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bulletin Nº 1/2014

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Nº 1 2014

bulletin

Le magazine de la Fédération des Églises protestantes de Suisse

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– Gros plan 1

Un livre de la foi pour

– Lisez, écoutez et regardez votre Fédération des Églises dans le bulletin en ligne ! www.feps.ch

l’Église protestante 32 –  Jubilé de la Réforme 44 – Bainvgnü a Scuol 54 –  Toujours endormies, les Églises ? Gros plan 2

Assemblée des délégués d’été 2014

Les 80 ans de la Déclaration de Berne de la FEPS

Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS Sulgenauweg 26 CH-3000 Berne 23 Téléphone +41 (0)31 370 25 25 info@feps.ch

sek · feps Fédération des Églises protestantes de Suisse

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– Éditorial

La foi p  otestante

Le Notre Père – une prière bien connue, que vous savez sans doute réciter

par cœur et qui a marqué notre manière de penser Dieu et la foi. Quelles sont les questions qui se posent à vous lorsque vous dites cette prière ? Et quelles sont les réponses fournies à ces questions par la foi protestante, dans le monde d’aujourd’hui, face à celles et ceux qui ont une confession différente, dans la vie de tous les jours avec ses joies et ses peines ? Nous avons relevé le défi : nous sommes en train de publier le premier livre de la foi protestante de Suisse (p. 25). Dès aujourd’hui, nous en dévoilons quelques aspects (p. 6) et nous vous donnons l’occasion de lire quelques extraits en exclusivité (p. 12). Ces extraits sont encadrés par les réflexions des six auteures et auteurs du livre de la foi (p. 16). Une diversité pleine de vie et qui génère l’enthousiasme : la Réforme. Cinq cents ans après ses débuts, elle reste aussi haute en couleur qu’en ses débuts. Dès à présent, le logo des festivités de commémoration de la Réforme en Suisse est officiellement publié (p. 34). C’est aussi l’occasion pour vous de participer : façonnez votre R bien à vous et montrez-nous dans quel contexte vous le situez ! Parmi les autres nouvelles du présent bulletin, signalons encore les informations concernant l’Assemblée des délégués de l’été 2014 qui aura lieu à Scuol (p. 44), les perspectives de la révision de la Constitution (p. 48) et un texte consacré à la Déclaration de Berne publiée il y a quatre-vingts ans (p. 54).

Je vous souhaite une agréable lecture.

Kristin Rossier Image de couverture : La publication du livre de la foi et le lancement des festivités pour célébrer les 500 ans de la Réforme, deux projets clés de la Fédération des Églises protestantes de Suisse en cette fin de législature.

Vice-présidente du Conseil


4 bulletin Nº 1/2014 www.laboretfides.com

Pierre Bühler, Käthi La Roche, Frank Mathwig, Marie-Christine Michau, Otto Schäfer, Matthias D. Wüthrich

– bulletin Nº 1/2014

Au sommaire de cette édition

Qu’est-ce que croire? Réponses du Notre Père

Avant-Propos de Gottfried W. Locher Edité par la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS Qui ne connaît pas le Notre Père, qu’une grande majorité d’entre nous sait encore réciter par cœur? Cette prière si célèbre a façonné notre culture et nos conceptions de Dieu et de la foi chrétienne. Des théologiennes et théologiens suisse alémaniques et romands se sont mobilisés pour réfléchir et discuter les fondements du Notre Père d’un point de vue réformé et œcuménique. Chacun de ses versets se voit analysé sur les plans exégétiques, culturels et théologiques, afin de permettre une reprise contemporaine de ce texte encore si vivant malgré ses 2000 ans d’âge. Avec cette nouvelle lecture du Notre Père, le croyant ou celui qui veut seulement se renseigner sur la foi chrétienne trouve de quoi nourrir sa foi ou sa curiosité.

NOT E R

Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père

PÈE R

«Le Notre Père n’offre naturellement pas de réponses à toutes les questions. Mais il aménage un lieu favorable au développement des réflexions sur la foi. Quand celle-ci est réfléchie, elle inspire la prière et inversement. (…) Le Notre Père nous permet de formuler, dans un esprit œcuménique, la lecture réformée de notre foi chrétienne commune.» Extrait de l’introduction

environ 300 pages, 15 × 22.5 cm, relié ISBN 978-2-8309-1558-7 environ 42 CHF / 29 € Parution: septembre 2014

– Gros plan 1

Labor et Fides 1, rue Beauregard 1204 Genève www.laboretfides.com contact@laboretfides.com 022 311 32 69

Un livre de la foi pour l’Église protestante

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Réponses et arguments 8 Retour sur une expérience 10 Préimpression12 – Les auteurs du livre de la foi prennent la plume Comment parler de la foi ? par Käthi La Roche 

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Qu’a donc la Bible de si passionnant ? par Marie-Christine Michau

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J’ai la foi, alors à quoi me sert la théologie ? par Matthias D. Wüthrich

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« Trading zones » – les négociations de la foi, par Otto Schäfer

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Croire, une manière de se rassurer à bon compte ? par Pierre Bühler

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On ne peut pas croire tout seul, par Frank Mathwig

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– Interview de Niklaus Peter, membre du jury

– Assemblée des délégués d’été 2014 Bainvgnü a Scuol

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– Gros plan 2

Jubilé de la Réforme

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– Le logo des festivités de commémoration de la Réforme en Suisse Un symbole fort pour commémorer 500 ans de Réforme 34

– Dieu n’a pas « résigné son droict » La révision de la Constitution de la Fédération des Églises protestantes de Suisse d’un point de vue théologique

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– bulletin Nº 1/2014

La Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS

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– Voilà comment nous travaillons La Fédération des Églises et son organisation

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– Interview du chargé des festivités de commemoration de la Réforme Nous fêtons la liberté 40 – 500 ans de la Réforme Quels projets pour la FEPS ?

« Une bonne prédication est une prédication en lien avec la vraie vie »

– Publication Le catéchisme de Heidelberg, un texte clé du protestantisme

– Les 80 ans de la Déclaration de Berne de la FEPS Toujours endormies, les Églises ?

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54

– Organisation Les femmes et les hommes à la Fédération des Églises

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Le Conseil de la Fédération des Églises protestantes

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Collaboratrices et collaborateurs de la Fédération des Églises protestantes

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– Églises protestantes en Suisse Les Églises de la Fédération

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Parutions récentes de la Fédération des Églises

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Chacun de ses versets se voit analysé sur les plans exégétiques de permettre une reprise contemporaine de ce texte encore si viv bulletin Nº 1/2014 Avec cette nouvelle lecture du Notre Père, le croyant ou celui qu sur la foi chrétienne trouve de quoi nourrir sa foi ou sa curiosité

NO E TR

Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père

PÈE R

environ 300 pages, 15 × 22.5 cm, relié ISBN 978-2-8309-1558-7 environ 42 CHF / 29 € Parution: septembre 2014

«Le Notre P pas de rép tions. Mais rable au d xions sur réfléchie, e versement permet de œcuméniq notre foi ch


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– Gros plan 1

Un livre de la foi pour l’Église protestante Il se conçoit comme un guide qui permet à la foi de trouver ses expressions. Vous pourrez en prendre connaissance en exclusivité, sur les pages qui viennent, où nous vous en présentons des extraits en primeur. Des contributions des six auteures et auteurs accompagnent ces textes et permettent de se familiariser avec l’ouvrage. Lisez-les en parallèle – votre livre de la foi et votre bulletin !

Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père. Env. 300 pages, env. CHF 42.–. Livraison en septembre 2014. ISBN 978-2-8309-1558-7


8 bulletin Nº 1/2014 Un livre de la foi pour l'Église protestante

– Le livre de la foi – une entrée en matière

Réponses et arguments C’est l’histoire de six personnes qui se sentent chez elles au sein de l’Église, le récit d’une exploration dont les lignesdu Notre Père forment les jalons : un livre de la foi protestante, à paraître sous peu.

«Q

PAR THOMAS FLÜGGE *

ui croira sera sauvé », ce mot d’ordre aura marqué des générations entières. C’est l’une de ces phrases de mère face à son rejeton qui affirme ses convictions. Une de ces phrases d’instituteur face à son élève un peu déconcerté. Une de ces phrases de patron face à son collaborateur qui a fait passer un projet à la trappe. La mère, l’instituteur et le patron sont généreux lorsqu’il s’agit de s’en référer à des sagesses lourdes de sens. Les pères, les institutrices et les patronnes aussi, d’ailleurs. Pourtant, à la base, la béatitude est une bonne chose. Écoutons les propos exaltés du poète populaire Heinrich Christoph Hölty à ce sujet, au milieu du XVIIIe siècle : « À chacun un sourire d’épouse céleste, dansons et chantons au son de la harpe et du luth. Que j’aimerais être de la partie. » Au cours des siècles suivants, cette aspiration romantique à la béatitude a perdu de son ardeur ; comment expliquer, sinon, cette connotation négative qui entache aussi bien le terme de béatitude que celui de foi, autant de notions qui seraient en contradiction avec le savoir ? La relation entre foi et savoir semble donc régie par l’incompatibilité. C’est du moins ce que beaucoup pensent, alors que, dans le fond, personne ne sait vraiment ce qu’il en est, dans la mesure où la foi et le savoir ne se soumettent pas facilement à un examen personnel. Or, la foi en son savoir semble être beaucoup plus tangible que le savoir sur la foi. Il n’en demeure pas moins qu’il y a les intrépides, les aventuriers de la société du savoir, celles et ceux qui veulent évoquer ouvertement la foi, voire qui ont écrit sur

le sujet. Ils ne sont pas peu nombreux … Et puis, il y a ceux qui ont écrit ensemble un livre de la foi. Ils ne sont pas nombreux, ceux-là … « Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père », tel est le nom de ce livre de la foi. Et ça, c’est une véritable première.

Rendre compte de l’espérance de la foi

Cet ouvrage est destiné à « rendre compte de l’espérance contenue dans la foi, qui plonge ses racines dans nos cœurs par la prière du Notre Père ». Les éditeurs expliquent que la spécificité de la foi se manifeste notamment par le fait qu’elle ne se sait pas, mais qu’elle se confesse. Rendre raison de l’espérance de la foi – dans quel but? Le livre de la foi présente « les résultats d’un discours théologique, qui va au-delà de la simple rhétorique confessante », précise Frank Mathwig, l’un des coauteurs de l’ouvrage. « Vouloir rendre des comptes présuppose qu’on soit en mesure d’informer. Nous devons donc savoir de quoi nous parlons pour que notre discours soit crédible, qu’il résiste à la critique et qu’il soit ancré dans la certitude », précise ce théologien de la FEPS. Six théologiennes et théologiens, trois pays, deux langues : la diversité des coauteurs du livre de la foi est voulue. « Ce livre de la foi est en quelque sorte l’histoire de personnes qui se sentent chez elles au sein de l’Église. C’est une vaste maison, avec beaucoup d’appartements, où habitent un grand nombre de personnes, où l’on fête ensemble au jardin, mais où il y a aussi des disputes entre voisins, qui sont liés entre eux par la relation personnelle que le propriétaire des lieux entretient avec chacune et chacund’entre eux », explique Frank Mathwig.


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Un livre de la foi n’est pas un livre de physique

Cette diversité engendre une dynamique qui lui est propre et qui est caractéristique de ce livre. Évoquer sa foi signifie être subjectif, formuler des points de vue. Estce voulu ? « Oui, affirme Frank Mathwig, car un livre de la foi n’est pas un livre de physique. » Un livre de la foi contient des ruptures, des lacunes, des unilatéralités, des accentuations ainsi qu’« un engagement passionné pour la cause, qui transparaît en bien des endroits », et qui sont parfaitement voulus. En consultant la table des matières de l’ouvrage, on trouve des énoncés bien connus et qui frappent, dans la mesure où les titres des chapitres sont les demandes formulées dans le Notre Père. Pourquoi ce choix ? « Parce que le Notre Père est le lien qui unit toutes les chrétiennes et tous les chrétiens. C’est le fondement partagé par les croyantes et les croyants, depuis toujours et partout dans le monde », explique Otto Schäfer, lui aussi théologien à la FEPS et coauteur de l’ouvrage. « Tout le monde connaît le Notre Père, et beaucoup le savent encore par cœur. Il est familier, il a marqué notre culture, notre manière de penser Dieu,

notre morale. Il était judicieux de choisir une entrée en matière qui nous est familière. » Le Notre Père constitue l’un des textes fondateurs de la foi chrétienne, à côté des Dix Commandements et de la Confession de foi. Enfin, cette prière adoptée au-delà des confessions offre une ouverture œcuménique. Le Notre Père confère une spatialité à la réflexion menée sur la foi, estime Otto Schäfer : « Parler de Dieu découle du parler avec Dieu. Le livre de la foi est devenu une sorte de récit de voyage ; il relate les explorations du Notre Père que nous, les auteur-e-s, avons entreprises ensemble. »

– Le lieu de la théologie n’est pas le laboratoire, mais l’espace de vie des croyantes et des croyants.

Interview avec deux des auteurs

Une interview de deux des six coauteurs du livre de la foi : trois questions posées à Frank Mathwig et à Otto Schäfer, chargés de théologie et d’éthique auprès de la FEPS

Le lieu de la théologie n’est pas le laboratoire, mais l’espace de vie des croyantes et des croyants

Tout récit de voyage obéit à une structure. Dans le cas du livre de la foi, l’itinéraire est jalonné par les demandes du Notre Père, qui forment autant de chapitres. Il commence par une « question fondamentale du christianisme » : on évoque Dieu, ainsi que le péché et la culpabilité, la prière, le Mal. Puis, on opère un approfondissement théologique : que me dit cette prière sur ma foi et qu’est-ceque j’exprime sur ma foi avec cette prière ? Enfin, une dernière section est consacrée à la question suivante : que m’apporte tout cela, à moi en ma qualité d’individu croyant, et que nous apporte tout cela, à nous en notre qualité de société ? Il s’agit là d’une section capitale, explique Frank Mathwig : « La réflexion théologique qui n’a pas d’effet pratique est une perte de temps. La théologie n’a pas lieu dans des conditions de laboratoire ; sa place est dans l’Église, dans l’espace de vie des croyantes et des croyants. » « Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père » paraît chez Labor et Fides (édition allemande chez Verlag TVZ, sous le titre : Rede und Antwort stehen. Glauben nach dem Unservater). L’ouvrage peut être commandé dès maintenant ; la livraison sera effectuée dans quelques semaines.<

https://vimeo.com/90763475 * THOMAS FLÜGGE, chargé de communication à la FEPS


10 bulletin Nº 1/2014 Un livre de la foi pour l'Église protestante

– Le livre de la foi – une entrée en matière

Retour sur une expérience Deux années de travail soutenu pour écrire un nouveau livre de la foi.

PAR PHILIPPE WOODTLI *

L

e contenu du livre de la foi est indissolublement lié à sa genèse : il est à la fois complexe et inédit. Les travaux ont démarré au moment de la séance constitutive, qui a eu lieu en juin 2012 et qui réunissait six auteures et auteurs : Pierre Bühler, Käthy La Roche, Frank Mathwig, Marie-Christine Michau, Otto Schäfer et Matthias Wüthrich. Les textes étaient terminés à l’automne 2013, résultat de débats et de phases d’écriture intenses, ponctuées de sept séances de travail d’une journée au siège de la FEPS. La composition du groupe d’auteures et d’auteurs et le manuscrit qu’ils présentent suivent à la lettre la conception protestante d’une Église polyphonique. Le fruit d’une telle approche n’est ni une série de compromis, ni un nivellement des opinions, ni un alignement de dissensions insurmontables, comme en témoigne l’esprit d’équipe qui a animé le groupe des auteur-e-s, un esprit que l’on retrouve d’ailleurs dans le texte qu’ils nous présentent. La situation de référence se retrouve elle aussi dans le résultat final : c’est un chœur à plusieurs voix ; sur le pupitre de direction : l’Écriture sainte et le Notre Père.

Le présent livre de la foi n’est ni une représentation de la foi en phrases simples, ni un catéchisme, ni un ouvrage théorique, mais un recueil de textes théologiques exigeants. La perception horizontale de l’Église et de la théologie, caractéristique de la foi protestante, est en effet exigeante si elle ne veut pas devenir arbitraire. La hiérarchie est remplacée par la controverse à propos de la vérité. Une culture du débat productive est un processus exigeant ; elle ne se contente pas de slogans et elle demande des arguments convaincants. Le reflet d’une foi réellement vécue en est le résultat. Les échanges intenses n’ont en effet pas abouti à un débat théologique déconnecté de la réalité, mais documentent la manière qu’ont différents auteures et auteurs d’aborder leur foi. Ainsi, ils n’avaient ni la prétention ni l’envie de mener une discussion représentative de tous « les protestants ». À leurs yeux, il s’agissait plutôt de montrer ce qui se passe lorsque les protestants formulent, dans un esprit de franchise et d’ouverture, une expression de leur foi différenciée, mais en même temps conforme à une expression assumée par toutes et par tous.

– « Une culture du débat productive est un processus ardu, car il demande des arguments convaincants. »


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Le livre de la foi est placé sous une double devise initiale : « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. » (1P 3,15) et« Le Notre Père est la véritable prière chrétienne, le pichet ou le seau qui permet de puiser au puits de la grâce, et au nom de Jésus-Christ ! – cette grâce et de l’intégrer à nos cœurs. » (Synode de Berne). Ces deux citations abondent dans le sens de notre projet : il s’agit de rendre compte de l’espérance de la foi, qui est en nos cœurs – c’est-à-dire rendue vivante – lorsque nous prions le Notre Père. Le livre de la foi contient certes des connaissances précieuses sur la foi des protestants dans un contexte œcuménique et sur les aspects théologiques liés au Notre Père ; toutefois, les réflexions qui y sont présentées s’alignent sur la pratique ecclésiale de cette prière commune. Car la prière est source d’espérance et d’efficacité, elle console et met au défi, elle est publique et elle est pratique. Un livre de la foi est soumis à de nombreuses conditions : il présuppose que la foi soit commune à celles et ceux qui ne tiennent pas de propos théoriques à son sujet, mais qui écrivent et qui informent sur la foi vécue. En fin de compte, il s’agit de rendre compte de l’espérance qui est en nous. Le livre de la foi montre aussi qu’il n’y a pas une façon « correcte » d’écrire sur la foi si on ne le fait pas de manière passionnée, avec un « cœur ardent » (Lc 24,32). Les présents textes montrent aussi que, malgré toutes les conditions citées, le ton reste pondéré et la perspective vaste. Le présent livre de la foi n’est sans aucun doute pas le dernier du genre. Il évoque de nombreux aspects et il rappelle beaucoup de faits connus. Il ne s’agissait ni de réinventer la foi ni de redéfinir le protestantisme. Le livre de la foi témoigne d’un cheminement commun de pensée et de réflexion. À cet égard, il est exemplaire et nous espérons qu’il saura inspirer des réflexions inédites.  <

* PHILIPPE WOODTLI, directeur du Secrétariat de la FEPS

Les livres de la foi Jean-Paul Morley, « Ah ! Si nous pouvions parler à Dieu ! Dire : Notre Père », Paris 2007, ISBN 978-2-9152-4590-5. Antoine Nouis, « Lettre à mon gendre agnostique pour lui expliquer la foi chrétienne », Genève 2010, ISBN 978-2-8309-1379-8. Antoine Nouis, « Un catéchisme protestant », Lyon/Neuchâtel 2010, ISBN 978-2-9700-6512-8. Louis Pernot, « Le Notre Père, abrégé de tout l’Évangile », Paris 2011, ISBN 978-2-8516-2263-1. Marc Philonenko, « Le Notre Père : de la prière de Jésus à la prière des disciples », Paris 2001, ISBN 2-0707-6122-3. Jean Zumstein, « Le Notre Père. La prière de Jésus au cœur de notre vie », Poliez-le-Grand 2001, ISBN 978-2-8846-9006-5.


