Cosmopol' n°2 - 2014

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C

osmopol’

N°2

Point com’ Regards croisés sur la communication contemporaine

le Magazine des M2 Journalisme et Communication à l’international de

TOULOUSE-MARSEILLE Le Face-à-Face >> Réfugiés politiques

Sans toit, ni choix

>> Économie

mer et ciel

>> Culture

Cousines et lointaines

>> S port

L’ovale et les ronds

Interview de Jacques Séguéla le « fils de pub », le plus célèbre de France.


Le 1er numéro de vient de sortir !

La revue semestrielle de Sciences Po Aix

La La revue revue semestrielle semestrielle de de Sciences Sciences Po Po Aix Aix politique : l a gouvernance Littérature : Camus & la grèce Géopolitique : Méditerranée

une mer sans horizon

MONDE : A fghanistan

LA POLITIQUE DE l’AUTRUCHE

société : p ourquoi le laïcisme

ÉDITO

La religion

des faits par le professeur Duval directeur de l’IEP d’Aix-en-Provence

« La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat » Ainsi parlait Hannah Arendt en sa grande sagesse. Un thème qui ferait sans doute le bonheur d’un jury de grand O et la difficulté, surmontable, d’un candidat. Notre école s’honore justement, à l’intérieur de la section « infocom », à encourager ses étudiants, futurs journalistes ou communicants, à avoir la religion des faits. Il n’y va pas que d’une simple réflexion déontologique, mais d’un véritable engagement qui s’inspire de ceux, humanistes, politiques, citoyens, qui ont trouvé dans nos murs un enseignement qui s’appuie sur l’impérieux devoir de décrypter les faits, recouper les sources, confronter les opinions. La véritable modernité c’est accepter que le monde dans lequel nous sommes immergés, n’est pas un, mais pluriel. Qu’il convient de relativiser chaque approche, de contextualiser chaque observation, de prendre la mesure de toute chose, à l’aune de ce que l’on a appris comme à l’horizon, forcément tellurique, que propose demain. Nous avons parfois dans nos amphithéâtres des débats brûlants qui attisent les passions, ouvrent des perspectives, renforcent aussi des convictions ancrées. Ils sont emblématiques de la bonne santé de l’IEP et de ses étudiants. De cette capacité, chaque année renforcée, à ne pas s’installer sur des certitudes assises, mais plutôt en des questionnements féconds. Les futurs journalistes et les communicants que nous formons doivent se nourrir à ce lait là. Savoir

que demain, révolution numérique oblige, ils auront l’immense responsabilité d’investir, puis de gérer, des agoras virtuelles qui renforceront la démocratie ou l’affaibliront. Les « petites poucettes », comme les appellent affectueusement Michel Serres, ont grandi et elles ont, à leur

est antimoderne ?

débat : t ransparence et démocratie Médias : f in d'une histoire de la presse marseillaise

Humanitaire : L’eau partagée Portrait : Q uand sagan se livrait… Sport : Il était XV fois le rugby

Numéro 1 • Novembre 2013

Cosmopol’

C’est le 1er Mook de Sciences Po Aix.

Entendez par là magazine et bouquin. Entendez encore que dix expertises se font entendre à travers dix items ( ) entendez enfin que l’IEP est un espace pluriel où toutes les cultures se croisent et s’enrichissent… Bonne lecture ! La revue semestrielle de Sciences Po Aix

Pour obtenir Dixit adresser un mail à herve.nedelec@sciencespo-aix.fr

Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. Nelson Mandela (1918-2013)

portée, la gâchette de l’information et de la communication. Il y a plusieurs millénaires, des hommes crachaient de la cendre mastiquée pour graver leur passage sur les voutes d’une grotte. Ils disaient, en pochoir, leur existence, leur présence, leur force. Demain dans le flux continu de l’information et de la communication, le meilleur côtoiera le pire, si l’on n’y prend garde. Des anciens de Sciences Po Aix dans des rédactions, sur des sites, dans des ministères ou en entreprises, seront là pour rappeler que la parole est libre, mais que les faits son têtus.

Cosmopol’

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Cosmopol’ sommaire

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Pol’Sud 6

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> Société • Sport • Culture • Politique • Social

humeur 16 > Ô Toulouse, Ô Marseille

Dossier politique

18-23

> Cohen en pilier dans la mêlée des municipales > Municipale sous haute tension à Marseille > Jean-Claude Gaudin, Patrick Mennucci, les verts > La métropole, un enjeu primordial des municipales de mars 2014

Dossier Social > Sans toit ni choix > Pour les réfugiés les problèmes se logent partout > Du logement provisoire à l’HLM : la longue marche des réfugiés > Le rôle de l’état > Loin de Kinshasa, des réfugiés veulent voir la vie en rose

Dossier économie > Quand Marseille prend le large, Toulouse s’envoie en l’air > « Marseille fait ce qu’il faut pour accueillir les croisiéristes » > « Aucun nouvel avion de prévu avant 2030 » > Les chiffres

Dossier urbanisme > Entre quartier d’affaires et retour à la nature : bâtir la ville de demain > Les « grand perdants » des politiques urbaines > Les chiffres > Catherine Denoel, avec “ceux qui n’ont pas les mots”

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24-30 24 24 26 27 28

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Dossier Jeunes

48-53

> La Génération Y au coeur de la Cité > UMP-PS le match des jeunes militants > Undartground, le collectif de Street artists fait le mur > Toulouse & Marseille au gré des rencontres fortuites

Dossier culture

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54-62

> Marseille - Provence 2013 doit transformer l’essai > Des richesses enfouies, un passé enfui > Lieux symboles > Des savoirs génétiquement toulousains > La culture a toute sa place en banlieue > Interview de Daniel Hermann

Dossier sport

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63-69

> Deux villes, deux sports, une passion > Gérard Labbe et les pépites du stade > Toulouse Marseille : le match économique > Les South Winners pour la victoria

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Directeur de la publication : Christian Duval Institut d’Etudes Politiques 25 rue Gaston de Saporta - 13625 Aix-en-Provence cedex 1 Tél.: 04 42 17 01 66 - www.sciencespo-aix.fr Rédacteur en chef : Hervé Nedelec Conception et réalisation : Agence Point de vue / Cécile Chatelin www.agencepointdevue.com / cecile.chatelin@mac.com Le cahier communication a été supervisé yves lefloch Impression : service de reprographie de l’IEP Rédacteurs - reporters en section journalisme : Clémence Allezard, Antoine Boyet, Laure Broulard, Luis Henrique Deutsch, Marine Gibert, Lise Gougis, Adèle Haltz, Hugues Heron, Aurélien Ideale, Camille Izarn, Alexandros Kottis, Vincent Leconte, François Lefebvre, Fabien Palem, Laëtitia Pepe, Florian Pigeon, Maxime Poli, Charlotte Saby, Lucie Spindler, Mickaël Zakaria

Point com’ Regards croisés sur la communication contemporaine

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Rédacteurs en section communication : Noreen BEDDOU, Chloé BELLON, Agathe BOURACHOT, Alexia BRUN, Marc BURGER, Frédéric CALLY, Claire CARLOZ, Guillaume COMPAIN, Joy DASSIOU, Audrey DIBOINE, Miriam DIPPE, Cyril-Hervé FARRET, Saad FINGE, Noémie FISCHBACH, Justine GABRIEL, Louise GALIPAUD, Alice GALLINE, Jochen GECK, Clémence GRIMAL, Pauline LECHAT BASSEREAU, Elodie LEGEAY, Louis MALEZIEUX-DEHON, Victoire MENY, Léa MOURNIAC, Maryline OTTMANN, Léo PAUCHET, Delphine RODRIGUEZ, Yann SPARFEL Réalisation de la couverture : Chloé Bellon, Marc Burger, Noémie Fischbach et Elodie Legay crédits photos sommaire : voir pages intérieures Remerciements à Bertrand Thomas pour son accueil à l’école de journalisme de Toulouse Remerciements à Hervé Vaudoit, Corinne Boyer, Séverine/Blog : Les chroniques assidues, Xavier peisson du service reprographie de Sciences Po Aix, Gaëlle Fabre et Noëlline Souris du service communication de Sciences Po Aix Cosmopol’

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Cosmopol’ Pol’Sud

Charlotte SABY

FAITS DIVERS

Société

Société

Hugues Héron

Toulouse

Urbanisme

Clémence Allezard

« Marseille électrique » >> « City Navette », minibus électrique, Vieux-Port Marseille. © Florian Pigeon

International Alexandros Kottis

Condamnation pour Chevron en Equateur

Une sexagénaire précipitée dans la Garonne pour une cigarette Une femme de 67 ans attendait le bus le mercredi 20 novembre vers 21 heures et s’est fait aborder par deux hommes. Ils lui ont demandé une cigarette et se sont emportés à la suite de son refus. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir précipité leur victime dans la Garonne en crue, en la faisant basculer derrière la rambarde, à plus de 3 m de hauteur. Aucun témoin direct n’a été identifié. Un passant a néanmoins alerté les secours en apercevant la scène. La victime a été repêchée par les pompiers, qui l’ont emmenée à l’hôpital une fois ramenée sur les berges. Elle a été admise en état d’hypothermie, mais ses jours n’étaient pas en danger.

Pol’Sud

transport

ToulouseBarcelone

en trois heures © DR

Etats-Unis

Un coup sur la tête révèle un talent

Les lacunes de la cité phocéenne en matière de transports sont indéniables. Les habitants les subissent, les gens de passage les moquent. Marseille tente pourtant de pallier la congestion chronique, la pollution grandissante de l’air et les difficultés liées à la construction d’un réseau de transport souterrain en développant un réseau de surface. La ville a donc inauguré en février 2013 « la City Navette », un minibus électrique qui dessert les principaux sites culturels de la cité le long du littoral, pour le plus grand bonheur, paraît-il, des touristes et des mamies marseillaises.

En Equateur, l’entreprise TexacoChevron a été condamnée à 9,5 milliards de dollars de dommages-intérêts pour pollution environnementale. La sentence annoncée par la Cour Nationale de Justice fait suite au recours en cassation déposé par la multinationale. D’un montant initial de 19 milliards de dollars, la peine a été réduite de moitié pour les dégradations causées en Amazonie au cours des 26 années d’activité de la firme étasunienne. Des procédures du même type ont démarré au Canada, au Brésil et en Argentine.

Le climat en alerte

Camille Izarn

Des catastrophes naturelles de plus en plus nombreuses et coûteuses. Le changement climatique est de plus en plus perceptible. Violentes, les catastrophes naturelles se multiplient aux quatre coins du monde, faisant toujours plus de victimes et de dégâts matériels. Avec le typhon qui a récemment touché les Philippines, le constat

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est accablant. Le 18 novembre, un rapport de la Banque mondiale indiquait que les pertes dues à ces catastrophes s’élevaient à 150 milliards d’euros par an depuis 10 ans, soit quatre fois plus que dans les années 1980.

Un jeune américain devient un musicien hors pair après avoir été victime d’une commotion cérébrale. Passionné de football américain et de crosse, ce jeune homme a été hospitalisé durant plusieurs semaines à la suite d’un coup violent à la tête. Lorsque soudainement, il se découvre un don pour la musique. Depuis le choc qu’il a reçu, il maitrise plus de 13 instruments différents sans connaitre le solfège. Effet véritablement étrange puisque ce nouveau mélomane n’avait jusqu’à présent aucune connaissance dans ce domaine.

Les efforts réalisés par la SNCF et la REFE, les chemins de fer espagnols vont permettre d’inaugurer le 15 décembre prochain la première ligne de train à grande vitesse qui reliera Paris à Barcelone en six heures et vingt minutes. L’aller-retour entre la gare de Toulouse-Matabiau et celle de Barcelona-Sants s’effectuera dans la journée. Un billet de train dans la catégorie Prem’s revient à trente-neuf euros tandis qu’il coûte soixante-dix euros pour le tarif normal soit à peu près le même montant qu’en avion.

n n n Tashirojima

Antoine Boyet

une densité de minous hors-norme Au Japon, les chats sont bien plus résistants que les centrales nucléaires. L’ile de Tashirojima est sur notre liste des endroits à visiter depuis début 2010. Tashirojima est surnommée « l’île aux chats » («Cat Island») à cause de sa population d’environ 150 chats pour une population de 70 personnes. L’île a compté jusqu’à 1 000 habitants dans les années 1950, Il ne reste sur l’île que quelques pécheurs, moyenne d’âge 60 ans. Un grand nombre de maisons est abandonné, mais les touristes sont de retour, après les dégâts causés par le tsunami en 2010. Là-bas, même s’ils sont pour la plupart errants, les chats sont tous en parfaite santé et ils sont habitués aux humains, se laissant très faiblement approcher. Ils le doivent à la population locale et à ses croyances : sur Tashirojima, nourrir un chat et prendre soin de lui est signe de richesse et de bonne fortune. L’armée américaine a même ravitaillé l’île en croquettes durant les mois suivant le tsunami... Pourquoi ne pas voyager félin...

© Nekoland – Une vie de chat au Japon, Les Éditions Issekinicho Alexandre Bonnefoy et Delphine Vaufrey

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Cosmopol’ Pol’Sud

Sport

SPORT

CULTURE Aurélien Idéale

Egypte

Clémence Allezard

« Marque des buts et tais toi » Le footballeur égyptien Ahmed Abdul Zaher a été suspendu le 23 novembre dernier après avoir manifesté son soutien au président déchu Mohamed Morsi au moyen d’un geste rendu célèbre par le premier ministre turc Erdogan. Ce signe, symbole de la place Rabia, revêt une portée politique sulfureuse puisqu’il sous-tend un soutien aux Frères Musulmans. Scandale en Égypte, cet « affront » du joueur révèle toutefois les profondes divisions de la société égyptienne. Une opinion malvenue peut-être, polémique sans nul doute, mais une opinion. Carton rouge sévère à l’encontre de la liberté d’expression.

>> « R4bia », Le geste de soutien aux Frères Musulmans en Egypte, devenu un symbole de défense de l’islam et ses valeurs. © Flickr/stickerkitty’scollection

Brésil 2014

Luis Deutsch

la France au Brésil

La Suède

n’ira pas au Brésil

>> Le Brésil prépare la fête pour la Coupe du Monde de 2014. © Thomás/Flickr

Enfin, les Français vont à la Coupe du Monde au Brésil en 2014. Mais, que cela a été laborieux ! Après avoir gagné contre l’Ukraine, la confiance est revenue pour les supporteurs et pour l’équipe de France, après des éliminatoires difficiles et des barrages compliqués. La France retrouvera au Brésil 8 Cosmopol’

tous les derniers champions de la compétition et aussi des équipes habituées à participer à la Coupe du Monde. Parmi les 32 équipes, seulement 5 n’ont jamais réussi à passer le premier tour. Les Bleus devront aussi compter avec l’envie de revanche des brésiliens. Le pays hôte n’a pas oublié les défaites de 1998 et 2006.

Fait rare, ce 1er Juin 2013 le Stade Toulousain n’était pas en finale du top 14. Une contreperformance que la ville de Toulouse a tenté de faire oublier à ses fans de rugby grâce à une initiative originale. Elle les avait tous conviés durant l’après-midi, place du Capitole, à former la plus grande mêlée du monde. Avec 1220 personnes qui répondirent à l’appel, le record a finalement été battu ! Si l’exploit n’a pas été homologué par le comité Guiness, qui ne s’est pas déplacé pour l’occasion, la prestation a au moins permis de rassembler les toulousains dans la convivialité et a rappelé à tous que la ville rose était bien la capitale du rugby français.

Antoine Boyet

Photo

Angelo Merendino, « The love we share »

Pour « humaniser le cancer » et « lui donner un visage », le photographe new-yorkais Angelo Merendino a décidé d’immortaliser sur pellicule la lutte quotidienne de sa femme, Jennifer, atteinte d’un cancer du sein. Des séries photographiques déchirantes, montrant les difficultés et les souffrances qu’a traversées le couple durant quatre longues, et à la fois si courtes années. Le visuel magnifique et impitoyable à la fois, transmet un message fort, rayonnant d’espérance et surtout d’amour. C’est par les mots de sa femme Jen, qu’Angelo livre son œuvre : “Love every morsel of the people in your life” [« Aimez chaque petit morceau de ceux qui vous entourent »]. Jennifer est décédée le 22 décembre 2011.

n n n Pif paf Mickaël Zakaria

Ce qui attend

Initiative Toulouse, capitale du rugby et de la mêlée

Pol’Sud

La Suède n’est pas qualifiée pour le mondial de football 2014. Les deux buts inscrits par Zlatan Ibrahimovic n’étaient pas suffisants pour contrer le triplé de Cristiano Ronaldo. À la suite de sa défaite contre le Portugal en barrages retour, le suédois a déclaré : « une chose est sûre : une Coupe du monde sans moi, c’est une chose que je ne vais pas suivre ». À 30 ans, il estime que sa dernière chance de participer à la Coupe du monde lui a échappée mardi dernier. « Quand je serai sur le terrain, je ne penserai plus à l’équipe nationale » a-t-il déploré en fin d’interview.

TENNIS

Lise Gougis

Un tournoi Challenger à Aix en 2014 Arnaud Clément a annoncé l’organisation d’un tournoi ATP à Aix-en-Provence dont il sera le directeur. Cette compétition de catégorie Challenger se tiendra du 5 au 11 mai 2014 sur le central du Country Club Aixois. L’occasion pour le capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis de revenir sur ses terres. Son club de cœur avait déjà accueilli l’Open © Carine06/Flickr Sainte-Victoire en 2003 et 2004. L’aventure avait pris fin au bout de deux éditions seulement. © Angelo Merendino | lejournalinternational.fr

Cosmopol’

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Cosmopol’ Pol’Sud

Marine Gibert

Lorde

Culture

oh my god

Vincent Leconte

Les Monty Pythons sont de retour ! Always look on the bright side of life: they are back! Les Monty Pythons, la génialissime troupe de comiques britanniques, se reforme après 30 ans d’absence. Ceux qui ont donné ses lettres de noblesse au mot absurde par leur humour ravageur vont de nouveau travailler ensemble. Eric Idle, Terry Gilliam, Michael Palin, Terry Jones et John Cleese devraient se réunir prochainement pour une pièce de théâtre. Graham Chapman, le dernier membre de la troupe, est lui décédé en1989. Cette annonce devrait également donner une impulsion nouvelle au projet Absolutely Anything, un film réunissant tous les Monty Pythons à l’exception d’Idle. Qui sait d’ailleurs

si ce dernier ne se laissera pas convaincre de rejoindre cette production ? L’attente avant leurs prochains projets risque d’être aussi longue qu’une migration d’hirondelles européennes portant une noix de coco. Histoire de patienter, pourquoi ne visionneriez vous pas de nouveau leurs classiques ? Le fantastique Flying Circus, l’impertinent Life Of Brian, l’incroyable Holy Grail et le dément Meaning of Life. What is your favourite coulour ?

© DR

CULTURE

L’élégance made in New Zealand Le premier album de la jeune Lorde, « Pure Heroine », sorti le 27 septembre, est un joli succès. Son dernier single, le lancinant « Buzzcut Season », commercialisé en novembre, vient doucement bousculer notre ritournelle hivernale. Loin du déballage obscène de la scène pop habituelle, Lorde invite son public dans un univers sombre et mélancolique. Elle évoque une jeunesse blasée, dont le quotidien rythmé par l’ennui se heurte à l’exubérance de certains. « Nous ne serons jamais royaux » martèle-t-elle, mais qu’importe. © Flickr/Jonatas Melo

Littérature

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résistantes de l’amour

Violette Leduc « Mon cas n’est pas unique : j’ai peur de mourir et je suis navrée d’être au monde (…) Je m’en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m’ont torturée, j’aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier. » Ces mots à l’ambivalence singulière sont ceux de Violette Leduc, publiés dans La Bâtarde, en 1964. Violette est une femme de lettres française, écrivaine et féministe. Violette rencontre Simone De Beauvoir en février 1945, en tombe éperdument amoureuse et lui dédie sa prose (L’affamée, 1948). Violette est aujourd’hui mise en scène par le réalisateur Martin Provost dans un long métrage de deux heures vingt, qui dévoile les espoirs et les déchéances d’une existence torturée, celle d’une femme que rien ne prédisait à la fulgurance du métier d’écrivain. Incarnée à l’écran par Emmanuelle Devos, sa moue boudeuse et ses yeux criants de tristesse se heurtent à la froideur de Simone De Beauvoir (Sandrine Kiberlain). Un film existentialiste, esthétique et déchirant, en salle depuis le 6 novembre.

n n n surprise Antoine Lapresle

Exposition universelle de 2020,

Paris vote Dubaï

Mercredi 27 novembre, le Bureau International des Expositions a annoncé la victoire de Dubaï, 116 voix face à 47 pour la ville concurrente d’Ekaterinbourg, en Russie. Les villes de Sao Paulo et d’Izmir, respectivement candidates du Brésil et de la Turquie, ont été évincées aux tours précédents. Dubaï, endettée, peine à rentabiliser ses investissements extravagants. Elle se méfie du Qatar, qui a obtenu le mondial de football de 2022 et réalise également de grands projets infrastructurels très coûteux. Dubaï se reconcentre sur ce qui fait sa force: ses capacités commerciales et sa prééminence régionale, mais ne compte pas se faire voler la vedette pour autant.

Lucie Spindler

écrivaines, époques,

Pol’Sud

Nelly Allard

Moment d’un couple se lit comme une pause, à l’image de la crise traversée par Juliette et Olivier, parisiens bourgeois bohèmes, parents de Emma et Johann, amoureux des Buttes-Chaumont. Entre deux silences, Nelly Allard réécrit une partition bien connue, celle du drame bourgeois du dix-neuvième siècle : trois personnages torturés, trois ambiguïtés et une faille, lorsque Olivier croise la route de Victoire, dangereuse beauté à la chevelure rousse et aux yeux verts émeraudes. Député socialiste en vogue, Victoire va tenter de s’immiscer dans leur vie. Le couple résiste pourtant, entre petites médisances et vrais élans de tendresse.

Lise Gougis

A LIRE

Dans l’intimité de Marseille De la préhistoire à la période contemporaine, cet ouvrage retrace les deux dernières décennies de découvertes archéologiques à Marseille. Si la cité phocéenne offre peu de vestiges visibles, ses sous-sols recèlent bien des trésors. Pour Philippe Mellinand, archéologue à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), il s’agit de les partager à travers ce livre : « Au fond, nous sommes les seuls à avoir cette connaissance intime de la ville ». MP2013 était l’occasion toute

trouvée pour répondre à ce manque. « Les derniers catalogues d’exposition des fouilles sur Marseille dataient d’une quinzaine d’année » explique le chercheur. De quoi tordre le cou au mythe de « ville antique sans antiquité ». « Quand les archéologues redécouvrent Marseille », par Marc Bouiron et Philippe Mellinand, coédition Gallimard/Inrap, 2013. 176 p., 25 €.

A voir

Adèle Haltz

Les lois américaines les plus absurdes photographiées « I fought the law ». Cet aveu de la part d’Olivia Locher ne sera certainement pas répréhensible. La jeune photographe américaine de 23 ans a réalisé une série de photos appelée « J’ai combattu la loi ». Elle y met en image toutes

les lois américaines encore en vigueur dans certains Etats mais complètement incongrues. Il est par exemple interdit en Alabama de mettre un cône de glace dans la poche arrière de son pantalon. En Californie, la loi

interdit de faire de vélo dans une piscine. Reprenant avec humour ces interdictions loufoques ou obsolètes, la photographe fera peut-être changer la législation de son pays. http://olivialocher.com/ifoughtthelaw.html

« Moment d’un couple », Gallimard, prix Interallié 2013

« Violette » de Martin Provost, en salle depuis le 6 novembre

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Cosmopol’ Pol’Sud

culture

politique

Vincent Leconte

initiative

A Saint-Charles, le piano à quai

© Séverine/Blog : Les chroniques assidues http://leschroniquesassidues. blogspot.fr/

rétrospective Le Corbusier à Marseille L’opération « Marseille Provence 2013 capitale européenne de la culture » qui aura duré un an s’est terminée le 23 novembre dernier et pourtant la cité phocéenne accueille jusqu’au 22 décembre les œuvres avant-gardistes de Le Corbusier. Cet architecte suisse précurseur du brutalisme avait été à l’origine du développement de la Cité Radieuse. La fondation Le Corbusier a choisi le J1 un ancien hangar portuaire reconverti en espace d’expositions. Le dernier étage contient près de 260 peintures, sculptures, croquis et Ouvrage édité par le Scéren/Crdp maquettes de cet urbaniste en partenariat avec Marseille-Provence 2013. qui exprimait toujours sa Collection « Point de rencontre » forte attraction pour la 48 pages Méditerranée. format 16 x 24 cm 5 euros

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ITALIE

Catherine Ashton, haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité et Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères dans les négociations à Genève. © Us Mission Geneva/flickr

l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans les installations iraniennes, afin de s’assurer que le pacte sera respecté. Après 10 ans de crise et d’isolement de l’Iran, le climat est à la célébration diplomatique. Sauf en Israël. Benyamin Netanyahou a en effet réagi très vite et a qualifié l’accord de « grande erreur historique » de la part de la communauté internationale. A Washington, en revanche, Barack Obama a loué l’évènement en affirmant que « le monde est un lieu plus sûr » après la conclusion des négociations.

Antoine Lapresle

Berlu, ce comique Rideau cette fois-ci ? Pas sûr. L’ancien Président du Conseil italien Silvio Berlusconi vient d’être déchu officiellement de son statut de Parlementaire en ce mercredi 27 novembre. L’homme, après 20 ans de mandat, n’en reste pas là malgré la perte de son immunité parlementaire. Après s’être débattu politiquement, juridiquement et médiatiquement, le « Cavaliere » prépare son retour. Nouveau QG, entrée dans l’opposition de son parti Forza Italia, le retour de Berlusconi semble évident au sein d’un centre droit privé de leader. La peine d’inéligibilité qu’il subit ne lui permettra pourtant pas de le faire en personne dans un premier temps. Il paraît que les blagues les plus courtes sont les meilleures, Berlu, lui, continue.

Hugues Héron

Luis Deutsch

10 années de polémique nucléaire La conférence qui s’est tenue à Genève entre l’Iran et le G5 +1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne), s’est terminée dans la nuit de samedi à dimanche 24 novembre par un engagement mémorable. Téhéran va arrêter d’enrichir les matières nucléaires au-delà de 5% et a accepté de détruire son stock d’uranium déjà enrichi à 20 %. Dans ces conditions, les 5 +1 allégeront les sanctions économiques imposées au pays il y a plus de 20 ans Toutes les parties concernées ont convenu d’inspections « sans précédent » de

Il est des petits riens qui égayent le quotidien. Le piano de la Gare SaintCharles est de ceux là En 2012, la SNCF, via sa branche Gare & Connexion, lance l’initiative « Piano en gare : à vous de jouer », dans la Gare Montparnasse, à Paris, où on installe un piano en libre service. Enthousiasmés par la réussite de l’opération, ils décident de l’étendre à neuf autres gares. A Marseille Saint-Charles, la gare de la cité phocéenne, le succès de l’instrument ne se dément pas. Perpétuellement en train de jouer, le piano de Saint-Charles apporte une douce musique à l’ambiance bruyante du hall. De Mozart à « Requiem for a Dream » de Clint Mansell, son répertoire est aussi immense que non-élitiste. On croise régulièrement à son clavier des joueurs improbables. Les musiciens de tout niveau s’y essayent. Des jeunes de toutes origines, en jogging-casquette, donnent une représentation pleine de talent. Qui a dit que les « jeunes des cités » n’y connaissaient rien à la musique ? Le piano de Saint-Charles est la preuve absolue qu’un simple objet peut souvent donner à un lieu un aspect poétique.

IRAN Accord historique après

Pol’Sud

mark

Marine Gibert

Salaire minimum en Allemagne,

un pas vers l’Etat Providence ?

© Flickr/Arne List

vieux-port

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé à contre coeur, jeudi 21 novembre, que l’Allemagne allait se doter d’un salaire minimum généralisé, une concession qu’elle doit faire à ses nouveaux partenaires de gouvernement sociaux-démocrates. Ils avaient fait d’un salaire minimum national de 8,50 € de l’heure (contre 9,43 € en France) la condition sine qua non à leur participation au gouvernement, dont le programme de coalition sera voté le 14 décembre prochain.

Laëtitia Pèpe

A quatre mois des élections municipales Jean-Claude Gaudin s’est enfin déclaré Après des mois d’hésitation et un vrai-faux suspense savamment entretenu, le sénateur UMP et maire sortant de Marseille, JeanClaude Gaudin, a officiellement annoncé sa candidature pour les élections municipales de mars 2014, le 22 novembre dernier. Vieux routier de la vie politique marseillaise, il a justifié son engagement par la volonté d’éviter aux Marseillais de connaître une « gestion socialiste » qui aurait, selon lui, déjà fait « reculer

la France » sur le plan national. Jean-Claude Gaudin affrontera Patrick Mennucci, grand vainqueur, le 20 octobre, des primaires socialistes de Marseille. Quelques jours après ce scrutin, une enquête CSA plaçait les deux candidats à égalité au second tour, avec 41% des intentions de vote chacun. Selon certains observateurs, Marseille pourrait être la seule grande ville de France à basculer à gauche en mars prochain. Cosmopol’ 13


Cosmopol’ Pol’Sud

Mickaël Zakaria

La SNCM

politique

vie sauvage

Laëtitia Pèpe

Les extrêmes n’ont pas dit

arraisonnée par Bruxelles

© Flickr/Fortherock

Pour rompre avec le « bilan désastreux » d’une droite au pouvoir depuis 10 ans, François Hollande avait assuré, lors de sa campagne présidentielle, que « le changement », c’était « maintenant ». A l’approche des élections municipales, les Français ont effectivement le sentiment que les choses ont changé. Mais plutôt en mal. La défiance vis-à-vis du politique a rarement semblé aussi massive et résolue. Surtout à l’endroit des partis de gouvernement, rendus responsables du marasme actuel pour s’être partagés le pouvoir ces 30 dernières années. Le glissement vers les extrêmes en paraît d’autant plus « naturel »

nnn

aux déçus de tout poil et de toute condition. Selon Danielle Simonnet, secrétaire nationale du Parti de Gauche et candidate à la mairie de Paris, le mandat de Nicolas Sarkozy, comme les « maigres engagements » et les « mensonges » du gouvernement actuel, plongent la France dans une « situation catastrophique ». Selon elle, « les Français ne pourront rester dupes encore longtemps en accordant de nouveau leur confiance à l’UMPS. » Bien qu’à l’autre bout de l’échiquier politique, l’extrême droite fait la même analyse, utilise la même

poésie

rhétorique. Et compte sur la déception des citoyens pour faire un score aux élections municipales. « Les Français, socialistes compris, écœurés par l’arrogance, le sectarisme et l’impuissance de la gauche, représentent aujourd’hui la clé dont mon parti se servira pour que s’ouvrent enfin les portes de la victoire », martèle Louis Aliot, vice-président du Front national. En perte de vitesse il n’y a pas si longtemps, l’extrême droite et l’extrême gauche misent désormais sur le désespoir des Français pour faire leur trou. Avec peut être l’opportunité de réaliser une véritable percée.

