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à Guido


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plein air pages 2-3

La course Ă  la mort 2009 / 2010 Acrylique, aquarelle, crayon gris et collage sur papier 190 x 140 cm _ page 6

Jeu collectif 2009 Crayon gris et collage sur papier 100 x 140 cm _ page 7

La ronde 2009 Crayon gris et collage sur papier 100 x 140 cm _ page 10

Medusa 2010 Aquarelle, transfert, crayon gris et collage sur papier 100 x 140 cm _ page 11

Sans titre 2010 Crayon gris sur papier 100 x 140 cm _ pages 14 et 15

Les prĂŠcipices 2010 Aquarelle, transfert, crayon gris et collage sur papier 67 x 81,5 cm et 74 x 81,5 cm _ pages 18 et 19

L’ogresse et Le totem 2010 Collage et vernis sur papier 21 x 29,7 cm _ page 20

Sans titre 2010 Collage sur papier 21 x 29,7 cm

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mentalo de la vega série de 6 dessins page 23

Autoportrait 1

2007 Aquarelle, encre de chine, collage et crayon sur papier 21 x 29,7 cm

why control série de 12 dessins pages 24 à 29

Sans titre

2007 Rotring 1mm sur papier machine 21 x 29,7 cm

page 30

La concertation matinale 2007 Encre de chine, vernis et collage sur papier 99 x 99 cm _ page 31

Combinaison 2007 Encre de chine, vernis et paillettes sur papier 99 x 99 cm

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i like you the most when you are asleep sĂŠrie de 14 dessins page 34

Sans titre 2008 Transfert et crayon sur papier 24 x 32 cm _ page 37

Sans titre 2008 Encre de chine, collage, aquarelle et transfert sur papier 24 x 32 cm _ page 38

Sans titre 2008 Encre de chine, transfert et acrylique sur papier 24 x 32 cm _ page 39

Sans titre 2008 Encre de chine, aquarelle, transfert et crayon sur papier 24 x 32 cm _ page 40

Sans titre 2008 Aquarelle, gouache, feutre fluo et crayon sur papier 24 x 32 cm _ page 41

Sans titre 2008 Aquarelle, crayon et collage sur papier 24 x 32 cm _ page 42

Sans titre 2008 Acrylique, encres et aquarelle sur papier 24 x 32 cm

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les corps endormis sĂŠrie de 10 dessins pages 44 et 45

Sans titre 2008 Aquarelle, feutre et crayon sur papier 32 x 32 cm chacun _ pages 46 et 47

Sans titre 2008 Acrylique et crayon gris sur papier 32 x 32 cm chacun _ page 48

Sans titre 2008 Aquarelle, acrylique et crayon gris sur papier 32 x 32 cm _ page 49

Sans titre 2008 Aquarelle, crayon, collage et vernis sur papier 32 x 32 cm _ page 50

Sans titre 2008 Acrylique, crayon, collage et vernis sur papier 32 x 32 cm _ page 51

Sans titre 2008 Gouache, crayon, feutre et collage sur papier 32 x 32 cm _ pages 52 et 53

Sans titre 2008 Aquarelle, collage et crayon gris sur papier 32 x 32 cm chacun

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terminaisons sauvages série de 14 dessins pages 56 à 61

Sans titre

2008 Encre de chine, crayon gris et vernis sur papiers anciens 21 x 27 cm chacun

pages 62-63 et 68-69

Texte de Frédéric Clavère

version française et anglaise, 2007

les rétiniens pages 64 à 67

Sans titre 2009 Acrylique, collage, crayon gris et vernis sur bois 50 x 50 cm chacun

