais et contient des références à l’Insurrection de

Pâques de 1916. Mais même en sachant cela, beaucoup, au Zenith d’Auvergne lundi soir devrait hurler des trucs du genre « Ynioéééhé, Ynioééhéhéhé... sa avé, sa avé... » Retour avec « Roses ». Mais ce sont surtout les chansons de son dernier album sorti en février que le quatuor irlandais défendra sur la scène du Zénith demain soir. En 2011, la chanteuse Dolores O’Rior-

dan et ses trois accolytes retournent en studio à Toronto pour l’enregistrement de 15 chansons inédites, avec la collaboration de Stephen Street, producteur britannique qui avait déjà travaillé sur trois de leurs albums précédents dont No Need to Argue. Au final 11  titres feront Roses pour  le grand plaisir des fans qui attendait leur depuis 2001.


BARON WOLMAN S’EXPOSE À PARIS

UN PIRATE À BORD LE RETOUR D’AEROSMITH On ne change pas de vieux pirates. C’est dans le plus ancien club de strip-tease de Londres que le groupe de hard rock Aerosmith annonçait, le 17 octobre, son retour, onze ans après son dernier album inédit, et présentait son 15e album studio, « Music From Another Dimension! ». Leur meilleur depuis « Pump », en 1989, avec trois ballades taillées pour le succès, « What Could Have Been Love », « We all Fall Down » et « Can’t Stop Lovin’you », et le retour des riffs de guitares bruts qui ont fait leur signature, comme sur le titre « Freedom Fighter » avec Johnny Depp. Seuls les leaders de ce groupe américain qui a vendu 150 millions d’albums et influencé REM, Guns N’ Roses et Metallica assurent la promotion, le guitariste Joe Perry, 62 ans, et le chanteur Steven Tyler, 64 ans. Quarante ans après avoir fondé Aerosmith, ces deux « survivants » n’ont changé ni de style ni d’attitude. Tyler est le show man qui débarque au bras de créatures court vêtues, Perry l’âme sombre, qui parle peu et fuit les mondanités. Leur duo est de la race des couples du rock, JaggerRichards des Stones, Daltrey-Townsend des Who, qui carburent à l’antagonisme, qui s’aiment autant qu’ils se détestent.Lorsqu’on les retrouve, le lendemain, dans un palace londonien, l’interview en duo est tombée à l’eau. Il y a justement de l’eau dans le gaz. « Notre histoire est une comédie de famille, ironise Joe Perry, cigarette au bec et bière à la main. Ce groupe est si fou, si dysfonctionnel. Seul Jack Douglas, notre vieux producteur, pouvait nous rassembler sur cet album et réussir à ce que, pour la première fois, on fournisse tous des chansons. Dans les années 1990, notre maison de disques et MTV avaient pris le pouvoir. Ils voulaient des tubes, que d’autres écrivaient pour nous. Ce disque, au moins, c’est le nôtre ! ». Dans une autre suite de l’hôtel,

Steven Tyler avoue que « tous les albums d’Aerosmith sont des miracles, mais celui-là en particulier. Imaginez, il y a deux ans, le groupe voulait me remplacer et cherchait un autre chanteur ! Depuis, j’ai vécu des choses terribles, un divorce, la mort de mes parents, deux opérations, on m’a annoncé à tort une tumeur au cerveau… Et le groupe m’a abandonné. J’étais en colère après eux, j’ai cherché un autre job, je suis parti faire l’émission « American Idol » ( NDLR : le télé-crochet qui a inspiré « Nouvelle Star » en France) Le flamboyant Steven Tyler en a gros sur la patate. « N’importe quel autre chanteur aurait déjà quitté le groupe cinq fois. » En plein entretien, la star enlève chausson et chaussette pour nous montrer ses doigts de pied atrophiés, recouverts de pansements. « Ce que je raconte dans mon autobiographie* est vrai, insiste-t-il. Si je suis tombé de scène lors d’un concert en 2009, c’est à cause des médicaments que je prenais contre les douleurs aux pieds et à la hanche, pas à cause des drogues ni de l’alcool. Je suis sobre depuis douze ans. Et depuis deux ans, on l’est tous dans le groupe. Enfin, je crois. » Steven Tyler et Joe Perry ne sont pas surnommés les Toxic Twins ( « jumeaux toxiques » ) par

Les Who live au Filmore, Zappa à Laurel Canyon, Syd Barrett avant sa descente aux enfers, sans oublier Ike & Tina Turner, Janis Joplin, Grâce Slick, Johnny Cash et tant d’autres : les photos de Baron Wolman sont intimement liées à la culture rock des sixties. Il fut le premier photographe d’un petit magazine underground du nom de RollingStone. À ce titre, il vit défiler devant son objectif toute l’aristocratie du rock et son principal talent fut sans doute d’instaurer une proximité assez rare avec ses (prestigieux) modèles. On doit à Wolman cette image où Jerry Garcia, le guitariste du Dead, révéla incidemment sa légère infirmité (un doigt coupé). Autant de clichés « historiques » que l’on (re)découvrira dès le 7 décembre dans la très belle exposition parisienne qui lui est consacrée. « Baron Wolman Saw The Music », 14, rue des Jardins-Saint-Paul, 75004 Paris

hasard. Ils personnifient, depuis les années 1970, le triptyque « sexe, drogue, rock’n’roll ». Un jour, le chanteur a déclaré avoir dépensé vingt  millions de dollars en substances illicites. « Probablement dix millions, corrige-t-il, mais Keith Richards et Grateful Dead en ont pris pour cinquante! Je suis un chanteur célèbre, un père célèbre (NDLR : sa fille est l’actrice Liv Tyler ), un drogué célèbre, je n’ai plus rien à cacher… » « Music From Another Dimension! », dernier album pour Sony, sera-t-il le dernier tout court ? Steven Tyler n’en sait rien. « Qui peut le dire ? Ce que je sais, c’est que j’ai envie de faire un album solo, mon premier. Et que l’an prochain, Aerosmith va se lancer dans une tournée mondiale et jouer en France. J’adore votre pays, j’y ai vécu tellement d’aventures, comme cette nuit où je me suis retrouvé seul face à un énorme sanglier. » De son côté, Joe Perry a beau promettre qu’« Aerosmith sera le dernier groupe rock debout », il n’est sûr que d’une chose. « Je vais me mettre à l’écriture d’un livre, j’ai besoin moi aussi de raconter ma version de l’histoire. » Elle promet.

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T.N.T, 1975

HIGH VOLTAGE, 1976

DIRTY DEEDS DONE DIRT CHEAP, 1976

LET THERE BE ROCK, 1977

POWERAGE, 1978

HIGHWAY TO HELL, 1979

BACK IN BLACK, 1980

FOR THOSE ABOUT TO ROCK, 1981

FLICK OF THE SWITCH, 1983

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‘74 JAILBREAK, 1984

FLY ON THE WALL, 1985

WHO MADE WHO, 1986

THE RAZORS EDGE, 1990

BALLBREAKER, 1995

STIFF UPPER LIP, 2000

BLACK ICE, 2008

ON ENTERRE LA HACHE DE GUERRE AC/DC ENFIN SUR ITUNES L'intégralité du catalogue du groupe AC/DC sera prochainement disponible sur iTunes, ont annoncé lundi Columbia Records et Apple. Au total 16 albums studios dont les mythiques « High Voltage » et « Back in Black » seront disponibles en offre numérique. Ces deux opus figurent déjà dans le classement Top 30 de la plateforme d'Apple en plus de deux autres albums du groupe australien classés dans le Top 100 et plusieurs titres présents dans le Top 200 des singles. AC/DC faisait partie des quelques groupes d'irréductibles qui refusaient jusqu'alors de commercialiser leur musique en ligne. Il y a deux ans de cela, Apple avait signé un accord avec la maison de disques des Beatles, EMI Group et leurs ayantdroits pour pouvoir distribuer les chansons des Fab'Four sur leur plateforme. Kid Rock, un autre rocker longtemps réfractaire à la distribution digitale a sorti lundi son nouvel album « Rebel Soul », aussi disponible sur le magasin en ligne iTunes.

Selon Sivio Pietroluongo, directeur des classements du magazine de référence Billboard, le revirement d'AC/DC n'a rien de choquant. « Je pense que c'est une chose par laquelle les artistes doivent passer pour que leur musique puisse atteindre leurs fans et ainsi gagner plus d'argent », a-t-il commenté. « Avec le niveau où sont tombées les ventes physiques de Cds, les tournées sont devenues la source principale de revenus pour les artistes, mais tous ne sont pas équipés pour être 200 jours par an sur la route et générer les gains qu'il en attendent ». AC/DC proposera également quatre albums live et trois compilations sur la pateforme d'Apple. Les titres ont été remastérises pour iTunes, précise un communiqué de la maison de disques. Le premier album live du groupe depuis 20 ans, « Live at River Plate », est attendu cette semaine dans les bacs.


THE WIND OF CHANGE

CHAQUE MOIS UN ALBUM DE LÉGENDE À NE PAS RATER

LES SCORPIONS PIQUENT ENCORE

THE CLASH LONDON CALLING

Jeudi 22 novembre, vers 17 heures, un attroupement commence à se former devant les portes du parc des expos. J’ai bien fait d’arriver trois heures avant le début du spectacle, sinon je me serais retrouvé dans le fond de la salle. À 65 euros la place, c’eût été dommage. Il ne fait pas chaud mais c’est supportable : c’est fou ce que les gens sont capables de supporter parfois ! Vers 18 heures 30, on nous laisse enfin entrer, au deuxième rang près de l’avantscène, une place de choix. À 20 heures tapantes, une bande d’olibrius envahit la scène : The Electric Ducks, un groupe de Montpellier, chargé de chauffer la salle, tâche dont ils s’acquittent parfaitement. À 21 heures, enfin, ceux qu’on attendait apparaissent et ça commence fort. Scorpions est un groupe de hard rock, qu’on se le dise ! Ils ont plus de 60 ans mais l’énergie reste intacte. Klaus Meine, le chanteur, a gardé sa voix intacte. Je me suis toujours demandé comment les chanteurs de rock faisaient pour « gueuler » pendant deux heures sans se casser la voix. Matthias Jabs, le guitariste solo est un peu plus jeune. Sa virtuosité est extraordinaire, le « son » de Scorpions, c’est lui. Rudolf Schenker, à la guitare rythmique, est le compositeur attitré du groupe. Le bassiste, Pawel Maciwoda, a l’air d’un jeunot. Il est un peu emprunté sur scène. Quant au batteur, James Kottak, il est complètement déjanté ou peut-être avait-il abusé du fameux breuvage de la région. Un spectacle mené tambour battant sans une seconde de répit, quelques ballades nous permettent de souffler un peu. Ah ! « Send me an Angel » suivie de « Holiday���» et le public est en transe. Vers 22 heures 30, Klaus Meine nous dit merci et au revoir. Mais on n’est pas dupes, on sait qu’il manque « La » chanson que tout le monde attend. Le public manifeste et supplie, c’est la règle ! Evidemment, ils ne se font pas prier longtemps : « Still loving you », on l’a entendu mille fois, mais cette fois ils sont devant nous pour nous l’offrir : plus de six minutes de grâce. Ils enchainent avec « Wind of change », le public est comblé. Vers onze heures, c’est plus de cinq mille personnes ravies qui s’égayent sur les routes, provoquant un joli embouteillage bien comme il faut.

London Calling est le troisième album du groupe britannique The Clash, édité par CBS Records et sorti le 14 décembre 1979 au Royaume-Uni. Album rock de référence, ce disque polyvalent mêle de nombreux styles : ska, pop, new wave, rockabilly, jazz, soul et reggae. Les thèmes abordés et dénoncés à travers les morceaux sont le chômage, la consommation de drogues, les conflits raciaux, la politique ainsi que les responsabilités des adultes dans la société. Avec ce double album, le groupe souhaite alors marquer sa différence avec le reste du mouvement punk qu’il juge sur le déclin. Vendu à près de deux millions d’exemplaires dans le monde, l’album est certifié disque de platine aux États-Unis et permet aux Clash de sortir du microcosme punk. Après un premier album jugé trop brut par CBS Records, le groupe a pour souhait de trouver le succès à l’étranger, et notamment aux États-Unis. Avec un budget plus important, il décide de quitter le Royaume-Uni et d’enregistrer son second album intitulé Give ‘Em Enough Rope avec Sandy Pearlman, connu pour avoir produit Blue Öyster Cult, un groupe de hard rock américain des années 1970. Malgré la présence de quelques titres phares comme Tommy Gun et English Civil War, le succès n’est pas au rendez-vous à la sortie du disque, l’album étant jugé trop américanisé. Après ce second album et de retour en Angleterre, le groupe se sépare de son manager Bernard Rhodes.

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PARIS ROCKE ! IL NE FAUDRA PAS ÊTRE EN RETARD En octobre, Depeche Mode et les Stones ont créé l’événement dans la capitale. L’espace de quelques jours, on a pu avoir l’illusion que Paris était devenue la capitale du rock. C’est Dépêche Mode qui a donné le coup d’envoi, le 23 octobre, avec une conférence de presse organisée pour des journalistes venus de tous les coins d’Europe. But du jeu  : annoncer une tournée et la sortie d’un nouvel album l’année prochaine. « On parle de tournée 2013 et d’un disque, ces trucslà n’ont donc pas de nom ? », lance BlackSheep à l’adresse des musiciens. « Non ! », rétorque Fletcher, relayé par Gahan : « On est encore en train de travailler dessus. » On n’en apprendra guère plus sinon que le World Tour de Depeche Mode débutera le 7 mai prochain à Tel Aviv avec une escale au Stade de France le 15 juin. Les Stones avaient aussi choisi Paris pour asséner

SO LONG : TERRY CALLIER

Il est décédé chez lui, à Chicago, le 29 octobre dernier. Il avait 67 ans. Terry Callier fait ses débuts dans plusieurs formations doo-wop et passe une audition chez Chess Records à l’âge de 17 ans. Il enregistrera un ultime album en 2009, Hidden Conversations.On entendra enfin son titre « You’re Goin’ Miss Your Candyman » sur la bande originale du film Intouchables.

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l’un de ces coups médiatiques dont ils ont le secret : un « secret gig » dans une petite salle ( Trabendo ) avec des places à prix modiques ( 15 euros, mais plus de 300 au marché noir ) vendues au dernier moment comme le veut la tradition. Devant quelque 600 privilégiés, le gang de Jagger s’offrit une petite répète en public, revisitant quelques classiques tels que « It’s Only Rock’n’Roll », « Jumpin’ Jack Flash », « Tumbling Dice » et autres « Brown Sugar ». Plus ironiquement, les Stones donnaient un deuxième concert à Mogador, le 29, pour un fond d’investissement devant 700 banquiers. On ignore le montant du cachet versé par la société de gestion au groupe pour cette petite sauterie au cours de laquelle Sir Mick n’a pas pu s’empêcher de décocher une petite pique à l’adresse du président Hollande. Si c’est pas être un gros rebelle, ça ! D’autres concerts parisiens en étaient encore au stade de la rumeur au moment où ce numéro partait à l’imprimerie.

STARMAN IS BACK ON EARTH Après des années de secret, le rocker de 66 ans met fin aux rumeurs et revient sous les projecteurs avec un nouvel album prévu en mars. Réactivant son site officiel à l’occasion de son 66e anniversaire ( il est né un 8 janvier, comme Elvis Presley, douze ans avant lui ), Bowie a dévoilé « Where Are We Now? », composition inédite annonçant un album le 11 mars prochain. Une surprise totale pour ceux qui pensaient que l’homme en avait terminé avec une carrière qui compte parmi les plus belles de toute la musique populaire.


SOPHIE HUNGER AIME LES JEUX DANGEREUX UN NOUVEL ALBUM ET PAS DE MALHEURS FLEETWOOD MAC La chanteuse et pianiste suisse revient avec un nouvel album, énergique et chaleureux, naviguant entre jazz, rock et folk. Les pieds encore meurtris par le tournage, Sophie Hunger ne s’étend pas sur la vidéo de « LikeLikeLike ». « On y a passé deux jours, indiquet-elle sobrement, avant de s’asseoir sur un canapé de cet appartement à deux pas du canal Saint-Martin. Je ne sais pas si cette chanson est très représentative de l’album, mais bon… » Enregistré en France (à Carpentras) et à Los Angeles, The Danger of Light est le quatrième album de Sophie Hunger, qui peine à justifier ce titre  : « Je savais qu’on me poserait la question, mais je n’en avais aucune idée jusqu’à ce que mon agent me téléphone et me presse de

lui en donner un. J’étais dans la rue, j’ai regardé le soleil et j’ai dit  : The Danger of Light, sans penser à une quelconque explication. » Si elle vit toujours à Zurich, Sophie Hunger, de son vrai nom Emilie Jeanne-Sophie Welti, se sent à Paris comme chez elle. Elle évoque sa rencontre, après un concert, avec le producteur américain Samuel Adams, un familier de Daniel Lanois, qui lui a suggéré une expérience jusqu’ici inédite pour elle : « Il voulait enregistrer live autant que possible, et faire plusieurs sessions à différents endroits, avec mes musiciens, mais aussi avec d’autres que je ne connaissais pas. Je pense qu’il voulait me mettre la pression. Je cherchais justement à perdre le contrôle, à me laisser aller. L’absence d’intention est importante, à mon avis, pour faire un disque. » Ses

démos ainsi transcendées, souvent en très peu de prises, vont servir une savoureuse dynamique musicale entre jazz, folk, americana et rock, avec des cuivres omniprésents, qui dialoguent presque avec la voix d’Hunger, plus intense que jamais, sur « LileLikeLike » et « The Fallen ». L’esprit sixties de «  Rererevolution  », en souvenir du Jefferson Airplane, se teinte de douceur en version slow sur « Heharun » avec un solo surréaliste du guitariste Josh Klinghoffer (Red Hot Chili Peppers, PJ Harvey). « C’est ma chanson préférée de l’album, avoue-t-elle. Nous avons fait cinq prises superbes, à chaque fois différentes, jusqu’à ce moment de génie ! » Un moment de génie qui n’est certes pas le seul de ce Danger of Light.

