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Aude Boissaye & Sébastien Randé

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Vu d’ici Si tu es pressé, fais un détour (proverbe japonais)

Studio Cui Cui Editions 3


海 岸

kaigan rivage

Regarder la mer et lui faire face. L’encercler, l’étouffer, se contenir. La regarder et n’être rien d’autre qu’une singularité dans le ressac d’un pays à peine entrevu. Y prendre pied pour voir ce qu’on ne pourra jamais mettre bord à bord. L’étrangeté du dehors. Regarder celui qui s’éloigne. Rêver à l’endroit, dormir à l’intérieur et s’y trouver. Fukuoka, une bordure pour chaque solitude. Une lumière subjuguée par la nuance d’une brise venue d’ailleurs. Premières tentatives d’invasion, première image offerte du Japon. Insulaire fragilité d’un rêve que l’on préserve pour ne pas le perdre.

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秘 密

himitsu Emprisonné entre le toit et la montagne. Englouti, happé par cette force qui grouille. Ce monde mis à nu des profondeurs de la Terre. Une source brûlante. Des fumerolles, des solfatares, des geysers qui fument, bouillonnent, crachent, noir, bleu, jaune, rouge, incendescent, violent. Une odeur dans la gorge, oeuf pourri. Tout se mélange et se dissimule dans le cratère béant et fumant. Derrière les gravillons, des graminés s’agitent dans le champs des cendres refroidis. «Rien ne demeure, tout devient», dit le postulat zen.

secret

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Ma Dans le ciel, les nuages sont de cinq couleurs. Une pause entre deux arbres, deux pierres, deux parois pour créer du rythme. Une respiration ample, légère comme une danse, d’une épaisseur immatérielle. Des cloisons translucides coulissent dans les rainures du sol. La lumière passe, pas le regard. Sur le seuil, l’ombre est une valeur. L’espace en attente. Sans qualité, sans objet. C’est du vide.

espace, vide

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本 質 30

honshitsu La nature traverse les lieux sur un tapis de mousse centenaire. Un dialogue entre le flux et le reflux du monde. On peut y passer du temps, mais on ne résiste pas à la nudité rougissante du kaki, à la houle enfantine des arbres à thé, à cette verte existence qui subsiste au-delà des apparences. Des milliers de bornes en pierre figurent l’ancien chemin.

essence, substance, nature


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可 kawaii 愛 い

Pas de futur dans le Bescherelle japonais. Seul compte le présent. La nature de la ville contrôle la surface, esquisse un pas devant des palissades, célèbre l’impermanence sans barbouiller. En stéréo, des nuées de lumière et des sas improbables. Prendre le temps, prendre le thé. Sous leurs bottes noires, les filles ne portent rien.

joli

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宵 の 口 46

yoi no kuchi Pourchasser l’horizon en fuite. Traverser l’obscurité. A la limite, rien d’autre qu’une allée bitumée, un ciel plombé de cuir épais, un distributeur de boissons. Dans la ville aux néons grésillants, les personnages s’imbriquent dans l’image jusqu’à l’effacement. Envie de paroles et de lampions rouges, de fil à couper le réel.

tombée de la nuit


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も み じ 52

momiji Du vert éméraude à en rougir. Des arbres en feu qui tendent vers la beauté parfaite. Tout est construit autour, sur, avec. Tout contre soi. La tiny feuille rouge adorée, magnifiée. Elle s’accroche aux éléments du monde dont elle est issue. Elle tient dans la paume d’une main. C’est l’automne. Elle tournoie dans un rêve collectif, valse avec le deuil permanent qu’impose le temps qui passe. Mais d’où vient cette douleur ?

feuilles rouges


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通 過

tsuuka Un chemin, où l’on perçoit, au mieux, l’ombre illimitée. Des visions comme des chuchotements à contre-terre. Instants extrêmes, accélérations folles. Partout, des cèdres multicentenaires. Et partout, des pierres. Deux cent milles. Des pierres de voyageurs au milieu d’arbres voyageurs. C’est Orphée et Osiris dans le tout terrain, c’est Nerval sans tragédie, ni comédie. C’est la mort qui s’amoncelle comme les aiguilles de pins jusqu’au sommet de la vie.

