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dossier

par Séverine Galus | journaliste | galus@option-consommateurs.org du Service d’agence de presse d’Option consommateurs

L’efficacité de la géothermie n’est plus à prouver. Encore faut-il que ce système de chauffage éconergétique soit bien installé et ne coûte pas trois fois le prix prévu… Augmentation des coûts d’électricité et prise de conscience environnementale font que la géothermie devient de plus en plus populaire dans le secteur résidentiel. Elle permet en théorie de réduire de 35 à 70 % les coûts de chauffage, selon la taille de la maison. Le hic : l’engouement a précédé les programmes de formation et de certification des installateurs. Certains consommateurs en ont payé le prix.

Des clients mécontents En 2000, Louis Marchand faisait l’acquisition d’une belle demeure montréalaise des années 1950 de 4 000 pi2 (372 m2) située au bord de la Rivière des Prairies. Son souhait ? Rendre sa maison le plus écologique et le plus confortable possible. « Je voulais la géothermie, les planchers chauffants et l’air conditionné, car j’ai de très grandes baies vitrées, explique-t-il. J’avais besoin d’un système efficace et fiable. Mais à l’époque, il n’y avait pas de normes. » Ne connaissant aucun professionnel dans le domaine, il se fait recommander un ingénieur qui lui promet un système géothermique (SG) avant-gardiste. M. Marchand lui fait confiance et l’embauche. Mal lui en prit. L’aventure tournera au cauchemar. Dans le Sud du Québec, la température du sol est toujours stable aux alentours de 9 degrés Celsius sous la ligne de gel située à au moins 4 pieds (1,2 m) de profondeur. Pour extraire suffisamment de cette énergie thermi­ que, l’ingénieur fait creuser deux puits de 450 pieds (42 m) de profondeur dans l’entrée de garage de son client pour y installer des « boucles fermées ». Celles-ci consistent en une tuyauterie de polyéthylène réticulé (PEX) où circule un liquide caloporteur (mélange d’eau et de glycol) qui puise la chaleur du sol et la dirige vers deux thermopompes installées dans sa grande maison. Dans ce cas, le SG est un système dit eau-eau, doté d’un échangeur de chaleur qui 44

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Un système performant… à certaines conditions

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Les différents systèmes de géothermie La géothermie résidentielle permet d’extraire l’énergie solaire gratuite et renouvelable stockée dans le sol et l’eau, puis de la diriger vers une thermopompe afin de chauffer ou de rafraîchir une maison. Ce transfert d’énergie peut se faire de deux façons : avec un circuit fermé ou un circuit ouvert.

alimente un système de chauffage par rayonnement, soit de l’eau chaude qui circule en boucle fermée sous les planchers. « Le SG n’a jamais bien fonctionné. Dès le premier hiver, il s’arrêtait tout le temps; les éléments électriques [censés ne servir que par grands froids] prenaient constamment le relais. On appelait alors l’ingénieur qui venait purger l’air qui s’était infiltré dans le système. Ça a duré deux ans comme ça. De plus, la climatisation ne fonctionnait pas. » Découragé, M. Marchand demande au fournis­seur de son système le nom de professionnels en mesure de résoudre ses problèmes. « Selon eux, les calculs n’avaient pas été bien faits. Les thermopompes n’étaient pas assez puissantes pour la grandeur de la maison et le puits manquait de pression. En fait, un tuyau de la boucle souterraine avait été trop courbé. On a donc été obligé de casser l’asphalte et de creuser pour changer le tuyau. Ça a coûté très cher, sans compter tous les désagréments occasionnés par les travaux. » Quant à la climatisation, il ne pouvait pas y en avoir puisqu’aucune des deux thermopompes installées ne le permettait. « Le SG éliminait l’humidité, mais il ne climatisait pas l’air. On a donc remplacé une des deux thermopompes eau/eau par une eau/air. De plus, les tuyaux de circulation d’air de 6 po (15 cm) de diamètre étaient trop étroits. Il a fallu démolir le plafond pour les changer. » En fin de compte, M. Marchand aura payé son SG trois fois plus cher que prévu, soit 90 000 $ ! À cela s’ajoutent les frais d’avocat pour une poursuite en justice qui s’est finalement soldée par un règlement à l’amiable. Il conclut : « La géothermie, c’est merveilleux, mais c’est plus sophistiqué qu’un système de chauffage traditionnel : la conception et l’instal­ lation d’un tel système doivent être exécutées par des professionnels qualifiés. »