PETIT MAIS COSTAUD !

Stevie Nicks, Lindsay Liuckingham, John McVie et Mick Fleetwood ont prévu de donner des concerts ensemble à partir d’avril, liuckingham a même évoqué l’éventualité d’un nouvel album.

RADIOHEAD Sur eBay, un top rated seller a mis en vente un lot de quatre cassettes démo d’On A Friday (premier nom du groupe d’Oxford). Prix en achat immédiat : 3l 000 euros, frais de port inclus.

LITTLE BARRIE, KING OF THE WAVES Voilà enfin un rock’n’roll électrique et hédoniste comme on n’en voit que trop peu depuis les années 60, l’âge d’or du genre… Si le groupe du chanteur et guitariste Barrie Cadogan semble venir de nulle part, il a déjà publié deux albums remarqués en Angleterre et l’a définitivement conquise avec celui-ci. Non content de compter le fils de Steve Howe (le guitariste de Yes) dans ses rangs, le trio bénéficie aussi du parrainage bienveillant d’Edwyn Collins, qui lui prête son studio tout en jouant le rôle de producteur VIP. Précédé de ces indices prometteurs, King of the Waves mérite toute l’attention qu’on lui porte. Avec onze titres, balançant entre garage et blues de haut niveau, dont se détachent des tubes comme « Surf Hell », « How Come », « Precious Pressure » ou « Money in Paper » (avec Collins aux chœurs), Little Barrie s’impose comme un grand groupe de rock en devenir. The Animals ou The Stone Roses peuvent apprécier le travail de leurs héritiers.

LIBERTINES Il y a dix ans sortait « Up The Braeket », le premier album Libertines. Des nouvelles récentes de son héros ? Peter Doherly est ce mois-ci tricard des trains SNCF, pourvoi d’un « charriot contenant de la charcuterie et des couverts ». 9


LOU REED UNE NOUVELLE PASSION POUR L’EX VELVET Hier, il écrivait des morceaux nommés Heroin, s’injectait des amphétamines en intraveineuse et vivait avec un travesti du nom de Rachel. Aujourd’hui, il n’aime pas les fumeurs et pense être photographe. Dans la vie, il y a des moments pénibles. Pour les uns, ce peut être la visite chez le dentiste ou le proctologue. Pour d’autres, le cauchemar consiste à interviewer Lou Reed. D’abord parce que le chanteur a toujours voué le plus grand mépris aux journalistes, même si ceux-ci comptent parmi ses ultimes admirateurs et connaissent son oeuvre sur le bout des ongles. Ensuite, parce que Lou Reed n’a pas fait un bon album depuis 1992 (Magic and Loss). Ce qu’il a sorti ces dernières années est souvent très embarrassant. Il y a eu un album pompeux et grotesque sur lequel il mettait en musique des textes d’Edgar Allan Poe (The Raven). Et en 2011, un projet encore plus affligeant: une adaptation « rock and roll » du Lulu d’Alban Berg en collaboration avec les bourrins de Metallica, champions d’un heavy metal bas du front qui n’ont pas dû écouter souvent Sweet Jane ou Walk on the Wild Side. Là, ses plus ardents fans se disaient qu’il avait touché le fond. Ce n’était que le début ! Aujourd’hui, il publie un livre réunissant ses photographies, son nouveau dada. En temps normal, on parlerait de photos amateurs, mais comme il s’agit de Lou Reed, on parle d’art, et l’apprenti photographe a droit aux honneurs du palais de Tokyo, à Paris. Comme les amateurs, Lou Reed fait des photos floues. Comme les amateurs, il ne sait faire des portraits que très serrés (ce qui dis-

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pense de savoir cadrer) et photographie son chien ou sa tata. Et comme les amateurs, parfois, il ne sait pas s’il préfère une photo en couleur ou en noir et blanc, et finit par proposer les deux (l’un des « avantages » de la révolution numérique). Tout ça pour 70 euros seulement... La légende du rock est rencontrée dans une brasserie parisienne près du pont de l’Alma. Alors que ressort en version extraordinaire le premier et mythique album du Velvet Undeground ( The Velvet Underground & Nico - 45th Anniversary Super Deluxe Edition, Universal) remontant à l’époque de sa splendeur, le contraste est frappant entre certains chanteurs comme Bob Dylan ou Leonard Cohen, qui vieillissent avec grâce et dignité, et Lou Reed. À 70 ans, il n’est pas au sommet de sa forme. Il a rétréci. On dirait un insecte d’un mètre soixante-cinq. Sa tête est minuscule, il n’y voit pas grand-chose, ses mains - dont les ongles sont en deuil - tremblent et la voix est pâteuse. Il consacre toutefois beaucoup d’efforts et d’énergie pour montrer à quel point toutes les questions qu’on lui pose sont parfaitement indigentes. Assisteront à cette pénible interview, sans qu’on comprenne bien pourquoi, une assistante et l’auteur français qui, dans les textes du livre en question, compare en toute simplicité ses portraits médiocres à des tableaux de Vélasquez. Le jeu de massacre peut commencer.


Black Sheep Magazine - Alors vous… Lou Reed : Vous fumez ?! Je sens l’odeur du tabac ! J’ai fumé une cigarette il y a dix minutes, c’est vrai. (Furieux) Je déteste ça ! J’ai mis très longtemps à m’arrêter. Je ne supporte pas les gens qui fument. Mais puisque vous savez que c’est dur d’arrêter, vous pouvez me pardonner… Je n’ai pas le choix ! Quelles sont vos questions ? (On notera que Lou Reed impose un nouveau concept : après l’interview non-fumeur, il invente l’interview avec des non-fumeurs, ndlr.) Quand vous êtes-vous intéressé à la photo ? En 1966. Vous êtes-vous mis à la photo parce que vous aviez le sentiment que la musique en tant que moyen d’expression ne vous suffisait plus ? Non. Ça n’a jamais été le cas. C’est juste une autre façon de faire des choses très belles. La plupart de vos chansons regorgent de détails très visuels et possèdent des qualités presque photographiques… C’est vrai. Pensez-vous que la photographie est un art qui permette d’aller plus vite que le processus consistant à écrire des morceaux, organiser un groupe et partir en tournée ? (Atterré) Ecrire une chanson, c’est écrire une chanson. Prendre une photo, c’est prendre une photo. Voyez-vous cette nouvelle activité comme une bouffée d’air frais ? Que voulez-vous dire ? Un renouvellement. Une bouffée d’air frais, -quoi. Tout ça, c’est pareil. J’adore faire de la musique et j’adore faire de la photo.

À propos de ce livre... (Enervé) Je ne fais pas de réponses longues juste pour faire des réponses longues. Oui, c’est oui, non, c’est non. Vous comprenez ?

combien de chansons as-tu écrites aujourd’hui? » Je lui répondais: « Cinq. - Tu es une feignasse, répondait-il. Tu ne fous rien. C’est quoi ton problème ? Tu dois travailler plus. »

Mais bien sûr ! Dans ce livre, il y a des photos classiques et d’autres, beaucoup plus abstraites. Vos goûts en photo sont-ils aussi variés qu’en musique ? On sait que vous aimez autant le rock and roll des années 50 que le free-jazz ou la musique contemporaine... J’ai des goûts variés, oui, même si je m’y connais moins en photo qu’en musique. Mais je m’améliore.

Et le rock and roll dans tout ça? Etes-vous toujours enthousiaste ? J’ai ce trio, le Metal Machine Trio, avec lequel je fais le genre de musique que j’avais créée pour le disque Metal Machine Music en 1975. J’adore jouer avec ce groupe.

Que pensez-vous de la photo numérique, en comparaison avec l’argentique ? J’adore ça, parce qu’on peut voir instantanément ce qu’on vient de photographier. Ce qui permet de corriger dans la foulée si l’on n’est pas satisfait.

Vous avez surpris beaucoup de vos fans lorsque vous avez fait un album avec Metallica, il y a un peu plus d’un an. J’ai entendu dire ça. Et je ne comprends pas. Les musiciens de Metallica connaissaient-ils vos disques? (Air consterné) Ils ne sont pas stupides.

La plupart des photos dans ce livre sont des natures mortes. Il y a comparativement très peu de portraits. C’est parce que je prends beaucoup de photos durant mes tournées, lorsque je me promène seul. Et généralement, il n’y a personne. Et puis, photographier des paysages, c’est pratique: on n’a pas à leur demander de poser. Je ne dis pas « Hé! la montagne, ne bouge pas! » (Il est très fier de sa blaguounette, ndlr.)

Ce n’est pas être stupide que ne pas connaître vos disques. (Il lève les yeux au ciel et soupire, affligé) Quand on travaille avec un musicien, on se renseigne sur ce qu’il a fait auparavant, voyez-vous…

Quels sont vos photographes favoris ? Andy Warhol, Henri Cartier-Bresson, Man Ray, Robert Mapplethorpe, Larry Clark, Ralph Gibson.

Non, ça ira comme ça, merci bien.

Vous êtes-vous déjà demandé si vous auriez pu faire tout cela sans avoir côtoyé les gens de la Factory dans les sixties ? Je ne serais rien sans eux. Quelle merveilleuse éducation cela a été... Je regardais Andy (Warhol, manager et mentor du Velvet Underground, ndlr) travailler, j’étais fasciné. Il n’arrêtait jamais. J’observais son approche, pourquoi il faisait ceci au lieu de cela, comment il le faisait. De quelle manière, pour quelles raisons. Il me disait: « Lou,

Donc vous avez écouté tous les disques de Metallica? (Glacial) Vous avez d’autres questions de ce niveau?

Lou Reed est un peu étonné qu’on s’en aille et marmonne quelques mots à sa cour. Mais comme au Black Sheep Magazine nous avons de l’empathie pour les seniors et prenons au sérieux le problème de la dépendance, dans un grand mouvement de bonté, nous sortons d’un sac 10 CD (Street Corner Symphonies. The Complete Story of Doo Wop, Bear Family) qui viennent de paraître, consacrés au doo wop, genre vocal principalement newyorkais des années 50 que Lou Reed vénère. Médusé, il observe une à une les pochettes pendant de longues minutes. « C’est extraordinaire, dit-il. » 11


RED HOT CHILI PEPPERS «I’M WITH YOU», NOUVEL ALBUM DES RED HOT Après un break de deux ans, les Red Hot reviennent avec un nouvel album et des tournées en perspective. Alors, toujours aussi cinglés les gars ? D’évidence, en ce début juin, l’humeur générale n’est pas exactement à la « Californification » à la Casa del Mar, gros vaisseau hôtelier grand luxe de Santa Monica avec vue imprenable sur le Pacifique et lieu choisi pour les « retrouvailles » des Red Hot Chili Peppers avec la presse internationale. Il y a cinq ans, c’était sur Sunset Boulevard, au Château Marmont, ses bungalows jouant à cache-cache avec les palmiers et leur décadence rock d’antan. Tout un symbole ? L’aveu que nos piments californiens ont définitivement mis au rancart leur rockitude au profit d’une vie bien rangée de quasi-quinquagénaires (en octobre pour le batteur Chad Smith,l’an prochain pour Anthony Kiedis et Flea) revenus de tout ou presque ? Trop simple, forcément, même s’il y a un peu (beaucoup ?) de ça… Quoi qu’il en soit, on sent que la reprise de contacts avec la chose médiatique n’en est encore qu’au stade du rodage pour l’équipage. Pour l’effervescence, on repassera… Plutôt s’en tenir à quelque méthode éprouvée, selon un agenda connu de tous les protagonistes : écoute du nouvel album le matin (variante 2011 : chaque auditeur est équipé… d’un casque !), interview l’après-midi (autre variante 2011  : oubliés les entretiens individuels, on fait dans le deux par deux, Flea et Chad Smith d’un côté, Anthony Kiedis et le petit nouveau, le guitariste Josh Klinghoffer, chargé de faire oublier le récidiviste démissionnaire John Frusciante, de l’autre). Début des hostilités à 11 heures du matin, affaire pliée à 18, voire 17 dans le meilleur des mondes. Pile-poil pour éviter le trafic et être de retour à la casa (l’autre, la vraie) à temps pour le bain des enfants – une épidémie de « fraîche » paternité chez les Peppers –, le dîner et plus si affinités… Pourtant, c’est peu dire qu’il y a matière à discussion, pour peu que l’on veuille aller un peu plus

THE RED HOT CHILI PEPPERS 1984 12

FREAKY STYLEY 1985

« ON N’A PAS LA MOINDRE IDÉE D’OÙ C’EST VENU. MAIS À AUCUN MOMENT ON A ENVISAGÉ UN TRUC PAREIL. JAMAIS ! » FLEA

THE UPLIFT MOFO PARTY PLAN 1987

MOTHER’S MILK 1989

BLOOD SUGAR SEX MAGIK 1991


loin que les simples considérations morphologicovestimentaires des uns et des autres, entre la mèche et la moustache gay friendly d’Anthony Kiedis, le cheveu ras et… bleu roi de Flea, la casquette irrémédiablement vissée sur le crâne et le T-shirt savamment troué pour un Chad Smith dont la ressemblance avec l’acteur Will Ferrer se fait de plus en plus troublante au fil des ans… Nouvel album, nouvel arrivant donc, avec Josh Klinghoffer (aperçu par le passé aux côtés de Beck, PJ Harvey, Tricky, voire sur la précédente tournée des Peppers en tant que claviériste et guitariste supplémentaire), activités « extrascolaires » tous azimuts pour les uns et les autres, surtout Flea (marathon, école de musique, un « rapprochement » remarqué avec Damon Albarn et Tony Allen pour ne s’en tenir qu’aux infos les plus fraîches) et Chad Smith (qui vient alors de conclure les séances d’enregistrement du second album de Chickenfoot, groupe monté de concert avec le guitariste Joe Satriani et les deux ex-Van Halen Sammy Hagar et Michael Anthony, voix et basse respectivement) : on n’a que l’embarras du choix… D’autant que jusqu’à présent, c’est au comptegouttes que les infos ont été distillées, un rythme

ONE HOT MINUTE 1995

CALIFORNICATION 1999

propice à toutes les rumeurs, à commencer par celle du titre présumé de ce nouvel album. Il y a quelques jours encore, certains l’assuraient mordicus, via moult sites notamment : le groupe avait opté pour un aussi sémillant qu’intrigant Dr Johnny Skinz’s Disproportionately Rambunctious Polar Express Machine-Head. On ne répétera pas… D’autant qu’à l’arrivée, rien de tout cela, un plus neutre « I’m With You » faisant l’affaire. Or lorsque viendra l’instant de demander aux intéressés la raison de ce virement, un début d’agacement se fera soudain perceptible dans la suite; Fin du débat. Dommage. Nous, ça nous plaisait plutôt bien, Dr. Johnny Skinz machin chose bidule truc… Largement plus que l’aseptisé I’m With You. L’aveu, là encore, que grain de folie et piments rouges ne font plus bon ménage ? Wouah, lui, tout de suite…

BY THE WAY 2002

STADIUM ARCADIUM 2006

ON NE CHÔME PAS !

Après une série de concerts en 2007, le groupe avait décidé de prendre une pause d’au minimum un an. Lors de cette pause, les membres ont eu différentes activités : John Frusciante s’est consacré à l’écriture de son dernier album, The Empyrean, Flea s’est occupé activement de son école de musique, a fait quelques collaborations musicales, et a aussi sorti sa propre marque de basse FleaBass. Enfin Chad Smith a fondé le supergroupe Chickenfoot avec Michael Anthony, Sammy Hagar et Joe Satriani, il a monté un autre groupe appelé Chad Smith’s Bombastic Meatbats avec lequel il vient de sortir un premier album. De son côté Anthony Kiedis a participé à la création d’une série télévisée sur son enfance.

