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142 VITALITÉ • DÉTRESSE • FAITS & TÉMOIGNAGES

L’ÉGLISE DANS LE MONDE • N°142 • FEVRIER 2009 • 6 e

Cambodge

« Renaître de ses cendres »

Tribune

Martyrs du Christ en 2008

Décryptage Famille : l’exception africaine


Edito Une année africaine

Venez prier avec les descendants des premiers chretiens !

On nous annonce une année 2009 difficile, avec le développement des effets collatéraux de la crise, voire l’aggravation de la crise elle-même. Aux soucis financiers s’ajoutent dans un certain nombre de pays des « soucis » simplement de survie, là où la violence des conflits ou l’incurie des autorités exposent la population aux pires scénarios. Mais cela n’est malheureusement pas une nouveauté de 2009. Qu’en sera-t-il pour l’Eglise ? Le volume de persécutions continuera-t-il à augmenter ? Après une année 2008 particulièrement violente, notamment en Irak et en Inde, quel prix les chrétiens seront-ils amenés par Marc Fromager Directeur national de l’AED à payer cette année ? Il est vrai que ces persécutions ont été davantage relayées cette année dans les médias, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’on assiste enfin à une prise de conscience de ce que vivent les chrétiens dans de nombreux pays, eux qui sans conteste sont les principales victimes de l’absence de liberté religieuse dans le Monde aujourd’hui (cf. Rapport sur la Liberté religieuse 2008 publié par l’AED). La mauvaise, c’est la réalité que cela recouvre : l’accroissement des persécutions et les souffrances souvent inimaginables qui les accompagnent. Pour l’Eglise, l’année restera néanmoins marquée par l’Afrique, avec le voyage du pape Benoît XVI en mars et le Synode consacré à ce continent en octobre. Une des deux étapes du Saint Père sera, avec le Cameroun, l’Angola, qui fête cette année les 500 ans de l’arrivée de l’Evangile. Retrouvez ce pays dans le carnet des continents. Toujours en Afrique, la liturgie du monde de ce numéro nous emporte en Ethiopie, avec le rite éthiopien. Vous trouverez enfin en Décryptage l’action de la FAAF (Fédération africaine d’action familiale) qui accomplit un travail d’envergure sur le continent. Mettons-nous à l’écoute de l’Afrique.

SOMMAIRE

Pèlerinage en Syrie avec l’AED

Du 9 au 16 mai 2009

Pour vous abonner,

actualité

contacter l’ AED,

Damas, Alep et Palmyre ainsi que Maaloula, le krak des chevaliers, Tartous, Apamée et Sergilleh Découvrez ce pays où Saint Paul s’est converti et où demeure une communauté chrétienne importante. L’AED vous servira de guide pour découvrir ces lieux chargés d’histoire et rencontrer l’Église en Syrie qu’elle soutient activement. Prix : 1495` Pour recevoir le programme complet adressez-vous à l’AED - 29 rue du Louvre 78750 Mareil-Marly 01 39 17 30 10 aed@aed-france.org

écrivez à la rédaction 29, rue du Louvre 78750 Mareil-Marly 01 39 17 30 10 contact@leglisedanslemonde.org

Directeur de la publication

pub voyage syrie EDM.indd 1

Rédacteur en chef Marc Fromager Rédactrice en chef adjointe Anne-Céline Durrande Comité de rédaction Marc Fromager, Anne-Céline Durrande, Père Joël Courtois,

europe

afrique

republique Tchèque / grèce .................................... 10/13 angola ................................................................................. 14/17

asie cambodge ...................................................................................... 18/21 ameriques bolivie / nicaragua ............................................. 22/25 moyen-orient péninsule arabique ................................. 26/29

Père Samer Nassif, Didier Rance Secrétaire de rédaction Véronique Belle Maquette et Réalisation Impression Inscription CPPAP n° 0510G79871 N° ISSN : 0252-2578

8/01/09 17:47:32

carnet des continents

Pierre Bouhey

ViaMagnificat

Association publique universelle de l’Église Catholique, l’AED est une œuvre de l’Église et pour l’Eglise. Sa mission est de venir en aide aux chrétiens qui souffrent à cause de leur foi. – www.aed-france.org

lEs points chauds...................................................................................... 04/05 LE MONDE EN BREF. ................................................................................................... 06 tribune martyrs d’aujourd’hui .......................................................................... 07 DECRYPTAGE L’exception africaine ...................................................... 08/09

Dépôt légal : février 2009

rendez-vous liturgie du monde

ethiopie ............................................................. 30/31

kiosque écouter, lire, voir .................................................................................... 32 courrier du lecteur témoignages ..................................................... 33 portrait mgr joseph ngô quang kiêt . .......................................................... 34 agir îles salomon ............................................................................................. 35 prière.......................................................................................................................................... 36

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les points chauds

Vitalité

CUBA

MEXIQUE

Détresse

NEPAL

Pour la première fois depuis 50 ans, des messes ont été célébrées dans des prisons la nuit de Noël. Le cardinal Ortega a été reçu dans la principale prison de la capitale, et quatre autres évêques se sont rendus dans des prisons de l’île.

Un million de personnes se sont rendues dans la capitale pour participer à la VIe Rencontre mondiale des Familles, sur le thème, « Famille, formatrice des valeurs humaines et chrétiennes ».

Inquiétude

Une journaliste qui traitait des droits des femmes et avait critiqué les dirigeants politiques népalais a été poignardée dans le Terai, dans la zone méridionale du pays.

GAZA L’Aide à l’Eglise en Détresse a appelé tous les chrétiens à prier pour les habitants de Gaza et pour ceux de toute cette région déchirée par un conflit cruel.

KENYA Sr Rinuccia Giraudo et Sr Maria Teresa Olivero, les deux religieuses enlevées au Kenya le 11 novembre 2008, sont toujours aux mains de leurs ravisseurs, détenues en Somalie.

Inde

La Cour suprême de l’Inde ordonne au gouvernement de l’Orissa de protéger les chrétiens, sous peine d’être destitué suite à une requête de Mgr  Raphaël Cheenath, archevêque de Cuttack-Bhubaneswar, demandant que l’on assure la sécurité des chrétiens de son diocèse de l’Orissa où durant sept semaines, des groupes hindouistes avaient causé la mort de plus de 60 personnes et 04 ■ L’eglise dans le monde N°142

déplacé des milliers de familles. 80 000 chrétiens continuent à l’heure actuelle de vivre dans les camps de réfugiés mis en place par le gouvernement, pendant que des centaines d’autres errent loin de leurs maisons et de leurs villages, dans la crainte de nouvelles attaques. Mgr Cheenath a rappelé que les chrétiens qui voulaient revenir dans leurs villages n’avaient que le choix de devenir hindous ou d’être

massacrés, ajoutant qu’il se réjouissait que la Cour suprême ait choisi d’utiliser le terme de « persécution » pour qualifier les violences perpétrées en Orissa. La Cour suprême a demandé au gouvernement de l’Orissa de mettre en place avec le ministère fédéral de l’intérieur, le déploiement de forces armées dans le district du Kandhamal, épicentre des violences contre les chrétiens et ce, jusqu’aux élections prévues

dans deux mois. Les juges ont également ordonné à l’Orissa de verser les indemnisations demandées pour les églises et bâtiments ecclésiastiques détruits par les hindouistes. Le gouvernement de l’Orissa s’était engagé à juguler les violences anti-chrétiennes dès le 24 août 2008, mais n’avait rien mis en œuvre pour les faire cesser. ■ L’eglise dans le monde N°142 ■ 05


le monde en bref

Brèves

FRANCE Le 500e réfugié irakien accueilli en France La France a accueilli le 500e réfugié chrétien irakien. Le 19  décembre, Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, et de Brice Hortefeux, ministre de l’immigration, se sont rendus à l’aéroport du Bourget pour accueillir le 500e réfugié. La France a pour objectif « d’accueillir davantage de personnes, en particulier les chrétiens d’Irak  » a indiqué le Quai d’Orsay, ajoutant que ce dispositif d’accueil «  s’intègre dans un contexte politique

spécifique avec, d’une part, une disponibilité à recevoir ces réfugiés et, d’autre part, la prise en compte de la préoccupation de ne pas favoriser la disparition des chrétiens en Irak ». Une «  proposition spécifique pour accueillir une centaine de chrétiens de la région de Mossoul » est à l’étude. Ce dispositif strictement français, a poursuivi le porte-parole, devrait aboutir à accueillir 1 100 réfugiés. ■

tribune

Martyrs d’aujourd’hui L

Vietnam

Le bras de fer se poursuit entre les chrétiens et le régime Deux catholiques vietnamiennes, condamnées à des peines de prison avec sursis pour trouble à l’ordre public et dégradation de propriété, ont porté plainte contre des médias officiels, contestant la couverture de leur procès le 12  janvier 2009. Huit catholiques avaient comparu le 8 décembre à Hanoï. On leur reprochait des activités religieuses illégales, dans des manifestations hors des lieux de culte, et la destruction d’un mur sur un terrain que se disputent l’Église et le régime communiste. Ils avaient reconnu leur participation aux rassemblements mais affirmé avoir voulu défendre la propriété de l’Église. Sept avaient écopé de peines de prison avec sursis, le huitième d’un avertissement. Le 8 janvier, deux d’entre eux ont déposé plainte contre le quotidien Hanoï Moi et la chaîne publique de télévision VTV1. Elles reprochent aux médias de leur avoir fait reconnaître avoir violé la loi. Nguyen Thi Viet et Ngo Thi Dung estiment ne pas avoir « commis de délit en faisant des prières simplement pour la justice et la paix. Pendant tout le temps de l’enquête et du procès, elles ont seulement reconnu avoir cassé un mur illégalement construit sur la terre de l’Église.» ■

Assouplir les restrictions sur la Bible Les chrétiens de Malaisie ont appelé le gouvernement à mettre fin aux restrictions sur la distribution de la Bible en langue malaise, ainsi qu’à celles qui concerne un journal catholique interdit de publication dans la langue de la majorité malaise. La Fédération chrétienne de Malaisie a exhorté le gouvernement à lever les restrictions pesant sur la Bible. Son vice-président, Eu Hong Seng, a déclaré pendant le temps de Noël : «  Bien que des dérogations aient été accordées pour que cette Bible puisse être utilisée par les chrétiens dans les églises, à cette époque moderne où presque tout est accessible sur Internet, il est regrettable que nos saintes Écritures soient encore considérées “préjudiciables à la sécurité” du pays. » 06 ■ L’eglise dans le monde N°142

KOWEÏT

Bientôt une nouvelle église 70 ans après l’inaugura­ tion de la première église catholique à Bahreïn, le roi du Koweït, Hamad Bin Isa Al Khalifa, accepte de mettre à disposition de l’Église catholique un ter­ rain pour la construction d’un nouveau lieu de culte. En réponse au vœu du pape Benoît XVI, le premier ambassadeur du Koweït près le Saint-Siège a accepté que de nouvelles églises soient construites dans le pays. Le roi Hamad avait rendu visite à Benoît XVI en juillet  2008, à Castel­ gandolfo. Le Koweït compte environ 160 000 chrétiens, soit 8  % de la population. ■

Libre parole

Attentifs à ce que

vit l’Église dans le monde, et particulièrement là où Elle souffre, nous souhaitons honorer les prêtres, religieux, religieuses et laïcs assassinés chaque année. C’est un devoir de gratitude pour toute l’Église et un appel pour chacun de nous à renouveler notre propre fidélité au Christ et à témoigner avec plus d’audace, là où nous sommes.

