Page 1

Canard à Hélice

7 2 ° N

LE "CAHNARD" DE TER AELIS

TRIMESTRIEL • HIVER 2014

L'humain et l'inconnu “


Winter is coming... Plongez-vous dans le nouveau Canard hivernal qui ne manquera pas de vous faire réfléchir sur la place de l’humain dans notre univers. Un mystère ? Plus que ça ! Nous sommes parfois confrontés à des situations inconnues, à des questions dont nous ne connaissons pas les réponses ou à des débats irrésolus. Bien sûr, vous retrouverez des grands classiques du magazine comme les brèves, le courrier des lecteurs, une recette culinaire et les nouvelles toutes fraîches du blog ! L'équipe du Canard à Hélice vous invite donc à enfiler votre pull, à glisser vos petons dans de confortables pantoufles et à vous faire bouillir un thé pour découvrir - au chaud - les articles qui vous ont été concoctés amoureusement.

Melaka

N°27

S O M M A I R E

Édito

3

5

Bref, soyons brèves !

4

Ad’Mirwane

L’information au jour d’hier

6 8

Utopies théatrâles

10

Et si on levait le rideau ?

13

15 17

« Aucun résultat trouvé »

Trophée littéraire : Asimov

Le courrier des lecteurs

16

La petite idée culinaire à déguster sans complexe

À ne pas manquer sur le blog

18

La surprise de Tear

CANARD À HÉLICE N°27 - DÉCEMBRE 2014 Rédacteur en chef : Melaka ; Rédaction des articles : Chikoun, dvb, Egorann, Exodus (...), Franz, Grendelor, Melaka, Nicolas, Ramrod ; Corrections : dvb, Franz, Melaka ; Illustrations : Cassiopée, Melaka, Mirwane, Smirt, Tear ; Couverture : Alexandre Duret-Lutz ; Mise en page : Melaka.


Lumière sur le corps ! Saviez-vous que nous sommes plus petits le soir que le matin ? En dormant, les disques placés entre nos vertèbres se décompressent de la charge portée lors de la journée passée. Ceci explique pourquoi le soir nous mesurons jusqu'à une paire de centimètres de moins. La verticalité entraîne la compression des disques intervertébraux qui se tassent tout au long de la journée tandis que la position horizontale nous préserve des effets de la pesanteur !

Franz

Brèves

Coup de cœur : Les ailes d'émeraude d'Alexiane De Lys Découvert par hasard, je me suis laissée emporter par ce livre. Écrit par une jeune fille de 20 ans pour distraire sa sœur, ce livre, qui s'apparente à de la fantasy mais qu'on peut relier aussi à la science-fiction, nous raconte la plongée dans l'inconnu d'une jeune orpheline. Le style est frais et direct, le rythme est soutenu et l'intrigue pas si simple qu'elle n'y parait. Un petit trésor.

Grendelor

© photos Mel, Santibon & Alexiane De Lys

3

Radio GMX Vous aimez les jeux vidéo. N'essayez pas de nier, votre voisin vous a dénoncé. Aussi, je vous suggère de vous rendre le plus tôt possible sur le site de Radio GMX, la nouvelle web-radio gratuite 100% JV. Des heures de bandes-son, sans pub, et surtout un site très bien foutu, riche en contenu et avec une grille de programme plus qu’intéressante. Pour écrire du RP ou juste se faire un petit blind test personnel, une seule adresse : Radio GMX. Exodus (...)


Illus’

Ad’Mirwane

© illustration Mirwane

4


Événement Fatigué d'une vie immortelle ? Harassé par les contraintes d'une sagesse infinie ? Incapable de contrôler plus longtemps votre force ? Rendez-vous alors à la première Fête de la Non-Humanité d'Adalerin, rencontrez des frères et sœurs de toutes races, à votre écoute, et découvrez ce qui fait de vous un humain comme les autres. Vous y accepterez votre part d'infériorité et développerez une bêtise toute humaine ! Résultats garantis !

L’information au jour d’hier

Loisirs La nouvelle saison de « Philosophie Sauvage », l'émission à succès thaumaturgiquement diffusée sur tout le continent, continue son avancée ! Dans le prochain épisode, nos participants seront lâchés en pleine jungle, où ils devront disserter sur « l'impact de l'inconnu non identifié sur la perception du Moi et des menaces personnelles » tout en échappant aux prédateurs et la flore locale. Un futur épisode riche en sensations fortes !