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– Préimpression du livre de la foi

Qu'est-ce que croire? – Le soustitre donne le programme « Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père » : ce sous-titre est tout un programme. Ci-après, vous trouverez un échantillon exclusif du contenu du livre de la foi protestante, le premier du genre en Suisse. Il contient la table des matières ainsi qu’un extrait de la préimpression de l’ouvrage. Le livre peut se commander dès aujourd’hui. Vous serez ainsi parmi les premiers à pouvoir en parler. Le contenu du livre – Introduction. À propos de la rédaction et de la lecture de ce livre de la foi – Orientation exégétique – Un Dieu paternel et la richesse de ses relations. Notre Père qui es aux cieux – Comment pouvons-nous, nous chrétiens, parler de Dieu ? Que ton nom soit sanctifié – Le monde ne suffit pas. Que ton règne vienne – La volonté de Dieu. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel – Du pain et plus que du pain. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour – Le péché, la dette et les offenses. Pardonne-nous nos offenses

– La liberté en cadeau. Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés – La foi à l’épreuve de l’incroyance. Et ne nous soumets pas à la tentation – Qui sommes-nous et qu’est-ce que le mal ? Mais délivre-nous du mal – Que signifie prier ? Car c’est à toi qu’appartiennent le règne la puissance et la gloire aux siècles des siècles – La confiance en la fidélité divine. Amen – Épilogue. La prière, exercice premier de la foi – Annexes : Textes bibliques de référence, index, informations des auteur-e-s

Extrait de l’introduction : à propos du plan du livre Le livre a été conçu à partir du Notre Père, ligne par ligne. Un chapitre est consacré à chaque demande, à l’invocation, à la formule finale (qu’on appelle la doxologie) et à l’amen. Les chapitres commencent par une brève introduction à propos de l’une des questions fondamentales de l’existence chrétienne qui se présentent à nous à chaque demande. Suivent des explications et des éclaircissements à propos du contexte historique et actuel de la demande. D’autres textes, bibliques ou non, seront consultés. Les passages mis en évidence graphiquement par rapport au reste du texte présentent chaque partie de la prière dans une plus large interprétation. Nous prenons du recul pour réfléchir à la demande d’un point de vue théologique. Deux questions nous guident dans notre recherche : quelles affirmations, quelles indications cette demande contientelle pour nous aider à comprendre la foi ? Et, à l’inverse : comment exprimer, à l’aide de chacune des demandes du Notre Père, des aspects qui sont au centre de notre foi ? La réflexion théologique n’est pas un but en soi ni une affaire de spécialistes. Si elle n’aboutit pas à une pratique, elle n’est que perte de


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temps, elle est insignifiante et superflue. La théologie ne se déroule pas en chambre expérimentale, elle a sa place dans l’espace de l’Église donc dans le monde concret de la vie des croyants. C’est pourquoi chaque chapitre, dans sa dernière partie, aborde des questions relatives à la façon dont la demande qui vient de faire l’objet de la discussion peut trouver sa réalité dans le déroulement concret de la vie de la foi et quelles en seront les conséquences pour les croyants, l’Église et la société. Il ne s’agit pas de réponses définitives ou de principes moraux ultimes. Ces pensées, ces arguments, ces réflexions veulent plutôt inciter à une réflexion personnelle et vécue sur la foi.

Extrait : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » Remarque : l’agencement des chapitres du livre suit le plan décrit ci-dessus dans la conception générale du livre.Les textes sont complémentaires, se réfèrent les uns aux autres et forment un ensemble cohérent. Les sections obéissent à une logique

qui leur est propre. Les auteures et les auteurs développent leurs pensées consacrées à l’une des demandes dans leur langue et dans leur optique. Le passage ci-dessous est constitué de deux extraits d’un chapitre ; il se veut un aperçu du livre, afin de donner envie de poursuivre le voyage.

Du pain et plus que du pain « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » Dans la progression du Notre Père, nous franchissons un seuil en prononçant la demande du pain de ce jour. Le contenu des trois premières demandes, en effet, concernait Dieu lui-même, son Nom, son Règne, sa Volonté. La quatrième demande, en revanche, et les suivantes se réfèrent à nos besoins, à notre précarité humaine aspirant à la nourriture, au pardon, à la protection contre la tentation et le mal. Une telle division en deux parties, la première consacrée à Dieu, la seconde à l’humain, se retrouve dans d’autres textes fondamentaux de la Bible et de la foi chrétienne, notamment les Dix Commandements

et le Sommaire de la Loi (amour de Dieu et amour du prochain). Il ne faut pas forcer le contraste, bien entendu : le Règne de Dieu, par exemple, transforme autant nos vies qu’il honore Dieu ; et inversement, le pain que nous demandons à Dieu le glorifie en manifestant sa libéralité. Dieu « ne se lasse pas de donner », comme le dit très justement Huldrych Zwingli, « c’est son plaisir et sa joie de donner, et il ne peut pas exister sans donner » 1. À l’intérieur du Notre Père, la demande du pain occupe une place centrale soulignée par le style même de l’original grec (la version française qui nous est familière ne fait pas apparaître cette particularité). Alors que les demandes précédentes commencent toujours par un verbe (« que soit sanctifié », « que vienne », « que soit faite ») et les suivantes par une conjonction et un verbe (« et pardonne-nous  », «  et ne nous induis pas », « mais délivre-nous »), celle du pain commence bien par le pain : « le pain à nous (notre) du lendemain (ou : de ce jour) donne-nous aujourd’hui. » Notre transcription du texte original traduit une hésitation sur un détail : pain « de ce jour » ou pain « du lendemain » ? Sans trancher

« […] mag er des Gebens nit müd werden, […] sunder er hatt ein Lust und Fröudze geben und kan on geben nit sin » (Predigt über die Vorsehung, 1529, Zwingli Hauptschriften (éd. Blanke, Farner, Pfister), Der Prediger II, Zürich 1941, p. 96, traduction OS

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14 bulletin Nº 1/2014 Préimpression du livre de la foi

maintenant, nous reprendrons cette question – importante – vers la fin du chapitre. 1. De quoi vivons-nous ? Nous demandons du pain. Cela nous conduit à nous interroger sur la place du pain dans nos vies. Et sur ce qui nous nourrit et nous fait vivre. Ce n’est pas sans gêne que nous demandons de recevoir notre pain, et que nous le demandons à Dieu. Pour la plupart d’entre nous, vivant dans une aisance plus ou moins grande, la nourriture est non seulement assurée, elle est même trop abondante. D’après une étude de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 40 % des ressources alimentaires disponibles dans les pays industrialisés sont gaspillées ; pour une bonne part, la nourriture est jetée tout en étant encore consommable en principe. Cette quantité équivaut à la totalité de la production alimentaire en Afrique subsaharienne. Là-bas et ailleurs dans le monde, des famines récurrentes et des problèmes persistants de sous-alimentation coûtent des millions de vies humaines. La conscience que nous avons de ces disparités criantes affecte nécessairement notre manière de réciter la demande du pain dans le Notre Père.

À ce stade de notre réflexion, trois éclaircissements s’imposent. D’abord : pour qui prions-nous en demandant que nous soit donné notre pain? Ensuite : de quel pain s’agit-il, quelles sont les réalités que recouvre le mot « pain » ? Enfin : comment la prière adressée à Dieu s’articule-t-elle avec notre travail et nos responsabilités, avec notre économie et le droit humain à l’alimentation et au développement, en un mot avec tout ce qui est de l’ordre de l’initiative humaine et de l’éthique chrétienne ? 2. Nous et les autres Pour qui prions-nous en demandant à Dieu de nous donner notre pain ? Dans les Évangiles, au moment de la proclamation du Notre Père, « nous », ce sont celles et ceux qui suivent Jésus, celles et ceux aussi qui diront ensemble les paroles que Jésus leur enseigne. Aujourd’hui ce sont donc plus de deux milliards de chrétiennes et de chrétiens dans le monde, riches en partie, mais pauvres aussi et même démunis du strict nécessaire. Nous pensons prioritairement à celles et à ceux que frappent famines et crises alimentaires. Mais la situation consistant à dépendre d’autrui pour se nourrir ne nous est pas inconnue : enfants en bas âge nous l’avons vécue, le grand âge nous

y fera retourner. En demandant à Dieu notre pain de ce jour, nous relativisons un idéal d’autonomie, certes important, mais souvent trop exclusif dans la perception que nous avons de nos existences d’adultes gagnant leur pain. Car il est tout aussi important de savoir accepter sa vie comme un don. […]

Le pain donné par Dieu – un miracle ? Dans son roman « Robinson Crusoé », Daniel Defoe (1660‒1731) raconte un épisode qui nous aide à comprendre que le pain que Dieu nous donne n’est pas nécessairement et même pas essentiellement un prodige stupéfiant, mais un processus tout à fait rationnel et néanmoins merveilleux. Les choses s’expliquent par des raisons parfaitement naturelles – mais le miracle n’en est pas moins impressionnant : […] j’aperçus par-ci par-là quelques tiges qui sortaient de la terre. Je les pris d’abord pour des plantes que je ne connaissais point ; mais quelque temps après je fus étonné de voir dix ou douze


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épis venus à maturité, qui étaient d’une orge verte parfaitement bonne, la même espèce que celle d’Europe. Il est impossible d’exprimer mon étonnement et la diversité des pensées qui me vinrent à l’esprit à cette occasion. Jusqu’ici la religion n’avait pas eu plus de part dans ma conduite que de place dans mon cœur ; je n’avais regardé tout ce qui m’était arrivé que comme un effet du hasard ; c’est tout au plus s’il m’échappait quelquefois de dire à la légère, comme font naturellement bien des gens, que Dieu était le maître, sans songer aux fins que se propose sa providence. Mais, après que j’eus vu croître de l’orge dans un climat que je savais n’être nullement propice, je fus saisi de surprise et je me mis d’abord dans l’esprit que Dieu avait fait croître ce blé miraculeusement et qu’il avait opéré ce prodige uniquement pour me faire subsister dans ce misérable désert. Mais enfin je me rappelai que j’avais secoué en cet endroit un

sac où il y avait eu du grain pour les poulets, et je reconnus qu’il n’y avait rien que de naturel dans cet événement. Cependant il était extraordinaire et imprévu, et n’exigeait pas moins de gratitude que s’il eût été miraculeux ; car, que la Providence eût dirigé les choses de manière qu’il restât douze grains entiers dans un petit sac abandonné aux rats, tous les autres grains ayant été mangés ; que je les eusse jetés précisément dans un endroit où l’ombre d’un grand rocher les fit germer d’abord et non pas dans un lieu où ils auraient été aussitôt brûlés par le soleil, ou bien noyés par les pluies, c’était une faveur aussi réelle que s’ils fussent tombés du ciel. Daniel Defoe, Robinson Crusoe 2

Nous trouvons dans Robinson Crusoé une piété calviniste, puritaine, très typée. Une relation rationnelle au monde n’empêche pas de reconnaître les traces de la Providence, au contraire. Le récit présente d’ailleurs de fortes résonances bibliques : l’al-

Daniel Defoe, Robinson Crusoé, éd. Payot, Lausanne, 1947, p. 63. Cf. Robinson Crusoé (p.c.c. Bernard Reymond), Le ciel vu de mon île déserte, Paris, van Dieren, 2007.

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lusion au « misérable désert » et aux grains « tombés du ciel », sans doute aussi le nombre de douze grains, tous ces détails évoquent l’exode et en particulier la manne nourrissant le peuple d’Israël dans le désert (Ex 16, les douze tribus d’Israël) et déjà, bien avant, Joseph prévenant la famine en Égypte et sauvant sa famille incognito (Gn 41ss., les douze fils de Jacob). Il s’agit, dans le registre de la grâce, d’épisodes bibliques majeurs. Par ailleurs, on distingue nettement des allusions à la parabole du semeur (Mc 4, 3–9 parr.) dans la pondération des conditions favorables et défavorables au semis.  <


16 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

– Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

Comment parler de la foi ?

« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » : pour les chrétiens, ce proverbe vaut aussi pour la foi. Car parler de la foi, c’est comme parler de l’amour, c’est un besoin pour les amoureux. PAR KÄTHI LA ROCHE *


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a « manière » de parler de l’amour dépend des personnes qui parlent. Est-ce avec l’être aimé ? Alors ce sera un tête-à-tête intime et familier, rempli de souvenirs, de joie, voire de nostalgie, un entretien régénérateur de l’amour. Il en va de même de l’évocation de la foi dans le culte et dans la prière : un jour, elle sera l’expression de notre reconnaissance et de notre plaisir et un autre jour, elle sera l’expression de notre supplication et de notre détresse ; une constante : elle est tributaire de la Parole de Dieu qui nourrit notre foi. La situation est différente si les parents parlent d’amour avec leurs enfants, dans la mesure où ils auront envie de leur apprendre ce qu’est l’amour. Pour que ce message prenne un sens, il faut que les enfants soient aimés de leurs parents et qu’ils ressentent un peu de cet amour qui lie les parents. Une déclaration d’amour doit avoir une résonance positive ; les enfants qui ne font pas confiance à leurs parents et qui ne peuvent pas les croire ne sauront que faire d’explications purement théoriques.

Le but n’est jamais d’avoir raison

Parler de la foi revient à inviter l’interlocutrice ou l’interlocuteur à nous faire confiance. Jamais il ne s’agit d’avoir raison. Il s’agit de vérité, d’une vérité qu’on ne s’approprie pas par l’intellect, mais qui saisit le cœur. Parler de la foi, c’est à chaque fois un discours qui fait campagne, qui aimerait générer ou renforcer la confiance tout en étant tributaire de la confiance de l’autre. On n’explique pas la foi par des mots, on ne peut que s’expliquer soi-même, confesser sa nature d’être humain qui cherche un soutien dans la foi et qui, parfois, trouve cette foi. Bien sûr, on peut donner des conférences sur la foi et écrire des livres, comme on le fait pour l’amour. Une démarche qui est tout sauf stupide, si celles et ceux qui dissertent ou qui écrivent ont réellement quelque chose à dire. Les destinataires de tels propos sont nombreux, tant on trouve de personnes qui souhaitent voir grandir leur amour ou leur foi. Dans la vie, nous sommes sans cesse confrontés à de nouveaux défis et à de nouvelles questions existentielles et les certitudes sur lesquelles nous pensions pouvoir nous appuyer se lézardent, parfois soudainement, parfois imperceptiblement. La foi, tout comme l’amour, est quelque chose de vivant, quelque chose qui change au cours d’une vie, en fonction de la culture et de la société dans laquelle on évolue, en fonction aussi de l’histoire et des histoires vé-

cues. Il peut être utile d’écouter à quoi s’en remettaient nos mères et nos pères et de s’y référer, de voir ce qui donne appui et réconfort à nos frères et à nos pères. En d’autres termes, il peut être profitable de reconsidérer les contenus de la tradition de foi et de mener une réflexion à ce propos, de faire un peu de théologie et de se rendre compte de la multiplicité des voix qui contribuent au discours consacré à la foi qui nous relie à l’Église, génération après génération, une Église qui est une parce qu’elle a de nombreux membres mais seulement un Seigneur. Il y a d’autres moyens de parler de la foi, par exemple en défendant sa foi contre ceux qui la méprisent, ou encore en essayant de convaincre ou de convertir les non-croyants, les indifférents ou les ignorants en missionnant. En fin de compte, il en va de la foi comme de l’amour : pour parler de l’amour, il faut être amoureux et pour parler de la foi, il faut être croyant, il faut la pratiquer, dans la prière, dans ses relations avec autrui et dans la réflexion menée sur ses contenus que l’on aimerait partager. « Seuls ceux dont le cœur est généreux auront la parole généreuse ». <

* KÄTHI LA ROCHE, pasteure au Grossmünster de Zurich de 1999 à 2011


18 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

– Un livre rempli de questions existentielles

Qu’a donc la Bible de si passionnant ?

À côté des bateaux « insubmersibles », fruits de nos techniques avancées, il y a place pour l’arche bricolée, celle qui transporte la profusion et la diversité de la vie, et qui abrite aussi la confiance, un autre mot pour la foi, l’espérance et l’amour. PAR MARIE-CHRISTINE MICHAU *

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ne affiche à l’entrée d’un magasin de bricolage proclame : « Bricoleurs, oubliez vos complexes ! Rappelez-vous que le Titanic a été construit par des professionnels et

l’arche de Noé par un amateur. » Il y a bien des chances que chaque passant sourie en la lisant … car chacun sait qui est Noé. Ce héros d’un bien vieux livre, la Bible, réveille notre imagination. On pourrait trouver beaucoup


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d’exemples de personnages ou de maximes tirés de la Bible qui parlent aujourd’hui encore à nos contemporains. Qu’a donc la Bible de si passionnant ? Le Premier (ou Ancien) Testament est caractérisé par une grande variété de genres littéraires : récits, épopées, textes de sagesse, romans, poèmes (et même un poème érotique, le Cantique des cantiques), hymnes, chants de louange, lamentations, exhortations, textes législatifs … Les narrations, comme l’histoire de Noé, sont vivantes, faciles à mémoriser. Racontées oralement pendant longtemps avant que d’être écrites, ce sont de petits bijoux ciselés par des décennies de travail des conteurs. Les personnages sont hauts en couleur ; ils n’hésitent pas à interpeller Dieu, à discuter ses décisions, tels Abraham, Moïse ou Job. Ce sont des archétypes qui nourrissent le cœur et l’intelligence des auditeurs et des lecteurs.