’année dernière encore, en 2008, vingt personnes engagées au service de l’Église ont été assassinées, qui viennent s’additionner aux 173 autres depuis 2001. On a appelé le XX° siècle le siècle des martyrs. Avec près de 200 morts en huit ans, le XXI° siècle en serait-il le prolongement ? Ces personnes, dont nous connaissons le nom, ne doivent pas nous faire oublier les millions de chrétiens qui souffrent aujourd’hui pour leur foi et dont un certain nombre sont morts en « soldats inconnus de la foi ». Parmi ces vingt personnes, certaines ont été tuées lors d’apparentes tentatives de vol ou sur les routes, d’autres pendant leur prière, mais toutes sont mortes parce qu’elles se trouvaient là où l’Église leur avait demandé de servir. Avec seize prêtres, un religieux et deux laïcs, un évêque figure sur le martyrologe 2008 (selon l’agence de presse Fides). Enlevé le 29 février et retrouvé mort le 13 mars, Mgr Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul aura sans doute été le plus médiatisé. Je l’avais rencontré en Irak, avec la délégation menée par Mgr Stenger, quelques jours seulement avant son enlèvement, et nous nous étions recueillis devant la tombe du père Raghid Ganni, assassiné le 3 juin 2007. L’évêque est maintenant enterré à son côté. Avec huit tués, l’Asie reste le continent le plus meurtrier. Sans surprise, c’est l’Inde qui arrive première avec cinq tués. L’Amérique en compte 5 comme l’Afrique et l’Europe deux, récemment en Russie. On compte un français, le frère Joseph Douet, tué le

8  avril en Guinée-Conakry. Avec lui et Mgr  Rahho, nous nous souvenons de :Père Pedro Daniel Orellana Hidalgo (6  janvier au Vénézuela), Père Jesus Reynlado Roda (15  janvier aux Philippines), Père Michael Kamau Ithondeka (26 janvier au Kenya), Père Brian Thorp (9  avril au Kenya), Père Mariampillai Xavier Karunaratnam (20 avril au Sri Lanka), Père Julio César Mendoza Acuma (2 mai au Mexique), Père Johnson Moyalan (1er  juillet au Népal), Père Jaime Ossa Toro (13  août en Colombie), Père Thomas Pandippallyil (17  août en Inde), Père Nilson José (24  août au Brésil), Père John Mark Ikpiki (1er  septembre au Nigéria), Père Gerardo Manuel Miranda Avalos (2 septembre au Mexique), Père Samuel Francis et une volontaire laïque, Mercy Bahadur (septembre en Inde), Père Bernard Digal (28  octobre en Inde), Père Otto Messmer et Père Victor Betancourt (27  octobre en Russie), Boduin Ntamenya (15  décembre en RDC). Pour lancer l’année St Paul, Benoît XVI avait rappelé que « comme aux commencements, aujourd’hui aussi le Christ a besoin d’apôtres prêts à se sacrifier eux-mêmes. Il a besoin de témoins et de martyrs comme saint Paul  ». Et il est vrai que si St-Etienne est le premier martyr, Saint Paul, qui fut lapidé, puis finalement décapité, pourrait être considéré comme le « saint patron  » des chrétiens persécutés. Comme lui, ces vingt personnes ont payé de leur vie leur fidélité au Christ. Ne les oublions pas, et laissons nous édifier par leur exemple. ■

L’eglise dans le monde N°142 ■ 07


décryptage

En cette année africaine, alors que l’Europe a marché pour la famille et pour la vie le 25 janvier, à Paris il me semble que nous devons prendre conscience de la place très particulière de ce continent, et du message tout aussi exceptionnel que nous devons recevoir de lui.

Comprendre

L’exception africaine L

’exception africaine… De quoi s’agit-il ? Il ne s’agit pas du plus grand nombre de déplacés dans le monde, ni du taux le plus élevé de personnes atteintes du sida, il ne s’agit pas non plus d’un nouveau coup d’état ou de quelque potentat justifiant l’inexorable dérive de son pays. L’exception africaine fut le congrès de la Fédération Africaine de l’Action Familiale (FAAF) réunissant une centaine de participants de 17 pays africains, du 16 au 22  novembre 2008 à Nairobi. Dix jours pour réfléchir à la mise en place de la pastorale et de l’action familiale. Un temps pour définir ensemble

08 ■ L’eglise dans le monde N°142

la meilleure manière de répondre aux besoins des familles africaines. Pour donner les meilleures réponses aux défis que connaissent les hommes et les femmes en Afrique. Avec un objectif commun : permettre aux familles et aux couples de découvrir et vivre leur vocation selon le dessein de Dieu. Serait-il possible dans nos pays de réunir des experts (médecins, infirmières, éducateurs, moralistes,  etc.) appartenant à des mouvements différents, pour réfléchir ensemble et dire haut et fort que la famille est l’avenir de l’humanité ? La FAAF, née en 2001 à Douala (Cameroun) grâce au soutien sans réserve de l’Aide à l’Église

en Détresse, offre aux couples une formation approfondie en pastorale de la famille et action familiale, selon l’enseignement de Jean Paul II. L’intuition de ce mouvement, comme n’a cessé de le répéter Jean-Paul II, et à sa suite Benoît XVI, est qu’il faut miser sur la famille, institution tellement abîmée, lui redonner la première place en tant que pilier de la société, offrir toute aide possible dans le domaine de la formation pour permettre l’avènement d’une société qui tienne debout. Pourtant, s’il est un lieu où la famille est fragilisée, c’est bien l’Afrique. De toutes parts, elle est attaquée par les guerres, les famines, le nombre

vertigineux d’enfants des rues, celui tout aussi dramatique des enfants soldats. Prenons l’exemple de la République démocratique du Congo : quelque 5  millions de morts depuis 1996 et 2 millions de déplacés dans le Kivu depuis septembre  2008 : comment la famille peutelle se développer dans ces conditions ? Les mamans sont mères et chefs de famille tout à la fois, risquent à tout instant du jour et de la nuit d’être violées et donc rejetées par le village et leur famille. Elles s’occupent de leurs enfants, accueillent ceux des autres, sont au champ pour cultiver un maigre lopin qui sera aussitôt dévasté par des soldats en déroute, sont prêtes à se rendre à la paroisse pour l’évangélisation, la couture ou l’alphabé­ tisation. Les mamans africaines forcent notre admiration et notre respect, véritables «  sentinelles de l’invisible ». Famille affaiblie par la pandémie du SIDA : pour éviter le vagabondage sexuel et changer les comportements face au SIDA, il faut une famille forte et stable. La maladie continue de faire des ravages : ignorance, modes culturels et croyances

ancestrales, insuffisance de médicaments mais aussi diffusion incohérente du préservatif en sont les causes. En Ouganda, les rescapés de cette hécatombe ont su entendre en 1993 l’appel au changement radical de comportement (behaviour change) fondé sur le respect et la chasteté jusqu’au mariage. Les formateurs présents à Nairobi ne refusent au­ cune invitation d’un pays, d’un diocèse, d’une structure Éducation à la Vie et à l’Amour, pour former de nouveaux leaders qui, à leur tour, démultiplient cette bonne nouvelle de la vie et du respect de l’autre. En ce qui concerne la formation des couples, l’exception africaine est le choix fait par toutes les

associations et mouvements d’Église travaillant en ce domaine d’unir leurs compétences. Ce choix ne va pas de soi, il est tellement plus facile de rester entre soi ! Avec le soutien de l’Aide à l’Église en Détresse, un manuel consacré au mariage chrétien va bientôt paraître. Il sera utilisé pour la pastorale des familles dans de nombreux pays africains. Je crois qu’il n’y a rien de plus important que de s’engager pour la famille. C’est la base de tout le reste : une société stable et saine, des vocations sacerdotales plus solides et l’avenir de l’humanité. Malheureusement, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) est bien seule dans cet engagement pour la «  culture de la vie  » sur

ce continent. De nombreuses organisations propagent en Afrique des conceptions «  occidentales  » de la famille, qui ne reposent plus sur une communauté entre un homme, une femme et des enfants, et défendent la contraception artificielle, l’avortement et le préservatif comme réponse à la pandémie du SIDA. La société post-moderne diffuse dans le monde entier sa culture de mort. Mais le monde occidental s’aveugle. L’Afrique le sait, et n’en veut pas. Il n’est pas de plus grande urgence que de dire la famille au monde. L’Afrique en a l’intuition, l’Occident n’en a pas conscience. ■

Benoît XVI, Discours pour la paix, 1er janvier 2009

L’eglise dans le monde N°142 ■ 09


EUROPE

République Tchèque

République Tchèque

L’introuvable accord

D

ans un contexte laïciste qui lui est peu favo­rable, l’Eglise tente de poursuivre sa reconstruction, malgré l’absence d’accord avec le pouvoir politique sur l’épineux dossier de la restitution des biens d’Eglise confisqués sous l’ère communiste.