© photos David Barnas, mafate69 & Martine

5

Annonce Homme de science certifié sain d'esprit et cherchant à percer les secrets de la vie, du monde et de la choucroute en général, demande d'urgence un ou plusieurs assistants. Le ou les sujets se devront de maîtriser pleinement les principes de dissection, vivisection auto-portée et macération des légumineux. Emploi à usage unique. Un poste d'agent d’entretien est également à pourvoir. Contacter la rédaction qui transmettra. Exodus (...)


Dossier

Rayé de la Google Map Avez-vous déjà entendu parler de Damian Kounelakis ? Il y a de très fortes chances pour que ça ne soit pas le cas et, pour une fois, ça n'est pas Google qui viendra à votre secours. Depuis 2010, son nom a été placé dans l'angle mort de l'algorithme de recherche californien. Quand bien même plusieurs articles journalistiques lui ont été consacrés sur la Toile, il faut user de moyens détournés pour y accéder. Il n'y a pas qu'en Chine que Google pratique la censure. Mais cette censure particulière est le fruit étrange d'une vendetta personnelle, celle d'Eric Schmidt, PDG de la firme entre 2001 et 2011.

1

« Aucun résultat trouvé »

Damian Kounelakis, né à San Francisco en 1975, met fin à ses études en psychologie et s'installe en Toscane à 19 ans. Il y fonde le mouvement du Verbe Vital, une « Assemblée de Dieu » d'inspiration pentecôtiste qui s'éloigne rapidement du dogme pour graviter autour de la figure de Damian, qui s'autoproclame prophète. En 1996, l'ARIS (Associazione per la Ricerca e l'Informazione sulle Sette) répertorie le Verbe Vital comme une secte et deux plaintes sont déposées à l'encontre de Kounelakis pour abus de faiblesse. Si le gourou n'est pas condamné, il préfère s'envoler vers les cieux plus cléments de Californie.

Une bretonne de plus s'ajoute à notre armée créée dans un seul but : conquérir le monde.

Green Partizan :

© photos Doundounba & Discretos

6

À Sacramento, Damian forme la Church of Neutral Empathy. Le concept d'empathie neutre autour duquel s'articule le mouvement révise les notions morales de bien et de mal en fonction du bonheur ressenti en agissant. Ainsi, il met en balance la douleur ressentie par les victimes (empathie négative) et la joie procurée par les actes de leurs agresseurs (empathie positive). Richard Chase, le « vampire de Sacramento », un tueur en série ayant agi entre décembre 1977 et janvier 1978 (6 victimes dont il buvait le sang et dévorait des lambeaux, « pour éviter que les nazis [ne] transforment son sang en poudre, via un poison qu’ils auraient placé sous son porte-savon »), est considéré par Kounelakis comme un être d'une extrême sensibilité qui a apporté plus de bien (à lui-même) que de mal (aux autres). Il devient la figure tutélaire du mouvement et est canonisé par le gourou en 2002. Selon sa rhétorique, « le loup, d'une intelligence supérieure, extirpe la plus grande félicité de la chair des moutons, stupides et insouciants. » La Church of Neutral Empathy rassemble une soixantaine de disciples en 2006.


2

« Aucun résultat trouvé »

Lors de rituels, des martyrs volontaires sont soumis à des actes de viol, de torture, parfois de cannibalisme, dans une grange isolée dont les murs sont peints à l'effigie du prophète. En 2008, Sophie Schmidt, juste âgée de 15 ans, tombe dans les griffes de Damian alors qu'elle fuit un programme ouvert de désintoxication aux drogues dures. Elle est sous le charme de cet homme de 33 ans qui voit en elle l'« Antévierge » et la met enceinte. Entre 2008 et 2010, la secte doit changer à de multiples reprises de refuges au fur et à mesure que sa réputation sulfureuse s'étend dans les cantons alentours. C'est au profit d'un de ces déménagements que la jeune femme prend la fuite et se réfugie chez son père. C'est un être terrorisé, bouleversé par sa vie au sein de la communauté de Kounelakis mais qui refuse farouchement de porter plainte contre l'homme dont elle était éperdument amoureuse. Elle dit avoir fait une fausse couche mais de nombreux signes laissent à penser qu'elle a été avortée de force lors d'une cérémonie présidée par le prophète. Eric Schmidt prend alors une décision incroyable : avec le soutien de ses proches collaborateurs, il rayera toute trace de l'homme honni et de son organisation de la surface du Web. Ce récit est le résultat de l'investigation de deux journalistes angelins (sous pseudonymes) et fait suite aux confessions d'un ex-salarié de Google qui considère toute censure, qui qu'elle vise, comme allant à l'encontre du mot d'ordre de la firme : Don't Be Evil. Selon lui, la première entreprise mondiale en terme d'information se doit d'être