Ces textes transmettent des questions existentielles

Ces textes transmettent des réflexions sur l’histoire, mais aussi des questions existentielles qui agitent les humains depuis toujours. Comment peut-on vivre avec des voisins aussi insupportables qui ne respectent rien de ce qui est essentiel pour ce petit peuple d’Israël ? Que fait donc Dieu au lieu de mettre de l’ordre dans le monde ? Les plaintes ne manquent pas, à commencer par celles des Psaumes, de Jérémie ou de Job. Mais il y a aussi des raisons de se réjouir devant la beauté du monde ou la réussite d’un projet qui tient à cœur. Et l’humour est bien présent dans des anecdotes savoureuses telle l’histoire de Jonas : ce prophète qui part dans la direction opposée de celle que lui ordonne Dieu et se fait rattraper par un gros poisson qui l’avale. Rejeté sur le rivage, il accepte enfin sa mission, mais se fâche avec Dieu quand il voit que son appel à la conversion est efficace ! La fable de Balaam et de son ânesse qui se montre plus perspicace que celui qui conseille les rois, discute avec Dieu, pense être plus fort qu’Israël, est un rappel humoristique bienvenu à l’humilité. Le Nouveau Testament, centré sur la personne de Jésus-Christ, nous propose d’autres genres littéraires. Les Évangiles nous présentent la vie et la passion de Jésus et les paraboles qui y sont glissées, ces petites histoires allégoriques pleines d’enseignement, nous interrogent sur nos relations aux autres et à Dieu. Les Actes des Apôtres, les lettres de Paul et d’autres auteurs, présentent la vie des premières communautés chrétiennes et les problèmes

qui se posent à elles (et encore bien souvent à nous) dans un empire où le bien commun n’est pas la préoccupation première de tous. Nourris de la lecture du Premier Testament, les premiers chrétiens rappellent le message biblique : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » et l’actualisent. Ils témoignent de l’espérance qui est la leur, d’une vie plus forte que la mort, fondée sur la confiance en Jésus qu’ils reconnaissent comme Christ, Messie et Fils de Dieu.

Que pouvons-nous faire de tout cela aujourd’hui ?

Tous ces textes ont été soigneusement assemblés. Parfois plusieurs versions du même mythe ou de la même histoire ont été conservées par les rédacteurs pour se faire écho. Que pouvons-nous faire de tout cela aujourd’hui ? Eh bien, lire la Bible. Seul, c’est possible, et cela nourrit la spiritualité et la prière. Mais en groupe, c’est encore mieux : il y a toujours plusieurs niveaux de lecture possibles, des interprétations auxquelles chacun réagit en fonction de son histoire personnelle, des interpellations pour notre vie quotidienne, des résonances entre la compréhension du texte et chaque participant, des sujets à débattre. Les textes peuvent dire beaucoup de choses, mais on ne peut pas leur faire dire n’importe quoi ; la Bible s’explique par la Bible et il y a une cohérence dans son messagequ’une pratique régulière de la lecture permet d’apprécier. Nous y entendons, avec l’aide de l’Esprit, la Parole de Dieu, parole de vie et d’espérance. Et à côté des bateaux « insubmersibles », fruits de nos techniques avancées, il y a place pour l’arche bricolée, celle qui transporte la profusion et la diversité de la vie, et abrite aussi la confiance, un autre mot pour la foi, l’espérance et l’amour. <

* MARIE-CHRISTINE MICHAU, membre du Conseil national de l’Église protestante unie de France


20 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

– La foi : un mot – beaucoup de significations

J’ai la foi, alors à quoi me sert la théologie ? Entamer une réflexion sur la foi dans le contexte de la foi chrétienne, c’est, par définition, une activité théologique. PAR MATTHIAS D. WÜTHRICH *

« P

our ce qui est du régime, je suis très croyante. Je mange ce que je veux et je prie pour maigrir. » (Julie)

Julie a une foi solide, elle mangera sans doute ce dont elle aura envie tous les jours et elle priera probablement de temps à autre. Pour elle, croire et prier sont des activités étroitement liées.

Je ne connais pas Julie et je ne veux pas lui faire de tort. On peut néanmoins partir de l’idée que la proclamation de foi citée ci-dessus n’est pas trop sérieuse ; son but n’est pas de témoigner des faits et gestes miraculeux de Dieu qui lui permettent de manger ce dont elle a envie tout en perdant du poids. Elle n’a probablement fait que « confesser son péché », elle avoue trivialement que sa détermination à perdre du poids n’est pas à prendre trop au


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sérieux ou que, en proie à une certaine détresse, elle n’est pas capable de se prendre au sérieux. Sinon, comment expliquer que la « confession de foi » de Julie ait trouvé le chemin du site internet Weight Watchers ?

J’ai la foi, alors à quoi me sert la théologie?

La « confession de foi »de Julie montre de manière amusante, mais aussi un peu inquiétante comment on peut interpréter les termes de « foi » et de « croire » : en disant « j’ai la foi » ou « je crois », on peut se référer à une foi qui se rapporte uniquement à certaines parties ou à certaines facettes de la vie, comme en témoigne le régime amaigrissant de Julie. « J’ai la foi » peut vouloir dire qu’on se limite à prier pour le bien-être physique et esthétique. Les multiples facettes de « croire » sont particulièrement visibles lorsqu’on considère les sens du terme qui n’ont aucun rapport avec la religion. Prenons deux exemples : 1. « Je crois qu’il va pleuvoir demain » et « Je crois que la théorie de l’évolution nous permet d’expliquer de manière exhaustive la genèse des religions ». Dans les deux cas, il s’agit de déclarations de foi, de portée très variable, il est vrai. Alors que la première appartient au contexte de notre prose quotidienne, la deuxième relève du domaine de l’hypothèse scientifique. Pourtant, dans les deux cas, « je crois » prend le sens de certitude, de savoir, dont le taux de probabilité est plus ou moins élevé. Au sens d’« accepter comme étant vrai », « croire » désigne une conviction subjective déficitaire, distincte d’une vérité objective (prétendument) certaine. 2. « Je crois en moi-même » et « Je crois en toi » : deux confessions de foi dont la formulation relève du parler quotidien et qui manifestent la foi en soi-même et en autrui, au sens d’espoir et de confiance dans des aptitudes ou dans des compétences psychologiques et vitales générales.

La théologie ne relève pas exclusivement de l’académisme universitaire

Ces trois exemples le montrent : en disant « J’ai la foi » ou « Je crois », on revendique beaucoup tout en affirmant bien peu de choses. Préciser sa foi nécessite une confrontation personnelle avec le contenu de cette foi. Pourtant, il n’y a jamais de transparence totale en rapport avec la foi (cette constatation faisant partie de son manque intrinsèque de transparence). Cependant, entamer une réflexion sur la foi dans un contexte chrétien revient au-

tomatiquement à faire de la théologie. Car la théologie ne relève pas exclusivement de l’académisme universitaire. En effet, affirmer « J’ai la foi », « Je crois », vouloir connaître le contenu de cette affirmation oblige à se livrer à une démarche théologique. Vouloir comprendre ce en quoi et en qui je crois, comment se manifeste cette foi et comment elle marque le « moi » doit nécessairement entamer une réflexion d’ordre théologique. Implicitement, celui ou celle qui affirme que sa foi se passe de théologie fait une affirmation d’ordre théologique. Lorsqu’on approfondit la notion de foi à l’aide d’une approche scientifique, on tombe sur un trésor d’expérience : les doctrines de foi de la théologie. Cette accumulation de savoirs nous laisse libres de mener notre propre réflexion sur la foi, tout en proposant des gardefous critiques. Consulter la théologie, c’est apprendre que la foi chrétienne signifie davantage que « considérer comme vrai ». D’ailleurs, « considérer comme vrai » peut prendre des formes inquiétantes lorsqu’on y allie des actes de volonté et d’obéissance. L’obéissance de la foi signifie que l’on doit déclarer vrais certains contenus de la foi si on veut croire de manière correcte. Le ou la fidèle doit avoir la volonté d’adhérer à certains dogmes de l’Église. Il faut rappeler ici à quel point la théologie protestante insiste sur la confiance comme aspect primordial de la foi. Toutefois, dans ce contexte, confiance signifie autre chose que la simple confiance en soi et en autrui, dans la mesure où elle n’est pas due à nousmêmes et à une relation entre humains. La foi, au sens de la théologie préréformatrice, est à prendre au sens d’« ancrage confiant en Dieu », dû à Dieu lui-même. Ou, pour reprendre les termes du théologien Paul Tillich : « La foi, c’est le fait d’être saisi par ce qui nous touche de manière inconditionnelle. » La foi, c’est le fait d’être saisi par celui qui a dit : « C’est moi qui suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura pas faim » (Jn 6, 35). <

* MATTHIAS D. WÜTHRICH, maître-assistant de théologie systématique/dogmatique à l’Université de Bâle


22 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

– Le langage de la foi

« Trading zones » –  les négociations de la foi L’expérience collective de la foi en dialogue, expérience fondamentale des croyants rassemblés en Église, a fait le charme et la difficulté de la démarche dans laquelle se sont engagés les six auteurs du livre de la foi. PAR OTTO SCHÄFER *


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ire la foi ensemble, c’est mettre en balance des références communes et leurs réceptions différenciées. Toutes et tous nous lisons la Bible ; mais nous offrons chacun à la Parole de Dieu une caisse de résonance propre dont le timbre traduit nos empreintes culturelles et l’originalité de nos parcours. Ensemble nous nous inspirons des confessions de foi, des affirmations théologiques et des expériences spirituelles des générations précédentes et de la Réforme en particulier pour ce qui est de la démarche protestante ; mais, là encore, nous prêtons une attention différenciée, quoique toujours réfléchie et toujours partagée dans le dialogue, aux mères et aux pères dans la foi. Toutes et tous nous avons à exprimer notre foi chrétienne dans nos vies et dans nos relations, dans ce que nous disons et dans ce que nous faisons : il n’est pas étonnant ni même gênant que les défis spécifiques que nous rencontrons chacune et chacun suscitent des réponses différenciées. C’est même le signe de l’authenticité de notre foi.

La foi elle-même est négociation permanente

À la condition toutefois que ces expressions différenciées soient dites, entendues et mises en commun  ! Qu’il y ait donc interactivité des langages, stimulation mutuelle mais aussi, comme le dit un terme un peu daté, « correction fraternelle ». C’est cette expérience collective de la foi en dialogue, expérience fondamentale des croyants rassemblés en Église, qui a fait le charme et la difficulté de la démarche dans laquelle se sont engagés les six auteurs de ce que nous avons appelé, pragmatiquement, le « livre de la foi ». Or, à vrai dire, ce ne sont pas que des individualités qu’il fallait mettre en équilibre ni même les spécificités théologiques et ecclésiales, linguistiques et culturelles véhiculées par ces individualités. Ce qu’il fallait intégrer dans un ensemble différencié, mais cohérent, ce sont les langages très divers dans lesquels se déploie la foi. Tout cela représente un processus de négociation tant implicite qu’explicite, négociation non seulement à l’intérieur du groupe ou à l’intérieur de l’institution, mais négociation entre les dynamiques propres aux divers champs sociaux et existentiels auxquels participe la foi. La foi elle-même est négociation permanente.

Le témoignage de l’Église se fait en parole et en actes

Une première tension interactive, fondamentale celle-ci, est l’articulation entre le dire et le faire. L’une des marques de la tradition réformée consiste à affirmer toujours que le témoignage de l’Église se fait en parole et en actes. Or un livre relève de la parole uniquement. Ce n’est peut-être pas grave en l’occurrence. On peut considérer qu’actuellement il est important, dans nos Églises, de contrebalancer le défaut contraire : des actes muets sur la foi qui les inspire, une compétence multiple, généreuse et même admirable mais qui peine à dire le compagnonnage du Christ qui la fonde et la dirige. Nous avons besoin des deux : d’une foi crédible par ses actes et d’une foi audible, mise en parole. Le versant actif de la foi n’est cependant pas absent du livre : il apparaît notamment dans les mentions de l’action diaconale et des responsabilités éthiques. Mais, comme s’ils s’étaient donné le mot, tous les auteurs sont restés discrets sur leurs propres engagements pratiques de chrétiennes et de chrétiens. Un autre champ de négociation est celui entre la fidélité à une tradition particulière et toujours nourrissante et la rencontre qui nous transforme et qui « élargit l’espace de nos tentes» (És 54,2). L’un des objectifs du livre est de dire la foi chrétienne dans une perspective spécifiquement réformée. Ce choix est clairement affiché dans la définition du projet « livre de la foi » tel qu’il a été adopté par le Conseil. L’attention prêtée à la tradition réformée se justifie non seulement par l’identité historique de la très grande majorité des Églises membres de la Fédération des Églises, elle relève aussi, surtout dans le domaine germanophone, d’une responsabilité du protestantisme suisse à l’intérieur du protestantisme européen : sans Zwingli et Calvin et sans les traditions des Églises réformées, l’expression de la foi protestante serait singulièrement appauvrie et même grevée de lourdes hypothèques dans certains domaines, par exemple dans la relation aux autorités et à l’espace public, l’importance de l’organisation interne des Églises, l’interrogation constante sur ce qui, dans nos systèmes politiques, économiques et culturels et dans nos modes de vie, honore le Dieu vivant ou lui substitue de faux dieux. Mais l’inverse est vrai aussi : la foi réformée est elle-même transformée par l’échange avec les autres traditions protestantes et spécialement la tradition luthérienne. Et elle doit se comprendre dans un contexte œcuménique où elle ne peut pas rester indifférente aux interrogations qui lui sont adressées par l’Église catho-


24 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume lique notamment. Les perspectives réformée, protestante et œcuménique sont donc présentes toutes les trois dans le livre, les tensions entre elles sont indéniables et indispensables : elles caractérisent la foi en négociation.

Cette négociation a eu lieu aussi entre la francophonie et la germanophonie

Cette négociation a eu lieu aussi, bien évidemment, entre la francophonie et la germanophonie représentées au sein du groupe d’auteurs. Utilisant leurs versions respectives de la Bible, les uns et les autres n’avaient parfois pas le même texte et par conséquent pas le même message. Un exemple parmi d’autres : la filiation adoptive des enfants de Dieu au chapitre 8 de l’Épître aux Romains, le motif de l’adoption dans l’original grec étant fidèlement restitué par la version française – la TOB – et pas du tout dans la version allemande – la Bible de Zurich en l’occurrence. Le texte du Notre Père lui-même contient des divergences importantes, par exemple entre la « Schuld » des germanophones et les « offenses » des francophones. La gestion parallèle des versions allemande et française du livre représentait un défi important, certains développements étant strictement hors sujet dans l’autre version. «Herr» en allemand recouvre un champ sémantique beaucoup plus vaste que « seigneur » en français et dans « monsieur » personne n’entend plus le « sieur ». À cela s’ajoutent les différences de sensibilité : sensibilité plus grande, sans doute, des francophones pour un contexte sécularisé et une Église minoritaire et missionnaire, sensibilité globalement plus grande des germanophones pour les médiations complexes entre la foi et la culture. Enfin, un protestantisme francophone très majoritairement situé outre-mer et un protestantisme germanophone essentiellement européen n’impliquent sans doute pas la même vision spontanée de l’Église universelle.

Le langage de la foi est traversé de ‹ trading zones › toutes passionnantes

L’historien américain Peter Galison a forgé le terme de « trading zones » pour des zones de négociation interprétative entre des langages différents, langages au sens large d’univers mentaux et conceptuels. Un de ses exemples est le langage des physiciens en relation de marchandage interprétatif avec celui des ingénieurs praticiens. Le langage de la foi est traversé et entouré de « trading zones » fort diverses et toutes passionnantes. Cela se remarque dans l’entreprise collective du livre de la foi

et cela se remarquera à partir du livre de la foi une fois qu’il sera lu et discuté : quelles implications pour nos célébrations, nos liturgies, l’accompagnement spirituel et le travail diaconal ? Quelles conséquences pour le dialogue avec les sciences et les arts, avec des chrétiens vivant parmi nous mais marqués par les Églises du Sud par exemple, quelles suites pour l’engagement des chrétiennes et des chrétiens dans la société ? Le bord du lac où Jésus nous dit « Suis-moi » (Jean 21, 19) est comme le symbole de cette multitude de « trading zones » où notre foi est appelée à se dire et à faire ses preuves.  <

* OTTO SCHÄFER , chargé des questions théologiques et éthiques de la FEPS


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Pierre Bühler, Käthi La Roche, Frank Mathwig, Marie-Christine Michau, Otto Schäfer, Matthias D. Wüthrich

Qu’est-ce que croire? Réponses du Notre Père

Avant-Propos de Gottfried W. Locher Edité par la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS Qui ne connaît pas le Notre Père, qu’une grande majorité d’entre nous sait encore réciter par cœur? Cette prière si célèbre a façonné notre culture et nos conceptions de Dieu et de la foi chrétienne. Des théologiennes et théologiens suisse alémaniques et romands se sont mobilisés pour réfléchir et discuter les fondements du Notre Père d’un point de vue réformé et œcuménique. Chacun de ses versets se voit analysé sur les plans exégétiques, culturels et théologiques, afin de permettre une reprise contemporaine de ce texte encore si vivant malgré ses 2000 ans d’âge. Avec cette nouvelle lecture du Notre Père, le croyant ou celui qui veut seulement se renseigner sur la foi chrétienne trouve de quoi nourrir sa foi ou sa curiosité.