REP. Tchèque Prague

Repères Surface 78 866 km2 Population 10 291 000 habitants Religions catholiques : 39,3 % évangélistes : 2,4 % Hussites : 1,7 % Langue officielle Tchèque

A

près dix-neuf ans de conflit, un accord semblait enfin avoir été trouvé entre l’État et l’Église, au début du printemps 2008, au sujet des biens confisqués sous le régime communiste, entre 1948 et 1989. Il suffisait au Parlement de le ratifier pour qu’il entre en vigueur, sous forme de loi, le 1er  janvier 2009. Mais encore une fois, le Parlement a reculé au dernier moment, refusant de ratifier cet accord - préparé de longue date - demandant un report du débat. L’accord trouvé en 2007 semblait pourtant convenir aux deux parties : 10 ■ L’eglise dans le monde N°142

les bâtiments propriétés privées ou appartenant aux villes et aux régions. Et les Églises tchèques, autonomes, devront, quant à elles, apprendre à fonctionner sur le plan financier indépendamment de l’État, une situation qui sera plus en phase avec la réalité d’un pays où la population compte parmi les plus athées d’Europe.

l’État doit restituer aux congrégations et ordres religieux un tiers du total de leurs biens confisqués par le régime communiste. Parallèlement, l’État doit verser près de trois milliards d’euros aux institutions religieuses en compensation des deux tiers restants des biens confisqués qui, pour de multiples raisons, ne peuvent plus être restitués aujourd’hui. Le versement de ces trois milliards d’euros doit s’étaler sur soixante-dix ans, soit environ 45 millions d’euros par an. Une somme qui représente près de 10 millions de plus que ce que verse actuellement chaque année l’État tchèque aux Églises, entre autres pour payer les salaires des ecclésiastiques. Au-delà d’un règlement a priori définitif d’un conflit qui dure depuis la révolution de 1989 et la chute du régime communiste, l’adoption de la loi permettrait aux Églises de s’autogérer. Selon le ministre de la Culture, l’État ne sera en effet alors plus tenu de rétribuer les membres du clergé et participera à l’entretien des monuments religieux dans le pays au même titre que pour

Athéisme ou indifférence Car les chiffres l’attestent, dans cet ancien pays communiste, seuls 32 % de la population déclare avoir une religion (selon le dernier recensement en 2001). Pour le Père Jan ˇ (paroisse Kotas, curé de Kolodeje de Prague), «  cela est le résultat direct de la propagande du régime communiste qui a réussi à influencer deux ou trois générations par une éducation anti-religieuse plutôt qu’athée. Le rapport des gens à une religion organisée, institutionnalisée et qui a une tradition, cette relation est vraiment compliqué en République tchèque. Ici, poursuit-il, l’athéisme prend souvent la forme de l’indifférence, dans le sens où ces « athées » n’ont jamais été confrontés à la religion comme à quelque chose d’important pour leur vie. Ou alors c’est un athéisme offensif, qui prend racine dans les émotions et les préjugés transmis de génération en génération. Pourtant, ici comme partout, les gens sont de plus en plus nombreux à s’intéresser, pour le moins, à la spiritualité. On aurait tort de penser que ce pays est areligieux. »

Les 20 ans de la révolution de velours Benoît XVI pourrait se rendre en République tchèque en septembre  2009. L’hypothèse d’un prochain voyage du pape dans ce pays d’Europe centrale aurait été évoquée par le cardinal Bertone après l’avoir été par l’archevêque de Prague. Le 6  janvier 2009, le secrétaire d’État du SaintSiège, le cardinal Tarcisio Bertone, s’est rendu à Arenzano, près de Gênes, en Italie, dans un sanctuaire dédié à «  l’Enfant-Jésus de Prague ». Selon la presse italienne, le numéro deux du Vatican en aurait profité pour évoquer avec les religieux la possibilité d’une prochaine visite du pape à Prague où l’église Notre-Dame-de-laVictoire abrite la célèbre statue de cire représentant l’Enfant-Jésus. À la veille de Noël, le cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague, avait indiqué que Benoît XVI pourrait « passer trois jours dans le pays » en septembre 2009. Le voyage de Benoît XVI serait entre autres pour lui l’occasion d’évoquer le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin alors qu’un voyage du pape dans la capitale allemande au moment des élections légis­la­­tives (27 septembre) semble impossible. À Prague, Benoît XVI marquerait aussi l’imminence du 20e anniversaire de la Révolution de velours qui, de novembre à décembre  1989, a renversé le régime communiste et porté au pouvoir Vaclav Havel. ■ Sources : Apic, Zénit, Fides

L’eglise dans le monde N°142 ■ 11


EUROPE

Grèce

Au cœur de la tourmente

C

’est la mort d’Alexis Grigoropoulos, 15 ans, tué par un policier à Athènes le 6 décembre 2008, qui a servi de révélateur au profond malaise dont souffre la Grèce. Partie d’Exarchia, à Athènes, cette vague de violence a submergé tout le pays pendant près de trois semaines.

GRÈCE

Athènes

Repères Surface 131 957 km2 Population 11 140 000 habitants

© Crédit CIRIC

© Crédit CIRIC

Religions orthodoxes : 97 % musulmans : 1,2 % catholiques : 350 000

12 ■ L’eglise dans le monde N°142

Langue officielle Grec

U

ne fulgurante explosion de violence dont les causes sont nombreuses : les jeunes Grecs se sentent dépossédés de leur avenir. Dans une économie déprimée, une société figée, face à une classe politique déconsidérée. Avec 25  % de chômeurs chez les moins de 24 ans, les perspectives d’embauche sont particulièrement sombres. Les jeunes restent chez leurs parents, faute de travail. Et quand ils en trouvent un, il est généralement précaire. La société grecque n’a pas su se moderniser au rythme de sa croissance économique. L’actuel gouvernement manque

Grèce d’autant plus d’autorité pour gérer la colère des étudiants, qu’il est englué dans les scandales et s’est montré impuissant à faire fonctionner les services publics. Lorsqu’il annonce une privatisation de l’enseignement supérieur, c’est surtout synonyme, pour les étudiants, d’une privation d’avenir. Donc d’une injustice. Toutes ces causes donnent au cocktail grec une saveur particulièrement détonante pour une jeunesse qui a le sentiment de n’avoir rien à perdre. Les autorités d’Athènes redoutent à présent de voir se greffer le mécontentement social sur ces émeutes estudiantines, en pleine période de crise économique. La crainte est fondée, et partagée d’ailleurs par de nombreux gouvernements européens. L’influente église orthodoxe grecque s’est jointe aux autorités pour lancer un appel au calme. « Cette tragédie ne peut pas être réglée en brûlant et en détruisant les biens de gens qui eux-mêmes ont des problèmes », a souligné l’archevêque Ieronymos.

Le chemin de l’unité ? Le métropolite Iiéronymos de Thèbes est archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, élu le 7  février 2008 par l’Assemblée plénière de l’épiscopat. Il est présenté comme un «  réformateur modéré  ». Il est connu pour entretenir de bonnes relations avec le patriarche œcuménique Bartholomée – ce qui n’était pas le cas de son prédécesseur. Celui-ci succède à Mgr Christodoulos, décédé en janvier 2008. Il avait

accueilli Jean-Paul II en mai 2001 – visite qui a permis des relations plus fraternelles avec l’Église orthodoxe de Grèce. À son tour, Benoît XVI le recevait au Vatican le 14 décembre 2006. Ces événements ont ouvert «  une nouvelle ère de coopération cordiale », un « accroissement » des contacts et une «  amitié grandissante » entre les deux Églises. Rappelons que l’Église orthodoxe de Grèce compte près de 10,4 millions de fidèles, répartis en quatre-vingts diocèses et environ 7 500 paroisses. Sur le plan juridique, c’est une Église d’État, dont l’organisation intérieure et les relations avec l’État sont régies par la charte de 1977. Sur le plan canonique, elle dispose d’un statut d’autocéphalie, de facto depuis 1833, mais reconnu officiellement seulement en 1850. Depuis 1928, les évêchés de la Grèce du Nord et de la Thrace (les « Nouveaux territoires  ») sont rattachés administrativement à l’Église de Grèce, tout en continuant à être placés sous l’autorité spirituelle du patriarche œcuménique, tandis que l’archevêché de Crète et les diocèses des îles du Dodécanèse restent sous la juridiction directe de Constantinople

L’Église, étrangère ? Les catholiques étaient jusqu’à présent entre 45 000 et 50 000 fidèles. Mais avec l’afflux d’immigrés dans le pays – un phénomène récent – ils seraient près de 350 000. On compte également 2 500 à 3 000 fidèles de l’Église hellène, de rite byzantin. L’Église catholique en

Grèce est considérée par l’État comme une confession étrangère. Depuis les années 90, elle n’a pas réussi à combler le vide juridique qui existe en la matière dans la législation hellénique. Elle demande l’égalité des droits civiques avec l’Église orthodoxe. Le ministère de l’Éducation et des Affaires religieuses a institué une commission mixte pour étudier une solution. Elle n’a pas encore donné satisfaction à l’Église catholique. Le pape Jean-Paul II avait demandé à plusieurs reprises au gouvernement grec de régler cette question. Le 16  mars 2008, recevant les lettres de créances de Miltiadis Heskakis, le nouvel ambassadeur hellène près le Saint Siège, Benoît XVI a demandé une nouvelle fois de garantir le statut juridique de l’Église catholique. Le Pape a rappelé que la foi catholique, bien que minoritaire, regarde avec espoir le résultat de ces négociations. « Quand les chefs religieux et les autorités civiles travaillent ensemble pour élaborer une législation juste pour la vie des communautés ecclésiales, le bienêtre spirituel de la foi et de toute la société en sort renforcé », a déclaré le souverain pontife. Le 25  août, dans une interview publiée dans un quotidien national, Elefthérotypia, Mgr Pintesis Nicolaos, archevêque de Naxos, demandait lui aussi la reconnaissance officielle de l’Église catholique du pays par l’État grec. Une revendication écartée par les autorités, sous la pression de l’Église orthodoxe en particulier. ■ Sources : Apic, Zénit, Fides

L’eglise dans le monde N°142 ■ 13


AFRIQUE

Angola

Angola

En attendant Benoît XVI

D

ix-sept ans après Jean-Paul II, un autre pape se rend en Angola pour une visite pastorale, en mars 2009. Ce pays, champion du développement et terre d’investissements étrangers, auréolé par de récentes élections démocratiques, ne ressemble guère à celui de 1992, dirigé par une dictature marxiste et accablé par une guerre civile sans fin. Mais est-ce si sûr ?