Camille Izarn

Sexisme feutré à Marseille Entre drague potache et harcèlement de rue, la limite se brouille dans la cité phocéenne.

Deux femmes pendant la Slutwalk de Toronto en 2011. © Flickr

14 Cosmopol’

Avec le succès fulgurant du blog devenu livre éponyme « Paye ta Shnek » (Écarte les jambes, en argot alsacien) d’Anais Bourdet, la question du sexisme ordinaire se repose avec force dans l’Agora. Entre drague maladroite et harcèlement de rue, la graphiste marseillaise propose un recueil du meilleur, mais surtout du pire de ces expériences, devenues aujourd’hui lot quotidien pour bon nombre de Françaises. Selon une enquête de l’INSEE, publiée en 2007, 20% des femmes de 18 à 29 ans ont déjà été victimes d’injures, une sur dix a subi des caresses et des baisers non désirés. >> A paraître prochainement chez Fayard.

Logement

Pol’Sud Adèle Haltz

« Ce lieu

est dorénavant notre domicile »

leur dernier mot Un président de la République au plus bas dans les sondages, un « ras le bol » général ressenti par nombre de Français sur le plan politique, économique, social et une déception grandissante à l’égard du PS ou de l’UMP. Aux élections municipales de mars 2014, extrême droite et extrême gauche peuvent-elles profiter de la situation ?

Social

© Flickr/ Marcovdz

La CREA, centre social autogéré à Toulouse, inscrit ses revendications sur les murs de la ville rose. Au 27 Rue Valade, entre le Pont Saint Pierre et la place du Capitole, des affiches scotchées à même les portes annoncent la réquisition d’un logement vide, appartenant à la mairie. Le collectif solidaire contre le mal-logement explique sur son site internet : « Il y a de plus en plus de logements vides, de plus en plus de gens à la rue. Alors nous n’attendons rien de l’État et des autorités qui se moquent bien de nous, nous réquisitionnons directement les bâtiments vides, avec celles et ceux qui en ont besoin. Pour nous loger mais aussi pour organiser toutes sortes d’activités, d’ateliers, libres, gratuits et à disposition des quartiers. »

La commission européenne a décidé d’assigner la France en justice. Cette décision de Bruxelles procède d’une fraude de la Société Nationale Corse Méditerranée (SNCM). En 2007 et 2013, la compagnie maritime était condamnée à rembourser 220 millions d’euros d’aides publiques, qu’elle n’aurait pas du percevoir. L’amende s’élève aujourd’hui à 440 millions d’euros. Le gouvernement français doit désormais jouer son rôle d’agent de recouvrement auprès de l’entreprise Corse sous peine de sanctions. Politiques et investisseurs craignent pour l’avenir de la SNCM. © Adèle Haltz

Coup de gueule

Florian Pigeon

Marseille ton silence assourdissant « Marseille, tais-toi Marseille, crie pas si fort, je n’entends pas claquer, les voiles dans le port ». L’injonction amicale de Barbara résonne encore dans nos têtes. L’impétueuse cité phocéenne défraie il est vrai la chronique quotidiennement. Forts en gueule autant que théâtraux les Marseillais sont toujours prompts à donner leur avis à qui veut bien les écouter, faisant précéder leur jugement d’un péremptoire « je vais te dire ». Quand il s’agit en revanche de s’amarrer à des sollicitations concrètes, l’omerta reprend ses droits. Incessant aller-retour pour Cosmopol entre différents standardistes des mairies de secteur, mail de réponse succinct. Accrocher une information tient, sur le quai du vieux port, du marathon journalistique. Paradoxalement à Toulouse, si discrète médiatiquement, les portes s’ouvrent et les langues se délient. Finalement Léo Ferré avait raison lui qui prophétisait « Ô Marseille. Qu´importe ton parler avec ses mots épiques. Ces mots qui sortent faire un tour avec l´accent. Ces mots qui ne sortent pas de Polytechnique ». Oui, mais quels mots, Marseille ?

International Alexandros Kottis

Journée de commémoration en Grèce Le 17 novembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des principales villes grecques. Journée de commémoration de l’insurrection estudiantine contre la dictature des colonels du 17 novembre 1973, elle marque cette année son 40e anniversaire. Cette date représente le symbole des combats pour la liberté en Grèce. En cette période de crise, elle devient la caisse de résonnance des revendications politiques et sociales de la population. Entre devroir de mémoire et luttes présentes. Cosmopol’ 15


© STC Ville de Toulouse

humeur

Ô Toulouse, Ô Marseille

© Office de tourisme de Marseille

C’était au téléphone. Claude Nougaro qui avait apprécié un jour que je le baptise « Jazzimodo » répondait depuis un hôtel catalan à la question suivante, « pourquoi n’avoir jamais écrit un hymne sur Marseille à la manière du cantique des cantiques, que tu as fait sur Toulouse ». «Eh, oh, con » me répondit le souverain Toulousain, « c’est parce que le grand Léo est passé avant moi ». Fin du refrain. C’est vrai que sous la tignasse sauvage de l’anarchiste impénitent, des mots en ébullition, avaient déjà cogné à notre porte pour dire, comme Barbara, que Marseille « criait trop fort ». Et c’est encore vrai. Même si aujourd’hui Marseille et Toulouse, l’une que chatouillent les ressacs, l’autre que caresse ou brutalise la Garonne, ont à la fois de solides connivences mais aussi de sérieuses différences. On est donc allé voir, là-bas et ici, comment ces grosses villes vivaient et survivaient, entre souvenirs et avenir, entre promesses et détresses, entre possibles et impossibles. De cette étude comparée, il n’était pas question de faire une thèse, juste un arrêt sur images, quelques palpitations enregistrées au fil des investigations, une impression ici, un témoignage là, et par petites touches, des cités grecque et latine qui révèlent l’envers de leur médaille médiatique. Toulouse à l’Ouest, Marseille à l’Est, et un dénominateur commun, le sud, ses convictions, ses tripes, ses doutes aussi. Les reporters de Cosmopol ont fait de belles rencontres, cette pâte humaine qui fait les bons récits, et rend évidente la fonction du journaliste : transmetteur d’abord, témoin surtout. Ils ne sont pas restés engoncés dans leur costume d’étudiants mais, la bride lâchée, sont allés à la conquête buissonnière de ces hommes et ces femmes qui font le temps présent, sur les quais de briques roses de la capitale du Languedoc comme sur les rives minérales du si vieux port. Cette belle équipe rédactionnelle a relevé avec un salutaire enthousiasme le défi insolent de réaliser un magazine. A l’heure où tant de titres souffrent, voilà un nouveau-né qui méritait bien qu’on le chapitre. Et voilà, sur le papier deux villes, côte à côte posées, pour une balade de quelques pages avec en bande son, dans nos mémoires, Nougaro et Ferré réunis sur le grand disque de l’éternité. [ Hervé Nedelec ]

© Fédération Anarchiste/Wikimedia Commons 16 Cosmopol’

© Pkobel/Wikimedia Commons Cosmopol’ 17


Cosmopol’

Patrick Mennucci © Romain Bréget/ Wikimedia Commons

politique

Affiche de Campagne de Stéphane Ravier. © DR

Cohen en pilier

Marie-Arlette Carlotti © DR/Wikimedia Commons Samia Ghali © Rach2mars/ Wikimedia Commons

dans la mêlée des municipales © Pascal Pavani/AFP

A Toulouse le match des municipales va voir s’affronter deux grandes familles politiques. D’un côté les socialistes reconstituent l’alliance de sursaut avec les partisans communistes. De l’autre, après un hors jeu de la candidate du Modem, l’UMP cherche des attaquants au centre droit. Dans ce jeu de coalitions, le Front National fait une apparition surprenante au bord de la Garonne. Les observateurs prédisent, d’après un récent sondage, une réélection du maire sortant. Les Toulousains reconduiraient dans ses fonctions à 53%, Pierre Cohen. Jean-Luc Moudenc, son adversaire « historique » récolterait 47% des voix. La gauche toulousaine fait front uni, avec les communistes et les radicaux de gauche. Le candidat socialiste reproduit la même tactique de rassemblement qu’en 2008. La victoire lui avait alors souri de justesse, à six-cents voix près. Si le maire revendique un bon bilan, il prône l’union tous azimuts pour conforter ses chances. Pierre Cohen s’est beaucoup investi dans la vie nationale de son parti et il craint d’être victime de l’impopularité de la politique gouvernementale. Chez ses adversaires Jean Luc Moudenc cherche des appuis parmi les centristes, après le retrait de Christine de Veyrac, candidate de l’UDI. Le Modem fera liste commune avec l’UMP dans la course à la mairie. Ce rapprochement donne à la droite un atout non négligeable. Toulouse a été marquée 37 ans durant par les dynasties de centre-droit. Elles furent incarnées successivement par les Baudis, père et fils, Pierre et Dominique et enfin par Philippe Douste-Blazy et Mme de Veyrinas. Le Front National crée la surprise. Représenté par Serge Laroze, il enregistre une nette progression depuis 2008, dans une ville jusque là très hostile à l’extrême droite. Il est devenu une force politique capable de faire basculer les voix du côté du prochain vainqueur : « voter pour le Front National (…) conduirait immanquablement à la réélection du maire sortant. » estime Jean-Luc Moudenc.

qui se représente, a un projet d’ensemble sur ce sujet il est encore mal perçu. Pierre Cohen a du coup décoché une autre promesse, la reprise de l’eau en régie municipale à Toulouse. En 2010 il avait renouvelé le contrat avec Véolia. Il courait jusqu’en 2020 en échange d’une baisse de 25% de la facture. La rupture du contrat annoncée par le candidat socialiste imposerait cependant des indemnités financières lourdes. Ce qui n’a pas échappé à la droite, même si elle préfère évoquer la progression de la délinquance dans la quatrième ville de France. Moudenc demande un renforcement des effectifs de police municipale sur l’ensemble de la métropole. Sur ce sujet, comme sur d’autres, les thèmes de campagne restent limitées au « terrain de jeu » que constitue la commune. La nécessaire complémentarité avec les politiques conçues au niveau de la métropole n’est pas évoquée. De plus les équipes municipales sont muettes sur l’emploi industriel, nécessaire pour faire face à la demande des jeunes Toulousains. Au cœur de cette bataille l’enjeu est évidemment de se partager les voix du FN. Le parti est présent sur la scène politique mais il n’atteindra pas, dit-on, les 10% nécessaires pour se qualifier au second tour. Le prochain vainqueur sera celui qui captera les voix restantes. Les élections de mars prochain son attendues comme un grand match. Revanche pour l’un, essai transformé et consécration pour l’autre. Celui qui sera en touche est condamné à disparaître.

« on se connait depuis 20 ans » L’hypothèse du duel Cohen-Moudenc au second tour a comme un air « classico ». Le candidat UMP déjà maire de 2004 à 2008 espère tenir sa revanche. « On se connaît depuis vingt ans. Il était mon conseiller général quand j’étais maire de Ramonville. On s’est affronté deux fois, je l’ai battu deux fois, aux législatives puis aux municipales » rappelle dans ses déclarations le candidat socialiste. Les connivences entre formations politiques traditionnelles font passer les programmes des candidats à l’arrière-plan. Les grands thèmes n’apparaissent qu’en filigrane. Un des premier points noirs du bilan: le transport. Si la voie semble dégagée en direction de la mairie pour Pierre Cohen, les rues de Toulouse frôlent à certaines heures de la journée la thrombose. Les embouteillages sont désormais légendaires. L’ouverture de lignes de tramway et de métros, comme la ligne Garonne, ne sont peut-être pas les réponses attendues des électeurs. Si l’équipe municipale 18 Cosmopol’

[ Hugues Heron ] © Communication Ville de Toulouse

Jean-Noël Guerini © Rama/ Wikimedia Commons

Jean-Claude Gaudin © DR/ Wikimedia Commons

Municipales

sous haute tension à Marseille

Un candidat socialiste élu lors de primaires rocambolesques ; un maire sortant vieillissant qui ne fait plus l’unanimité ; un FN qui pourrait profiter d’une dynamique nationale pour tirer son épingle du jeu… à quelques mois de l’élection municipale, le jeu des 7 familles politiques marseillaises semble plus ouvert que jamais. 20 octobre 2013. Battue au second tour de la primaire socialiste, Samia Ghali fustige le gouvernement et l’accuse d’avoir appuyé la candidature de Patrick Mennucci, le vainqueur. Une semaine plus tôt, Marie-Arlette Carlotti, éliminée au premier tour, ne mâchait pas ses mots à l’endroit de la sénatrice-maire des quartiers nord, dénonçant un climat de clientélisme et de corruption. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, et Jean-Noël Guerini, président du Conseil général des Bouchesdu-Rhône – plusieurs fois mis en examen, notamment pour association de malfaiteurs-, sont tour à tour désignés par leurs détracteurs comme les marionnettistes de la gauche marseillaise, dont les candidats ne seraient que des pantins sous influence. Chacun accuse l’autre d’être le candidat « du système ».

Gaudin s’accroche Un système gouvernemental qui s’immisce dans les politiques locales d’un côté. Un système mafieux, affairiste et clientéliste de l’autre. Le climat dans le camp socialiste au sortir de cette primaire n’est pas des plus sereins. Si Patrick Mennucci et Samia Ghali ont tous deux essayé d’estomper les mésententes devant la presse à plusieurs reprises, le mal est fait. Les plus fidèles supporters de la candidate déchue n’hésitent pas à affirmer

devant les caméras qu’ils donneront leur voix à Jean-Claude Gaudin, le maire UMP sortant, pour battre Patrick Mennucci. Cette ambiance très particulière n’augure rien de bon pour un camp socialiste qui avait pourtant toute les clés en main pour mettre à mal un maire sur le déclin après presque 20 ans de règne. A droite, en effet, le doute n’est plus permis. Un mois après la primaire socialiste, Jean-Claude Gaudin confirme qu’il briguera bien un quatrième mandat consécutif. Le patriarche n’a pourtant plus la même aura. A l’UMP, les voix discordantes se font moins entendre, mais elles existent. « Trop vieux », « dépassé », « plus à la page », « rétrograde ». Ces critiques n’émanent pas de militants PS, mais d’électeurs –et même d’élus - de droite qui n’ont plus vraiment confiance dans leur maire pour « sauver Marseille ». Sauver cette ville du déclin économique, de la misère sociale grandissante, de la criminalité, de l’incivisme, du clientélisme... Gaudin, 75 ans, arrivera-t-il à relever le défi ? La révolte va-t-elle gronder à droite ? La réponse est claire : le changement, ce n’est pas pour maintenant. Concernant les polémiques qui entourent le maire, on entend beaucoup parler à Marseille d’un « arrangement » avec Guérini, au terme duquel l’un conserverait la mairie et l’autre le Conseil

général. S’il existe, ce supposé « pacte de non agression » pourrait toutefois voler en éclats, le vainqueur de la primaire socialiste, Patrick Mennucci, s’affichant depuis trois ans comme le champion de l’anti-Guérinisme.

Le FN attend son heure Et le Front National dans tout ça ? Selon un sondage CSA pour Le Figaro et BFM TV réalisé le 23 octobre, 22% des Marseillais seraient prêts à donner leur voix à Stéphane Ravier, la tête de liste du parti d’extrême droite dans la cité phocéenne. Créditées d’un tel score, les listes FN pourraient être en capacité de se maintenir au second tour dans la plupart des secteurs, imposant à Jean-Claude Gaudin des triangulaires potentiellement meurtrières pour lui et les siens. Avec seulement 18% des intentions de vote au second tour selon le même sondage, le FN n’a pour ainsi dire aucune chance de l’emporter, mais il pourrait cependant compter suffisamment de conseillers municipaux pour priver le futur vainqueur – qu’il s’agisse de Gaudin ou de Mennucci – de la majorité nécessaire pour gérer sereinement la ville. A Marseille plus qu’ailleurs, tout semble encore possible. [ H.H. • M.P. • M.Z. ] Cosmopol’ 19


Cosmopol’

© DR

politique [ maxime poli ]

Deux verts valent mieux qu’un

Jean-Claude Gaudin, le patriarche Né à Marseille il y a 74 ans, le maire actuel est un homme respecté dans son camp et au-delà. Elu sans discontinuer depuis 1995, nul n’ose remettre en cause son amour pour la ville. Même son opposante (PS) Marie-Arlette Carlotti, dans son livre « Marseille, ma capitale », le décrit comme un homme passionné et fidèle. Entré au conseil municipal en 1965 sur les listes socialo-centristes conduites par le maire (PS) sortant, Gaston Defferre, Jean-Claude Gaudin n’a ensuite plus quitté la vie politique, gravissant une à une les marches qui l’ont conduit à la mairie de Marseille, au ministère de la Ville ou à la vice-présidence du Sénat. Elu député (UDF) des Bouches-du-Rhône dès 1978, il a également occupé le fauteuil de président du Conseil régional de 1986 à 1998, puis celui de président de la Communauté urbaine de Marseille de 2001 à 2008. Figure de proue des démocrates chrétiens, il a cofondé l’UMP avec Jacques Chirac, Alain Juppé et Philippe Douste-Blazy dans la foulée de la présidentielle de 2002, avant d’en occuper la présidence par intérim à la suite des ennuis judiciaires d’Alain Juppé. Avec près de 50 ans de carrière politique, Gaudin reste un homme qui compte. A Marseille, ses adversaires lui reprochent surtout de passer plus de temps au Sénat qu’à l’hôtel de ville et de ne plus guère s’intéresser aux dossiers marseillais. L’âge du capitaine est aussi un argument avancé en privé par ses opposants, aussi bien à gauche que dans sa propre famille politique. Parviendrat-il à faire oublier ses 75 ans pour convaincre les Marseillais de lui laisser la mairie pour un 4e mandat ? Réponse en mars 2014. © Philippe Marc

>> Patrick Mennucci, la grande gueule Vainqueur de la primaire socialiste pour la tête de liste à la municipale de mars 2014, le député Patrick Mennucci a acquis une nouvelle dimension en battant Samia Ghali, la sénatrice des quartiers nord, au second tour de ce scrutin, le 20 octobre dernier. A 58 ans, ce fils d’immigrés italiens franchit ainsi une nouvelle étape dans une carrière politique entamée il y a 30 ans. Entré au Mouvement des Jeunes Socialistes à l’adolescence, c’est en effet en 1983 qu’il est élu pour la première fois au conseil municipal de Marseille, sur les listes du maire (PS) sortant, Gaston Defferre. Chef de file de l’opposition municipale depuis l’élection de Jean-Claude Gaudin, il a fait irruption sur la scène politique nationale en 2006, quand Ségolène Royal l’a nommé directeur adjoint de sa campagne pour la présidentielle de 2007. Trois ans plus tôt, il avait d’ailleurs dirigé la campagne victorieuse de Michel Vauzelle pour la présidence du Conseil régional, un rôle qu’il occupera une nouvelle fois – et pour le même résultat – lors des régionales du printemps 2010. Entretemps, Patrick Mennucci avait dirigé la campagne de Jean-Noël Guérini pour la municipale de Marseille, en 2008. Elu maire du 1er secteur (1er et 7e arrondissements) à l’issue de ce scrutin, il entre à l’Assemblée nationale en 2012, dans la foulée de l’élection de François Hollande. Fort en gueule, il joue volontiers – à l’instar de Jean-Claude Gaudin – d’un accent marseillais qu’il possède naturellement et d’une faconde toute provençale qui en amuse certains et en agace d’autres. Avec la ministre Marie-Arlette Carlotti, qu’il a battue au 1er tour de la primaire PS, il est aujourd’hui l’un des plus farouches adversaires de Jean-Noël Guérini, qui incarne selon lui un « système » finissant : celui du clientélisme politique.

Les amoureux de la nature font campagne en couple. Antoine Maurice (président du groupe EELV à Toulouse) et Michèle Bleuse seront les deux têtes de liste pour les municipales toulousaines de 2014. Ce choix s’explique par une prétendue volonté de parité des écologistes. Leur programme met en avant le rôle des citoyens dans l’amélioration de la vie urbaine. « Même s’ils sont de gauche, la question de la sécurité les préoccupe. Pour eux, Toulouse doit devenir un lieu plus apaisé, en conciliant vigilance, médiation et répression. Ils mettent en avant par exemple la reprise en main de la place Belfort par les commerçants du quartier qui se sont réapproprié la zone avec des marchés locaux le soir ou des animations, pour limiter le trafic de drogue et la prostitution » (extrait du site toulouse.eelv.fr). Même si deux candidats pour un même poste fait figure de désunion, les Verts de la ville rose restent davantage unis que leurs homologues marseillais. Le dernier sondage réalisé par l’IFOP, publié dans le JDD le dimanche 27 octobre 2013, leur donne 7% d’intentions de vote. Pour atteindre les 10%, ils espèrent mobiliser leur électorat autour d’un modèle économique en vogue : l’économie sociale et solidaire. « Il faut augmenter la part d’économie sociale et solidaire dans les services à la personne, le handicap ou la petite enfance afin de faire sortir ces filières de la précarité », souligne Antoine Maurice. L’un des points qui pourrait leur couter des voix tient dans leur volonté de piétonniser encore plus le centre-ville, ce qui agace particulièrement les commerçants. [ Maxime Poli & Mickaël Zakaria ]

En vert et contre tout Les socialistes n’ont pas le monopole de la division. À Marseille, Europe-Écologie-Les Verts met au grand jour ses dissensions internes. Karim Zeribi est pressenti pour être la prochaine tête de liste des partisans de la nature aux prochaines élections municipales. Mais ce nom ne fait pas l’unanimité dans son camp : il s’agit en effet d’un ancien socialiste converti à l’écologie en 2010, et proche de... Jean-Noël Guerini, que l’on retrouve décidément partout dans cette campagne. Des accusations de clientélisme ont été lancées sur Zéribi par ses coreligionnaires, particulièrement remontés contre sa toute nouvelle puissance au sein du mouvement à Marseille. On l’a même accusé d’avoir fait rentrer plusieurs dizaines de « militants fictifs » pour être élu comme tête de liste au sein d’un parti qui peine à dépasser les 400 adhérents sur la ville. Mais la division au sein des verts ne se résume pas à pro et anti Zéribi. On trouve au sein des opposants au néo-écolo deux tendances : les « puristes », qui veulent mener une liste 100% verte au risque d’essuyer un revers important en terme de voix, et d’autres qui voudraient au contraire ouvrir leur liste à d’autres partis, voire à des personnalités de la société civile comme Pape Diouf. Zéribi quant à lui ne cache pas sa volonté de se rallier au Parti Socialiste pour « plus d’ambition ». Difficile d’y voir clair dans le jeu des verts, qui font preuve d’une capacité de division surprenante à l’approche des élections, à l’image de leurs partenaires gouvernementaux socialistes. [ Maxime Poli & Mickaël Zakaria ]

[ H.H. ] 20 Cosmopol’

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Cosmopol’ politique

Vox populi

La métropole,

un enjeu primordial

des municipales de mars 2014 La métropole Aix-Marseille Provence regroupera à partir de 2016 l’actuelle communauté urbaine de Marseille et cinq autres intercommunalités des Bouches-du-Rhône : le Pays d’Aix, Agglopôle Provence, Ouest Provence, le Pays de Martigues, le Pays d’Aubagne et de l’Etoile, soit presque deux millions d’habitants. Dans les Bouches-du-Rhône, seul le pays d’Arles et les Alpilles resteront à l’écart de cette nouvelle entité. Objet de nombreuses controverses, la métropole Aix-Marseille Provence a nécessité la mise en place d’une mission interministérielle pour en dessiner les contours et en définir les compétences. Au moment du débat parlementaire, au printemps 2013, de nombreuses voix se sont élevées, la quasi-totalité des élus du département considérant la future métropole comme la concrétisation de l’hégémonie marseillaise au détriment des autres communes concernées par le projet. Les débats sur le poids de chaque commune au sein de la nouvelle entité n’a pas permis d’apaiser les tensions et de briser le front du refus, qui rassemble des élus de tous bords à Aix, Salon, Martigues, Aubagne, Vitrolles ou Gardanne. Même si sa création est désormais inscrite dans la loi, la métropole sera à coup sûr un enjeu primordial des élections municipales de mars 2014. A Marseille, bien sûr, où la majorité des élus de droite comme de gauche y sont très favorables. Mais plus encore dans les communes environnantes, où la pilule n’est toujours pas passée, quelle que soit la couleur politique du maire en place.

22 Cosmopol’

La ville rose broie du noir. Le poujadisme se répand sur Toulouse : « je m’en fous, c’est tous les mêmes », clame Quentin. Ce jeune vendeur de vêtements élude la question des municipales. « Je ne me sens pas représenté et je n’irai probablement pas voter », lâche-t-il pour finir. Un peu plus haut dans la rue des Filatiers, David partage son opinion. Disquaire âgé d’une trentaine d’années, il ne croit pas au vote et s’est même désinscrit des listes électorales. « L’abstentionnisme sera le grand gagnant de cette élection », s’amuse-t-il. Céline, elle, n’en rit pas. La femme au vison déplore la vacuité des débats politiques. « Les candidats sont à Toulouse ce que le soleil est à Paris ». Le soleil a cessé de briller sur la Trinité. Petite place encaissée, elle regorge de commerçants moroses. Ernest en fait partie. Cordonnier de profession, il craint la « mort du petit commerce ». Remplacé par les grandes enseignes, sans soutien des pouvoirs publics, il périclite. « Les commerçants sont tous en guerre contre l’actuel maire de la ville », harangue-t-il. Le quadragénaire explique sa grogne et met en cause la piétonnisation de la quatrième ville de France, l’intransigeance de la mairie et, surtout, « l’incompétence de Pierre Cohen (…) Je m’intéresse peu à la politique mais j’irai voter contre le pouvoir en place, peu importe le candidat qu’il y aura en face ». Pierre Cohen pourrait faire gagner des voix à Jean-Luc Moudenc s’il continue à faire la sourde oreille.

Vague bleu marine sur la ville rose Didier veut tourner la page de l’immobilisme. Le libraire liste un certain nombre de problèmes qui doivent être résolus. « Le transport est le point noir de Toulouse ». Il dénonce les soucis de circulation sur la rocade qui casse le moral des riverains. Le réseau de bus ne remplit pas convenablement sa fonction. Comme pour le métro, il y a constamment des retards. Il rejoint Ernest au sujet de la circulation en ville : « l’interdiction de circuler en centre ville a tendance à casser le commerce ». L’homme en chemisette voudrait davantage de places de stationnements. « No parking, no business ». Didier ira voter le 23 mars prochain. Interrogé sur la montée du Front National, il ne croit pas à une vague bleu marine sur la ville rose. « Ce parti n’a aucune influence au niveau local mais reste une menace à l’échelle nationale. La faillite des partis républicains donne du crédit au FN, qui n’a jamais gouverné ». Le frontisme n’est pas en vogue en Haute-Garonne. Cela n’empêche pas Nadine de critiquer la montée de l’insécurité. La ménagère veut briquer les cités : « La délinquance déferle sur le centre ville, il faut y remédier », grommelle la jeune maman. La fracture entre le centre et la périphérie est un constat qui rejoint les problématiques de la cité phocéenne. Les chaines d’info continuent d’inonder l’actualité de faits divers qui accentuent la peur de quelques citoyens. La crainte des toulousains n’égale pas celle des Marseillais, qui se sentent menacés dans leur quotidien.

© DR

Pierre Cohen part en pôle position Pierre Cohen est le maire socialiste de la ville de Toulouse. Dans l’éventualité d’un duel avec JeanLuc Moudenc au deuxième tour, le président de la communauté urbaine de Toulouse Métropole obtiendrait 54% des suffrages, d’après un sondage IFOP publié le dimanche 27 octobre 2013 dans le JDD. Dans une interview donné à la dépêche du Midi, un cadre de la

[ Hugues Héron & Mickaël Zakaria ]

fédération PS de Haute-Garonne précise que « Le ras-le-bol fiscal des contribuables est contrebalancé à Toulouse par la bonne tenue des impôts locaux, parmi les plus bas des grandes villes de France (…) de nombreux éléments favorables, comme la mise en route officielle de la nouvelle ligne de tramway (un peu avant Noël) par exemple, sont encore à venir pour Cohen… ». Le sexagénaire

Jean-Luc Moudenc, le retour est également très investi dans la vie du Parti Socialiste au niveau national. Le secrétaire national du PS tient aussi la place de président de la Fédération Nationale des Élus Socialistes Républicains (FNESR). Si les toulousains ne sont pas particulièrement des partisans du président des transports Tisséo, ce dernier reste fort d’un bon bilan.

Jean-Luc Moudenc est le candidat UMP pour les municipales toulousaines. Il naît le 19 juillet 1960 dans le quartier Saint-Cyprien à Toulouse. Député de 3e circonscription de la Haute-Garonne il est également chevalier de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre du mérite civil espagnol. Après avoir perdu la mairie en 2008 contre Pierre

Cohen, il est l’outsider de cette élection. Dans l’éventualité d’un duel avec le candidat socialiste, il ne remporterait que 46 % des suffrages. Il perdrait également l’élection dans le cas d’une triangulaire avec 40 % des voix, contre 51 % pour le PS et 9 % pour le FN. Pour que la triangulaire puisse avoir lieu, il faudrait que le candidat FN Serge Laroze obtienne au

moins 10% des voix au premier tour. « En période de campagne municipale, tout est bon pour s’attribuer les mérites des autres. Le Maire de Toulouse est d’ailleurs passé expert du « syndrome du coucou », du nom de cet oiseau qui vole le nid fabriqué par d’autres ! » (extrait du site www. moudenc.fr). [ Mickaël Zakaria ]

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Cosmopol’ Social

SANS TOIT NI CHOIX En octobre, à la sortie du Conseil des ministres, Manuel Valls annonçait vouloir réformer le système d’asile français. En profondeur. Le gouvernement compte notamment réduire la durée de traitement des dossiers. Afin de décharger les structures d’accueil provisoire, mais aussi, semble-t-il, d’enlever du temps aux demandeurs d’asile dans leur processus de régularisation. Derrière l’Allemagne, La France est le second plus grand pays d’accueil européen, avec 217 865 réfugiés résidant dans le pays*. [ Antoine Boyet, Laure Broulard & Fabien Palem ]

>> E lizabeth Verrey, travailleuse Sociale © Laure Broulard

Pour les réfugiés les problèmes se logent partout À Toulouse comme à Marseille, pénurie de logements sociaux, relations tendues avec les bailleurs sociaux et lourdeur des démarches administratives freinent les associations qui aident les réfugiés.