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n voit bien qu’il y a quelque chose à voir. À quelques pas, on voit surtout des feuilles de papier, pas très lourd, souvent plutôt léger sans grain, presque lisse; de grands carrés blancs, froids ou bleus clairs veloutés, un peu du bleu passé des copies de plan. Karine Rougier a aussi un goût prononcé pour les papiers « vintage », ces feuilles bistres lentement oxydées, ces pages de registres anciens sur lesquels un greffier, un comptable aurait pu

recopier scrupuleusement les chiffres de la recette de la semaine. Je dis bien « aurait pu » car ces feuillets sont vierges. Elle chine ces ramettes dans quelques antiques papeteries. Je fais ce préambule sur les supports du dessin car j’essayais de comprendre pour quelle raison une image m’est revenue, celle d’un tout petit dessin à la plume du 10 mai 1429, unique représentation contemporaine de Jeanne d’Arc, réalisée par un greffier en marge des minutes du procès de la pucelle1. Le dessin de Karine arrive un peu comme ça sur le papier,

en notes rêveuses, en contrepoint d’un ordre du jour inexorable, ça se balade. Je crois qu’elle commence avec une idée, une image à refaire - des photos de pseudo-copines-internet ou de revues spécialisées sur les mycoses de Paris Hilton et hop! Très vite le dessin s’étire, part en couille et ce n’est pas un euphémisme! Les membres s’allongent, s’achèvent en moignons griffus tels les monstres et prodiges d’Ambroise Paré2, le nez du séducteur devient pénis mais la belle ne rougit pas, elle s’évapore en ectoplasme ou montre ses entrailles - Tiens, regarde ce que j’ai dessiné sur mon pancréas! Il y a une chose qu’elle aime faire par-dessus tout : c’est le poil, le cheveu. Elle en met, hérissés sur les jambes fines de ses naïades ou sur tout le corps comme le crin des bons sauvages héraldiques ou des lycanthropes de salon. On remarque aussi entre autres orifices, les bouches et les yeux. La pupille est contractée, largement dévoilée - c’est le regard d’un zombie bourré d’amphètes et d’acides - j’ai proposé d’ailleurs pour un de ses dessins, ce titre : « Papa, Maman et moi on a pris du LSD mais pas Dumbo ». Quant aux bouches, elle insiste plus encore, chaque incisive est soigneusement détaillée et on est souvent plus près de « l’homme qui rit » de Victor Hugo3 que du sourire de la Joconde. Si on considère généralement que dévoiler ses bijoux anatomiques est une représentation de la jeunesse, de la félicité - rire et manger - chez Karine Rougier, je n’y mettrais quand même pas les doigts; je craindrais de voir plus tard mes phalanges pendues au cou des Barbies qui trônent dans son atelier, assemblages-fétiches qui accompagnent quelquefois les dessins. Lorsqu’on ne voit plus les dents, c’est que la bouche est envahie de poils, dessinés eux aussi un par un avec un crayon bien taillé, ils recouvrent les lèvres jusqu’à la commissure. Du sexe à la bouche il n’y a qu’un pas et ce doit être d’ailleurs la juste mesure. De poils, de griffes et de crocs, Karine dessine le corps comme le gibier potentiel d’une nature taquine qui se joue de la génétique tel un bateleur4. On a fait dire un jour dans un film au nain Pierral : « la Nature m’a joué un vilain tour et je n’ai pas fini de le lui rendre ». F. C.

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________________________________________ (1) Il l’a dotée d’une simple robe et de cheveux longs, avec l’épée trouvée « miraculeusement » dans l’église de Sainte Catherine de Fierbois et un étendard au nom de Jésus. Ni idéalisée, ni caricaturée, la silhouette de Jeanne n’en demeure pas moins ambiguë par l’entremêlement jugé coupable du masculin (l’épée, la bannière) et du féminin (les cheveux longs, la robe) qui révèle, aux yeux du dessinateur, le caractère hybride de Jeanne, celle qui se prend pour un homme de haut rang, alors qu’elle est fille du peuple. De manière générale, que signifie ce portrait à la marge? Pourquoi Jeanne apparaît-elle ainsi portraiturée en chef de guerre? Comme le suggère élégamment Michael Camille, et sans pour autant assimiler notre modeste greffier à un artiste, ne voit-on poindre dans cette marge une conscience de soi individualisée qui échappe au formalisme et ose représenter quelqu’un laissé de côté ou méprisé par le discours officiel des parlementaires parisiens, favorables aux Anglais? Nécessairement, se pose la question de la fonction de cette figure marginale ainsi tracée : s’agit-il d’un simple divertissement parce qu’« il n’est pas interdit aux notaires de rêver », note joliment Régine Pernoud, une fantaisie sans importance, ou bien la traduction et le refoulé d’une angoisse, qui se matérialise par l’exécution à la marge d’une force puissante, chimère insaisissable, inquiétante et redoutable? (2) cf. Ambroise Paré, « Des Monstres et Prodiges », 1573. (3) Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement. (4) Le bateleur est l’arcane 1 du tarot de Marseille. C’est aussi un tableau de Jérôme Bosch plus connu sous le titre de « L’Escamoteur ».