Le système à circuit fermé La chaleur est captée par une boucle constituée de tuyaux de polyéthylène réticulé (PER ou PEX en anglais) enfouis dans le sol ou dans un lac et à travers laquelle une pompe fait circuler un liquide dit caloporteur (en climat froid, un mélange d’eau et de glycol antigel). Une thermopompe installée dans la maison transfert ensuite l’énergie soit à un autre liquide dans le cas d’un système eau/eau (avec planchers radiants), soit à l’air par un système eau/air (avec des conduits de ventilation). Installer une boucle dans un plan d’eau nécessite une autorisation du gouvernement provincial, et dans certains cas, du fédéral. En raison de possibles dommages causés à l’environnement, cette demande peut vous être refusée. Dans le cas des boucles mises sous terre, on devra forer le sol verticalement ou horizontalement, autour de la maison. Dans le premier cas, on creusera plus ou moins profondément — entre 100 et 400 pi (30 et 120 m) —, selon la quantité d’énergie nécessaire pour la maison et la conductivité thermique du sol. Le forage vertical nécessite peu d’espace, mais il coûte plus cher qu’un forage horizontal où les tuyaux seront installés à 8 ou 10 pieds (2,5 ou 3 m) dans le sol. La surface nécessaire pour un forage horizontal dépend aussi du calcul des pertes de chaleur du bâtiment et de la nature du sol. Moins de 5 000 pi2 (465 m2) de terrain peuvent suffire à la demande en chauffage pour une maison de 2 000 pi2 (185 m2) habitable. Évidemment, pour une maison existante, il faudra prévoir le coût d’un nouvel aménagement paysager. Le système à circuit ouvert Le circuit ouvert puise sa chaleur dans un puits d’eau. Tout comme pour le circuit fermé, la thermo­ pompe transfère la chaleur à un autre fluide, soit l’air ou l’eau. Un second puits est nécessaire pour retourner l’eau dans le sol. En hiver, une maison de taille moyenne nécessite entre 20 000 et 30 000 litres d’eau par jour en période de pointe, soit un débit de 0,4 à 0,5 litre par seconde. Ce système est donc tributaire du débit d’eau du puits qui varie selon les précipitations annuelles.

Une erreur qui coûte cher

En Suède, 95 % des maisons neuves sont dotées d’une thermopompe. Un système géothermique peut réduire les coûts de chauffage jusqu’à 70 %. © carrier.com

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Robert Ménard, de Sainte-Adèle, a connu lui aussi bien des déboires avec son SG installé en 2004. Après avoir signé un premier contrat avec une entreprise qui a fait faillite après le début des travaux, il se tourne vers un autre entrepreneur pour compléter l’installation du système. Tout se passe bien jusqu’à ce que le 21esiecle.qc.ca

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dossier : la géothermie

compresseur tombe en panne. « Le SG avait du mal à nous donner le seuil de confort requis. En plus, notre facture d’électricité était trois fois plus élevée que d’habitude, car le chauffage électrique avait pris le relais. » M. Ménard fait alors appel à l’installateur qui lui dit que le compresseur est irrémédiablement brisé. Coût du diagnostic : environ 750 $ ! « Et l’installateur exigeait 2 000 $ pour remplacer le compresseur qui était encore sous garantie. On a dû se battre pour se faire rembourser par le fournisseur. Qui plus est, la réparation a été mal faite. Peu de temps après, le deuxième compresseur a lâché. » Monsieur Ménard en est actuellement à son troisième compresseur, alors que cet appareil a généralement une durée de vie de 15 ans. « Le premier compresseur a brûlé, sans qu’on sache pourquoi. Quand un compresseur brûle, l’huile qui circule à la fois dans le compresseur et dans le SG est contaminée. Comme on ne peut retirer l’huile dans le SG, il faut la filtrer. Or, cela n’a pas été fait et l’huile contaminée a donc endom­ magé le deuxième compresseur », explique Denis Boucher, concepteur et installateur de SG chez Thermo-Stat. Cette entreprise de Blainville répare souvent de mauvaises instal­lations pour