« Inimaginable qu’un réfugié trouve un logement par lui-même », assure Fabienne Lafrechoux, responsable des questions logement au sein de l’association de l’Union Chrétienne de Jeunes Gens Robert Monnier de Toulouse (UCJG). Élément central de l’intégration, c’est LE problème pour ces populations. À Marseille et Toulouse, les associations qui accompagnent les populations expatriées font face à de nombreuses difficultés pour dénicher un premier logement autonome. Et répondre à l’objectif national : les réfugiés ne doivent pas rester plus de 6 mois en logement provisoire. Première difficulté, mettre en adéquation un marché du logement en crise, marqué par la pénurie, avec la spécificité des réfugiés. Une population précaire avec peu de garanties à offrir à un bailleur. La situation 24 Cosmopol’

est alarmante : ces exilés sans domicile sont confrontés à des délais très longs pour se loger. Ils n’arrivent pas à sortir des hébergements provisoires, et l’intégration des familles en pâtit. À Marseille, au début des années 2000, il n’y avait que 100 places disponibles en CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile) dans toute la ville ! Pour répondre à cette urgence l’Association Régionale Coordination Asile (ARCA) a créé la Commission Orientation Départementale du Dispositif INSTALE (CODDI). Elle a été mise en place après le constat de l’échec des orientations des familles. Au sein d’un même conseil, sont regroupées les différentes structures d’accueil des réfugiés de la région. L’ARCA pilote. Mais malgré cet allègement, les dispositifs restent nombreux et variés. Le développement de différentes

solutions vise à « élargir l’éventail le plus largement possible sur l’offre de logement, afin de répondre au mieux à la demande ». L’association Habitat Toulouse, gestionnaire d’hébergements provisoires, déplore les 30 000 demandes de logements sociaux en attente chaque année en Midi-Pyrénées. La situation est encore plus tendue dans les Bouches-du-Rhône : les chiffres préfectoraux font état de 30 000 à 60 000 logements « en souffrance ». Phénomène global, la crise du logement touche plus sévèrement encore les populations précaires. Dans les deux villes, la durée d’occupation des hébergements provisoires par des réfugiés dépasse souvent les 6 mois préconisés. Cela fait 12% de réfugiés en trop dans ces structures, selon les objectifs nationaux.

Protégés par la loi française, près de 220 000 réfugiés peinent à s’établir dans un logement durable La question de l’asile est toujours posée au niveau national. Qu’en est-il des structures et des problématiques locales ? Marseille, porte de la Méditerranée, est une ville d’accueil historique des populations venant d’Europe de l’Est et d’Afrique. Toulouse est quant à elle sur la route des populations venant d’Espagne. On connaît ainsi l’histoire de la communauté arménienne fuyant le génocide et échouant à Marseille, comme celle des réfugiés de la guerre d’Espagne s’arrêtant à Toulouse. Ces populations vivaient alors dans des camps aménagés de manière sauvage et dans des conditions détestables. Les origines des réfugiés sont désormais bien plus variées, et leur processus d’intégration dans les villes est suivi de près par l’État et par les associations. À son arrivée, le demandeur d’asile peut être hébergé en Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA),

« Le droit commun est déficient » Maria Rat, chargée de mission logement à l’ARCA, estime que le problème est bien plus profond. « Ce n’est pas bon signe quand la moitié de la population ne paye pas de taxe d’habitation », souffle-t-elle résignée. Devenue experte en la matière, la travailleuse sociale fait un constat alarmant et dénonce des « politiques de clocher ». « À Gémenos, village proche d’Aubagne, il n’y a aucun logement social. La municipalité préfère payer des amendes plutôt que de respecter les 20% réglementaires. C’est plus rentable. […] Dans la région, la crainte de voir arriver les populations précaires de Marseille domine ». Ce qui fait défaut à Marseille et dans son département, ce sont des logements « très sociaux ». Ceux qui sont construits sont de « trop haut de gamme », et souvent hors de prix pour les populations précaires et a fortiori des réfugiés. À Toulouse, Fabienne admet « faire avec ». Cette travailleuse sociale enrage contre les locataires des logements sociaux qui restent plus longtemps qu’ils ne le devraient. « À un certain niveau de revenu, on devrait obliger certaines populations à chercher dans le secteur privé, pour simplement laisser la place à ceux qui en ont le plus besoin ». Pour Marisa Anastasiou, directrice de l’ARCA à Marseille, la situation de l’habitat est « trop précaire pour se poser la question », les ménages qui restent en HLM ne dépassent que de très peu les minima sociaux, et ils ne pourraient pas se reloger dans le secteur privé. « Le droit commun français est déficient », résume Maria Rat.

puis en Centre Provisoire d’Hébergement (CPH) une fois qu’il a obtenu le statut de réfugié. Commence dès lors la longue recherche d’un logement final et autonome : le HLM. Nous sommes allés à la rencontre de cette population bien particulière, souvent amalgamée à la grande masse de l’immigration. Nous avons rencontré les travailleurs sociaux qui les suivent durant leur parcours souvent miné d’embûches. À Toulouse, L’UCJC Robert Monnier, un Centre d’Hébergement Provisoire, participe activement à l’apprentissage par les réfugiés des codes de leur nouvelle vie en France. À Marseille, l’ARCA se bat pour trouver des appartements à tous ceux qu’elle accueille dans le contexte d’une offre de logement toujours plus tendue. *

Selon les données Haut Commissariat aux Réfugiés de L’ONU

« Les délais nous tuent » Quand le demandeur d’asile obtient le statut de réfugié, commence, reconnait Maria, « la galère du droit commun ». Pour être éligible à une demande de logement à caractère social, le réfugié doit justifier de multiples documents : son état civil (livret de famille) ; sa carte de séjour définitive ; son numéro unique d’enregistrement de demande de logement locatif social ; sa déclaration de revenus ; des documents relatifs à l’ouverture des droits (Caf, Sécu...); d’un emploi et de revenus... La liste est longue, surtout qu’il n’est pas rare que pour chacun des justificatifs le temps d’attente soit « parfois de plusieurs années ». « C’est ce qui nous tue », déplore Maria.

« Ne pas envoyer dans des quartiers chauds, explosifs » Si un réfugié veut sortir d’un hébergement provisoire la seule solution reste donc les HLM. Une réalité plus confidentielle revient dans la bouche des travailleurs, celle de la collaboration avec les bailleurs. À Toulouse, Fabienne est habilement consensuelle. La coopération et le dialogue avec les régies HLM sont à l’évidence compliqués. « Avec certains bailleurs, je travaille très bien, avec d’autres moins bien. Reloger les gens qui sont sur les listes prioritaires leur permet de toucher des fonds plus importants », cela facilite la discussion admet-elle. Dans les Bouches-du-Rhône, Maria et Marisa lâchent un peu gênées que « l’ARCA n’a de bonnes relations qu’avec seulement trois bailleurs HLM, sur la vingtaine que compte le département ». « Malgré les statuts sociaux, ils

sont les uniques décideurs », admettent-elles, même si dans la Loi, les places en HLM sont contingentées. Moins en difficulté et dans l’urgence, les travailleurs sociaux de l’UCJG recherchent des logements en dehors des « quartiers chauds, explosifs », pour ne pas orienter les réfugiés vers des « ghettos ». À Marseille, il n’y a pas de tri pour éliminer les quartiers sensibles : « nous ne pouvons nous le permettre... » concède Maria. Dans la cité phocéenne, la situation est telle que dans la majorité des cas, l’ARCA accompagne les associations et les réfugiés vers le Droit Au Logement Opposable (Dalo). Ce dispositif national est un recours pour le demandeur d’un logement social qui a attendu pendant un délai trop long sans avoir reçu de proposition adaptée à ses besoins et capacités. Mais le dispositif est « saturé » et pour les réfugiés une seule vérité s’impose : les logements disponibles sont dans les quartiers nord et il est impossible de dire « non ». © Laure Broulard

Cosmopol’ 25


Cosmopol’ Social

Du logement

provisoire à l’HLM :

la longue marche des réfugiés A Marseille comme à Toulouse, les étrangers logés dans les Centres d’Hébergement provisoire (CPH) ou Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile(CADA) viennent tout juste d’obtenir leur statut de réfugiés. Leur insertion professionnelle est encore lointaine. La plupart ne savent pas encore parler français. La recherche d’un logement autonome se présente donc comme le premier jalon de leur intégration. Après être passés par des hôtels, des foyers, et différents CADA, « les réfugiés ont d’abord besoin de se poser » insiste Elizabeth Verrey, travailleuse sociale à l’UCJC Robert Monnier de Toulouse. Riyad Ouzi (*), par exemple, est arrivé d’Irak avec le statut de réfugié il y a une quinzaine d’années. Le consulat français lui avait promis qu’il serait accueilli par des services sociaux à l’aéroport Charles de Gaulle, à Paris. Pourtant, il n’y avait personne. Il a d’abord vécu dans un hôtel de la banlieue parisienne puis dans un foyer à Créteil, d’où il a été chassé : « on nous a menacé de jeter nos affaires dehors si l’on ne partait pas tout de suite. » Il a ensuite enchainé plusieurs séjours en CADA, avant d’atterrir au CPH de Toulouse. Si avant l’acceptation de demande d’asile leur situation est extrêmement précaire, l’obtention du statut de réfugié représente une ouverture des droits. Dès lors le réfugié a les mêmes droits qu’un Français excepté celui de voter. Comme ils ne peuvent rentrer dans leur pays d’origine, leur intégration est primordiale. Leurs calvaires administratifs montrent à quel point ce processus est long et difficile. C’est pourquoi les associations les suivent et les aident au cours des différentes étapes qui les mèneront à un foyer autonome. La durée de la recherche de logement est très variable : entre trois et six mois pour Toulouse, mais souvent plusieurs années à Marseille.

« Ils ne savent même pas comment s’y prendre » Fabienne Lafrechoux, gère la recherche de logement des familles à Toulouse. Elle n’a jamais vu un réfugié trouver un logement par luimême : « ils ne savent même pas comment s’y prendre ». N’ayant aucune garantie financière, ils ne peuvent se tourner vers des agences privées. La seule solution est le logement social, et les HLM ne reçoivent pas individuellement. Les réfugiés sont traumatisés. « Ils ne connaissent pas les règles du jeu de notre pays, et sont habitués à d’autres types d’habitat. » La communication entre les travailleurs sociaux et les nouveaux arrivants est ainsi très difficile, même en dehors de la barrière de la langue. Pour qu’ils appréhendent la réalité de leur nouvelle vie en France, les associations proposent des cours : gestion de budget, utilisation du gaz et de l’eau, etc. « Certains ont peur du feu quand ils arrivent, ou ne savent pas utiliser une gazinière » témoigne Fabienne. Contrairement aux migrants économiques, les réfugiés vivent souvent un fort déclassement lors de leur arrivée en France. Maria Rat rappelle le parcours d’une famille Arménienne dont elle s’est occupée : la mère était journaliste pour la chaîne nationale de télévision arménienne, le père militaire de carrière. Aujourd’hui elle est caissière dans un hypermarché discount, et il est agent de sécurité. « On s’est sacrifiés, concèdent-ils, mais l’avenir, c’est les enfants. » A Toulouse, le déclassement n’est pas toujours vécu avec la même philosophie : 26 Cosmopol’

les associations sont dépassées par les demandes. Certains veulent des balcons pour fumer, ou une cuisine plus grande, et refusent les appartements proposés. Elizabeth Verrey se souvient d’un ministre africain affligé par son T2. Il demandait un appartement pouvant accueillir ses cinq enfants vivant encore en Afrique. Pourtant les associations sont claires : « dans leur situation, ils ne peuvent pas se permettre de choisir. Plus tard peut-être, s’ils gagnent de l’argent. Mais pas maintenant. » Mais l’idée qu’ils se faisaient de la vie en France est souvent bien différente des barres de HLM. « C’est loin de notre maison de 400 mètres carrés en Irak » remarque Riyad. « Ca a été dur de changer pour cela, mais ça en valait la peine. » La recherche du logement induit qu’ils s’accommodent de leur nouvelle réalité : celle des baux et des factures d’eau et d’électricité, de l’achat de meubles à Emmaüs. « Au CPH ils n’ont rien à payer, seulement une petite participation à leurs frais d’hébergement, explique Fabienne. Du coup ils ne savent pas combien le chauffage va leur coûter. On a eu des familles, mon dieu, qui avaient de ces factures en sortant d’ici ! ». Cela mène parfois à des situations comiques : la travailleuse sociale dépeint en riant une famille tchétchène en T-shirt dans leur appartement en plein hiver.

Le logement autonome, étape finale de l’intégration Le passage du logement provisoire au logement autonome est donc une étape importante. Celle qui suit, c’est l’intégration finale à la ville et au quartier. Les associations proposent aux réfugiés des HLM adaptés à leurs besoins, en vue d’une intégration réussie : proximité d’école ou d’université pour les jeunes, transports proches pour le travail des parents, logements assez grands pour accueillir toute la famille. L’ARCA de Marseille a par exemple mis huit ans avant de trouver un logement adapté aux 11 membres d’une famille arménienne. Pour Riyad, il était important de venir en ville afin de pouvoir procurer à sa mère les soins médicaux dont elle a besoin. Elle habite à quelques centaines de mètres de là, avec son autre fils. L’importance du regroupement familial est récurrente dans les discours des réfugiés comme dans celui des associations. Cet après-midi-là, Riyad regarde ses enfants rentrer de l’école. Il est assis sur un sofa moelleux, sous un tableau représentant le Christ et ses apôtres, symbole de cette religion pour laquelle il a fui l’Irak. La lumière qui filtre à travers les rideaux orangés diffuse une atmosphère chaleureuse. Il s’est lié d’amitié avec la voisine, qu’il a rencontrée à la sortie de l’école de ses enfants. Maintenant il s’est approprié ce quartier, et participe via le CPH à l’accueil de nouveaux réfugiés irakiens. *

Les noms ont été changés à la demande de la personne interrogée

Le rôle de l’état En 2007, c’est sous l’impulsion d’Habitat Pluriel et de la Direction Des Affaires Sanitaires et Sociales du 13 (DDASS 13) qu’est né le premier regroupement d’associations autour de la demande d’asile et du logement des populations réfugié : l’Association Coordination Asile 13 (ACA 13). L’association se régionalise et devient l’Association Régionale Coordination Asile (ARCA) en janvier 2009. Aujourd’hui, l’ARCA pilote la Commission Orientation Départementale du Dispositif INSTALLE (CODDI). Ainsi, elle assure la

gestion des orientations dans les dispositifs d’hébergement d’urgence et réfugiés ainsi que l’animation du réseau regroupant les principaux Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA), Centres d’Hébergement d’Urgence (CHU) et autres dispositifs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). En 2012, la CODDI a pris en charge l’accompagnement de 1 490 demandeurs d’asile et de 277 réfugiés, soit un peu plus de 50% du nombre total de ces populations dans la région PACA.

Marc Bernardot est Professeur de sociologie à l’université du Havre. Sociologue, il est co-animateur du réseau scientifique TERRA, et rédacteur en chef de la revue Asylon(s). Durant sa carrière, Marc Bernardot a questionné différentes périodes de l’histoire de la Provence et de la France au regard des vagues de réfugiés. Depuis 1973, l’Union Chrétienne de Jeunes Gens Robert Monnier de Toulouse (UCJG) accueille des demandeurs d’asile et des réfugiés.

La gestion publique des réfugiés et de l’asile est, dans la très grande majorité des cas, assurée par des acteurs privés. Ce sont des associations à but non lucratif qui assurent la gestion de ces populations dans leur processus d’intégration et de logement. Néanmoins, c’est l’État qui est le seul financeur des politiques d’asile, subventionnant à 100% les associations. Évidemment le climat de crise, a eu pour conséquence une baisse des subventions et une baisse des budgets des associations. À l’ACAR on accuse une baisse d’environ 3,5 % constante par an depuis deux ans, et à l’UCJG on accuse une baisse d’environ 10% par an sur la même période. Face à ces baisses, les discours diffèrent :

>> Fabienne Lafrechoux,

responsable des questions logement au sein de l’association de l’Union Chrétienne de Jeunes Gens Robert Monnier de Toulouse (UCJG)

L’État veut raccourcir la durée de l’hébergement dans les CADA et surtout dans les CHP. Il y a tellement de personnes qui sont en demande d’hébergement en CHP. L’État voit bien qu’il y a un embouteillage, et que les prises en charge sont beaucoup plus longues que celles normalement proposées. Dans la Loi, c’est six mois, mais en réalité les réfugiés restent un an, ou même plus. Face à une famille nombreuse, ou si l’un de ses membres souffre d’un handicap, le délai de 6 mois est irréalisable. Aujourd’hui, on peut encore les garder dans notre structure le temps qu’ils trouvent un logement autonome adapté. Demain, il y a de grandes chances que l’on doive changer ça. Si la pression de l’État continue de s’intensifier, on devra peut-être encore trouver un nouveau type de logement intermédiaire. Or, une multiplication de logement successif avant le logement autonome, serait pour moi quelques choses de totalement mal venue, ça ne voudrait rien dire. Sur la baisse de subvention, je suis convaincue que notre société s’appauvrit. On doit rogner à droite, à gauche, jusqu’au salaire et bien sûr jusqu’à la qualité de l’accompagnement.... Aujourd’hui, c’est malheureusement le cursus.

>> Marc Bernardot, sociologue

Si l’État a choisi de déléguer, en quelque sorte sous-traiter la gestion des demandeurs d’asile et de réfugiés, c’est que celui-ci souhaite éviter ce que l’on appel « l’effet d’engagement ». C’est des instituons à gérer en moins pour lui. La privatisation associative et humanitaire permet à l’État de se prémunir de beaucoup de critiques sur ses questions sensibles. Ce sont les prestataires qui sont en première ligne. Qui doivent assumer le bon fonctionnement économique. La gestion des prestataires permet de fragmenter les rapports de force, ce qui n’est pas possible dans une administration publique classique .

>> Robert Bravard,

Président de l’Association Régionale Coordination Asile (ARCA)

La baisse du budget n’est pas un problème. Y’a une baisse, mais il reste quand même de l’argent. Personnellement, je refuse le discours qui vise à dire que tout est de la faute de l’État. Certes, nous sommes obligés de faire avec moins de moyens, nous devons aussi de notre côté voir ce qui peut être mieux fait. Nous sommes dans une période de transition. Ce n’est pas forcément un mal, c’est l’occasion de chercher à construire un nouveau modèle. Trop souvent, l’on oppose fonction et amélioration sociales et logique économique, c’est une erreur. La rationalisation imposée par l’État dans le contexte de crise, est une formidable chance de se réinventer, de trouver de nouveaux modèles et d’être plus efficace. Si une association fait des excédents, c’est bénéfique à condition qu’elle les réinvestisse pour « faire plus », non pas pour que rien ne bouge. Marisa Anastasiou, directrice de l’ARCA poursuit : « En France, nous sommes très bon dans le traitement d’urgence des demandeurs d’asile, mais nous sommes moins bon dans la gestion de l’intégration, de l’insertion et de la valorisation de ses populations. Il y a besoin de revoir le management à tous les niveaux. C’est normal qu’un travailleur social soit évalué sur ses résultats et son travail. La rationalisation de l’État permet plus de bons résultats financiers, mais aussi et surtout plus de résultats pour les réfugiés qui dans une bonne organisation trouve plus vite des logements ». Robert Bravard conclut : « Ce que l’on peut reprocher à l’État, c’est son peu d’implication sur la question de la représentation de ces populations. Les réfugiés sont des populations mal identifiées et le plus souvent amalgamées. Alors que sur le plan économique, ils constituent une chance, ce sont des acteurs productifs inespérés pour la France. On ne retient que la notion « d’asile », et non d’acteurs productifs. » Cosmopol’ 27


Cosmopol’

>> À Toulouse, des réfugiés congolais ont repris leur destin en main. © Fabien Palem

Social

Loin de Kinshasa,

des réfugiés veulent voir la vie en rose

28 Cosmopol’

« Le terme réfugié s’appliquera à toute personne qui (…) craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays. » C’est la définition qu’on trouve dans la Convention de Genève du 28 Juillet 1951, qui représente le principal cadre juridique réglant les questions relatives aux réfugiés dans l’Union Européenne. Les demandeurs d’asile, eux, ont déposé une demande de reconnaissance du statut de réfugié, et ils attendent que cette demande soit acceptée ou rejetée par l’OFII (Office Français de l’Intégration et de l’Immigration). L’obtention du statut donne au réfugié une carte de séjour de 10 ans renouvelable. Il doit par ailleurs depuis 2007 signer un Contrat d’Accueil et d’Intégration par lequel il s’engage à apprendre le français, et à respecter les valeurs de la République Française. C’est au Pakistan que vivent le plus de réfugiés au monde, avec 1.6 millions de personnes. L’Iran se positionne en deuxième place, avec 868 200 réfugiés. L’Allemagne figure en troisième place, avec 589 700 réfugiés. La France, elle, n’accueille actuellement que 217 865 réfugiés.

de réfugiés qui leur a été accordé, ils bénéficient des mêmes droits que tout citoyen français… à l’exception du droit de vote.

Au bout des quatre étages, sans ascenseur, se trouve le logement de la famille congolaise. L’espace y manque. Au milieu du salon de leur modeste T4 trônent deux canapés, placés face au téléviseur, qu’on éteint à l’occasion des visites. La table à manger est presque trop petite pour les huit occupants. On l’a collée au mur pour permettre le passage depuis le couloir d’entrée. Les tapisseries, d’un jaune pâle, n’ont pas été décorées, comme le signe que personne ne souhaite s’éterniser ici. Tout ce qui compose l’appartement est fourni par l’association responsable de la famille. Elle acquerra son mobilier une fois installée en HLM. À Bordelongue, la famille n’a pas établi de contacts avec ses voisins. Des salutations cordiales dans les escaliers ou à l’entrée de l’immeuble, rien de plus. Le couple regrette cette absence de liens entre les habitants de ces logements provisoires.

Première grande angoisse

Pas des migrants économiques

Aux numéros 92 et 108, à deux pas de leur appartement, siègent diverses associations dédiées majoritairement au soutien des demandeurs d’asile et réfugiés. Leur mission prioritaire : le logement. Élisabeth Verrey, chargée de l’insertion professionnelle au sein de l’Union Chrétienne de Jeunes Gens « Robert Monnier » (UCJG), assure que les réfugiés sont une population qui a passé « la première grande angoisse ». Ils ont obtenu un titre de séjour. L’heure est à l’intégration : maîtrise du français pour les non-francophones, assimilation des codes sociétaux, condition de scolarité des enfants, emploi et ressources. La variable logement est l’élément catalyseur de toutes ces problématiques.

Arrivée en octobre 2010 à Paris, Lydie, la mère, a attendu trois ans pour retrouver sa famille. Elle a connu la longue marche des demandeurs d’asile : logements du 115 à Paris, Centres Provisoire d’Hébergement (CPH) et d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA) à Mont-de-Marsan. En novembre 2011, après un entretien devant l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), elle accède au statut de réfugié. Lydie a dû présenter les preuves de sa situation. Elle était en danger dans son pays d’origine. Grâce au soutien des associations, elle atterrit finalement au CPH de la route d’Espagne. Les travailleurs sociaux lui avaient étalé une carte de France pour qu’elle choisisse sa destination : « Ma priorité était de

De nombreux réfugiés congolais sont placés en logement provisoire et attendent qu’on leur attribue une H.L.M.. Rencontre, à Toulouse, avec une famille installée au Sud de la ville. Elle est enfin réunie après une longue procédure de regroupement familial. Bordelongue, novembre 2013. Un quartier proche du centre-ville, si loin pourtant, car mal desservi. Ici, on peine à trouver une station de Velô pour y déposer son deux-roues de location. À 3 km à la ronde, pas de stations de métro non plus. Dépassée la place de la Patte d’Oie (ligne A du métro) on quitte le centre en direction de la route d’Espagne. Les briques roses de la cité occitane se diluent, remplacées par des bâtisses ternes. À Bordelongue, on a construit des immeubles modernes, et sans âme. À côté de ces locaux occupés pour beaucoup par des bureaux d’entreprise, se trouvent des logements sociaux. De petites unités de quatre étages. Encastrées les unes dans les autres, loin du cœur toulousain. Au dernier étage vivent Lydie, Francis (*) et leurs cinq enfants dans un T4. Trois chambres, une cuisine étriquée, un salon exigu. Ils ont quitté Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), pour fuir l’enfer. Grâce au statut

>> Qu’est-ce qu’un réfugié ? >> Principales origines des demandes d’asile en France (2012) Principales origines des demandes d’asile en France (2012)

Russes 5 324 Congolais 5 269 Autres

Serbes 3 936 Sri Lankais 3 085 Albanais 2 643

Chinois Syriens 2 225 627 Irakiens Arméniens 173 2 184

Georgiens 2 546

m’installer dans une grande ville. » Pour l’éducation des enfants et le travail. Après une longue procédure administrative, les « petits » sont arrivés en avril 2013, puis le père en juin. La famille réunie a enfin trouvé, en France, « le pays des droits de l’homme ». « Les gens doivent comprendre que si on quitte notre pays pour demander l’asile, c’est parce qu’on a été menacé chez nous, plaide Lydie. On ne vient pas passer des vacances ni piquer le travail des Français. » « Aujourd’hui, tous les médias parlent de la Syrie, poursuit-elle, mais plus personne du Congo. Pourtant il continue de s’y passer des horreurs. On tue, on massacre, on viole sans impunité. C’est ça le quotidien de beaucoup de Congolais. » Ces néo-Toulousains ont quitté leur grande maison de Kinshasa et son vaste terrain. Leurs emplois aussi. « On a laissé derrière nous une situation confortable, témoigne à son tour Francis, notre demeure, nos voitures et nos emplois pour venir ici. Parfois les gens mélangent tout et croient que nous sommes venus pour des raisons économiques ». Tous deux sont diplômés dans leur pays. Lydie en gestion hospitalière à l’Université de Kinshasa. Francis travaillait lui dans la finance après une licence à l’Institut Supérieur des Statistiques. Ils devront accepter les emplois disponibles, pour subvenir à leurs besoins. « En France, les employeurs ne reconnaissent pas nos diplômes, sous-évalués. C’est comme si nous ne valions rien », lance la quadra, fatiguée, mais énergique. Lydie est désormais aidesoignante à domicile, en attendant un diplôme qui lui permettrait une augmentation de salaire et une vraie reconnaissance. Francis, fraîchement arrivé, s’est inscrit au Pôle Emploi, dans l’espoir de perceptives nouvelles.

... Cosmopol’ 29


Cosmopol’

Communiqué

Santé Sud ne soigne pas les bébés.

Social GRAPHIQUE CONTRASTÉ DES RÉFUGIÉS DANS LE PAYS ET ORIGINAIRE DU PAYS

Réfugiés du monde entier présents dans le pays. Ressortissants du pays réfugiés dans le monde.

(Source: UNHC, Chiffres de 2012)

Nombre de réfugiés

Irak

746440

Republique Democratique du Congo

728542 509396

Syrie

France

476506 217865 98822 65109

© Santé Sud

100

0,0001%

0,7%

2,3%

3,2%

Pourcentage de réfugiés par rapport à la population totale

...

Le logement H.L.M. Pour l’heure, satisfaction du côté de la scolarisation des enfants. La cadette est à l’école primaire voisine, à quelques rues du logement familial. Trois autres sont au collège Maurice Bécanne, à 5 minutes de bus. Un des garçons y est d’ailleurs délégué de classe, ce que le père rappelle avec fierté. L’aîné, 17 ans et inscrit au lycée des Arènes, à plus de 3 kms de là. Plus la scolarisation avance, plus les établissements s’éloignent. Ainsi va Bordelongue : à la fois au centre et excentré. Lydie salue le travail des associations d’aide aux réfugiés. Un soutien de taille dans le processus d’intégration des familles. « Les membres de l’association sont des employés compétents et au fait de nos problèmes », se souvient la mère. Ils se chargent en particulier d’étudier le marché du logement social pour offrir aux familles les meilleures conditions. Fabienne Lafrechoux, responsable du service logement à l’UCJG, déplore cependant que les démarches soient de plus en plus difficiles, faute de places et de moyens : « les subsides de l’État s’appauvrissent. On doit rogner à droite et à gauche, jusqu’au salaire, et bien sûr jusqu’à la qualité de l’accompagnement ». *

Les noms ont été changés à la demande de la personne interrogée

30 Cosmopol’

Un autre problème est récurrent. Un fossé existe entre les aspirations de certaines familles réfugiées et les disponibilités en logements sociaux. « Certains pensent pouvoir accéder directement à un appartement sur la place du Capitole », ironise Fabienne. Ce n’est pas le cas de nos Congolais, conscients de la complexité du marché du logement en centre-ville et qui espèrent plutôt emménager au uNord de Toulouse. « Pourquoi pas à Blagnac ou à Colomiers », souffle la mère de famille, avant de préciser : « On espère ne pas être envoyés à Bagatelle ou Basso Combo, c’est trop chaud là-bas ! ». Paradoxalement, ces deux quartiers réputés « sensibles » sont parmi les plus fournis en logements sociaux. Les membres des associations chargés du logement assurent faire le maximum pour ne pas regrouper les réfugiés au même endroit. Ils veulent éviter l’émergence de territoires communautaires et ségrégés. Le passage dans ces logements provisoires, tels que celui de la famille congolaise de Bordelongue, peut durer de six mois à un an, avant qu’ils ne trouvent leur bonheur en HLM. Francis scrute le paysage. Depuis la petite fenêtre du salon, le centre-ville est invisible. Seules les images de son Congo natal s’installent dans sa rêverie.

À échelle nationale, le financement des CPH est passé de 12,5 millions d’euros en 2012 à 12,2 millions en 2013, soit une baisse de 2,4 % des subventions étatiques. La raison invoquée est le coût unitaire quotidien de la place en CPH, qui s’élève à 30,86 € contre 24 € en CADA. Source : Projet de loi de finances pour 2013 : immigration, asile et intégration.

C’est un médecin

de leur pays qui les soigne. À Santé Sud, nous sommes convaincus que les pays en développement disposent du potentiel nécessaire pour dispenser les soins à leur population et qu’il leur appartient de choisir la voie de leur développement. Selon notre devise « agir sans remplacer », depuis 1984, nous soutenons les initiatives locales en formant et en accompagnant des professionnels sanitaires et sociaux qui pourront eux-mêmes prendre en charge les populations de leur pays.