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s you can see, there’s something to see… From a few paces away, what you see, essentially, is sheets of paper – not very heavy, often quite light, with no grain, almost smooth; large squares that can be white and cold or velvety blue, like that of a blueprint. Karine Rougier also likes the kind of off-white « vintage », gradually oxidised paper on which a secretary or an accountant might have scrupulously copied out the week’s takings. I say

« might have », because the pages, found in old stationers’ shops, are blank. If I mention the subject of paper, it’s because I’d like to know why a certain image has come into my mind – that of a small pen drawing dated 10 May 1429, the sole contemporary representation of Joan of Arc, done during her trial by a clerk of the court in the margin of an official document 1 . Karine’s way of drawing is a bit like that – reverie, a counter-

point to an inexorable agenda. It wanders round. I suspect she starts with an idea, an image to be reworked – photos of pseudo-internet-friends, or taken from reviews specialising in Paris Hilton’s mycoses. There you go! The drawing quickly stretches out, turns to bollocks – no euphemism! The members lengthen into clawed stumps, in the style of Ambroise Paré 2 . The seducer’s nose becomes a penis, but the lady doesn’t blush. She evanesces into an ectoplasm, or displays her entrails. Just a minute, though: look at what I’ve drawn on my pancreas! There’s one thing she likes, above all else, and that’s hair. Bristles. They stick up on the svelte legs of her naiads, and on their bodies, like the mane of noble heraldic savages or armchair lycanthropes. One might note, among other orifices, the mouths and the eyes. Pupils contracted, unveiled – the look of a zombie strung out on speed and acid. As a title for one of her drawings I suggested Papa, Mama and I took LSD, but not Dumbo. With regard to mouths, she’s incisive: each incisor is carefully detailed. We’re often closer to Victor Hugo’s The Laughing Man 3 than to Mona Lisa’s smile. It may generally be considered that unveiling one’s anatomical jewels is a representation of youth and felicity – laughing and eating – but in Karine Rougier’s case I wouldn’t stick my neck out. I’d be afraid that my head might subsequently be found dangling round the neck of one of the Barbies that hold court in her studio – the assemblage-fetishes that accompany some of the drawings. When you no longer see the teeth, it’s the mouth that’s taken over by bristles drawn, one by one, with a sharp pencil, out to the corners of the lips. From genitals to mouth there’s just a step, but which must give the proper measure. Bristles, claws, fangs. Karine draws the body as the potential prey of a teasing nature that lampoons genetics like a magician4. As the dwarf Pierral once said in a film: « Nature played me a nasty trick, but since then I’ve been getting my own back. » f. C.

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________________________________________ (1) He gave her a simple dress and long hair, along with the sword that had been «miraculously» found in the church of Sainte Catherine de Fierbois, and a banner bearing the name of Jesus. Neither idealised nor caricaturised, Joan’s silhouette remains ambiguous, given the combination, considered improper, of the masculine (the sword and the banner) and the feminine (the dress and the long hair), which, for the person who did the drawing, revealed Joan’s hybrid character, in that she saw herself as a «man» of high station, whereas in fact she was a daughter of the people. What, in fact, does this portrait signify? Why is Joan portrayed as a military leader? As Michael Camille suggests, and without wishing to present the modest clerk as an artist, might one not see, in this drawing, an individualised self-consciousness that stands outside formalism and dares to represent someone who has been ostracised, disdained by the official discourse of the Parisian parliamentarians, with their Anglophile leanings? Questions inevitably arise, as to the role of the marginal figure. Is it a mere diversion (given that, as Régine Pernoud pointedly puts it, «notaries are not forbidden to dream»), and thus a fantasy without importance, or the expression and repression of anxiety in the execution, on the periphery, of a certain force; an elusive, disturbing, redoubtable chimera? (2) See on Monsters and Marvels, 1573. (3) « I represent humanity as its masters did. Man is a mutilated being. What I have undergone is what the human race has undergone. Law, justice, truth, reason and intelligence have been distorted; like my eyes, nostrils and ears. In each case there is a pool of anger and pain, and a mask of contentment. » (4) This is the first arcanum in the Marseille tarot, and the subject of Hieronymus Bosch’s painting The Conjuror.