rigoureusement exemplaire et le trou noir dans lequel on a précipité Damian Kounelakis est un pas de trop vers les goulags médiatiques d'un système orwellien. C'est d'autant plus préoccupant que l'information est peu relayée dans la presse écrite au-delà de quelques journaux californiens et que les moteurs de recherche qui en faisaient des gorges chaudes il y a plusieurs semaines (Yahoo ! et Bing) ont fini par appliquer les mêmes restrictions à leurs algorithmes, preuve que le monstre bienveillant Google effraye en définitive rien que par son ombre.

Dossier

Sylia Mahoud & Keith Jones Don't Be Evil (please) ! Nicolas

dvb : Une petite pensée émue pour les gfx des grottes de Lascaux... les pauvres, au fond de leur trou ils captaient même pas la 4G ><

© photos MINES & Alain Bachellier

7


Dossier

Le salon lève le rideau Depuis les quelques années que nous fréquentons désormais les Utopiales, nous assistons avec bonheur et curiosité à une multiplication variées des propositions artistiques autour du festival. Bien entendu les arts plastiques sont très souvent mis à l'honneur, grâce aux nombreuses expositions visibles sur le site de la cité des Congrès, mais aussi avec son proche voisin, au Lieu Unique. Ceux qui ont eu la chance d'y assister il y deux ans, se souviendront bien sûr de la pièce « World of Wires » de Jay Scheib, performance étourdissante qui fait la part belle à la confusion entre

1

Utopies théatrâles.

réel et virtuel. Par son ambiance cyberpunk et sa mise en scène ultra-contemporaine, cette œuvre représentative de la scène new-yorkaise du théâtre technologique, trouvait bien évidement sa place dans la sélection du salon nantais.

Meli : Attention, vous m'avez mis rouge et je suis taureau. A vos risques et périls.

© illustrations LollWillems & Lieu Unique

8

Cette année encore, nous avons également pu profiter en plus des habituelles séances cinématographiques et des concerts live, à plusieurs interventions scéniques. Tout d'abord la très attendue « Exoconférence » d'Alexandre Astier, jouée deux fois durant le week end. L'auteur et comédien lyonnais y campe le rôle d'un maître de conférence aussi rustre qu'insupportable, engoncé dans les certitudes de sa supériorité intellectuelle (toute relative) et de sa soit-disant maîtrise du sujet, savoir la réponse définitive à la question de la vie extraterrestre. La pièce, très longue, prend rapidement la forme d'une succession inégale de thèses et d'antithèses, la plupart venant moquer les grands personnages de l'Histoire de l'astronomie et de la physique, de l'Antiquité à nos jours. Le spectacle promettait de faire la synthèse humoristique et didactique d'années de recherches et de rencontres avec des scientifiques et spécialistes. Toutefois, nous nous trouvons face à un enchaîement de situations grotesques inspirées des mythes modernes de la science, comme par exemple les facéties d'une assistante qui prend les traits d'une intelligence artificielle pour le moins « genrée », ou bien les réflexes médiévaux d'une Eglise gardienne de ses préceptes ou encore les états d'âme alcoolisés des anciens du projet Manhattan, qui entre deux tours aux toilettes d'un rade du Nouveau Mexique tentent de poser les bases d'un paradoxe de Fermi totalement survolé sans la moindre once de vulgarisation.


2

Utopies théatrâles.