I’M WITH YOU 2011 13


BlackSheep : Quatre ans avaient passé entre By the Way et Stadium Arcadium ; cinq se sont écoulés entre ce dernier et I’m With You. Tient-on là un rythme de travail désormais immuable chez les Red Hot  Chili Peppers ? Flea : Les albums, c’est du lourd chez nous. Comme les tournées, rarement plus courtes que dix-huit mois. Comme les promotions. Tout ça prend du temps. Mais cette fois, c’est un peu différent, car on a fait un break complet de deux ans. Pourquoi ce break ? Quel en était le besoin à cet instant précis de la carrière du groupe ? Flea, tu avais parlé un temps d’épuisement. De quel genre de fatigue s’agissait-il ? Flea : Une fatigue physique, essentiellement. Nos tournées ont quelque chose de harassant, elles sont pour nous autant d’expériences physiques. Personnellement, je vais toujours très loin dans ce domaine. Et quand ça s’arrête, tu as l’impression d’être vidé pendant un temps assez long. Au-delà de ça, nous en étions arrivés à un moment où le groupe ne se sentait plus vraiment… opérationnel. C’était un sentiment assez diffus entre nous. J’ai alors suggéré que l’on fasse une pause complète de deux ans en s’enlevant le groupe de l’esprit et que l’on voie ce qu’il en ressortirait au bout du compte. Est-ce la première fois que vous en ressentiez à ce point le besoin ? Flea : C’est surtout la première fois que l’on 14

se l’autorisait ! Il y a comme une parfaite concordance pour chacun d’entre nous. En ce qui me concerne, tant pour ma santé mentale que pour mon bien-être créatif, il me fallait prendre le large… Chad Smith : Il faut se souvenir que lorsque John Frusciante a réintégré le groupe en 1998, on a enchaîné écriture-enregistrement-tournéeécriture-enregistrement-tournée et ce, pendant quasiment dix ans. Et si on reste très contents que les gens aient encore envie de nous, de venir nous voir en concert, ce n’est pas sans conséquence à un moment… Flea : Mais on ne se plaint pas, que les choses soient claires Chad Smith : Nous ne sommes pas des rockstars pleurnicheuses ! Dieu nous en préserve… Au contraire, on est comme beaucoup de gens à nos âges, on a eu envie de profiter un peu de la vie, emmener nos mômes à l’école, etc. C’était le moment de le faire. De la même manière que l’on s’y est remis au bon moment, avec une excitation renouvelée à jouer et composer. Et c’est vrai que d’avoir Josh à bord a joué un grand rôle. Précisément, relancer la machine fut-il laborieux  ? Flea : Pas vraiment. Il nous a juste fallu nous adapter à une nouvelle donne. Si on se connaît par cœur Chad, Anthony et moi, on ne savait pas à quoi s’attendre avec Josh dans une relation de travail. Il nous a fallu inventer un nouveau langage, en quelque sorte. C’était aussi très stimulant. Ça n’a pas toujours été simple, c’est

clair. Personnellement, il m’a fallu un peu de temps avant d’accepter de retrouver un mode de fonctionnement ressemblant à celui qui avait été le nôtre par le passé, à savoir s’enfermer ensemble, forger un dialogue musical absolu… Car Josh a une approche de la musique complètement différente de celle de John. Mais c’était bien, à l’arrivée.

UN PEU D’HISTOIRE

Red Hot Chili Peppers (couramment abrégé en Red Hot ou RHCP) est un groupe de rock américain formé en 1983 à Los Angeles. Leur musique mêle principalement des éléments de rock et de funk, avec des influences punk, metal et rap. Les Red Hot Chili Peppers ont commencé à se faire connaître dans des clubs par des prestations très survoltées, avant d’enchaîner de nombreuses apparitions dans les festivals underground. Après la mort tragique du guitariste Hillel Slovak en 1988, ils ont commencé à écrire des textes plus profonds, accompagnés de mélodies plus complexes et recherchées.


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AQUA NEBULA OSCILLATOR UN VAISSEAU DE GUERRIERS A l’heure où tout le monde s’autoproclame psyché, le Français David Spher’Os, démiurge lysergique de ce groupe lourdement heavy, livre sa vision de l’affaire. Authentique pour le moins. Groupe psychédélique ultra violent tenant plus de Hawkwind que des Byrds, Aqua Nebula Oscillator sort son troisième album alors que le groupe se reconstruit difficilement. BlackSheep est allé rencontrer David Spher’Os, leader historique du groupe, dans sa cave pleine de bizarreries vaudoues et occultes pour discuter acide et esprit psychédélique.

VIEUX TRAPPEUR DU PSYCHÉ BlackSheep : Aqua Nebula Oscillator sort son troisième album chez Pan European Recording. Sauf que les musiciens qui ont enregistré ce disque sont partis. Comment cela se passe ? David Spher’Os : À chaque fois que j’ai monté un groupe, c’était un genre de famille : des frères, avec qui je vivais, avec qui on prenait tics trips, avec qui on partageait les meufs… Le problème, c’est que si on ne devient pas les Black Angels avec 8 000 euros par concert, qu’on fait des tournées dont on revient transparent comme une méduse avec 100 euros en poche, c’est trop trash. Il faut être un acharné pour tenir. Résultat des courses, j’en suis à la sixième formation du groupe. J’ai tout lâché pour cela : la sculpture, les expos, je ne peux plus voyager, je n’ai pas de meuf… Si je trouve des jeunes mecs qui ont la foi, ils tiennent trois ans au mieux. Au bout d’un moment, on se défonce trop, on n’en peut plus. Moi j’ai rendu des mecs à deux doigts de chialer à cause des trips, de l’alcool, la zone, la pluie… En même temps, le groupe avait été conçu de cette manière : Aqua Nebula, c’est un vaisseau de guerriers psychédéliques qui débarquent, invoquent l’esprit psyché et se séparent. Parce que le psychédélisme, c’est un esprit qui ne fait que visiter un corps et qui repart aussitôt pour en hanter un autre. Comment invoque-t-on l’esprit du psychédélisme ? Quand j’ai commencé à écouter et faire cette musique, je jouais sur une guitare de gaucher avec une corde. Puis j’ai tout appris sous trip vers 1990. Mon but était de fonder un groupe authentique. Donc ou jouait sous trip avec la ferme intention de faire entrer le public en transe. Au bout d’un moment, on s’est rendu compte que ça marchait mieux sur nous que sur le public. Si tu vois un groupe comme Guru Guru en concert, les mecs disent : « Nous, on ne prend pas de LSD, on est le LSD. » Ce n’est pas une bande de freaks complètement déchirés qui jouent pour eux. Après, on faisait ça en pleine période techno, free party. On était à côté de la plaque, seuls. Mais ça forme l’individu, on devient un vieux trappeur du psyché. 16

Pourtant, le psyché est aujourd’hui à la mode… Tous les gens qui se prétendent psyché, ce n’est pas ça. Les Black Angels, ce n’est pas psyché. Le psyché, c’est ce gros monstre qui nous arrive dans la gueule et qui déchire tout. Hendrix oui, le premier Floyd oui. Il ne peut pas y avoir de formule pour cette musique : on entend quand c’est bon, que c’est cru, monstrueux. Les mecs actuels qui font ces groupes de synthé, ce sont des professeurs : ils ne sont pas du tout délirants. Même Silver Apples, aujourd’hui, je n’écoute plus ses disques. Il me déçoit. Tout cet univers, le LSD, le psyché, comment êtes-vous entré dedans ? Moi j’ai commencé à tripper ultra jeune. D’ailleurs, en comptabilisant, j’ai dû prendre plus de LSD que Hendrix et Morrison réunis. Parce que eux, ils ont fait ça pendant quelques années. Mais moi, ça fait 25 ans maintenant. Ce mode de vie a commencé avec des amis avec qui on est restés quatre ans à répéter dans une cave au Père Lachaise, collés là bas avec la bonne ambiance des esprits et des morts. Et on n’a jamais donné un seul concert. Nos journées c’était : aller à l’étage préparer de la bouffe, prendre des trips et redescendre jouer. On habitait en communauté mais dans un tout petit appart’ pourri avec un nom de groupe crade : Kyste. Il y avait deux potes et moi, plus ma meuf. Donc ça a commencé à tourner mal. Les mecs étaient amoureux de ma copine, on prenait vraiment beaucoup de LSD et l’un d’eux commençait à se prendre pour Charles Manson. Bad. Du coup, je me suis cassé en Angleterre pour larguer cette fille. Elle m’a retrouvé, elle est tombée enceinte. Donc je me suis sauvé en Inde.

LA PROIE IDÉALE En Angleterre vous avez poursuivi l’expérience. C’est là qu’est né Aqua Nebula Oscillator. Qu’étiez-vous parti chercher ? Je te dis ce que j’étais parti chercher : le RMI anglais. Mon but n’était pas vraiment de faire de la musique mais plutôt de fabriquer un freak show avec des costumes pas possibles, des vrais nains et de créer comme une vision psychédélique sur scène. Je voulais monter un vrai cirque avec les camions, les tournées dans les villes… Je jouais avec des gens hyper trash : on faisait des performances défoncés dans des squats, avec une meuf qui s’habillait avec des masques de tarés et un danseur hyper dark qui, tout en noir, faisait des danses au sol déguisé en araignée. Je me mettais au piano, un mec à la basse… À Londres, j’habitais dans des squats, puis dans un bus qu’on essayait tout le temps de me cambrioler. Je me douchais dans les lavabos des pubs… Puis j’ai


vécu 15 jours dans la même piaule que Sky Saxon. On s’engueulait comme deux vieilles. Ce mec, même à 75 ans, n’a jamais retourné sa veste. Après, il était hyper jaloux : si on arrivait avec une fille, il lui faisait : « Non, laisse ce mec, il a des mauvaises énergies. » C’est vraiment un coq. Il avait ressorti les Seeds, et faisait tout le temps des tournées… Comme j’avais baigné dans sa musique gosse, c’était génial...

« EN Y PENSANT, JE PENSE QUE J’AI DÛ PRENDRE PLUS DE LSD QUE HENDRIX ET MORRISON RÉUNIS » Après, vous avez vécu un an en Inde dans une ambiance vraiment étrange… J’habitais Bénarès, l’une des plus vieilles villes du monde, où tous les Indiens viennent mourir. Ils crament leurs cadavres sur les bords du Gange. Du coup, on vit constamment au milieu des corps. En fait, les gens payent le bois pour leur incinération. Quand ils n’en ont pas assez, la moitié de leurs corps reste calciné au sol avant d’être balancé dans le fleuve. C’est un voyage à l’envers : les mecs baisent des chiens, bouffent de la chair humaine, baisent les morts, se mettent les cendres sur eux… C’est hyper religieux : ils vont tellement loin de l’autre côté qu’ils en ressortent purifiés. Après, ils quittent leurs habits noirs, tous les ossements et deviennent des hommes nouveaux. En voyant ces types, je me suis dit : Putain, ces mecs ils rockent ! J’ai rencontré un mec, un ancien batteur de Hawkwind qui était là-bas depuis les années 70-80.Il se faisait appeler Kapalnat et est hyper connu en Inde. Il est tout le temps filmé en train de bouffer des cerveaux mais si tu lui parles et qu’il t’aime bien, il est hyper cool : il te parle de Love, du psyché… On dirait une vieille femme. Je traînais

avec eux, et un autre mec de 95 ans qui changeait de corps. C’était vraiment psyché : ce type, on le voit un jour, c’est un vieux, puis le lendemain, il redevient jeune. En fait, ils apprennent des yogas tarés pour ne jamais mourir, passer d’un corps à un autre. Ils sont vraiment flippants. Ils font de l’hypnose. Une fois, on était en train de parler avec eux et une gonzesse quand le mec se met à regarder ma meuf en lui faisant des « kaboulakaboulaba », des mantras. Il l’hypnotisait et hop, il revenait dans la discussion. Je lui disais : « Qu’est-ce que tu viens de faire ? » et le mec répondait : « Bah, j’ai rien fait, moi. »

LES SOURCES

Créé en 1999 par David Spher’Os, Aqua Nebula Oscilator « capte les ondes qui émanent du cosmos pour lancer sa musique spatiale à la face du monde ». Vaste programme aurait dit un certain Général. Les autres écouteront cette réplique contemporaine des plus grands délires psychédéliques californiens. Mais la forte personnalité de David Spher’Os n’aide pas à stabiliser le combo. Après Londres et la campagne française, le groupe s’installe à Paris et répète hardiment dans une cave du 16ème siècle avec Romain Turzi,

Takumi Iida à la basse et David Alfonso Gallego au chant. En 2003, le groupe traverse l’Europe d’est en ouest. Juan Trip, le batteur du groupe, retrace cette longue tournée dans le film «Van International». En 2007, c’est l’enregistrement du premier album. Le groupe est alors un trio... épaulé par de nombreux invités ! Le disque sort chez Pan European, label créé par Romain Turzi. Un second album sort début 2009 avec le grand retour de Simon à la basse, l’arrivée du québécois Vince Posadzki à la Batterie et le départ.

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LA THÉORIE DU CHAOS

En 2009, après dix ans d’existence et plusieurs changements de line-up, Aqua Nebula Oscillator a signé un deuxième album chez le label français Pan European Recording. Retour sur ce disque « punkadelik » noir et percutant sorti de la tête et des tripes de quatre musiciens bien barrés. Un samedi de soldes dans l’un des magasins de cette chaîne nationale spécialisée dans

la distribution de produits culturels. Jusque là rien d’extraordinaire : trop de monde, d’appels à la consommation et de promos au mètre carré. Pourtant, quelque chose ne colle pas avec le décor : le disque en écoute. Qui donc sont ces musiciens qui emplissent l’enseigne de solos sortis des sixties, de noires litanies, de lignes de basses lancinantes et de roulements de batterie qui feraient frémir un public de hippies fanatiques ? « C’est Aqua Nebula Oscillator. Je continue à les passer même si

Puis il y avait des disparitions à cause des rituels hyper secrets pour Kali, des sacrifices humains. Je me souviens de cette espèce de grosse américaine à la con qui traînait tout le temps avec ce mec et elle lui disait : « Ah non, personne ne sait que je suis ici. » La proie idéale. Le mec lui fait : « Viens, on va à un festival. » Et la meuf, on ne l’a jamais revue. Donc tu peux revenir de tout cela complément taré parce que les mecs te filent du datura sans que tu le saches.

soi, mais une entité sauvage, hyper puissante… C’est génial, ça lave de tout, on se sent bien. Ça reste en soi mais, cela dit, on le perd dans un environnement comme Paris. Dans notre société, il n’y a pas ces questions d’élévation spirituelle. En revanche, il y a des gens qui naissent comme cela. Par exemple, ma mère est complètement hallucinée mais n’a jamais rien pris. Elle a des visions, c’est une mystique catholique. Et puis mes grand-mères tiraient les cartes, ce genre de choses.

UNE GROSSE FUZZ DANS LA GUEULE

Pourtant, sur ce troisième album, vous semblez plutôt désenchanté, ultra violent. L’album est très heavy. Ça veut peut-être dire qu’on a un peu perdu la poésie et la finesse de notre jeunesse, que les gens m’énervent et que j’ai envie de leur en foutre plein la gueule. Je n’ai plus le même esprit. Avant j’aimais mettre plein de sitar, des petites percussions africaines. Là, j’ai simplement envie de shooter dans tout, leur foutre une grosse fuzz dans la gueule avec des chambres d’écho et crier : « Fuck You ! » Cette violence, elle vient aussi du fait que, quand j’ai formé le groupe à Londres, j’ai acheté pour 1 000 euros de speed. On les a descendus en deux mois, avec plein de LSD et tous les mecs du groupe étaient comme moi. C’est pour cela qu’il y a toujours eu cet aspect violent chez Aqua Nebula. Ma nouvelle formation est plus clean. Moi, je suis resté pareil mais le nouveau bassiste, Alexis Raphaelöf,

Tout ça, ce choc culturel, pose la question de l’utilisation des psychotropes dans notre société. On a l’impression que ce type de drogue n’intéresse plus personne… En effet. Moi, je pense que jusqu’à 80 ans je prendrai des trips, ça te remet en position et ça permet de ne pas devenir un… de garder la connexion avec l’autre chose. Les Mexicains par exemple disent qu’il faut prendre du peyotl tous les trois mois, pour se remettre en position. Sinon on perd le truc. Parce que le peyotl, c’est comme un gros soleil qui change toute notre vie, mais en bien. C’est hyper positif. On entre dans le monde des esprits. C’est comme si une entité entrait en 18

des clients m’ont demandé de couper le son » expliquera le vendeur, sourire en coin. Sans concession. Que nous vaut cet enthousiasme ? Peut-être la pochette noire du disque décorée par les visages peints des musiciens ? Ou cette image de rite vaudou et la typographie gothique à l’intérieur ? Réponse avec le premier titre, LSD Therapy, propice à mettre la tête à l’envers. Sons de gratte lourds et négligés, chanteuse ténébreuse et duo basse-batterie qui ne lâche rien, Aqua Nebula Oscillator ça rend fou !

assure grave. On part dans des jams de tarés avec le batteur Adrien qui fais le con. Après, j’aimerais vraiment avoir deux chanteurs pour raconter des histoires de montagnes de cristaux, de fantômes féminins... Bien que votre musique soit dangereuse, on a l’impression que vous en avez complètement retiré toute sexualité... Le rock’n’roll, c’est la musique de transe occidentale. Elvis et ses vibrations avait introduit un truc ultra cul, le truc des Noirs. Ça, on ne l’a pas. Le groove noir, la transe sexuelle, les Blancs sont-ils réellement capables de ça ? C’est un groove des racines, qui vient du fin fond de leur musique.