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ludus et mentula série de 9 dessins page 70

Sans titre

2007 Aquarelle, collage, encre et crayon sur papier 21 x 21 cm

page 73

Autoportrait 2 2009 Aquarelle, collage, acrylique et crayon gris sur papier 18 x 24 cm _ page 74

Sans titre 2009 Aquarelle, vernis, paillettes et crayon sur papier 18 x 24 cm _ page 77

L’atelier 2007 Aquarelle, collage, crayon gris sur papier 18 x 24 cm _ page 78

Sans titre

2007 Aquarelle, collage, crayon gris sur papier 24 x 18 cm

pages 75 et 76

Texte de Judicaël Lavrador version française et anglaise, 2011

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Le bon tempo Le dessin contemporain est cerné : par la bd (en tout genre), la caricature, le croquis d’architecte, le dessin de mode, l’animation. Autant de disciplines qui bien légitimement ont gagné une certaine autonomie et accédé, il n’y a pas si longtemps, aux salles d’expos. Quant au dessin d’artiste, il a vu ses applications s’élargir singulièrement. Les esquisses préparatoires à une œuvre, ces plans, repérages ou idées jetées sur un bout de papier en prévision d’une installation ou d’une sculpture, prennent une autre valeur que simplement documentaire. Et puis il y a encore ces extensions au domaine du live qui se réimposent avec l’importance croissante de la performance : c’est alors l’exécution elle-même du dessin qui est mise en relief. Les conditions de sa réalisation, plus ou moins contraintes, priment alors sur le résultat. Si on ajoute à tout cela l’économie de moyens garantie, voire l’émergence d’un marché spécifique, on comprend que le dessin contemporain offre un panorama à la fois diversifié et encombré, plus en vue que jamais. Or, ce que cette situation mouvementée et stimulante implique, c’est bien de ne plus considérer le dessin comme une pratique mineure ou modeste. Et de ne pas voir seulement dans ceux, vibrants et tourbillonnants, de Karine Rougier, des saynètes gaies ou macabres, gaies et macabres, des mascarades, des parades au flux et au reflux étourdissants vu la bigarrure (en noir et blanc) de leur population. Cet aspect-là, cet imaginaire explosif, décadent, élégant, carnassier, poilu, sexuel, et puis son rythme organique, a été déjà formidablement décrypté dans un texte de Frédéric Clavère qui fait corps avec l’œuvre. Du coup, ces personnages, enfants de Janus, dédoublés, scindés, siamois, dont les corps accouchent d’une forme étrangère et sœur à la fois, immobiles, posant sûrs d’eux, silhouettes lascives, ou, au contraire, surprises, pudiques, rougissantes, gênées, disparaissant dans l’ombre d’une autre, qui elle-même ne tarde pas à s’effacer, à se voir concurrencée, concubine malgré elle, tous ces personnages qui épousent le grain du papier me donnent avant tout le bon tempo. De quoi? Du dessin. Ou mieux, de son exécution. Et par là, de