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J’aimerais vous dire

Lettre ouverte à Madame Christine Lagarde

serge.c.vinet@bluewin.ch

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MINISTRE DE L'ECONOMIE & DES FINANCES

Madame le Ministre, Je vous serai très reconnaissant de bien vouloir consacrer quelques minutes de votre temps précieux à la lecture de ce courrier, dont la seule préoccupation est d’attirer votre attention sur quelques pratiques nouvelles mises en exergue par de subtils calculs financiers ne correspondant pas tout à fait à la philosophie républicaine qui animait jusqu’alors l’attribution des bourses scolaires aux enfants des Français résidant hors de France. Les Temps changent, les pratiques aussi ! Deux fois par année, parfois plus si nécessaire, les conseillers élus à l’A.F.E. se réunissent auprès du Consul Général de France de leur circonscription, assisté de son administration, étudiant et calculant ensemble les bourses que nous soumettons à l’approbation de notre administration tutélaire. Dans notre approche, nous prenons en compte les paramètres et critères habituels, tels que la situation familiale - privée & professionnelle - nombre d’enfants à charge - montant des revenus - charges, assurances charges locatives et ou montant des hypothèques si il y a lieu - copie de la déclaration fiscale de l’exercice précédent ainsi que l’avertissement d’impôt de l’année en cours. Jusque-là, tout va bien. Depuis quelques années, avec la baisse des taux et la crise économico-financière sous-jacente, sont apparus de nouveaux produits financiers et de nouvelles méthodes, à la grande satisfaction d’officines soucieuses de placer leurs produits auprès d’un public pas toujours très averti, mais dans un secteur hautement concurrentiel. Lorsque le futur acquéreur d’un bien immobilier sollicite le concours d’une banque, en vue d’obtenir un prêt bancaire, il lui est rappelé quelques principes de base afin de lui éviter certaines déconvenues. Un apport minimum de 20% de la valeur du bien lui est demandé, tout en lui stipulant que le montant annuel du remboursement du prêt effectué ainsi que l’amortissement du capital emprunté ne devra pas excéder 25% de ses revenus annuels. Ça, c’est la partie classique, toujours en vigueur. Bien que les taux soient au plus bas depuis bien longtemps, l’argent se faisant plus rare et les conditions bancaires suite à la crise, plus contraignantes, certaines compagnies d’assurances se sont invitées dans le concert des banques avec de nouvelles formules plus souples pour le futur acheteur. Versement initial : 10% de la valeur du bien aucun amortissement du capital, celui-ci est garanti par une hypothèque au 1er rang sur la totalité du bien - conditions récentes : Taux fixe 2,42% sur 10 ans. Les taux actuels étant particulièrement bas, l’acquéreur a tout intérêt de bloquer son prêt avec un taux fixe sur une longue durée, se mettant ainsi à l’abri de probables fluctuations et Serge Cyril Vinet turbulences avec un taux variable. L’opération ainsi décrite permet d’acquérir un CONSEILLER ÉLU bien immobilier assez vaste pour loger toute la À L’A.F.E. POUR famille sur une durée de 10 à 15 ans pour un LA SUISSE ET LE moindre coût, avec des revenus confortables LIECHTENSTEIN

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FRANCEMAGAZINE N°30 24 AUTOMNE 2010

puisque remboursant juste les intérêts de la dette, sans la dette. Bénéficiant d’une aide boursière pendant quasiment toute la durée des études, l’acquéreur n’a plus qu’à attendre que les enfants soient en âge de quitter le cocon familial pour vendre son bien, rembourser son hypothèque initiale et d’empocher au final une superbe plus-value nette d’impôt (après 15 ans). Il ne lui reste plus qu’à acheter à nouveau un bien immobilier plus modeste, quasiment sans crédit, pour lui et son épouse, les enfants vivant leur vie. Il suffit pour s’en convaincre de comparer l’indice du coût à la construction des 15 dernières années et celui d’aujourd’hui, pour comprendre que les personnes ayant bénéficié de ce genre d’opération, n’ont pas perdu d’argent, loin s’en faut (bien conseillées il est vrai par des spécialistes salariés à l’intérieur de multinationales). Prétendre le contraire serait nier l’évidence ou, en tout cas, relèverait d’une méconnaissance totale du marché. Abstraction faite, bien sûr, des pays victimes des subprimes. Conclusion : chaque jours plus nombreux, ces cas dénotent d’une dérive à des fins spéculatives au détriment des familles qui elles, sollicitent des bourses scolaires uniquement et seulement pour donner une éducation française à leurs enfant vivant en terre étrangère. Car enfin, quelle est l’utilité des bourses, si ce n’est de soulager financièrement les familles à faible revenu ? Ce n’est certes pas de favoriser par quelques truchements l’obtention de valeurs immobilières avec le concours d’une aide détournée de sa véritable vocation. C’est indécent ! Les bourses scolaires font partie intégrante des valeurs républicaines que nous ont forgées nos aînés au fil des années. Tous ceux qui, comme moi, dans leur jeunesse, ont eu la chance d’obtenir des bourses, permettant ainsi d’être mieux armés pour affronter la vie, se veulent confiants à l’idée de vous voir recadrer les bourses scolaires dans leur fonction première qu’était la leur. Dans cette attente, veuillez agréer, Madame le Minsitre, l’assurance de ma très haute considération. » N

No 30 France Magazine  

Le Magazine des Français établis hors de France N° 30 - Automne 2010

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