« CE QUI M’ANIME C’EST LA PASSION D’UNE FEMME »


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LES ROLLING STONES 50 ans de légende Sans vraiment prévenir, après cinq années de silence, le groupe de Dartford a décidé de remonter sur scène à Paris les 25 et 29 octobre derniers au Trabendo et à Mogador. Récit de l’aventure.

Ce matin-là, 2 octobre, jour tranquille à Clichy. Jimmy Page est à New York, il a rencontré et revu Johnny Hallyday, qui donnait un concert en ville. Les photos des deux hommes se retrouvant avec le souvenir de dizaines de séances sixties au compteur fait plaisir à voir. Un nouveau disque des Madness, tiens, ils reviennent. Le coffret Velvet Underground a été perdu par le coursier… La routine, quoi.

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Et puis soudain, Matt reçoit des appels d’un lecteur épaté, Philippe G, qui a une information capitale à transmettre à la cantonnade  : les Rolling Stones ont commencé à répéter en banlieue parisienne. Dans un studio de 2000 mètres carrés où Prince, Iron Maiden et Jacques Dutronc ont peaufiné leurs récents shows. Philippe G nous lit depuis des années mais, pour le coup, il a du mal à cacher une certaine excitation  : les Rolling Stones sont de retour a Paris ! Comme à l’époque des Studios Pathé, quand un cercle de fanatiques avait trouvé la piste de l’endroit où les Rolling Stones mettaient au point leur réponse au punk… Car pour de vrai, notre fan se doutait que quelque chose allait se passer depuis… juillet dernier.


Mick Jagger et Keith Richards lors du concert Ă  Paris le 2 octobre 1972.

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LA RUMEUR EST LÀ, ÉNORME…

MICK JAGGER CHANTEUR ET FONDATEUR

KEITH RICHARDS GUITARISTE ET FONDATEUR

RONNIE WOOD GUITARISTE

CHARLIE WATTS BATTEUR

Actuellement les Rolling Stones comptent quatre membres. Hors durant 50 ans de carrières, le groupe en a connu d’autres, et le célèbre guitariste co-fondateur, Brian Jones, décédé à l’âge de 27 ans. Lors de leurs concerts et séances studios, le groupe fait appel à d’autres nombreux musiciens qui viennent se joindre à la formation. 22

La scène se passe au studio du Palais des Congrès, début juillet. Les BB Brunes terminent alors d’ultimes mix de leur album quand on leur demande de faire une pause, le plus vite possible. Un mystérieux visiteur souhaite inspecter l’endroit pour voir s’il conviendrait à son groupe. Adrien sort dans le couloir et tombe sur Mick Jagger en personne. Finalement, les Stones se positionnent au studio Guillaume Tell, à Suresnes. Mi-juillet, ils finalisent deux titres avec Don Was, « Doom And Gloom » et « One More Shot » destinés à apporter un peu de piment et d’imprévu à la future gross compilation « Grrr ». Un paparazzo les repère. Trois brumeuses photos sont publiées dans Paris Match. Derrière Mick, un chiffre sur la façade, le numéro 8… Faisant fonctionner Google Earth, les fans localisent rapidement le groupe. Un énorme attroupement force les Rolling Stones à évacuer Suresnes. Dans Paris, pareillement, Jagger emmène sa petite troupe du George V au Plaza. Tout ce remue-ménage fait que fin juillet, la rumeur est là, énorme, persistante : les Stones vont faire un Olympia, le 29. C’est une date idéale. L’Olympia est précisément libre. C’est le lendemain de l’ouverture des jeux Olympiques à Londres. Tout se met en place pour une déflagration planétaire, Rolling Stones VS Comité Olympique. Et puis l’affaire fait pschitt. La possibilité d’un Olympia est ajournée, sans autre explication Jagger s’en retourne à Fourchette. En son château Renaissance. Le mythe des Stones jouant dans quelque château est tenace. Philippe G. suit cette piste quelque temps, remuant ciel et terre, contactant moult docteurs des Stones localisés du côté d’Amboise ou des Landes. Rien. Et c’est à ce moment que les Stones ont ressurgi… à Bondy.

Il faut imaginer la scène. Une zone industrielle, loin de Paris, loin de tout, dans un genre de no man’s land madmaxien perché sur l’A 86. C’est une zone d’entrepôts et de hangars battue aux vents et sillonnée par des poids lourds. Au milieu de cette agitation travailleuse, de ces camions fonçant à toute blinde, le manège des Stones passerait quasi inaperçu. Les fans sont pourtant là. A trois, quatre, parfois douze, jamais plus de quinze. Chaque jour de répétition, Keith Richards arrive le premier, toujours. Sa Mercedes se gare à 14h30 tapantes sur le parking désert. Le prince du destroy en sort, étonnant de prévenance aimable. Dans la demi-heure qui suit, une puissante voiture amène Ronnie Wood et Charlie Watts. Eux arrivent de leur hôtel du huitième arrondissement, toujours ensemble. Un van pour le reste du groupe  : Chuck Leavell (piano), Darryl Jones (basse) et Bernard Fowler (chœurs). Pas de Lisa Fischer, pas de Blondie Chaplin, pas de Bobby Keys (vous avez bien lu, pas de Bobby Keys à ce stade). Mick Jagger clôt la caravane. Le patron débarque en dernier, vers 15h45. Les Stones lors de leurs répétitions jouent plein de choses fascinantes (« If You Can’t Rock Me »), très anciennes (« The Last Time »), amusantes (« Heartbreaker »), invraisemblables (« Moonlight Mile »). Ils reprennent une chanson des Beatles, « 1 Wanna Be Your Man ». Une chanson de Otis Redding « (Sittin’ On) The Dock Of The Bay ». Mick Jagger a déclaré : « Je voulais appeler cette tournée le fuck off tour. Comme dans Allez vous faire foutre. » Le coup du club est remarquable. Voir les Stones à quelques mètres est un rêve collectif surpuissant, l’annonce de ce simple concert a eu des répercussions mondiales immédiates et placé le Trabendo sur la carte des lieux privilégiés du rock.

« JE VOULAIS APPELER CETTE TOURNÉE LE FUCK OFF TOUR. » MICK JAGGER


Mick Jagger et Keith Richards lors d’un concert à Londre en 1983. De gauche à droite : Keith Richards, Bill Wyman, Mick Jagger

Comment y aller ? Jeudi 25 octobre, 8h05, la stupéfiante nouvelle tonne dans le poste de radio : « Les Rolling Stones sont à Paris pour un premier tour de piste au Trabendo. » Les Stones ! Bien longtemps, jeune et frondeur, j’ai été comme rétif à leur art. Des sixties, la découverte de HP Lovecraft ou des Misunderstood me semblait plus palpitante… Mais un jour, j’ai voulu comprendre et je m’y suis plongé, totalement. Restait un manque, terrible : je n’avais jamais vu les Stones. Ce qui générait une certaine frousse : mon tour était-il passé ? Et puis, 2012, wham bam thank you mam, annonce de la mini-tournée Grrr, quatre concerts à Londres et New York. Cette fois, on pourrait rejoindre l’histoire. Problème de taille, le prix des places, exorbitant. Les jours défilent, jusqu’à ce jeudi 25 octobre (8h05), donc. Tout de suite, mon esprit entre en ébullition  : comment y aller ? À 9h30, j’entre en action, et active les canaux habituels. Pour l’instant, rien, nada, pas de réponse, le néant. C’est plutôt mauvais signe. Malgré des auspices maussades (« les places sont toutes vendues ! » lis-je sur un site d’information), je me décide et fonce, bravant les grèves tenaces, au Virgin des Champs-Elysées. Il est 12h15 quand j’y parviens enfin, une très persuasive file d’attente m’accueille. Je me précipite à l’étage, direction la billetterie. Là, une annonce résonne  : « C’est fini, je n’ai plus de places. » Les esprits s’échauffent, tantôt véhéments (« Trouvez une solution ! »), tantôt larmoyants (« Je suis là depuis 8 heures du matin, c’est pas possible… »). Non loin, une jolie blonde oeuvrant pour un quelconque journal TV se frotte les mains (ton faussement compatissant : « Et comment vous vous sentez, monsieur ? »). De mon côté, je n’avais pas grand espoir, et observe donc ce remue-ménage avec un certain détachement,

« C’EST PLUTÔT MAUVAIS SIGNE... » scrutant les dernières nouveautés du rayon Esoteric Records. C’est que, tout de même, j’attends mes réponses… Retour au bureau, je scrute mes mails  : « Impossible, mon bon. » Ça se complique, dirait-on… Le soir tombe, je suis quelque peu résigné. Après tout, les excellents Moon Duo jouent aux Mains d’Œuvres, à Saint-Ouen. Moins palpitant, certes, mais pourquoi pas. Sauf que j’apprends qu’ils joueront à… 22 heures. Parfait, me dis-je, je peux toujours tenter ma chance au Trabendo, et filer vers mon providentiel plan B ensuite. À ce moment, je compte plutôt sur le marché noir. Je passe au distributeur, puis glisse vers la porte de Pantin. Et là… bizarrement, le calme plat. Une quarantaine de personnes, tout au plus, attendent calmement. Pas de vendeurs à la sauvette. Uniquement de longues files (deux, exactement), vides, encadrées de policiers. Je maraude dans le secteur, à la recherche de la moindre faille dans le dispositif. Le chantier de l’Opéra Philharmonique ? Non, non… Que faire ? Je retourne devant l’accès invités, prêt à m’élancer, un quelconque bobard dans la manche, quand je vois trois gars sprinter, d’un coup, vers l’autre accès. Ni une, ni deux, je leur emboîte le pas (de course) et capte au passage les paroles d’un type 23


Logo des 50 années de carrière des Rolling Stones.

de la sécurité  : « On fait entrer une vingtaine de personnes. » Tout va très vite, un pachydermique attroupement s’est formé, je joue des épaules. Trois minutes plus tard, je passe le barrage. Je cours, euphorique, vers la salle. Yes ! A l’entrée, il faut laisser son portable au vestiaire (inédit, comme mesure). Finalement, il n’y a pas tellement de monde dans cette salle… Sur le fond de la scène, le fameux gorille lippu. À peine le temps de me positionner, les lumières s’éteignent : « Mesdames et Messieurs, les Rolling Stones ! » annonce une voix. Les voilà, ils débarquent, tout de noir vêtus, et se lancent dans… « Route 66 ». Le clin d’oeil est évident : il s’agit du premier morceau du premier album. Les Glimmer Twins éternels sont là, de retour, conformes à leur légende  : Mick sautille, 24

harangue, se déhanche, incroyablement svelte et juvénile, tandis que Keith égrène les riffs, tranchant, vieux pirate au sourire goguenard. À gauche, Ron Wood plutôt concentré, ponctue l’affaire avec une précision chirurgicale. Au fond, Charlie soutient le tout avec assurance, port altier et frappe souple. Première impression, ça joue laid-back, mais excellemment bien, sans aucun doute. Et la setlist est originale  : « Shattered » (génial !), « When The Whips Come Down » (à trois guitares), « Champaign And Reefer » (l’occasion pour Woody de balancer quelques piquants solos). Après la nouvelle chanson (« Doom And Gloom », pas mal), les Stones semblent passer aux choses sérieuses, à nouveau unis et tranchants  : « Miss You » est somptueusement groovy. On y est. La fosse exulte,

KEITH ARRIVE LE PREMIER, TOUJOURS.


c’est le rêve éveillé  : « Start Me Up », « Midnight Rambler » (Mick à l’harmonica), « Tumblin’ Dice ». Derrière nous, jeunes filles chics comme rockeurs grisonnants gigotent, frénétiques, les yeux mi-clos, transis… Après une heure d’une intense prestation, le rappel  : « Jumpin’ Jack Flash », puis « Brown Sugar » (« Wouh ! » hurle le public en chœur). Et puis la douce hystérie s’achève, il fallait bien que ça arrive… Trempés mais rayonnants, les spectateurs regagnent lentement l’extérieur, heureux. De mon côté, je peux enfin le dire : j’ai vu les Stones !

Quelques statistiques de notre spécialiste, le docteur Dorel Ils reviennent donc porte de Pantin trente-six ans après leur quatre mémorables prestations aux Abattoirs de la Villette lors de la tournée Black And Blue 1976, pour un unique concert dans un petit club près du Zénith. « Un court concert de chauffe », est-il précisé sur le billet. Sur place, des fans de tout âge sont arrivés tôt et attendent sagement dans une ambiance bon enfant. Certains n’ont pas de billet et font grise mine, l’occasion de revoir de vieilles connaissances des concerts précédents. Un bracelet sera donné à l’entrée de la salle, orange pour le public payant, rouge pour les VIP. À 21h10, les Rolling Stones entrent en scène. L’accueil après tant d’années est intense, Mick, Keith, Charlie et Ronnie (amaigri) sont habillés avec classe. Ils attaquent immédiatement et avec un brin d’appréhension « Route 66 », classique de Bobby Troup qu’ils ont enregistré en 1964, puis « It’s Only Rock’n’Roll » bien balancé. L’ambiance est survoltée, « Shattered » a son intro hésitante mais Jagger veille et assure comme jamais, à la fois showman, chef d’orchestre et guitariste (on l’entend !) sur le morceau suivant, « When The Whip Cornes Down ». « You are young and beautiful ! » nous complimente Mick. Arrive un titre idéal pour l’endroit, un blues de Muddy Waters, « Champaign And Reefer », qu’ils avaient repris une fois avec lui dans un club

LES STONES NOUS ONT DONNÉ UNE GRANDE LEÇON DE ROCK’N’ROLL de Chicago en 1981 (sorti récemment en DVD). C’est un instant unique avec solo de Woody puis de Keith, un grand moment de grâce. Les deux guitaristes sont concentrés au point qu’ils ne fumeront même pas sur scène durant tout le show. Mick retire sa chemise de Johnny Cash avant d’enfourcher son cheval de bataille, « Miss You ». Il exalte la foule et nous fait son grand show tandis que les deux autres se relâchent et arrêtent même de jouer. Keith, qui a les cheveux blancs comme Charlie, ne chantera pas ce soir. « Est-ce un rêve ou un cauchemar ? » demande justement Mick. On enchaîne deux classiques, « Tumblin’ Dice » et « Start Me Up », de bonnes versions mais ils les jouent depuis si longtemps… Keith attaque « Midnight Rambler » qui met tout le monde à plat — il n’est que 22 heures ! Le groupe quitte la scène. En rappel, « Jumpin’ Jack Flash » puis « Brown Sugar » sont parfaitement interprétées. Le groupe salue en rang puis quitte la scène : il est 22h20. Au total, 70 minutes de concert, 12 titres devant 700 personnes, 350 entrées payantes, et des VIP.

Mick Jagger et Keith Richards, à l’époque l’entente était parfaite.

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LE BLÉ PROTÈGE QUAND LA MORT RODE Je pardonne tout... Des places en fosse à des prix indécents… Et cerise pourrie sur la pizza empoisonnée, ce concert privé organisé pour et au bénéfice d’un fonds de pension. Le diable, en somme ! (Sympathy For The Devil) Assurément. Pour beaucoup, via la caisse de résonance Internet (toujours un peu aigrie et malveillante, cela dit… on le sait bien), voilà l’image laissée par les (par nos…) Stones aujourd’hui. Pire encore que les noces avec Bianca ! Quand le Mick était accusé de frayer avec la jet set. Personnellement, j’ai passé l’âge qu’on m’explique à quel point les places sont rares, etc. Et qu’une, oui, mais alors deux, etc. Surtout quand on connaît les puissances invitantes. Non ! On ne dira rien ici sur les baby rockers, sur leurs familles et relations, mais bref ! Enervé, j’ai boudé. Et donc zappé l’affaire, dont j’étais prévenu, pourtant, depuis lurette. C’était un concert des Stones d’aujourd’hui, sans cuivres ni trompettes. Uniquement le groupe resserré : toujours plus sympathique, pourtant, qu’un Stade de France, mais moins prenant qu’un Olympia puriste et acoustique. Quant à moi… J’attends les classiques et les blues, le reste… Tout ce qui a été enregistré après le punk rock, et après, donc, « Black And Blue »… non merci. S’il y a bien deux victimes du punk rock, ce sont Stones et Who. Après le punk, ils n’étaient plus des acteurs. Leur temps était passé. Mais oui, je suis heureux de les savoir vivants. Je n’attends rien d’eux, mais ils sont un repère. Je n’ai pas de famille… Alors Charlie Watts, Keith, Macca, Townshend, Johnny, ce sont ces oncles chers qui me disent que le monde que j’ai connu, celui que j’ai aimé, est toujours là. Alors, leurs frasques… Franchement, je pardonne tout. Les teintures hasardeuses de sir Paul comme les rock vaseux en open de Keith (trentecinq ans avec sol/ do 4/ basse de sol, mais plus foutu d’enchaîner proprement à

l’acoustique deux morceaux de Buddy Holly), je pardonne à Iggy sa manie de dénuder son vieux corps cramé par le soleil de Miami. Paul, Neil Young, Townshend, Ray Davies, Dylan… Terrifiés par la mort qui arrive, feront peut-être un jour prochain un grand disque testament… En vrai, j’en doute. A part Paul, ils ont oublié la recette. Ils ne sont plus dans le bain. Quant aux autres, Stones en tête… Mais qu’ils jouent chez Carmignac, pour un ou huit millions d’euros… Je m’en fous, c’est comme les pubs ridicules de l’iguane. Encaissez, chers oncles ! Le blé protège quand la mort rôde. Il y a des enfants, des familles, des futures veuves.… Time waits for no one.