Si l'humour est bien présent, tantôt absurde, tantôt grinçant - et souvent articulé autour de running gags vite essoufflés – l'aspect pédagogique est quant à lui le grand absent. Les vraies bonnes questions, celles qui titillent la curiosité du public, sont pourtant posées, mais ne trouvent que de maigres ébauches de réponses ou sont laissées en suspens. Cependant Astier réussit, dans un grand final de son et lumière à la fois poétique et énergique, à nous donner l'envie de lever le nez vers les étoiles, à aller chercher par nous-même les réponses de notre temps sur cette quête de l'ailleurs aussi vieille que l'Humanité. Plus tard, plus loin, sur une autre scène du Festival, se jouait aussi la reprise d'un des spectacles issus du projet « Binôme » de la compagnie Le Sens des Mots. Le concept de Thibault Rossigneux tient en la rencontre unique d'un scientifique et d'un auteur dramatique durant une cinquantaine de minutes au cours desquelles le premier doit expliquer son travail et inspirer au second l'écriture d'une courte pièce de trente minutes pour trois comédiens. Lors de cette édition des Utopiales, a donc été projeté le film retraçant la rencontre entre Karim Jerbi, neuroscientifique spécialiste des interfaces cerveau-machine, et Sabryna Pierre, auteur de la pièce « Swan Song ou la Jeune Fille, la Machine et la Mort » qui est réinterprétée devant le public pour l'occasion. La synesthésie entre les deux sensibilités et approches, celle de l'homme de science et celles de la femme de lettres, prend une tournure étonnante, loin d'une simple réappropriation de concepts ou de problématiques. La tension dramatique de cette histoire s'articule

autour de l'esprit d'une jeune danseuse prisonnière de son corps détruit, qui rêve d'une dernière danse et parvient à convaincre la Mort elle-même, incarnée par une infirmière revêche, d'exaucer son souhait. Le fantasme de la combinaison esprit/machine prend trouve bien entendu son écho dans les réflexions actuelles de la science et de la science-fiction.

Dossier

Enfin, derniers aspects du Festival à nous prouver que les esthétiques théâtrales ont bien trouvées leur place : la présence de la pièce inédite de Barbara Sadoul, « Les Dracula Anonymes » dans l'anthologie officielle 2014, ce qui est une première depuis le premier recueil de 2009, ainsi que l'exposition "Théâtres en Utopies" présentée au Lieu Unique et qui retrace à travers plans et maquettes 3D, les projets architecturaux de théâtres et de salles de spectacle, des plus grandioses aux plus insensés jamais imaginés à travers les siècles.

dvb

Franz : - Il va te bousiller. - Qui ? - L'hiver rémois. - Je m'en fiche, il y a le champagne pour briser la glace.

© photo Alexandre Astier

9


Dossier

Le personnage au cœur du théâtre Depuis toujours, le théâtre fait vivre des personnages. Ils furent plus ou moins codifiés au fil du temps mais leur existence a toujours eu une raison précise : celle de participer à l'histoire qu'ils racontent. Malgré la récurrence de certains personnages, ils ont toujours été mystérieux et plus ou moins difficiles à approcher selon chacun. Au temps des Grecs où remontent les premières pièces connues, le théâtre était régi selon des principes très précis. Dans le cadre de concours en l'honneur de Dionysos, les auteurs choisis étaient chargés d'écrire trois

1

Et si

on levait

le rideau ? tragédies et un drame satyrique. Les mêmes acteurs – uniquement des hommes à cette époque - jouaient les quatre pièces en utilisant des masques pour montrer qu'ils n'étaient pas la même personne. Ce n'est qu'une théorie, mais beaucoup supposent que ces masques ne servaient pas seulement à marquer un personnage comme étant untel ou untel mais aussi à offrir à l'acteur une sorte de porte-voix. Accompagnés d'un chœur qui conseillait les personnages et qui révélait au public des éléments de l'intrigue, les acteurs avaient donc des rôles définis qui se référaient régulièrement aux dieux. Les personnages de tragédie - tout comme ceux des drames satyriques qui reprenaient des mythes en mettant les satyres à l'honneur - étaient donc suffisamment codifiés pour qu'une interprétation poussée et recherchée ne soit pas nécessaire ; la technique était mise à l'honneur au profit du jeu, le visage de l'acteur étant voilé.