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Cosmopol’ économie

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Quand Marseille prend le large,

Toulouse s’envoie en l’air

Marseille – Toulouse. Deux villes méridionales que le soleil arrose abondamment. Les phocéens centrés sur leur vieux port millénaire investissent dans de nouvelles activités portuaires. Ils attendent les vents propices qui redynamiseront la cité de Provence. De son côté, Toulouse, enclavée dans les terres, au pied des Pyrénées, regarde vers les cieux depuis plus de 120 ans. La ville de Nougaro et de Zebda devrait avoir un bel avenir dans les prochaines années grâce à l’aéronautique. Les deux métropoles, 2e et 4e de France par la population, tablent chacune sur un développement à long terme. Retour sur deux parcours et deux stratégies économiques différentes.

au statut d’établissement public industriel et commercial. Quatre ans plus tard, la Forme 10, l’une des plus grandes du monde, capable d’accueillir des bâtiments de 800 000 tonnes, entre en service à Marseille, sur le môle de Mourepiane. Aujourd’hui, l’espace portuaire est de plus en plus tourné vers les services. Il va durablement s’inscrire dans ce secteur, faute d’une structure industrielle capable de relayer le secteur de l’armement. Les industries traditionnelles, l’huilerie, la savonnerie, la raffinerie de sucre, et les céréales, n’existent quasiment plus depuis l’effondrement des empires coloniaux. Aucune industrie ne s’y est substituée. Le port ne tire plus son dynamisme de la demande locale des industries de transformation.

[ Laëtitia Pèpe, François Lefebvre & Adèle Haltz ] Le développement économique de Marseille a toujours été lié à son port. Venus de la mer, ses fondateurs en ont fait un pôle d’échange important entre orient et occident dès son établissement. Après le moyen âge et les différentes invasions, Marseille s’impose enfin comme un grand centre de transport et de commerce. Utilisant Arles, Avignon et Lyon comme relais jusqu’aux grandes foires. Une épidémie de peste qui décime en 1720 et les multiples révolutions freinent l’essor du port jusqu’à la création de la liaison Rhône / Mer, sur ordre de Napoléon III et la multiplication des voies ferrées. L’ingénieur Paulin Talabot conduit le projet de création des docks qui ouvrent à la fin de 1863 et prennent une place importante dans la vie du port et de la ville, employant 32 Cosmopol’

près de 7 000 dockers. Le port se place à la fin du XIXe siècle au 4e rang mondial, avec le développement de la réparation navale. La Chambre de Commerce, par décret du 7 juillet 1881, devient concessionnaire des hangars, des docks et outillages des bassins nord. A partir de 1911, le pôle industrialo-portuaire atteint les limites géographiques de la commune et s’étend à l’ouest vers Berre. Après la reconstruction des quais détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Etat approuve en 1964 les gigantesques travaux dans le golfe de Fos, dont l’immensité permet des perspectives de développement quasi illimitées. En avril 1966, le port quitte la tutelle de la Chambre de Commerce et d’Industrie pour passer

Un hub pas si connecté L’arrière-pays provençal ne compense pas cette perte. Les économistes désignent par « hinterland » l’aire économique d’influence qui relaie l’activité portuaire, transforme et valorise les matières premières acheminées. Cette zone n’est toujours pas constituée. La construction métropolitaine qui patine est, à ce titre, un symbole fort de cette incapacité à tisser un réseau. Le plus proche complexe industriel est à Lyon. Au-delà, Marseille voudrait étendre son influence au nord de l’Europe. Elle ne le pourra qu’au prix d’un développement sur plusieurs années. Actuellement, le port phocéen doit aller chercher ses frets très loin. Le réseau de transport ferroviaire, fluvial et autoroutier, est insuffisant pour lui permettre de soutenir ses ambitions. Les réseaux de transport de l’Est de la France ne sont de surcroît pas reliés au Rhin. Le principal tronçon manquant se situe en

Franche-Comté. Pour l’heure aucune solution n’est envisagée. La ville assiste néanmoins depuis un ou deux ans à une renaissance timide de la réparation navale, grâce notamment à la Forme 10, la plus grande forme de radoub de Méditerranée, construite à l’origine pour accueillir les pétroliers géants de plus de 250 000 tonnes. Abandonné dans les années 80, à la suite du naufrage de l’Amoco-Cadiz, le projet de la Forme 10 refait surface début 2010, pour répondre au besoin d’entretien et de réparation des paquebots de croisière, de plus en plus nombreux à partir de Marseille ou à y faire escale. Si la marine marchande a connu des périodes difficiles, notamment du fait des grèves à répétition des dockers ou des agents portuaires, le tourisme reste un enjeu majeur pour le port de Marseille. En janvier 2013, le Grand Port Maritime, la ville, la communauté urbaine, le département des Bouches du Rhône, la région PACA ainsi que la Chambre de commerce et d’industrie ont adopté une charte ville-port pour favoriser le développement des croisières. Initiée il y a une dizaine d’années, cette politique a permis au port de Marseille de trouver enfin un nouvel axe de développement. La somme de 450 millions d’euros a été débloquée pour mettre l’outil à niveau. En 2013, le secteur de la croisière a d’ailleurs passé pour la première fois la barre du million de passagers, contre 750 000 en 2012, soit 30% de croissance en un an. Un succès sans précédent auquel Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture a sans doute contribué. De même que le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), ouvert face à la mer en juin 2013, sur un môle jadis inclus dans le domaine portuaire.


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Un avenir rose pour Toulouse

© Flickr/Vincent

L’histoire de Toulouse et de l’aéronautique est bien plus récente. Le 9 octobre 1890, le tout premier prototype d’avion réalise son premier vol. L’Eole, construit en secret à Muret près de Toulouse par Clément Ader. L’histoire est écrite. L’aviation évolue rapidement et prend une place importante lors de la première guerre mondiale. C’est encore à Toulouse que Pierre-George Latécoère crée en 1927 la première liaison régulière au départ de la France ; entre Toulouse et Dakar. L’Aéropostale et ses pilotes célèbres comme Jean Mermoz ou Antoine de Saint Exupéry, est reprise dans les années 30 par l’Etat sous le nom d’Air France. Après-guerre, un grand nombre d’entreprises spécialisées dans l’aéronautique s’installent à Toulouse et forment l’embryon du secteur naissant. En 1955, la Caravelle effectue son vol d’essai à Toulouse. Elle est bientôt choisie par le général de Gaulle pour ses voyages officiels. Son constructeur, Sud-Aviation, devient l’Aérospatiale en 1970, après avoir réalisé les essais du Concorde, le premier supersonique de transport commercial. L’Europe des six envisage depuis plusieurs années des projets communs. Le 18 décembre 1970, ils prennent enfin forme lorsque l’Aérospatiale et Deutsche Airbus deviennent officiellement Airbus Industrie, dont le siège mondial est placé à Toulouse-Blagnac. Si le parc d’avions en service construits par Boeing reste encore le plus important, Airbus a su s’imposer comme le leader mondial de l’aéronautique commerciale depuis 2001. L’A380 crée l’événement le 27 avril 2005, pour son premier vol d’essai à Toulouse. Cinquante mille curieux célèbrent la gloire du constructeur européen. Il est encore aujourd’hui le plus gros avion commercial du monde. Parallèlement, le secteur spatial, devient une des priorités du gouvernement, en période de guerre froide. Le 19 décembre 1961, le Centre national d’études spatiales (CNES) né de cette volonté politique et installe un de ses centres spatiaux à Toulouse. Après l’échec du lanceur Europa à la fin des années 1960, l’agence spatiale du CNES et l’Aérospatiale, deux établissements français, deviennent responsables du projet européen Ariane. Son objectif premier est de se rendre indépendant des technologies américaines et russes.

Entre 1979 et 2009, environ 300 satellites de plus de 100 kg auront été lancés par une fusée Ariane. Toulouse est évidemment choisie en 1997 pour accueillir la Cité de l’espace, le parc à thème scientifique orienté vers l’espace et la conquête spatiale. A Toulouse, l’aéronautique, se porte bien. Le secteur reste un pôle d’excellence et le carnet de commandes est plein. Aucune concurrence technologique de la part des grandes puissances émergentes n’est à craindre avant au moins vingt ans.

Eclaircies à l’horizon L’inquiétude porte davantage sur la gestion de l’entreprise européenne EADS, qui achèvera bientôt sa réorganisation et prendra le nom d’Airbus Group. Dans une interview publiée par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, Tom Enders, le patron de l’entreprise européenne, envisage des mesures pour rendre le groupe plus compétitif à l’exportation. Il prévient qu’une réduction des coûts et des effectifs est inévitable. Ces choix stratégiques de la direction sont contestés par les syndicats. « En huit ans, les moyens de la recherche ont été développés à outrance. Aujourd’hui, selon les actionnaires, la recherche est dangereuse pour la rentabilité » explique Dominique Pinault, délégué de la CGT. Dans le secteur aéroportuaire, le projet de construction d’un nouvel aéroport à l’horizon 2020 prend forme. Avec l’expansion économique et démographique que connaît actuellement la région toulousaine, ce projet apparaît incontournable. Une expertise, réalisée par la direction de l’aviation civile et Aéroports de Paris, a confirmé l’urgente nécessité de la construction de cette infrastructure. Le domaine portuaire, comme l’aérospatial, sont des fleurons incontournables de l’économie européenne future. Le port phocéen est encore aujourd’hui le premier en terme de tonnage notamment grâce aux hydrocarbures qu’il achemine jusqu’à Karlsruhe. Toutefois, il n’a pas terminé son processus de reconversion et l’économie locale a dû se diversifier. De son côté, Toulouse poursuit sa spécialisation dans les technologies de pointe, les perspectives d’avenir restent assurées pour encore de nombreuses années

>> Thierry tient bon la barre >> Pour Thierry, entre l’Afrique et la France, il n’y a qu’un poisson à franchir. © Laëtitia Pèpe

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Tout petit, avec son frère et ses cousins, le matelot tombe amoureux de la marine. Thierry Cotte, le bien nommé, n’hésite pas, une fois l’école terminée, à rester de longues heures sur le bateau de pêche de son grand père. A contempler la mer, tout en « rêvant de l’épouser un jour », tel le Marius de Pagnol. Aujourd’hui, ce marin de 47 ans a presque oublié Valence, où il est né, avant de débarquer à Marseille à l’âge de deux ans. En 1995, Thierry découvre le métier et la compagnie l’Estérel

Chanteclair. Basée à Cannes, l’entreprise assurait les liaisons entre la Croisette et les Iles de Lérins jusqu’en 2005. Pendant deux années, Thierry exercera encore dans les Alpes-Maritimes, au sein d’une compagnie du Cap d’Antibes. Il prend dès lors le large en intégrant la Société Nationale Corse Méditerranée (SNCM). Brevets maritimes en poche, il accède au statut de capitaine en 2004. Porté par cette nouvelle vague, il devient patron du Groupement des armateurs côtiers marseillais (Gacm),

où il supervise, comme à ses débuts, le transport de passagers. Plus tard, il intègre Surf, une compagnie maritime employant des marins français désireux de naviguer sur des champs pétroliers étrangers. Thierry hisse les voiles pour le Congo. Aimant les grands espaces, l’Afrique restera pour Thierry l’une des « plus belles expériences maritimes » de sa vie, « autant sur le plan professionnel que personnel », précise-t-il. De retour en France, il s’occupera de petits trajets autour de Marseille, ses îles, ses criques et ses calanques. Son parcours, aussi riche que pluriel, l’amènera aussi à gérer la sécurité de croisiéristes voyageant vers la Corse ou la Sardaigne.

Depuis quatre ans, Thierry dédie son temps au transfert de marchandises, un cabotage incessant sur les côtes du sud de la France. Jouer des rôles multiples sur un bateau est un scénario professionnel qui le comble. « A bord, chacun connaît dès le départ les tâches qu’il doit accomplir, explique-t-il, mais d’un voyage à l’autre, vous pouvez passer de cuisinier à veilleur de nuit ou de balayeur à tireur de cordes. » Pour briser la routine, Thierry Cotte a une astuce : « ne pas reproduire les mêmes gestes et voyager avec des personnes différentes, cela permet à chaque aventure maritime d’être unique. » Pour lui, le port de Marseille, où il s’implique désormais, a de belles perspectives d’avenir. La perte du mono-

pole du Gacm et l’arrivée de Véolia, au milieu des années 2000, a permis l’embauche de centaines de marins et le développement de la concurrence entre différentes compagnies maritimes. Thierry s’inquiète en revanche pour l’activité des pêcheurs, si dévalorisée aujourd’hui. « Enfant, puis lorsque je n’étais encore qu’un jeune mousse, Marseille abritait un véritable port de pêche, se souvient-il. Les élus locaux se préoccupent aujourd’hui avant tout de la rentabilité du port, sans forcément songer à conserver son authenticité ». Ses souvenirs tempêtent encore très fort dans sa tête. [ Laëtitia Pèpe ] Cosmopol’ 35


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© Flickr/Ballow

« Marseille fait ce qu’il faut pour accueillir les croisiéristes »

Directeur général de Croisière de France (CDF), filiale du 2e groupe mondial Royal Caribbean, Antoine Lacarrière a choisi Marseille comme « tête de ligne » pour ses navires. Créée en 2007 pour le développement du marché français et pour répondre aux attentes spécifiques du consommateur français, CDF est devenue, avec ses 50 000 passagers par an, la troisième compagnie du marché hexagonal. 30% de ses croisiéristes viennent du sud de la France. Marseille est pour l’instant son seul port français, avant l’ouverture, en 2014, d’une ligne au départ de Calais (Pas-de-Calais). [ propos recueillis par Adèle Haltz ] 36 Cosmopol’

Pour quelles raisons avez-vous choisi Marseille comme port d’embarquement pour vos navires ?

Dans quels domaines Marseille a encore des efforts à faire ?

C’est d’abord l’humain. Ici, ils ont envie de faire ce qu’il faut pour réussir. Une croisière est un ensemble de services, de produits. Mais l’embarquement et le débarquement sont très importants. Votre croisière peutêtre magnifique, mais si vous arrivez avec des clients qui sont stressés, qui n’ont pas été contents pour le parking, pour l’embarquement, qui ont le sentiment qu’ils n’ont pas été traités correctement parce qu’il pleuvait ou qu’il faisait trop chaud ; ça ne marche pas. Pour que cela fonctionne, il faut que le port soit accessible et connecté. Tous ces facteurs-là sont réunis, et cimentés par l’envie du port.

Pour l’instant, il ne nous manque que la connexion port-ville. Cette année était en quelque sorte une année de transition, car le terminal n’est pas encore tout à fait fini, mais il sera bientôt magnifique et très pratique. Du fait de mon volume - entre 1400 et 1800 passagers - je ne pouvais pas travailler en même temps que les autres compagnies. Nous sommes les seuls à être positionnés sur le dimanche. Du coup, nous avons été déplacés. On est très contents car nous sommes dans une zone qui a été complètement aménagée pour nous cette année. Mais l’année prochaine, la satisfaction client et la facilité de travail pourront encore être augmentées.

Quelles sont les avantages et les inconvénients de ce choix ?

Comment imaginez-vous l’avenir de votre activité au départ de Marseille ?

Le port n’est certes pas le mieux placé, il y a un petit peu de trajet pour rejoindre le centre, mais dès qu’il y a un souci, comme du vent, ils proposent des solutions. S’il y a un retard, ils savent comment réagir. Les installations sont quand même assez performantes. Donc en fin de compte, dans l’organisation d’un produit croisière, les risques sont minimes en venant à Marseille. On est sur le port le plus connecté en France, avec les plus belles installations, avec des gens très professionnels et une démonstration d’envie très forte.

J’aimerais bien que les compagnies aériennes croient un peu plus au marché de la croisière et nous mettent un peu plus de transferts de pré-acheminements depuis les différentes villes de France. J’ai aussi passé des accords avec plusieurs hôtels marseillais qui proposent un produit spécial, de manière à ce que la croisière commence avant que le bateau ne quitte le port. J’espère dans le futur pouvoir améliorer les conditions de préacheminement pour les clients. Il faut que tout soit simple dans notre métier.

« Aucun nouvel avion de prévu avant 2030 » Secrétaire général du syndicat CGT Airbus à Toulouse et ingénieur au bureau d’étude, Dominique Pinault s’inquiète de l’absence de nouveaux projets majeurs dans la stratégie de son groupe. Entretien. [ propos recueillis par Adèle Haltz ]

Que signifie la réorganisation au sein du groupe EADS ? Tom Enders, notre Pdg, nous l’a expliqué. A l’international, le nom qui porte notre entreprise, c’est Airbus. EADS ne signifie rien. Le groupe est côté en bourse, mais le nom qui ressort c’est vraiment Airbus. Ils ont donc eu l’idée de transformer EADS en Airbus Group pour une question de visibilité. Mais cela implique une réorganisation à partir de synergies industrielles en 3 branches : Airbus Aircraft, Aribus Defence and Space et Airbus Helicopters. L’A400M, par exemple, sera transféré d’Airbus Aircraft à Airbus Defence and Space. Cela veut dont dire un regroupement des branches défense et espace, qui pourra impliquer certains doublons et amener à des réductions d’emplois. Ce n’est pas encore sûr pour l’instant. Mais cette organisanition en elle-même n’est pas inquiétante et ne change pas grand-chose.

Avez-vous des réserves à formuler vis-à-vis de ces changements ? Le plus inquiétant, c’est d’afficher une volonté de rentabilité à 10% dès 2015, sachant qu’en 2012, nous sommes à 6,1%. Les actionnaires disent aujourd’hui que la recherche et le développement sont dangereux pour cette rentabilité à 2 chiffres d’ici 2015. Ils peuvent se le permettre aujourd’hui, car ils ont un carnet de commandes incroyable. On est saturé d’activités. On a lancé 3 programmes majeurs coup sur coup en 8 ans, le premier vol du A380 en 2005, l’A400M en 2008 et l’A350 cette année. Les moyens d’étude, de recherche, de développement et d’ingéniering se sont développés à outrance sur une période assez courte. Entre décembre 2009 et décembre 2012, les établissements d’Airbus à Toulouse ont gagné 4 000 salariés. Aujourd’hui, on produit 600 avions par an et on a un carnet de commandes de 4 500 avions. Une compagnie qui commanderait un A380 aujourd’hui, ne le recevrait pas avant 7 ou 8 ans. Donc, pour atteindre cet objectif de rentabilité, il nous est demandé de produire plus dans un temps plus restreint, en augmentant les cadences. Ils vont certainement faire des transferts de compétences et de savoir-faire des bureaux d’étude vers la production. Les Risk Sharing Partners, en clair les sous-traitants,

vont certainement devoir partager davantage encore les risques avec nous.

Avez-vous des craintes pour le futur de votre entreprise. Si oui, lesquelles ? Aujourd’hui, il y a un certain nombre d’idées dans les tiroirs, mais aucun projet majeur. C’est-à-dire aucun nouvel avion avec une conception entièrement différente. Le remplacement de l’A320, initialement prévu en 2023, est repoussé en 2030 ou 2035. On abandonne donc toute idée de nouvel avion avant cette date avec le NSA (New Single-Aisle) pour remplacer l’A320. En attendant, l’entreprise promet de faire de l’innovation technologique sur les modèles existants en step by step. Le problème, c’est qu’une entreprise de haute technologie comme Airbus ne peut pas se permettre de rester quasiment 20 ans sans projet majeur. Cela engendre une perte de savoir-faire et de compétences. Toutes les personnes qui ont aujourd’hui 40 ans ne seront plus là pour le prochain projet. Cela aura des implications dans tous les domaines. Les nouveaux ingénieurs n’auront jamais vécu le développement d’un nouveau projet. Surtout dans une ville comme Toulouse, qui a un parc estudiantin très important et qui n’aura pas de débouchés à proposer pendant 10 ou 15 ans. C’est le danger que je vois aujourd’hui.

© Flickr/Mathieu Marquer Cosmopol’ 37


Cosmopol’ économie

Les chiffres des poids

Marseille

lourds économiques

TOULOUSE

Population (2009)

Population (2009)

850 602 habitants

440 204 habitants

2e ville française

4e ville française

Communauté urbaine Marseille Provence Métropole

Toulouse Métropole 700 292 (5e CU française) Superficie : 45 880 ha Nombre de communes : 37 Création : 2008

1 038 940 hab (3 CU française) Superficie : 60 745 ha Nombre de communes : 18 Création : 2000 e

• 4e région française en matière d’investissements étrangers créateurs d’emplois • 1re région pour l’effort en recherche & développement • 5e aéroport français avec près de 7.5 millions de passagers en 2012 • 2e pôle universitaire français

• 1 constructeur mondial d’hélicoptères • 1er pôle mondial de réparation des super-yachts • 1re métropole multimodale air-fer-mer-fleuve-route • 3e mondial du transport maritime conteneurisé • 1re université de France er

Le port de Marseille-Fos 1 grand port maritime de France et de méditerranée en tonnage 18 000 emplois directs 23 000 emplois induits 8% de l’emploi salarié de la Métropole 3e port pétrolier mondial 1er port de croisière en France + 1 Million croisiéristes en 2013 110 millions d’euros de retombées 2,3 M de passagers 88,2 Millions de tonnes de fret (+3% / 2010) er

Aérospace vallée 60 000 emplois en Midi Pyrénées 1er pôle et 1er bassin d’emploi européen en aéronautique et espace

Leader mondial

Leader européen

→ Avions civils de plus de 100 places → Aviation d’affaires haut de gamme → Turbines à gaz pour hélicoptères → Trains d’atterrissage → Télédétection, collecte de données et localisation

→ Conception, développement et intégration de satellites → Mise et maintien à poste des satellites → Lanceurs et propulsion → Télécommunications par satellites et océanographie spatiale → Systèmes de cockpit → Technologies de rentrée atmosphérique → Avions militaires → Systèmes embarqués pour l’automobile

Sources : CCI de Toulouse et de Marseille, INSEE, Communautés urbaines Marseille Provence Métropole et Toulouse Métropole, Aerospace valley

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Cosmopol’ urbanisme

>> Rue d’Alsace-Lorraine à Toulouse, artère piétonne de l’hypercentre. © Florian Pigeon

Entre quartier d’affaires et retour à la nature :

bâtir la ville de demain Deux villes, deux histoires, deux territoires, si éloignés mais pourtant si proches. Toulouse et Marseille, que tout oppose sur le papier. Toulouse la discrète, Marseille la tapageuse, se rejoignent pourtant sur une volonté : être une ville de demain, dans le sillage des grandes métropoles européennes entrées de plain pied dans la dynamique du XXIe siècle.

[ Florian Pigeon & Clémence Allezard ] Tour de Babel, cités-états, villes nouvelles... Les hommes ont toujours été en quête de la cité idéale. Ils ont rêvé, voire fantasmé la ville comme incarnation matérielle d’une société plus juste, prospère et démocratique. Le lieu de tous les possibles. A l’ère de l’industrialisation et après les désastres de la guerre, la ville « providentielle » est devenue jungle hostile. Depuis une vingtaine d’années, pouvoirs publics et urba40 Cosmopol’

nistes œuvrent néanmoins à repenser la ville pour la rendre à nouveau vivable, humaine. En englobant fonctionnalités, esthétique et développement durable, l’urbaniste tente inlassablement de donner forme aux utopies urbaines. Son objectif est de donner une lecture de la ville et d’un territoire. Il porte sur la morphologie et l’organisation des réseaux qui la composent. Pour cela, il doit anticiper

les besoins des populations et proposer un développement urbain efficace sur le plan socio-économique et durable sur le plan environnemental. Les grandes lignes des politiques urbanistiques de Toulouse - pour ses 450 000 habitants - et de Marseille qui en compte 850 000 - divergent dans la forme et vitesse d’exécution, mais se rejoignent dans la volonté de piétonniser l’hyper-centre. « Dès les années 60, cer-

>> Esplanade du Vieux-Port à Marseille, piétonne depuis 2012. © Flickr/Jeanne Menjoulet

taines capitales européennes ont libéré leurs artères commerçantes des automobiles. C’est le cas de Copenhague », rappelle Daniel Benyahia, adjoint (PS) à l’Urbanisme de la ville de Toulouse et vice-président de la Communauté Urbaine. Dans le sillage de ces métropoles tournées vers l’avenir, la ville rose est entrée dans l’ère piétonne : « La part modale des voitures à Toulouse est de 60%. En comparaison Copenhague est à 12% », précise ainsi l’élu toulousain. Selon lui, « L’horizon est dessiné ».

À Marseille, la piétonisation du VieuxPort est vécue comme « un effort à faire pour toute la métropole » assure l’urbaniste JeanNoël Consales. Avec ses 102 000 m2 de rues complétement piétonnisées, la préfecture de la Haute-Garonne possède plusieurs longueurs d’avance sur son homologue des Bouches-du-Rhône. « La ville est passée graduellement d’une cité automobile à un havre pour piétons et cyclistes, plaide l’élu toulousain. La piétonisation s’avère être un vecteur d’attractivité économique. » Marseille est ouverte sur la mer. Il est donc impossible de construire une ceinture périphérique pour desservir l’hyper centre. La possibilité de piétonniser en est limitée d’autant. « La ville est coincée entre la mer et ses collines », soupire la députée Valérie Boyer,

adjointe (UMP) en charge des projets de rénovation urbaine. Marseille a surfé sur son label de « capitale européenne de la culture 2013 » et l’a placé au cœur de sa stratégie urbaine avec pour objectif « une réduction de 50% de véhicules ». Le Plan de Déplacements Urbains 2013-2023 de Marseille Provence Métropole évoque lui « une diminution de 8% (soit 152 000) des déplacements en voiture ou en roues motorisées par rapport à 2009 où la tendance était en augmentation de 6 %». D’autre part, « finaliser la L2 Est et la L2 Nord [la voie rapide de contournement de la ville selon un axe nord-ouest/sud-est] réparera la cicatrice urbaine du Defferrisme et permettra de piétonniser davantage », estime la députée.

Attractivité économique : cheval de bataille de l’urbanisme Désespérées de ne disposer d’aucun véritable quartier d’affaires, les deux villes ont employé les grands moyens pour pallier leurs carences et attirer cadres supérieurs et activité tertiaire. À Marseille, c’est l’établissement public Euroméditerranée qui a reçu en 1994 la lourde mission de transformer les quartiers paupérisés de Joliette-Arenc, SaintCharles, la Belle-de-Mai ou encore la rue de la République en un large secteur d’activités porteur de dynamisme et de développement économique. Le quartier de la Joliette

en est le premier maillon. Les fonds publics investis depuis près de 20 ans auraient attiré les investisseurs à raison de « 3,50 euros d’argent privé pour un euro d’argent public », explique Alexandre Sorrentino, directeur du projet de territoire et de l’international à Euroméditerrannée. L’argent public finance uniquement l’achat du foncier. L’argent privé, lui, vient de la plus-value engendrée par la revente du bâti rénové. A ce stade, près de vingt-ans après sa mise en acte, le projet Euroméditerranée a coûté 5 millions d’euros à la mairie de Marseille. L’immense chantier a effectivement transformé le paysage urbain, mais quid toutefois de l’attractivité économique espérée et de la dimension supposée internationale. L’ « Acte 1 » du projet s’étend sur une superficie de 480 hectares en cœur de ville, ce qui en fait l’opération de rénovation urbaine la plus importante d’Europe. Il a permis la création de 20 000 emplois. Mais « pas 100% marseillais », note Alexandre Sorrentino « du fait du manque de personnes qualifiées ». Il a aussi également permis la construction de 500 000 m2 de bureaux et de 12 000 logements, dont 20% de sociaux comme l’exige la loi SRU. Sur le toit de la friche la Belle-de-Mai, on embrasse d’un coup d’œil le périmètre de l’opération, là où a poussé l’immense tour CMA-CGM, la nouvelle gare

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Cosmopol’ urbanisme

>> G raffiti illustrant le mécontentement d’une partie de la population vis à vis du projet « euroméd ». © Florian Pigeon

>> Réalisations d’Euroméditerranée à Marseille, de gauche à droite : Tour CMA-GGM, destruction d’une parcelle d’autoroute et construction du MuCEM – musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée. Vue du palais du Pharo, 1995-2013. © Euroméditerranée

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Saint-Charles, les buildings de La Joliette, la rue de la République ravalée, le Silo à grains du port réhabilité en salle de spectacles… Plus au sud, le long du littoral, le JI, le J4, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée – le fameux MuCEM de l’architecte Rudy Riccioti -, ont transformé le paysage et les perspectives jusqu’au fort Saint-Jean, à l’entrée du Vieux-Port. C’est une évidence : Euroméditerranée a métamorphosé Marseille. Propre, aérée, rénovée, loin des clichés des amas de détritus amoncelés dans des ruelles glauques. « Les entreprises reviennent ». Combien ? Difficile de le déterminer. Rue de la République, les logements refaits ne trouvent pas preneurs et les commerces fraichement installés demeurent désespérément vides. L’offre hôtelière et commerciale haut-de-gamme et les T4 neufs attendent pourtant le client.

À Toulouse, la requalification d’espaces et le renouvellement urbain est également une priorité. Le quartier de la gare Matabiau s’apprête ainsi à subir un « lifting » considérable. En attendant l’arrivée de la Ligne Grande Vitesse, prévue à l’horizon 2024, l’EPFL – Établissement public foncier local – du Grand Toulouse réalise, tel que le décrit son directeur, Jérôme Gorisse, « une opération foncière de grande envergure ». Entre les gares Matabiau et Raynal, s’érigera « un quartier urbain du XXIe siècle ». Un budget total de 73 millions d’euros 42 Cosmopol’

sera consacré à l’achat de tous les biens situés entre les deux >> Un « vélib » à Toulouse. © Florian Pigeon dessertes ferroviaires. Outre l’objectif de redynamiser le centre ville avec deux à quatre hectares exclusivement consacrés à des commerces, le projet de la métro- Marseille souhaite également entrer pole Toulouse Sud Ouest annonce la création dans ce bal des capitales européennes, mais de 20 000 emplois pour la seule requalifica- souffre considérablement de l’héritage de Gaston Defferre, qui s’inscrivait alors dans tion de la gare Matabiau et la construction la dynamique nationale de la valorisation de de 5 à 10 000 logements aux abords du site. En 2016, la première pierre du quar- la voiture, notamment la destruction de la quasi totalité de son réseau de tramway. Si tier d’affaires dont rêve Toulouse sera posée. Dans le concert des métropoles européennes Marcel Pagnol a eu la chance en son temps bâties sur la volonté d’attirer des cadres pour d’emprunter la ligne 40 qui reliait Marseille à Aubagne ou les 167 km que comptait stimuler leurs économies, l’urbanisme joue un rôle prépondérant. « La ville doit être apaisée, les le tram phocéen, ce n’est pas le cas des habitants doivent prendre plaisir à flâner », sou- Marseillais d’aujourd’hui. Il ne parcoure que 11,5 km actuellement. L’ancien maire ligne Daniel Benyahia. Toulouse souhaite ainsi souhaitait privilégier le trolleybus ou les adoucir ce que les habitants perçoivent comme une « jungle urbaine ». Le projet du square autobus. Après la période reine du tout voiCharles-de-Gaulle illustre une vision fondée ture, la cité fait machine arrière : « l’enjeu sur l’espace public et ses usages qui doit reva- des transports est fondamental dans la ville loriser le centre ville. Les modes de transports de demain, ils permettront de faire la couture « doux » symbolisent aussi cette volonté d’atti- urbaine entre le sud et le nord de la ville », rer une population plus aisée : « Le site internet estime Alexandre Sorrentino. Marseille est de la ville vend l’image d’une agglomération esti- également confrontée à la problématique vale, ouverte à la flânerie », constate Marc Pons, de l’étalement urbain, une autre conséquence du règne de l’automobile. L’action sociologue spécialiste de l’urbanisme. Selon lui, « cette image n’a rien à voir avec la réalité de la future aire métropolitaine sera déterurbaine ». Toulouse a axé son offre de transport minante, il s’agira de combler un retard accumulé depuis deux décennies, et hisser essentiellement sur le tramway, en ajoutant six nouvelles stations sur ses lignes. Elle a aussi ainsi la cité phocéenne au rang de grande multiplié les stations de vélib - 253 au total. métropole tournée vers l’avenir.