passage, transit

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kaigan rivage

海 岸

4 à 11 Fukuoka, la baie d’Hakata 8. Fukuoka , la «Wedding Island» Marizon, un complexe hôtelier de mariage. De plus en plus, les japonais délaissent le traditionnel mariage boudhiste ou shintoiste pour prendre modèle sur les mariages occidentaux.

ma

espace, vide

22. Koya San, paroi coulissante en papier de riz dans le temple Muryokoin. 23. Kyoto, chemin de pierres plates dans le jardin du temple Shignoji. 24. Kyoto, portail de vœux shintoiste au sanctuaire de Fushiminari 25. Kyoto, le sanctuaire de Fushiminari, le temple aux mille toriis. 26 et 27. Kyoto, véranda du temple Shignoji. 28. Koya San, inscriptions funéraires au cimetière Okuno-In du Mont Koya. 29. Koya San, temple boudhiste Muryokoin.

himitsu

秘 密

secret

12 à 19 : Le mont Aso Le plus grand volcan actif du Japon est situé dans la préfecture de Kumamoto sur l’île de Kyushu. Il culmine à 1592 mètres au-dessus du niveau de la mer. Malgré les nuages toxiques qu’il dégage en permanence, il reste très fréquenté. Sa caldeira, la plus large du monde, s’étale sur 120 km de circonférence. La dernière éruption du mont Aso date de 2004.

honshitsu

本 質

essence, substance, nature

31. Koya San, Chôishimichi, le “chemin de pélerinage aux bornes en pierre”. 32 et 33. Panorama du Mont Koya. 34. Kyushu, nuée d’oiseaux. 35. Kyushu, arbre à kakis. 36 et 37. Uji, plantation de thé. C’est dans la région d’Uji que s’est implanté le thé au Japon. Aujourd’hui, le thé d’Uji figure parmi les plus prestigieux au monde. 38. Kyoto, le sanctuaire de Fushiminari, le temple aux 1000 toriis. Chaque portail sépare le monde des profanes et celui des dieux. 39. Kyoto, Forêt de bambous dans le jardin du temple Shoren-In.

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kawaii

可 愛 い

41. Kyoto, le café Bianco dans le quartier de l’Université Ritsumeikan. 42 et 43. Fukuoka, rue de la mode. 44. Kyoto, le sanctuaire de Fushiminari. 45. Kyoto, dans le quartier de l’Université Ritsumeikan.

yoi no kuchi

宵 の 口

momiji

joli

tombée de la nuit

47. Kyoto, quartier de l’Université Ritsumeikan. 48. Uji, dans la forêt. 49. Fukuoka, tous les soirs dans les quartiers Nakasu et Tenjin, les Yatai s’installent à la nuit tombée au pied des immeubles. Ces petits restaurants ambulants servent ramen (nouilles), yakitori (brochettes), oden (pot-au-feu)... 50. Fukuoka, un coordonnier travaille dans la rue. 51. Fukuoka, sortie de bureau.

も み じ

53. Kyoto, le jardin illuminé du temple Shoren-In. 54 et 55. Kyoto, Temple Renge-ji. 56 et 57. Kyoto, dans le jardin du temple Shignoji. 58 et 59. Kyoto, dans les rues de Arashiyama. 60 et 61. Kyoto, forêt d’Arashiyama.

tsuuka

通 過

feuilles rouges

passage, transit

62 à73. Koya San Situé à une soixantaine de kilomètres au sud d’Osaka, le mont Koya est un ensemble de neuf pics au cœur de la péninsule de Kii. Berceau du boudhisme Shingon, panthéon national, Koya San est un des lieux sacrés les plus importants au Japon.

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Textes, photos et maquette :

Aude Boissaye & Sébastien Randé www.studiocuicui.fr

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www.studiocuicui.fr

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Japon