Difficile de connaître les dimensions des rêves, vu qu'ils sont remplis d'idées plutôt que de substances en volumes (enfin, c'est comme ça que j'analyse mes rêves). gaba :

© photos Monomoy Theatre

10

En faisant un saut dans le temps, nous arrivons jusqu'au théâtre médiéval où se distinguent deux principales formes théâtrales. Le premier est le théâtre religieux, appelé le « mystère », constitué de longues pièces pouvant durer jusqu'à plusieurs jours d'affilée où étaient relatées des histoires religieuses. L'interprétation commence à entrer en jeu et le personnage à prendre une part importante dans le théâtre puisque les visages sont découverts ; la personne vue est donc la personne ressentie par le spectateur. Mais la difficulté est encore moindre puisque ces personnages, connus de tous, sont illustrés par les acteurs mais en même temps imaginés à part entière par chacun dans le public ; les acteurs « représentent » les personnages, ils ne les « sont » pas.


2

Et si

Dossier

on levait

le rideau ?

que soit l'interprète. A cette même époque, la tragédie renaît. La frontière entre le personnage et son interprète est étrange puisqu'elle est à la fois très libre, les personnages gagnent en profondeur et donc en palettes d'émotions, mais est aussi très codifiée par les règles en vigueur.

Le second genre théâtral de cette époque, c'est le théâtre de tréteaux. Des troupes intermittentes arrivent en ville, installent quelques tréteaux, quelques planches et jouent, sur celles-ci, de courtes farces. L'humour scatophile est favorisé, le personnage individuel - même s'il est encore caractérisé - et la pièce ont pour but de faire rire : les bourgeois sont ridiculisés, l'arroseur est arrosé, etc. Là, commence la vraie difficulté de l’interprétation et l'écart se creuse entre le personnage et celui qui l'interprète. Un personnage qui laisse place à l'interprétation est en effet pour l'acteur à la fois plus intéressant à aborder puisqu'il laisse plus de liberté que celui qui a déjà été joué des centaines de fois de la même manière, et à la fois bien plus compliqué puisqu'il n'est pas défini par une seule et même interprétation. C'est d'ailleurs là que la notion de jeu intervient. A la frontière entre le 16ème et le 17ème siècle apparaît ce qu'on appelle aujourd'hui le théâtre classique. Un peu plus tard, Molière arrive et s'amuse... Issu du classicisme, il instaure deux règles qui comptent encore aujourd'hui même si elles ne sont plus réellement appliquées. La première est la règle des trois unités : une action se déroule en 24 heures (unité de temps), en un seul lieu (unité de lieu) et n'est constituée que d'une seule intrigue (unité d'action). La seconde règle est la règle de la bienséance : on ne doit pas montrer au spectateur ce qui risque de lui paraître choquant. La mort est donc exclue de la scène ainsi que toute forme d'intimité physique. Même si certaines pièces ont été des exceptions à ces règles, le théâtre de cette époque est quelque peu figé puisqu'un mouvement qui traduit un sentiment, en étant jugé comme convenable par ces mêmes règles, a un peu tendance à être repris quelle

Mic : Si je suis ici aujourd'hui c'est que je suis de ceux qui pensent que ce qui fait avancer le monde c'est l'imagination et qu'il n'y a rien de plus beau sur terre que la possibilité d'exprimer ce que l'on pense et sa vision du monde.

© photos Len Radin & Monomoy Theatre

11


3

Et si

Dossier

on levait

le rideau ? Un peu plus tard, Molière arrive et s'amuse. Les personnages qu'il présente dans ses comédies sont stigmatisés puisqu'ils entrent dans des catégories précises : le barbon, la jeune première, la servante... Son écriture est elle aussi typée puisque ses pièces sont rédigées en alexandrins. Mais il instaure aussi une très grande liberté à l'interprétation de ses personnages : il établit en fait une trame. Le texte devient un sentier qui permet de donner la direction générale au comédien qui s'approprie ainsi le personnage en n'étant pas simplement contraint de réciter ses vers : là, il peut réellement jouer. Cette piste va d'ailleurs se poursuivre dans le théâtre de vaudeville chez Feydeau et autres Labiche. Cet approfondissement du personnage dans le texte, permettant ainsi l'approfondissement du personnage joué, s'est poursuivi jusqu'à aujourd'hui. Le théâtre actuel s'axe autour de la présence du metteur en scène. Cela induit deux manières de travailler et donc deux relations au personnage. La première est ce qu'on appelle de la direction d'acteur : le metteur en scène, en sachant au détail près ce qu'il veut voir sortir de la pièce et des personnages, impose sa propre vision aux acteurs qui interprètent ainsi un rôle pré-moulé. La deuxième est bien plus libre : le metteur en scène travaille à partir des propositions des acteurs. Dans ce contexte, le rapport au personnage est très libre mais aussi extrêmement complexe puisqu'il est entièrement à construire, et que le personnage est une personne à part entière : l'acteur doit être capable de se distancier pour être quelqu'un d'autre. Egorann