le compte du Groupe Master, distributeur canadien des SG de marque Waterfurnace. Si le troisième compresseur venait à rendre l’âme, la seule solution, selon lui, consisterait à remplacer tout le système externe de géothermie, ce qui coûterait plus de 10 000 $ ! En dehors des périodes de panne de compres­seurs, M. Ménard constate que, bien que son SG semble fonctionner normalement, sa note d’électricité tend tout de même à augmenter d’environ 15 % par année. C’est qu’il ignorait que la boucle souterraine du SG est comme une batterie qui a besoin d’être rechargée pour suffire à la demande. « Remédier à cela est simple, explique Denis Boucher. Il faut faire fonctionner la climatisation en été pour renvoyer de la chaleur dans le sol. Sinon, le sol va perdre en chaleur chaque année. » Certains experts en géothermie estiment toutefois que cette mesure ne fait que retarder l’apparition des problèmes. « Si on a absolument besoin de faire fonctionner la climatisation, c’est que la boucle souterraine est trop petite, affirme Martin Roy, ingénieur de Deux-Montagnes spécialisé en développement durable et en efficacité énergétique. Une boucle plus longue et enfouie plus profondément dans le sol aura

Comment choisir un bon entrepreneur n

S’assurer que le concepteur ainsi que l’installateur de votre système géothermique sont accrédités par la Coalition canadienne de l’énergie géothermique (CCEG). La liste des membres accrédités est inscrite sur le site geo-exchange.ca.

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Demander des estimations écrites auprès de trois entrepreneurs qualifiés. Quelle sera la profondeur du puits ? Quelle est la quantité de chaleur qui s’échappe de votre maison ? L’installateur a-t-il bien utilisé un logiciel pour faire ses calculs des pertes thermiques ? Ceux-ci doivent être fondés sur les normes de la CSA qui concernent l’installation d’un SG.

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Exiger des références de l’installateur et communiquer avec quelques-uns de ses clients. Sont-ils satisfaits ? Ont-ils obtenu les économies escomptées sur leur facture d’électricité ?

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Après avoir choisi l’installateur, vérifier que le contrat inclut les détails suivants : analyse des tâches, travail à réaliser à chaque étape, liste des équipements requis, ventilation des coûts du matériel et de la main-d’œuvre, calendrier des paiements. Le contrat doit également comporter les calculs de la charge de chauffage et de refroidissement, une liste des personnes responsables de l’approbation et de la certification du travail, ainsi que les conditions de garantie.

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Vérifier enfin que l’entrepreneur possède les assurances nécessaires, soit une couverture d’au moins un million de dollars en dommages et intérêts pour chacune des tâches majeures, comme le forage et l’installation de la thermopompe.

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davantage de chaleur à tirer et affichera un meilleur rendement. » Selon cet ingénieur, il est plus fréquent de voir des boucles trop petites dans les bâtiments commerciaux que dans les habitations, où elles sont plutôt surdimensionnées pour justement éviter les problèmes. « Mais le consommateur se trouve alors à payer son SG plus cher qu’il ne le devrait, précise-t-il. La conception doit être faite en tenant compte des besoins thermiques du bâtiment, mais c’est rarement le cas. »