« JE DONNE DE BONS CONSEILS À LA REINE D’ANGLETERRE. »

LA LANGUE CONTRE LA POMME

L’opposition de style entre les Beatles et les Stones est le résultat d’un marketing de différenciation savamment orchestré par Andrew Loog Oldham. Le parcours musical des deux groupes est assez parallèle : influences communes du rock’n’roll et du rhythm n’ blues (même si ce dernier est plus

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marqué chez les Stones). Bien que dans les médias, les Rolling Stones incarnent les « mauvais garçons » (Oldham n’avait hésité à interroger : « Laisseriez-vous votre fille sortir avec un Rolling Stone ? ») et les Beatles, les « gentils garçons », les membres des deux groupes s’apprécient et se côtoient

dans le privé. Les Beatles, John Lennon et Paul McCartney offriront même la chanson I Wanna Be Your Man aux Rolling Stones pour lancer leur carrière en 1964 et feront les chœurs sur la chanson We Love You en 1967. Brian Jones jouera plus tard sur certains titres des Beatles.


Je comprends. Et puis il est loin le temps où on clouait au pilori le Floyd pour péché de sponsor. Personne aujourd’hui, donc, ne croit encore à ces bêtises. Nos stars, nos héros, nos vieux amis avides, raclent de partout ? Ils connaissent désormais, tous, l’aéroport de Dubaï comme leur poche. Grand bien leur fasse. Et après tout, les Stones ont encore assez le sens du marketing pour offrir un Trabendo quelques jours avant ce douteux Mogador. Pour leur vrai public et pas pour les copains des copains de banquiers qui ont jadis, éventuellement, siffloté « Satisfaction » et même, sait-on jamais, porté du Renoma. Après tout, on peut être banquier suisse et avoir eu les cheveux longs en sa folle jeunesse. La preuve : le Carmignac avait l’année dernière, convoqué Rod Stewart et son orchestre pour son anniversaire. Rien que ça. L’événement était resté secret. Pour les Stones, pourtant, fuite il y eut… Pourquoi ? Parce que ce sont les Stones ? Et donc du très lourd ? Parce que Ron Wood a été trop bavard ? Parce que l’organisateur n’a su tenir le secret ? Parce que, Carmignac, malin, voulait que ça se sache et à organisé la fuite ? C’est ma diéorie personnelle. L’homme, par exemple, croit que François Hollande va être éjecté en 2013 pour incompétence et flambysme manifeste. Le monsieur lui a d’ailleurs envoyé une lettre de conseils éclairés. Il a plein d’idées sur la crise. Annonce qu’évidemment, comme Bernard Arnault et les autres, il ne peut faire affaires en un pays tel que le nôtre. Qui ne sait rien du monde moderne et se condamne. Il a des idées, des services à rendre, même, et il aimerait bien que ça se sache. Il se voit bien en héros moderne. On manquait de banquiers stars ! Depuis cette affaire, on en a un. Coup de com’ onéreux (cela dit… Les fonds de pension, hein… Les moyens

sont là). Mais réussi. Les papiers se sont multipliés. Après Murdoch, Branson et les autres, voilà Edouard Carmignac. Banquier certes — et alors ? En voilà, un chouette métier ! La tendance est à la droite et au libéralisme décomplexé — mais excentrique et fan des Stones, grand défenseur et mécène, de l’art contemporain, joueur de poloémérite. Qui comme l’a révélé Mick lui-même, « donne de bons conseils à la reine d’Angleterre ». Certes, ça en jette.

WE WISH YOU THE BEST RONNIE ! Et de trois pour Ronnie Wood ! Le guitariste des Rolling Stones s’est marié le 21 décembre, à l’hôtel Dorchester de Londres. Le musicien de 65 ans a épousé sa compagne de 34 ans, Sally Humphreys, à l’occasion d’une cérémonie secrète et très privée, qui s’est déroulée au huitième étage de l’hôtel Dorchester de Londres, dans un magnifique penthouse. Et pour marquer ce moment, Ronnie Wood a demandé à son ami de toujours, Rod Stewart, d’être son témoin. Ronnie et Sally se sont rencontrés en 2011.

De gauche à droite : Keith Richards, Charlie Watts, Ronnie Wood (au fond) et Mick Jagger De gauche à droite : Charlie Watts, Keith Richards, Mick Jagger et Ron Wood.

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Philman sur le coup Votre rédacteur en chef reprend personnellement le dossier. C’est-à-dire qu’à 19 h 00 le 29 octobre, je saute dans un taxi, destination le théâtre Mogador. Première nouvelle : des cars de police barrent les abords du paisible théâtre où, dès 1982, le Clash défendait une semaine durant son triple album « Sandinista ». Je suis déguisé en Philippe Manoeuvre et dans un premier temps, ça marche. Sans me demander aucun carton, la maréchaussée m’aiguille vers une barrière où se presse une foule de gens brandissant le précieux sésame. Reconnaissant mes lunettes, une jeune fille me fait immédiatement ouvrir la barrière. Je glisse devant une meute des traders bave aux lèvres, et je passe les ul-

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times mètres vers le théâtre en compagnie de Dominique Tarlé (invité de Charlie, no shit !) et Thomas du Sparkle, ex-Spark, ex-Spark Shyver, groupe post-Gibus de fort potentiel, copain de Eudeline. Tchica tchica. Tout s’éclaire. Reste l’épreuve des listes où ni mon nom, ni celui de Patrick n’apparaissent. Tout le monde est fort marri de cette pathétique situation. Au final, un billet nous est offert par une miraculeuse et altière directrice des opérations que nous remercions ici, ne connaissant naturellement ni son nom, ni son titre. Duchesse, nous voici dans la place mes rockers, où un public de folie circule dans un état d’agitation extrême. Tous ces gens sont vêtus de costumes anthracite ou sombres. Ils glissent sur leurs mocassins à glands sur la lourde moquette du vieux théâtre à l’anglaise. Pause toilette. On tombe sur un lecteur venu de loin, très

PHILMAN VOUS BAISE LES LOUBOUTIN.

Mick Jagger et Keith Richard lors d’un concert à londres en 2005


À QUI APPARTIENT LES STONES ? loin, et qui a réussi à passer les trois barrages. Tout baigne ? Non, le gars planque dans ce lieu précaire avec la ferme intention de rejoindre la salle dès les premières notes du premier morceau. On se souhaite bonne chance. Un système complexe de passes, bracelets, sièges numérotés est censé empêcher notre nouveau copain de réussir son coup. A-t-il vu le concert, celui là ? Bien assis au second rang du premier balcon (dit la corbeille), on prend des notes en direct.

Carnet Notes PM/ Mogador Affair Il est 20h45, je suis dans la place (!) in ze house les poteaux. Tableau lyrique : Eudeline a craqué. Selon moi, il n’a pas voulu visiter le neuvième cercle de l’Enfer du troisième millénaire : le cercle des traders. On annonce dans les couloirs que JoeyStarr pourrait venir. Pourquoi pas ! En attendant son arrivée, les traders picolent. Bière pour les messieurs,

champagne pour ces dames. Tous semblent se connaîtrent. Les Anglais déconnent et les blagues sur les agences de notation fusent dru. Je vous cite des bouts de conversations notés par automatisme, pour le rendu pré concert : « On ne peut pas payer le capital ! — Moi, je demande à voir à la commande… — Quand tu as le budget, tu vends à 200, je m’en fous » et autres… Sur scène, la batterie de Charlie. Les amplis de Keith et Ronnie. Un micro central. Les Stones, à nu. Sans saxo, sans chœurs, sans poupées gonflables. Les Stones vus des corbeilles… Dans le camp stonien, on se pose sans doute des questions derrière le rideau prêt à se lever. On imagine le pépin maousse : et si personne dans ce public de rois de la finance n’applaudissait ? Si tout le monde trouvait ça, heu, hum… daté ? 20h50. Si quelqu’un s’inquiétait, il avait tort. Une tension latente étreint la salle. 21h10. Chaud. Tous les sièges sont occupés et depuis de longues minutes nous avons la sensation d’être venu voir le groupe sur la planète Mars.

Bien calé dans notre fauteuil de velours incarnat, on reste perplexe sur la portée de toute l’affaire. Reprocher aux Stones de faire ce concert, c’est leur reprocher d’exister. S’arroger le droit de fixer pour l’éternité nos Stones. Il est là le problème. A qui appartiennent les Stones ? A Mick Jagger et Keith Richards ou à ces milliers de fans dont la vie, de collection de disques en collection de concerts, s’est mise à tourner autour de l’astre stonien ? Oui, les Stones sont à nous mais c’est qui à la batterie ? C’est Edouard de Rothschild ? 21h15  : Edouard Carmignac, patron du fonds de pension est sur scène et il vit un grand quart d’heure. « En prélude à leur retour mondial. ...Ils vivent avec vous depuis 50 ans et ils nous parlent de révolte, voici les Rolling Stones ! » Et là-dessus, le groupe au complet surgit, Mick en veste de cuir noir. Les Stones attaquent « It’s Only Rock’n’Roll ». La différence avec la prestation du Trabendo est énonne. Ce soir, les Stones sont soudés, ils tournent à plein régime… tout de suite. « All Down The Line » voit Mick boxer le vide et Ronnie prendre un grand solo taylorien à la slide. Sur

Charlie Watts, Keith Richard, Mick Jagger et Ronnie Wood

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« You Got Me Rocking », Bernard Fowler ajoute des chœurs bienvenus. 21h30. Mick Jagger prend son air de Mistigri qui va dévorer une souris. Arpentant la scène avec énergie, il décrète  : « Merci d’être là. Je remercie Edouard Carmignac (applaudissements), et là Jagger lâche sa bombe : Il est très très généreux avec vous, Edouard. » La salle glousse. Oui, si tant est qu’on puisse entendre une salle de 1  200 gosiers glousser, on l’entendit ce soir là, à 21h30, théâtre Mogador, Paris. Les Stones ont incroyablement bien joué, sans trop regarder le public, restant effacés derrière leur chanteur. Jagger a fait le boulot. Comme, il y a quelques mois face à Obama, il tapait le blues avec Jeff Beck et BB King, ce soir encore, il a réussi le grand écart, chef absolu du rock, refusant obstinément d’entendre ces gens éplorés dans la salle réclamant « Angie » à cor et à cris. En revanche, ils ont eu « Can’t Always Get What You Want »,

Finale/ la vérité Devinez de quoi nous parle le taxi qui nous ramène à la maison, les oreilles vrombissantes et sifflant d’un fabuleux bourdonnement richardsien ? Des Stones bien sûr, « ces fameux RollingStones (coup d’oeil noir dans le rétroviseur) qui ont joué pour des banquiers et fait ni plus ni moins, un ménage, comme de vulgaires présentateurs télé ? » Bien sûr, on peut voir ça comme ça. On peut voir les Stones comme de très carnassiers corsaires se remplissant impunément les caisses en période de crise. C’est la théorie développée par le journal Libération et imprimer cela révèle qu’on n’a rien compris au film. La vérité, c’est que les Stones répètent depuis juillet avec seulement quatre concerts à l’horizon, deux en novembre à Londres et deux en décembre dans le New Jersey. Et c’est tout. Le groupe était brouillé, le remettre en état de marche a coûté gros. Les Stones donnent dans des cinq étoiles, vont au studio en limousine, offrent un concert en club gratuitement ou presque à leurs fans… Bravo, ces choses-là se payent, mais justement, qui casque ? Universal ? Un promoteur américain ? Non et non. Le fonds de gestion Carmignac était la bonne réponse. Mick Jagger où l’art de manager l’impossible. Le lundi 29  octobre  : soir où le groupe s’est remis à flot. Cash for rehearsals. Pour l’instant tout va bien. Et la suite sera aussi magique et violente qu’imprévue. « Cette tournée pourrait être extraordinairement brève  », a confirmé Jagger au London Evening Standard. Car si Mick ne s’amuse pas, toute la fabuleuse histoire des Rolling Stones s’arrêtera le 15  décembre, au soir du quatrième concert. Si d’aventure, sir Mick s’éclatait, la fin du monde serait naturellement reportée à date ultérieure. 30

« Tumbling Dice » et « Miss You ». À un moment, Mick a parlé d’une lettre que Edouard Carmignac avait envoyé, en plein mois d’août à François Hollande. « Je n’ai pas lu la réponse de Monsieur Hollande… » conclut Mick, d’humeur sardonique, déclenchant un éclat de rire général. « Doom And Gloom » tape fort. La nouvelle formule (groupe resserré) signifie beaucoup de… guitares. Ronnie et Keith balancent leur artillerie sans compter, ils jouent à une puissance sonore phénoménale, « Midnight Rambler » lourd à souhait, « Start Me Up » fait très fort et Jagger se marre : « You’re having a good time nom ? » Le morceau final semble digne de toute notre attention. C’est « Brown Sugar ». Le morceau dure et dure. Par chance, on chronomètre. Les Stones tournent magiquement soudain. Ils malaxent leur rock, sarclent les rifs. La machine tourne à plein régime, tout nerfs et solos barbelés, nous voilà rendus à 4 minutes 50, nous voyons Jagger en ombre

chinoise, dansant comme un feu follet. Keith bien sûr, tire tout son monde avec cette énergie de locomotive humaine, tout le bordel engouffré derrière, Charlie, puis Darryl Jones et Chuck Leavell et Ronnie, tous se rebalancent la balle, et Keith tracte et Mick s’emballe, danse une gigue de Saint-Guy et dit « au revoir, au revoir » et ils se cassent et c’est tout, voilà, c’était le rappel, c’est terminé pour ce soir, les mecs. Vu de notre perchoir, la glaciation entre Mick et Keith semblait maximale. Keith n’a rien chanté, pas partagé le micro avec Jagger à aucun moment. Mick est le chanteur. C’est lui qui fait la setlist en fonction de sa voix et de ses envies. Avec une énergie de teenager, il a accepté de faire la fameuse tournée du cinquantenaire, couronnant les Rolling Stones dans une légendaire position. Voilà, ils ont réussi ce qu’aucun groupe n’a jamais fait, 50 ans de rock’n’roll. Mais qu’on ne cherche plus aucune complicité entre les Glimmer Twins.

« GRRR! », UN FLORILÈGE ET DEUX INÉDITS EN PRÉLUDE AUX CONCERTS

Les Rolling Stones publient lundi « Grrr ! » un florilège de chansons accompagné de deux compositions enregistrées cet été à Paris, en prélude à quatre concerts prévus d’ici à la fin de l’année pour fêter leurs 50 ans de carrière. « Doom and Gloom » et « One more shot », les deux inédits, sont déjà disponibles en écoute gratuite sur leur site officiel. Ils sont le fruit du premier enregistrement commun des Stones depuis sept ans et leur dernier album « A bigger bang ». « Ils ont ce p... de pouvoir. Vous pouvez reconnaître que c’est du Stones à un kilomètre à la ronde », a dit le producteur Don Was au magazine américain Rolling Stone à propos des deux titres. « Grrr! » sortira en plusieurs formats, notamment trois CD reprenant 50 morceaux du répertoire du mythique groupe de rock britannique. Il sera aussi proposé en vinyle. Une version « Grand Luxe » sera également disponible avec 4 CD et 80 morceaux. Aux

côtés des deux inédits, « Grrr ! » inclura certains morceaux d’anthologie comme « The Last Time », « Satisfaction », « Get Off Of My Cloud », « Jumping Jack Flash» ou « Honky Tonk Women ». Cette nouvelle compilation servira de prélude aux quatre concerts événéments des Stones, les 25 et 29 novembre à Londres puis les 13 et 15 décembre dans le New Jersey (est des Etats-Unis). Après de longs mois de tergiversations, Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood et Charlie Watts ont en effet décidé de fêter sur scène le cinquantième anniversaire de la formation du groupe, qui a donné son premier concert le 12 juillet 1962 au Marquee, un petit club londonien. L’annonce du retour sur scène des Stones a ravi les fans et les places se sont arrachées en quelques minutes. Mais les prix des billets (de 130 à 500 euros environ) ont fait grincer les dents de nombreux amateurs de rock’n’roll. Les Stones ont annoncé qu’ils accueilleraient des invités de marque pour ces quatre concerts d’anniversaire et ont laissé entendre que d’autres représentations pourraient être programmées.