la pensée, de la manière dont celle-ci chemine, sur une main. Ces rapports, compliqués et ambigus, qui les lient dans leur anatomie, leur consistance, leurs contours - mais, aussi bien, les séparent (peu d’entre eux se regardent, beaucoup s’accolent de près sans paraître, sans émouvoir) - ces rapports donc qui s’instituent entre eux, pour captivants qu’ils puissent sembler, n’en demeurent pas moins le miroir de quelque chose de très tangible : la manière dont le dessin se fait, avance, se dessine. Et de là, comment le dessin de Karine Rougier, loin d’ouvrir des perspectives fantasmagoriques, reste de plain-pied, attaché aux conditions prosaïques de sa réalisation. Soit, pour l’artiste, réfléchir à ce qu’elle fait, à ce que c’est que dessiner : s’aventurer sur une feuille de papier dont il va falloir occuper l’espace plan, à la fois si grand et si petit, sans trop reculer de peur de tout bâcler, sans trop accélérer non plus de peur de perdre le fil. En compensant les erreurs sans les effacer, en les mettant à profit. Puis en nuançant les trouvailles géniales qui ne doivent pas tirer le dessin à elles seules au risque de détricoter l’ensemble. Car le dessin, comme le texte au fait, est un tissu. D’où dans les séries de Karine Rougier, ces zones palpitantes : les zones où le motif, ou l’arrière-fond, n’est qu’esquissé d’un trait peu appuyé, ou comme fumé, dans le gris, estompé. Des zones marécageuses ou fuligineuses de flou artistique. Et puis d’autres, très contrastées, plus appliquées, où le motif se fait quasiment décoratif, avec ces arabesques ou ces grilles abstraites modernes. Lesquelles comptent pour beaucoup dans la dissolution des personnages vers quelque chose de non-figuratif (avec ces zones occupées par des poussières en suspension, des nuages toxiques de graphite où le dessin est comme suspendu). Sans parler des collages, qui, peut-être, colmatent une brèche (qu’y a-t-il dessous qu’il fallait recouvrir? Quel tracé devait être ainsi rectifié? Aucun peut-être, mais il fallait ici amorcer autre chose, séparer habilement le grain de l’ivraie, le dessus et le dessous, le fond de la forme), mais qui aussi rehaussent tel visage. Alors seulement, en variant les trajectoires de la ligne et la surface de jeu, dans la solitude d’un face à face avec la feuille, dans l’atelier, au fil des jours, peuvent émerger ces groupuscules étranges qui se tiennent, serrés, et savent qu’ils ne tiennent tous qu’à un fil, qu’ils sont tous suspendus à une même ligne. Les dessins de Karine Rougier sont rongés par cette fébrilité. Et cherchent à gagner du terrain sur elle. En cela, ils relèvent moins d’une veine illustrative que conceptuelle. En cela, ce qu’on y voit, n’est pas tant le résultat d’une projection fantasmatique qu’une constatation inquiète, fébrile oui, de ce à quoi tient un dessin. À peu de choses. À un fil. J. L. 75