Un calcul important Ce calcul des pertes de chaleur de la maison est nécessaire pour établir la puissance requise du SG, ainsi que la taille de la ou des boucles souterraines. Il doit être fondé sur les normes de l’Association canadienne de normalisation, mieux connue sous son acronyme anglais CSA. Ces normes exigent qu’un SG soit suffisamment puissant pour répondre à au moins 90 % de la demande annuelle en chaleur de la maison. Cette demande dépend principalement du volume de la résidence, de ses niveaux d’iso­ lation et d’étanchéité ainsi que du type, de la superficie et de l’orientation des fenêtres. Les 10 % restants peuvent être fournis par un élément électrique. Plus les charges de chauffage et de refroidissement de la maison sont importantes, plus la boucle devra être étendue. D’autres facteurs influeront sur sa dimension, notamment la nature du sol, la profondeur d’enfouissement de cette boucle, le climat et la taille des tuyaux enfouis ainsi que la distance entre ceux-ci. Depuis plusieurs années, des logiciels permettent de calculer toutes ces variables, et tout entrepreneur compétent devrait les utiliser. Cependant, certains d’entre eux se servent encore de la « règle du pouce », une méthode très approximative qui évalue mal la charge thermique nécessaire pour chauffer ou climatiser la maison. « Le hic, c’est que ce calcul se fait plus rapidement que celui qui s’effectue à l’aide d’un logiciel, explique Denis Boucher. Il permet donc de gagner du temps au moment de préparer une soumission. » On aura compris que les consommateurs ont tout intérêt à s’assurer que les entrepreneurs utilisent un logiciel pour faire l’analyse énergétique de leur maison. SUPPLÉMENT


Faire un choix éclairé Les consommateurs doivent d’ailleurs bien se renseigner sur toutes les options qui s’offrent à eux avant de choisir un SG. En 2002, Yves Charland se fait bâtir une maison à Sainte-Adèle. Il contacte un entrepreneur en géothermie qui lui explique qu’un SG à circuit ouvert (la chaleur est tirée de l’eau d’un puits avant de retourner dans le sol) est plus avantageux qu’un SG à circuit fermé (boucle souterraine) qui deviendra de moins en moins efficace à force de puiser la chaleur dans le sol. Mais cela est inexact si la boucle est suffisamment longue, comme l’a affirmé plus haut l’ingénieur Martin Roy. On lui mentionne aussi que cette formule est plus économique, à condition de trouver de l’eau à moins de 300 pi (91 m) de profondeur dans le sol. Monsieur Charland se laisse convaincre et opte pour un SG à circuit ouvert. L’entrepreneur ne lui précise toutefois pas que son SG sera tributaire du niveau d’eau dans le puits, qui varie selon les années.

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Test de conductivité du sol. Pour être subventionnés, les systèmes géothermiques doivent être conçus et installés par des entrepreneurs accrédités par la Coalition canadienne de la géothermie. © cmmtq.org

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Sept ans plus tard, à l’été 2009, M. Charland a connu des problèmes de climatisation : « Après 24 heures, la climatisation s’arrêtait. Je me suis demandé si, à force de constamment puiser de l’eau pour refroidir la maison, je ne vidais pas mon puits. » Le consommateur craint alors d’avoir des problèmes de chauffage l’hiver. Malheureu­ sement pour lui, il ignorait que les éléments électriques étaient déjà mis à contribution depuis de nombreux hivers. « Les installateurs n’avaient pas mis un panneau électrique de zonage conçu pour la géothermie, mais pour une thermopompe à air ordinaire, a remarqué Denis Boucher de Thermo-Stat. Les éléments électriques se déclenchaient donc au bout de 15 minutes de fonctionnement de la thermopompe alors qu’ils ne doivent se déclencher que lorsque la température atteint -20 °C à l’extérieur. Les économies d’énergie étaient donc nulles. » Comme il s’agissait d’une nouvelle maison, Yves Charland ne disposait d’aucune facture d’électricité qui lui aurait permis de vérifier si son SG lui apportait les économies d’énergie prévues. Force est de constater qu’il n’a bénéficié d’aucun retour sur son investissement durant plusieurs années. Pire, comme un puisatier a confirmé que le débit d’eau de son puits est effectivement insuffisant, M. Charland devra faire installer un circuit fermé. Encore une fois, le consommateur devra payer pour avoir été mal conseillé. Et la note sera salée.

