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DOSSIER

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En plus des mutations sociétales de ces dernières années, le mode de recrutement et la formation des enseignants ont subi de profondes modifications. Le SE-Unsa a trouvé nécessaire de mieux connaître cette nouvelle génération qui s’est destinée au métier d’enseignant à travers une grande enquête sur Internet. Voici les résultats.

N otr e enquête

«Enseignant et jeune»

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ÊTRE ENSEIGNANT ET JEUNE en ce début de XXIe siècle… Le SEUnsa a voulu savoir ce que recouvrait cette réalité. Il a donc interrogé de jeunes collègues sur leur vision du métier mais aussi plus largement sur leurs centres d’intérêt, leurs préoccupations face à une société en perpétuel bouleversement. Leurs réponses variées, parfois surprenantes, témoignent de leurs questionnements et de leur lucidité face aux défis qui les attendent.

Confirmation de la carence en formation Si les trois quarts des jeunes affirment «s’éclater» dans leur métier, ce n’est pas grâce à leur formation. En effet, ils sont 68% à indiquer que leur formation professionnelle les a peu ou pas du tout préparés aux réalités du terrain. Il est intéressant de constater que plus on est jeune, plus la proportion d’insatisfaits augmente. Malgré cela, 80% •••

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durée hebdomadaire est comprise entre 35 et 39 heures pour 23% et supérieure à 40 heures pour 72% (voir graphique ci-dessous). En conséquence, ils estiment à 68% ne pas vraiment bien gagner leur vie. À la question «Êtes-vous prêt à travailler plus pour gagner plus ?», les trois quarts répondent par la négative témoignant ainsi

inhérentes à l’exercice de leur métier. Face à cela, ils sont très partagés concernant leur avenir. S’ils tiennent dans leur très grande majorité (93%) à leur statut de fonctionnaire d’État, la moitié d’entre eux n’envisage pas d’exercer ce métier jusqu’à la retraite. La même proportion souhaite pouvoir effectuer une seconde carrière dans l’Éducation nationale.

Retrouvez tous les détails et résultats de cette enquête sur www.se-unsa.org rubrique «Jeunes enseignants».

Ils sont 32% à envisager de travailler un jour dans une collectivité d’outre mer ou à l’étranger. Ils sont également très intéressés par un stage dans un autre pays afin d’en découvrir le système éducatif.

Les préoccupations quotidiennes Le pouvoir d’achat reste la préoccupation première pour 36,5% de ces jeunes collègues, suivie de leur vie professionnelle (31%). Une forte minorité (46%) se sent isolée dans l’exercice de son métier. 61% estiment que le milieu enseignant est particulièrement replié sur lui-même et 87% pensent que la profession est mal perçue par la société. Interrogés sur le rôle des médias, les avis corroborent les affirmations précédentes. Une écrasante majorité (84,2%) pense que les médias ne donnent pas une image positive de leur profession.

Plus de 40 heures hebdomadaires Les conditions de travail apportent un éclairage particulier sur la manière dont les jeunes enseignants vivent leur métier. Le premier élément marquant concerne leur temps de travail. Sa

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enseignants - Unsa • www.se-unsa.org

du ras-le-bol de beaucoup d’enseignants en cette rentrée 2011. Quant à leur notation en tant que fonctionnaire, celle qui leur permet d’évoluer dans leur carrière, les avis sont très partagés. Ils sont 43% à se déclarer plutôt ou énormément attachés à la note contre 41,7% (plutôt pas, voire pas du tout). Dans la même veine, ils sont 52% à considérer qu’il est normal que la note compte dans l’avancement de carrière contre 39% affirmant l’inverse.

Leur regard sur le système éducatif Interrogés sur les domaines dans lesquels, d’après eux, le système éducatif français est efficient, le classement est sans appel. En premier lieu, transmettre des connaissances (34,7%) puis extraire les meilleurs (27%) et enfin former des citoyens (19,2%). Cela tombe bien puisque pour les deux tiers d’entre eux, le principal objectif de leur métier est la transmission des connaissances. À l’inverse, ils trouvent le système moins efficace pour garantir l’égalité des chances (9,97%), orienter les élèves (5,63%) et préparer à l’insertion professionnelle (3,4%).