ANGOLA Luanda

Repères Surface 1 246 700 km2 Population 16 600 000 habitants Religions catholiques : 50 % protestants : 15 à 25 % animistes : 25 % Langue officielle Portugais

Un Eldorado africain ?

L

e pays qui accueillera Benoît XVI ne ressemble guère à celui que JeanPaul II visita en 1992, si ce n’est que le même président, Eduardo dos Santos, et le même parti, le MPLA sont toujours au pouvoir à Luanda. Il y a dix-sept ans, le pays était exsangue, suite à plus de trente années de guerre civile 14 ■ L’eglise dans le monde N°142

et de régime marxiste-léniniste. Aujourd’hui, il n’y a guère que le drapeau angolais pour évoquer encore ce passé « socialiste ». Six ans après la déroute de l’UNITA et la fin de la guerre, l’Angola semble être un Eldorado capitaliste africain. La progression du PIB laisse loin derrière elle celle de la Chine : entre 20 et 25  % par an ces dernières années. La richesse s’affiche dans les rues de la capitale. Cause essentielle de ce “miracle” économique : le boom pétrolier, qui fait aujourd’hui de ce pays le premier producteur d’or noir de l’Afrique sub-saharienne. La propagande du régime tend à faire croire que cette richesse est largement partagée. Certes le développement des infrastructures est réel : 2 400 kms d’autoroutes, 15 hôpitaux, 30 000 salles de classe construits ces dernières

années (mais qui soignera, et qui enseignera ?). Mais les deuxtiers des Angolais vivent dans la pauvreté, alors que la corruption gangrène le pays (le président dos Santos étant régulièrement accusé d’en être, avec sa famille, le principal promoteur). De plus, l’effondrement actuel des prix du pétrole hypothèque cette successstory, tout comme les exemples d’autres pays africains que le pétrole a enrichis rapidement, puis conduits encore plus vite à la banqueroute et parfois au chaos.

Des élections attendues Le 5 septembre 2008, les Angolais ont voté pour élire leurs députés. Pour comprendre les enjeux de ce scrutin, il suffit de rappeler que ce n’était que la seconde fois de son

existence que ce pays indépendant depuis 1975 était appelé aux urnes, qu’il a connu quarante deux ans de guerre civile au cours du dernier demi-siècle et, surtout, que l’unique scrutin organisé avant 2008, celui de 1992 avait abouti à la reprise des combats. Le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 1979 n’a pourtant pris aucun risque pour s’assurer de gagner ces élections destinées avant tout à donner un visage plus démocratique à son régime. Omniprésent dans les médias dans le rôle de bâtisseur en chef de l’Angola moderne, le président a largement utilisé l’argent du pétrole pour la propagande électorale du MPLA (évaluée à plus de 300 millions de dollars) ou pour acheter les leaders de l’opposition. De plus, Radio Despertar, proche de l’UNITA, a été suspendue pour six mois en juillet 2008. Les évêques de l’Angola ont appelé à participer activement au processus électoral. Face à la méfiance de certains sur la transparence du vote, les évêques ont rappelé que «  le droit de vote est un devoir civil, personnel et inaliénable, de tout citoyen  ». Pour autant l’Église catholique se garde bien de toute ingérence ou préférence politique : «  L’Église n’opte pour aucun parti politique  » car elle veut être « un facteur d’harmonie, un lieu où tous puissent s’aimer, puissent apprendre à aimer et à adorer ensemble le même Dieu, partageant les valeurs de l’Évangile qui guident la construction d’une

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Angola

société plus fraternelle  ». Elle a également rappelé que « les lieux de culte et les structures de l’Église sont indépendants de tout parti. C’est pourquoi ils ne peuvent être utilisés pour aucune propagande politique, même tacite  ». Les évêques concluent en invoquant la Vierge : « Dans chaque paroisse ou mission, que l’on prie Dieu à travers l’intercession de la Vierge Marie, patronne de l’Angola, pour la bonne issue des élections ». 87,4 % des 16 millions d’Angolais inscrits ont voté le 5 septembre (le scrutin a dû être prolongé jusqu’au lendemain). Les résultats du scrutin ont été sans surprise : 82 % des voix pour le MPLA au pouvoir (191 sièges) et seulement 10,5 % pour son principal concurrent

Angola

l’UNITA (16 sièges). Après avoir menacé de faire appel auprès de la Cour constitutionnelle, le leader de l’UNITA, Isaias Samakuva, a reconnu sa défaite.

Liberté sous condition Le pays compte un peu plus de 50 % de catholiques, 15 à 25 % de protestants, surtout kimbanguistes ou d’Églises africaines, et un quart d’animistes. Avec 83 confessions religieuses reconnues et 700 autres en attente de reconnaissance, l’Angola semble un paradis de coexistence entre croyances depuis l’adoption d’une loi en 2004. L’époque de l’athéisme militant du MPLA, des assassinats ciblés

16 ■ L’eglise dans le monde N°142

de prêtres angolais ou étrangers et des cours d’endoctrinement obligatoires à l’heure des messes appartient à un passé révolu. La Constitution angolaise reconnaît le droit inaliénable à la liberté religieuse. Pourtant, un rapport de la Commission indépendante des droits de l’homme des Nations Unies, publié fin 2007, révèle une réalité plus contrastée. Selon Asma Jahangir, «  la loi sur la liberté religieuse, la conscience et le culte fait des distinctions à l’encontre des minorités religieuses… Elle contient des conditions rigoureuses pour l’enregistrement comprenant l’adhésion de 100 000 personnes au moins domiciliées en Angola. » Plusieurs groupes de chrétiens et la communauté musulmane attendent pour être identifiés encore, quoi qu’ils aient soumis des applications d’enregistrement. Mme Jahangir a aussi exprimé des inquiétudes concernant la sorcellerie : des enfants sont accusés par leurs familles d’être des sorcières (le 22  décembre 2008, la ministre de la Culture, Rosa Cruz e Silva, s’est alarmée de l’ampleur de ce phénomène). Peu après cette visite, en janvier 2008, le Parlement angolais a légiféré contre « la prolifération des sectes dans le pays  », tandis que le gouvernement interdisait l’Église Mana Crista, d’origine portugaise et présente dans près de vingt pays dont onze africains. Cette Église comptait 800 paroisses en Angola. À partir des années 70, le mouvement pour l’indépendance du Cabinda s’est opposé par les

armes au régime de Luanda. Nombre de membres du clergé catholique se sont alors engagés contre les violations des droits de l’homme commis par les forces angolaises dans l’enclave. Le membre du clergé le plus fréquemment connu est le Père Jorge Congo. Il s’est lancé en 2005 dans une campagne contre la nomination comme évêque par Rome de Mgr Filomeno Vieira Dias, un non-cabindais et dont le frère est un haut dignitaire du régime angolais, et, suite à cela, a été temporairement suspendu. La question continue ainsi d’empoisonner l’Église catholique, surtout après l’arrestation, le 14 juillet 2007 de quatre militants indépendantiste qui avaient, lors d’une messe célébrée à l’occasion de la visite d’un représentant

du Vatican, tenu des pancartes hostiles à Mgr Dias. Ils auraient été torturés. Trois d’entre eux ont été ensuite condamnés à deux mois de prison. Depuis, les relations entre Mgr Vieira et une partie de son clergé restent difficiles.

En attendant le Pape Les catholiques sont aujourd’hui environ 8,4  millions en Angola, répartis en 18 diocèses avec 283 paroisses. On compte 25 évêques, 410 prêtres diocésains, 339 prêtres religieux, 157 frères profès, 2 204 religieuses, 26 341 catéchistes. L’Église catholique dirige 71 écoles maternelles (10 527 élèves), 256 écoles élémentaires (148 371 élèves), 126 écoles secondaires (52 366 élèves). L’Université catholique de Luanda est l’institut

le plus prestigieux du pays. L’Église catholique dirige en outre 18 hôpitaux, 256 cabinets de consultation, 3 léproseries, 11 maisons d’accueil, 42 orphelinats, 25 jardins d’enfants, 4 dispensaires familiaux. C’est cette Église en plein essor que Benoît XVI viendra visiter du 20 au 23 mars 2009, à l’occasion des 500 ans d’évangélisation du pays. Pour Mgr Becciu, nonce apostolique, « la nouvelle de la visite du Saint-Père a été accueillie avec joie et surprise par la communauté ecclésiale et par toute la population… Elle marque une étape dans le chemin de renforcement de l’évangélisation et est un stimulant pour tous les catholiques à renforcer leur engagement missionnaire. Le Pape viendra en outre bénir le processus de consolidation de la paix entrepris en 2002 et les progrès économiques enregistrés ces dernières années, dont les bénéfices doivent cependant être étendus à toute la population, notamment aux couches les plus pauvres, pour promouvoir un développement juste et équilibré du pays  ». De son côté, le cardinal Alexandre do Nascimento, Archevêque émérite de Luanda, a précisé que l’Angola avait été le premier pays de l’Afrique subsaharienne à être évangélisé. « Le souverain Pontife apportera à tous les Angolais un message de paix et confort  », a-t-il ajouté, et « ce sera un moment de grande joie à vivre avec lui ». ■ Sources : Apic, Zénit, Fides

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aSIE

Cambodge

Cambodge

Quand l’Église renait de ses cendres… L

e changement n’est pas encore à l’ordre du jour pour ce pays qui reste profondément traumatisé par le génocide perpétré par les Khmers Rouges. L’Église, décimée par le régime, s’enracine lentement grâce aux quelques prêtres et séminaristes qui œuvrent à sa reconstruction.