Accréditations et subventions La Coalition canadienne de l’énergie géo­ thermique (CCEG) reconnaît que l’installation des SG peut se révéler problématique. « C’est princi­palement pour cette raison que notre organisme a été créé en 2003, à l’instigation de l’Association canadienne de l’électricité et des intervenants de l’industrie », explique Denis Tanguay, président-directeur général. En fait, la création de la CCEG vise à prévenir une hécatombe comme celle qui s’est produite dans le secteur des thermopompes air-air. « Sur les quelque 7 000 SG résidentiels certifiés au Canada depuis deux ans, nous n’avons reçu qu’une centaine de plaintes, précise Denis Tanguay. Et seulement 25 de ces cas étaient SUPPLÉMENT

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vraiment problématiques. C’est une bonne performance pour l’ensemble de l’industrie. » L’organisme a pour principal mandat d’offrir de la formation aux concepteurs et aux installateurs de SG, de les accréditer et d’exercer un suivi des installations. Le programme de formation, auquel on s’inscrit sur une base volontaire, a démarré en 2007. Pour recevoir l’accréditation, les entrepreneurs doivent avoir conçu ou installé cinq SG, sous la supervision des distributeurs. La CCEG s’occupe également de la certification des SG. Pour être certifié, le système doit être conforme à la norme C-448-02 de la CSA et avoir été conçu par un concepteur accrédité et installé par un installateur accrédité. Le puits géothermique doit en outre avoir été construit par un installateur de boucles géothermiques accrédité par la Coalition. L’embauche d’entrepreneurs accrédités et la certification de l’installation par la CCEG sont obligatoires pour qu’un consommateur soit admissible à des subventions. Hydro-Québec offre 2 800 $ dans le cas d’une maison neuve et 2 000 $ pour une maison existante. Ressources naturelles Canada (RNCan) offre 4 375 $, mais le 31 mars dernier, ce ministère a suspendu son très populaire programme écoÉNERGIE rénovation : « Il y aurait déjà suffisamment de demandes pour absorber les 300 millions $ toujours disponibles dans le programme », relatait alors La Presse canadienne. Cela signifie que seuls les propriétaires qui ont déjà commandé une première évaluation énergétique (via le programme québécois Rénoclimat) sont admissibles aux subventions écoÉNERGIE, dont celle de 4 375 $ pour la géothermie. Ils ont jusqu’au 31 mars 2011 pour exécuter les travaux et demander une évaluation après rénovations.

Si ça tourne mal La CCEG peut intervenir en cas de litige entre un installateur et un client, sauf si les SG ont été installés avant 2005 et s’ils n’ont pas été certifiés. « On ne peut se substituer à la responsabilité professionnelle de l’installateur, dit M. Tanguay. Et s’il y a un problème majeur, ce sont les clauses du contrat qui s’appliquent. Par contre, avant que le client s’adresse au