Cassiopée : Entre Roland de Roncevaux, le UFO de la radio, celui qui en veut toujours plus et l’inqualifiable crêpe de Morangis, c’était une partie spéciale pour mouette rieuse, et j’en ai profité. J’ai ri !

© photos Andy Bowman & Monomoy Theatre

12


Dossier

REU-NO-TREUKS' À la guerre, ce n'est pas le plus fort qui gagne, mais celui qui a la conscience d'être le plus fort. Or nous nous savons les plus forts. Nous avons donc gagné. Dudu-traxian III, Réfléchir simple Il y eut une période agitée pour les Prussians, sous le règne d'Euphraggus Ombilis et de ses clones, où la quintessence du luxe consistait à arborer dans ses quartiers, lorsque l'on appartenait aux plus hautes fractions nobiliaires, des dejjekes, statuettes érotiques d'inspiration prénatale en fulthium, alliage précieux d'elrikium et de sulfure de plomb. Une

1

Trophée

littéraire :

Asimov.

certaine émulation au sein des élites poussa à la démultiplication de ces œuvres d'art, pourtant unanimement reconnues comme repoussantes, émulation devenue escarmouches quand le sulfure vint à manquer, escarmouches devenues guerre civile quand la pénurie fut totale. Ainsi commencèrent les grandes manœuvres expansionnistes d'une race jusqu'ici renfermée sur son système mais orgueilleuse, à la conquête du plomb de l'Univers. Et voici maintenant l'histoire du conflit particulier qui se joua au beau milieu de la galaxie t-Vulp. 9 (Voie Lactée) entre une division lourde de Prussians dévoués au seigneur Dufrogg et des autochtones défendant chèrement leurs composés saturnins.

Le graphisme sur Minitel c'est l'avenir. Hein quoi ? Il fallait le rendre ? Rienapété. Layz :

© photos Antonio Ponte & Julie Missbutterflies

13

Jusqu'ici la technique consistant à saper la force vitale des plus grands organismes d'une planète avait conduit les Prussians de victoire en victoire. Ils avaient ainsi attendu en vol stationnaire autour de la « Terre » (ictiaea Ww30.1) que leur poison génétique fasse effet sur les plus grandes colonies de populi tremuloides (peupliers-trembles) et d'armillariae solidipes (champignons canadiens d'une biomasse inégalée). Ce poison mutatif était redoutable mais prenait un certain temps à faire effet et c'est dix générations de Prussians qui se succédèrent avant un bilan mitigé de la situation.Si les populi tremuloides avaient fini par s'affaisser jusqu'à pousser à l'horizontale, le zindium (781ème formule) avait été accueilli avec gourmandise par armillaria solidipes qui avait mutée d'une façon plus qu'agressive en croissant exponentiellement et en absorbant toute autre forme de vie dans la majeure partie du secteur êct-8.8 (Amérique du Nord).


2

Trophée

littéraire :

Asimov.

jusqu'ici sous-estimée sapiens sapiens.

:

homo

Dossier

Lors de l'étude préalable des systèmes biologiques présents sur ictiaea Ww30.1, cette espèce avait pourtant créé l'hilarité parmi les Prussians par l'acharnement qu'elle semblait déployer à s'auto-détruire et avait de fait été diagnostiquée comme inoffensive. [...] Nicolas

Découvrez dès à présent la suite de l’histoire sur notre forum, à Wilwarin, le pôle littéraire !