CAMBODGE

Phnom Penh

Repères Surface 181 035 km2 Population 14 071 000 habitants Religions bouddhistes : 95 % musulmans : 2,5 % chrétiens : 2 % animistes : 0,5 % Langue officielle Khmer

© Crédit photo - Ucanews

S 18 ■ L’eglise dans le monde N°142

a population, à 80 % rurale, vit très difficilement dans un pays grevé par la corruption et l’absence de système juridique. Le 27  juillet 2008, Hun Sen, au pouvoir depuis 1985, a gagné les élections. Agé de 55 ans, il compte se porter candidat jusqu’à 90 ans. Le principal défi pour le pays est d’ouvrir les pages les plus sombres de son histoire : celles qui racontent

le génocide d’un quart de la population (1,7 à 2 millions de personnes) entre 1975 et 1979, quatre années de torture sous la direction de Pol Pot et de ses affidés au nom de la « révolution socialiste parfaite ». Un tribunal international, composé de juges cambodgiens et étrangers a enfin commencé l’instruction des premiers dossiers en juillet 2007. À Phnom Penh, ce procès suscite de nombreuses interrogations. L’une des questions les plus épineuses est de savoir quels seront les survivants de la hiérarchie khmère rouge à être traduits en justice. Parmi la douzaine de responsables qui formaient la garde rapprochée de Pol Pot, mort dans la jungle en 1998, seuls deux sont sous les verrous. Les autres coulent des jours tranquilles dans leurs fiefs adossés à la frontière thaïlandaise ou dans des villas cossues de Phnom Penh. L’acte d’accusation longuement négocié prévoit que seuls « les hauts

dirigeants du Kampuchea démocratique  » et les «  responsables des plus sérieux crimes commis » seront jugés. Ce qui inclut Nuon Chea, « frère numéro deux » en charge de la propagande et de l’idéologie du régime, 78 ans, Khieu Samphan, la « bouche de Pol Pot », 74 ans, le chef d’état-major Ta Mok, « Deuch », directeur du centre de tortures de Tuol Sleng, qui a personnellement supervisé la mise à mort de 16 000 personnes. Son procès commencera le 17 février 2009.

Un grand signe d’espérance La période khmère rouge s’inscrit comme en vide dans l’Église du Cambodge, en ce sens que la plupart des chrétiens des villes sont morts ou ont été exécutés, les deux évêques et quatre frères, la plupart des religieuses khmers ont disparu dans la tourmente. En 1990, il n’y

avait plus de lieux de culte, pratiquement plus de communautés. Il a fallu donc tout reconstruire à partir de zéro. Malgré cette souffrance, l’Église est repartie sur de nouvelles bases : la Bible et le Concile Vatican II. L’Église du Cambodge est désormais composée de jeunes, elle n’est pas bloquée par des traditions, et regarde donc plus vers l’avenir que vers le passé. Reste que cette Église été décimée. C’est au milieu du XVIe siècle que l’Évangile arrive au Cambodge par un missionnaire portugais, un dominicain appelé par le roi, plus dans un intérêt politique que pour recevoir le Christ. Cependant, un édit de liberté religieuse, en 1590, donne la possibilité d’enseigner la foi. Cependant, il faudra attendre l’arrivée d’un prêtre des Missions Étrangères de Paris (MEP), le père Levavasseur, pour un véritable commencement de l’évangélisation du peuple khmer. À travers les vicissitudes politiques se succéderont liberté et persécution. Il faudra attendre 1957 pour que soit ordonné le premier prêtre khmer dans la cathédrale de Phnom Penh. L’Église cependant s’implante et s’organise, ajoutant au vicariat apostolique de Phnom Penh les préfectures apostoliques de Battambang et de Kompong Cham. Mais, de 1975 à 1979, le régime de Pol Pot extermine l’Église cambodgienne, et ensuite l’occupant vietnamien maintient l’interdiction de la religion catholique. En 1989, le premier prêtre à rentrer au Cambodge comme travailleur social pour Caritas International est le père Émile

L’eglise dans le monde N°142 ■ 19


Cambodge

Destombes, (MEP) qui deviendra évêque de Phnom Penh. Il ne reste rien de l’Église cambodgienne, toutes les paroisses ont été rasées et les communautés exterminées – seuls quelques survivants sont dispersés dans les camps de réfugiés de la frontière thaïe. En 1990, après le retrait des troupes vietnamiennes, le nouveau gouvernement autorise le culte chrétien. L’Église khmère renaît de ses cendres. Si les catholiques sont peu nombreux, l’Église au Cambodge est cosmopolite, jeune, dynamique et très impliquée dans l’aide aux pauvres et l’éducation de la jeunesse – comme en témoigne entre autres ces magnifiques foyers de charité missionnaire que sont la paroisse de Takeo du Père Olivier

Cambodge

Schmitthaeusler (MEP), ou encore le diocèse de Battambang qui, sous l’énergique impulsion de Mgr Kike Figaredo, a bien mérité son surnom d’« Église humanitaire ».

Enraciner l’Église Dans une société à 95  % bouddhiste, la petite communauté catholique (autour de 21 000 fidèles) poursuit son chemin. Le clergé, qui était il y a dix ans encore, uniquement composé de missionnaires étrangers (une cinquantaine de prêtres venus d’une quinzaine de pays différents), a vu l’ordination des premiers prêtres cambodgiens en 2001 et vient d’accueillir de nouveaux séminaristes issus des

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trois juridictions ecclésiastiques du pays. Aujourd’hui, on compte cinq prêtres cambodgiens et 55 prêtres missionnaires. Borei Phan, Sok Na et Moung Ros ont été admis officiellement comme candidats au sacerdoce pour leurs diocèses respectifs à travers le rite de l’admission. Un autre séminariste, Se Sat, après un an dans son diocèse pour une année de propédeutique, vient de commencer ses études de philosophie au séminaire de St-Jean-Marie-Vianney. Ce lieu de formation, ouvert en 1992 à Battambang puis transféré à Phnom Penh en 1998, avait accueilli avant eux quatre autres séminaristes ordonnés il y a sept ans, et qui étaient les premiers à être issus de

la communauté catholique locale. Le 10  octobre dernier, lors d’une cérémonie ouvrant l’année académique du séminaire, Moung Ros, parlant au nom des quatre jeunes séminaristes, a demandé aux responsables ecclésiastiques, ainsi qu’aux autres catholiques, de continuer à soutenir le séminaire « étant donné l’importance pour leur Église du Cambodge de former des prêtres locaux ». Mgr Émile Destombes, vicaire apostolique de Phnom Penh, a approuvé cette demande et engagé les catholiques à nouer des relations avec les séminaristes et à les encourager à faire grandir l’amour de leur vocation de prêtre. L’évêque, prêtre des missions étrangères de Paris, évoquant les deux décennies de guerre civile et de persécutions religieuses, a rappelé qu’il avait « été le premier missionnaire à revenir au Cambodge en 1989 ». Il s’est réjoui de pouvoir assister à l’essor du clergé local au Cambodge, depuis la création du grand séminaire, avec la formation de quatre jeunes Cambodgiens à la

prêtrise et aujourd’hui de quatre nouveaux séminaristes issus des communautés cambodgiennes locales. Le 12 octobre, Borei Phan recevait une aube blanche des mains de Mgr  Antonysamy Susairaj, préfet apostolique de Kompong-Cham. Le séminariste a exprimé sa joie et sa gratitude envers sa famille et la communauté catholique présente ; il a demandé à être soutenu dans sa vocation : « Ne m’oubliez pas dans vos prières, afin que le Seigneur puisse faire de moi, dans toutes mes faiblesses, un humble instrument pour répandre sa Bonne Nouvelle d’amour à tous nos compatriotes bien-aimés. » Le 19  octobre, Mgr  Destombes admettait officiellement Sok Na, Vietnamien du Cambodge, comme séminariste du vicariat apostolique de Phnom Penh à la paroisse de Wat Champa, en présence de centaines de catholiques. Chi, une jeune catholique, a déclaré à cette occasion à Ucanews : « Nous avons besoin dans

notre pays de beaucoup de jeunes qui puissent mettre leurs pas dans ceux de Sok Na. » L’Église au Cambodge a à cœur aujourd’hui de former ses séminaristes dans leur propre pays, afin de renforcer l’Église locale mais aussi de développer chez ces prêtres l’amour de leur propre culture en leur donnant la possibilité d’apprendre la philosophie et la théologie dans leur propre langue. Le recteur du séminaire, le P. Bruno Cosme, prêtre des Missions Étrangères de Paris, explique pour Églises d’Asie : « La formation n’est pas uniquement une affaire d’études. C’est l’enracinement dans une Église qui est à prendre en compte, la connaissance des communautés chrétiennes, surtout dans la situation d’une Église jeune, qui grandit vite et présente un grand nombre de catéchumènes […]. Il est bon d’envisager l’étude des Écritures Saintes dans sa propre langue pour pouvoir ensuite la partager à ses frères. Dans un pays comme le Cambodge […] où le vocabulaire religieux est celui du bouddhisme […], il faut jour après jour, trouver le bon mot, l’expression juste qui n’existe pas toujours ! » Le cursus des séminaristes prévoit quatre années d’études philosophiques à l’Université royale de Phnom Penh, durant lesquelles les séminaristes étudient également la Bible et suivent des cours de théologie au séminaire. Ce n’est qu’après ce temps de formation philosophique qu’ils étudieront la théologie à plein temps, pendant trois ans. ■ Sources : Apic, Zénit, Fides

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AMÉRIQUES

Bolivie

Bolivie

Éduquer, former, catéchiser

D

ans l’un des pays les plus pauvres du continent américain, secoué par une grave crise politique, au bord de la guerre civile, l’Église tente de promouvoir la paix et l’unité, tout en poursuivant inlassablement le service des plus pauvres.

BOLIVIE

La Paz

Repères Surface 1 098 581 km2 Population 9 180 000 habitants Religions catholiques : 95 % Langue officielle Quechua, Aymara, Guarami, Espagnol

E

n septembre, le pays a frôlé la guerre civile. Au cœur du conflit, un référendum en août 2008 pour réformer la Constitution et permettre au président d’entamer sa réforme agraire. Le plébiscite était censé sortir le pays le plus pauvre d’Amérique latine – après Haïti- de la grave crise politique et institutionnelle dans laquelle il se trouve. Premier président à revendiquer son origine indienne de Bolivie, Evo Morales prévoit notamment de lancer une nouvelle répartition des recettes provenant des taxes sur les hydrocarbures. Après trois semai­ nes d’affrontements et de heurts, qui se sont traduits par des cen22 ■ L’eglise dans le monde N°142

taines de blessés et au moins dix-huit morts, le gouvernement et l’opposition ont fini par renouer le dialogue. L’assemblée législative a en effet approuvé le 20  octobre 2008, la loi spéciale de convocation d’un référendum sur le projet de Constitution défendue par le président Morales. L’Église s’est dite soulagée par cet accord. « Nous espérons aussi que le référendum, nécessaire, sur la nouvelle Constitution pourra se dérouler en paix et que les citoyens pourront librement faire usage de leur voix » a déclaré Mgr Juarez, évêque de El Alto, et secrétaire de la Conférence épiscopale bolivienne.