NO E TR

Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père

PÈE R

environ 300 pages, 15 × 22.5 cm, relié ISBN 978-2-8309-1558-7 environ 42 CHF / 29 € Parution: septembre 2014

«Le Notre Père n’offre naturellement pas de réponses à toutes les questions. Mais il aménage un lieu favorable au développement des réflexions sur la foi. Quand celle-ci est réfléchie, elle inspire la prière et inversement. (…) Le Notre Père nous permet de formuler, dans un esprit œcuménique, la lecture réformée de notre foi chrétienne commune.» Extrait de l’introduction

Labor et Fides 1, rue Beauregard 1204 Genève www.laboretfides.com contact@laboretfides.com 022 311 32 69


26 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

– Protestants protestataires

Croire, une manière de se rassurer à bon compte ? Œuvrer à la vie en ayant confiance dans le fait que la vie vaut la peine d’être vécue : tel est le sens de « croire ». Et c’est le message que veut et doit véhiculer la foi, protestante surtout, en sa qualité de foi qui proteste, justement. PAR PIERRE BÜHLER *


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ans une interview, Friedrich Dürrenmatt a dit que le pire qui puisse lui arriver serait de passer devant la vitrine d’une librairie et d’y voir un livre intitulé « La consolation dans les écrits de Dürrenmatt ». Cette phrase montre que la portée et la signification de la notion de consolation ne sont pas faciles à saisir. Le risque est grand que « consolation » soit synonyme de « manière de se rassurer à bon compte », une manière de faire diversion pour ne plus souffrir et pour éviter d’avoir à affronter la souffrance afin de mieux la vaincre. C’est probablement la vision qu’avait Karl Marx lorsqu’il a traité la religion « d’opium du peuple », accusant cette dernière de griser les êtres humains par la promesse d’un paradis à venir, avec pour conséquence qu’ils ne se rendent plus compte de la misère dans laquelle ils vivent. L’illusion fait miroir et les peines sont oubliées. Or, il est intéressant de remarquer que Marx voyait également dans la religion une manière de « protester contre la vraie misère », donc la force de ne pas s’accommoder de ce qu’on a. Dürrenmatt a, lui aussi, défini l’insatisfaction permanente comme l’indispensable ferment du changement, une attitude qu’il a mise en lien avec ses origines protestantes, affirmant : « Je suis protestant et donc je proteste ». Le livre de la foi s’est donné pour propos d’illustrer différentes facettes de la foi, au fil du Notre Père. Une question s’impose d’emblée : la prière est-elle réellement en mesure de consoler ou est-elle simplement un moyen de se rassurer à bon compte ? La culpabilité, les litiges, le mal subi : autant de vécus pesants, confiés à Dieu par l’intermédiaire du Notre Père. Mais ces expériences sontelles effectivement vaincues lorsqu’on a franchi ce pas ? « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite … » – un espoir illusoire, source de résignation plutôt que source d’encouragement ?

La prière se transmute en travail, selon le vieux mot d’ordre « ora et labora »

La prière n’est source de consolation que si elle offre l’espace nécessaire pour mener les combats qui enrichissent la vie, si les tourments de la culpabilité peuvent être dénoués, si la souffrance peut être verbalisée, si les abîmes de la peur peuvent être comblés. La prière est là pour créer cet espace qui permet de se plaindre, d’accuser, de hurler, de supplier, de mettre au défi, à l’image de Job et du débat contradictoire qu’il a mené avec Dieu. Ce

n’est qu’à cette condition que Dieu devient un partenaire véritablement vivant, à l’écoute de la personne qui l’invoque et qui libère en elle de nouvelles énergies vitales. « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, délivre-nous du mal. » Ce volet de la prière permet de transformer le mécontentement de manière créative, afin de faire bouger quelque chose et de transformer la situation. La prière se transmute en travail, selon le vieux mot d’ordre « ora et labora ». Être consolé signifie qu’au terme de la prière, nous acceptons notre insatisfaction sans nous résigner à accepter notre sort. Au contraire, nous sommes prêts à accueillir la vie avec ses moments clairs comme avec ses zones d’ombre, avec ses joies et ses peines, ses succès et ses échecs ; nous accueillons la vie comme un territoire sur lequel nous pouvons agir. Œuvrer à la vie, en ayant confiance dans le fait que la vie vaut la peine d’être vécue : c’est ça, la foi. Et c’est ce dont la foi, protestante surtout puisque protestante par définition, devrait témoigner sans relâche. <

* PIERRE BÜHLER, professeur de théologie systématique à l’Université de Zurich


28 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume

– Lorsque la foi devient communicative

On ne peut pas croire tout seul Comment la foi se manifeste-t-elle chez les protestants ? Comment parler de la foi ? Jeux d’esprit d’ordre philosophico-linguistique sur un phénomène qui défie l’humanité depuis ses origines. PAR FRANK MATHWIG *


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« S

i tu veux croire, tu vas à l’église », nous disait notre vieux maître de physique, quand l’un d’entre nous, hésitant sur ses connaissances en sciences naturelles, commençait sa réponse par un timide « je crois que … ». Le maître se référait-il à la formule bien connue de Cyprien, Père de l’Église mort en 258, « extra ecclesiam salus non est » (hors de l’Église, point de salut) ? Si le cours de physique avait eu lieu en anglais, la confusion aurait été évitée d’emblée, car l’élève aurait commencé sa phrase en disant « I believe … », signalant ainsi qu’il ne s’exprime pas sur sa foi (faith), mais sur ses connaissances plus ou moins étoffées dans le domaine de la physique.

Les questions de foi sont source de confusion

Les questions de foi provoquent la confusion. Ce que nous croyons l’emporte sur ce que nous savons et nous doutons et méconnaissons davantage que nous ne sommes prêts à l’admettre. D’ailleurs, nous ne faisons pas trop la différence entre croire et savoir, car grâce à ce flou, le monde nous paraît plus fiable et plus facile à maîtriser. Or, le savoir, c’est le pouvoir, en particulier dans la société de la connaissance, et la foi chrétienne n’échappe pas à ce phénomène. L’histoire de la théologie foisonne de tentatives de prouver l’existence de Dieu, de résoudre la contradiction entre le mal terrestre et l’amour et la toute-puissance de Dieu (théodicée), de concilier foi et raison ou d’accorder biologie et théologie (créationnisme). L’un des arguments les plus percutants émane d’Anselme de Cantorbéry (1033–1109), qui formula la thèse suivante : «Neque enim quaero intelligere ut credam, sed credo ut intelligam», – « Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre ». La théologie scolastique soulève un autre problème : que fais-je réellement lorsque « je comprends » ou lorsque « je crois » ? Savoir et connaître sont des démarches actives, fruits d’un effort qui, dans le meilleur des cas, sera récompensé par la bonne note attribuée par le maître de physique. Il n’en va pas de même avec la foi. La foi est moins proche de l’appropriation du savoir que du sommeil. Si je dis « j’ai dormi », je m’exprime comme si j’avais agi de manière active. En réalité, ce n’est pas une activité que je décris, mais quelque chose que je subis. Croire et dormir ne sont pas des activités conscientes, mais une manière de subir passivement.

La foi est quelque chose qu’on subit littéralement

Cette affirmation irrite. Elle va à contresens de notre aspiration à la souveraineté, à l’autodétermination et à l’activité. La passivité, au sens de dépendance à l’égard d’autrui et d’autre chose, n’a pas la cote chez nous. Nous vivons selon la devise suivante : si tu t’abandonnes à autrui, tu es perdu-e. Pourtant, ce type de stratégie de vie est en contradiction avec la foi chrétienne, il suffit de se rappeler la réponse à la question N° 21 du catéchisme de Heidelberg : « Ce n’est pas seulement une connaissance certaine par laquelle je tiens pour vrai tout ce que Dieu nous a révélé par sa Parole, mais c’est aussi une confiance du cœur que l’Esprit saint produit en moi par l’Évangile ». La foi n’est pas quelque chose que l’on fait, mais quelque chose qui nous vient de l’extérieur. Rien ne dépend de moi en rapport avec la foi. Ce n’est pas ce qui est personnel qui compte ; l’autodétermination fait place à la détermination pleine et entière de Dieu. La foi « vient à nous », explique très concrètement Paul (Ga 3, 23–25) ; elle vient à l’homme, la foi est littéralement quelque chose qui se subit. Habités par le don de Dieu, les croyants confessent : « Je ne suis pas moi » et « Je ne m’appartiens pas ». C’est pour cette raison que nous sommes régulièrement pris de court lorsque nous sommes confrontés à la question : que croient les protestants? Ce ne sont bien entendu pas les réponses qui manquent : les quatre piliers du protestantisme, Christ seul, la Bible seule, la foi seule et par la seule grâce, le sacerdoce de tous les baptisés, la doctrine de la royauté de Jésus-Christ. Mais les références aux théories et aux hypothèses que livre la théologie sont insuffisantes, non pas parce que les réponses seraient incorrectes, mais parce qu’elles répondent à la mauvaise question. La vraie question est la suivante : comment la foi se manifeste-t-elle chez les protestants ? Par rapport à la première question, la différence est la suivante : ce que nous croyons ne livre aucune explication concernant la raison pour laquelle nous croyons et concernant la manière dont nous croyons. Ce n’est pas le fait de réaliser que le Christ seul induit la foi qui nous rend croyants. Au contraire, c’est la foi elle-même qui permet de réaliser le sens du fils de Dieu devenu homme. La particularité de la foi, par opposition au savoir et à la connaissance, a inspiré une expérience imaginaire au philosophe Ludwig Wittgenstein. Selon lui,


30 bulletin Nº 1/2014 Les auteurs du livre de la foi prennent la plume dans un contexte religieux, répondre « non, je ne crois pas que … » à la question « crois-tu que … » relève « de la pure folie ». Toutefois, son opinion est contredite par notre vécu quotidien, qui veut que ce soient bien les croyants et non les non-croyants qui passent pour déraisonnables et irrationnels. Indifférent à ces arguments, Wittgenstein estime que les croyances et leur rejet sont compatibles. L’homme religieux ne croit jamais ce qu’une personne qui la contredit formule dans sa réplique négative. En disant « je ne crois pas en l’existence de Dieu », l’auteur-e de cette affirmation comprend les mots « Dieu existe » d’une autre manière que la personne religieuse qui confesse « je crois en l’existence de Dieu ». Ces deux personnes connaissent la signification des termes « Dieu » et « existe ». Chacune et chacun est libre d’affirmer « Dieu n’existe pas » si il ou elle est convaincu que Dieu n’existe pas. La particularité de l’argument de Wittgenstein réside dans le fait que de telles affirmations reflètent uniquement des convictions personnelles. Le rejet de la personne non croyante se réfère uniquement à sa propre idée de ce qui se passerait si elle avait la foi d’une personne tierce et qu’elle n’a pas elle-même. La raison de ne pas croire ne se fonde pas sur l’inversion des raisons qui font qu’une autre personne croie. En bref, la conclusion de Wittgenstein est la suivante : il est impossible de contrer des convictions religieuses, car le rejet d’une croyance ne se rapporte jamais à ce qu’une autre personne affirme croire. Deux parties peuvent avoir un échange de vues sur leur foi ou leur incrédulité. Toutefois, la foi ou l’incrédulité se manifeste non dans les phrases échangées entre deux personnes, mais dans la manière dont leurs affirmations déterminent ces personnes. Si deux personnes peuvent échanger leurs vues sur la foi ou l’incrédulité, elles ne peuvent pas inverser les points de vue selon lesquels elles s’expriment.

Parler de la foi se résume à la perspective des personnes concernées

Ce jeu d’esprit philosophico-linguistique appelle d’autres questions : puisqu’on ne peut pas mener de débat contradictoire sur la foi au même titre que sur des théories, des thèses ou des opinions, comment faire pour parler de la foi ? Les tentatives d’explication fournies par Wittgenstein donnent l’impression que la foi qui anime un énoncé verbal ne se partage pas et

ne se communique pas. C’est un fait que l’image individualiste que nous avons de l’homme et de la société a un impact sur l’image que nous nous faisons de la foi. Dans cette perspective, la foi apparaît comme une expérience subjective et en quelque sorte comme une affaire de conscience, inaccessible à autrui en vertu de la liberté de conscience. Pourtant, si la foi marque profondément la conscience personnelle, elle est tout sauf une ressource pour donner du sens à la vie ou un self-service pour des besoins subjectifs. On ne peut pas croire tout seul, témoin la célèbre citation de Jésus : « Car là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Si c’est une « confiance du cœur » que l’Esprit saint produit en moi par l’intermédiaire de l’Évangile, pour reprendre les termes du catéchisme de Heidelberg, la foi a besoin d’un interlocuteur qui lui permette de se manifester et à qui la foi permet de faire confiance. Faire confiance à un interlocuteur non fiable serait faire preuve d’une insoutenable légèreté. Comment croire en commun ? Dans quelles circonstances la foi devient-elle communicative ? Croire, c’est prendre part à la vie de Dieu dans son Église. Si Dieu est devenu homme en Jésus-Christ (1 Jn) et si l’Église est le corps du Christ (1Cor 12), le lieu de la foi ne peut être ailleurs que dans la communauté des fidèles réunie dans son Église. Et l’évocation de la foi ne peut avoir lieu que dans la mesure où Dieu se fait connaître à la personne croyante. Par conséquent, il n’est pas possible de parler de la foi et de l’action de Dieu génératrice de foi par l’intermédiaire de l’Esprit saint du point de vue de l’observateur extérieur, mais uniquement du point de vue des personnes concernées. Communiquer à propos de la foi signifie confesser ensemble le don de Dieu. Si croire est synonyme de connaître, c’est d’une connaissance d’ordre pratique qu’il s’agit, qui place la personne qui connaît dans l’espace du reconnaissable, pour reprendre les termes de Johannes Fischer. Croire n’est jamais neutre, ni par rapport à Dieu, ni par rapport à son Église. Cette affirmation est confirmée, à la surprise de ses mandants, par la cinquième enquête de l’Église évangélique allemande (EKD) récemment parue concernant l’adhésion à une Église. Cette étude montre que « la thèse longtemps défendue d’un christianisme libre, éloigné de l’Église, est toujours davantage privée de son fondement. (…) Une fois de plus, nous sommes appelés à constater en toute lucidité que le christianisme, qu’il soit vécu en privé ou en public, se


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nourrit de conditions qu’il ne peut ni garantir ni générer. Le christianisme ecclésial fournit des ressources qui sont autant de repères et de liens que le christianisme privé ne peut pas (re)constituer et dont le christianisme public est tributaire pour rester plausible. » (18.1) Il nous faut donc reformuler la fameuse phrase du maître de physique : « Si tu veux croire, tu vas à l’église » devient « Sans l’Église, tu ne peux pas croire». <  * FRANK MATHWIG, chargé de théologie et d’éthique à la FEPS

Citations : EKD, Engagement und Indifferenz. Kirchenmitgliedschaft als soziale Praxis. V. EKD-Erhebung über Kirchenmitgliedschaft, Hanover, Mars 2014; Ludwig Wittgenstein, Vorlesungen über den religiösen Glauben, dans : ibid., Vorlesungen und Gespräche über Ästhetik, Psychologie und Religion, 2. éd. corr.., Göttingen 1971, 87–110.


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– Gros plan 2

Jubilé de la Réforme La Fédération des Églises protestantes de Suisse présente le logo officiel des festivités de commémoration de la Réforme en Suisse. Il est haut en couleur, comme la Réforme elle-même. À l’occasion du lancement du logo, nous vous invitons à  mettre la main à la pâte : concevez votre propre logo de la Réforme et montrez-nous où il se situe !

Les réformateurs Farel, Calvin et de Bèze. Le Mur des Réformateurs se trouve à Genève ; il a été sculpté dans la roche entre 1909 et 1917.


34 bulletin Nยบ 1/2014


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– Le logo des festivités de commémoration de la Réforme en Suisse

Un symbole fort pour commémorer 500 ans de Réforme La Réforme a 500 ans. La Fédération des Églises protestantes de Suisse présente le logo officiel des festivités de commémoration de la Réforme en Suisse.

L

orsque les lettres de l’alphabet apprirent à marcher, cela fit un sacré désordre : elles se trouvèrent et se séparèrent, puis elles eurent envie de former des mots ensemble. La phrase apparut aussitôt, peut-être la forme la plus précoce de communauté d’intérêts … Soucieux de prévenir toute anarchie, le point intervint et mit des limites là où il le fallait, secondé dans cette tâche par la virgule. Les lettres se firent toutefois rebelles et tirèrent certains points dans leur camp, ce qui fut du plus bel effet. Jugez plutôt : oïez les oies ! Ce type d’association ne fut point fait pour durer et on se sépara définitivement ; ce qui s’ensuivit fut appelé langue. C’était il y a longtemps. Et depuis, il est devenu difficile de dire la même chose en des lieux différents. Bien des lunes après, un petit groupe issu d’un milieu idiomatique intrépide releva le défi appelé « Commémoration de la Réforme ». La mission ? Trouver quelque chose, un objet, un mot, une image qui parle aux gens :

« Bonjour, je suis la commémoration de la Réforme ». Ce qui semble relativement basique à première vue l’est moins quand on pense que le défi doit être relevé en plusieurs langues, Babylone oblige. On fit donc appel à un partenaire professionnel, trouvé dans le groupe zurichois Wirz. Une phase créative commença alors. Ce qui s’y passa relève de l’histoire. Mais à un moment décisif, une lettre a dû monter dans le train en marche, le R, ce vieux révolutionnaire. Se sentant à l’abri des regards, un point, un deuxième point, une virgule et un trait se sont mis à dessiner des visages. Alors, le R est sorti du rang et a commencé à jouer un rôle clé, déclamant : « Réforme ! ». Une fois a suffi. Mais d’emblée en trois langues. Voici les 500 ans de la Réforme ! On s’est encore battu. En général pour des mots, rarement pour préserver la façade et une fois seulement pour garder le souffle. Car il venait de se poser là, le logo officiel de la commémoration de la Réforme en Suisse. <


36 bulletin Nº 1/2014 Le logo du jubilé

Un logo qui marque Une marque générique pour affirmer visuellement les festivités de commémoration de la Réforme et favoriser sa reconnaissance : la Réforme est une démarche dynamique aux facettes multiples et elle est bien davantage qu’un événement historique. Voilà ce qu’entend exprimer l’identité visuelle de la commémoration de la Réforme. Combinant image et parole, le logo donne une impression de clarté et de modernité ; il reste lisible même dans un format très réduit. Le fond chromatique vert est complété en fonction des logos utilisés dans les différentes Églises cantonales : le logo est ainsi chez lui dans toute la Suisse.