Mick Jagger et le groupe dans les années 70, lors de la tournée de «It’s Only Rock ‘n Roll» Charlie Watts et Keith Richards

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SOUNDGARDEN TOUT EST POSSIBLE Le véloce et velu groupe grunge signe un retour discographique réglo. Explications en compagnie d’un Chris Corneil policé et halé. Trois ans déjà après l’annonce de sa reformation et surtout seize années après son dernier album, l’un des fers de lance du Seattle sound des années 90 publie «King Animal», garant des valeurs artistiques et somptueuse ouverture vers l’avenir.

Aventureux et psychédélique Chris Corneil n’est pas quelqu’un de très chaleureux, plutôt adepte d’une langue de bois assez commune chez les artistes coupables de choix de carrière parfois opportunistes. L’ex autre icône grunge aux poses messianiques est assez distant, monocorde, depuis longtemps un playboy bohème chic stéréotypé en débardeur immaculé sur une peau impeccablement brune. Fin lévrier 2009, le chanteur avait néanmoins donné un concert solo fort embarrassant à La Cigale où il s’était permis de jouer les treize morceaux de son effroyable dernier album en date, «Scream», R&B plastique produit par Timbaland : face à un tel désastre, une majorité du public s’est mis à penser que la reformation de Soundgarden, maintes fois démentie, devenait inévitable. Elle eut lieu dix mois plus tard. «J’ai joué cet album, intégralement ! Ici ! A Paris ! Toutefois, ce n’est pas à vous déjuger où à qui que ce soit d’autre.., Quoi que j’aie envie de faire musicalement, ça me regarde. Si des gens n’aiment pas, ce n’est pas pour autant que je ferai autre chose : ce n’est pas vraiment pourquoi j’écris ou enregistre de la musique. Il ne s’agit pas ici d’un vote populaire pour toucher sa cible.» Certes, mais libres aux fans de commenter et d’apprécier ou non... Aussi peuvent-ils se montrer suspicieux lace aux nouvelles sorties de groupes cultes fraîchement» reformés : produit marketing, vaste blague, ou réel chef-d’oeuvre ? et comment situer «King Ani-

mal» auprès de grands classiques comme «Badmotorlinger» ou «Superunknown» ? «Ce que nous n’avons pas fait, comme tous les autres, est d’avoir produit un album de merde sous prétexte que tous les membres d’origine étaient enfin à nouveau réunis dans le groupe, et de sonner à tout prix comme un retour à nos sources... Non, celui-ci représente davantage une progression, une évolution de notre musique. Personne d’entre nom n’est là pour comploter et planifier ce que nous devons faire ou obtenir un hit single. Il ne s’agit que de quatre mecs qui partagent leur inspiration pour généraquelque chose de fort ensemble et de faire en sorte que nous honorions notre musique comme l’entité Soundgarden.» Soyons rassurés, le son est intact : nous voici à nouveau en 1997 face au digne successeur de «Down On The Upside», les quatre musiciens ayant deptiis amplement nourri leur jeu. Nombreuses strates possibles d’écoute, incroyable richesse de la production, arrangements magiques : «King Animal» se veut encore plus aventureux et psychédélique, sans jamais rechercher le coup d’un tube à tout prix.

partotit autour du globe. «A peine avkms-nous annoncé notre reformation que nous recevions une trentaine d’offres pour donner des anicerts dans le monde entier et \iirur une très grosse somme d’argent... Peu de temps après, nous avons décliné et préféré nous concentrer sur un seul show, nom rassembler tous les quatre et jouer notre musique. Une fois que nous avons établi notre propre rythme de travail, nous avons commencé à réfléchir en nous disant que unit était désormais jxissible : l’idée de l’album serait envisagée lorsque nous serions vraiment prêts à l’aborder décemment. Tout s’est ainsi enchaîné assez aisément, car personne n’était vraiment stressé, ni sous pression.»

LE COFFRET EST DISPO ?

Grosse somme d’argent On a cependant failli attendre ! Depuis 2010, le groupe a en effet subtilement géré son retour avec pour premier buzz un show intimiste dans un club de Seattle, puis la participation au symbolique Lollapalooza aux USA, avant de distiller au comptegouttes de la matière prétendue récente ou inédite : une chanson retravaillée («Black Rain») issue de séances vieilles de vingt ans en guise de teaser sur une édition Guitar Hero, un bon album live circa 1996, une authentique nouvelle chanson cette fois très très discutable sur une vulgaire bande-son de blockbiister, suivi d’un nombre non négligeable de shows inégaux — Paris, martyrisée ! — donnés

Bien avant que « Telephantasm » ne sorte en 2010 (best of hélas agrémente du laineux seul inédit), on sait que l’idée d’un coffret rempli de raretés est évoqué depuis bien longtemps. Faces B, bonus japonais, participations a diverses KO, outtakes difficilement disponibles (le EP « Satanoscillateinymelallicsonatas » accompagnant l’édition spéciale de «Badmotorfinger» lors de la tournée 1992), et enfin de vrais inédits pourraient voir le jour prochainement pour le grand bonheur des collectionneurs. 33


CONCRETE KNIVES BEAUCOUP DE BARS Affûtées dans le bocage normand, ces fines lames débarquent sur le label de Simon Raymonde de Cocteau Twins, armées d’accrocheuses mélodies. De gauche à droite  : Imaginons-nous un instant dans la peau d’un groupe de rock lycéen formé sur les bancs de l’école à Fiers (15 000 habitants), à une époque où on ne vend plus de disques et dans une ville où les occasions de jouer ailleurs que dans les bars sont rares. A combien estimerions-nous nos chances de faire résonner nos chansons au-delà des frontières de la Basse-Normandie, il fallait croire à sa bonne étoile. Les Concrète Knives, originaires de Fiers, résidant actuellement à Caen et qui viennent de sortir le réussi et trépidant « Be Your Own King » sur le pointu label anglais Bella Union, y ont cru.

Le plus loin possible Après plus de 150  concerts, le groupe, qui vient nous chercher à la gare en van et répond à nos questions affalé sur des canapés du Dolly’s, un tea & coffee house (et pub) du centre de Caen, évoque encore la première fois où il a « pris le van pour jouer ailleurs. On ne voulait pas rester à Fiers, notre deuxième concert, on voulait le faire loin de chez nous… C’est relatif, on a joué à dix bornes, mais rien que le fait de mettre de l’essence dans la voiture… » Et n’en revient pas : il ne reste plus un seul de ses CD à la Fnac… Les Normands ont ces jours-ci le vent en poupe, semblerait-il : The Lanskies, Granville, Da Brasilians, Jésus Christ Fashion Barbe… On savait la Normandie fan de rock — proximité avec l’Angleterre ? — et si les Concrète Knives hésitent à y voir une scène, ils parlent bien de « Caen, ville pop » et d’une atmosphère générale d’émulation. Il semblerait que l’ouverture du Cargo, qui « a suivi le truc » en leur attribuant un prix et des outils pour bosser, des locaux de réputation des résidence a un rôle non négligeable dans leur développement. « On est venus ici pour faire nos études. Très rapidement, on a commencé à 34

jouer beaucoup à Caen, puis sur les campus universitaires. Comme on était étudiants, on a bénéficié d’une sorte d’accompagnement des CROUS. Beaucoup de bars, de petits festivals et, de fil en aiguille, jusqu’en 2010. « On a joué aux Transmusicales, on a eu l’occasion d’être exposés, et tout s’est enchaîné… » La chance était de leur côté. Suite au départ aux États-Unis de leur chanteuse, la diaphane Morgane est recrutée au chant sur un coup de foudre (« on cherche une chanteuse, tu as l’air d’être cool »), à temps pour les Transmusicales. Sortie d’un premier EP. Vient ensuite la rencontre providentielle à Montréal il y a un an, avec le boss de Relia Union, Simon Raymonde. « On avait déjà été approchés mais on ne voulait pas signer avec un label qui nous contraigne à faire des choix artistiques dans un objectif commercial. Ce n’est pas une manière de dire : on est indés, on joue dans des squats, explique le leader Nicolas (chant, guitare). Mais, voilà, on fait notre musique, on veut la faire comme on veut et avec qui on veut... En France, ils ont des références à la ramasse. Ils se basent toujours sur les ventes de disques alors qu’on n’en vend plus, et ils ciblent les Victoires de la Musique, alors qu’on s’en bat les couilles. Nous, ce qu’on voulait, c’était aller jouer le plus loin possible, se faire plaisir… Ça a été très rapide. Simon Raymonde nous a dit : « J’adore, vous faites ce que voulez. » On a signé le contrat dans un restau de burgers avec du ketchup partout.

Retour à la réalité Bien sûr, dans une France en proie à un intense complexe d’infériorité en matière de rock, la reconnaissance des maîtres anglais donne immédiatement une jolie aura, tout comme les années de galère assurent une légitimité — un peu stupide mais c’est

ainsi. Ce n’est pas une stratégie de leur part, plutôt une question d’affinités et d’intérêts communs. Quand on fait de la pop punk en anglais… « On écoutait beaucoup les groupes américains qui ont émergé dans les années 2 000 comme Cold War Kids, Clap Your Hands Say Yeah. Ce sont eux qui nous ont donné envie. Et puis les groupes qui les ont influencés, les groupes américains des années 70, Talking Heads, Modem Lovers, ce qui passait au CBGB, après les vieux bluesmen… Pour nous, c’était important de comprendre la généalogie. » Le disque, enregistré en France, est produit à l’anglo-saxonne, et rempli de refrains entraînants, selon la bonne vieille formule  : faire danser sur des thèmes pas forcément drôles. Autant d’appels à se confronter à une réalité souvent illogique et parfois très lointaine… « Bornholmer », titre de la première piste, « c’est le nom du premier point de passage qui a cédé à Berlin Est. C’est un morceau très enjoué mais, derrière ce morceau, de la joie

DEPUIS CAEN La scène caennaise fait florès : les Guns of Brixton, fondés en 2003, ont déjà quatre albums sous le pied tandis que Kim Novak a gagné la Victoire de la musique de l’album pop-rock… du site web Slate. En plus des Lanskies cités par CK, on ajoutera The Shellys, Chocolaté Donnuts. Superpoze (électro), le trio GaBlé (six albums, signé sur le premier label de Yann Tiersen) et Granville (pop ensoleillée selon Ouest-France). Mais le plus connu est un rappeur : Orelsan, disque de platine avec « Le Chant Des Sirènes », est natif d’Alençon mais a peaufine ses textes à Caen.


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SPECTOR ECLATONS-NOUS

Sans parenté aucune avec Ronnie, Regina ou Harvey Philip, ce groupe londonien désire ardemment connaître un succès colossal. Est-ce envisageable ? Face au magnétophone, cinq membres du groupe Spector devisent dans un joyeux brouhaha. L’ambiance est au gin tonic, à l’humour pince-sans-rire, voire au grand n’importe quoi. Le groupe apparemment n’a plus grandchose à perdre. Voici un an et demi, dès la sortie de leur premier single, ces Londoniens avaient excité les bookmakers de la britpop. Ceci pour des raisons pas forcément très sérieuses : leur nom est intrigant, leur chanteur a des lunettes rigolotes en forme de hublots et leur musique dégage un dandysme et un détachement typiquement british et assez séduisants.

Pas de règles Problème : Spector n’a pas cartonné autant qu’espéré. Un peu plus de deux mois après sa parution, l’album « Enjoy It While It Lasts » trône dans les charts du site Amazon à une misérable 361e place. Faible. Comme un symbole, la filiale française de la major où se trouve Spector n’a même pas daigné sortir l’album ici. C’est d’ailleurs par un moyen détourné, via une marque de casques audio qui sponsorise le groupe, qu’on trouvera le moyen de le rencontrer. Un peu comme tout le monde en période de crise, Spector a décidé de chercher l’argent là où il se trouvait, c’est-à-dire partout sauf dans les ventes de disques. Christopher Burman, le blond guitariste assume : « ll ne faut pas se mentir, .signer un contrat discographique en 2012 n’apporte pas grand-chose. Nous, si une marque s’intéresse à nous, on regarde ce qu’elle propose. L’industrie change. Mais la musique subsiste. La musique n’a plus de valeur en tant qu’objet physique. » Après cette déclaration pragmatique un peu déprimante, le chanteur / beau parleur Fred Macpherson s’en sort par une pirouette  : « Mes trois meilleurs amis se nomment Luitech, Redbull

et blackberry. Crédible après tout, pour un chanteur qui a le symbole £ tatoué sur la main. Dès la pochette, on comprend que Spector aspire à un certain standing. La couverture du disque figure un cabriolet Jaguar, une fille gironde et un léopard. Le genre de charte graphique qui rappelle immédiatement Roxy Music, ce qui énerve Fred Macpherson : « On compare sans cesse notre pochette à celles d’un certain groupe, mais c’est plus profond. La pochette va avec le titre, qui est une vraie déclaration : « Enjoy It While it Lasts », ça signifie « rien n’est impossible, éclatons-nous. » Des jouisseurs, des hédonistes. C’est peut-être pour cela le groupe a choisi Trevor Horn comme producteur. Oui, l’homme de Frankie Goes To Hollywood, des synthés putassiers, des reverbs numériques et des orchestra hits. « La maison de disque nous a demandé des noms pour savoir qui enregistrerait l’album, il était dans les premiers de la liste, s’émerveille Chris Burman. Horn a su montrer que la musique devait être excitante, amusante et n’avait pas forcément à être sérieuse. Pour lui la pop music est le seul genre où il n’y a pas de règles. Le résultat c’est que Trevor fait les choses à sa sauce avec un groupe malléable, peu expérimenté ( il n’a donné son premier concert que début 2011 ). Un enregistrement que Macpherson résume ainsi : « Tout ce qui est enregistré a été joué par des êtres humains…avant d’être lourdement retravaillé sur ordinateur. Et nos cinq larrons de sonner comme un nouvel avatar britpop évoquant pêle-mêle Razorlight, Hard-Fi, Kaiser Chiefs, Wombats, Maxïmo Park...

Médaille de bronze Au vrai, l’âme du projet est à chercher du côté du chanteur. Macpherson est tin mystérieux jeune homme. Escroc sympathique, parolier habile

(« Friday Night Don’t Ever Let It End »), le type a du verbe, de la répartie. Un humour assez grinçant mais aussi sans doute un besoin de reconnaissance assez important. Avant Spector, il a tenté de percer avec Ox.Eagle.Lion.Man et Les Incompétents (qui portaient assez bien leur nom). Au fond, un peu à la manière d’Eddie Argos dans Art Brut, ou d’Edouard Baer pour l’ensemble de son oeuvre, Fred Macpherson s’en sort en cabotinant. En concert, sur Twitter, tout le temps.

TOUT L’HORN DU MONDE

Trevor Horn ! Le nom évoque instantanément une pleine boîte de madeleines proustiennes. Ce géant du son brit synth pop a fait ses classes chez les Buggles en tuant les radio stars. Il est entré dans le livre des records avec sa production du « Relax » de Frankie Goes To Hollywood. Il a ressuscité Yes, sublimé les Pet Shop Boys, rhabillé Art Of Noise, rendu Grâce Jones esclave du rythme, ghost writé l’album de Malcolm McLaren « Duck Rock », l’ait fortune avec Seal et enlumine Robbie Williams, « Produced by Trevor Horn », résume sa flamboyante carrière derrière les manettes. 37


THE EIGHTIES MATCHBOX L’ALTERNATIVE Séparé en 2011, le teigneux groupe de Brighton a décidé de se reformer. Preuve en live, avec un retour triomphal à Paris, à peine perturbé par un problème de ferry. Des obstacles, ils en auront traversés. Après avoir été signés « trop jeunes » selon leurs dires, et les ventes de leur deuxième album s’avérant non concluantes pour leur label, les Eighties Matchbox B-Line Disaster se retrouvent sans contrat et bientôt sans guitariste. Ne se laissant pas abattre, ils dénichent une autre maison de disques pour sortir « Blood & Fire ». Sauf que les prestigieuses premières parties ne suffiront pas à sauver leur nom et, début 2011, les musiciens se séparent. Quelques mois plus tard, un de leurs premiers singles est choisi pour une pub Nike, à l’occasion de l’Euro 2012… affichant 17  millions de vues.