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Les jeunes profs ont un regard positif sur le travail en équipe. Pour 25,8% c’est une évidence, pour 12,3% une demande, une nécessité pour 50% et une formalité pour 5,2%. Seuls 7% considèrent cela comme une contrainte. L’accueil des enfants en situation de handicap les laisse particulièrement démunis. En effet, plus de 90% ne s’estiment pas formés et donc en difficulté dans ce domaine. Face à la difficulté scolaire, la proportion est moindre. Néanmoins, 45% avouent ne pas vraiment savoir faire progresser un élève en difficulté. Au sujet de la notation des élèves, 48% estiment nécessaire d’attribuer des notes contre 45% qui pensent le contraire. Il sera intéressant de se pencher ultérieurement sur la distinction que peuvent faire ces jeunes collègues entre notation et évaluation.

Bien dans leur époque Les réseaux sociaux demeurent un objet d’intérêt pour les jeunes enseignants. Néanmoins, si 30% se déclarent «accro», 39% manifestent davantage de distance vis-à-vis du phénomène. Les sujets de société qui leur tiennent à cœur sont assez variés. Le premier d’entre eux concerne tout ce qui a trait au développement durable et à l’écologie. Immédiatement après viennent les discriminations. La laïcité ainsi que la faim et la guerre dans le monde suivent. Les nouvelles technologies, la mode, les tendances recueillent peu leurs suffrages (voir graphique cidessous).

Dans un tout autre ordre Cette enquête montre d’idées, ils sont une majorité à penser qu’il une génération investie est du rôle d’un syndicat dans la société d’offrir des avantages, et témoigne de sa volonté des bons plans ou des d’en être acteur réductions. Leurs préférences sont éclectiques quant aux catégories concernées : la culture, la vie quotidienne, les voyages et enfin le domaine sportif. Ils s’inscrivent ainsi dans l’air du temps d’une tendance plus ou moins consumériste. En conclusion, cette enquête dresse le portrait de jeunes emblématiques de leur époque, ouverts sur le monde. Investis dans des associations sportives, culturelles, des organisations syndicales, des partis politiques, ils témoignent de leur volonté d’en être acteurs. Ils sont parfois surpris par le milieu professionnel qu’ils ont intégré mais s’y inscrivent pleinement avec une envie affirmée de voir s’améliorer le système. Critiques et lucides quant à leurs conditions de travail, ils attendent d’une organisation syndicale qu’elle soit force de propositions tout en leur offrant une «protection» à travers la défense de leurs intérêts. Ces résultats confortent le SE-Unsa dans le projet qu’il porte depuis sa création. Plus que jamais «s’opposer et proposer» demeure d’actualité ! Joël Pehau – Nathalie Meyer

LES CHIF FRES

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ETTE ENQUÊTE A ÉTÉ RÉALISÉE via Internet,

du 14 avril au 15 septembre 2011, sur tout le territoire, auprès d’un public de nouveaux enseignants pour la plupart âgés de moins de 35 ans. Elle a recueilli 4052 réponses. 80% des participants sont des femmes. C’est une sur-représentation dans les réponses, au regard de la part qu’elles occupent dans cette profession (65,7%). Les participants exercent tant en milieu rural qu’en milieu urbain. À noter que 18% œuvrent en éducation prioritaire, 53% sont parents. Fait notable : 35,37% ont exercé un autre métier avant d’être enseignant.