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L’industrie se responsabilise La création en 2007 de la Coalition canadienne de l’énergie géothermique (CCEG) a donné lieu à une diminution radicale du nombre de plaintes dans l’industrie, particulièrement en ce qui a trait aux systèmes subventionnés. « C’est une excellente nouvelle pour les consommateurs, et le résultat démontre un effet très positif des nouvelles règles exigées par la Coalition auprès des installateurs », commente Bernard Gravel, président du distributeur montréalais Airtechni. Distributeur des marques Géonergy et GéoComfort, cette entreprise a vendu plus de 3 000 systèmes depuis 25 ans. « La très grande majorité des projets auxquels nous avons participé ont été des succès, précise Pierre Malette, ingénieur chez Airtechni. Notre personnel technique participe régulièrement au premier démarrage afin de s’assurer de la pleine performance de l’unité géothermique. » Chez Excel Climatisation, fondée il y a 15 ans, on installe une centaine de systèmes géothermiques de marque Carrier par année. « Carrier exige qu’une mise en marche détaillée soit effectuée, explique le représentant François Tremblay. Un deuxième technicien vérifie l’installation avant la remise de la garantie au client. L’année dernière, Excel a repris une quinzaine d’installations bâclées par des compétiteurs, affirme-t-il. « Certains font faire la ferblanterie par des sous-traitants payés au contrat plutôt qu’à l’heure. Ils en font donc le moins possible alors que la bonne taille et l’étanchéité des conduits sont cruciales. D’autres vendent des systèmes trop petits pour pouvoir baisser le prix et ainsi remporter le contrat. Mais si le compresseur manque de puissance, l’élément électrique allume trop souvent ! » M. Tremblay souligne que le système Infinity de Carrier est doté d’un système de vitesse variable breveté. « Lorsque les besoins de chauffage sont satisfaits, le thermostat réduit automatiquement la vitesse du ventilateur et du compresseur. Ainsi, on économise de l’énergie plutôt que de renvoyer un surplus de chaleur dans le retour d’air comme le font certains fabricants. De plus, le thermostat ajuste la vitesse du ventilateur une fois toutes les 24 heures. Ainsi, lorsque le filtre est encrassé ou qu’un volet est fermé, le système se balance automatiquement. Enfin, l’interruption des subventions fédérales nuit sérieusement à l’industrie de la géothermie. L’une des entreprises les plus touchées est certes Géothermix, de Montréal. Celle-ci a attendu trois ans avant que le produit qu’elle distribue devienne admissible aux subventions, à la fin d’octobre 2009. Il s’agit des systèmes à détente directe de marque Nordic, fabriqués par Maritime Geothermal. Utilisée en Europe depuis des années, mais relativement nouvelle au pays, cette technologie fait circuler le réfrigérant de la thermopompe plutôt que du glycol dans la boucle souterraine. « Au moins maintenant, cette technologie est reconnue par la norme CSA-448, se console le président de Géothermix, Yvan René. Par conséquent, elle est sur le même pied que les systèmes au glycol. » AF

tribunal, nous essayons la médiation et, dans la majorité des cas, ça fonctionne. » En cas de faute grave, l’installateur peut se voir retirer son accréditation, ce qui est arrivé à trois installateurs au Canada, dont aucun ne provenait du Québec. « Pouvoir retirer une accréditation permet d’exercer une certaine discipline dans l’industrie, même si le programme est fait sur une base volontaire. Les entreprises et les professionnels veulent faire partie de la liste des membres qualifiés sur notre site Internet, car de plus en plus, les clients la consultent », dit M. Tanguay. L’automne dernier, la CCEG a entrepris d’inspecter tous les SG qu’elle a certifiés afin de vérifier s’il y avait toujours des problèmes de conception et d’installation. L’organisme effectue également des inspections à la suite de plaintes ou lorsque l’examen de la demande de certification suscite des interrogations. Malgré l’existence de la Coalition, le consom­ mateur doit faire preuve de prudence. Comme le mentionne un ancien formateur en géother­ mie, Michel Marquez du Groupe Environ/Air de Québec, certains vendeurs peuvent se montrer très persuasifs. « Le consommateur a donc tout intérêt à s’assurer que l’entrepreneur soit bel et bien accrédité par la Coalition, puis à communiquer avec quelques-uns de ses clients dont l’installation a été faite il y a plus d’un an. »

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Pour en savoir davantage

Consciente de la nécessité d’informer le public, la Coalition vient de publier un très bon guide d’achat offert gratuitement sur son site geo-exchange.ca : Les systèmes géothermiques résidentiels : Guide de l’acheteur. Une lecture indispensable pour devenir un consommateur averti   en la matière.

À lire sur 21esiecle.qc.ca :

Les vrais coûts de la géothermie La maison du futur sera-t-elle chauffée au solaire ou à la géothermie ? n

Le système à détente directe Nordic, de Maritime Geothermal, coûte moins cher de forage.

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© geothermix.com

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