Impatient et agressif Sautant sur l’occasion, les Eighties Matchbox BLine Disaster annoncent en juin dernier leur reformation, même si Marc R. Norris insiste  : « On en avait déjà parié entre nous… » Pour l’instant, la décision reste temporaire puisque la tournée se résume à quatre concerts : « On craignait plutôt que les gens n’en aient rien à foutre, que personne ne se pointe. » En France, le public ne les a pas vus depuis 2005, en première partie de System Of A Down à Bercy. « Ça s’est fait peu après mon départ, grommelle Andy Huxley. Je me casse et la semaine d’après, il s’agit de jouer devant des milliers de personnes. » Les billets pour la Flèche d’Or se sont vendus comme des petits pains. Pour le guitariste, la raison de ce retour en grâce est simple  : « Le groupe est devenu populaire parce qu’il n’existait plus. On s’est comme ancré dans la culture contemporaine : une vague de groupes avec ma coupe de cheveux a émergé… » Cependant, le concert ne se déroulera pas comme prévu : à cause des intempéries, leur ferry est retardé de plusieurs heures. À 22h, leur van atteint enfin la porte de Bagnolet : devant un public impatient et 38

agressif, ils installent le matériel, prenant soin de ne pas précipiter les balances au détriment du concert. Comme le souligne Guy McKnight, « après sept ans d’attente, on n’est plus à une heure près ». Le début sera exaltant, le chanteur affrontant la fosse dès les premières mesures. La ferveur de la foule est telle qu’il se retrouve à escalader, l’air terrifié, la colonne d’enceintes pour s’extirper des bras du public. Malgré tout le soin apporté au son, des soucis techniques viennent gâcher le set. Les musiciens compensent en s’occupant eux mêmes du merchandising. À côté de Guy qui signe les autographes à tour de bras, Andy semble exténué : « On n’avait pas joué depuis si longtemps…Ce concert m’a vanné. » La veille, ils jouaient du côté de Flackney, pour s’échauffer  : « Il y avait 2  000 personnes qui essayaient d’entrer dans cette salle minuscule… » Pour autant, ils ne crient pas victoire trop vite : « On va voir comment ça se passe : si Manchester, Brighton et Londres sont aussi bien que ce soir, on reconsidérera la question. » Les demandes pour 2013 commencent déjà à tomber, assurant leur futur conditionnel.

trop prudente. » Il n’éprouve cependant aucune rancune envers Andy  : « Le fait qu’il soit parti m’a donné l’occasion de me lancer un défi : écrire plus de musique. » Pour Andy, cette rupture était un mal nécessaire : « On avait réellement besoin d’une pause, pour évaluer ce qu’on faisait (…). Il m’a fallu quelques années pour comprendre que je n’étais pas aussi génial que je pensais. » A peine de retour dans le groupe, Andy échafaude de nouveaux grands projets. « Ce que ces concerts ont prouvé, c’est que nous avons forgé notre propre chemin (…). J’ai toujours voulu lancer une sousculture, pour retrouver l’esprit de la musique alternative (…). Nous ne stjmmes pas des musiciens exceptionnels, mais nous avons au moins l’authenticité de ne pas être esclaves de ce qui marche ou rapporte de l’argent. La raison pour laquelle on revient c’est surtout pour encourager ce mouvement rock’n’roll, devenir des gardiens de cette intégrité.

BRIGHTON

Un groupe dangereux Marc s’inquiète de la situation économique de l’industrie musicale, alors qu’Andy est plus qu’optimiste. « Pas de doute, si on décidait de faire quelque chose, on réussirait à en vivre. Le potentiel est là. Reste à savoir si on a vraiment envie de s’y mettre. » Il admet avoir laissé des plumes dans l’aventure. « Ce groupe est très dangereux ! Les concerts sont fous, c’est insensé ! llfaut évita de perdre la tête. » Guy confie qu’ils ont déjà recommencé à composer : « Ce n’est pas encore définitif… Chaque tentative, créative ou autre, nécessite un effort Mais les disputes internes du passé nous fussent à adopter une approche sans doute un peu

Brighton, ville côtière de 155 000 habitants surnommée la capitale gay de la Grande-Betagne grâce à sa très active communauté LGBT, a été le berceau de The Pipettes, The Kooks, The Brakes, EIectrelane, The Go! Team, The Maccabees, Electric Soit Parade, Dave Clarke et des très hype Bat For Lashes, alias de la chanteuse pakistanoanglaise Natasha Khan. « Brighton Rock » est le titre d’un roman de Graham Grecnc écrit en 1938 mais aussi d’une chanson de Queen sur son album « Sheer Heart Attack ».


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SIX CHOSES QUE VOUS NE SAVIEZ PAS SUR…

BOB MARLEY

On l’a dit ici et ailleurs, le documentaire sobrement intitulé Marley est le meilleur à ce jour consacré au maître rasta. Proposé en DVD à partir du 28 novembre, il donne la parole à une cinquantaine d’intervenants racontant « leur » Marley. Morceaux choisis. IL REFUSERA D’ÊTRE AMPUTÉ DE L’ORTEIL APRÈS QUE LUI A ÉTÉ DIAGNOSTIQUÉ UN MÉLANOME MORTEL. À en croire Chris Blackwell, le producteur anglais et big boss d’Island qui imposa Marley au public occidental, « il adorait jouer au foot. Ne plus pouvoir le faire (à cause d’un orteil amputé, ndlr) était inenvisageable pour lui ». Autre son de cloche chez Aston Barrett, le bassiste des Wailers. Selon lui, c’est parce qu’il lui aurait été impossible de danser sur scène que Marley renonça à l’opération.

IL A FAILLI AVOIR POUR NOM D’ARTISTE ADAM MARLEY.

IL ENREGISTRE SA PREMIÈRE CHANSON À 16 ANS.

Jimmy Cliff se remémore l’épisode : «Après l’enregistrement de cette chanson, Leslie Kong (producteur et patron du label Beverley’s à Kingston, ndlr) voulait qu’il change de nom, car Robert Marley, ça n’était pas assez accrocheur. Il voulait l’appeler Adam. Bob a refusé...»

Jimmy Cliff explique qu’il avait fait passer une audition puis enregistrer une chanson à Desmond Dekker. Bob et lui travaillaient comme soudeur au même endroit. Marley n’a pas voulu être en reste. Quand il a su ça, Robert a voulu en faire autant et il est allé chez Beverley’s où il a enregistré lui aussi une chanson (« Judge Not », ndlr) pour me prouver que, qu’il en était capable. »

IL N’A PAS VOULU FAIRE DE TESTAMENT.

IL AIMAIT COMPOSER AU PETIT MATIN.

« Il refusait d’abandonner, estime Neville Garrick. Écrire un testament, c’est comme reconnaître que l’on est foutu. Et le Bob que je connaissais refusait de trancher, obligeant chacun à révéler qui il était; ceux qui l’aimaient vraiment, ceux qui se battraient pour son argent » L’avenir lui donnera malheureusement raison…

Ce fut du moins le cas en 1977, lorsqu’il s’installe à Londres avec les Wailers après la tentative d’assassinat dont il fut l’objet l’année précédente, à Kingston. «Il aimait composer le matin, assure Neville Garrick, directeur artistique des Wailers et ami du reggaeman. Car, le matin, il avait cette voix rocailleuse, un peu comme celle de Rod Stewart. Ce genre de timbre...»

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QUAND IL « ÉMIGRE » AUX ÉTATS-UNIS, EN 1970, IL ENCHAÎNE LES BOULOTS LES PLUS DIVERS. Dépité de ne pouvoir vivre de sa musique, Bob Marley décide de rejoindre sa mère dans le Delaware. L’épisode sera bref. « Il a eu un job au Dupont Hôtel, il passait l’aspirateur, raconte Rita Marley, que Bob avait épousée en 1966. Puis il a travaillé chez Chrysler. » Le travail de nuit chez le constructeur lui inspirera « It’s Alright ».


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LED ZEPPELIN FANTASMES Donné le 10 décembre 2007 dans l’O2 Arena londonienne, le concert de reformation du Dirigeable est finalement commercialisé aujourd’hui. Ah, les Led Zep ! Que de fantasmes, de rêves dopés aux substances opiacées (ou pas), de visions apocalyptiques de parties fines sans fin, d’émotions où la violence graphique foudroie aussitôt effacée par la douceur d’harmonies chatoyantes, que de beaux et innombrables moments ont-ils su dispenser à leurs fans hardcore comme aux simples auditeurs curieux ! Robert et sa crinière chevaleresque, Jimmy et son air ombrageux, John Paul et son flegme, et John, Shiva des toms et tombeur de fûts.

ÊTRE ET AVOIR ÉTÉ Ils furent le big bang, son mythe et son propagateur jusqu’à ce jour funeste où, après la disparition inopinée de John Bonham, ils se sont dit que le jeu, l’enjeu, n’en valait plus la peine. Leurs excès les avaient fatigués au point de tuer l’un d’entre eux. La suite de leurs existences servirait à panser cette plaie et compenser le manque. Le 10 novembre 2007, Led Zeppelin remontait donc véritablement sur scène pour honorer (Celebrate) la mémoire d’Ahmet Ertegun, son pygmalion au sein d’Atlantic, décédé le 14 décembre 2006. Ici se cache une ironie dont le rock a le secret. Le 29 octobre 2006, Ertegun assiste au concert des Rolling Stones filmé par Scorsese au Beacon Theater. Dans les coulisses,

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il fait une chute et tombe dans le coma en se cognant la tête. Il ne se réveillera malheureusement jamais. En 2007, le Dirigeable retrouve donc son public après avoir battu tous les records en générant, paraît-il, 20 millions de demandes d’achat de billets sur internet. Le groupe jouera un peu plus de deux heures, révisant tous ses tubes (« Rock And Roll », « Good Times Bad Times », « Black Dog », « Stairway To Heaven », « Immigrant Song », sans bien sûr oublier la grosse pièce psyché-orientale « Kashmir »). Sans intention de contester le plaisir pris par ceux qui assistèrent au concert, la vision du film pose plusieurs questions et n’offre guère de raisons de s’enthousiasmer. La qualité de la prise de vue de Dick Carruthers reste continuellement plate et sans fantaisie, la prestation physique du groupe tutoie parfois l’assoupissement et la qualité des versions données ici verse plus du côté d’un très compétent tribute band formé de sosies que de la folie initiale produite par le groupe à son âge d’or. De fait, Plant a admis que certaines de ses parties vocales avaient été reprises, sur « Kashmir » en particulier où il est incapable de tenir la note surtout dans sa dernière partie. Et il y a fort à parier que certaines caresses de manche de Page ont pu aussi être redéfinies en studio. Est-ce la raison pour laquelle cinq ans se sont écoulés entre le show et sa commercialisation sur huit supports différents ? Page avait d’ailleurs déclaré en 2008 à un magazine anglais que ce serait « un boulot de dingue pour envisager la sortie d’un DVD ». Et puis ce pataquès éprouvant de mise en scène mercantile digne du lancement de l’iPhone 328 : conférence de presse


et journalistes teutons et bataves avec leur besace de questions béatement connes et commentaires insipides des stars hautaines à la clé. Tout ceci doublé en France d’une série de projections uniques en salles dans un nombre de villes limité. La mise en place ne le sera pas, elle, puisqu’elle dépassera les 80 000 exemplaires pour les quatre supports physiques, un chiffre considérable si l’on tient compte du marché actuel. Certes, les chansons restent bien entendues gigantesques et les versions présentées ici conservent une qualité supérieure à 99 % de ce qu’il est donné d’entendre aujourd’hui mais, étrangement, et malgré le plaisir évident que les trois

musiciens et le fils de leur batteur prennent dans ces retrouvailles, aucune valeur ajoutée ne gagne sa place dans la mémoire de ce que nous connaissions d’eux. Oui, il y a bien un « For Your Life » extrait de « Presence » inédit sur scène et la vision d’un Plant se lancer dans « Stairway To Heaven » qu’il avait pourtant juré de ne plus jamais chanter pour donner quelque épice à l’affaire mais, au final, les quatre caméras sur scène de Carruthers ne captent pas grand-chose de ce que devaient être les sabbats historiques de Led Zep lorsqu’il battait tous les records d’affluence à Tampa ou Atlanta, créant l’événement aux USA.

LA VIOLENCE GRAPHIQUE FOUDROIE AUSSITÔT, EFFACÉE PAR LA DOUCEUR D’HARMONIES CHATOYANTES

C’EST UN COMBLE !

Led Zeppelin a également bâti sa réputation sur ses prestations scéniques devenues légendaires, donnant une large part à l’improvisation (solos de guitare ou de batterie extensifs), à de longs medleys, lors d’interprétations spécialement réarrangées de ses propres compositions. Plus de trente ans après sa séparation, Led Zeppelin est toujours considéré comme l’un des plus grands groupes rock tant pour sa réussite artistique, son succès commercial que pour son influence et son prestige. Le groupe a vendu plus de trois cent millions de disques à travers le monde dont plus de cent onze millions rien qu’aux ÉtatsUnis, record en partie facilité par le fait que le groupe n’a jamais sorti de single incitant ainsi les fans à acheter les albums dès lors qu’un titre leur plaisait.

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CELEBRATION DAY Le gigantisme est monnaie courante, lorsqu’on parle de Led Zeppelin. Il transparaît dans la musique colossale, les concerts monstrueux, les sulfureux excès. Dans l’intransigeance, aussi : à la mort de John Bonham, les trois survivants décident de tout arrêter. Nous étions en 1980. Trois éphémères réunions d’une demi-heure ont ensuite eu lieu, en 1985 (Live Aid, avec deux batteurs, Tony Thompson et PhilCollins), 1988 (avec Jason Bonham, déjà) et 1995. Bâclées, ces prestations ne pouvaient décemment constituer un point final à l’oeuvre immense du Léviathan des seventies. Il y eut donc d’innombrables rumeurs, puis la divine annonce a frappé en 2007 : le Dirigeable de Plomb allait enfin donner un unique et vrai concert en hommage à Ahmet Ertegun à l’O2 Arena de Londres… De leur côté, retranchés pendant six intenses semaines en studio, Robert Plant, Jimmy Page, John Paul Jones et Jason Bonham répètent, sans relâche. Il s’agit, cette fois, de se préparer, d’éviter les bévues passées. Le musculeux cogneur au crâne rasé a accompli un travail considérable, disséquant minutieusement le jeu de son père sur tout ce qu’il a pu amasser d’enregistrements pirates du Zeppelin. Tout se met en place pour un moment important, historique. Les angoisses des fans sont pourtant nombreuses et légitimes : qu’en est-il de la voix de Robert Plant ? Jason Bonham sera-t-il à la hauteur ? Cinq longues 44

années d’attente ont été nécessaires pour pouvoir, enfin, écouter ce véritable saint Graal du hard rock. Nom de code, « Celebration Day ».

Contempler ses rivaux A la fois inquiet et rêveur, on lance la galette tant espérée : le concert débute avec, évident symbole, « Good Times Bad Times », premier titre du premier album de 1969. On est immédiatement rassuré, éberlué, ébahi  : la rythmique complexe du morceau est parfaitement reproduite par Jason Bonham, avec une précision surnaturelle, mystique. L’esprit de Bonzo semble planer… Et l’organe de Plant ? Nimbé d’un petit brouillard granuleux, il dégage une gigantesque maturité, et parvient toujours — dès la deuxième minute de concert — à atteindre ces notes suraiguës qui ont fait sa gloire. Après « Ramble On », le groupe accélère la cadence et trouve définitivement ses marques sur « Black Dog », foudroyant manifeste électrique. Cette fois, pas de quartier, Led Zeppelin ne tremble pas devant la gravité de l’événement. « In My Time Of Dying », slide vénéneuse et beat herculéen, permet de mettre en exergue la fabuleuse dextérité de Jimmy Page, intacte de classe et de virtuosité. Le sorcier de la Gibson aux cheveux immaculés, semble revenu tout droit en 1973, du temps de sa plus royale splendeur. Le son de Led Zeppelin est là, recréé de façon stupéfiante : une alchimie parfaite, presque télépathique, celle du vrai Led Zep. Puis nos quatre forgerons se lancent dans Palambiquée « Tor Your Life », pépite méconnue issue de « Presence » (jamais jouée non plus sur scène), avant que le discret John Paul Jones ne puisse enfin se mettre en valeur, grâce au Clavi-

net funk irrésistible de « Trampled Under Foot » ainsi qu’à l’élégiaque partition de « No Quarter ». Entre les deux, une version thermonucléaire du blues “Nobody’s Fault But Mine”, harmonica en renfort. La seconde moitié du concert abat d’emblée un brelan magique, définitif : « Since I’ve Been Loving You », suivie de la liturgique « Dazed And Confused » (où Page reprend son gimmick de l’archet) et « Stairway To Heaven », gracile, touchante et diablement puissante. « Ahmet, on l’a fait ! » s’écrit alors le screamer à la léonine crinière, vieux viking au larynx de brome, visiblement ému. L’issue, déjà, approche : sommet certifié de la prestation, « Kashmir » martèle ses accords majestueux, propulsés par la frappe lourde et menaçante de Bonham Jr. La cohésion et la dynamique du Zeppelin sont ici hors du commun. On tutoie l’exceptionnel (« Live At Leeds », « Made In Japan », ce genre). Les deux telluriques rappels (« Whole Lotta Love » et « Rock And Roll ») confirment cette impression de grandeur : la Bête était ce soirlà redescendue sur Terre, contempler ses rivaux et ricaner, tonitruante. De nombreuses âmes ont chaviré en ce 10 décembre 2007.

LE SON DE LED ZEPPELIN EST LÀ !


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Illustration de Anna Bednarik

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GREEN DAY JAQUETTE DE LA SEMAINE : DOOKIE (1994) L’illustation

L’album

PLAYLIST

La pochette est une illustration de Richie Bucher qui représente une bombe tombant sur des gens et des bâtiments. Au centre figure une explosion avec le nom du groupe écrit au-dessus en marron. Au verso des premières copies du CD figurait une peluche de Ernie, un des personnages principaux de l’émission pour enfants 1, rue Sésame, qui a ensuite été retouchée pour ne pas risquer un procès.