Les « grand perdants » des politiques urbaines Si l’urbanisme tel qu’il est pratiqué à l’heure actuelle à Toulouse et Marseille a des visées a priori très positives, il a néanmoins tendance à exclure les catégories sociales modestes qui vivaient dans ces quartiers avant leur rénovation. Selon le sociologue Marc Pons, le phénomène de « gentryfication » des centres ville est un processus rapide. « Or, à Toulouse il s’est engagé dès les années 60. On ne peut donc pas parler de gentryfication. En revanche, l’offre commerciale au lendemain des opérations de rénovation urbaine de l’hyper-centre s’est essentiellement dirigée vers les jeunes au potentiel économique élevé, avec des produits de 2e et 3e génération type plats préparés ou surgelés ». L’allusion peut paraître anecdotique, elle est pourtant très révélatrice. En remplaçant les petits commerces par des magasins franchisés et des produits « basiques » par une offre plus sophistiquée, une véritable sélection s’opère. Seuls ceux qui peuvent encore satisfaire leurs attentes de consommation restent, les autres sont contraints de partir. Les pauvres et les personnes âgées sont les grands perdants. Autre fait notable souligné par le sociologue toulousain, valable également pour Marseille, « la muséification de l’hyper-centre, via des politiques de rénovation des bâtiments

historiques ». Cet autre phénomène caractérise certaines formes d’urbanisme, notamment dans les centres villes français. Par souci d’esthétique et de valorisation du patrimoine à des fins touristiques, on tend à figer une image idéale de certains lieux emblématiques, tel qu’on le ferait dans un musée. A Toulouse comme à Marseille, la création de nouveaux lieux et les projets d’aménagements s’accompagnent souvent d’une revalorisation du patrimoine existant, à l’image du MuCEM et du fort Saint-Jean à Marseille, désormais réunis. Il s’agit là de l’image « carte postale » que l’on souhaite donner à la ville à des fins d’attractivité touristique. Outre le risque de « façadisme » et de fétichisme, la conscience de la valeur historique ou esthétique d’un monument, de même que celle d’un objet d’art, n’est pas également partagée par tous les membres d’une société. Seule une élite cultivée est particulièrement sensible aux politiques culturelles et de conservation du patrimoine. [ Clémence Allezard ]

Cosmopol’ 43


Cosmopol’

Des projets très urbains

urbanisme [ Antoine Lapresle ]

Toulouse, métropole rose en expansion 20 ans de coopération intercommunale qui se concrétisent sous la forme d’une communauté urbaine (intercommunalité de plus de 500 000 habitants) avec des pouvoirs accrus dans l’aménagement du territoire.

Toulouse métropole c’est aussi

Évolution de l’intégration

Nombre de communes

30

1 039 739 habitants

37 Communes

18 Communes

46 000 hectares

60 475 hectares

15,3 hab/hectare

17,2 hab/hectare

460 000 emplois

406 697 emplois

96 000 étudiants

72 000 étudiants

La communauté urbaine Marseille Provence Métropole Créée en Juillet 2007 ar Marseille et 17 communes voisines, la Communauté Urbaine Marseille Provence Métropole constitue le troisième EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) et la seconde métropole de France.

25 20

2012

2011

2009

2002

2001

1993

1992

10

Années

15

Compétences liées

Compétences obligatoires et missions choisies • District du Grand Toulouse (1992): Développement économique, Habitat, Environnement, Sécurité incendie • Communauté d’agglomération du Grand Toulouse (2001): Zones d’activité économique, Transports, Assainissement, Aménagement urbain, Base de loisirs, Voirie

• Communauté urbaine du Grand Toulouse (2009): Urbanisme, Déchets urbains, Voirie et propreté, Eau potable • (2011) : Rayonnement international, Accueil des gens du voyage, Espaces naturels, Culture • Communauté urbaine Toulouse Métropole (2013) : Archéologie conservatrice

Dépenses et infrastructures BUDGET 232 M 7 % 53 %

37 % 3 %

Part du budget dans l’aménagement urbain ménagement urbain et développement A économique Déplacements transports et voirie Habitat et politique de la ville Autres dépenses

44 Cosmopol’

Limites de la Communauté Urbaine ( Département des Boûches-du-Rhône)

Toulouse métropole c’est aussi

711 763 habitants

40 35

Marseille Provence Métropole en chiffres

1,3

Milliards d’euros Dont

Voirie

• Développement et aménagement économique, social et culturel de l’espace communautaire • Aménagement de l’espace communautaire • Equilibre social de l’habitat sur le territoire communautaire

• Politique de la ville dans la communauté • Gestion des services d’intérêt collectif • Protection et mise en valeur de l’environnement et politique du cadre de vie

Dépenses et infrastructures

Dépenses par compétence en 2010

BUDGET

de dépenses d’équipement

378 M

d’interventions en fonctionnement

638 M

interventions communautaires en 2011 (900€/hab)

2 800 km de voirie 11 338 places 653 horodateurs

Rues piétonnes

Réseau cyclable

➔ 102 000 m2 ➔ 8,3 km

➔ 504 km de réseau ➔ 253 stations VélÔToulouse

1,392

23 % 45 %

millions d’euros

32 %

Dont

510,6 M

de dépenses d’investissement

881,4 M

de dépenses de fonctionnement

Part du budget dans l’aménagement urbain éplacements, transport et voirie D Qualité de vie et développement durable Aménagement urbain et développement économique

Voirie

1970 km de voirie 1 700 places

Tramway

Réseau cyclable

➔ 60 000 voyageurs/jour ➔ 8,3 km

➔ Objectif 400 km de réseau ➔ 253 stations « Le vélo »

Cosmopol’ 45


Cosmopol’ urbanisme >> C atherine Denoel, présidente de l’association « îlot Lapujade ». © Florian Pigeon

>> Pique nique contestataire dans le quartier Lapujade à Toulouse. © Catherine Denoel

Catherine Denoel,

avec “ceux qui n’ont pas les mots” En 2011, un véritable combat à la David contre Goliath s’est mené au cœur de l’arène politique toulousaine. Catherine Denoel est partie en croisade contre l’injustice et l’opacité des décisions politiques, alors que son quartier était menacé par un Plan Local d’Urbanisme désastreux (PLU). Portrait d’une figure moderne du David, entre abnégation et sens des réalités. L’association « Îlot Lapujade » a vu le jour en juin 2011 dans le quartier éponyme. Un PLU, préparé dans la plus grande opacité institutionnelle, s’apprêtait à être mis en place. Ce quartier historiquement ouvrier, resté très populaire, était notamment menacé par la destruction d’une trentaine de maisons et la construction de logements sociaux de quatre à huit étages. Une hérésie dans ce faubourg traditionnel composé des fameuses « Toulousaines », ces petites maisons typiques de la région. Catherine, Toulousaine d’adoption de 44 ans, a été propulsée, un peu malgré elle, à la tête de l’association. Originaire de Nantes, elle s’installe pour ses études dans la ville rose en 1995. En 2005, elle emménage à l’îlot Lapujade, séduite par sa quiétude et ses anciens pavillons ouvriers rénovés. Titulaire d’une maîtrise en audiovisuel, ses voisins, au niveau d’études plus modeste, se sont tournés naturellement vers elle et lui ont accordé leur confiance. Excédée par le contenu du PLU et l’absence d’information de la part des pouvoirs publics, Catherine Denoel décide de se mobiliser avec Hélène Givord, sa voisine et partenaire de galère devenue vice-présidente de l’association. Les jeunes femmes dénoncent le « passage en force » tenté par la mairie pour un PLU échafaudé « sans concertation citoyenne » et sans cohérence avec l’organisation spatiale et le bâti préexistants. 46 Cosmopol’

« Ça donne de l’énergie » Début d’un long combat. Les jeunes femmes entament un porte-àporte auprès de tous les habitants du quartier afin de les informer. Elles recueilleront 845 signatures et le soutien d’autres associations de quartier. La lutte ne s’arrête pas là. Elle multiplie les démarches administratives, écrit au maire, Pierre Cohen, et incite ses voisins à formuler individuellement des requêtes. Peu habitués au jargon administratif, c’est avec empathie et pédagogie qu’elle les approche. Elle évoque des rencontres parfois douloureuses, notamment « les personnes âgées lui pleurant dans les bras » à l’annonce des expropriations prévues. Deux ans après, l’émotion est encore palpable. Familière des attentes médiatiques, elle donne à son action associative un écho retentissant en élaborant « un plan média » calibré : « un pique–nique contestataire » réunissant 900 personnes et des banderoles accrochées à chaque maison, des images fortes et « vendeuses ». Le rendez-vous finalement décroché avec les principaux acteurs du projet ressemble à une tentative d’intimidation. Face aux deux citoyennes, cinq élus et responsables du projet. La situation est déséquilibrée, le combat semble vain. Mais la détermination du petit bout de femme est sans pareille : « La révolte face à l’injustice, ça donne de l’énergie ».

David contre Goliath En toute humilité, Catherine Denoel raconte la genèse de son engagement associatif et ses concrétisations inédites. « Ce n’était pas qu’une action contestataire », grâce à des initiatives ciblées respectueuses des procédures légales, d’une mobilisation massive et de l’écriture complète d’un plan local d’urbanisme, l’association a obtenu la refonte totale du PLU. A la place d’une évolution anarchique, de destructions d’habitations et d’une densification verticale incohérente, les nouveaux arrivants auront des maisons avec jardins, les anciens, « une maison sénior » et un paysage préservé. Elle permettra une « mixité sociale harmonieuse ». Voté en 2012, le projet a été intégré tel quel au plan local d’urbanisme. La militante n’affiche pour autant aucune gloriole. Peu loquace à son sujet, elle ne manque pas de citer à de nombreuses reprises Hélène Givord, sa précieuse aide et le soutien crucial des 120 adhérents de l’association. L’entreprise était pourtant fastidieuse. Outre la démarche didactique préliminaire, la présidente devait agir en totale transparence. En plus des longues et difficiles négociations, elle organisera des réunions publiques et enverra régulièrement des mails aux adhérents afin de les tenir au courant des avancées. De cette expérience associative revendiquée apolitique, elle fait une prise de conscience : « l’égalité est un mirage, l’idée de débat démocratique est belle, mais beaucoup n’ont pas les mots ». Pas forcément armés face à un jargon légal dissuasif, les citoyens n’ont parfois aucune ressource et se retrouvent évincés de tout processus décisionnel. Avec un optimisme lucide, Catherine Denoel remarque que « la conscience citoyenne augmente » car cette action en a inspirée d’autres. « La démarche politique a changé soit par opportunisme soit du fait d’une vraie évolution des mentalités. Peut-être aussi car les demandes citoyennes étaient réfléchies, et réalistes » ajoute-t-elle. Son engagement associatif « fortuit » est devenue une véritable vocation. Au-delà du cas Lapujade, la jeune femme veut, à Toulouse, « donner la parole à ceux qui n’ont pas les mots ».

Grâce à des initiatives ciblées respectueuses des procédures légales, d’une mobilisation massive et de l’écriture complète d’un plan local d’urbanisme, l’association a obtenu la refonte totale du PLU.

[ Clémence Allezard & Florian Pigeon ] Cosmopol’ 47


Cosmopol’ Jeunes >> Panorama des jeunesses (de 15 à 29 ans) Source : RP INSEE 2006 et 2009.

La Génération Y au cœur de la Cité « On n’est pas sérieux quand on a dix sept ans », écrivait Arthur Rimbaud dans Les Cahiers de Douai, en 1870. Preuve que le poète et esthète n’avait pas anticipé l’avènement de la « Génération Y », ses préoccupations existentielles et son caractère désenchanté. [ Marine Gibert & Lucie Spindler ]

Aujourd’hui, la jeunesse s’inscrit dans le discours public comme une problématique à part entière, synonyme de précarité et d’instabilité. Marseille et Toulouse, dont plus d’un tiers de la population a moins de trente ans, ont toutes deux défini la jeunesse comme un enjeu majeur, mais qu’en est-il en réalité ? Si la ville met en place des politiques publiques destinées à accroitre la qualité de vie des jeunes, leur parole est-elle entendue au-delà de ce statut de simple bénéficiaire ?

Une jeunesse, des jeunesses ? « Il faut connaître pour reconnaître », explique Anne Crayssac, adjointe au maire de Toulouse déléguée à la jeunesse : la définition est un préalable indispensable à toute action politique. La mairie toulousaine a ainsi mené une grande étude sociodémographique sur les jeunes qui battent le pavé de la ville rose. En prenant le parti de s’éloigner de la définition statistique de la Caisse des Allocations Familiales (CAF), elle a dessiné une nouvelle tranche d’âge, les 11-29 ans, plus en phase avec la réalité de l’époque. L’élue toulousaine insiste : « on ne peut pas parler d’une jeunesse, car les jeunesses sont multiples ». A l’image du sociologue Gérard Neyrand, professeur à l’Université de Toulouse I, l’équipe municipale du socialiste Pierre Cohen envisage la jeunesse comme le passage de la « dépendance à l’indépendance », une transition fragilisée par des tentatives d’autonomisation ratées et une précarité économique récurrente - instabilité professionnelle, rupture amoureuse, fragilisation des relations de couple… etc. Pour la ville de Marseille, en revanche, « la jeunesse commence à partir de 6 ans et s’arrête la plupart du temps à 18 ans », explique Catherine Chantelot, adjointe au maire (UMP) déléguée à la Jeunesse et à l’Animation dans les quartiers. Les élus marseillais se focalisent donc plus sur l’enfance et l’adolescence que sur l’émancipation matérielle et intellectuelle de l’individu. Ces deux définitions, relativement éloignées, impliquent deux visions de la jeunesse et donc deux gestions politiques différentes.

Des politiques publiques ciblées À Toulouse, face à la souffrance et à la précarité des jeunes, deux axes ont été privilégiés par la municipalité. Le premier vise à améliorer leur qualité de vie, via un accès à moindre coût aux 48 Cosmopol’

transports, au logement et à la culture. Les moins de 26 ans bénéficient ainsi d’un abonnement au réseau de bus, métro et tramway à 10 euros par mois, incluant le Noctambus, qui relie la nuit les résidences étudiantes aux lieux de sortie. En matière de logement, la mairie s’engage à avancer le montant de la caution aux étudiants. Quant à l’accès à la culture, tous peuvent profiter de tarifs préférentiels grâce au « Pass Culture ».

On ne peut pas parler d’une jeunesse, car les jeunesses sont multiples Anne Crayssac, adjointe au maire de Toulouse déléguée à la jeunesse

Le deuxième axe privilégie le dialogue et l’interaction, via deux instances où les jeunes peuvent se faire entendre : le Conseil de la vie étudiante et le Conseil des jeunes, dont les orientations et les avis remontent jusqu’aux instances dirigeantes. Actuellement, le Conseil des Jeunes de Toulouse se penche sur le projet de transformation urbaine de l’Île du Ramier en zone de loisirs. Il offre aux jeunes une tribune d’expression et la possibilité d’être force de proposition.

Toulouse Marseille

50 % 40 % 30 % 20 % 10 % 0% Actifs

chômeurs

À Marseille, Catherine Chantelot explique que, depuis le décret de 2010, une douzaine d’Accueils Jeunes on été créés, s’inscrivant dans une politique de la ville plutôt orientée vers les jeunes des quartiers populaires. « La jeunesse est à l’image des familles sur place, c’est une jeunesse qui a besoin qu’on s’occupe d’elle », plaide-t-elle. Les Accueils Jeunes ont été ouverts pour les 14-17 ans. « C’est le seul endroit qui permet d’aller à la rencontre du jeune, vers l’autonomie, la responsabilisation, la construction de projets, c’est aussi une porte d’entrée dans la famille », précise l’élue. Autre initiative encouragée par Catherine Chantelot : les Clubs Coups de Pouce Clé, créés en 1995, dispositifs de prévention des décrochages précoces en lecture-écriture dans les quartiers en difficultés. Malgré l’ancienneté de ces structures, l’échec scolaire touche néanmoins près de 25% des jeunes à Marseille. Les emplois d’avenir, contrats d’aide à l’insertion professionnelle pour les jeunes en détresse, ne sont pas source du même enthousiasme au sein des deux services. Objectif : zéro emploi d’avenir à la mairie de Marseille, contre 300 fixés par la mairie et la communauté urbaine de Toulouse - 125 ont déjà été créés et le recrutement se poursuit au rythme d’environ 30 par trimestre. La mesure prise par le gouvernement Ayrault l’année dernière n’est pas du goût de la municipalité marseillaise, Catherine Chantelot critique le prétendu manque de formation des emplois d’avenir. « C’est catastrophique, les emplois d’avenir et tous ces contrats précaires ne sont pas du tout assez formateurs » insinue-t-elle, dévoilant un peu plus le caractère politique de son choix.

étudiants ou stagiaires

Inactifs autres

La jeunesse et l’espoir Au-delà de la vision politique de la jeunesse et de son ancrage dans les services publics, le terme recouvre aussi une pluralité de dimensions culturelles et sémantiques dont l’importance est cruciale. Contre ceux qui cantonneraient la génération Y à une jeunesse individualiste et fermée sur elle-même, Mouss, chanteur du groupe Zebda et figure emblématique de la culture toulousaine, estime que la jeunesse continue d’incarner « l’espoir, la tolérance, un idéal d’égalité et refuse l’idée que l’origine doive forcément définir ce que l’on est ». Pour illustrer cette jeunesse libre et qui ne cessera jamais de décoller les étiquettes rassurantes dont on voudrait l’affubler, Mouss, à travers son association, s’emploie à travailler sur le sens réel des mots et à encourager l’expression orale et écrite comme moyen pour trouver sa place dans la société. « Une démocratie qui ne donne pas la parole à tous n’est pas une bonne démocratie », rappelle-t-il. L’apprentissage de la prise de parole joue définitivement un rôle fondamental et donne aux jeunes le pouvoir de devenir acteurs, et non plus de simples « victimes » de la conjoncture économique pour lesquelles on cherche à construire des cocons protecteurs. La jeunesse est une problématique transversale qui touche au cœur de la vie de la Cité et qui ne peut être abordée sans mise à contribution des individus concernés. Comme ne l’a pas dit Rimbaud, il n’est pas raisonnable de s’en désintéresser.

Cosmopol’ 49


Cosmopol’ jeunes

UMP-PS le match

des jeunes militants >> Photo du militant UMP, Benjamin Callet. © Alexandre Schilling

>> Daniel Molina, n°2 des MJS à Toulouse. © Camille Izarn

Ils ont vingt ans et déjà une carrière politique bien remplie. Rencontres à 400 kilomètres de distance avec un socialiste toulousain et un Marseillais des Jeunes Populaires, qui tous deux perçoivent l’engagement politique comme une valeur clé pour les jeunes d’aujourd’hui. [ Marine Gibert & Lucie Spindler ]

>> T rois questions à…

Daniel Molina, 20 ans, Secrétaire Général du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) de Haute-Garonne Benjamin Callet, 23 ans, Responsable départemental adjoint des Jeunes Populaires des Bouches-du-Rhône

Cosmopol : Pourquoi vous êtes-vous engagé en politique et qu’est-ce que cela vous a apporté ? Daniel Molina : Si mes parents ne sont pas encartés, j’ai quand même un héritage familial de gauche. Je me suis engagé dès le lycée, pour réagir contre les injustices dont j’ai été témoin, notamment à travers les missions de ma mère chez Médecins du Monde. Je me suis toujours intéressé à l’actualité et à la politique, donc c’est naturellement que j’ai fait ce choix. J’ai rejoint le MJS en 2010 et c’est en 2011 que j’ai été élu secrétaire général. Jusqu’ici cela m’a apporté beaucoup. J’ai appris de moi-même et des autres, c’est très enrichissant. Tant que je rencontrerai des gens intéressants et que je prendrai part à la production d’idées, je resterai. Benjamin Callet : Je me suis engagé en politique au moment de l’élection présidentielle de 2007. J’ai été fasciné par la personne de Nicolas Sarkozy, l’aura qui l’entourait, ses idées, son énergie. Il m’a donné envie de faire de la politique. L’engagement pour moi, c’est le fait de donner de son temps pour partager et transmettre ses idées, promouvoir et défendre les personnes qui les portent, sans aucune contrepartie.

Cosmopol : Cet engagement a-t-il fait de vous un acteur de la ville ? Quel impact et quelle force de proposition a le MJS à Toulouse/ les Jeunes Populaires à Marseille ? D.M. : Le MJS a une réflexion propre et notre

rôle à l’échelle de la ville est reconnu. On 50 Cosmopol’

s’est notamment mobilisés pour les élections cantonales et municipales. Hors campagnes, on influe sur les politiques de la ville. Après chaque réunion, les comptes rendus aboutissent sur des cahiers des charges, ensuite communiqués aux élus concernés. Par exemple, les transports à 10 € par mois pour les jeunes étaient une idée de notre fédération. On est très fiers d’être aujourd’hui la ville la moins chère de France pour les étudiants, et celle où il fait le mieux vivre. Nous avons également impulsé le « Pass’Culture » qui donne accès à des concerts au Théâtre du Capitole pour 5 €. Les jeunes bénéficient d’une qualité de vie incroyable à Toulouse. B.C. : J’ai commencé comme simple militant, puis en 2011, j’ai pris en charge le pôle communication des Jeunes UMP des Bouches-du-Rhône, et depuis le début de l’année 2013, je suis responsable départemental adjoint des Jeunes UMP des Bouches-du-Rhône. Mon engagement politique est complètement intégré dans ma vie courante. Il ne se passe pas un jour sans que je ne fasse quelque chose qui soit en lien avec la politique : ça fait parti de mon quotidien, même si j’ai une activité professionnelle dans le privé qui me prend beaucoup de temps (je suis auditeur financier dans un cabinet d’audit financier). Il y a au total plus de 600 militants Jeunes UMP à Marseille. Nous sommes présents lors des réunions, nous faisons des actions sur le terrain (traçage, collage). On participe également à la rédaction d’un projet pour les

élections municipales, projet écrit pour les Jeunes UMP et dont j’ai la responsabilité. Ce projet sera présenté dans quelques semaines à Jean-Claude Gaudin.

Cosmopol : Pensez-vous que l’engagement politique soit toujours une valeur prégnante pour la jeunesse d’aujourd’hui ? Ou sommes-nous une génération « désenchantée » ? D.M. : Certains discours décrédibilisent le pouvoir politique et le rôle de l’Etat, mais je crois qu’au contraire les politiques ont toujours du pouvoir. Certes, il y a un certain désenchantement, particulièrement chez les jeunes, mais ce n’est pas un rejet massif de la politique. Il m’arrive régulièrement de rencontrer des jeunes engagés, pas nécessairement dans un parti politique mais dans un club ou une association. Ils sont vraiment convaincus que leur action fait une différence. Et malgré ceux qui quittent Toulouse après leurs études, de nouveaux membres continuent d’affluer chaque année au MJS. C’est vraiment encourageant. B.C. : Les Jeunes sont très réceptifs pendant les différents évènements. Vous pourrez vous en rendre compte pendant la campagne qui commence dès ce soir pour l’UMP ! Les Jeunes ont envie de s’impliquer dans la vie politique, ils ont envie de s’engager pour les autres, pour améliorer le quotidien des citoyens, ils ont de l’espoir dans la politique, bien plus qu’on ne le pense

Undartground, le collectif de Street artists fait le mur Marseille tarde à reconnaitre ses jeunes talents. Pourtant, l’émulation créatrice ne manque pas. Acteurs culturels de la ville à part entière, les Street artists sont trop souvent oubliés. Reportage au cœur du quartier du Panier, où le jovial collectif UndARTground n’a pas dit son dernier mot. [ Camille Izarn ] Il fait un froid glacial à Marseille ce mardi de novembre. Les rues étroites du Panier, quartier historique aux abords du Vieux-Port, n’arrêtent pas les vigoureuses rafales de mistral. On ose à peine lever la tête pour voir, sur la façade, à côté des persiennes, les œuvres bombées à même les murs. L’art s’y déploie avec fougue. En s’enfonçant plus loin, les grilles épaisses qui bordent un petit terrain vague sont graphées, en transparence, par divers artistes locaux. Ephémères, elles redonnent de la couleur à des lieux délaissés, oubliés. Le mobilier urbain s’égaye toujours un peu plus à l’approche du shop. Les poteaux sont repeints et se métamorphosent, dont un en pieuvre dévorante. Comme si le plus vieux quartier de Marseille devenait symbole de sa renaissance urbaine.

Promouvoir les jeunes talents marseillais C’est là, entre la place de Lenche et la cathédrale de La Major, que le collectif Undartground a installé son concept store éponyme. A l’origine du projet, Julien Cassar, autodidacte de 30 ans. Créé à Noël 2010, le collectif loue d’abord un local « pour y exposer des œuvres de cinq artistes vendues moins de 100 euros », se souvient Julien, sourire avenant. Les œuvres trouvent toutes preneur en quelques jours. Succès. Julien part néanmoins aux Etats-Unis, où il reste deux ans. A son retour de Boston, il monte alors le concept store, « pour réaliser des évènements autour du Street art et donner une visibilité aux artistes marseillais », justifie-t-il. Tous sont fiers d’être aujourd’hui de plus en plus sollicités. Depuis 2012, la boutique fonctionne comme un dépôt-vente où les artistes viennent exposer leurs œuvres. Des toiles accrochées aux murs aux vêtements et accessoires, sans oublier des éléments de déco et des jouets farfelus, on y trouve de tout. En ce moment, le shop compte sur les œuvres multiformes d’une quinzaine d’artistes locaux comme Deuz, Difuz, Gamo, Mline… A côté, l’art numérique d’eBOY, artiste international, occupe une place de choix. A l’aide de plans pixellisés, il reconstitue des villes comme Paris, New York et Marseille. Sur un tableau ornant la porte d’entrée, la belle méditerranéenne s’exhibe tout en couleurs acidulées.

Du collectif pour la démocratisation du Street art Laurent (Panik) est un des artistes du collectif. Assis au comptoir, il travaille le cuir. A côté des étagères où sont disposées ses chaussures d’inspiration indienne, il vient nous montrer comment, « grâce à des pièces circulaires », il a créé un tout nouveau jeu marseillais, « le Palto, la pétanque de salon ». Julien participe lui aussi à l’efferves-

>> J ulien Cassar et Panik postés devant le Concept Store. © Camille Izarn

cence créatrice qui l’entoure. Sculpteur, il réalise à l’aide de résine des œuvres dynamiques, « en jouant sur l’ombre et la lumière ». Sur des supports recyclés, il impose son univers maritime, avec ses mouettes et ses poissons, qui fracassent les miroirs desquels ils semblent tout droit sortir. Au-delà des stéréotypes, les grapheurs sont solidaires et s’accomplissent à travers le système d’entraide initié par Undartground « Le graph est né dans la rue, du collectif et de l’échange, raconte Julien. Tu n’es plus tout seul dans ton atelier avec un mécène derrière ». Sur la mezzanine, au dessus de la boutique, dans la lumière feutrée de l’ancien atelier, le jeune artiste se félicite de la démocratisation croissante du graffiti. « Aujourd’hui, on en trouve partout, dans la rue, les salles de bar, les devantures de resto… », explique-t-il au milieu des multiples œuvres de l’étage, encore non-dévoilées. Selon lui, « ça a perdu de son caractère élitiste pour devenir grand public. Aujourd’hui, il y a une réelle demande ». Une nouvelle forme d’art qui commence à transcender les générations « L’autre jour, une vieille dame de 80 ans est venue me montrer les photos de graphs qu’elle réalisait depuis quelque temps à Marseille. J’ai souri ».

« Trop de talents gâchés» Bien qu’Undartground ait participé activement à Marseille Capitale européenne de la Culture, avec des performances graffitis diverses, comme l’inauguration de la tribune Ganay au Stade Vélodrome, ou les sept vieilles BMW repeintes à la Friche de la Belle-de-Mai, leurs initiatives sont encore trop souvent bridées. Sur fond de rap jazzy, Julien confie encore espérer élever Marseille au rang des capitales européennes du Street art, mais il se confronte quotidiennement à la sclérose de l’administration. « Pour obtenir un espace il y a trop d’intermédiaires, regrette-t-il. Alors qu’on subit des problèmes de propreté, on pourrait repeindre les façades délabrées, égayer le quotidien de la ville. » Selon Joke, un des artistes du collectif, il est difficile pour tous ces grapheurs de rester à Marseille. «Il y a beaucoup de talents ici, rappelle-t-il. Mais ce qui manque, c’est l’absence d’opportunités. Ailleurs en Europe, il y a le même vivier qu’ici, mais là-bas, tu peux en faire quelque chose ». Ce touche à tout de 26 ans réalise actuellement des œuvres calligraphiques dans une boutique, deux maisons plus loin. Adossé au canapé rouge, il prophétise : le Street art « est un vrai courant artistique. On se rendra compte de son impact dans 20 ans. On verra qu’il y avait des milliers de jeunes impliqués dedans, qu’il y avait quelque chose ». Loin du vandalisme dans lequel il est né, il tend aujourd’hui à s’imposer comme une mouvance de l’art contemporain. Cosmopol’ 51


Cosmopol’ jeunes

Toulouse & Marseille au gré des rencontres fortuites

« La jeunesse n’est qu’un mot » disait Bourdieu. Les jeunesses sont multiples, parfois contradictoires. Benoit Maghar et Clément Carouge, rencontrés au hasard des nuits toulousaines et marseillaises, en sont deux exemples. Portrait.

Benoit Meghar, 24 ans, vit à Toulouse depuis depuis 1 an ½.

Clément Carouge, 24 ans, vit à Marseille depuis 4 ans.

Etudiant en master de sociologie, adepte du milieu alternatif

Etudiant et rédacteur en chef du magazine La Nuit, agenda de la vie nocturne marseillaise

Le goût de la vie Si Benoit habite à Toulouse, c’est un peu le fruit de rencontres diverses, d’opportunités, de hasard. Passé par Aix, puis par Bristol, en Angleterre, il recherchait « autre chose » à son retour en France. « Une ville où il y a plus d’étudiants, qui bouge davantage culturellement », explique-t-il. Depuis deux ans, l’étudiant en master de sociologie ne regrette pas son choix. « Entre 18 et 25 ans, c’est sûr qu’il y a de quoi faire, s’amuse-t-il, sourire aux lèvres, d’autant que le niveau de vie n’est pas très élevé ». Attractive Toulouse, donc. De la culture sous toutes ses formes, ce jeune homme plein de dynamisme en est un hyper consommateur. Des séances ciné à l’Utopia aux débats-conférences de l’Université Populaire, en passant par le festival de BD ou le Bikini, salle de concert où il va prochainement prêter l’oreille au jazz-funk de Femi Kuti, il baigne dans cette diversité riche de sens. Et de résumer, blagueur, ses grands écarts intellectuels, « j’ai pu aller voir autant François Fillon qu’Edgar Morin ».