Inclusion dans les mots

Les différentes versions linguistiques


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Les versions individuelles des Églises cantonales

Applications en trois dimensions

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Dans ce numéro :

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Fabriquez votre R personnalisé Avec le présent bulletin, vous recevez votre R de la Réforme personnalisé. Pour le compléter, c’est très simple : montrez-nous dans quel contexte se trouve votre R et envoyez-nous une photo par courriel ou sur Facebook. 0 J N’hésitez pas à commander des maquettes supplémentaires ; vous trouverez toutes les informations utiles sur www.ref-500.ch. H

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38 bulletin Nº 1/2014 Le logo du jubilé

Adaptable à volonté La version de base du logo, un « R » fier et bien campé, dispose d’une variante à compléter librement. Ce « R » symbolise à lui tout seul et de manière bien vivante les multiples thématiques et les aspects que recouvrent la Réforme et son jubilé. Alors que ses contours sont fixes, le remplissage graphique se fait au gré des besoins et des exigences, à l’aide d’images, de dessins, de mots, de couleurs … Cette marge de manœuvre illustre bien la diversité de nos Églises, mais aussi leur unité en ce jubilé fêté en commun.

Give Aways

Arrière-fonds à choix


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Pages web et app

Facile à utiliser Le logo de la Réforme s’applique sur divers supports et produits. Les détails et les conditions figurent dans le manuel d’utilisation, disponible gratuitement sur le site www.ref-500.ch.

500 JAHRE REFORMATION

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Affiches et brochures

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40 bulletin Nº 1/2014

– Interview du chargé des festivités de commémoration de la Réforme

« Nous fêtons la liberté » La commémoration de la Réforme en Suisse sera une fête belle, grande et joyeuse, annonce Daniel de Roche, qui est chargé d’organiser cet événement au nom de la FEPS. Les festivités s’étendront sur près de vingt ans, entre 2017 et 2036. À leur terme, il s’agira d’établir un bilan. Entretien.

D

ès 2017, la Suisse commémorera la Réforme.Mais que va-t-on fêter au juste ? Daniel de Roche : la liberté de l’être humain. La Réforme est une histoire de liberté. Elle est la redécouverte de la liberté chrétienne sur la base de la lecture de la Bible. Les réformateurs ont constaté que l’amour divin fonctionne sans intermédiaire. C’est le baptême qui crée le lien avec Dieu.

les Lumières. Elle a aussi favorisé l’émancipation des villes et de la bourgeoisie, dans la mesure où les chrétiens se sont sentis compétents pour diriger l’Église et vivre en son sein. Ensuite, la Réforme a eu des effets considérables sur l’économie, les réformateurs ayant supprimé l’interdiction de pratiquer le prêt à intérêt. Enfin, les plus démunis ont également profité de la Réforme, Zwingli ayant insisté sur l’appartenance des pauvres au peuple de Dieu, et sur le fait que la communauté devait leur venir en aide.

Que cherchaient à atteindre les réformateurs ? Les réformateurs avaient la conviction que le Christ doit être au centre de la foi chrétienne. Si l’Église ne l’avait pas complètement oublié, il n’en demeure pas moins qu’elle comptait de nombreuses disputes en son sein sur la manière de comprendre l’être humain et Dieu. Les réformateurs ont alors dit la chose suivante : Dieu aime les humains, preuve en sont la Création et la venue du Christ. Cette certitude a eu un effet libérateur sur les humains, tout comme l’affirmation des réformateurs que l’Église n’est pas un intermédiaire indispensable pour bénéficier de l’amour de Dieu. La foi est nécessaire. L’Église n’est qu’un instrument qui œuvre à ce que les humains puissent et veuillent croire. L’Église n’est pas un instrument de domination.

Pourquoi avoir choisi 2017 pour lancer les commé­ morations? Quelle sera la durée des festivités ? En 2017, les caméras et l’attention générale seront dirigées sur les Églises issues de la Réforme et sur celles et ceux qui les représentent. Il s’agit de l’année où les commémorations de la Réforme démarreront dans le monde entier. Même si, en Suisse, le mouvement de Réforme n’a réellement pris son envol que quelques années plus tard, les Églises suisses font partie de l’Europe chrétienne et protestante. 2017 verra donc le coup d’envoi des différentes manifestations de commémoration en Suisse. Ce sera l’année des célébrations nationales, sous l’égide de la Fédération des Églises protestantes de Suisse. Puis, les commémorations seront organisées par les cantons, à commencer par Zurich en 2019. Ensuite, les festivités s’étendront des Grisons à Schaffhouse, de Bâle à Berne, de Genève à Neuchâtel, jusqu’en 2036. Genève et Vaud, ayant adopté la Réforme en 1536, organiseront le bouquet final. La FEPS tirera un bilan de ces activités en 2037, l’objectif étant un

Quels sont les effets de la période de la Réforme en Suisse? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Tout d’abord, la Réforme a conféré davantage de liberté aux villes, un processus qui s’est poursuivi durant


renforcement de la foi chrétienne dans les Églises tant protestantes que catholiques. Par quels moyens la FEPS entend-elle faire connaître la commémoration de la Réforme ? Le congrès préparatoire qui a eu lieu l’an dernier à Zurich et que nous avions organisé conjointement avec l’Église évangélique allemande (Evangelische Kirche in Deutschland) a permis de nouer de nombreux contacts tant entre personnes qu’entre institutions, notamment avec les Églises sœurs allemandes qui ont déjà entamé la décennie commémorative. En Suisse, les commémorations sont lancées par la FEPS. Nous invitons les paroisses, c’est-à-dire la base, à mener une réflexion sur le message essentiel de l’Évangile à notre époque. Nous souhaitons que la campagne prenne petit à petit de l’ampleur. Mais surtout, nous voulons une fête qui soit belle, grande et joyeuse. Nous commençons donc la célébration dès aujourd’hui. Nous avons produit un logo que nous proposons aux Églises et à tous les milieux intéressés : il s’agit d’un grand R majuscule, dans la « tête » duquel les Églises peuvent insérer leurs armoiries cantonales, leur logo, la tête de leur réformateur local. Ce R sera l’image de marque de la commémoration de la Réforme.  <

 DANIEL DE ROCHE est membre du Conseil de la FEPS ; il est chargé par ce Conseil d’organiser la commémoration de la Réforme en Suisse. L’interview était menée par Thomas Flügge.

Compléments d’information

Interview en vidéo : Daniel de Roche, chargé des festivités de commémoration de la Réforme (en allemand) https://vimeo.com/90664717


42 bulletin Nº 1/2014

– 500 ans de la Réforme

Quels projets pour la FEPS ? Participation de la base, interactivité, ouverture vers l’avenir, concept de communication coordonné et différencié, telles sont les quatre caractéristiques – typiquement réformées ! – des projets que la FEPS entend lancer avec ses Églises membres en vue des 500 ans de la Réforme en 2017. PAR SERGE FORNEROD *

S

ous le titre « nos thèses pour l’Évangile », la FEPS invite toutes les paroisses et personnes intéressées à discuter des thèmes centraux de la foi et à élaborer et rédiger « nos thèses pour l’Évangile 2017 ». S’inspirant de l’initiative prise par l’Église protestante unie de France, la FEPS va adapter le matériel facile d’accès de l’EPUdF et, dès 2015, le mettre à disposition des paroisses pour travailler pendant une année au moins sur les questions centrales de la foi. Ce travail, mis en œuvre, coordonné et animé par les Églises cantonales, sera consolidé sur le plan cantonal, puis remis à la FEPS fin 2016. Une synthèse nationale sera élaborée avec ce matériel et servira de fil rouge pour les activités régionales et locales dans les diverses Églises cantonales en 2017. Par ce processus participatif partant de la base, chaque Église, chaque paroisse, aura l’occasion de contribuer à cette sorte de mise à jour de ce qui fait le cœur de la foi protestante, cinq cents ans après la Réforme. Grâce à cette méthode du bas vers le haut, le résultat final aura une plus-value et une légitimité accrue. Le document de synthèse permettra à la FEPS de communiquer à l’extérieur au nom de ses Églises membres sur l’interprétation qu’elles se font du message ou des thèmes centraux de la Réforme. Cela, en particulier lors des échanges et manifestations internationales qui se dérouleront en 2017 à l’étranger, en particulier en Allemagne.

Interactivité et ancrage local

La théologie de la Réforme est une théologie de dialogue, qui tente de réactualiser le message de l’Évan-

gile pour chaque situation. Qui dit participation dit interactivité et dialogue. Le site internet www.ref-500.ch qui sera ouvert lors de l’Assemblée de délégués de l’été 2014 mettra à disposition non seulement des ressources et lectures de référence, mais aussi un lieu de débat et de dialogue interactif pour échanger sur les défis auxquels nos Églises doivent répondre en vue de ces célébrations. Le 31 octobre 2017, la Fédération affichera publiquement « nos thèses pour l’Évangile ». Lors du dimanche de la Réforme qui suivra, le 5 novembre 2017, des cultes de fête se dérouleront dans tous les chefs-lieux et toutes les paroisses de Suisse selon la même liturgie.

Ouverture vers l’avenir

On l’aura compris : célébrer les cinq cents ans de la Réforme, ce n’est pas célébrer l’anniversaire d’une Église ou d’une confession. La Réforme fut et est encore la redécouverte du message libérateur de l’Évangile pour son temps et son contexte : que signifient pour nous aujourd’hui ce Kairos spirituel, la grâce justificatrice de Dieu, l’amour inconditionnel du Christ qui donne sa valeur à toute vie humaine en le justifiant ? Lancer une telle démarche dans nos Églises n’a rien de confessionnel ni de passéiste, mais concerne tout chrétien et toute personne en recherche spirituelle. C’est pourquoi la FEPS recommande vivement que ce travail de base sur le plan local se prépare et se passe le plus possible de manière œcuménique, et utilise cette occasion très spéciale pour se projeter dans l’avenir et repenser l’Église dans le monde de demain.


Une communication coordonnée et différenciée

Pour que tout cela fonctionne et ait un impact, il faut une unité et une identité visuelle claire, simple et forte. La FEPS ouvrira le site www.ref-500.ch sur lequel divers produits seront disponibles. Ce site sera marqué du logo « R » pour Réforme, et accompagné du titre « 500 ans de la Réforme ». Toutes les Églises cantonales ont choisi une déclinaison propre de ce même R, assurant ainsi à la fois une identité cantonale propre et l’unité des Églises issues de la Réforme en Suisse. Ce site comportera entre autres une page pour chaque Église cantonale lui permettant de poster directement ses réflexions, documents, projets. Cette marque « R » devra, au fil des années, s’imposer comme une marque distinctive et reconnaissable de ce projet et pourra se décliner en de multiples produits de toutes formes et de toutes tailles. Il va de soi que ce logo « R » devra être repris par toute manifestation prévue pour les cinq cents ans de la Réforme organisée par nos Églises membres. Il sera également disponible pour tous ceux qui veulent se joindre à l’esprit et aux objectifs des commémorations de « 500 ans de la Réforme » avec leurs projets. Tous ces projets ne seront possibles que si les Églises membres et plus encore les paroisses les font leurs et les mettent en œuvre avec leurs propres fantaisie et engagement. La FEPS prévoit encore d’autres événements, en particulier un week-end de la jeunesse protestante suisse, une manifestation musicale, une autre à caractère politique, une autre encore de type œcuménique. Vous pou-

vez les trouver dans les documents soumis à l’Assemblée des délégués de juin 2014 (www.feps.ch). Ceci marquera le coup d’envoi des activités de la FEPS, qui devraient s’achever en été 2018 avec l’Assemblée générale de la Communion d’Églises protestantes en Europe CEPE prévue à Bâle. Dès le début 2019, c’est le Canton et l’Église de Zurich qui reprendront le flambeau en se concentrant sur l’œuvre et la pensée de Zwingli.  <  * SERGE FORNEROD dirige le projet Festivités de la commémoration de la Réforme organisé par la FEPS

Compléments d’information

Interview en vidéo : Interview de l‘auteur Serge Fornerod https://vimeo.com/90736275


– Assemblée des délégués d'été 2014

Bainvgnü a Scuol


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L’Assemblée des délégués d’été 2014 de la Fédération des Églises protestantes de Suisse aura lieu à Scuol. Cette commune engadinoise fait partie de l’Église cantonale réformée évangélique des Grisons. Portrait.

PAR THOMAS FLÜGGE *

L

es Grisons n’ont rien de l’oignon, ni du point de vue de la couleur, ni du point de vue olfactif. D’ailleurs, l’oignon n’est pas un légume adéquat pour des collations cantonales. Sauf en ce qui concerne le principe des couches superposées : chaque couche en cache une autre, chaque réalité en camoufle une autre. Un phénomène passionnant. Les Grisons sont le plus grand canton de Suisse. Le Piz Bernina, qui culmine à 4046,6 mètres, est le sommet le plus élevé dans un périmètre de 138 kilomètres. Au-delà, il est dépassé de 225,3 mètres par le Finsteraarhorn, situé sur sol bernois. Les Grisons sont aussi le canton le moins densément peuplé du pays : on n’y trouve que 27 femmes, hommes et enfants par kilomètre carré en moyenne, alors que la moyenne nationale est de 196 personnes. Enfin, les Grisons comptent 150 vallées, 615 lacs (soit 41% de tous les lacs suisses) et 937 sommets montagneux. L’existence de trois langues officielles, soit l’allemand, le rhéto-romanche et l’italien, est une autre caractéristique des Grisons. Le rhéto-romanche se subdivise à son tour en cinq idiomes et l’allemand en deux groupes d’idiomes, à savoir l’allemand grison, qui relève du haut-alémanique et le walser, qui dérive de l’alémanique supérieur. Et n’oublions ni le patois de Samnaun, qui fait partie de l’idiome tyrolien, ni les patois italiens, qui appartiennent à la catégorie des dialectes lombards alpins : une diversité linguistique de tous les superlatifs. Est-ce que c’est clair pour vous ? À propos de clarté : l’expression bien connue « huara schön » (terriblement beau) est originaire des Grisons et provient de la racine « horrend » (terriblement). Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer à première vue, elle n’a rien à voir avec des associations terminologiques suspectes et il n’y a donc aucun lien entre « huara » et « Hure » (ou « Huere » en alémanique) », à savoir prostituée.

« Le plurilinguisme est aussi synonyme de pluralité culturelle dans notre canton aux 150 vallées », explique Andreas Thöny, président de l’exécutif ecclésial (Kirchenratspräsident) de l’Église réformée des Grisons, qui précise que les paroisses romanches publient des bibles et des psautiers dans chacun des idiomes rhéto-romanches.

En route pour Scuol

Pour accéder au lieu de réunion où se tiendra l’Assemblée des déléguées de l’été 2014, il s’agira de traverser le canton des Grisons d’ouest en est, jusqu’en Engadine et plus précisément en Basse-Engadine, en marge du Parc national suisse, dans le district d’Inn, arrondissement Suot Tasna, commune de Scuol, à 1250 mètres d’altitude. Les 2333 habitantes et habitants se répartissent à raison de 16 en moyenne par kilomètre carré ; la moitié parle le rhéto-romanche, 40 % l’allemand et 4 % l’italien. Et que parlent les autres, au fait ? « Les deux centres historiques de Scuol, marqués par les maisons engadinoises typiques, plongent les visiteuses et les visiteurs dans l’univers d’Ursli et de sa cloche », explique Andreas Thöny. Il fait référence à l’un des livres pour enfants les plus connus en Suisse alémanique, de l’auteur grison Alois Carigiet, et dont l’action est située à Guarda, village voisin de Scuol. « En hiver, le domaine skiable de Motta Naluns et les pistes situées le long de l’Inn offrent de magnifiques possibilités sportives. Par ailleurs, les randonnées dans le Parc national comptent parmi les plus belles expériences qui soient, notamment parce qu’on est pratiquement sûr d’y rencontrer des animaux sauvages. » L’histoire de l’Église réformée évangélique du canton des Grisons est issue d’une dispute religieuse, qui eut lieu à Ilanz en 1526. Le sud-est du territoire suisse actuel avait eu vent des idées réformatrices de Zwingli depuis un certain


46 bulletin Nº 1/2014 Assemblée des délégués d'été 2014 temps déjà, quand deux ordonnances ont bouleversé la République des Trois Ligues. Désormais, l’autonomie des communes se trouvait renforcée et ces dernières étaient par exemple libres de choisir leur confession. La majorité des citoyens décidèrent de se rallier aux confessions catholique-romaine ou protestante. Depuis, l’Engadine est protestante, à deux exceptions près. L’une d’entre elles estTarasp, commune voisine de Scuol, en possession habsbourgeoise et par conséquent opposée à la nouvelle confession. Sommés de céder Tarasp en 1803, les Habsbourg quittèrent la région, mais le catholicisme demeura. L’air de la région est-il si pur parce que le magnifique château de Tarasp fut racheté par Karl August Lingner ? Ce n’est qu’une hypothèse, mais n’oublions pas que M. Lingner est l’inventeur du bain de bouche Odol ! Au niveau des paroisses, l’œcuménisme est très bien ancré, estime M. Thöny : « Il y a beaucoup d’activités communes. » De même, l’entente avec l’Église catholique can-

tonale est bonne. Les difficultés apparaissent dans les relations avec l’ordinariat épiscopal. « Les avis divergent trop fondamentalement à propos de bien des sujets. » À l’exception de quelques Églises libres, on ne trouve guère d’autres communautés religieuses organisées dans les Grisons. Le nombre des communes qui choisirent le protestantisme allait grandissant, si bien qu’en 1537, un Synode grison se constitua, regroupant tous les pasteurs. Ce synode s’est perpétué jusqu’à ce jour. L’Église réformée évangélique du canton des Grisons compte quelque 72 000 membres, qui habitent dans une nonantaine de paroisses, elles-mêmessubdivisées en dix « colloques » régionaux. La direction générale de l’Église cantonale des Grisons est assurée par le Conseil de l’Église (Kirchenrat), composé de sept membres. Aujourd’hui, il est présidé par le président du groupe socialiste au Grand Conseil grison Andreas Thöny. Le Grand Conseil protestant (Evangelischer Grosser Rat) est l’organe suprême de l’Église. Il est composé de député-e-s des colloques, de politiciennes et de politiciens

– Le moyen traditionnel de se rendre au Synode : à pied. Une pratique restée vivante.


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protestants membres du législatif cantonal politique ainsi que de laïcs. Autre particularité grisonne : le Synode. Depuis 1537, il est l’organe où se retrouvent, une fois par année, les pasteures et les pasteurs à la retraite et non les fidèles, comme dans d’autres cantons. « Aujourd’hui encore, quelques pasteures et pasteurs effectuent à pied le trajet – parfois long de plusieurs jours – compris entre leur domicile et le lieu de réunion », relève avec plaisir le président de l’exécutif ecclésial. Le Synode est l’organe chargé d’évaluer les pasteurs qui ont été élus par une paroisse ; il a pour fonction de confirmer l’élection effectuée. Actuellement, le Synode est dirigé par le doyen Thomas Gottschall, de Trimmis.