The right tempo Contemporary drawing is circumscribed – by the cartoon (in all its forms), the caricature, the architect’s sketch, the fashion silhouette, animation. These genres have quite justifiably attained a certain autonomy, and in recent times have gained access to exhibition venues. As for artists’ drawings, they have seen their field of application being singularly expanded. Preliminary sketches, plans, diagrams, or ideas for an installation or a sculpture, scribbled on the back of an envelope, have something more than documentary value. And then there are those extensions to the domain of the «live» that have resulted from the growing prominence of the performance. It is the execution of the drawing as such that is thrown into relief, with more or less restrictive conditions of production beginning to have greater importance than the final result. And if, to all this, one adds a guaranteed economy of means, or indeed the emergence of a specific market, it can be seen that contemporary drawing provides a panorama that is both diversified and highly charged. More visible than ever. But what is implied by this stimulating state of affairs is that drawing is no longer a modest, minor art. And Karine Rougier’s vibrant, dynamic works cannot be seen solely as amusing or macabre scenarios, masquerades or parades with dizzying ebbs and flows, and a motley (if black and white) population. This explosive, decadent, elegant, rapacious, hirsute, sexualised imagination, with its organic rhythms, has been acutely analysed by Frédéric Clavère in a text that is at one with the work. The figures are children of Janus – divided, split, Siamese, with bodies that give birth to forms both alien and fraternal, immobile, posing selfconfidently, lascivious, or, on the contrary, taken unawares, prudish, blushing, embarrassed, disappearing into the shadow of someone who is swiftly eclipsed, emulated. A concubine in spite of herself. Rougier’s figures, following the grain of the paper, give me, above all, the right tempo. Of what? That of drawing. Or, better still, that of its execution. And thereby that of thought, and of its pathway, via a hand. These complicated, ambiguous relations, in terms of anatomy, consistency and outline, also divide. Few of the figures look at one another; many are huddled together without apparent emotion. And though they may be captivating, they are also mirrors of something very tangible, namely the way in which the drawing itself is produced, and progresses, and comes through. And further to that, Rougier’s work, far from opening up phantasmagorical perspectives, remains uniformly attached to the prosaic conditions of its conception. This involves the artist reflecting on what she is doing, and what it means to draw, in the sense of approaching a sheet of paper whose flat space, both so large and so small, is to be occupied without backtracking due to a fear of spoiling everything, or speeding up due to a fear of losing the thread. Compensating for mistakes without obliterating them, but taking advantage of them, then toning down the novelties that must not be allowed to monopolise the drawing, because otherwise its integrity may be compromised. Because a drawing (like a text, in fact) is a tissue. Thus Rougier’s series contain fascinating zones where the motif or the background is just hinted at, in a delicate line, or a sfumato in shaded grey. Spongy or fuliginous zones of soft focus. And others, highly contrasted, more applied, where the motif is almost decorative, with arabesques or modern-abstract grids that contribute to the dissolution of figures into something nonfigurative (zones occupied by dust in suspension, toxic clouds of graphite in which the drawing is, as it were, immobilised). Not to mention collages that may close a breach. (What was below, that had to be covered up? What line had to be rectified? None, perhaps. There was just something else to be taken care of, here, with a skillful separation of the wheat from the chaff, the upper from the lower, the substance from the form.) But they also highlight given faces. Then, and only then, with variations in the trajectories of the line and the playing surface, in the solitude of a confrontation with the blank sheet, in the studio, day after day, strange groupings emerge, close together, aware that they are barely holding on, that they are all clutching at the same line. Karine Rougier’s drawings are fraught with an anxiety that they seek to get beyond. In this respect, they have less to do with illustration than conceptualisation. In this respect too, what is to be seen is not so much the result of a fantasy projection as an uneasy, febrile observation about what drawing consists of. Very little. Just a thread. J. L.

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les indomptables série de 11 dessins pages 82 et 83

Sans titre 2011 Aquarelle, crayon, collage et transfert sur papier 25 x 32 cm chacun _ pages 84 et 85

Sans titre 2011 Aquarelle, crayon, décalcomanie et collage sur papier 25 x 32 cm chacun _ page 86

Sans titre 2011 Aquarelle, crayon et vernis sur papier 32 x 32 cm _ page 87

Sans titre

2011 Aquarelle, crayon, décalcomanie et vernis sur papier 32 x 32 cm

page 88

Les 3 soeurs 2010 Huile sur toile 19 x 24 cm _ page 89

En suspension entre l’oeil et la main 2010 Huile et paillettes sur toile 33 x 40 cm

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les indomptables page 92

Sans titre 2011 Aquarelle, crayon et collage sur papier 32 x 32 cm _ page 93

Autoportrait 3 2011 Aquarelle, crayon et dĂŠcalcomanie sur papier 32 x 32 cm _ page 95

Sans titre 2011 Aquarelle, crayon et vernis sur papier 25 x 32 cm _ page 97

Autoportrait 4 2011 Aquarelle, crayon et collage sur papier 25 x 32 cm

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(suite)


pages 98 et 99

Sans titre

2010 Collage et aquarelle sur papier 21 x 23 cm chacun

page 101

Les évadés de l’hélice 2011 Crayon, aquarelle, transfert et collage sur papier contrecollé sur pvc 130 x 140 cm _ page 105

Kontakthof ab 1972 mit Karouge 2011 Aquarelle, crayon et collage sur papier 50 x 50 cm _ page 107