Etre gardiens de l’unité Reçus par Benoît XVI en visite ad limina, le 10 novembre dernier, les évêques boliviens ont été encouragés pour leur action menée dans les «  circonstances difficiles  » que traverse leur pays, et incités à poursuivre leurs efforts en faveur de la réconciliation et de la paix. «  Je connais bien, a ainsi confié Benoît XVI aux évêques, les cir-

constances difficiles qui touchent les fidèles et les habitants de votre pays depuis un certain temps et qui, en ce moment, semblent s’accentuer encore plus ». Le pape a demandé à l’épiscopat, qui «  a su accompagner de très près tous les Boliviens dans des situations délicates, de nourrir l’espérance, de stimuler la foi, de promouvoir l’unité, d’exhorter à la réconciliation et de sauvegarder la paix ». Les évêques ont en effet maintes fois pris la parole pour tenter d’apaiser la situation politique du pays. Parfois accusés de soutenir les grands propriétaires terriens, ils ont salué l’annonce de ce référendum. Par le passé, ils se sont aussi fortement opposés à la réforme laïque du système scolaire bolivien, voulue par le président Morales. Devant le Pape, le cardinal Sandoval président de la Conférence épiscopale bolivienne, a ainsi évoqué les changements profonds que vit actuellement la Bolivie, affirmant que les moyens mis en œuvre par les autorités « ne semblent pas suffisants et adéquats pour construire ensemble une Bolivie pour tous ».

Éduquer, former, catéchiser Face aux autres défis qui se présentent à l’Église bolivienne en matière de pastorale, Benoît XVI a encouragé la « dévotion populaire », une « catéchèse systématique, généralisée et pénétrante », ainsi qu’une «  éducation générale de qualité  ». Il a également demandé aux évêques d’offrir une solide formation

humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale aux séminaristes et de garantir la formation permanente du clergé et des agents pastoraux. Le Saint-Père a également fait état d’un certain «  affaiblissement de la vie chrétienne » dans le pays, dû soit à la « grande incohérence entre la foi professée et les règles de vie personnelle et sociale », soit à « une formation superficielle » qui expose les baptisés « à l’influence de promesses attirantes mais vaines  ». Pour faire face à ces réalités douloureuses, le Pape a, une nouvelle fois, recommandé une «  catéchèse systématique, généralisée et pénétrante qui enseigne clairement et intégralement la foi catholique  », dans un pays travaillé par des sectes issues de la mouvance évangéliste. Mais cela ne suffit pas : il faut aussi, insiste le Pape, «  une éducation générale de qualité, qui comprenne la dimension spirituelle et religieuse de la personne et contribue puissamment à poser des bases solides pour faire grandir la foi ». Or, a fait remarquer Benoît XVI, l’Église de Bolivie dispose d’institutions d’éducation non seulement nombreuses mais aussi prestigieuses, qu’il a recommandées à l’attention des évêques, pour qu’elles puissent maintenir et faire respecter leur identité catholique. Le pape a ajouté quelques recommandations pour la formation des séminaristes et la formation continue des prêtres et des agents pastoraux, et pour leur vie spirituelle de façon à ce que leur travail «  ne tombe ni dans la routine ni dans la superficialité ». ■ Sources : Apic, Zénit, Fides

L’eglise dans le monde N°142 ■ 23


AmeriqueS

Nicaragua

Au cœur de l’inquiétude

D

ans ce pays où près de 80 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour, et où 35 % est analphabètes, la population attend le changement promis par le président Ortega lors de son élection en 2006.

NICARAGUA

Managua

Repères Surface 130 000 km2 Population 5 466 000 habitants Religions catholiques : 90 % protestants : 10 % Langue officielle Espagnol

Q

ualifiées de «  frauduleuses » par l’opposition, les élections municipales de novembre  2008 n’en finissent pas de provoquer de nouveaux remous politiques à Managua. Faute de majorité au Parlement, le président Daniel Ortega vient de passer en force pour faire approuver le budget 2008. C’est au nom de «  l’intérêt national  » et de la «  continuité  » des institutions que le président nicaraguayen vient de violer la Constitution de son pays. L’Assemblée nationale est en effet la seule autorisée à modifier le bud24 ■ L’eglise dans le monde N°142

Nicaragua get. Problème, depuis les élections du 9  novembre, l’Assemblée est paralysée. Ni l’opposition ni le gouvernement n’arrivent à dégager une majorité, ni même le quorum nécessaire pour se réunir en session. Même si cette violation à la Constitution permet pour l’heure de maintenir le Nicaragua en marche et de contourner le blocage de l’opposition, elle complique un peu plus la tâche du gouvernement. La communauté européenne a en effet suspendu son aide financière jusqu’à ce que Managua clarifie les accusations de fraude lors des dernières élections et Washington menace de faire de même. Les jours qui ont suivi le scrutin contesté, et son cortège de manifestations et de heurts, les dénonciations se sont multipliées contre les violences visant des journalistes. Trois stations de radio favorables à l’opposition ont été détruites par des commandos.

Un profond malaise La Conférence épiscopale du Nicaragua a pris position fermement et a multiplié les appels au calme, dénonçant les irrégularités du scrutin. Des milliers de fidèles ont participé à des processions eucharistiques dans tout le pays, pour invoquer la paix dans cette crise électorale. Le 23 novembre, en la fête du ChristRoi de l’Univers, des centaines de processions ont été organisées dans tout le pays, à l’appel de la Conférence épiscopale pour prier pour la paix et la « stabilité du pays ». Le malaise est profond. Chef de

la révolution sandiniste de 1979 à 1990, Daniel Ortega a été élu en 2006 par une population pauvre, demandeuse de changement, mais dont les espoirs ont été déçus. L’inflation dépasse les 20 %. Reçus par Benoît XVI pour leur visite ad limina, le 6  septembre 2008, les évêques avaient déjà été félicités par le Saint-Père pour leur défense des « droits fondamentaux de l’homme », en dénonçant « les situations d’injustice », et en encourageant «  une certaine conception de la politique qui (…) soit au service généreux et humble du bien commun ». Le Pape a invité les évêques à «  promouvoir et accompagner les nombreuses initiatives de charité et de solidarité avec les plus nécessiteux […] afin que l’on n’oublie pas les familles en difficulté ni cet esprit généreux de tant de laïcs qui, de façon anonyme, s’efforcent de donner le pain quotidien à leurs frères plus pauvres ». Benoît XVI a également salué l’engagement des institutions caritatives et des écoles catholiques, dont la mission est «  essentielle dans l’Église  » et constitue «  un service inestimable de la société ». Il a demandé aux évêques de soutenir « les éducateurs » et de « préserver les droits des parents à former leurs enfants selon leurs convictions et croyances  ». Benoît XVI a aussi encouragé les évêques à apporter le message de l’Évangile à tous les milieux, avec la collaboration des prêtres et des instituts religieux. Pour le Pape, « il est indispensable que ces généreux serviteurs et collaborateurs dans la mission évan-

gélisatrice de l’Église reçoivent des encouragements de leurs pasteurs, aient une solide formation religieuse approfondie et continue, et maintiennent une fidélité irréprochable à la doctrine de l’Église ».

L’Évangile gravé sur le cœur Le Pape a également insisté sur la formation du clergé, et la réforme des séminaires, sur la nécessaire « proximité » de l’évêque avec ses séminaristes, et le discernement des candidats au sacerdoce, destinés à devenir « des prêtres exemplaires et débordant d’amour pour le Christ et l’Église  ». Mais le Pape souhaitait aussi « l’assistance religieuse nécessaire aussi bien dans les hôpitaux, les prisons, que dans d’autres institutions.  » Enfin, pour ce qui concerne la piété populaire très « enracinée » dans l’Église du Nicaragua, le Pape y voit « une grande richesse pour le peuple  » de Dieu, et surtout, « bien plus qu’une simple tradition reçue passivement  ». Mais elle doit être continuellement revivifiée, soulignait le Pape, « par une action pastorale qui mette en lumière la profondeur des gestes et des signes, en montrant le mystère du salut et de l’espérance auquel ils conduisent ». Le Pape voit aussi un grand défi dans la « formation religieuse  » des fidèles laïcs, de façon à ce que «  l’Evangile reste profondément gravé dans leur esprit, leur vie et leur travail », surtout dans une situation de « pauvreté » et « d’émigration». ■ Sources : Apic, Zénit, Fides

L’eglise dans le monde N°142 ■ 25


Moyen-orient

Péninsule Arabique

Péninsule Arabique

« Opération séduction … » P

our échapper aux accusations de radicali­ sation religieuse et pour contrecarrer les ambitions régionales de l’Iran, les pays de la Péninsule arabique encouragent le dialogue des cultures, les contacts avec le Vatican et l’ouverture politique avec l’Occident.

PÉNINSULE ARABIQUE

Repères Surface 3 000 000 km2 Population 56 838 000 habitants Religions : musulmans : 95 % catholiques : 5 % (estimation) Langue officielle Arabe

O

n compte 3  millions de catholiques (contre 200 000 il y a trente ans) dans les pays de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats Arabes Unis, Koweït, Oman, Qatar, Yémen) presque tous étrangers, dont près de deux millions en Arabie Saoudite. Un recensement, fait à la sortie de la messe dominicale dans la cathédrale d’Abou Dhabi, a permis d’enregistrer pas moins de 93 nationalités dont une

26 ■ L’eglise dans le monde N°142

majorité d’Indiens, de Philippins, de Sri Lankais et de Libanais. Le Saint-Siège a noué des relations diplomatiques avec le Yémen en 1998, avec le Bahreïn en 2000 et avec le Qatar en 2002. Le Vicaire apostolique pour la péninsule, Mgr Paul Hinder, un capucin suisse, réside aux Émirats Arabes Unis. Le nonce apostolique, Mgr Mounged El-Hachem, évêque libanais, réside au Koweït, premier pays arabe du Golfe à avoir établi des relations directes avec le Vatican. Au Koweit, il y a huit lieux de culte, dont quatre dans des locaux permanents et les autres dans des maisons louées. L’émirat compte 150 à 200 chrétiens koweïtiens et 350 000 chrétiens étrangers. Au Qatar, une église a été inaugurée

le 14 mars 2008. Notre Dame du Rosaire n’a ni clocher ni croix visible de l’extérieur. C’est l’émir du Qatar qui a offert la parcelle où l’église est construite. En trente ans, sept écoles ont été construites dans les Émirats et une au Bahreïn, dirigées par des religieuses de différentes congrégations (comboniennes italiennes, carmélites indiennes, chaldéennes de Bagdad, sœurs du Rosaire de Jérusalem). Sur un total de 16 500 élèves, plus de 60 % sont musulmans.