80% des Grisonnes et des Grisons sont membres d’une Église

L’Église réformée des Grisons traverse une phase de mutation, comme toutes les Églises du pays. Une nouvelle structure a été adoptée il y a six ans, afin d’optimiser les ressources disponibles ; on a donc renforcé les collaborations entre les paroisses et on a cherché les effets de synergie au niveau régional. Il y a trois ans, l’Église réformée des Grisons a en outre entamé un processus qui doit mener à la révision de sa Constitution ; elle compte élaborer un texte fondateur fonctionnel et porteur d’avenir. Tout récemment, l’institution a surmonté une épreuve de toute autre nature : les Jeunes radicaux avaient lancé une initiative populaire en vue de supprimer l’impôt

ecclésiastique pour les personnes juridiques. Le peuple a balayé cette initiative avec 73 % de non, même l’Union cantonale des arts et métiers ayant recommandé de voter non. Le résultat de ce vote a montré aux protestants grisons que le travail accompli par les Églises cantonales est apprécié et reconnu. « Nous sommes heureux de savoir que le travail des Églises cantonales bénéficie d’une assise aussi large dans la population », constate M. Thöny. D’ailleurs, quelque 80 % de la population grisonne sont membres de l’une des deux grandes Églises cantonales : 35 % des Grisonnes et des Grisons sont protestants, alors que 45 % sont catholiques. Le président du Conseil de l’Église se réjouit de la visite des députées et des députés en provenance de toute la Suisse. « Pour commencer notre assemblée, nous célébrerons un culte quadrilingue dans le temple de Scuol situé sur un promontoire vertigineux qui surplombe l’Inn. Puis, un repas du soir vous sera offert dans un restaurant de montagne avec vue panoramique, à plus de 2100 mètres d’altitude et au son de musiques populaires. Enfin, nous proposerons un choix de trois activités : découverte de la fabrication du salsiz et de la viande séchée des Grisons dans une entreprise de salaison ; visite du village avec dégustation de diverses eaux minérales ; visite des coulisses des bains thermaux.  <  * THOMAS FLÜGGE, chargé de communication de la FEPS

« Le Seigneur gardera tes allées et venues, dès maintenant et pour toujours » : le verset 8 du Psaume 121, tel qu’il apparaît en romanche sur le porche.

Le président du Conseil de l‘Église, Andreas Thöny, dans la salle du Grand Conseil à Coire.


trickbuero.ch

48 bulletin Nº 1/2014

La révision de la Constitution se poursuit. L’Assemblée des délégués d’été 2014, qui aura lieu à Scuol (GR), sera prolongée d’un jour pour donner l’espace requis aux débats et aux échanges sur ce thème clé de la législature.


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– Dieu n’a pas « résigné son droict »

La révision de la Constitution de la Fédération des Églises protestantes de Suisse d’un point de vue théologique Le débat sur la révision de la Constitution a réinscrit aux agendas de la théologie et de la politique ecclésiale la question de la définition de l’Église au sens protestant. L’Assemblée des délégués d’été 2014 décidera des prochaines démarches.

PAR FRANK MATHWIG *

L

a procédure de consultation sur l’avant-projet de Constitution est terminée, les réponses – en partie très différenciées – ont été évaluées et les résultats de cette procédure vont être publiés. Contrairement à un match de football, une procédure de consultation ne livre pas de résultats clairs : après le match, on sait quelle équipe a gagné (pour autant qu’il y ait une équipe gagnante) ; il en va tout autrement pour la procédure de consultation. Seul point commun : dans les deux cas, après le match, c’est aussi avant le match. Alors, comment continuer ? À première vue, il convient de remanier l’avant-projet mis en consultation en fonction des réponses obtenues, ou alors d’intégrer la totalité de ces réponses, ou encore, dans le cas extrême, de rejeter en bloc cet avant-projet. Ce sont des stratégies pragmatiques, orientées vers le résultat, courantes en politique. Toutefois, un projet de constitution ecclésiale

n’est pas uniquement une démarche politique ; il contient aussi des aspects juridiques dont il faut tenir compte. Ce double aspect rend le processus plus complexe et plus exigeant qu’un processus politique ordinaire ; de plus, il intervient dans un contexte défini par des critères non seulement politiques et juridiques, mais encore théologiques et ecclésiologiques. En prenant du recul par rapport à l’avant-projet de Constitution, on aperçoit des perspectives et des ouvertures qui dépassent largement le cadre habituel des échanges d’arguments « pour » et « contre ». Citons un seul cas représentatif de ce phénomène : la relation entre l’Église et la politique, et plus précisément entre ecclésiologie et politique ecclésiale. Ce lien nous paraît si évident que, fréquemment, nous n’avons pas conscience du niveau sur lequel nous discutons. Le défi posé par la différence à établir entre esprits politiques (ecclésiaux)


50 bulletin Nº 1/2014 Révision de la Constitution et ecclésiologiques n’est pas nouveau. La deuxième des Thèses de Berne de 1527 s’efforce déjà de clarifier la situation : «L’Église du Christ ne crée pas de lois et de commandements sans la Parole de Dieu. Par conséquent, les règles édictées par les hommes appelées ‹ lois de l’Église › ne nous engagent que dans la mesure où elles émanent de la Parole de Dieu. »

L’Église et le droit

Cette deuxième Thèse de Berne ne signifie pas le rejet de la politique étatique ou des dispositions qui sont à la base du droit ecclésial. Elle rappelle plutôt que la Bible est la référence incontournable en matière de réglementations et de lois ecclésiales. Le principe protestant «  Seule l’Écriture  » (sola scriptura) régit aussi la structure fonctionnelle de l’Église. L’État définit le cadre général, la portée et le degré d’intervention des réglementations ecclésiales, alors que la perspective biblico-théologique fournit les critères qui déterminent leur contenu. Cette séparation des fondements législatifs découle d’une différence essentielle : contrairement à toutes les autres institutions étatiques, le droit ne génère pas l’Église, mais se contente de réglementer les conditions générales de son existence. L’existence de l’Église est indépendante de tout pouvoir législatif positif, car c’est Dieu en Jésus-Christ qui est le fondement, le maître et le but de son Église. L’identité ecclésiale n’est pas seulement du ressort du culte dominical ; elle constitue une frontière stricte à la fonction du droit pour et dans l’Église. L’Église ne transgresse pas l’ordre étatique et social, mais elle ne s’identifie pas à lui.

définitions valables selon des critères créés par l’humain ne peuvent avoir qu’une signification d’ordre inférieur et non de principe. Deuxièmement, le principe démocratique est une procédure de légitimation dans le cadre de la prise de décisions. On considère qu’une loi est légitime si, lors d’un vote effectué dans les règles, elle a obtenu la majorité des voix. C’est le respect de la procédure de vote qui détermine l’issue de ce vote, indépendamment du contenu, des auteurs, des initiateurs et des conséquences escomptées. L’ordre ecclésial presbytérien et synodal a des objectifs différents. Il refuse précisément de remplacer le débat sur un sujet ou la dispute pour arriver à la vérité par une procédure formelle. La participation synodale cherche à clarifier des contenus au travers de la communauté des sœurs et des frères inspirée par l’esprit. Les textes traditionnels parlent d’une unanimité inspirée par l’Esprit (magnus consensus), de la volonté de parler d’une voix, avec courage et vaillance, ou, pour reprendre les termes d’Ac 15, 28, qui résument de manière implacable la formule synodale : « L’Esprit saint et nous-mêmes, nous avons en effet décidé … »

– « Comme si Dieu, en ordonnant des hommes mortels pour dominer, leur avoit résigné son droict ! »

L’Église et la démocratie

La détermination théologique de la politique s’applique aussi à l’intérieur de l’Église. Incontestablement, la démocratie politique moderne a beaucoup appris des réformes ecclésiales entreprises au moment de la Réforme. Les liens entre démocratie et Réforme sont si évidents que nous tendons à considérer la démocratie comme un principe protestant. Deux objections à cet amalgame : premièrement, Jésus-Christ seul (solus Christus) est la base et l’origine de l’Église (principium) ; par conséquent, les

Fédération ou communauté ?

Aux termes biblico-théologiques, l’Église est l’un des corps de la communauté chrétienne unique, à la tête de laquelle se trouve le Christ. En Suisse et du point de vue organisationnel, les Églises réformées ne dépassent pas le niveau d’une fédération purement fonctionnelle. La différence qui existe entre les dispositions juridiques et ecclésiologiques des Églises membres et la nature purement fonctionnelle de la Fédération des Églises constitue un abîme qui rend impossible la nature unique de l’Église. Cet abîme ecclésiologique n’est pas aisé à franchir ; une telle démarche nécessite une préparation soigneuse. Par ailleurs, la longue tradition des Églises cantonales pèse de tout son poids. Toutefois, en sa qualité de plaidoyer purement historique et politique, la preuve de sa pertinence ecclésiologique doit être apportée spécifiquement : il s’agit de moins de rien que de l’unité « visible » de l’Église, réaffirmée surtout par les milieux protestants. L’actualité de ce questionnement se manifeste dans une observation surprenante : dans ce contexte, les Églises protestantes, qui doivent leur existence à la critique radicale de tradi-


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tions dépassées, se réfèrent elles-mêmes à la tradition de manière exclusive. Il y a de quoi réfléchir …

L’Église et la politique

Le débat à propos de la Constitution de l’Église a remis à l’ordre du jour de la théologie et de la politique ecclésiale la question de la définition de l’Église dans l’optique protestante ainsi que celle de sa forme juridique. Ce simple fait justifie qu’on se donne la peine d’y répondre. Il vaut la peine d’approfondir les aspects biblico-théologiques et les aspects ecclésiologiques : les confronter à des arguments politiques leur confère le poids ecclésial requis. Les perspectives ecclésiologiques et les perspectives qui relèvent de la politique ecclésiale se réfèrent à une constatation qu’elles partagent : « Comme si Dieu en ordonnant des hommes mortels pour dominer, leur avoit résigné son droict. (…) Louange à Dieu ! » Ces phrases, qui viennent conclure l’« Institution de la religionchrétienne », de Jean Calvin, et qui définissent les relations entre l’Église et l’État, se transposent, par analogie, aux relations internes qui régissent les organes de l’Église. En transposant les termes de Calvin à ce niveau, on obtient l’énoncé suivant : en nous confiant, à nous, chrétiennes et chrétiens, les tâches de conception et de direction de l’Église, Dieu n’a pas pour autant renoncé à son droit dans et sur son Église. Forte de cette constatation, la révision de la Constitution doit donc se poursuivre, à partir de là où se termine l’« Institution » de Calvin. <  * FRANK MATHWIG, chargé de théologie et d’éthique à la FEPS

Compléments d’information

Interview en vidéo : Interview avec Peter Schmid, docteur h.c. ès théol., vice-président du Conseil https://vimeo.com/90745741


52 bulletin Nº 1/2014

– Publication

Stadtarchiv/Museum Neustadt an der Weinstrasse

Le catéchisme de Heidelberg, un texte clé du protestantisme

Zacharias Ursinus enseignait à l’Université de Heidelberg lorsqu’il fut chargé par le prince électeur Frédéric III d’élaborer les bases du catéchisme de Heidelberg.


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Les textes qui découlent du cycle de conférences consacrées au catéchisme de Heidelberg à l’Université de Berne viennent de paraître aux éditions TVZ. Parmi les auteurs, citons notamment Gottfried Locher et le cardinal Kurt Koch. PAR MARTIN HIRZEL *

M

i-avril se terminait l’année de commémoration de la publication du catéchisme de Heidelberg, il y a 450 ans. À cette occasion, les Églises protestantes du monde entier se sont penchées avec joie et curiosité sur ce texte qui compte parmi les écrits réformateurs les plus largement diffusés et qui fut couramment utilisé par les catéchumènes suisses jusqu’au XXe siècle. Au cours de cette année commémorative, il ne s’agissait pas seulement de rappeler l’historique de ce catéchisme commandité par l’électeur palatin du Rhin Frédéric III et fortement influencé par la Réforme de Zurich, mais aussi d’analyser son effet et ses impulsions sur les chrétiens et sur l’Église d’aujourd’hui. En collaboration avec la Faculté de théologie de l’Université de Berne et avec les Églises réformées Berne– Jura–Soleure, la FEPS a organisé un cycle de conférences à ce sujet durant le printemps 2013. Placé sous le titre « Der Heidelberger Katechismus als reformierter Schlüsseltext » (Le catéchisme de Heidelberg, analyses et impact actuel du point de vue historique, dogmatique, éthique, théologique pratique et œcuménique), ce document a fait l’objet de nombreuses études et des liens ont été établis avec le présent. Ces contributions, qui comprennent notamment des textes de Gottfried Locher et du cardinal Kurt Koch, viennent d’être publiées aux éditions Theologischer Verlag Zürich (en allemand).

immédiatement et sans intermédiaire. Par conséquent, et malgré les critiques qu’on peut apporter, le catéchisme de Heidelberg constitue la « quintessence du christianisme », le fondement sur lequel peut s’appuyer une communauté œcuménique en devenir. Cette quintessence apparaît de manière emblématique dans la première question du catéchisme : « Quelle est votre unique consolation, tant dans la vie, que dans la mort? C’est que tant par le corps que par l’âme, soit dans la vie, soit dans la mort, j’appartiens, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ, mon fidèle Sauveur. » La certitude dont bénéficient la chrétienne, le chrétien et qui traverse le catéchisme de Heidelberg comme un fil rouge provient de son ancrage en Dieu lui-même. Cette certitude trouve une formulation inégalée dans le dernier jeu de questions-réponses du texte : « Que signifie le mot ‹ amen › ? Il signifie, cela est vrai et assuré ; en effet, il est beaucoup plus sûr que Dieu exauce ma prière qu’il ne soit sûr que je sente dans mon cœur le désir que j’en ai. » <  * MARTIN HIRZEL, chargé de l’œcuménisme et des communautés religieuses à la FEPS

La quintessence du christianisme

Paolo Ricca, professeur émérite de la Faculté vaudoise de théologie de Rome, traite « le catéchisme de Heidelberg dans une perspective œcuménique ». Il estime que ce catéchisme constitue « l’une des représentations les plus abouties, les plus riches et les plus fouillées de la foi chrétienne ». Selon lui, ce texte est « chrétien » au meilleur sens du terme, c’est-à-dire intrinsèquement « œcuménique ». Cette qualité se manifeste dans le fait qu’il propose une foule de références bibliques et que son aspect didactique est présenté de manière à alimenter la foi

Martin Ernst Hirzel, Frank Mathwig, Mathias Zeindler (éd.), Der Heidelberger Katechismus – ein reformierter Schlüsseltext, TVZ, Zurich 2013 (reformiert ! Vol. 1). ISBN 978-3-290-17709-6


54 bulletin Nº 1/2014

– Les 80 ans de la Déclaration de Berne de la FEPS

Toujours endormies, les Églises ? Qui connaît encore la Déclaration du Comité de la Fédération des Églises protestantes de Suisse du 21 mars 1934 (ou Déclaration de Berne) ? Seule la date suggère une proximité avec la « Déclaration sur la situation actuelle de l’Église évangélique allemande » (« Erklärung zur gegenwärtigen Lage der Deutschen Evangelischen Kirche »), adoptée deux mois plus tard, le 31 mai 1934, lors du premier synode de l’Église confessante, à Wuppertal. Alors que ce dernier document est devenu, s’ous le titre de Déclaration théologique de Barmen, emblématique de la lutte des Églises contre la terreur d’État et la répression dans le monde entier durant la seconde moitié du XXe siècle, la Déclaration de Berne est restée, elle, pratiquement inconnue, même dans son pays d’origine.

PAR FRANK MATHWIG *

E

n 1936, Karl Barth se demandait – la question est embarrassante – si le protestantisme suisse allait émerger de son sommeil, comme l’Église confessante allemande s’apprêtait à le faire, ou s’il entendait continuer à dormir, comme il le faisait depuis des siècles. En posant cette question, le théologien a lui aussi dû être en proie à un profond sommeil, il se serait remémoré sinon ses propos concernant la Déclaration de Berne de 1934. Il écrivait alors à Heinrich Vogel : «La Fédération des Églises protestantes de Suisse s’apprête elle aussi à prendre position au moyen d’une déclaration de type confessant. » À son frère Peter, il faisait remarquer dans une lettre que « la Fédération des Églises protestantes de Suisse semble bien se mettre en marche ces jours-ci ».

La genèse compliquée de la Déclaration de Berne

La genèse de la Déclaration de Berne fut aussi complexe que son objet. Il suffit de relire la vaste gamme de journaux ecclésiaux qui existait à l’époque en Suisse pour se rendre compte à quel point les différentes tendances étaient déchirées à propos de la mise au pas du protestantisme allemand en 1933/1934 et des réactions à adopter. Adolf Keller, alors secrétaire de la Fédération des Églises protestantes de Suisse et auteur de la Déclaration de Berne, a mis le doigt sur le problème dans son abondante correspondance : d’un côté, une diplomatie ecclésiale sur la défensive face à l’Église évangélique allemande officielle avec laquelle elle entretenait d’étroits contacts, et face à l’opposition confessante qui se constituait et que l’on voulait évi-


Corbis

Les Églises suisses étaient profondément divisées quant au sens à donner à la mise au pas du protestantisme allemand en 1933–1934 et quant à la manière d’y réagir. Cependant a lieu à Berlin l’installation de Ludwig Müller, évêque de l’Église évangélique allemande à l’échelle du Reich.


56 bulletin Nº 1/2014 Les 80 ans de la Déclaration de Berne de la FEPS

La Déclaration de Berne Déclaration du 21 mars 1934 du Comité de la Fédération des Églises protestantes de Suisse 1.