Sans titre (vue de détail) 2011 Aquarelle, crayon et décalcomanie sur papier 57 x 38 cm

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Lapillis 2011 Crayon gris sur papier contrecollé sur pvc 190 x 140 cm _ page 115

Du soleil aux abysses 2011 Crayon gris et aquarelle sur papier contrecollé sur pvc 130 x 140 cm _ page 118-119

Ocelles 2011 Fragments de timbres, crayon et aquarelle sur papier 42 x 29,7 cm _ pages 120-121 et 122-123

Ocelles (vues de détails) 2011 Fragments de timbres, crayon et aquarelle sur papier contrecollé sur pvc 147 x 96 cm chacun

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pages 126-127

Les femmes à table 2008 Crayon gris sur papier 120 x 115 cm _ page 128

Herren Party 2008 Crayon gris sur papier 80 x 110 cm _ page 129

Les îlots d’aptitudes

2008 Crayon gris et collage sur papier 90 x 120 cm

pages 132-133

Poème de Thomas Clerc

2011

page 134

Bang Bang 2008 Acrylique, crayon, collage et vernis sur bois 70 x 100 cm

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LA COURSE À LA VIE Aïe hâve bine tout Euh mare vêle housse partie : Une fille qui ses deux lèvres Trempe leur nudité poudrée Dans un cocktail nommé par elle Mentalo de la vega (c’est Une écume ornementhale), Des membres attaqués par des guêpes Sur des piqûres d’encre noire Une fée corps-bec d’oiseau mort À la robe optic domino, Un chien qui lui bouldogue la langue En pleines et sales éclaboussures Des rouges à lèvres sur des crânes Étalés pour les joues d’un chien, Un homme caressant sa mentule Son âme à la fourrure frottée Des pom-pom girls goya qu’agitent Sous les os pointus des coups secs, Des fleurs évadées d’une rave Font des grimaces avec leurs doigts Leurs corps endormis rêvent à deux Qu’ils éjaculent aux coins des pages, Un gros pinocchio sort son nœud Papillon tendu de soi-même Et les trois Parques assez Suzannes Prisées d’embarassants squelettes, Un crâne aux dents psychologiques Ricane aux poils du nez carotte Bonhomme sans neige autour des yeux Petit cheval poupée qui trotte Jérôme pour sa sœur est Bosch Un hiéronymousse à talons Des odilon redon qui dansent Sur des motifs à redondances… Aïe hâve bine tout Euh mare vêle housse partie — Pis peul cîme saut bise art

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Le loup dégaine ses deux colts Qui sont purs comme sa denture Hormis qu’elle a le teint amande La cow-boyette aux lèvres tire Son sourire bande aux devantures, Dans une assemblée de salon De coiffure Otto met son dick Au repos tous les personnages Sont passés de vie à trépas, La vamp sangsue du carrelage Son oiseau coiffé dans l’essieu Dis viens que je t’embrase En bavant deux verres à la fois, Ses deux parents masqués l’entourent Fais la fête avec nous ! ou bien Nous te ferons la tienne petite La carnation fait peur à la fillette, Le bois d’un cervidé trompeur Amène les belles au canal C’est Zeus égaré dans Suez Léda s’enfile dans l’empire Des cygnes aux couleurs d’Egypte, Un âne est monté sur une chatte Une superbe aux poils s’active Et se fait maître en peluche verte La tête éclate en plein coït ! La fille aux yeux photographiques Rougis par le dessin du flash Et le bracelet près la coupe Avec son jus qui coule aux lèvres Tient enfin dans sa main la mort Vivante enseigne de la vie Un doigt de champagne un index Pointé vers nous qu’elle accélère C’est la course à la belle mort Moi je l’appelle course à la vie Aïe hâve bine tout Euh mare vêle housse partie — tout m’aide eux poe et tri T. C.