Cet adversaire de taille restait inflexible face à toutes les tentatives de négociations : on lui avait pourtant offert en tribut la moitié du yullium disponible à bord de la division et il l'avait goulûment absorbé, mais le champignon faisait mine d'ignorer la possibilité d'un arrangement. On convint de lui laisser le contrôle total du secteur et de préparer la conquête du reste de la planète. L'incident eut lieu peu de temps avant le débarquement programmé. Un projectile à très faible vitesse heurta le point le plus vulnérable du vaisseau cardinal d'amirauté et la conflagration initiale provoqua une réaction en chaîne. Cette série d'explosion qui se propagea de vaisseaux-fils en vaisseaux-petits-fils n'était pas due au carburant utilisé, qui se trouvait être le yullium et dont les Prussians commençaient à manquer, mais au caractère hautement inflammable du gel dont leurs gonades étaient pleines. En temps normal, ils résolvaient ce problème d'instabilité en soulageant leurs ardeurs sur des êtres autochtones qu'ils soumettaient à l'état d'esclaves sexuels, mais ils s'étaient montré assez peu satisfaits des scolopendrae giganteae capturés, êtres à première vue très aguicheurs mais assez froids dans leurs rapports. Le mystérieux projectile qui avait percé à jour le camouflage des Prussians et détruit 68% de leur flotte (coup de maître de la part des autochtones que d'avoir prévu si longtemps à l'avance la trajectoire parfaite de cet antique reliquat de satellite ictian, admettra plus tard l'historien Dudu-traxian IV dans une étude fractionnée – et controversée – du règne des Ombilis) révéla après de minutieuses analyses une menace

Anastasis : La tête verte frénétique de Chik sur la deuxième vignette est horr-ible. Il n’y a pas à hésiter : pour moi ce sera Celte Goinfre, et avec mes capacités d’alchimiste je suis sûre de vaincre les ordres aélissiennes mortes et non-mortes.

© photos Thomas Valadon & Alexandre Duret-Lutz

14


Cher petit papa Noël, Vu que tu m'as jamais offert la queue d'un cadeau, espèce de gros vicieux en jupe rouge, je t'annonce que tu m'en dois une cette année. Une belle, je te préviens, va falloir que tu te déchires le bonnet. Je t'explique : j'ai "Mise-en-pli-bleue" - Grendelor, qu'elle se fait appeler. Moi, ça me fait penser à une marque de céréales bio pour les vaches. Et c'est bon, les entrecôtes de vaches, mais j'm'égare - Cette fille-là, elle est dingue de moi, elle en peut plus de gémir la nuit. Jusque là : normal. Bon, au début, c'était Hellfest la nuit, mais maintenant c'est plutôt les Vieilles Charrues, tu vois. Faut que je renouvelle le stock, faut de la nouveauté. Alors, cher déniaiseur de cerfs à clochettes, voilà ma liste : une scie égoïne, un hachoir à main, de l'acide fluorhydrique et une bonne centaine de sacs de congélation de 2Kg. Parce que bon, j'ai beau être un gros mangeur, je vais pas pouvoir tout bouffer d'un seul coup : c'est qu'elle a pris un peu, ces derniers mois. J't'attends au tournant, fais gaffe. Si j'reçois rien, je te gobe une roupette. T'es prévenu. Merci bien.

LE

Julius

C O U RR I ER

DES LECTEURS

© illustration Ramrod

15

Cher Père Aelis, Cette année, j'ai été bien sage. J'ai aidé mon prochain et je n'ai pas essayé de tuer Sanz. Je te fais donc part de mes souhaits pour Noël. J'ai adopté cette année un adoooorable carnicureuil, bleu, assorti à ma chevelure. Il est magnifique et très gentil, toutefois, il a des manières déplorables et n'est pas très charitable. J'aimerais l'aider et pour cela j'aurai besoin de : un petit collier en cuir noir, serti de lapis-lazuli afin d'apaiser son anxiété chronique une longue laisse en acier renforcé (le coquin a des dents très solides), un habit d'ange, taille carnicureuil (l'habit ne fait pas le moine mais un peu de renforcement mental ne fait pas de mal), une lime en acier renforcé (les griffes de cette petite bête sont impressionnantes et il a la fâcheuse habitude de s'en servir sur toute personne n'ayant pas son agrément), un disque de méditation basé sur les ondes cérébrales delta (oui c'est un peu fort cependant ce carnicureuil est assez entêté). Voilà, je pense qu'avec cela, j'aurai de bonnes bases pour faire de lui le parfait gentleman qu'il doit être. Je te donnerai de ses nouvelles l'année prochaine. Merci Père Aelis. Signé : la gentille Grendelor


La petite idée

culinaire à déguster sans

complexe.