Un avenir à Toulouse ? Grâce à un financement pour une thèse à venir, lui qui se voyait déjà partir à la découverte du vaste monde, se projette pourtant trois années de plus dans la cité rose. Toulouse, « je m’y sens bien, assure Benoit. C’est une ville à taille humaine. J’aime retrouver ces ambiances de quartier et perdre l’anonymat des grandes villes, pour un aspect plus convivial ». Mais s’il reste attaché à Toulouse, à 24 ans, il préfère tout de même croire que « l’avenir est partout ».

Ses lieux favoris Il ne sort pas souvent dans son quartier, proche du Capitole. On croise plutôt ce libertaire aux yeux noisettes vers Arnaud-Bernard, Saint-Michel, Saint-Cyprien ou Bonnefoi. Dans les bars qui jalonnent ces lieux, il a ses repères. « Ce n’est pas rare de rencontrer les chanteurs de Zebda, raconte-t-il. Ils restent accessibles malgré leur rayonnement national ». C’est dans ce monde alternatif que Benoit a fini par graviter, avec bonheur, au fil des opportunités et des divers contacts qu’il a noués. Invitation aux vernissages, fréquentation des cafés associatifs, d’endroits autogérés comme « Mix’art », un squat artistique, ou encore bénévolat au festival du film Grolandais, la culture est accessible partout, plurielle. Avec son air faussement détaché, il reste intéressé par l’évolution de Toulouse. En ordonnant ses cheveux en bataille, il confie : « Quand il y a des tables rondes, ça m’arrive d’y aller. Je n’interviens pas forcément, mais j’écoute ce qu’il se passe ». Là, il doit déjà filer. Pour la bonne cause. Ce soir il va voir un documentaire sur la guerre civile espagnole. No pasaran ! [ Camille Izarn ]

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Son projet Clément sourit en sirotant sa bière. Il explique que son projet est né par hasard. Qu’il est le fruit de l’ennui dans les études et de la frustration qu’entrainait l’absence d’un tel agenda à Marseille. « On en a eu marre de repérer les soirées sympas sur des affiches dans la rue », se souvient-il. Seuls les gros clubs et les festivals importants bénéficiaient d’une véritable promotion. La Nuit fut d’abord un magazine papier, quelques simples feuillets. Mais le financer était compliqué. « Les seuls à bien vouloir payer pour de la publicité étaient les grosses boîtes, celles dont justement on ne voulait pas spécialement parler », raconte Clément. Finalement, La Nuit poursuit sa course sur internet uniquement et bénéficie aujourd’hui d’une popularité grandissante. Son but ? Montrer qu’il existe une vie nocturne riche et originale à Marseille. Les jeunes qui sortent à Marseille restent entre eux, dans leur quartier : La Nuit vise à briser ces frontières.

Ses lieux favoris Le jour, son lieu favori est l’Asile 404, rue d’Aubagne. Galerie d’art, bar et salle de concert, c’est un espace populaire et éclectique. Vernissages, performances et autres répétitions de théâtre permettent aux artistes et habitants du quartier de se rencontrer. Le soir tombé, Clément parcourt tout Marseille. Des bars de La Plaine aux Docks des Sud, en passant par le Polikarpov, cours Estienne d’Orves, et le Baby, cours Julien, où il organise des soirées électroniques tous les jeudis soir. Le blues mélancolique du Waaw, rue des Trois-Rois, laisse vite place aux pulsations violentes des basses de Jacques de Marseille, dj talentueux et grand habitué du Cabaret Aléatoire, à la Friche de la Belle-de-Mai.

Un avenir à Marseille ? « J’adore Marseille. Pour les années qui viennent, j’y reste, c’est sûr », affirme le jeune homme. Ce qu’il aime ici ? Les gens sont spontanés, ne jugent pas et accordent peu d’importance aux apparences. La seule chose qu’il regrette c’est l’absence de liberté. Prendre des initiatives, monter des projets, ouvrir une salle… tout cela relève de l’exploit dans une région où la rigidité et l’immobilisme administratifs sont autant de bâtons dans les roues des jeunes ambitieux. « C’est comme si tout fonctionnait par piston, ça peut décourager », confie-t-il, cynique. A propos de Marseille Provence 2013, il craint que beaucoup de choses positives ne disparaissent dès janvier prochain. « Mais l’envie subsistera », assure-t-il. [ Marine Gibert ]

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Cosmopol’

culture

Pour rappel : En 2008, Marseille et Toulouse étaient toutes deux candidates pour l’année européenne de la culture 2013.

Marseille - Provence 2013 doit transformer

l’essai

A Marseille, le décompte macabre des règlements de compte ou la controverse métropolitaine sont trop souvent venus occulter les manifestations de la capitale européenne de la culture. 2013 fut pourtant une année riche, comme Marseille aimerait en connaitre plus souvent. Retour sur une année capitale à tout point de vue.

En 2008, l’annonce du choix de Marseille comme capitale européenne de la culture pour 2013 provoquait un sentiment de joie mêlé de doute. Certes, Marseille avait de nombreux atouts : une culture populaire riche, un bouillonnement artistique, l’ouverture sur la Méditerranée, la théâtralité de la ville… La tenue de cette manifestation dans une cité phocéenne connue pour sa politique culturelle limitée provoquait de nombreuses interrogations. La mauvaise presse de Marseille au niveau national rendait le reste de la France encore plus sceptique. Les touristes allaient-ils oser se déplacer dans la soi-disant « Chicago française » ? Au fil des années, les interrogations se transformèrent en doutes. Les changements de directions rendaient floue la direction culturelle. Les tergiversations d’Aix-en-Provence 54 Cosmopol’

cristallisaient, déjà, les rivalités de la région provençale. Le problème de la durée des chantiers se posait. La question des subventions et de la répartition des projets achevait de semer le trouble. En s’enchainant place de la Bastille, à Paris, le photographe Serge Assier symbolisait les craintes d’une année européenne monopolisant des financements pour des « labélisés » venus d’ailleurs.

La revanche culturelle de Marseille Cette ambiance de scepticisme parait bien lointaine aujourd’hui. Marseille, peu habituée à des manifestations culturelles d’envergure, a pris sa revanche. Sur de nombreux points, l’année européenne de la culture a été une réussite absolue. Les grandes infrastructures, MuCEM en tête, ont été livrées à temps et sont

plébiscitées. Les grandes manifestations populaires ont rassemblé une foule immense dans une ambiance de fête que seul l’OM semblait encore capable de provoquer. La piétonisation du Vieux-Port a ressuscité le lieu, notamment sa vie nocturne. La fréquentation touristique a été au rendez vous – voir nos encadrés. Chose notable, pour la première fois dans l’histoire des années européennes de la culture, un « Off » a été organisé. Il a lui aussi connu une belle réussite, par son coté original et décalé qui a permis de mettre en avant des projets boudés par les institutions « In ». Reste qu’un arrière gout de gâchis se mêle à l’impression globale de réussite. « J’ai l’impression qu’on a voulu changer l’image de Marseille vis-à-vis de l’extérieur, plutôt que vis-àvis d’elle-même », résume Frédérique Fuzibet, directrice du théâtre de la Mer.

>> Ci dessus à gauche : Le symbole de Marseille provence 2013 sur le vieux-port >> Ci-dessus à droite : La Villa Méditerranée >> À droite : Le J1 © pour toutes les photographies : Vincent Leconte

Les occasions manquées Marseille Provence 2013 a mis l’accent sur l’économique et le touristique plutôt que sur le social et le symbolique. L’objectif était clair : récolter un maximum de dividendes sur le long terme par la fréquentation extérieure. Cette vision exclusivement commerciale de la culture a d’énormes limites, notamment sociétales. L’accent mis sur de grands projets plutôt que sur un foisonnement global est un autre regret. Enfin et surtout, l’oubli dramatique des quartiers populaires marseillais symbolise la fracture entre les institutions culturelles et une partie de la ville (voir notre article). « Nous avons été élus sur un projet méditerranéen et populaire que nous n’avons pas totalement respecté », résume Patrick Loir, un acteur social des quartiers nord. Oubliés le public des banlieues, le rap et la culture urbaine, la culture ouvrière. Tous ces éléments essentiels de l’identité marseillaise sont restés à la marge. Dans les quartiers nord, seul un projet d’installations d’art contemporain a vu le jour. D’autres idées ont été refusées par les habitants pour leur coût et leur coté éphémère. Marseille est trop souvent restée cantonnée à une leçon d’histoire-géographie sélective. « Et celui qui ne va pas au MuCEM, on fait quoi pour lui ? », questionne Kadi, un comédien originaire des quartiers nord. « On a fait une capitale de la culture avec un grand cul, seulement pour les cultureux », regrette Kadi.

Les principaux lieux et évènements de Marseille-Provence 2013 • Le Vieux-Port est à l’origine de la fondation de Marseille, au Vie siècle avant J.-C. Le bassin a été transformé en port de plaisance, au XXe siècle, devenant un lieu de rassemblement populaire piétonnisé. • Le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) est un musée national qui a ouvert le 7 juin 2013, durant l’année de la Capitale européenne de la culture. • La villa Méditerranée est un monument marseillais construit à l’initiative du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur afin de « s’emparer des grands enjeux de la Méditerranée contemporaine. » • Le J1 est un lieu de vie de 6 000 m2. Cet ancien hangar portuaire a été transformé en lieu d’exposition et en ateliers artistiques, avec une programmation culturelle spécifique. Parmi les grands évènements de l’année 2013, on notera : • La cérémonie d’ouverture de l’année capitale européenne de la culture, le 13 janvier. • Le GR2013, un chemin de grande randonnée en partie urbain qui vise à croiser promenade, territoire et œuvre d’art. • La Transhumance, qui a réuni chevaux et troupeaux, italiens et provençaux à travers des sites naturels et citadins d’exception, le 9 juin. • Le Vieux-Port « entre flammes et flots », un spectacle pyrotechnique en mai. [ Charlotte Saby ]

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Cosmopol’ Toulousains et Marseillais aiment qu’on raconte leur histoire

culture

Toulouse et Marseille ont tous deux une entité consacrée à leurs vestiges : le musée Saint Raymond de Toulouse et le musée d’Histoire de Marseille. Le visiteur peut découvrir le lien intime de l’histoire avec la ville. Pierre Pisani, responsable archéologique de Toulouse Métropole, reste surpris que les Toulousains s’intéressent autant à l’Histoire de la ville rose ; « En octobre 2013, on a fait des portes ouvertes sur un des sites qu’on a fouillé en bord de Garonne, témoigne-t-il, il y a eu 950 personnes dans la journée. Un succès ». De 2006 à 2010, le musée Saint Raymond a connu une hausse spectaculaire de fréquentation: 61 474 visiteurs en 2006, 76 303 en 2010. « Toulouse est une ville récente et une ville d’expatriés grâce à Airbus, décrypte l’archéologue. Plus de 10 000 personnes par an arrivent sur Toulouse et il y a une véritable recherche importante sur le patrimoine. » A Marseille, Philippe Mellinand, archéologue à l’institut national de recherche archéologique préventive raconte que « les journées portes ouvertes présentent un vrai intérêt pour les riverains et les gens de passage. » « Une manifestation qui marche bien, se réjouit-il. L’archéologie fait rêver beaucoup de gens mais, tempère-t-il, au quotidien ce n’est pas comme ça que ça se passe, on travaille dans la boue.» Là encore le bilan de fréquentation est très positif. Depuis l’ouverture après sa rénovation, en septembre 2013, le musée d’histoire de Marseille a accueilli près de 45 000 visiteurs, dont 20 000 pour la seule journée d’inauguration. L’année de sa fermeture, avant rénovation, ce même musée recevait 38 000 visiteurs par an. Un passé… actif.

[ Charlotte Saby ]

Un seul impératif : concrétiser L’année 2014 sera au moins aussi importante que 2013. Les perspectives réelles de l’année européenne de la culture se joueront ici. Déjà, se posent la question du dépassement des coûts et de la possible baisse des subventions qui s’ensuivrait, même si cette hypothèse est balayée par la mairie (lire notre interview). « Il ne faudrait pas que 2014 soit l’année européenne de la culbute », prévient Serge Assier. Ce n’est qu’à ce moment là que l’on commencera à appréhender les réels effets sur le long terme de la manifestation. Il faudra, d’abord et avant tout, concrétiser. Une année européenne de la culture réussie passe forcément par un « après » tout aussi foisonnant. Lille est là pour le rappeler. Le « Off » a d’ores et déjà annoncé divers projets. Si leurs propositions culturelles se perdent dans la course à la sécurité, les politiques de tous bords rivalisent de promesses pour affirmer qu’ils poursuivront l’élan de 2013. On ne demande qu’à les croire. Maintenant réveillée, Marseille a mille atouts pour séduire et envoûter. On aimerait vous dire, comme le personnage du « Chanteur de Jazz » dans le premier dialogue parlant de l’histoire du cinéma : « Attendez un peu, vous n’avez encore rien vu. » [ Vincent Leconte ] 56 Cosmopol’

Il ne faudrait pas que 2014 soit l’année européenne de la culbute Serge Assier

>> Jardin des vestiges, Marseille. © Charlotte Saby >> Épave antique, Marseille. © Charlotte Saby >> M usée Saint-Raymond, Toulouse. © Lise Gougis

>> A mphithéâtre romain de Toulouse-Purpan. © Lise Gougis

Des richesses enfouies, un passé enfui Toulouse et Marseille sont fortes d’une histoire millénaire. Si leurs sous-sols se révèlent riches en vestiges archéologiques, les deux villes ont longtemps souffert d’un manque de volonté en matière de sauvegarde patrimoniale. Elles ont été amputées d’une partie de leur histoire. Le constat est dressé par ceux qui s’emploient, aujourd’hui, à défendre le patrimoine de Toulouse et Marseille. Evelyne Ugaglia, conservatrice du musée Saint-Raymond de la ville rose, peine à dissimuler sa colère : « Les édiles locaux n’ont jamais eu conscience du patrimoine extraordinaire dont ils disposent ». Alexandre Du Mège, archéologue du XIXe siècle, a même qualifié la ville de capitale du vandalisme du fait des destructions systématiques de vestiges sans fouilles préalables. Le responsable du service archéologique de Toulouse Métropole, Pierre Pisani, évoque avec amertume l’exemple le plus symptomatique de cette politique : « Au début des années 1970, la porte antique découverte sous la place du Capitole a été massacrée à coups de pelle mécanique. La municipalité ne se souciait que du parking qu’elle avait à faire ».

Les vestiges de la Bourse font jurisprudence Cette période des Trente Glorieuses voit l’émergence d’une archéologie de sauvetage initiée à Marseille en 1967. Lors du chantier du centre commercial de la Bourse, les restes du port hellénistique de la cité pho-

céenne sont mis au jour. Pour autant, Gaston Defferre, alors maire de la ville, ne compte pas renoncer à la construction. « Ce n’est pas parce que l’on a trouvé quatre pierres qu’il faut arrêter un grand chantier ! » déclare-t-il à l’Assemblée Nationale. André Malraux, ministre de la Culture, soutient lui les archéologues et impose les premières fouilles de sauvegarde. Sept ans plus tard, on y découvre une épave de navire romain mesurant 20 mètres de long et datant du Ier siècle.

Un cadre légal et des structures dédiées Il faut attendre 2001 pour que le cadre légal de l’archéologie préventive soit posé dans le livre V du code du patrimoine. Désormais, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) prescrit des diagnostics archéologiques, pris en charge financièrement par l’État, avant toute construction. Dès lors, si des fouilles doivent être entreprises, elles sont à la charge de l’aménageur. « Il n’y a plus vraiment de problèmes avec eux, ils nous ont intégré et accepté. Certains rentabilisent même les fouilles en terme de communication » explique Philippe Mellinand, archéologue à l’Institut national de recherche archéologique préventive (INRAP). Pour faciliter les

démarches, les deux villes se sont dotées de services spécialisés. A Marseille, l’atelier du patrimoine a été créé dès 1980, tandis qu’à Toulouse le service archéologique de la communauté urbaine date tout juste d’un an. L’une de ses missions est la réalisation d’une carte archéologique de la métropole qui devrait être terminée dans trois ans. Elle recense les sites déjà fouillés, ainsi que ceux qui présentent un « risque archéologique ». « 400 sites ont déjà été recensés sur la seule commune de Toulouse » indique Pierre Pisani. Les deux villes ne sont pas au bout de leurs secrets. Si peu de sites sont conservés tel quel, ils sont sauvegardés par l’étude et les pièces archéologiques exposées dans les musées. « Nous sommes là pour détruire le site après les fouilles, c’est le cadre qui veut ça » regrette Philippe Mellinand. « Je n’ai pas senti non plus une grande volonté politique de mettre en valeur l’aspect patrimonial, alors que ce serait un vrai plus pour la plus vieille ville de France » avoue-t-il. L’archéologue espère néanmoins que la rénovation du musée d’histoire et la mise en valeur du jardin des vestiges vont insuffler un véritable changement. Retour gagnant vers le futur ? [ Lise Gougis ] Cosmopol’ 57


C

osmopol’

>> La maquette de la fusée Ariane 5 domine la cité de l’espace. © Charlotte Saby

Lieux symboles

culture

génétiquement toulousains

Ils ont tous les deux l’évidence des cartes postales, des clichés. Visite de ces lieux symboles à travers le regard et les paroles des habitants qui les fréquentent.

La ville de la cité de l’espace s’impose comme le lieu de la culture scientifique. La municipalité socialiste s’est employée à la développer au cours de son premier mandat.

[ Vincent Leconte ] © Vincent Leconte

Notre-Dame-de-la-Garde « C’est un peu la Tour Eiffel marseillaise », rigole Thomas. On y entend toutes les langues, des touristes japonais, des marins russes en uniforme… Notre-Dame-de-la-Garde est un emblème. « C’est le centre de gravité de la ville », explique Jean Marc

Le Capitole Des milliers de Toulousains y passent tous les jours. Lorsque la vile gronde, elle devient un lieu de rassemblement. Ses lumières ont quelque chose de magique. « Personnellement, ça me fait penser à Disney ces illuminations, on dirait la salle de bal dans Anastasia », affirme Emmanuelle. Bienvenue dans le cœur de la ville rose : la place du Capitole

On y monte en solitaire pour être un moment tranquille devant l’incroyable panorama. On y grimpe à deux, en amoureux, la nuit, pour contempler la magie de la cité illuminée. On y vient avec des amis de passage pour montrer aux « estrangers » combien Marseille est belle. « Une symbolique très forte se dégage du lieu », affirme Jean-Christophe.

La place du Capitole est un lieu chargé d’histoire. Elle rappelle les grandes places du Moyen-Age, les forums de l’Antiquité. Un passé figé dans la brique rose que viennent casser les enseignes « Séphora », « Mc Donald’s » et « Desigual », qui prennent ici des airs anachroniques.

La Bonne-Mère veille sur ses enfants depuis sa colline de calcaire parsemée de cactus. Les parois de ses murs extérieurs sont recouvertes d’ex-votos remerciant la vierge pour ses bienfaits. On y trouve aussi des impacts de balles, souvenirs de la libération de Marseille. Dans la nef, des maquettes de bateaux sont accrochés au plafond, témoins de la relation si particulière que la cathédrale entretient avec les marins. « La Bonne-Mère, c’est un message pour eux, comme un phare», s’enthousiasme Claire.

Flâner est une habitude au Capitole. « Cette place m’évoque la liberté dans une grande ville, c’est un espace ouvert », explique Robert, un touriste venu de la Manche. Souvent, les Toulousains passent sans s’arrêter, en jetant un bref regard au bâtiment illuminé. La place a contre elle l’indifférence du quotidien, mais garde une importance symbolique immense. Le Capitole évoque aux gens des souvenirs, des images. « On a lancé notre premier pavé en Mai 68 juste à côté », se souvient Gérard.

Quelle que soit sa confession ou son degré de croyance, tout Marseillais peut y monter pour demander une faveur. Pour Mgr Bouchet, le recteur de la cathédrale, « c’est un lieu chrétien, il est donc par définition ouvert à tous. Il y a également la dimension maternelle de la figure de Marie, protectrice de tous ». Brûler un cierge tient ici plus de la ferveur populaire que de la pratique catholique. Les joueurs de l’OM y montèrent en 1993 avant leur finale de Coupe d’Europe, des motards y font leur pèlerinage. La tradition voudrait que tout Marseillais réalise la montée une fois dans sa vie, avec des pois chiches dans les chaussures. Personne ne précise cependant qu’il est interdit de les faire cuire. Le miracle ne se produit pas toujours. En juin 1982, le cascadeur Franc Valverde se tua dans les eaux du Vieux Port à la suite d’un dramatique saut à moto, juste après être monté allumer un cierge à la cathédrale.

L’aspect politique est évacué. La place du Capitole n’est pas une place de la mairie comme les autres. « C’est avant tout le lieu des gens », explique Laurent. On y célèbre des mariages et surtout, on s’y rassemble. Le temps d’une manifestation, d’une fête, d’un meeting ou d’une victoire du Stade Toulousain, la place fourmille de monde, s’emplit de bruit et de fureur. Le Capitole est une immense scène, à la fois calme et vivante, habitée à toute heure du jour et de la nuit. Est-ce néanmoins le lieu de tous ? Les banlieusards toulousains ont rarement l’occasion de profiter de la place centrale. Le Capitole est aussi l’occasion de réfléchir sur les notions de centre, de périphérie et de connexions.

Des rituels divers entretiennent cette communion et montrent que Notre-Dame-de-la-Garde reste avant tout un lieu de culte. L’accueil des nouveaux-nés, chaque premier samedi du mois, existe depuis 2010. On vient en famille assister à un sermon prononcé avec l’accent, on en profite pour prendre des photos à côté de l’autel. Entre culte catholique et ferveur populaire, tout Marseillais peut trouver à NotreDame-de-la-Garde de quoi apaiser son âme et répondre à ses prières, religieuses ou non. Le panneau « propriété privée » que l’on croise en réalisant l’ascension a de quoi faire sourire.

Des savoirs

C’est dans son ADN. « Toulouse a traditionnellement des créatifs issus à la fois des domaines artistiques et de la recherche » constate Catherine Guien, adjointe au maire chargée de l’innovation et de la culture scientifique. « Je n’aime pas tellement ce terme car il suppose une logique diffusionniste des savants, vers un public ignorant » précise-t-elle, « je préfère parler de partage citoyen des savoirs ». La municipalité socialiste a choisi de se rattacher à la définition de Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien français, qui incite à « mettre la science en culture ». Il s’agit d’étendre la démocratie aux choix techniques et scientifiques. « Nous pensons que le simple citoyen a son domaine d’expertise, qu’il est en mesure de recevoir les innovations et d’en débattre » explique l’élue, « la démarche est donc éminemment culturelle ».

Outils permanents Les Toulousains ont à leur disposition de multiples façons de s’approprier ce savoir. La ville s’impose presque génétiquement comme une capitale de l’aérospatiale. La cité de l’espace apparaît comme un lieu incontournable de médiation scientifique. Entre 1997, année de sa création, et 2009, le parc a accueilli près de 3,5 millions de visiteurs. Malgré le prix élevé de l’entrée, avoisinant les 20 z pour les adultes, le public est toujours au rendez-vous. « Je viens presque 5 fois par an avec les enfants » confie Laure, une mère de famille qui apprécie particulièrement le côté ludique des expositions. Le Muséum d’histoire naturelle est également parvenu à faire son trou. Il s’est même hissé à la 21e place des musées les plus visités de France en 2008. Il venait alors de rouvrir après plus de dix ans de rénovation. Cette année, ses jardins ont reçu le prix Diderot de la culture scientifique. « C’est une grande fierté » se réjouit Catherine Guien. L’exposition du Muséum sur la préhistoire, ainsi que celle sur l’ours qui se poursuit jusqu’en juin 2014, ont bénéficié du label « exposition d’intérêt national ». « C’est une exception absolue. En général ce sont les musées d’art qui l’ont » souligne-t-elle.

Festival La Novela Forte de ces outils pérennes, la nouvelle équipe municipale dirigée par Pierre Cohen, un ancien universitaire, est bien décidée en 2008 à exploiter ce potentiel. Faire de Toulouse une capitale française voire européenne de la culture scientifique est « une ambition clairement affirmée » avoue l’adjointe. Dans ce contexte a germé l’idée du festival La Novela, ou « fête connaissance ». « L’objectif est de tisser des liens entre les gens et les chercheurs » raconte Daniel Borderies, directeur du festival. Pour privilégier ce contact direct, il a élaboré le concept de colporteur des savoirs. « Les chercheurs se mettent sur la place publique, parlent de sujets parfois très complexes et se font assaillir de questions par les passants » résume Catherine Guien. Le festival est aussi l’occasion de rencontres improbables entre artistes et scientifiques. Ces collaborations fécondes ont par exemple donné lieu à la publication d’une BD, Sciences Visions, lors de l’édition 2011.

La Novela attire en moyenne 60 000 personnes et fêtait cette année sa 5e édition. D’autres projets sont sur orbite, comme la construction d’un Quai des savoirs qui verra le jour en 2015 sur les allées JulesGuesde. « Ce qui est formidable, c’est que nous avons convaincu nos concurrents politiques de garder et de développer ce que nous avons fait » conclut l’adjointe. Quelque soit le verdict des élections municipales de 2014, la dynamique est définitivement lancée. [ Lise Gougis ]

Anne Katherine, un rêve la porte Animatrice scientifique à la Cité de l’espace de Toulouse (Haute-Garonne), Anne Katherine a su révéler en quatre ans un nouveau goût pour la culture scientifique grâce à son parcours… linguistique. « La porte des langues m’a permis de rentrer dans la culture scientifique. », annonce cette femme. Après une licence d’allemand passée à 35 ans, elle découvre l’envie de transmettre du savoir. En 2004, la cité de l’espace cherchait des personnes parlant la langue de Goethe pour faire des visites guidées au public. Anne–Katherine, aujourd’hui 52 ans, n’a pas hésité une seule seconde pour candidater. De fil en aiguilles, en novembre 2009, après des formations fructueuses, elle obtient un contrat à durée indéterminée afin d’exercer la profession d’animatrice scientifique. Au risque de vulgariser, elle simplifie le vocabulaire sur le sujet pointu de la galaxie pour rendre accessible l’infini stellaire aux visiteurs. Elle embarque les spectateurs dans cette plongée vers l’inconnu et les fait voyager dans l’espace, aussi peuplé de mystères que de poésie. Ses explications disent l’envie de transmettre. L’attention est parfaite dans l’auditoire. Anne-Katherine, plus déterminée que jamais, compte poursuivre sur sa lancée. « Tant que ce rêve me portera, je resterai animatrice scientifique, jure-t-elle, et travailler dans l’espace, c’est travailler dans le rêve. Ce domaine est très riche en questionnement et c’est ce qui me plaît ! » Parce qu’il y a tant de choses à découvrir encore, Anne-Katherine n’a pas fini de conquérir son espace professionnel.

[ Charlotte Saby ]

© Vincent Leconte 58 Cosmopol’

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Cosmopol’ culture

>> G rafiti de l’opération « Recover the streets » lancé par le MAPCU, dans les Izards.

>> L ocaux du MAPCU.

>> N icky Tremblay, co-fondratrice de l’association Dell’Arte.

>> Intérieur des locaux du MAPCU.

La culture a toute sa place en banlieue Loin des clichés qui brouillent l’image des quartiers populaires de Marseille et de Toulouse, des acteurs culturels osent s’intéresser à ce monde souvent délaissé. Ils essayent de percevoir, par l’art, une autre réalité. [ Texte et photos de Vincent Leconte ]

Dans un projet d’appartenance territoriale, la culture est aussi essentielle que trop souvent oubliée. « Il s’agit de l’accès à l’émancipation », résume Nicky Tremblay, co-fondatrice de Dell’Arte, une association qui se donne pour but de favoriser l’intégration professionnelle via la culture dans le Grand Mirail. Cette « ville dans la ville » de plus de 60 000 âmes souffre d’une fracture territoriale avec le centre ville. Ici, le rôle social de l’artiste n’est pas un vain mot.

« On ne peut séparer le social et le culturel » Frédérique Fuzibet, directrice du théâtre de la Mer, une compagnie connue pour son action dans les quartiers nord de Marseille, l’explique ainsi : « on ne peut séparer le social et le culturel. L’accès à une

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autre place sociale passe aussi par la prise en compte des différences afin de créer un sens commun. C’est là le rôle de la culture et de l’art ». Pour les gens de ces quartiers, la pratique artistique permet de valoriser une culture propre, des moyens d’expression. Le MAPCU (Mouvement Associatif Pour les Cultures Urbaines), localisé dans le quartier des Izards, à Toulouse, se focalise sur cette idée. Le mouvement met l’accent sur des cultures souvent ramenées à une carte postale « basket-jogging ». « On leur apporte de l’assurance, alors que ce sont des gens qui ont tendance à se déprécier, à qui on ne demande jamais de participer», regrette Patrick Loir, directeur de l’espace culturel Busserine, au cœur des quartiers nord. Par la culture, ils peuvent trouver leur place dans ce monde. « Elle leur apporte la même chose qu’à tous. Un cadre de plaisir et

de réflexion », analyse Frédérique Fuzibet. L’objectif peut être aussi de les intéresser à d’autres cultures que la leur. Une idée obsède Frédérique Fuzibet : casser les cadres traditionnels du théâtre, les à-priori. « Il ne faut pas s’enfermer dans un ghetto, la culture est pour tous », plaide-t-elle.

Une histoire de biais et de garde-fous. Dans chaque projet, il faut agir avec précaution. Le public des banlieues a ses spécificités et ses réticences. Les gens n’y ont pas tous la même culture artistique. « Il ne faut pas qu’ils viennent parce qu’ils sont obligés, mais parce qu’ils ont envie de venir », assène Kadi, un comédien originaire des quartiers nord, qui a joué longtemps pour le théâtre de la Mer. « C’est un travail de proximité au quotidien», reconnait Frédérique Fuzibet. Au bout, la fin des idées préconçues. « Dans certains projets, j’ai vu des femmes musulmanes s’éclater à jouer des pièces olé-olé. Après, il faut des conditions. Par exemple, elles doivent rester entre elles», raconte Patrick Loir. Au centre culturel Busserine, le public participe lorsque l’on parle des choses qui le touchent. Les pièces du théâtre de la Mer, réalisées à partir d’interviews des gens du

quartier, en sont un excellent exemple. « C’est un public respectueux, ils n’en ont pas rien à foutre », explique Kadi. « Lorsque je jouais au théâtre ici, se souvient-il, il y avait deux pièces en une : la notre et ma mère ». Tous les acteurs interrogés rejettent la culture imposée. Prendre le temps d’expliquer sa démarche est essentiel. « On peut intéresser les gens des cités à tout. Il suffit de trouver des biais, des passerelles », affirme Patrick Loir.

