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Exposition >> les variations sur les âges de la vie, il peint

les fatales, les castratrices, les héroïnes bibliques. Sa Judith de 1909 est une femme encore toute entière possédée par le désir de vengeance, au visage émacié, aux mains crispées, dont l'une agrippe la longue chevelure d'un Holopherne décapité. Dans chacun de ses tableaux, il renouvelle son expression entre figuration et abstraction, entre corps féminins et motifs géométriques stylisés. Les poissons rouges, que Klimt a voulu dans un premier temps intituler A mes détracteurs, pour répondre au scandale provoqué par ses récentes fresques de l'Université, montre le thème de la femme aquatique, qui semble flotter dans l'eau. On y retrouve le principe de réversibilité de la figure et du fond, cher à Klimt, où la forme d'un poisson parsemé d'or s'inscrit en creux entre les courbes des corps de la partie supérieure. Dès 1907, le Viennois réalise des centaines de dessins érotiques, qui ne sont plus des esquisses préparatoires, mais des œuvres autonomes de grand format. A travers ces évocations fugitives, ces postures impudiques, c'est surtout la sève de l'amour, la pulsion de vie, que le peintre viennois cherchait à capter, pour lutter contre le spectre inéluctable de la fin de toute chose.

EGON SCHIELE (1890 – 1918) Lorsque Vienne se scandalise du style de Klimt, en rupture avec la tradition, la ville ne sait pas encore ce qu'elle va découvrir avec un artiste comme le jeune Schiele. Ce peintre autrichien se forme aux Beaux-Arts de Vienne. En 1907, il fait la connaissance de Klimt. Il n'a que dix-sept ans lorsqu'il lui présente ses premiers dessins, totalement éloignés de la tradition académique. Klimt reconnaît immédiatement le talent artistique du jeune homme. Au début, Schiele travaille selon les lignes décoratives de l'Art Nouveau. Mais il transforme le style décoratif Sécession par son irréalisme et son étrangeté, allant même parfois jusqu'à l'abstraction (Fleurs stylisées sur un fond décoratif). Il s'affirme vite par son style brisé, ses lignes cassantes et encombrantes. Dans ses portraits, dont plusieurs sont exposés à Bâle, il ne se limite pas seulement à www.expatria-cum-patria.ch

Ci-dessus : Egon Schiele, Fleurs stylisées sur un fond décoratif, 1908, h. s/toile, rehauts d'argent et de bronze doré, 65 x 65 cm, © Leopold Museum, Vienne. À gauche : Gustav Klimt, Attersee, 1901, h. s/toile, 80 x 80 cm, © Leopold Museum, Vienne.

interpréter la physionomie du visage (Mère et enfant). Par sa façon d'allonger et d'exalter les formes, d'accentuer les angles, il exprime aussi son propre état d'âme. "Tout est mort vivant" : cette citation de Schiele en dit beaucoup sur le caractère de son art, qui semble toujours osciller entre la vie et la mort. Ses autoportraits et ses représentations de modèles semblent souvent être plus proches de la mort que de la vie. Son graphisme exacerbé et fébrile s'exprime aussi dans une multitudes de dessins et peintures à thème érotique. Les modèles s'offent impudiquement au regard (Femme allongée) et, même lorsqu'il s'agit d'un couple d'amants, ceux-ci semblent repliés sur leur solitude et dans l'incapacité de communiquer. L'inspiration passionnée, révoltée, voire violente, de Schiele a permis de voir en lui, comme en Van Gogh et en Munch, les peintres qui sont aux sources de l'expressionnisme.

FRANCEMAGAZINE N°30 100 AUTOMNE 2010

No 30 France Magazine  

Le Magazine des Français établis hors de France N° 30 - Automne 2010

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