Dookie est le troisième album du groupe punk rock californien Green Day et leur premier sur un label majeur, Reprise. Il est sorti en 1994 et a permis au groupe d’atteindre une grande popularité. Ses principaux singles ont été « Longview », « Basket Case » et « When I Come Around ». L’album a remporté le Grammy Award du meilleur album de musique alternative. Il s’en est vendu plus de 16 millions d’exemplaires à travers le monde.

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15.

La pochette de Dookie est l’une de ceux qu’on ne peut se lasser d’osberver en raison de son abondance de détails et de références. À noter ; le gros Elvis, Angus Young et la dame du premier Black Sabbath.

Burnout Having a Blast Chump Longview Welcome to Paradise Pulling Teeth Basket Case She Sassafras Roots When I Come Around Coming Clean Emenius Sleepus In the End F.O.D. All by Myself (piste cachée)

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LA FELINE

LE 114

ROCK AROUND THE CAT Pat’ a réveillé le milieu rock parisien avec La Féline, LE bar rock de Paname, aujourd’hui adossé à un studio de production. Tatouages, rouflaquettes, bagouses « tête de mort » et grand sourire, le parrain du milieu rock parisien nous raconte son aventure. Le rock. « Le jour où j’ai acheté des disques de Clash et des Ramones, ma vie a changé ! » La « carrière ». « Dans une autre vie, j’ai travaillé pour la pub… Puis, un jour, j’ai tout plaqué : le pavillon de banlieue, ma petite vie pépère pour m’improviser barman ! Pendant deux ans, j’ai travaillé derrière les zincs parisiens et je passais mes compilations. Les gens adoraient. Alors, avec Mathieu, mon associé, on a repris un bar rue Victor-Letalle, un taudis avec des rats et le plafond qui pendait. Lors de la visite du banquier, on lui a dit : ‘Ne vous inquiétez pas, on va en faire un truc mortel !’ Il nous a crus. » Le bar. « Succès immédiat, car il manquait une scène pour accueillir les groupes de rock dans la capitale. Bilan : 350 concerts en deux ans ! » La production. « La suite logique de l’histoire est de donner aux musiciens l’opportunité d’enregistrer dans de bonnes conditions. Pour cela, nous avons racheté un studio d’enregistrement que Xavier, l’ingénieur du son, a entièrement équipé de matériel vintage. On a déjà une liste d’attente, avec des Japonais. » Le disque. « Des confirmés Kitchenmen (ex-Roadrunners) aux allumées de Pussydelics, les groupes ont tous déjà mis le feu à la scène de La Féline. Et, authenticité oblige, l’objet ne sort qu’en vinyle, sous le nom La Féline. »

Une seule devise : Du rock dans ta rue, avec les copines de ta sœur, et du mouvement dans tes cheveux, au rythme des riffs de guitares ! Des lives, des cocktails et une ambiance enflammée, rock et trendy, c’est ce que vous propose le «114», le nouveau bar rock du quartier Oberkampf. Le 114 vient s’ajouter à la bonne humeur du «Café Charbon», du «Nouveau Casino» ou de «Chez Justine». Un gros canapé cuir façon «Friends» pour s’étaler, la possibilité de danser pendant les concerts et des DJ set : vous avez le choix ! Le «114» c’est gratuit, leur credo : First Come - First Serve !

LES FURIEUX

Un bar Rock affirmé ! On croyait le genre disparu, mangé tout cru par la lounge attitude. Et bien non, certains résistent et même plutôt bien. Les Furieux, situé en plein coeur de Bastille, propose de revisiter les «doux» son du métal ou du punk grâce à un sound-system performant. Comme le dit Pascal HV, «le rock sort ses tripes». Tous les week-ends des soirées spéciales y sont organisées avec une autorisation jusqu’à 5h. Côté décor, une ambiance sixties aux tons jaunes et rouges, une petite terrasse et des expositions tout au long de l’année. Surement le meilleur bar rock de Pars. Le boss est l’ancien DJ rock de la Loco et ça s’entend ! 48


NASHVILLE USINE GIBSON À NASHVILLE, USA

NASHVILLE

Gibson, la marque

L’Usine

Fondée en 1902 à Nashville par Orville Gibson, l’entreprise américaine est restée un siècle plus tard le symbole de la perfection et de l’exception.

Entre 1974 et 1984, la production de guitares de Gibson est délocalisée de Kalamazoo vers Nashville au Tennessee, pour permettre à Gibson de mieux absorber la croissance de son activité. Gibson possède aussi une usine à Memphis, où ses guitares faites sur commande sont construites et vendues. L’usine de Nashville se concentre désormais sur la production de guitare pleines, tandis que celle de Kalamazoo qui peut en fait réaliser tous les modèles, fonctionne un peu comme un régulateur selon l’évolution du marché. (voir photo ci-dessus)

En 1952, Gibson conçoit la Gibson Les Paul, une guitare à corps plein, avec la collaboration du guitariste populaire du même nom. Tout au long des années 1950, sous l’impulsion de son président Ted McCarty, la marque innove en concevant un certain nombre de productions sous de nouvelles formes excentriques (Gibson Explorer, Gibson Flying V, la Gibson ES-335 en semi-acoustique et plus tard la Gibson Firebird), ainsi que de nouveaux micros dits « humbucker ». En 1961, la Les Paul subit quelques modifications ayant pour but de réduire le poids de l’instrument et d’ameliorer son ergonomie, création du nouveau modèle,la Gibson SG, appelée tout d’abord « Les Paul SG ». (voir photoci- dessous)

Le Gibson showcase Le Gibson Showcase (photo ci-dessous) est une grande boutique vendant les instruments et divers produits Gibson mais aussi laissant la possibilité à des sessions acoustiques pour les musiciens.

Dans cette ville, on y trouve le siège social de Gibson, mais aussi, un puissant ADN rock and roll. Nashville est considérée comme le berceau de la musique country. Elvis Presley y a enregistré de la musique en studio. Johnny Cash est originaire de Kingsland, Arkansas, États-Unis, et mort le 12 septembre 2003 à Nashville, Tennessee). Young Buck, un des rappeurs du fameux groupe G-Unit, est aussi natif de Nashville. Bob Dylan y a enregistré plusieurs albums, accompagné par des musiciens locaux, dont le mythique Blonde On Blonde ou encore Nashville Skyline. Plus récemment les groupes tels que les Kings Of Leon (rock, dans la lignée des Strokes), le groupe Be Your Own Pet (rock décalé, « jungle ») ou encore le groupe Paramore sont originaires de Nashville. Les White Stripes y ont enregistré Lucky Thump en 2007.

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Ce mois ci, BlackSheep vous réserve une séléction d’articles à ne pas manquer. Livres, CD, DVD, jeux vidéos, tout le monde y trouvera son compte. Alors à vos porte-monnaies !

Atlantic Soul Legends

Vingt des plus grands albums de soul music gravés pour la fameux label Atlantic regroupés dans un seul coffret... et en nice price, s’il vous plait  ! Au menu, que du grandiose : Ray Charles, Rufus Thomas, Otis Redding, Wilson Pickett, Aretha Franklin, Don Convay et autres légendes de la musique de l’âme. Atlantic/Warner, 39,99€

Ladies and gentlemen... Mr. B. B. King Le plus grand des bluesman encore en activité méritait amplement une anthologie à la hauteur de sa légende. C’est chose faite avec ce monumental flash-back en 10 CD à la carrière de B. B. King, des années héroïques des premières sessions à L.A. à ses derniers enregistrements avec Eric Clapton, U2, les Stones, Robert Cray ou Van Morrison. Universal, 84,99€

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The Beach Boys Fifty big ones greatest hits Si l’album de leurs retrouvailles a pu décevoir les fans, les Beach Boys surfent encore sur la vague... de la nostalgie. A la faveur de leur 50e anniversaire, on revisitera ici 50 de leurs grands classiques grogés d’harmonie vocales ensoleillées, avec une petite préférence pour leur grande période sixties. Good vibrations garanties ! Capitol/EMI, 22,45€

Peter Gabriel édition limitée 25e anniversaire On croyait le connaître par cœur... et on le redécouvre encore plus fascinant, à la faveur de cette réédition du 25e anniversaire supervisée par le Gab lui-même. Dans cette édition augmentée, le chef d’oeuvre de l’ex Genesis est désormais décliné en 4 CD, 2 DVD plus un maxi vinyle et un beau livret de 60 pages. Real World/EMI, 107,64€

Paul et Linda McCartney RAM - édition deluxe C’est encore à Sir Paulo que revient la palme de la réédition la plus classieuse de l’année. Soit l’un des meilleurs albums solo, augmenté d’un CD entier de bonus audio, de sons spin-off orchestral Thrilligton, d’une version mono, d’un DVD avec des images rares ainsi qu’une multitude de goodies. Concord/Universal, 101,99€

Bessie Smith The complete columbia recording Cette intégrale pour Colombia avait déjà eu l’honneur d’un tour de piste il y a dix ans pour ses premiers volumes. Les cing volets sont réunis ici dans un coffret aussi sobre qu’attractif, à l’image du livret qui l’accompagne. Une occasion en or de replonger dans la dense carrière de la grande dame du blues et du jazz. Legacy/Sony Music, 35,88€

Deep Purple Machine-Head 40th anniversary deluxe edition Eh oui, «  Smoke en the water  »  et «  Highway Star  » ont eux aussi pris 40 piges cette année. Voilà qui méritait bien que cette tête de machine. avec 3 CD comme autant de mix de l’album, un quatrième CD remixé ainsi qu’un DVD audio. Sans parler du livret de 68 pages. Heavy ! Deep Purple/EMI, 43,77€

The Beatles Intégrale 16 vinyles Diantre  ! Il va encore vous falloir faire

preuve d’imagination pour faire passer la pilule auprès de vos proches car après la Mono Box et la Stereo Box, voici l’intégrale vinyle (16 galettes en tout) du catalogue Beatles. EMI, 345,64€


Californication

Indiana Jones, la quadrilogie

On peut vénérer les déboires bukowskiens (les filles, la drogue, son ex, sa fille) du romancier Hank Moody, lâché dans un Los Angeles plus ridicule que nature et brillamment incarné par David Duchovny. Difficile de résister à cette intégrale des saison 1 à 4. Paramount, 49,99€

En dépit de son job d’archéologue, Indy n’avait nullement l’intention d’être remisé au rayon antiquités. En 2012, il s’est donc fendu d’une réédition « remasterisée » de ses aventures, assortie des bonus de rigueur. Bonne nouvelle pour les fans : excepté peut-être dans le dernier volet (Indiana Jones et le royaume du crane de cristal), notre héro préféré n’a pas pris une seule ride. On aime ! Paramount, 29,99€

Good Morning England

Tenacious D : The pick of the destiny

Bien sûr, tout fan de rock digne de ce nom a adoré ce film inspiré par la saga des DJ de Radio Caroline, mythique radio pirate des sixties qui émettait depuis un bateau au milieu de la Manche. Mais Noël oblige, le DVD ressort agrémenté d’un vinyle de dis des titres composant sa géniale bande originale (The Who, Moody Blues, Martha and the Vandellas, etc). Parfait pour faire découvrir ce petit bijou british ! Studio Canal, 24,99€

Pas de chance pour le jeune JB. Il est passionné de rock’n’roll dans une famille ultra religieuse qui considère cette musique comme l’oeuvre du diable. Lorsque son père lui colle une raclée en arrachant tous les posters de ses idoles, JB s’enfuit et part pour Hollywood y chercher le secret du rock’n’roll... Metropolitan FilmExport, 12€

Wayne’s world

Metal : Voyage au cœur de la bête

Deux adolescents ont transformé une cave en studio de télévision et y anime chaque nuit une émission musicale diffusée sur un réseau câblé local. Un ambitieux producteur de télévision, séduit par leur style débridé, décide de leur donner leur première grande chance. Alors, Mégateuf ? United International Pictures, 10€

En 1986, le heavy metal devint la musique la plus populaire à travers le monde, et un peu partout, les ados portaient les cheveux longs et faisaient le signe des cornes du diable. Mais ça n’était pas du goût de tout le monde. Les musiciens de Metal furent accusés de pousser les jeunes au suicide ou au meurtre. le heavy metal était le nouveau démon Pretty Pictures, 24,90€

Rocky Horror Picture Show

Anvil 

Une nuit d’orage, la voiture de Janet et Brad, un couple coincé qui vient de se fiancer, tombe en panne. Obligés de se réfugier dans un mystérieux château, ils vont faire la rencontre de ses occupants pour le moins bizarres, qui se livrent à de bien étranges expériences. Tiré du mythique musical, le Rocky Horror Picture Show reste indémodable par son humour et son décalage fantasmagorique. À partir de 12€

A l’âge de quatorze ans, Steve «Lips» Kudlow et son meilleur ami Robb Reiner font le serment de faire de la musique ensemble toute leur vie durant. Leur groupe de heavy metal Anvil va influencer de nombreux groupes tels que Metallica, Slayer et Anthrax. Zootrope films, 8,90€

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Duke Nukem Forever Duke Nukem Forever, le plus grand vaporware de l’histoire vidéoludique, est finalement sorti. Un mythe s’est brisé quand nous avons enfin pu poser nos mains sur un Saint-Graal qu’on n’attendait plus. Alors oublions toutes les péripéties qui ont conduit le projet à échoir à Gearbox Software après plus de 13 ans de développement chez 3D Realms, et chaussons nos lunettes noires pour nous plonger dans la suite d’un des plus grands FPS de tous les temps. Come get some ! à partir de 20€

Doom 3 Quand il est question de réédition, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, il y a ceux qui ont pris un vilain coup de vieux et ceux qui s’en sortent avec les honneurs, comme The Chronicles of Riddick. Petite bombe techniqueDoom 3 se voit ici gratifié d’une mise à l’échelle HD et d’une livraison comprenant le jeu de base, son add-on Resurection of Evil, 7 niveaux inédits et même Doom I et II en bonus. à partir de 30€

ROCKSMITH Une nouvelle étape a été franchie dans le jeu de guitare. Rocksmith est le premier et seul jeu qui vous permet de brancher TOUTES les guitares et TOUTES les basses réelles sur votre PC ou console et d’apprendre réellement à jouer.

Borderlands 2 Borderlands, c’est à la fois un FPS survolté en cel shading et un jeu de rôle mature, irrévérencieux, et pour tout dire, complètement déjanté. Trois ans après la sortie d’un premier épisode aussi coloré qu’explosif, Borderlands revient sur consoles HD et PC pour le plus grand plaisir des fans d’action et de second degré. à partir de 50€

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Farcry 3 Allez, on oublie direct l’épisode 2 pour se pencher sur ce nouvel opus. Far Cry 3 nous place dans la peau satinée de Jason Brody, un stéréotype de gentil californien, friqué, part avec ses deux frères, un pote et leurs nanas dans un trip à forte teneur en sensations fortes assaisonné de soirées alcoolisées, de rodéos de chihuahuas, de jet-ski et d’un gentil saut en parachute. Far Cry 3 est juste un foutu bon jeu.. à patir de 60€

Le pitch est ultra simple comme toujours sur ces jeux musicaux : une longue playlist, une difficulté croissance et une «carrière» à faire évoluer au fur et à mesure de l’amélioration de ses performances d’Artiste en herbe à Tête d’affiche internationale et même plus. Le temps passant, le contenu jouable dans une même chanson évolue, et on débloque des amplis, guitares et pédalier d’effets. La progression est rythmée par des répétitions permettant de travailler une courte sélection de chansons. Une fois le niveau de jeu suffisant sur chacune d’entre elle, on passe au concert avec les mêmes chansons, mais enchainées cette fois. Tout pour devenir une star ! Et par toutes les guitares et basses, nous entendons vraiment TOUTES les guitares et TOUTES les basses. Qu’il s’agisse de la guitare qui patiente dans votre grenier, de votre fidèle étalon, ou de la guitare basse que vous n’avez pas encore achetée, Rocksmith vous permet de brancher n’importe quelle guitare et n’importe quelle basse sur votre PC ou console. Des paramètres de difficulté qui s’adaptent à votre niveau. Vous adorez les défis, mais pas les impossibles. Avec son gameplay addictif qui s’adapte à votre niveau personnel, Rocksmith™ vous fera automatiquement passer des notes simples aux accords complexes, à votre propre rythme. Vous jouerez 100 % des partitions de guitare ou basse réelles des chansons du jeu. Plein de musique. Plein de styles. L’un des moments préférés de tout joueur de guitare ou basse est celui où il joue sa chanson préférée pour la première fois. Rocksmith™ a rassemblé un répertoire incroyable de chansons de différents genres musicaux, pour permettre aux joueurs de vivre ce moment directement. Pur jeu vidéo musical ou vraie méthode de guitare et basse, Rocksmith a du mal à choisir. Du coup les guitaristes amateurs ou les pratiquants de jeux musicaux qui veulent s’essayer à la musique en «vrai» trouveront leur bonheur.


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Blacksheep final sans tdc2