Tolérance mutuelle Souvent accusée de soutenir et d’encourager la diffusion d’un islam radical – financé par les pétrodollars- l’Arabie saoudite

s’est lancée dans une politique d’ouverture afin de trouver des appuis dans le monde occidental. À cela plusieurs motivations : la nécessité de redorer son image suite aux attentats du 11 septembre, mais aussi le contexte géopolitique, et les ambitions régionales de l’Iran, perse et chiite, qui tente d’étendre son influence dans les pays de la péninsule arabique. L’appui des puissances occidentales leur est donc particulièrement nécessaire, ce qui pourrait expliquer les récents appels à l’ouverture religieuse et au dialogue entre les cultures dont le roi d’Arabie Saoudite s’est fait le porte-parole en 2008. Pour autant, la situation des chrétiens reste extrêmement critique dans les différents pays de la péninsule arabique. En Arabie Saoudite,

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Péninsule Arabique

Péninsule Arabique Un souverain wahhabite au Vatican

Près de la grande mosquée, Riyad (Arabie Saoudite).

pays régi par la charia, l’apostasie est punissable de la peine de mort, si la personne en cause refuse de se repentir. Les cultes non musulmans sont interdits en public et ceux qui s’y risquent sont emprisonnés, fouettés et parfois torturés. Une situation intolérable, condamnée par tous les pays occidentaux. Lors d’une tournée effectuée à Oman, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Arabie Saoudite pour discuter des relations entre l’Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe, HansGert Pöttering, le président du Parlement européen, a appelé les gouvernements arabes à autoriser la construction d’églises dans leurs pays de la même manière que des mosquées peuvent être construites en Europe. Il a ajouté qu’il était « vital que nous ayons une meilleure compréhension de la culture musulmane ». En échange, il a appelé le monde arabe à une plus grande tolérance envers les chrétiens : « cela

doit être mutuel », a-t-il rappelé. Il a souligné qu’il avait pu assister à une messe catholique durant sa visite à Mascate, mais cela n’était pas possible en Arabie Saoudite, déplorant que les catholiques soient privés de messe et de sacrements.

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Pour tenter de donner des gages de bonne volonté, l’Arabie Saoudite a inauguré deux événements historiques : la visite du roi Abdallah au Vatican et l’organisation d’une conférence inter-religieuse à Madrid en juillet 2008. Le 6 novembre au Vatican, le pape Benoît XVI a rencontré le souverain wahhabite. Abdallah d’Arabie Saoudite a été chaleureusement accueilli, lui qui était déjà venu au Saint-Siège à Rome en 1999 alors qu’il était encore prince héritier du royaume saoudien. Le gardien des principaux lieux saints de l’Islam et le pape de Rome en tête à tête, durant 30 minutes, sous les fresques du Vatican : la scène était plus que rare. C’était en fait une première historique. Peu de détails ont filtré sur cet entretien, mais le communiqué officiel du Vatican parle d’un climat

cordial. Le roi Abdallah et Benoît XVI ont échangé leurs points de vue sur la situation au Proche-Orient. Ils se sont également engagés, et c’est plus significatif encore, en faveur d’un dialogue interculturel et inter-religieux, en soulignant l’importance de la coopération entre chrétiens, musulmans et juifs pour la promotion de la paix.

Conférence inter- religieuse à Madrid L’Arabie Saoudite a initié, du 16 au 18  juillet 2008 à Madrid, une conférence internationale pour promouvoir le dialogue entre les religions. Elle était organisée par la Ligue islamique mondiale, basée à La Mecque, sur une initiative du souverain. Quelque 200 personnes ont participé à ce rendez-vous avec

des représentants des principales religions : musulmans, chrétiens, juifs et même bouddhistes. La présence du secrétaire général du Congrès juif mondial, Michael Schneider, et celle du cardinal Jean-Louis Tauran, responsable du dialogue avec l’Islam pour le Vatican, sont à relever. Après une session inaugurale en présence du roi d’Espagne et de celui d’Arabie Saoudite, quatre tables rondes et des sessions ont été organisées. Pour le représentant du Pape, le cardinal Jean-Louis Tauran, « nombreux sont ceux qui considèrent que les guerres et les violences sont provoquées par les religions ». Ajoutant qu’il souhaitait que « cette conférence de Madrid fasse comprendre aux gens que les religions sont au service de l’homme et non contre l’homme. »

Décidée au terme de la Conférence internationale islamique qui s’est tenue à La Mecque en juin  2008, l’initiative représente pour Mgr Tauran «  un événement très important car celui qui l’a promue n’est pas seulement le chef d’un état islamique, le roi d’Arabie Saoudite Abdallah, mais davantage le gardien des deux mosquées saintes… Je m’y rends avec un esprit ouvert car je sens que ces derniers temps le climat a changé. Il y a davantage d’ouverture, plus de respect, plus de désir de connaître l’autre même si, évidemment, les contacts ont eu lieu jusqu’ici seulement au niveau des grandes personnalités du monde islamique… » Dans son message de clôture, la conférence internationale sur le dialogue inter-religieux insiste sur le respect mutuel entre les différents peuples et civilisations, proposant de « criminaliser » les atteintes aux symboles religieux. Elle appelle à «  l’adoption d’une convention élaborée par les organisations officielles et populaires qui exige le respect des religions et de leurs symboles, et qui criminalise les atteintes aux religions, en référence aux caricatures blasphématoires contre le prophète Mahomet. Les religions visent à propager la sécurité et la paix parmi les humains et à promouvoir l’entente et la cohabitation entre les peuples, dans la diversité de leurs races, couleurs et langues. » Espérons que ces initiatives médiatiques seront suivies d’effets, et que les chrétiens se verront bientôt reconnaître le simple droit d’exister. ■

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liturgie du

monde

Ethiopie

Chorale dominicale (Rite guèze ou éthiopien)

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L

’Ethiopie compte environ 30 millions d’habitants dont 20 millions d’orthodoxes et une petite minorité de catholiques, quelques centaines de milliers, qui se partagent entre le rite romain et le rite éthiopien. On compte 3 diocèses de rite éthiopien, 5 vicariats apostoliques de rite latin et 2 préfectures apostoliques, également latines. Le rite éthiopien correspond vraiment à l’âme éthiopienne

et des efforts sont faits pour conserver et développer ce rite, le rite latin étant considéré comme venant d’ailleurs. Le rite éthiopien est, comme la plupart des rites orientaux, d’origine monastique. Rite d’une église monophysite (ayant refusé le concile de Chalcédoine), comme l’Église d’Egypte, sa liturgie traduite du copte, possède une poésie originale et une langue spécifique : le guèze. Le respect le plus

strict des chrétiens éthiopiens pour les préceptes de la loi judaïque plaide en faveur de l’origine apostolique de l’Eglise d’Ethiopie : sa fondation serait due à Saint Matthias. En 1959, l’Eglise locale s’affranchit de la sphère orthodoxe, à laquelle elle était jusque là rattachée, et trouve la pleine communion avec Rome. Ici, les femmes, voilée selon l’usage du pays, animent la chorale pour la liturgie dominicale. ■ L’eglise dans le monde N°142 ■ 31


KIOSQUE

Écouter, Lire, Voir

COUP DE CŒUR DE LA RÉDACTION Aristote au Mont Saint-Michel Sylvain Gouguenheim Deux raisons expliquent notre « coup de cœur ». Tout d’abord, la pertinence de l’étude de Sylvain Gouguenheim, qui reste le plus factuel possible et fidèle aux sources historiques qu’il cite abondamment, notamment dans ses volumineuses notes. Ensuite pour l’ostracisme dont il a fait l’objet, comme s’il n’était plus possible aujourd’hui de dire quelque chose de nouveau sur l’islam. L’auteur démontre que l’immense trésor du monde grec a essentiellement fécondé l’Europe et beaucoup moins le monde islamique et que cet enrichissement de l’Europe s’est en grande partie réalisé directement, sans médiation arabe. Un important travail de traduction s’opérait notamment au Mont Saint-Michel, même si Sylvain Gouguenheim développe également l’importance de l’apport des chrétientés d’Orient et notamment des Syriaques. Reste la question, toujours d’actualité, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de cette étude, de la perméabilité des cultures et de la difficulté qui en résulte pour un réel dialogue entre le christianisme et l’islam. Ed. Salvator, 300 p., 20€

Nous lui devons la liberté. La main tendue de Jean-Paul II à l’Est

Saint Paul - Des textes qui ont fait le christianisme

Denis Lensel Journaliste et écrivain passionné par les pays de l’Est, Denis Lensel revient sur le combat de Jean-Paul II pour libérer l’Europe de l’Est et réconcilier « les deux poumons de l’Église », les Églises catholique et orthodoxe. Malgré les apparences parfois contradictoires, cette réconciliation progresse, de manière « irréversible » selon l’auteur. Après un regard historique et une analyse des voyages de Jean-Paul II à l’Est, Denis Lensel fait brièvement le point sur la politique de Benoît XVI. Un livre précis et riche pour ne pas oublier ce qu’ont vécu les chrétiens à l’heure du rideau de fer! Ed. Salvator, 224p., 19,90€.