Sortir ensuite la préparation du frigo, modeler des petites boules pas trop grosses et les répartir sur un papier sulfurisé ou une plaque en silicone en les espaçant suffisamment. Tapoter sur les cookies pour les aplatir un petit peu.

Recette

Enfourner pour seulement 8 minutes et faîtes-vous plaisir pour le goûter !

Melaka

Cookies au chocolat. Recette pour 6 personnes.

Ingrédients : - 95 g de beurre mou (attention, pas fondu) - 60 g de cassonade - 1 sachet de sucre vanillé - 1 gros œuf - 150 g de farine - 1/2 sachet de levure - 1 pincée de sel - des pépites de chocolat (ou autre garniture au choix)

Étapes de préparation : Mélanger le sucre roux au beurre mou. Il faut bien prendre de la cassonade, c'est ce qui donne un meilleur goût aux cookies ! Ajouter ensuite les autres ingrédients : le sucre vanillé, l'œuf, la farine, la levure et le sel. Terminer en incorporant les pépites de chocolat (ou tout ingrédient de garniture qui vous plaira), dans la quantité que vous voulez, suivant vos préférences. Former une boule avec la pâte et laisser 1h au réfrigérateur. Préchauffer le four entre 180 et 200°C (thermostat 6).

Ramrod : A bas les préjugés. Avale mon steak et je mangerai de ta mousse au chocolat.

© photos Melaka

16


À ne pas

Chronique

manquer sur le blog.

de la science-fiction. Mike quant à lui vous a proposé de revoir les règles de typographie ; je vous le conseille vraiment. Pour finir, cela date déjà mais vous apprécierez y revenir : la semaine spéciale IRL. De la balle assise à la Murder Party en passant par le magique jeu de Nicolas. Vous en reprendrez bien un peu, non ?

Chikoun

A

vec la rentrée, l'équipe du Blog vous avait préparé quelques nouveautés ; on en était à la fin de l'été, nous sommes presque en hiver aujourd'hui, cela fait un petit moment déjà ! Mais pour ceux qui auraient oublié d'y faire un tour, ou qui aurait raté certaines publications, voici un petit retour sur ces derniers mois. Nous avions testé cette formule en mai, souvenez vous du récit rôliste par Sanz et Drystan. Cette fois-ci, pleines de légèreté et d'entrain, ce sont Cassiopée et Lumeï qui se sont lancé le défi d'écrire et terminer un récit rôliste en dix épisodes seulement. Elles vous ont ainsi conté, tout novembre et décembre durant, l'histoire de Théodule et Arthus, leur deux personnages fantastiques. Cassiopée vous a même préparé une illustration originale par épisode ! À découvrir au plus vite si ce n'est déjà fait ! Question nouveautés sur la grille, vous avez sûrement vu notre nouvelle chronique du lundi, une série centrée sur la communauté : Mes trois minutes préférées. Pour faire court, il s'agit de faire bref. Le concept ? Un aélissien nous décrit rapidement ses trois œuvres favorites parmi les livres, la musique, les films et les jeux — pas forcément vidéo ! Ramrod par exemple aime la pétanque et Minecraft, quand Nicolas adule les films de Boong Joon-ho. Vous aviez bien aimé la sélection d'Appels à Textes, elle devrait revenir. Partie littéraire, dvb vous a présenté Quand les ténèbres viendront, d'Isaac Asimov, pour ceux qui aiment la science-fiction, et qui n'ont jamais osé s'aventurer au delà des Robots et de Fondation dans l’œuvre du grand maître

Mike001 : Social traître ! Comment tu as pu sélectionner LoL alors qu’il y a des jeux vachement bien, comme « Farmville » ou « My Little Pony : Crystal Princess Runaway Rainbow » !!!

© illustrations Smirt & Cassiopée

17


cah27  
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you