Agir dans des territoires délaissés, oubliés, n’a rien de simple. Les projets culturels des mairies ne prennent que très peu en compte les aspirations artistiques de ces quartiers périphériques. « Les gens de la culture scientifique, pour nous, ce sont des martiens », affirme Nicky Tremblay. A Marseille, toute la culture urbaine et le public des banlieues ont été mis de côté lors de l’année européenne – voir notre enquête sur MP2013, page 54. Aucun des acteurs interrogés n’affirme avoir l’habitude d’une grande aide des pouvoirs publics. « Déjà que les institutions ne sont pas très rapides en général, elles sont encore plus lentes avec nous », explique Sashem du

MAPCU. « Pour eux, on ne sert qu’à une chose : acheter la paix sociale. On pourrait enfiler des perles, ils s’en ficheraient », regrette Nicky Tremblay. « Il faut absolument une culture avec un grand C, qui ne se fait pas n’importe où », renchérit Patrick Loir. L’incompréhension est grande entre les institutions culturelles et ces acteurs associatifs. Reste un dernier défi : comment intéresser ceux qui s’arrêtent aux clichés attachés aux quartiers populaires ? Dell’Arte se mobilise via son festival, Toucouleurs, pour croiser les publics et les territoires, en proposant six escales différentes. A Marseille, où la montée du FN inquiète, les acteurs culturels ne sont cependant pas dupes. « Je ne rêve pas que le théâtre puisse changer le résultat des élections », tempère Frédérique Fuzibet. Comme le regrette Patrick Loir, « on ne voit venir à nos spectacles que des gens déjà convaincus ». Malgré les difficultés, ces artistes restent déterminés à promouvoir les idées d’ouverture, de partage, de mixité. Bien sûr, ces acteurs ne sont pas des anges, ni des saints. Aucun d’entre eux ne revendiquera le titre. L’idée n’est pas là. L’idée est d’agir. Le simple fait de s’intéresser à des territoires oubliés du politique est en soi un symbole. Cosmopol’ 61


Cosmopol’

Cosmopol’

culture

Interview de Daniel Hermann, adjoint au maire de Marseille en charge de l’Action culturelle, des Musées, des Bibliothèques et du Muséum.

« Je n’ai aucun regret, tout s’est très bien déroulé » Comment jugez-vous le déroulé de MP2013 ? Le déroulement est tout à fait exceptionnel. Nous avons atteint un nombre record de 1,5 millions de visiteurs au MuCEM et à la Friche, par exemple. Auparavant, la ville ne connaissait pas du tout cet engouement.

Quel est le coût de MP2013 et comment le combler ? Il y a un déficit de 3 millions d’euros, mais cela est acceptable. Ce manque va être comblé par les institutionnels.

Comment comptez-vous concrétiser l’après 2013 ? Quand on rénove tous les musées et la plupart des lieux, on pose la ville pour 30 ou 40 ans. Nous réfléchissons à l’après 2013, la ville veut continuer l’aventure. Nous en saurons plus à ce sujet à la fin de l’année. Rien n’est encore vraiment fixé. On souhaite une dynamique de territoire, mais vu qu’on ne connait pas encore les compétences de la Métropole, c’est difficile de préciser.

Avez-vous des regrets ? Je n’ai aucun regret, tout s’est très bien déroulé. Seul un problème de communication peut-être décelé, on aurait pu communiquer plus tôt. Il y a eu aussi certaines déclarations à l’emporte-pièce qui ont terni l’image de la ville, comme affirmer qu’il fallait envoyer l’armée dans les quartiers.

Qu’est-ce que l’année européenne a changé à propos de l’image de la ville de Marseille ? Les médias français ont été bien souvent en dessous de tout. On ne voyait que les assas62 Cosmopol’

sinats et pas le reste. Par contre, à l’étranger, il y a eu une belle couverture. Un très bon article du New-York Times affirmait ainsi que Marseille était la 2e ville à visiter en 2013. C’est donc au final une très belle réussite. Il y a 4 ans, pourtant, les gens étaient très sceptiques.

Avez-vous réussi à mettre l’accent sur une participation des marseillais aux projets culturels ? Le projet culturel dépendait de l’association MP2013, la mairie ne s’en est pas occupée. Nous n’avions qu’un seul représentant dans leur conseil d’administration. Le travail de l’adjoint à la Culture était plutôt celui de « voiture balai ». Il fallait faire rentrer dans la programmation des projets à l’origine non prévus : la culture provençale, des compagnies de danse ou de théâtre, par exemple.

Quid des critiques quant à la non-participation des quartiers populaires de la ville ? Au vu de la grande participation aux manifestations populaires, qui a dépassé le million de visiteurs, on peut affirmer que tous les quartiers de la ville étaient présents. De plus, les mairies de secteur ont joué un grand rôle en faisant participer des artistes locaux qui n’étaient pas forcément programmés.

Estimation de la fréquentation* à mi-octobre pour MarseilleProvence 2013 (manifestations gratuites ou payantes)

Grands évènements 1 620 000 visiteurs • Week-end d’ouverture 12 et 13 janvier 600 000 • Entre flammes et flots 3 et 4 mai 420 000 • TransHumance 18 mai au 9 juin 300 000 • Fête de la musique 100 000 (4,5 millions de téléspectateurs) • La Patrouille de France le 26 mai à Salon et le 14 juillet à Marseille 200 000

Expositions : 3 885 000 • MuCEM depuis de 7 juin : 1 250 000 dont expositions 370 000 • Le Grand Atelier du Midi 13 juin-13 octobre (Aix et Marseille) 462 000 dont Palais Longchamp 220 000 et Musée Granet 242 000 • J1 12 janvier-18 mai 217 000 dont exposition Méditerranées 115 000 • J1 11 octobre-15 décembre 6000 dont exposition Le Corbusier 3 600 • Villa Méditerranée depuis le 15 mars : 175 000 • Friche Belle de Mai (entrées aux expositions) : 75 000 • Le Pavillon M est un lieu d’exposition et chaque mois 3 artistes investissent l’espace muséal : 985 000

ESTIMATION TOTALE : 7 364 000 visiteurs

Comment jugez-vous le Off de MP2013 ? Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas de Off. Ils ont fait une programmation très complémentaire du « In », en insistant sur un coté déjanté très sympathique, quand le « In » restait plus institutionnel. [ Vincent LECONTE et Charlotte SABY ]

[ Charlotte SABY ] * Fréquentation en nombre de visites : un même visiteur peut faire plusieurs visites.

Deux villes,

sport

deux sports,

une passion

Issus d’un même jeu, la soule, le rugby et le football s’affirment en sports autonomes au cours du XIXe siècle. Le développement de ces pratiques connait une évolution différente, tant dans les règles que dans leur perception par la société française. L’adhésion à tel ou tel sport est conditionnée par des facteurs historiques, sociaux, identitaires et territoriaux. Populaire et cosmopolite, le football s’est parfaitement implanté à Marseille, ville à son image. Ville de terroir, plus traditionnelle, Toulouse s’est quant à elle approprié le rugby. Comment s’expliquent les liens entre un sport et une ville ? Enquête. [ Luis Deutsch, Aurélien Idéale & Alexandros Kottis ]

Le rugby est né en Angleterre et a commencé à apparaître dans le nord de la France, pour ensuite se propager vers le sud-ouest, jusqu’à trouver Toulouse sur sa route. Le fait qu’il ait pu s’installer de manière durable dans la ville n’a pas d’explication claire et définitive. Comme l’explique Anne Saouter, anthropologue et auteure de « Etre rugby, jeux du masculin et du féminin », « il y a une histoire fantasmée autour du rugby français. Certes le sud-ouest a été réceptif mais d’autres régions auraient pu l’être. La soule, un jeu traditionnel proche du rugby, existait en Normandie et aurait pu expliquer la pénétration du sport en France. Or, rappelle la jeune chercheuse, la carte de diffusion de la soule ne correspond pas à la carte de diffusion du rugby… ». A priori, l’enracinement de ce sport dans la ville rose n’a rien de logique. Il reste même un peu mystérieux. Selon l’anthropologue, les valeurs rattachées au rugby, comme le « bien manger », le « bien boire » ou la convivialité, peuvent certes paraître en adéquation avec les valeurs de terroir du sud-ouest, mais l’hypothèse n’est finalement que « plaisante et statistiquement peu défendable ». Beaucoup d’interprétations, mais peu d’explications. Pourtant, les faits sont là. « Toulouse, c’est la terre du rugby » affirment en chœur les spécialistes. Parmi eux, Edmond Bouffil, journaliste à Midi-libre, en charge des questions sportives depuis plus de soixante ans. « Même si le Stade Toulousain ne présente pas de bons résultats, il sera toujours le centre du rugby français », estime-t-il. Tradition, valeurs et patrimoine sont les maîtres mots pour évoquer le lien entre le sport et la ville. A Marseille, l’explication de l’implantation du football est davantage à trouver dans la spécificité de son tissu social. « Le foot est ancré dans une culture urbaine, industrielle et ouvrière », raconte Christian Bromberger, professeur d’ethnologie à l’Université de Provence et auteur de plusieurs ouvrages sur la question. Sport populaire par excellence, le football a trouvé sa place à

Marseille car il joue un rôle de socialisation entre des communautés existantes et a en quelque sorte remplacé des structures moins présentes, comme les groupes politiques ou les syndicats. L’Olympique de Marseille agit comme vecteur d’intégration pour beaucoup d’individus. Les groupes de supporters, par exemple, « sont essentiellement composés de célibataires et de jeunes, rappelle le chercheur, ajoutant qu’ils y trouvent un moyen de rencontres, d’échanges ». Toutes les catégories sociales sont représentées au stade Vélodrome, même si quelques spécificités caractérisent les groupes de supporters. A Marseille, ville populaire, le football est finalement le symbole de l’identité locale et tout le monde y trouve son compte. Ces actions sociales se sont matérialisées dans la relation entre les populations des deux villes et leur sport vedette. On observe deux interactions distinctes entre les Marseillais et le football d’une part, et les Toulousains et le rugby d’autre part. Selon Vincent Charlot, sociologue à l’Université Paul-Sabatier de Toulouse, la relation entre le public et le rugby se traduit par une fidélité presque commerciale. Ainsi, les Toulousains « consommeraient » le rugby comme l’un des produits les plus célèbres de la ville - sinon le plus célèbre. Le Stade Toulousain est inscrit dans le patrimoine en tant que produit de haute qualité, stable et exportable à l’international. A Marseille, on constate une matrice distincte dans la relation au football : celle du rassemblement. Pour Christian Bromberger, le football et l’Olympique de Marseille constituent des espaces importants pour l’intégration de personnes aux niveaux sociaux différents et origines diverses. Dans une ville morcelée politiquement, économiquement et socialement, l’OM représente une valeur et un symbole. Deux manières différentes de vivre le sport et le club qui renforcent les spécificités locales. Cosmopol’ 63


Cosmopol’ sport >> G érard Labbe, au club depuis 38 ans, est à la tête des sections jeunes du Stade Toulousain. © Aurélien Ideale

>> L e stade Ernest-Wallon vu depuis le centre d’entrainement. © Aurélien Ideale

Gérard Labbe

et les pépites du stade Au cours de la saison 20122013, 43% des joueurs de l’équipe première du Stade Toulousain étaient issus de la filière de formation interne. Produire les futures pépites du rugby est une spécialité du club. Gérard Labbe, président de l’« Association Stade Toulousain Rugby », au club depuis 38 ans, est en charge des catégories « jeunes ». Elles intègreront peut-être l’équipe professionnelle voir l’équipe de France. Il décrit cette machine à champions. [ Aurélien Idéale ] 64 Cosmopol’

Le Stade Toulousain est réputé pour former de nombreux joueurs professionnels. La proportion de jeunes issus du club est donc ici bien plus importante qu’ailleurs ? Complètement. Mais sur ce sujet il faut faire attention aux chiffres et aux termes. Il y a surtout ce que l’on appelle les JIFF, les Joueurs Issus de la Formation Française. On considère qu’un joueur est un JIFF s’il a passé trois ans dans le centre de formation d’un club français. Cela signifie qu’un Géorgien peut donc être considéré comme JIFF, parce qu’il a passé trois ans dans un centre de formation en France. Cela n’a pas de rapport avec la nationalité. Une règle de la Ligue de Rugby stipule qu’un effectif professionnel doit posséder au minimum 55% de JIFF. Au Stade Toulousain, nous n’avons aucun souci puisque nous sommes à 75% ! Certains autres clubs s’arrangent pour faire signer des petits contrats à des joueurs JIFF qui ne jouent en réalité pas beaucoup, afin de faire gonfler leur proportion. La grosse modification pour l’année prochaine, c’est qu’il devra y avoir 55% de JIFF sur la feuille de match…

« Le FC Barcelone du rugby » Quelle est cette proportion sur les feuilles de match du Stade Toulousain ? Nous sommes toujours largement au-dessus des quotas. Il y a un autre chiffre qui n’est celui-ci pas règlementé, c’est le nombre de

joueurs qui sont issus de l’« Association ». Ils ont joué pour le Stade Toulousain en sections jeunes : en poussin, cadet, etc. Un chiffre dont je suis assez fier. Contre Castres, sur la feuille de match, il y en avait 11 sur 23 qui étaient issus de l’association. Vous ne le retrouvez nulle part en France. C’est propre au Stade Toulousain et lié à notre culture du club, au fait que les entraineurs soient issus du club y compris ceux des jeunes.

On verrait presque ici une ressemblance avec un célèbre club de football en Espagne qui, lui aussi, a une identité forte et qui s’est spécialisé dans la formation des jeunes… Oui en fait on est un peu le FC Barcelone du rugby ! A la seule différence qu’au football, ils vont chercher des jeunes joueurs talentueux très très loin. Nous n’en avons pas les moyens. Cela coûte très cher (rires). Mais cela arrive. Un joueur est récemment venu de Nouvelle Calédonie. C’est très rare, on en prend généralement qu’un seul et il doit être très fort. Il est arrivé à l’association et je l’ai fait rentrer cette année dans le centre de formation. Parce que je suis président de l’association mais aussi secrétaire général du centre de formation. Je suis en quelque sorte un cumulard (rires).

... Cosmopol’ 65


Cosmopol’ sport >> Alexandre Loubiere, catégorie cadet, est arrivé au Stade Toulousain lorsqu’il avait 9 ans. © Aurélien Ideale

Alexandre, 16 ans, rêve du top. Né dans la région parisienne, Alexandre Loubiere débarque à Toulouse à l’âge de cinq ans. Il intègre très vite, quatre ans plus tard, le Stade Toulousain, qu’il espère ne jamais quitter. « Il y a beaucoup de clubs dans la région, mais c’est ici que j’ai envie d’évoluer » confiet-il. Désormais en catégorie cadet, où il joue en équipe première au poste de 3e ligne, le jeune homme de 16 ans songe, comme tous ses coéquipiers, à devenir un jour professionnel. D’ici quelques années, il saura s’il a une chance de réaliser son rêve : disputer le Top 14 sous les couleurs rouges et noires. En attendant, il profite de l’ambiance générale au sein de ce qu’il définit comme une grande famille. « J’aime venir m’entraîner ici au Stade Toulousain. Il n’y a pas de rivalités et dans mon équipe on est tous de bons copains » raconte-t-il ravi. [ Aurélien Idéale ]

...

Pouvez-vous justement nous expliquer le fonctionnement du club ? Comment opèrent les différentes entités les unes avec les autres ? Chez nous l’entente est très bonne ! Nous sommes tous sur le même site, c’est très important. Et il n’y a aucune séparation. Notre but à tous est qu’un maximum de joueurs formés en interne puisse un jour intégrer le groupe professionnel. Il y a donc l’association qui forme les sections jeunes et dont je suis le président, ensuite nous avons un centre de formation, sorte de passerelle entre les catégories jeunes et les professionnels, et enfin la SA (Société Anonyme) qui est le club professionnel. Ça fonctionne de manière très harmonieuse. Mais ce n’est pas le cas dans tous les clubs.

Quels sont les effectifs dans chacun des groupes ? L’effectif professionnel tourne entre 32 et 35 joueurs. Au centre de formation ils sont 24 et à l’association, j’ai 380 joueurs licenciés ! Mes jeunes vont des moins de sept ans jusqu’à vingt-trois ans.

Comment s’effectue le recrutement de ces jeunes ? Nous avons une politique spécifique. Nous ne recrutons pas de joueurs chez les clubs amateurs dans les catégories très jeunes. Par contre, en contrepartie, les clubs de la région se sont engagés à nous faire venir leurs meilleurs éléments dès qu’ils sont suffisamment âgés. Cela va jusqu’aux clubs du Tarn ! Nous avons un vaste réseau.

Vous travaillez, en interne, avec le centre de formation et le groupe professionnel. Mais, à l’extérieur, vous fonctionnez également en partenariat avec d’autres structures. Amateurs cette fois-ci. Oui, et ici encore nous avons un fonctionnement harmonieux. Avec les clubs amateurs alentours, notre politique n’est pas de causer du tort et de leur piquer leurs meilleurs éléments dès le 66 Cosmopol’

arrivé en catégorie cadet et il joue toujours pour « le Stade ». Il a tout gagné avec nous. On a toujours des garçons qui sont issus du club.

C’est votre philosophie d’avoir toujours des joueurs formés en interne ? C’est essentiel ? Oui, notre position, notre philosophie c’est que les jeunes restent ici, qu’ils fassent carrière chez nous. Ils sont formés, jouent ici et souvent restent ici. Les joueurs, en venant au « Stade », savent qu’ils gagneront des titres. Et quoi que l’on dise, l’aspect sportif des choses est très important. On ne vient pas ici par hasard.

J’aime venir m’entraîner ici au Stade Toulousain. Il n’y a pas de rivalités et dans mon équipe on est tous de bons copains.

plus jeune âge. De plus ce n’est pas non plus dans l’intérêt des enfants et des parents. C’est mieux pour la famille que le jeune joue pour son club local, cela évite les frais et les déplacements. Après les éducateurs se sont engagés à nous faire venir les tout meilleurs, ceux qu’ils considèrent comme des futurs champions. Ces joueurs sont présentés lors des journées de détection.

Il y a ici une différence avec le milieu du football. Les clubs professionnels de Ligue 1 n’hésitent pas à faire appel à des recruteurs pour dénicher les futurs talents des clubs amateurs alentour. Parfois même très jeune… Oui le système est différent chez nous. Nous ne prônons pas le recrutement « sauvage ». Cela créé des tensions avec les clubs amateurs. Alors qu’en créant des accords en direct avec eux, les éducateurs se sentent fiers d’avoir amené un jeune talent au Stade Toulousain : « C’est moi qui l’ai amené au Stade » disent-il. La logique est inversée. Au lieu de se sentir dépouillés par un club professionnel, les éducateurs ont le sentiment d’avoir contribué, à leur façon, à l’éclosion d’un futur talent. Ils en tirent une certaine fierté et c’est donc bénéfique pour tout le monde. Mais pendant les journées de détection, durant lesquelles les éducateurs amènent leurs meilleurs éléments, je demande d’effectuer des recrutements très ciblés. Il n’y a rien de pire que de faire venir un jeune et d’ensuite le renvoyer dans son club l’année suivante. Ça c’est la « cata ». Il le vit comme un échec complet. Cela nous est déjà arrivé et maintenant je veux être vigilant car, moi-même, ça me fait mal de voir repartir un jeune chez lui.

« Que les jeunes ne partent pas » Le Stade Toulousain « sort » combien de joueurs professionnels par année ? Deux ou trois. Et actuellement huit joueurs du Stade Toulousain jouent pour l’Equipe de France. Maxime Médart est par exemple

L’aspect sportif, la victoire, priment donc sur l’aspect financier ? Bien sûr l’argent a sa place. Mais c’est une fierté considérable de gagner des titres ! C’est quelque chose que l’on vient chercher ici. La gagne, les trophées, c’est quand même autre chose. Mais c’est le résultat de nombreuses années.

Est-ce finalement un état d’esprit spécifique à votre club ? Qu’est ce qui fait que cela fonctionne si bien au Stade Toulousain ? Nous sommes un club particulier, avec un modèle particulier. Nous fonctionnons avec des assises locales, avec des entreprises locales. On a des partenaires historiques aussi, comme Peugeot par exemple. Il s’agit ici d’une entreprise automobile nationale qui rencontre certes des difficultés financières actuellement, mais qui a tout de même renouvelé son contrat pour cinq ans. Avec Airbus nous nous rapprochons également toujours plus. Cette entreprise aéronautique est le fleuron toulousain. Associer un

succès local, Airbus, au déploiement de notre club, c’est notre politique. C’est donc un modèle économique basé sur la confiance en des partenariats historiques et basé sur l’économie locale. C’est un modèle qui est reproduit dans certains clubs mais pas partout.

«Un budget beaucoup plus gros car un modèle économique différent » On dit aussi que le Stade Toulousain est le plus gros budget de France… Il y a donc bien d’autres raisons qui expliquent que vous disposiez d’une manne financière aussi importante ? Ce n’est pas seulement de l’économie locale et de la confiance. Oui notre budget est élevé, il est de 34 Millions d’euros. C’est le plus important. Mais il faut faire attention avec les chiffres. Les clubs doivent faire état de leurs comptes à la DNACG, la Direction Nationale d’Aide et de Contrôle de Gestion. Nous ne devons pas avoir plus de 10 millions de masse salariale. Sur les quatorze équipes du « Top 14 », il y en a huit qui sont « au taquet » au niveau des comptes. Nous avons un budget beaucoup plus gros car notre modèle économique est différent. L’exemple, c’est les boutiques et donc le merchandising. Elles sont toutes « en direct », cela signifie que dans les 35 millions de budget, nous prenons en compte le chiffre d’affaires de toutes les boutiques. Pas les bénéfices, mais le chiffre d’affaires ! Il y a donc toutes les charges qui s’accumulent : salaires, frais pour l’achat des équipements et des choses vendues. Il faut aussi ajouter à cela la brasserie dans le total. Ce qui fait qu’au total plus de 100 salariés ! Tout cela s’intègre dans le budget. Nous avons le plus gros budget parce que nous sommes les seuls à avoir ce modèle.

Jean-Marc Arnaud, la terre est ovale Un an après la réorganisation du Huit, le président du plus important groupe de supporters n’est pas prêt de quitter le terrain. Avec une petite demi-heure de retard, Jean-Marc Arnaud accueille Cosmopol dans ses nouveaux locaux du Boulevard de Genève. Jean délavé, baskets blanches, sweat aux couleurs du Stade et cheveux décolorés, l’homme, 48 ans, n’a pas le temps de vieillir. Depuis qu’il a pris la présidence du Huit en 1996, le Toulousain « pure souche » jongle entre son métier de toujours, chef d’équipe dans le bâtiment, sa famille, et son groupe de supporters dont il s’occupe quotidiennement. Homme de challenge, Jean-Marc Arnaud n’a pas résisté à l’appel du Huit l’année de sa création pour en prendre la seconde présidence. Jusqu’alors en charge d’un comité des fêtes sous l’autorité de la mairie, la possibilité de travailler « les mains libres » et de faire évoluer

une association l’a convaincu. D’autant plus qu’il s’agit de rugby, découvert dès le plus jeune âge grâce à son père et son grand père. Un sport qu’il a « dans les gênes ». L’entreprise est couronnée de succès et son grand sourire dit sa fierté lorsqu’il évoque son travail. Composé d’une vingtaine de personnes à son arrivée, le Huit compte désormais plus de 300 membres. Malgré les évolutions du sport, qu’il regrette à demimot, le président veut préserver des « valeurs propres au rugby ». Intransigeant sur ces principes, il a fait du Huit un lieu où l’on se regroupe autour d’une passion et d’une mentalité dans un esprit convivial. Lucide sur une situation économique compliquée pour les supporters, « à sens inverse du monde professionnel », JeanMarc Arnaud se bat pour trouver

des compromis entre la survie du groupe, qui nécessite un nombre croissant d’adhésions, et le maintien d’une ambiance familiale. C’est d’ailleurs sa « deuxième famille », d’où une fidélité sans faille. Même lorsqu’il démissionne suite à des problèmes économiques, les soutiens qu’il reçoit en France comme à l’étranger le poussent à revenir sur sa décision. Une fidélité à l’ovale, sa terre de coeur, au Stade, et à sa ville, qu’il n’a quitté qu’une fois pour son service militaire. Son implication se lit sur son visage marqué par la fatigue, mais lorsqu’on évoque la fin de son mandat et le temps qu’il aurait pour se reposer avec ses deux enfants, Jean-Marc Arnaud botte en touche. [ Alexandros Kottis ] Cosmopol’ 67


Cosmopol’ sport

>> Le Stade Vélodrome en pleine rénovation. © Selden Vestrit

>> L es locaux des South Winners. © Alexandros Kottis

Florian Gaïdo sur son îlot

>> Les locaux des South Winners. © Alexandros Kottis

Multipliant les activités, Florian accorde moins de temps au Commando Ultra 84, groupe de supporters dont il fait partie. Son attachement au club reste entier. Rendez-vous est pris à la faculté de lettres d’Aix en Provence. Un endroit que François Gaïdo connait bien. Depuis 2008 et son inscription en Licence de Sociologie, il fait partie des milliers d’étudiants qui fréquentent quotidiennement les locaux de l’Avenue Robert Schuman. Martégal de naissance il a fait le choix de s’installer à quelques mètres de l’Université, pour gagner du temps et préparer son Master dans les meilleures conditions. Emmitouflé dans son gros pull en mailles bleues, du haut de ses 24 ans, il ne cache pas son agacement face aux mauvais résultats de l’Olympique de Marseille. Il supporte le club depuis toujours « sans se poser de questions » mais trop c’est trop. Depuis tout petit, son père lui fait suivre toutes les rencontres à la télévision et, lorsqu’il découvrira le Stade Vélodrome à 7 ans, il passera plus de temps à observer les gradins qu’à regarder le match face à Nancy. L’engouement des supporters et l’atmosphère si particulière des tribunes l’épatent. « L’OM c’est l’OM. C’est pas un choix » assure-t-il. L’étudiant n’a aucun mal à expliquer sa passion. Joueur de l’US St Pierre en catégorie poussin, il intègre les fédéraux de Martigues avant de retrouver son premier club. Le football a toujours fait partie de sa vie, et le centre social de Lavera, qu’il fréquente régulièrement, lui ouvre les portes du “supportérisme”. En côtoyant des membres du Commando Ultra 84, il intègre progressivement ce groupe qu’il rejoint à 17 ans. Son implication est immédiate lui qui participe à la confection de banderoles ou de tifos. Florian est aujourd’hui en retrait. Parallèlement à ses études, il occupe un poste de bibliothécaire à l’Université quand il n’enfile pas la tenue de pompier une quinzaine d’heures par semaine dans la commune de Fos-sur-mer. « La vie active transforme l’implication » se justifie-t-il. Malgré ses nombreuses activités, il se rend à tous les matchs du stade Vélodrome pour l’adrénaline. La rivalité avec les supporters adverses, les insultes et les bagarres occasionnelles « font partie du folklore » et permettent l’affirmation d’un régionalisme selon Florian. Des notions identitaires qu’il cantonne néanmoins au cadre du sport, vantant par ailleurs la mixité sociale et les origines diverses des Marseillais. Une conception paradoxale mais lucide, préservant volontairement sa passion de toute critique : « Le football est un îlot auquel on ne touche pas ». [ Alexandros Kottis ]

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>> Toulouse Marseille : le match économique A Toulouse et à Marseille, les deux clubs phares doivent faire face à d’énormes défis. Les modèles de gestion et les crises affectent leurs performances, d’où l’importance de maitriser le jeu financier pour assurer la gagne. Le Stade Vélodrome de Marseille est en rénovation. Le projet de 270 millions d’euros prévoit de moderniser un espace qui pourra accueillir jusqu’à 67 000 personnes en 2014. L’opération se déroule en accord avec l’Olympique de Marseille, qui utilise l’enceinte en travaux pour accueillir ses adversaires lors des rencontres sportives. Le stade est municipal et la municipalité a cédé les droits d’exploitation au groupe Arema pour les 35 prochaines années. Conséquence directe de cette rénovation, le loyer payé par l’OM pour utiliser le stade va passer de 1,5 million à 7 millions d’euros. L’augmentation de 300% est énorme alors que l’OM se relève à peine d’une crise financière. En fait l’adversaire le plus coriace de l’OM semble être la spéculation immobilière. Le Stade Toulousain ne connait pas ce problème, lui qui détient son propre stade. Par ailleurs, l’équipe figure parmi les organisations sportives les mieux nanties au monde. Selon les déclarations de leur président, Jean-René Bouscatel, même la crise mondiale a été incapable d’arrêter le club. Les Toulousains sont fiers d’exposer dans le hall du siège leurs 300 partenaires économiques. Ils représentent environ 40% de la recette du club. Parmi eux, quelques géants tels que Peugeot et le Crédit Agricole. Leur budget est le plus élevé du rugby français et le merchandising prospère. Ces facteurs font du club un champion de la gestion administrative. Cependant, le Stade Toulousain n’est pas une « société » comme les autres. Même avec cet énorme montant de 35 millions d’euros de budget, la quasi-totalité des bénéfices est réinvestie dans le club. Selon les dirigeants, le but est de perpétuer le symbole de réussite que le ST représente à travers le monde. Maintenir les structures de formation des joueurs et assurer le paiement des salaires, tant pour les stars de l’équipe que pour les employés. Une infime partie de cette richesse revient au groupe d’actionnaires. Le modèle de la Ville Rose peut être un bon exemple pour les Marseillais. Malgré le troisième budget du football français (environ 110 millions d’euros), les Olympiens ont souffert d’une dette «colossale» laissée par la direction antérieure du club. Fin 2012, les problèmes ont conduit à des licenciements et une recherche active de partenaires économiques capables d’atténuer les résultats financiers négatifs. 2013 marque un redressement pour l’OM. Le club a pu acheter le centre de formation Robert Louis-Dreyfus pour un prix relativement bas : 6,5 millions d’euros. Ainsi, l’OM s’est rapproché de l’idéal du ST en ayant ses propres infrastructures. Toutefois, les dépenses liées au Stade Vélodrome, encore inachevé, sont déjà colossales pour le club. Selon le candidat PS à la mairie de Marseille, Patrick Mennucci, le montant pour un éventuel achat du Vélodrome pourrait atteindre 300 millions d’euros. Une décision couteuse mais qu’il préconise, dans le but d’alléger la ville de dépenses faramineuses. Pour gagner, l’OM devra batailler plus de 90 minutes. Il lui faudra revoir son modèle économique et engager de véritables réformes s’il veut parvenir à une stabilité financière. Sur le modèle toulousain ? [ Luis Deutsch ]

Les South Winners

pour la victoria À Marseille plus qu’ailleurs, le football est vécu avec passion. Les South Winners, un groupe mythique de supporters, a spécialement investi et décoré un local afin de se retrouver et d’apprécier ensemble les exploits de leur équipe. Sous l’œil du Che. Hasta la victoria siempre.