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Karine Rougier Née en 1982 à Pietà, Malte Vit et travaille à Marseille

expositions personnelles  2011 « Les points de ressemblance », Galerie Le Cabinet, Paris 2010 « Plein air », Galerie Le Cabinet, Paris « Les corps endormis », Galerie Mondo Bizzaro, Rome 2009 « Spath Fluor », Galerie Espace à Vendre, Nice 2008  « Hémostase », Galerie Martagon, Malaucène 2007 « Lick the Rainbow », Galerie Espace à Vendre, Nice

expositions collectives (sélection) 2011 « K.Acker : The Office Ruling’n’freaking », Galerie de la Friche la Belle de mai, Marseille, une proposition de Dorothée Dupuis et Géraldine Gourbe « Visions extraordinaires », Galerie Sollertis, Toulouse « Art on Paper », White Hotel, Bruxelles « Drawing Now ! Salon du Dessin Contemporain », Paris « The new lost generation », Galerie Mondo Bizzaro, Rome « Mondo Bizzaro show », Galerie Miomao, Perugia 2010  « La ligne », Galerie Espace à Vendre, Nice « Salon du Dessin Contemporain », Paris « Retour de Skopje », Galerie Château de Servières, Marseille 2009  « Back to Drawing », Galerie le Cabinet, Paris « Smolett is Beautiful », Galerie Espace à Vendre, Nice « Slick 09 » Foire d’Art Contemporain, 104, Paris « Biennale des jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée », Carré Saint Anne, Montpellier, Musée d’Art Contemporain, Skopje, Macédoine « Salon du Dessin Contemporain », Paris « Mauvaises Résolutions », Galerie de la Friche la Belle de mai, une proposition de Sextant et plus, Marseille

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collections pages 2-3, 6, 7, 10, 11, 18, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 31, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 44, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 56, 59, 60, 61, 70, 73, 74, 77, 78, 82, 83, 84, 86, 87, 88, 89, 92, 93, 95, 105, 110-111, 129 et 134 : Collections particulières page 11 : Collection Paolo Campochiaro pages 14 et 15 : Collection GC arte - Buenos Aires pages 64 à 67 : Collection du Fonds Communal de la ville de Marseille

Karine Rougier est représentée par la Galerie Espace à Vendre, Nice, et la Galerie le Cabinet, Paris

2008  « Kapital », Galerie le Cabinet, Paris « Slick 08 », Foire d’Art Contemporain, 104, Paris « Salon du Dessin Contemporain », Paris 2007 « Marseille artistes associés », une proposition de Sextant et plus, commissariat Chiara Parisi, Musée d’Art Contemporain, Marseille « Vos dessins s’il vous plait », Galerie Espace à Vendre, Nice 2006 « 2236 jours après », avec Damien Berthier, Galerie de l’école d’Art d’Aix-en-Provence « Le tas d’esprit », hôtel Louisiane, commissariat Ben, Paris « Varium et mutabile semper », Galerie de la Friche la Belle de mai, une proposition de Sextant et plus, Marseille « Open », Galerie Espace à Vendre, Nice 2005 « Vendu ! », Galerie Espace à Vendre, Nice

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remerciements Bertrand Baraudou Lionel Scoccimaro Damien Berthier Frédéric Clavère Véronique Collard Bovy, Audrey Pelliccia et Maud Chavaillon Barbara Pierson Patrick Michaud Michel Barjol Dario F. Morgante Cristiano Armati Luisa Montalto Bérengère Humblet Julie Hiet Benjamin Laugier Bénédicte Chevallier Jean-Marie Crot Édouard Delieutraz Robert Oeuvrard Thomas Clerc Paolo Campochiaro Roland, Vanna, François et Jean-Luc Rougier Rémi Bragard

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édition Sextant et plus la Friche la Belle de mai 41 rue Jobin 13003 Marseille www.sextantetplus.org

direction et conception éditoriale Maud Chavaillon

typographies Carmen Fiesta de Type Republic Baskerville de John Baskerville

textes Frédéric Clavère Judicaël Lavrador Thomas Clerc

traductions John Doherty

crédits photographiques Jean-Christophe Lett Florent Mattei

Ce catalogue a été publié avec le soutien de :

isbn : 978-2-9539650-1-8

diffusion / distribution R-Diffusion 16 rue Eugène Delacroix 67200 Strasbourg www.r-diffusion.org



Karine Rougier