A l’occasion de l’année Saint Paul, les éditions du Cerf, en collaboration avec Régis Burnet, ont la bonne idée de proposer un album sur les textes majeurs de Paul. Après une présentation de l’apôtre des nations et de la situation des premières communautés chrétiennes à qui sont destinées les épîtres, quinze textes de Paul sont étudiés sous la forme de commentaire suivi et de piste de lecture. En plus d’une réelle découverte de l’Eglise naissante et des fondements de notre foi, l’album permet une plongée dans l’écriture sainte et invite à approfondir cet exercice de manière plus régulière. Ed. du Cerf, Album Fêtes & Saisons, 48 p., 6€

Ecouter :

Liturgie

En cette année des soixante-quinze ans de sa fondation, la paroisse byzantine Saint-Irénée de Lyon a enregistré un CD de la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome. Par sa présence, elle donne aux catholiques latins de découvrir la liturgie byzantine et, à travers elle, les Eglises orientales. Prix : 20 € (+ 3 euros de port). Chèque à l’ordre de « paroisse byzantine Saint Irénée ». A commander à : François Staniul – 51 Cours Charlemagne – 69002 Lyon ou au Foyer Oriental Saint Basile 25 rue Sala – 69002 Lyon. 32 ■ L’eglise dans le monde N°142

Liberté politique Benoît XVI en France La récente visite du pape Benoît XVI en France a incontestablement été un succès. Liberté politique revient sur cet événement en publiant le texte des principaux discours et homélies prononcés par le Saint Père et tente un bilan de ce voyage pontifical, à travers l’éclairage de théologiens, philosophes et historiens. Comment son message a-t-il été reçu ? Le Pape a confirmé ses frères dans la foi, mais que ferons-nous de ses appels à la conversion et aux changements ? Les analyses proposées nous permettent de mieux saisir les enjeux de ce que vit l’Eglise en France aujourd’hui et nous invitent à répondre à l’appel de Benoît XVI. Revue trimestrielle n°43, Décembre 2008, 245 p., 20€

L’Esprit du Christianisme. Introduction à la pensée de Romano Guardini Grégory Woimbée Jeune docteur en histoire et en théologie, le père Grégory Woimbée nous livre ici une invitation à découvrir un des maîtres de Benoît XVI, Romano Guardini (1885-1968), dont l’actualité de la pensée n’est plus à démontrer. Son anthropologie n’est pas séparée de sa théologie : l’homme y apparaît pleinement homme, Dieu y est traité en souverain et créateur. Dans une première partie est posée la question du christianisme : qu’est-ce que c’est ? Où situer le chrétien ? Puis vient la réponse de Guardini avec la mise en exergue de la différence chrétienne et enfin, la nécessité d’un réveil de la conscience chrétienne, notamment dans son rapport à la culture. Nous n’avons pas fini de découvrir l’esprit du christianisme ! Ed. Ad Solem, 221 p., 20€.

De vous à nous… Cette rubrique est la vôtre, pour réagir à la nouvelle formule, pour faire vos remarques, pour exprimer vos coups de cœur, vos coups de gueule… Ecrivez-nous : AED-EDM. 29 rue du Louvre. 78750 Mareil-Marly ou contact@leglisedanslemonde.org Intrigué par cette revue, il m’en faut connaître sa provenance, d’où sort-elle ? Quelle est-elle ? Tout au début d’un article : «  découvrir, comprendre, espérer »… Je m’aperçois avec stupéfaction puis beaucoup de joie que cette revue est tout bonnement L’Église dans le Monde version 2008. La chrysalide est devenue papillon pour les yeux et le bonheur de la lecture. Joie profonde que j’ai le plaisir de vous faire parvenir… Gilbert Claverie, Villabé Puisque nous pouvons apporter quelques critiques à la nouvelle formule de votre revue, je me permets de déplorer une moins grande profondeur qu’avant dans la description socio-politique des pays présentés et dans la façon dont l’Église peut ou doit y inscrire son action ou tout simplement sa présence. Je regrette aussi le remplacement d’une page de brèves par continent par une page pour le monde entier… Ces reproches dits, je veux […] vous assurer de l’importance essentielle et nécessaire qu’a « l’Eglise dans le monde » à mes yeux. Laurent Coustemale, Toulouse

Pour ma part, j’apprécie beaucoup les photos et spécialement celles de «  Liturgie du Monde  », surprenantes et belles : quelle découverte ! Une suggestion : il y a parfois des mots/réalités difficiles à comprendre à l’est, tels que « métropolite  », «  exarchat  »… Pourriez-vous en indiquer le sens, faire des schémas…? Véronique Cappoen L’eglise dans le monde N°142 ■ 33


Une heure avec…

Portrait

Mgr Joseph Ngô Quang Kiêt

La bataille du Tonkin

A

rchevêque de Hanoï depuis 2005, Mgr Kiêt a vécu une année 2008 relativement difficile. Avec un groupe de bienfaiteurs de l’AED venus de France, nous le rencontrons chez lui, à l’archevêché de Hanoï, au mois de novembre. Même si la situation reste crispée, l’évêque nous confirme que la tension a baissé par rapport aux deux mois précédents, où il s’est retrouvé la cible d’une féroce campagne de dénigrement, stigmatisée par les autorités politiques. Son crime ? Avoir initié des rassemblements de prière publics, pour défendre les droits de l’Église.

Cela fait quelques années que des pas sont faits en vue d’un rapprochement entre le Vatican et le Vietnam, même si on peut imaginer, ce que nous suggérera le cardinal de Saïgon, Mgr François Xavier Pham Minh Mân, qu’il faille d’abord attendre la Chine. La restitution des biens confisqués à l’Église reste une question délicate. Parmi ces biens se trouve l’ancienne délégation apostolique de Hanoï, qui jouxte l’archevêché. La construction, sur la propriété de la délégation, d’édifices n’ayant pas de liens avec l’Église, avait suscité en décembre 2007, à l’appel de l’archevêque, une résistance passive des chrétiens qui se retrouvaient pour prier devant la délégation. En février 2008, après l’intervention du Saint Siège et 34 ■ L’eglise dans le monde N°142

un engagement des autorités à résoudre le problème, les manifestations avaient cessé, pour reprendre en septembre, devant le statu quo. À cela s’ajoutait un souci identique pour la paroisse de Thai Ha, toujours à Hanoï, où Mgr Kiêt soutenait publiquement la cause de la paroisse. C’était sans doute trop pour les autorités qui réagirent avec beaucoup de violence et de provocations. Finalement, les choses sont (plus ou moins) rentrées dans l’ordre. L’édifice construit sur la propriété de la délégation a été détruit au bulldozer, le parc de la délégation transformé en jardin public, et les inculpés de Thai Ha n’ont reçu que des peines avec sursis. Il y a visiblement eu volonté d’apaisement. L’annonce de la nomination du père Lorenso Chu Van Minh comme évêque auxiliaire de Hanoï le 15 octobre 2008 traduisait cette baisse de tension. Le lendemain, Mgr Kiêt demandait dans une lettre publique de « cultiver l’esprit de dialogue dans la franchise » mais aussi de « continuer de prier personnellement et collectivement ». Le combat continue ! Marc Fromager

Le Vietnam a une géographie particulière avec deux grandes poches fertiles et peuplées, une au nord, l’ancien Tonkin, et une au sud, l’ancienne Cochinchine, les deux reliées par un « couloir » littoral, l’ancien Annam, où se situait la capitale, Huê. Avec la guerre d’Indochine puis la guerre du Vietnam, c’est Hanoï, la capitale du nord, qui est redevenue avec ses trois millions d’habitants, le centre politique du pays.

agir

avec

Îles Salomon : Construire

une maison de formation pour les Filles de Marie Immaculée

L

es Filles de Marie Immaculée sont une congrégation locale des Îles Salomon, dans l’archevêché d’Honiara et l’évêché d’Auki. Les Îles Salomon sont un groupe d’îles, dans le sud du Pacifique, où vivent environ 500 000 habitants, dont 95 % de chrétiens. C’est l’une des îles les plus pauvres de la région. Les sœurs y font un travail pastoral remarquable, en particulier auprès des femmes et des familles, mais elles donnent aussi des cours dans des écoles et des centres d’enseignement agricole et travaillent dans des hôpitaux. Elles logent dans une vieille bâtisse construite il y a 70 ans, aujourd’hui infestée de termites. Elles ont besoin d’un nouveau bâtiment. Car les Filles de Marie Immaculée accueillent des novices : elles ont donc besoin d’un bâtiment où pouvoir loger, mais aussi organiser le noviciat des futures religieu­­ses : salle de classe et bibliothèque. Un lieu

pour refaire leurs forces, et pour former celles qui prendront leur relève. Les Filles de Marie comptent sur nous. Sachons ne pas les oublier ! ■ Pour les aider, adressez vos dons à l’AED, 29 rue du Louvre, 78750 Mareil-Marly

Chaque année, l’AED collecte près de 75 millions d’euros pour soutenir l’Église dans le monde Grâce à des milliers de donateurs, l’AED redonne force et vitalité à l’Église dans plus de 145 pays : • Des milliers d’églises et chapelles ont été construites ou reconstruites. • 1 séminariste sur 6 dans le monde est soutenu par l’AED. • 45 millions de « Bibles pour enfant » ont été diffusées. • Des milliers de prêtres survivent grâce aux offrandes de messe transmises par l’AED. • Des centaines de programmes de radio et télévision ont été financés pour soutenir les chrétiens isolés. • Des milliers de véhicules ont été achetés pour propager l’évangile : voitures, motos, bicyclettes, bateaux à moteur… tous les moyens sont bons pour les messagers de la Bonne Nouvelle ! L’eglise dans le monde N°142 ■ 35


prière à

N

Notre-Dame d’Afrique

otre-Dame d’Afrique, toi qui es mère de tous les hommes, souviens-toi spécialement des Africains. Ramène à l’unité tous ceux qui suivent le Christ; réunis-les tous dans l’Eglise fondée par ton Fils. Que tous ceux qui ne reconnaissent pas en Jésus le Fils du Père soient attirés par sa Lumière. Que tous ceux qui se sont laissés saisir par Lui proclament sa Bonne Nouvelle par toute leur vie. Toi, qui étais avec les Apôtres, au début de l’Eglise, soutiens encore maintenant l’ardeur des apôtres d’aujourd’hui.

Qu’ils annoncent la Parole avec assurance. Toi qui étais disponible à l’Esprit Saint pour accueillir Jésus en toi et le donner au monde, obtiens à beaucoup de jeunes cette même disponibilité. Notre-Dame d’Afrique, Reine de la Paix, obtiens la Paix pour tous les pays déchirés par la Haine, les Rancoeurs, le Racisme. Que la loi de Charité de ton Fils gagne les cœurs et les unisse, pour que tous chantent la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen. Société des Missionnaires d’Afrique.


Eglise dans le Monde