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Pour une Église qui s’en réfère à la Réforme, la Bible, avec son Ancien et son Nouveau Testaments, est la seule source et norme de la proclamation, indépendamment de l’état de la recherche scientifique menée sur ce propos. Conformément à une définition généralement reconnue, le caractère de l’Église réformée se manifeste dans le fait qu’elle reconnaît Jésus-Christ comme seul Seigneur et qu’elle considère la foi en ce dernier comme la condition du salut, et non des avantages ou prestations pratiques, de quelque nature qu’ils soient. L’Église de la Réforme s’est battue pour la liberté de l’individu chrétien. La liberté spirituelle reste un élément central de la proclamation du message des Églises réformées. Une Église réformée, en conformité avec la confession de foi de la chrétienté réformée, est indépendante des particularismes nationaux et supranationale, puisque née de la vocation de Dieu. Ses enfants sont de tous les sangs, de toutes les races et de tous les peuples et en nous donnant son Église, il nous a donné une communauté d’esprit et de foi, mais non du sang, de la race ou du lien étatique. La détresse et la confusion qui prévalent dans les Églises de nombreux pays nous poussent à nous repentir sérieusement et à mener une réflexion commune sur la nature véritable de l’Église de Jésus-Christ et de sa proclamation, telle qu’elle a été ranimée par la Réforme et qu’elle doit sans cesse se renouveler.

ter d’exposer à des risques supplémentaires ; de l’autre côté, l’adoption du « status confessionis , compte tenu de l’état précaire dans lequel se trouvait alors l’Église. Finalement, ce sont les initiatives des Églises membres qui poussèrent la Fédération à cesser de tergiverser et à agir. Début mars

1934, la « Communauté de travail théologique du canton de Berne » rédigeait un manifeste de solidarité avec la Ligue d’urgence des pasteurs allemande (Pfarrernotbund), envoyé à Berlin muni de plus de 600 signatures. Ce manifeste se fondait essentiellement sur une interprétation de la première thèse de la Dispute de Berne de 1527 : « La sainte Église chrétienne, à la tête de laquelle seul le Christ préside, est issue de la Parole de Dieu. Elle y restera et n’écoutera pas la voix d’un étranger. » Deux mois plus tard, la formule d’objection de la première thèse de Barmen s’inspirera de ce texte.

Pour beaucoup, la Déclaration de Berne était en quelque sorte une Déclaration de Barmen ‹ light ›

Du point de vue théologique, les Déclarations de Berne et de Barmen ont en commun un même texte fondateur, la Déclaration au sujet d’une juste compréhension des confessions de foi des réformateurs dans l’Église évangélique allemande contemporaine de Karl Barth (janvier 1934). Elles partagent aussi le fait que Barth ait activement participé à la rédaction des deux documents. Les Thèses de Berne étant rédigées dans un style libéral, renonçant aussi bien aux citations bibliques qu’à la structure ternaire ‹ contexte biblique-thèse-objection › adoptée dans la Déclaration de Barmen, nombreux étaient celles et ceux qui voyaient dans la Déclaration de Berne une sorte de « version light » de celle de Barmen. Les avis divergent toutefois concernant la raison de cette « élémentarisation » : est-elle le résultat d’une absence de profondeur théologique ou celui d’une volonté délibérée, afin d’éviter toute radicalisation théologique nuisible au consensus œcuménique ? Or, une thèse est toujours caractérisée par une objection, une antithèse, une formule qui capte l’attention ou une instruction qui invite le lecteur à se réorienter. Une thèse est ouverture hésitante et non strette finale brillante. La Déclaration de Berne resta d’emblée méconnue. Le Conseil synodal bernois est le seul à s’être prononcé sur le texte. Dans le procès-verbal de sa séance d’avril 1934, on lit à ce propos : « Le Conseil synodal prend acte d’un message de la Fédération des Églises protestantes adressé aux chrétiens d’Allemagne. » Cette réaction passe largement à côté des intentions de la Déclaration : bien que conçue comme réponse au service des affaires extérieures de l’Église évangélique allemande à Berlin, la missive d’Adolf Keller s’adressait aussi à un public nettement plus large. Théologien suisse et partisan de l’œcuménisme, il


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visait tant sa propre Église que la situation de l’Église dans le monde. La cinquième thèse explique comment allier ces deux aspirations : « La détresse et la confusion qui prévalent dans les Églises de nombreux pays nous poussent à nous repentir sérieusement et à mener une réflexion commune sur la nature véritable de l’Église de Jésus-Christ et de sa proclamation ».

L’Église devient ici cause commune, réunissant frères et sœurs

Si la parenté avec la première thèse du projet de Barth est évidente, il n’en demeure pas moins que des différences fondamentales la distinguent de ce projet et de la Déclaration théologique de Barmen. Barth et Barmen formulent leurs thèses à l’adresse des chrétiens d’Allemagne, selon le contexte de leur Église. Les thèses de Berne, en revanche, s’adressent aussi bien à l’Église allemande qu’à celle de Suisse ; l’habileté du propos réside précisément dans ce double destinataire. On aurait en effet pu s’attendre à une mise en garde ou à un encouragement adressé aux chrétiens allemands, à prendre également au sens d’appel lancé à sa propre Église. La forme de la thèse publiée, où les Églises protestantes allemande et suisse se trouvent unies dans le « nous » du repentir et dans la confession d’une Église unique et vraie, est à la fois surprenante et unique en son genre : il ne s’agit pas de deux Églises qui pratiquent un nombrilisme collectif, mais du rapprochement sous une même croix. L’Église devient ici cause commune, réunissant frères et sœurs.

Les citations sont tirées des textes suivants : Karl Barth zum Kirchenkampf. Beteiligung, Mahnung, Zuspruch. Theologische Existenz heute, Heft 49, Munich 1956. Birger Maiwald, Ökumenischer Kirchenkampf. Die «Berner Erklärung» des Schweizerischen Evangelischen Kirchenbundes von 1934, Berne 1997. Martin Sallmann / Matthias Zeindler (Éd.), Dokumente der Berner Reformation : Disputationsthesen. Reformationsmandat. Synodus, Zurich 2013.

La portée de la Déclaration de Berne dépasse celle de tous les documents comparables de son temps

La portée de la Déclaration de Berne dépasse celle de tous les documents comparables de son temps par un autre aspect encore. La première thèse postule que « la Bible, avec son Ancien et son Nouveau Testaments », constitue la source et la norme uniques de proclamation de l’Église. « Sola scriptura » – seule l’Écriture – est un aspect qui apparaît bien entendu aussi dans les réflexions de Barth et de Barmen. Mais compte tenu du fait que la Déclaration théologique de Barmen évite soigneusement toute citation biblique de l’Ancien Testament et que Barth lui aussi évite toute allusion à la partie judaïque de la Bible (ce qu’il regrettera explicitement par la suite d’ailleurs), la précision « la Bible, avec son Ancien et son Nouveau Testaments » prend tout son poids : la Parole de Dieu, qui constitue le fondement de l’Église, est Sa Parole adressée aux juifs et aux chrétiens. L’ambivalence subsiste lorsque, à la recherche d’une affirmation explicite, il faut lire méticuleusement entre les lignes. Si, dans la perspective actuelle, la référence à une Parole commune nous semble bien hésitante, elle était unique en son genre parmi les confessions de son époque. Le rappel de la genèse de la Déclaration de Berne, quatre-vingts ans après, est aussi, il faut l’admettre, l’occasion de constater que ses thèses n’ont fait l’objet d’aucune publication, d’aucune demande ou qu’elles sont tout simplement tombées dans l’oubli. La Déclaration de Berne était condamnée à provoquer une controverse insurmontable, tant les positions théologiques et l’attitude des Églises envers les chrétiens allemands étaient inconciliables. Le document de la Fédération des Églises protestantes de Suisse eut surtout le mérite de soulever une question fondamentale : celle de la nécessité de professer une confession de foi commune. Ici, la Déclaration de Berne fut aussi d’emblée le reflet et la victime de la crise confessionnelle protestante héritée du XIXe siècle. Or, conflits et crises sont d’inconfortables oreillers. Les Églises n’ont pas dormi mais elles en restent aujourd’hui encore à l’ouverture de l’œuvre musicale, faisant fi de toutes les occasions qui auraient pu les inspirer à poursuivre la composition d’une partition confessante, dont l’écriture commença en 1934.  <  * FRANK MATHWIG, chargé de théologie et d’éthique à la FEPS


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– Interview de Niklaus Peter, membre du jury

« Une bonne prédication est une prédication en lien avec la vraie vie »

Cet article est paru dans le périodique «Doppelpunkt» (9/2014). Publié ici avec l’autorisation de CAT Medien AG.

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À l’occasion du Dimanche de la Réforme 2014, la Fédération des Églises protestantes de Suisse lancera pour la première fois un Concours de prédication. En primant des prédications de qualité, elle entend déclencher un débat sur la forme artistique unique en son genre qu’est la prédication. Niklaus Peter, membre du jury de la Commission de la FEPS, présente les critères qui distinguent une bonne prédication.


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M

onsieur Peter, que représente l’activité de prédicateur pour vous ? J’aime beaucoup prêcher. La prédication est une forme de communication unique en son genre dans notre société médiatisée. Une bonne prédication est un moment de calme, passé à se concentrer sur la Parole. Ce sont la présence et le contenu qui importent, et non les fioritures.

Lorsqu’on entend « Concours suisse de la prédication », on se pose la question : la prédication suisse est-elle en crise ? Je répondrai : oui et non. L’idée fondamentale qui est à l’origine de ce concours est comparable à un prix littéraire : il s’agit de chercher de bons textes afin de stimuler leur production. Car la prédication est un bien culturel précieux dont la portée dépasse les milieux de l’Église. Une bonne prédication permet à l’auditoire de recevoir un élan pour la semaine à venir, des paroles vivifiantes, des repères. On assiste évidemment aussi à des phénomènes décourageants dans nos temples. Le concours tient donc à honorer les « bonnes pratiques ». L’attention ne porte pas sur la crise, mais sur un bien culturel entretenu dans notre Église de la Parole. Le concours, en sa qualité d’instrument de l’économie de marché, est-il un moyen adéquat pour ranimer la culture de la prédication ? Le but du concours n’est pas de générer des héros, mais de primer des réussites. Une dispute peut se passer de manière constructive. Dans un hôpital, le ton de la prédication ne sera pas le même qu’au Fraumünster ; si on tient compte de ce principe, on a compris le fonctionnement de la communication. Concrètement, les critères d’évaluation du concours sont une argumentation théologique solide et un message pertinent, avec une référence fondamentale à la foi chrétienne. Il s’agit aussi d’évaluer la structure, qui doit être reconnaissable, dans la mesure où une bonne rhétorique tient compte des destinataires du message ; une structure adéquate se compose d’une introduction, qui ouvre la porte d’un espace-temps, d’un développement dynamique et d’une conclusion qui rassemble les différentes trames qui ont été développées auparavant. Le jury apprécie les métaphores vivantes et la profondeur du message biblique et veille à ce que la prédication soit en phase avec la vie actuelle.

En principe, une prédication est unique, destinée à un public particulier … Ce n’est pas tout à fait le cas : de tout temps, il y a eu des prédications faites pour être relues par la suite. Au Fraumünster, nous proposons les textes de 250 prédications que nous envoyons aussi par courriel et qui sont disponibles sur notre site internet. Bien entendu, le facteur de l’unicité subsiste, dans la mesure où la prédication a été composée pour un dimanche particulier, qu’elle est assortie de prières correspondantes, que la musique a été soigneusement choisie et qu’elle s’adresse à une assemblée particulière. C’est un événement cohérent. On peut néanmoins considérer une prédication indépendamment de son contexte. L’expérience le montre : les échanges sur une prédication réussie sont très fructueux. Personnellement, je suis membre d’un groupe de ministres qui lisent mutuellement leurs prédications ou qui en écoutent l’enregistrement. C’est une manière de faire très stimulante, qui évite que les perspectives ne deviennent trop restrictives. Dans mon expérience, parler des prédications est plutôt tabou. Justement ! J’ai moi aussi fait cette expérience. Le concours de prédication veut montrer que la prédication

Niklaus Peter est pasteur au Fraumünster de Zurich et membre du jury du « Concours de prédication »


60 bulletin Nº 1/2014 Prix Suisse de la prédication: Interview de Niklaus Peter, membre du jury est un bien culturel dont il faut prendre soin. Nous espérons que ce message touchera même les plus sceptiques. Imaginez seulement le nombre de métaphores de la Bible qui apparaissent dans la littérature mondiale ! Ces métaphores ont été véhiculées par des prédications de qualité. La prédication a contribué à édifier une culture de la lecture et de l’interprétation qui dépasse le cadre ecclésial. L’Église de la Parole veut précisément renforcer la Parole. Une publication rassemblera des prédications réussies. L’homilétique classique nous enseigne qu’il y a une interaction entre le prédicateur, l’auditoire et le texte. Le concours de prédication donne l’impression qu’il s’adresse en premier lieu aux ministres. Ce n’est pas le cas. Les fidèles qui ont entendu de bonnes prédications peuvent encourager leur prédicatrice/leur prédicateur à participer au concours. La prédication est effectivement l’affaire des théologiens. Mais sans assemblée, il n’y a pas de culture de la prédication : le rôle du prédicateur ou de la prédicatrice n’est pas de proclamer uniquement ce que l’assemblée veut entendre. Toute prédication contient un aspect prophétique et critique.

eux aussi une partie intégrante. Cependant, durant les quinze minutes environ que dure la prédication, l’attention est portée sur le verbe. Le verbe stimule la pensée, permet à l’esprit de se concentrer. Le présent est réellement présent, mais aussi l’histoire biblique et les questions fondamentales de l’existence : d’où viens-je ? Où vais-je ? Protégeons-nous des fausses spiritualités et du narcissisme. C’est même le propre de l’Église protestante de miser sur la Parole. La Réforme a diffusé le principe « sola scriptura » – seule l’Écriture. La Bible est-elle une base suffisante pour la prédication ? Certaines situations de vie n’y apparaissent pas, Jésus est mort jeune. Voilà justement le point crucial. Prédication n’est jamais synonyme de fondamentalisme, de biblicisme ou d’adoption inconditionnelle de la vision du monde qui prévalait aux temps bibliques. Paul dit à ce propos : « La lettre tue, mais l’esprit vivifie. » Le rôle de la prédication est précisément de faire traduire l’essence de la Parole divine vivante par des personnes d’aujourd’hui, pour des personnes d’aujourd’hui.

– « La prédication a le mérite de traduire, pour nous qui vi­vons aujourd’hui, la quintessence de la Parole de Dieu vivante, par l’intermédiaire de femmes et d’hommes vivants. »

Savons-nous encore écouter ? Ou la prédication devient-elle un produit de niche dans notre société saturée d’images ? Je ne crois pas qu’il y ait un problème au niveau de l’écoute. Il est bien clair que depuis Gotthelf, le mode de communication a évolué. Mais la prédication continue de générer une introspection et une densification de la pensée. « La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l’écoute », disait Montaigne. Voilà la clé de toute bonne rhétorique : il ne s’agit pas d’endoctriner, mais de faire entrer l’assemblée dans le jeu, de la faire dialoguer sur les choses qui comptent dans notre vie. Selon Paul, c’est la prédication qui génère la foi. La foi est-elle encore communicable sous cette forme aujourd’hui ? La prédication n’est qu’un élément parmi d’autres du culte. Les prières, la musique et le silence en constituent

Une longue tradition de la prédication existe, marquée quasi exclusivement par les hommes, les femmes ayant longtemps été privées de parole. Comment le jury aborde-t-il la question du genre ? Les femmes qui exercent un ministère au sein de l’Église protestante ont exactement les mêmes droits que leurs collègues masculins. Il existe de nos jours une culture de la prédication forte, marquée par les femmes et de laquelle émane une force qu’on ne trouve dans aucune autre Église. Il existe des prédicatrices formidables, chaleureuses, qui ont l’expérience de la vie et qui ont une sensibilité qui fait souvent défaut chez les hommes. J’espère que le concours nous vaudra beaucoup de bonnes prédications qui illustreront cet aspect. Les femmes ont leur perception à elles du fondement du message. Le jury, quant à lui, est mixte.  <

NIKLAUS PETER est pasteur au Fraumünster de Zurich et membre du jury du concours. Interview : Katharina Buschor-Huggel.


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bulletin Nº 1/2014

La Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS


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– Voilà comment nous travaillons

La Fédération des Églises et son organisation Depuis sa fondation, en 1920, la Fédération des Églises protestantes de Suisse défend les intérêts de ses Églises membres ainsi que ceux du protestantisme au plan national et international. Nos activités en bref.

Comment nous fonctionnons Le Conseil

L’Assemblée des délégués

Le Secrétariat

Le Conseil est l’organe exécutif de la Fédération des Églises protestantes de Suisse. Il se compose de sept membres, élus par l’Assemblée des délégués pour une législature de quatre ans. La présidence du Conseil est une activité à plein temps. Durant la législature 2011–2014, cette présidence est assurée par Gottfried Locher, pasteur et docteur en théologie (sur la photo : au centre de l’image).

L’Assemblée des délégués est l’organe législatif (le parlement) de la Fédération des Églises protestantes de Suisse. Elle se compose de 74 membres, dont 70 sont élus puis délégués par les Églises membres. L’Assemblée des délégués siège deux fois par année : en juin, elle est l’invitée d’une Église membre et en novembre, elle se réunit à Berne.

Le Secrétariat est chargé de mettre en pratique les stratégies et les décisions du Conseil et de l’Assemblée des délégués en vue de réaliser les objectifs visés. Par ailleurs, il prépare les décisions du Conseil, traite de questions thématiques et développe des prises de position. Les quelque 35 collaboratrices et collaborateurs du Secrétariat fournissent des prestations de services pour les Églises membres et pour des institutions partenaires. Le Secrétariat est dirigé par le pasteur Philippe Woodtli.


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Ce que nous faisons Nous renforçons la collaboration et réaffirmons l’unité des Églises membres

Nous sommes la voix du protestantisme dans la société

Nous encourageons la mise en commun des forces en Suisse et œuvrons en faveur du resserrement des liens spirituels entre nos membres. Nous contribuons aussi à une compréhension homogène de questions théologiques, par exemple concernant la sainte cène, le bap-

Nous proposons une formulation de l’Évangile en phase avec notre époque et nous répondons aux questions qui préoccupent la société actuelle. Nous nous engageons pour que le protestantisme se fasse entendre dans cette société. Nous prenons part aux débats sociétaux et proposons des réponses aux questions politiques, sociales et éthiques de notre temps, telles que le

tême ou la consé­cration. Nous sommes un lieu d’échange où les Églises rassemblées au sein de la FEPS peuvent tisser des liens ; nous soutenons ces Églises en leur proposant une vaste palette de prestations de services pratiques.

Nous représentons les intérêts de l’Église face aux autorités et aux institutions Au niveau suisse, nous représentons la cause du protestantisme face aux autorités fédérales, aux associations professionnelles des milieux de l’économie, aux universités, aux institutions culturelles et à d’autres groupes de la société civile. Notre engagement ne se limite pas à la revendication de conditions favorables pour nos Églises membres ; nous sommes aussi conduits par le souci d’une société qui prospère dans son intégralité.