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DU CÔTÉ DES STAGIAIRES

L’enquête du ministère

LE RÉSULTAT DE L’ENQUÊTE DU MINISTÈRE confirme ce que révèlent les deux enquêtes du SEUnsa de janvier et mai 2011. Les sondés déclarent à 87% que le bilan de cette première année a été assez ou très positif et 92% sont très ou assez satisfaits de leur situation professionnelle. Ils déclarent avoir choisi l’Éducation nationale en premier lieu pour le goût d’enseigner (63%) et le contact, la relation avec les élèves (59%). Seulement 3% évoquent les perspectives d’évolution professionnelle ou de promotion comme source de motivation. On les comprend ! Si 60% ont eu l’impression de «tenir» leur classe, il a été difficile pour plus des deux tiers de gérer leur emploi du temps et pour 84% d’accompagner des élèves en difficulté. Mais sur ces chiffres-là, le ministère ne s’est pas trop étendu lors de sa «communication de rentrée». Peut-être un peu gêné par la polémique sur la catastrophe annoncée de cette deuxième année de la réforme de la formation des enseignants ? Car c’est bien le domaine de la formation qui fait l’objet de toutes les critiques des jeunes

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Hasard du calendrier, le ministère de l’Éducation nationale a publié, à la rentrée, les résultats d’un sondage réalisé auprès de 1003 enseignants et personnels d’éducation stagiaires. Il s’agissait de «mesurer objectivement» le ressenti des nouveaux collègues concernant la réforme du recrutement et de la formation.

Des nouveaux profs, heureux de l’être, mais très critiques sur leur formation

profs. Les journées d’accueil ont été inutiles pour 67% d’entre eux. Pire, les trois quarts indiquent que les contenus de leur formation sont inadaptés à leur parcours antérieur et à leurs besoins au cours de l’année. Enfin, la moitié considère que la fréquence des journées de formation est insuffisante. À l’opposé, plus de 80% se déclarent satisfaits des conseils dispensés par leurs tuteurs. Ces derniers étaient disponibles, les ont soutenus dans les moments difficiles et leur ont apporté de l’aide et des conseils pertinents pour leurs cours et la tenue de leurs classes. Or ce «tutorat» risque d’être bien mis à mal en cette rentrée par les suppressions de postes. En conclusion, c’est bien dans le domaine de la formation que les insatisfactions sont les plus grandes. Cet apparent paradoxe confirme, si besoin en était encore, que cette réforme, alibi d’économies budgétaires, n’a en rien amélioré la formation des enseignants et personnels d’éducation. Même les sondages le disent… Joël Pehau

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s e n u e J s t n a t i et mil

ACTEURS PLUS QUE SPECTATEURS

L

E MOINS QUE L’ON PUISSE AF F IRMER c’est que les jeunes enseignants ne restent pas les deux pieds dans le même sabot. Ils sont investis pour 22% dans une association sportive, 15% dans une association culturelle, 10,7% dans un syndicat, 9% dans une œuvre humanitaire. Ils ne sont que 3% à militer dans un parti politique.

UN CERTAIN REGARD SUR LES SYNDICATS Le SE-Unsa a profité de cette enquête pour regarder d’un peu plus près ce que pensent les jeunes enseignants des organisations syndicales.

LES JEUNES COLLÈGUES SONT D’EMBLÉE PERSUADÉS de l’utilité des syndicats. Ils sont 42% à les trouver indispensables et 43,2% à penser qu’ils sont importants. Seuls 7,1% les considèrent comme un «mal nécessaire» et 1,3% comme inutiles. Ce préalable étant posé, il était intéressant de savoir en quoi consistait cet intérêt. En premier lieu, l’image la plus marquante est celle d’un garde-fou. Mais pour une part non négligeable du public interrogé, les organisations syndicales sont conservatrices, immobilistes et renvoient une image désuète. Certains indiquent alors qu’elles sont «toutes les mêmes» ! À l’opposé, 14% pensent qu’elles donnent envie d’y adhérer et 28,7% en sont adhérents. Cette dernière donnée correspond peu ou prou au taux global estimé de syndicalisation dans l’Éducation nationale. Considérant maintenant les attentes vis-à-vis des syndicats, là encore, les réponses sont significatives. Pour ces nouveaux enseignants, le rôle premier d’un syndicat est de proposer. Viennent ensuite par priorité décroissante : être un médiateur, défendre les intérêts personnels, représenter un contre-pouvoir et être porteur d’un projet éducatif. Seuls 2,2% estiment qu’il est là pour s’opposer (voir graphique en bas de page). Ainsi nos jeunes collègues témoignent d’une vision distanciée et lucide du rôle et des responsabilités d’une organisation syndicale. J. P.

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