Nous faisons entendre le point de vue et les valeurs inspirés par l’Évangile, notamment lorsque nous prenons position dans le cadre de procé­dures de consultation se rapportant à des sujets qui ont une incidence ecclésiale, dans le cadre de votations fédérales et en cas de référendum politique. Nous collaborons avec divers organismes tels que la Commission fédérale contre le racisme et la Commission fédérale pour les questions de migration.

diagnostic prénatal, l’avortement ou l’aide au suicide, inspirées par les enseignements du protes­tantisme. Nous sommes guidés par un objectif de dignité, qui est dû à chacune et à chacun en sa qualité d’être humain à l’image de Dieu, indépendamment de son origine, de son sexe ou de son âge.

Nous dialoguons avec les communautés religieuses, en Suisse et à l’étranger Au-delà de nos frontières insti­tutionnelles, nous contribuons à la proclamation de l’Évangile et à la paix religieuse. Nous sommes en relation avec nos partenaires ecclésiaux, œcuméniques et civils en Suisse et à l’étranger, notamment en notre qualité de membre de la Communion mondiale d’Églises réformées, de la Communion d’Églises protestantes en Europe,

de la Conférence des Églises européennes et du Conseil œcuménique des Églises. Nous aspirons à l’œcuménisme et à une plus grande unité parmi les confessions chrétiennes.


64 bulletin Nº 1/2014

– Organisation

Les femmes et les hommes à la Fédération des Églises La Fédération des Églises protestantes de Suisse représente plus de 2 millions de protestantes et de protestants en Suisse. Elle rassemble 24 Églises protestantes cantonales, l’Église méthodiste et l’Église évangélique libre de Genève. Par ses faits et gestes, elle s’engage en faveur du témoignage de l’Évangile et du respect des valeurs chrétiennes dans la société.


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Le Conseil de la Fédération des Églises protestantes

Gottfried Locher, pasteur et docteur en théologie, président

 Kristin Rossier Buri,

pasteure, vice-présidente Formation et accompagnement des membres du Conseil de l ’ Église évangélique réformée du canton de Vaud (section Ressources humaines)

 Peter Schmid,

Dr theol. h. c., vice-président Ancien président du Conseil des hautes écoles du nordouest de la Suisse (FHNW)

Rita Famos-Pfander, pasteure Directrice de la section Aide spirituelle de l ’ Église  évangélique réformée du canton de Zurich

Regula Kummer Vice-présidente du Conseil de l ’ Église réformée du canton de Thurgovie (secteur Diaconie et œuvres)

Daniel de Roche, pasteur Pasteur des Églises réformées Berne–Jura–Soleure

Lini Sutter-Ambühl Avocate, ancienne présidente du Conseil d ’ Église de l ’ Église réformée du canton des Grisons


66 bulletin Nº 1/2014

Collaboratrices et collaborateurs de la Fédération des Églises protestantes

Beatrice Bienz Assistante administrative du président du Conseil

Jacqueline Blaser Assistante administrative de la réception

Kathrin Boschung Accueil

 Simon David Butticaz,

pasteur et docteur en théologie Chargé des relations avec les Églises

Jacqueline Dähler Aide-comptable

 Anne Durrer

Chargée de communication

 Nicole Freimüller-

Hoffmann Assistante administrative « Communication »

1 Felix Frey, Dr iur.

Chargé des questions de droit et société

1

Pamela Liebenberg Adjointe administrative « Églises » et « Droit et société »

1 Martin Hirzel, pasteur

 Karin Maire

et docteur en théologie Chargé de l’œcuménisme et des communautés religieuses

1

Ann-Katrin Hergert Stagiaire « Relations extérieures et œcuménisme »

1

Assistant web

Simon Hofstetter, pasteur Chargé des questions de droit et société

1 Hella Hoppe, docteure

 Serge Fornerod,

pasteur, MPA Directeur des relations extérieures et directeur adjoint du Secrétariat

1

Michèle Laubscher Assistante administrative « Théologie et Éthique » et « Administration fédérale »

Anke Grosse Frintrop, diplômée en économie Directrice des Services centraux

 Manuel Erhardt

Thomas Flügge, dipl. theol., journaliste (FJS) Chargé de communication

1

Marina Kaempf-Albrecht Chargée de communication

en économie Directrice du Service de relations avec l’administration fédérale et chargée des questions économiques

1

Matthias Hügli, pasteur Chargé des relations avec les Églises

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Accueil

 Abel Manoukian,

pasteur et docteur en théologie Assistante scientifique

 Frank Mathwig,

professeur en théologie Chargé des questions théologiques et éthiques



Helene Meyerhans Assistance administrative pour le travail du Conseil

 Christiane Rohr

Assistante administrative « Églises » et « Relations extérieures »



Simon Röthlisberger, ethnologue lic. phil. hist. Chargé des questions de migration



Otto Schäfer, pasteur et docteur en écologie végétale Chargé des questions théologiques et éthiques



Mirjam Schwery Accueil



Solvey Sörensen Assistante scientifique « Églises »



Cécile Uhlmann Responsable de la comptabilité



Eva Wernly Assistante administrative du directeur du Secrétariat



Brigitte Wegmüller Assistante administrative « Théologie et Éthique » et assistante de la bibliothèque

 Philippe Woodtli,

pasteur Directeur du Secrétariat

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Tina Wüthrich, lic. phil. Assistante scientifique « Églises »


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68 bulletin Nº 1/2014

– Églises protestantes en Suisse

Les Églises de la Fédération Reformierte Landeskirche Aargau Président du Conseil d ’ Église : Christoph Weber-Berg 75 paroisses 180 349 membres

Evangelisch-reformierte Landeskirche beider Appenzell Président du Conseil d ’ Église : Kurt Kägi 20 paroisses 25 093 membres

Evangelisch-reformierte Kirche des Kantons Basel-Landschaft Président du Conseil d ’ Église : Martin Stingelin 35 paroisses 96 220 membres

Evangelisch-reformierte Kirche Basel-Stadt Président du Conseil d ’ Église : Lukas Kundert 7 paroisses 30 764 membres

Églises réformées Berne–Jura–Soleure Président du Conseil synodal : Andreas Zeller 215 paroisses 642 456 membres

Église évangélique réformée du Canton de Fribourg Président du Conseil synodal : Pierre-Philippe Blaser 16 paroisses 41 235 membres

Église Protestante de Genève EPG Présidente d ’ Église : Charlotte Kuffer 34 paroisses 74 456 membres

Église Évangélique Libre de Genève EELG Président du Conseil synodal : Raymond Bourquin 6 paroisses 521 membres

Evangelisch-Refor­mierte Landeskirche des Kantons Glarus Président du Conseil d ’ Église : Ulrich Knoepfel 13 paroisses 14 991 membres

Evangelisch-reformierte Landeskirche Graubünden Président du Conseil d ’ Église : Andreas Thöny 113 paroisses 71 700 membres

Evangelisch-Reformierte Kirche des Kantons Luzern Président du Conseil synodal : David A. Weiss 8 paroisses 42 746 membres

Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel EREN Président du Conseil synodal : Christian Miaz 9 paroisses 59 972 membres


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Evangelisch-Reformierte Kirche Nidwalden Président du Conseil d ’ Église : Wolfgang Gaede 3 paroisses 4483 membres

Verband der Evangelischreformierten Kirchgemeinden des Kantons Obwalden Présidente : Theres Meierhofer-Lauffer 2 paroisses 2827 membres

Evangelisch-reformierte Kirche des Kantons Schaffhausen Président du Conseil d ’ Église : Frieder Tramer 31 paroisses 31 566 membres

Evangelisch-reformierte Kantonalkirche Schwyz Président du Conseil d ’ Église : Heinz Fischer 6 paroisses 18 602 membres

Evangelisch-Reformierte Kirche Kanton Solothurn Présidente du Conseil d ’ Église : Verena Enzler 23 paroisses 28 959 membres

Evangelisch-reformierte Kirche des Kantons St. Gallen Président du Conseil d ’ Église : Martin Schmidt 49 paroisses 112 738 membres

Evangelische Landes­kirche des Kantons Thurgau Président du Conseil d ’ Église : Wilfried Bührer 66 paroisses 98 310 membres

Chiesa evangelica riformata nel Ticino Président du Conseil synodal : Tobias E. Ulbrich 3 paroisses 6856 membres

Evangelisch-Reformierte Landes­kirche Uri Président du Conseil d ’ Église : Dieter Kolthoff 3 paroisses 1830 membres

Église réformée évangélique du Valais Président du Conseil synodal : Beat Abegglen 10 paroisses 19 505 membres

Église Évangélique Réformée du canton de Vaud Présidente du Conseil  synodal: Esther Gaillard 87 paroisses 247 696 membres

Reformierte Kirche Kanton Zug Président du Conseil d ’ Église : Rolf Berweger 1 paroisse 17 923 membres

Evangelisch-reformierte Landeskirche des Kantons Zürich Président du Conseil d ’ Église : Michel Müller 179 paroisses 461 602 membres

Evangelisch-methodistische Kirche in der Schweiz Évêque : Patrick Streiff 71 paroisses 5878 membres état des chiffres : 2012


Tirage : 5000 allemand, 2000 français Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS CH-3000 Berne 23 Téléphone +41 (0)31 370 25 25 info@feps.ch, www.feps.ch

Auteurs : Pierre Bühler, Katharina BuschorHuggel, Daniel de Roche, Serge Fornerod, Martin Hirzel, Käthi La Roche, Frank Mathwig, Marie-Christine Michau, Kristin Rossier, Otto Schäfer, Philippe Woodtli, Matthias D. Wüthrich Concept rédactionnel : Thomas Flügge, Frank Mathwig, Otto Schäfer

Graphisme/Layout : Meier Media Design, Zurich

Rédaction : Thomas Flügge

Traduction : André Carruzzo, Irène Minder, Marianne Wolter Correction : Monique Lopinat Impression : Roth Druck AG, Uetendorf

Ces publications se commandent ou se téléchargent sur www.feps.ch La FEPS en bref : notre carte de visite, nos activités. Toutes les informations sur une double page. Schweizerischer Evangelischer Kirchenbund

sek · feps Fédération des Églises protestantes de Suisse

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La Fédération des Églises protestantes de Suisse en bref in Kürze Der Schweizerische Evangelische Kirchenbund

Die Mitgliedkirchen des Kirchenbundes

Reformierte Landeskirche Aargau Église Évangélique Libre Verband der EvangelischChiesa evangelica riformata de Genève EELG reformierten Kirchgemeinden nel Ticino Evangelisch-reformierte des Kantons Obwalden Landeskirche beider Appenzell Evangelisch-Reformierte Evangelisch-Reformierte Landeskirche des Kantons Glarus Evangelisch-reformierte Kirche Landeskirche Uri Evangelisch-reformierte Kirche des Kantons Schaffhausen des Kantons Basel-Landschaft Evangelisch-Reformierte Église évangélique réformée Landeskirche Graubünden Evangelisch-reformierte du canton de Vaud Evangelisch-reformierte Kantonalkirche Schwyz Kirche Basel-Stadt Evangelisch-Reformierte Kirche Evangelisch-reformierte Kirche des Kantons Luzern Evangelisch-Reformierte Kirche des Wallis Reformierte Kirchen BernKanton Solothurn Jura-Solothurn Église réformée évangélique Reformierte KircheVerband Kanton der ZugEvangelischReformierte Landeskirche Aargau Église Évangélique Libre de du Canton de Neuchâtel EREN Evangelisch-reformierte Kirche Genève EELG reformierten Kirchgemeinden Evangelisch-reformierte Kirche Evangelisch-reformierte Evangelisch-reformierte Kantons St. Gallen des Kantons Obwalden des Kantons Freiburg Evangelisch-Reformierte Kirche beiderdes Landeskirche des Kantons Zürich Landeskirche Appenzell Evangelisch-Refor mierte Nidwalden Evangelische kirche Landeskirche des Kantons Glarus Evangelisch-reformierte Kirche Église Protestante de Genève EPG Evangelisch-methodistische Evangelisch-reformierte Kirche Landes des Kantons Thurgau des Kantons Schaffhausen Kirche in der Schweiz des Kantons Basel-Landschaft Evangelisch-Reformierte Landeskirche Graubünden Evangelisch-reformierte Evangelisch-reformierte Kantonalkirche Schwyz Stiftungen des Kirchenbundes Kirche Basel-Stadt Evangelisch-Reformierte Kirche des Kantons Luzern Evangelisch-Reformierte Kirche Églises réformées BerneBrot für alle ist der Entwicklungsdienst Kanton Solothurn Église réformée évangélique der Evangelischen Kirchen der Schweiz. Die du Canton de Neuchâtel EREN Evangelisch-reformierte Kirche Stiftung setzt entwicklungspolitische Akzente, des Kantons St. Gallen führt SensibilisierungsEvangelisch-Reformierte Kirche und Informationsdurch undLandes un- kirche Nidwalden kampagnen zu Nord-Süd-Fragen Evangelische terstützt Entwicklungsprojekte. des Kantons Thurgau

Les Églises membres de la FEPS

Chiesa evangelica riformata nel Ticino Evangelisch-Reformierte Landeskirche Uri Église réformée évangélique du Valais Église évangélique réformée du canton de Vaud Reformierte Kirche Kanton Zug Evangelisch-reformierte Landeskirche des Kantons Zürich Evangelisch-methodistische Kirche in der Schweiz

Parutions récentes de la Fédération des Églises

Das Hilfswerk der Evangelischen Kirchen Jura-Soleure Schweiz HEKS leistet Überlebens- und Nothilfe und Église évangélique réformée bekämpft die Ursachen von Hunger, Ungerechtigkeit und sozialem Elend auf der Welt. Es istdu imCanton In- und de Fribourg Ausland mit rund 200 Projekten engagiert. Das JahresÉglise Protestante de Genève EPG budget betrug 2012 rund 60 Millionen Franken.

Les fondations de la Fédération des Églises protestantes de Suisse

Wir beziehen Stellung: Aktuelle Publikationen L’EPER apporte une aide d’urgence et de survie et combat les causes de la famine, des injustices et de la misère sociale dans le monde. Elle s’engage dans plus de 200 projets en Suisse et à l’étranger. Son budget

Pain pour le prochain est l’organe des Églises protestantes de Suisse pour le développement. La fondation définit les priorités en matière de coopération au développement, organise des campagnes de sensibilisation et d’information concernant les rapports Nord-Sud et soutient des projets de développement.

annuelzu s’élevait à 60 millions de francs en 2012. Der Kirchenbund erarbeitet laufend evangelische Positionen wichtigen gesellschaftspolitischen und theologischen Fragen.

bulletin Nr. 1/2012

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Nr. 1 2012

bulletin

Das Magazin des Schweizerischen Evangelischen Kirchenbundes

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– Lesen, hören und sehen Sie Ihren Kirchenbund im bulletin online! www.sek.ch

10 16 32

Schweizerischer Evangelischer Kirchenbund SEK Sulgenauweg 26 CH-3000 Bern 23 Telefon +41 (0)31 370 25 25 info@sek.ch

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–Wittenberg, Zürich, Genf

Wem gehört die Reformation?

– Migrationsarbeit Das Pilotprojekt zum Rückführungsmonitoring war ein Erfolg – Dialog Religiöse Spannungen sind bis auf weiteres auszuhalten, sagt Ratspräsident Gottfried Locher – Vernehmlassung Bekenntnis Ein enttäuschender Rücklauf bedeutet doch einen Meilenstein in der Geschichte der Schweizer Kirchen

Das bulletin berichtet zwei Mal pro Jahr von der Arbeit des Kirchenbundes, seines Rates, der Abgeordnetenversammlung und der Kirchen.

Auswahl aktueller Publikationen

Nous prenons position : publications actuelles

Wer braucht schon den Sonntag …? 10 Fragen und Antworten zum Stolperstein des Alltags Leben 10 Fragendes – 10 Églises Antwortenprotestantes zu neuen pränatalen Tests ausprend position sur des questions d’actualité qui Latesten? Fédération de Suisse theologisch-ethischer Sicht touchent la société et laaufgenommen» théologie et(Mt fournit «Ich war fremd, und ihr habt mich 25, 35) un point de vue évangélique. 10 Fragen – 10 Antworten zu den dringlichen Änderungen des Asylgesetzes Spitzenlöhne: Freiheit oder Provokation? 10 Antwortenactuelles zur / Le bulletin 10 Fragen –Publications – sélection Eidgenössischen Volksinitiative «gegen die Abzockerei» und zum direkten Gegenvorschlag bulletin Zwischen Leben und Tod Die Suizidhilfediskussion derdimanche Schweiz aus informe deux fois in Le – à quoi bon ? 10 questions – 10 réponses à propos d’une pierre sek · feps theologisch-ethischer Sicht par année sur le d’achoppement salutaire. 6 À qui appartient la Réforme ? travail deStudie la FEPS,zu denTester la vie ? 10 questions – 10 réponses à propos des nouveaux tests prénataux : Gerechtes Haushalten und faires Spiel jüngsten Finanzund 10 16 de son Conseil, de le point de vue théologique. Wirtschaftskrisen aus evangelischer Sicht bulletin Nº 1/2012

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70 bulletin Nº 1/2014

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Nº 1 2012

Le magazine de la Fédération des Églises protestantes de Suisse

–Wittemberg, Zurich, Genève

– Lisez, écoutez et regardez votre Fédération des Églises dans le bulletin en ligne ! www.feps.ch

– Migration Projet pilote de contrôle des renvois forcés : un succès – Dialogue Gottfried Locher, président du Conseil : « Il faut supporter les tensions religieuses »


bulletin Nº 1/2014

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Nº 1 2014

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Le magazine de la Fédération des Églises protestantes de Suisse

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– Gros plan 1

Un livre de la foi pour

– Lisez, écoutez et regardez votre Fédération des Églises dans le bulletin en ligne ! www.feps.ch

l’Église protestante 32 –  Jubilé de la Réforme 44 – Bainvgnü a Scuol 54 –  Toujours endormies, les Églises ? Gros plan 2

Assemblée des délégués d’été 2014

Les 80 ans de la Déclaration de Berne de la FEPS

Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS Sulgenauweg 26 CH-3000 Berne 23 Téléphone +41 (0)31 370 25 25 info@feps.ch

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bulletin 1/2014 français  

Un livre de la foi pour l'Église protestante - Jubilé de la Réforme - Bainvgnü a Scuol - Toujours endormies, les Églises ?