[ Aurélien Idéale & Alexandros Kottis ] La rue est délabrée, sale, presque glauque. Garages, cafés et kebabs se suivent. Foule bigarrée et hyperactive. Le coeur du centre ville à quinze minutes à pied de la Gare Saint-Charles. Quartier de la Belle-de-Mai : une tôle ondulée marque l’entrée d’un hangar désaffecté. C’est le local des South Winners, l’un des plus importants groupes de supporters de l’Olympique de Marseille. Créé en 1987, il occupe – comme son nom l’indique – une portion du virage sud du Stade-Vélodrome. « Vous cherchez quelque chose ?» lance froidement un homme posté à l’entrée. Cigarette aux lèvres, survêtement aux couleurs de l’OM, le supporter à la carrure imposante se dresse en gardien des lieux. L’accueil est méfiant, presque hostile. En théorie, seuls les membres du groupe sont les bienvenus. Mais aujourd’hui c’est jour de grand match. L’OM reçoit Naples en Ligue des Champions. Un événement qui joue en faveur du visiteur. Chez les South Winners, le portrait de Che Guevara, dupliqué au pochoir sur tous les murs, jalonne la traversée des locaux. Les regards surpris des occupants rappellent aux intrus qu’ici ils sont d’abord des « estrangers ». La table de ping-pong posée au centre de la salle principale invite pourtant à la rencontre et aux échanges. Une partie avec les habitués et quelques bières finiront par faire fondre la glace. Les discussions deviennent plus familières, plus amicales. Ici on boit, on fume, on se retrouve entre amis. Après tout, si tu aimes le football – et que tu sais parler de l’OM – tu as des chances d’être bien reçu. Entourés des fanions, trophées et autres maillots dédicacés des saisons précédentes, les South

Winners se nourrissent d’un passé glorieux, pour alimenter leur passion. Les murs et des photos de supporters racontent leurs déplacements, à Munich ou Lyon, au début des années 1990. Le groupe est ancien et veut le montrer. Posé sur une chaise haute, l’homme du bar interpelle : « Vous avez des places pour ce soir ? ». Il n’est que 15 heures, mais tout le monde, ici; semble n’avoir que le match en tête. Etonné d’apprendre que ce sera notre première au stade Vélodrome, le Winners, attendri; se laisse gagner par la nostalgie, en s’imaginant à notre place : « Ah vous allez voir… On ressent quelque chose quand on découvre ce stade pour la première fois… Ça n’a rien à voir avec les autres ! ». Derrière lui la Une de l’Equipe du 27 Mai 1993 s’impose dans le décor. La tête rageuse de Basile Boli en finale de la Ligue des Champions rappelle au monde entier que l’OM est la seule équipe française à avoir gagné cette prestigieuse compétition. Les préparatifs commencent. Il est encore tôt mais il faut déjà rassembler les banderoles, les « tifos » et les drapeaux qui garniront les tribunes du stade. « Le bâchage, c’est cinq heures avant le match » explique un jeune qui semble tout juste rentrer de cours. On s’active tout en continuant de parler des prestations de Valbuena, Mandanda et Gignac, une partie de la dream team marseillaise. Ils vont filer vers le stade. Eux seuls ont le droit d’investir l’enceinte avant la rencontre, pour installer leurs décors festifs. Demain les South Winners se retrouveront à coup sûr ici, pour refaire le match et entretenir la flamme. Pour l’OM. Ever. Cosmopol’ 69


Cosmopol’ Zoom : Léon Vivien

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Point com’

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Regards croisés

créatif : De L’art dans la Pub...

La campagne

sur la communication contemporaine

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REVUE LITTéRAIRE : Livres de com

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entretien : Jacques Séguéla Évolution : STORYTELLING ET TRANSMEDIA

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tendance : Les nostalgeeks

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hit : Les tops & les flops de la publicité en 2013 opinion : La censure revient

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métropoles : com’ in the city clin d’œil : La Campagne concurrente

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Cosmopol’

Zoom

Par Noreen Beddou

Édito

les nouveaux

enjeux, de la

communication Il est des défis que la modernité impose quotidiennement. Des mutations liées aux évolutions des mœurs, des pratiques, des outils technologiques. Les messages ne se perçoivent et ne s’appréhendent plus de la même manière. La communication est loin d’être étrangère à ce phénomène. Les problématiques qu’elle aborde doivent être décryptées, jaugées, et analysées pour construire des stratégies et des contenus pérennes : on ne raisonne plus uniquement par l’intermédiaire de slogans efficaces et de réclames accrocheuses. Bien au contraire, la richesse des campagnes que nous contemplons en cette fin d’année 2013 laisse présager qu’elles vont se complexifier. Elles s’appuient sur une multiplicité de supports, d’idées, d’innovations et même sur des concepts qui avaient fait leurs preuves et que l’on remet au goût du jour. L’intrication de cet environnement est dans certains cas une garantie de qualité. Dans d’autres, elle engendre des incompréhensions et des inadéquations qui mènent inévitablement vers le flop.

[

n e i v i V n o Lé

Poilu 2.0

ure d’un : la réécrit

e Histoire

Si les réseaux sociaux avaient été présents dans les événements les plus marquants de notre histoire, cela aurait-il changé le cours des choses ? Et si Léon Vivien, instituteur mobilisé en Novembre 1914, racontait son histoire au moyen de Facebook ?

Nous vous proposons ici des analyses de campagnes qui ont marqué le milieu de la communication contemporaine, ainsi que des réflexions sur sa diversité. Art, techniques, supports, censure…Voici le meilleur (…et le pire !) de ce que nous avons compilé et décortiqué pour vous dans le dossier qui suit. Gageons que vous partagerez le plaisir que nous avons eu à rédiger ces colonnes.

Par Saad Finge

]

b u p e d p u Co

C’est à cette question que le Musée de la Grande Guerre de Meaux, avec le soutien de l’agence DDB Paris, a cherché à répondre par un storytelling pédagogique sur le réseau communautaire Facebook. « À l’heure où 23 millions de Français racontent quotidiennement leur vie à travers leurs posts et statuts sur Facebook, imaginez ce que ces mêmes internautes, plongés subitement dans le fracas du 20e siècle, auraient eu à raconter », explique DDB Paris, à l’origine du dispositif « Facebook 1914 ». « Il y a toujours un intérêt à se plonger dans l’Histoire » L’objectif de cette action menée par le Musée de la Grande Guerre de Meaux,

est de montrer qu’il y a toujours un intérêt à se plonger dans l’histoire, notamment celle de la Première Guerre Mondiale, période terrible et décisive dans la construction de notre société actuelle. Depuis le 10 avril, les internautes peuvent suivre le compte Facebook de Vivien, date à laquelle le jeune instituteur Français sera propulsé dans l’époque horrifique de la première Guerre Mondiale. C’est grâce à 30 000 documents et 20 000 objets de la collection des musées, accompagnés parfois de photographies et d’images d’archives, que cinq publications journalières ont pu être mises en ligne sur le mur de Léon Vivien.

C’est une correspondance entretenue entre Léon Vivien, ses amis et sa compagne, qui permet à l’internaute d’entrer dans cet univers. Aujourd’hui Léon Vivien compte plus de 60 000 likes sur sa page. La campagne a suscité en retombées médias l’équivalent d’un plan d’achat d’espace de 3 millions d’€ Un vrai coup de génie de l’agence DDB au profit du Musée de la Grande Guerre de Meaux. Pari réussi !

Point de vue Idée attrayante et indéniable succès, la naissance de Léon Vivien suscite pourtant un doute chez le soldat que je suis. Cet avatar de poilu ne risque-t-il pas de rendre virtuelle une réalité qui, pour des millions de français, fut douloureuse et sanglante. Léon Vivien est peut-être le symbole de ce refus pathologique de notre société à penser la guerre et sa possibilité. Cyril Farret


Cosmopol’

créatif

Par Frédéric Cally

De L’art dans la Pub... et de la vie de bohème parisienne. Aux Etats-Unis, Norman Rockwell décrira avec une précision de naturaliste ce qu’on appellera quelques années plus tard « l’American way of life. » Nombreux sont donc les artistes qui ont fait leurs premières armes dans le monde de la réclame et qui, par leurs pinceaux, ont su marquer durablement le monde de la publicité. Aussi, jusque dans les années 30 ce sont les artistes qui fabriquent la publicité mais cette donnée s’inversera au tournant des années 50 ou c’est au tour de la société de consommation d’influencer directement les artistes, créant par la même un nouveau courant nommée : Pop Art. Le Pop Art, c’est le monde de la réclame, des slogans, des logotypes, du glamour – c’est Andy Warhol avec ses boîtes de Campbell soupe, c’est Roy Lichtenstein avec ses encarts de bandes dessinées, c’est Jasper Johns avec le drapeau américain, c’est la société consumériste portée à son paroxysme à la fois adulée et critiquée.

Faire de la publicité un art ou de l’art avec la publicité, telle est la question. De Vermeer à Andy Warhol en passant par Mondrian, les publicitaires n’hésitent plus à faire descendre nos icônes dans la rue. Analyse d’un phénomène haut en couleur.

« Tous les magasins finiront par devenir des musées et tous les musées des magasins », disait Andy Warhol au sujet de la société de consommation – sa prédiction serait-elle en train de se vérifier ? C’est la question que nous sommes en droit de nous poser au regard des dernières initiatives insufflées par les marques en terme de communication. L’Oréal, Nestlé, Perrier, Coca-Cola, Ray Ban, Dior et la liste est encore longue, tous vont piocher dans ce réservoir inépuisable qu’on appelle « Art » pour entourer leur image d’une nouvelle symbolique. Phénomène d’autant plus troublant qu’aujourd’hui, les enseignes n’hésitent plus à associer directement à leurs processus créatif, des artistes à l’image de Murakami (peintre et sculpteur) pour Louis Vuitton ou encore Jean-Paul Gautier (couturier) pour Coca-cola. 74 Cosmopol’

Ce courant artistique aura pour effet de montrer les liens qui relient de manière indéfectible l’artiste à l’univers mercantile propre aux mode de vie occidental – que ce soit dans un rapport de contestation ou d’approbation – l’artiste n’est plus en dehors mais bien dans la société, il y participe. C’est dans cette optique que dans les années 80, une nouvelle génération d’ « artistes publicitaires » se mettent sous les feux des projecteurs à l’image de Jean-Paul Goude, Jean-Batispte Mondino ou encore Etienne Chatiliez, faisant de la publicité leur moyen d’expression privilégié. Les affiches ne sont plus considérées comme de simples supports publicitaires mais comme de véritables vecteurs d’expression pour les marques. Ainsi, les galeries Lafayette s’illustreront par des campagnes d’affichage tenant plus de l’art contemporain que de la réclame bon marché. Dès lors, quelles sont les raisons qui poussent nos marques préférées à jouer à l’artiste et d’où ce phénomène tire ses racines ? Pour répondre à cette double problématique, il est essentiel de faire un voyage dans le temps et de nous pencher sur les origines mêmes de la « réclame » et de son plus fidèle associé l’affichage. Publicité et Art ont toujours tissé des liens connexes et cela dès le XIXe siècle. En France, Toulouse-Lautrec rendra le Moulin Rouge célèbre par ses affiches faisant l’apologie du « cancan »

Ces transformations structurelles sont le fruit d’un changement de paradigme au sein des entreprises. La problématique principale qui était de vendre des produits en masse est relayée au second plan au profit d’une idée nouvelle, celle de satisfaire son client. Les marques se mettent à raconter des histoires, à faire rêver le consommateur, c’est le début du Brand Content. Ainsi, Nestlé nous plongera dans l’univers intimiste de Vermeer et de son célèbre tableau La Laitière pour sa gamme de produits frais. Lavazza puisera dans les cahiers de Léonard de Vinci pour suggérer une Italie rêvée. Perrier mettra en scène sa célèbre bouteille dans les œuvres de Lichtenstein et Absolut vodka dans celle de Mondrian.

Art et publicité sont donc loin d’être antinomiques - bien au contraire -chacun puisant dans l’autre, matière à réflexion. Dès lors, si nous avons pu comprendre les liens qui unissaient la publicité et le monde artistique, il reste à définir ce que les marques en retirent réellement pour leurs produits et la nature même de l’impact sur le consommateur. Lorsqu’on se questionne sur la finalité de l’art comme celle de la publicité on s’aperçoit qu’elle est la même : véhiculer un message. La créativité étant le matériau commun à ces deux processus ou seule la finalité diffère. En effet, l’artiste crée pour des raisons qui lui sont propres tandis que le publicitaire à des fins mercantiles. Ainsi, en associant leurs produits à une œuvre, les entreprises parviennent à s’approprier l’univers de l’artiste en rendant leurs marques plus attirantes. C’est précisément parce que l’art possède la capacité de déréaliser un produit en le soumettant à une réalité autre - celle de l’artiste - qu’il nous permet de « re-voir » les objets comme nouveaux. Pour illustrer notre propos, nous pouvons prendre comme exemple une des publicités de la marque Ray Ban qui s’inspire des célèbres portraits d’Andy Warhol. Lorsqu’on s’attarde quelques s’instants sur cette affiche, on comprend très vite que la marque ne communique pas seulement sur des lunettes mais bien sur un état d’esprit en général. Les lunettes ne sont plus de simples accessoires mais, redéfinies à la lumière du prisme artistique, deviennent une allégorie de l’esprit « Pop. » On joue ainsi sur la faculté qu’a l’Art de cristalliser les tendances culturelles et sociologiques d’une époque pour en tirer toute la charge symbolique en l’associant à son produit. Toujours dans une optique de reprise, la bouteille de Malibu se transformera le temps d’une affiche pour incarner les célèbres portraits de l’artiste Arcimboldo. Le produit disparaît peu dans un univers féérique, métamorphosé, il devient l’incarnation de l’esprit festif. L’art comme révélateur, la publicité comme déclencheur – c’est le constat auquel nous arrivons au terme de cette brève analyse. Faire de la publicité comme un art, ce sont aujourd’hui les maîtres mots des communicants bien déterminés à nous faire rêver encore longtemps. Cosmopol’ 75


Cosmopol’

© DR

la campagne

entretien Par Noreen Beddou

JACQUES SéGUéLA Le magazine des M2 journalisme et communication à l’international de Sciences Po Aix

“Je ne cultive que mes

rêves !”

Dans un entretien exclusif, accordé aux étudiants de Sciences Po Aix, le plus connu des publicitaires français, le roi de la pub, livre une partie de son histoire.

50 étudiants, 50 regards, 1 cosmopol

76 Cosmopol’

« Fils du sud, fils de pub. » C’est ainsi que se décrit Jacques Séguéla, le plus international des publicitaires français. Le slogan « la force tranquille » de Mitterrand, c’est lui. La rencontre entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy, c’est lui. Citroën et le chevron sauvage c’est lui, Dunlop et son love torture test c’est lui, Carte Noire, le café nommé désir, encore lui. Ce fils de pub qui a, entre autres formules iconoclastes, fait mouche avec, « ne dites pas à ma mère que je travaille dans la pub, elle me croit pianiste dans un bordel », est un éternel enfant. Il a révolutionné le paysage publicitaire français.

Révolution digitale Doté d’un incomparable sens de l’histoire… et de l’actu, il bascule dans la com’ politique et découvre, en François Mitterrand, un « second père ». Il est intarissable bien sûr, lorsqu’on lui demande de parler de sa rencontre avec celui qui n’est alors que le premier des socialistes, candidat pour la deuxième fois à la présidence de la République. Comment notamment le fameux slogan, « la force tranquille », est-il venu ? « Par hasard, s’amuse encore le publicitaire, mais comme le dit Prévert, “le hasard ne frappe jamais par hasard”». Le futur monarque républicain le couronnera vite roi de la pub. Séguéla lui offrira en échange une série de concepts politiques très porteurs, alors. À l’américaine, en lui servant de la « Force tranquille » ou de la « Génération Mitterrand » en échange du « America first ». Quel est pour autant le meilleur souvenir de publicitaire et campagne qui a rendu le plus fier ce sudiste au bronzage permanent. Il répond humblement avec cette pointe de provocation qu’il affectionne : « Celle que je ferai demain. » La publicité a-t-elle changé depuis les débuts en fanfare de Séguéla. La réponse fuse, réaliste. « La révolution digitale, assure-

t-il sans hésitation. Elle a fait passer la communication de l’âge de la dictature de la pub, celle de consommateur sans droit de réponse, à celui de la démocratie participative du consomme-acteur. »

Havas et Publicis Cette dernière décennie sera pour sa prolifique entreprise celle de l’internationalisation. RSCG s’implante dans toutes les capitales européennes et aux Etats-Unis. Consultant pour le groupe Havas, qui a absorbé son agence, en 1991, le publicitaire sillonne la planète avec l’énergie d’un jeune homme. Havas pointe désormais à la 6e place du classement mondial. Le “fils de pub” n’a pas pour autant perdu son sens acéré de la répartie. Particulièrement lorsqu’on l’interroge sur la publicité d’aujourd’hui, et la place de Publicis, un de ses concurrents, leader dans le monde. « Mieux vaut être la première agence du monde franco française, tel Havas, s’amuse-t-il, plutôt que la première Américano française. » Et dans cette cage aux fauves, Séguéla a-t-il repéré un publicitaire qui lui ressemble et le prolonge? “Tous ceux qui sont fils de pub. Fils de créa avant d’être fils de CA (Chiffre d’affaires), lance-t-il, la formule toujours au bord des lèvres. L’argent n’a pas d’idée, seules les idées font de l’argent. » Consentira-t-il lui qui campe, depuis si longtemps, sur les sommets à se pencher sur le modeste magazine, Cosmopol ? Et puisque l’audace paye, croit-il à un avenir pour les apprentis communicants qui l’interpellent ? « La publicité n’est qu’à ses débuts, jure-t-il, sa conquête de l’Asie et de l’Afrique débute. » Et en France, surenchère-t-on. « La France est notre chance. Nous fabriquons tous ensemble 830 000 bébés par an, décrypte Jacques Séguéla, notre population doublera celle de l’Allemagne dans 30 ans et fera de nous le leader européen. Et le français deviendra la langue la plus parlée du monde grâce aux doublements d’un

milliard à deux de la population Africaine francophone. » Et d’évoquer la situation actuelle de la gouvernance en s’adressant au pouvoir en place. «Il devrait demander à Dieu de lui prêter, pour les trois ans qui lui restent, Jacques Pilhan. » Jacques Pilhan le faiseur de rois républicains, celui qui dans l’ombre de Mitterrand puis d’autres, distillait conseils et stratégies. L’entretien touche à sa fin et Cosmopol tente une dernière sortie pour titiller l’homme qui répartit plus vite qu’un Lucky Luke. Si c’était à refaire ? « Pourquoi refaire ? La vie commence à 80 ans, s’amuse Séguéla. À la condition d’avoir toujours envie d’avoir envie. La vieillesse commence lorsque les regrets l’emportent sur les rêves. Je ne cultive que mes rêves.” L’homme fonctionne finalement comme un mythe. Figure emblématique du secteur, il n’est pas pour autant victime de son statut. Il gère la création mondiale d’Havas tout en conservant directement les campagnes des marques historiques : Citroën, Lacoste, Airbus, Vuitton. Il parle énormément. C’est sa manière de se donner aux autres. Il a le sens des rapports de force et de leur déplacement. Le sens de l’histoire et de l’actualité. Il agit toujours avec un coup d’avance. Joueur, toujours.

QUELQUES DATES Février 1934 Naissance à Paris. 1970 Fonde sa première agence de pub avec Bernard Roux. 1981 S igne le slogan « la force tranquille » pour le candidat Mitterrand. 1988 « Génération Mitterrand ». 1991 RSCG devient EuroRSCG. 2005 Bolloré prend la tête d’Havas. 2007 Présente Carla Bruni à Sarkozy. 2009 Scandale de la Rolex. 2013 Merde à la déprime Cosmopol’ 77


Cosmopol’

Évolution

Par Saad Finge

>> Nouvelles approches, nouveaux regards, RedBull l’a compris. © RedBull 2013

STORYTELLING ET TRANSMEDIA :

CES HISTOIRES QU’ON NOUS RACONTE Le monde de la communication est un champ de bataille. Les conceptions s’affrontent, les écoles se jaugent. Il s’est créé un environnement particulier dont le décodage est complexe. Les enjeux variés que les stratégies se doivent de gérer font naître des néologismes curieux: branding, storytelling, transmedia, multi-supports...Pour créer une communication efficace on ne peut plus se limiter à un slogan accrocheur. La communication s’intègre au numérique, elle rivalise d’ingéniosité et d’originalité. Logiquement, elle suppose un certain nombre de défis de positionnement, et des paris de plus en plus risqués. Les stratégies de communication ne se prêtent plus au jeu des cadres traditionnels, mais on peut tenter de comprendre comment les pratiques ont évolué. Comment le numérique a-t-il changé la donne ? Comment assure-t-on la cohérence entre le défi de l’originalité et la nécessité de cohérence dans le positionnement ? Comment, finalement, les manières de communiquer ont-t-elles changé ? Parler d’une disparition de la stratégie de marque en 2013 est inexact. Au contraire, elle se diversifie et se complexifie. Ce que l’on appelle le positionnement d’une campagne, c’està-dire sa ligne directrice, se définit plus précisément qu’il y a quelques années. Chaque élément du message revêt une symbolique particulière et occupe une place primordiale. La communication autour d’un produit ou d’une marque se caractérise par un souci millimétrique du détail. Exemple. En 2013, la très célèbre boisson énergétique Red Bull lance une campagne mondiale via un spot télévisé d’une minute1. D’abord, on est frappé par les images grandioses, l’agréable bande son pondérée d’une voix off. Outre l’impressionnante direction photographique, la publicité respecte le positionnement de la marque. En mettant les sports extrêmes au centre de l’image, elle présente son statut d’égérie de ces disciplines - une image de marque ambassadrice de la performance et du spectacle sportif qu’elle entretient depuis quinze ans. L’intelligence de la production réside cependant 78 Cosmopol’

dans la façon de présenter les images: au ralenti, sur une production musicale léchée de Sufjan Stevens2. On temporise l’action, on décortique le mouvement pour l’embellir, jusqu’à faire oublier l’euphorie que serait à même de provoquer la boisson énergétique. On en fait l’outil magnifié du dépassement de soi. Après tout, « les seules limites sont celles que nous nous fixons » énonce la voix off alors que l’on aperçoit le pilote Felix Baumgartner s’élancer de sa nacelle. Le produit fini est tellement impressionnant que l’on en oublierait presque la dizaine de logos qui jalonnent la pub. « World of Red Bull » n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Les communicants de 2013 ne se contentent plus de vendre un produit. Ils se lancent avec ardeur dans la création de contenus narratifs. Pour cela, ils construisent habilement leurs stratégies et leurs histoires autour de leurs marques. Red Bull est au dépassement de soi ce que Volkswagen est à la longévité et la solidité, HSBC au développement international ou Sciences Po Aix à la pluridisciplinarité3. On nous rappelle donc que l’on ne se contente pas de consommer un produit brut, mais aussi l’objectif qu’on lui associe. Jusque-là, nous marchons sur les plates-bandes du storytelling. Comme son nom l’indique, cette technique de communication vise à raconter une histoire autour de l’identité de la marque afin de remporter l’adhésion des consommateurs. Elle est parfois implicite, comme dans le cas de Red Bull.

Dans d’autre cas, elle se manifeste sous la forme d’un véritable contenu fictif. Le géant américain Procter & Gamble s’est d’ailleurs essayé à cet exercice en racontant la véritable histoire de Monsieur Propre4. En France, la plus célèbre campagne de storytelling reste...la petite fille de Quezac, l’eau minérale. En politique également, le storytelling est une pratique de campagne qui se démocratise sous l’impulsion de la scène américaine5. Si la massification du storytelling est avérée, et qu’il est validé comme un procédé émotionnellement efficient, il n’est qu’une évolution logique. Il n’est pas surprenant de constater son succès. La vraie surprise réside davantage dans le maniement des supports. On mise sur la complémentarité des évolutions technologiques pour créer des expériences variées: c’est ce qu’on appelle le transmedia (ou crossmedia chez les anglosaxons). L’utilisation de ce procédé est codifiée en quatre stades. Ils évoluent de la simple réadaptation du contenu à différents supports à la création d’expériences narratives qui mettent à contribution les publics. Un ornement que les communicants ont volontairement emprunté au cinéma: rappelons à ce titre le jeu en réalité alternée Why So Serious ? qui avait annoncé The Dark Knight, avant-dernière adaptation de Batman sur grand écran. En alternant des contenus numériques et des actions réelles, 42 Entertainment avait créé un puzzle unique. Il avait attiré plus de 10 millions de joueurs en amont de la sortie du film6. La publicité s’essaie volontiers à ce genre d’exercice. Pas encore aux stades les plus avancés, certes, mais le pari d’impliquer les publics dans la réalisation des campagnes

se tente de plus en plus. Il est courant que les publicitaires construisent des tremplins entre supports, par exemple en affichant l’adresse d’un site web à la fin d’un spot vidéo; miser sur une véritable complémentarité entre les supports ne se fait pas encore aussi facilement. Pourtant, il devient possible par ce biais de personnaliser et d’humaniser les actions de communication tout en prenant une option sur la qualité des retours du public: on apprécie d’autant plus une campagne à laquelle on a participé. C’est ce qu’a récemment fait la plateforme de location d’appartements Airbnb, en lançant une campagne conjointe sur Twitter et l’application de création vidéo Vine. L’objet de l’opération était de mettre à contribution les utilisateurs en réalisant une vidéo collaborative mettant en scène des avions en papier dans des paysages uniques7. Ces nouvelles pratiques de communication présagent d’un développement créatif sans précédent. Les milieux professionnels ont intégré la nécessité d’une présence multi-supports et celle d’une meilleure implication des publics. On doit s’attendre à des images plus diverses, plus impressionnantes, et tendant vers l’omniprésence médiatique.

“2013 World of Red Bull Commercial”, accessible sur YouTube Redford de Sufjan Stevens, disponible sur l’album Michigan, Sounds Familyre, 2003 3 Successivement, voir “VW - Tiguan - Pinata”, “HSBC - Lemonade” sur YouTube, et le mot du directeur Christian Duval sur sciencespoaix.fr 4 “Mr. Clean - The Origin”, accessible sur YouTube 5 Pour une étude plus détaillée, lire “Quand le storytelling s’impose dans la campagne de Djamchid Assadi” sur le blog Le Cercle des Echos. 6 Voir l’article homonyme sur le blog Transmedia Lab d’Orange 7 “Hollywood & Vines: The first short film made entirely of Vines”, accessible sur YouTube 1

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tendance

Par Léo Pauchet

Les nostalgeeks

à l’assaut du vidéobusiness en ligne

Les soixante-huitards grisonnants ne sont plus les seuls à recycler à des fins mercantiles les classiques de leur lointaine jeunesse. Une génération de trentenaires lassés par leurs vingt-cinq heures hebdomadaires au MacDo mais surgavés de symboliques 90’s et débordant d’imagination se sont lancés à corps perdu dans la revalorisation de leur univers favori : celui de la pop-culture et du jeu vidéo. Au XXIe siècle, si vous avez une plume, du bagout, des idées, une caméra numérique mais pas un sou en poche, vous pouvez toujours ouvrir une chaîne youtube et tenter de vous faire connaître sur internet. Si vous parvenez à vous placer sur un secteur stratégique, plébiscité par une frange impor-tante du public grandissant des utilisateurs de web-vidéos, vous avez même de bonnes chances de faire carrière. En l’occurrence, il sera ici question de millions d’abonnés suivant passionnément l’actualité d’une poignée d’originaux et de centaines de millions de visites qui permettent à ces créatifs indépendants de vivre de leur passion. Si vous avez eu dix ou douze ans devant le Club Dorothée, à une époque où Ségolène Royal tentait de faire interdire les cartoons japonais, il y a de fortes chances que la plupart des thématiques abor-dées par ces marginaux vous soient familières. Pourtant, leur public est majoritairement constitué d’adolescents d’aujourd’hui, élevés au web 2.0 et accrocs aux réseaux sociaux sur lesquels chaque nouvelle parution vidéo est abondamment commentée. Portrait de trois de ces entrepreneurs d’un genre nouveau. Le Pape français en la matière est un certain Frédéric Molas, alias le « Joueur du Grenier » ; ses colères factices et son air débonnaire d’éternel adolescent asocial constamment vêtu d’une impro-bable chemise hawaïenne à la Carlos lui ont permis de se tailler la part du lion sur ce marché nais-sant. 80 Cosmopol’

>> L e Joueur du Grenier en pleine crise de nerfs. © 2013 - Joueur du Grenier www.joueurdugrenier.fr

Avec son ami et associé Sébastien Rassiat, il publie chaque mois - et sans aucun soutien financier - une longue vidéo thématique au cours de laquelle il se met lui-même en scène au milieu de son salon, environné de centaines de mangas et autres japoniaiseries, pour disséquer sur un mode humo-ristique et jusqu’à la fureur les jeux électroniques et les séries animées les plus lamentables de son enfance. Le parti pris outrancièrement geek, amateur et décalé qui caractérise chaque nouvelle pro-duction de ce duo est on ne peut plus assumé : répliques autoréférencées obscures au profane, bla-gues potaches niveau écoliers des années Mitterrand et scénarii aussi bancals qu’absurdes consti-tuent l’ordinaire de cette étonnante réussite. Le concept, puéril sur le fond comme sur la forme - c’est l’idée ! -, rencontre un succès phénoménal auprès d’un public qui n’était même pas né à l’époque de la

diffusion des produits dont il est question, tandis que les moins jeunes font mine d’être consternés pour mieux verser, par devers eux, une petite larme au profit du souvenir. Car si l’idée n’avait pas été exploitée jusqu’ici, elle n’en est pas moins ancienne : rempaqueter de vieux machins oubliés après en avoir lustré les cuivres pour mieux les refiler à un public friand d’antiquités, voilà qui s’est déjà vu. C’est le web qui change la donne. La politique d’échange illimité entre utilisateurs volontaires par-tout dans le monde a fait émerger, à même la toile, une véritable culture de la retape. Les vieux jeux, les vieux films et les vieux dessins animés s’y téléchargent en toute illégalité pour le plus grand plaisir d’une jeunesse tout à fait prête à réviser ses classiques à condition qu’on les lui présen-te de manière attractive. La quasi-gratuité globale, du moins du point de vue de l’utilisateur moyen, renforce ce sentiment de liberté illimitée susceptible d’encourager les vocations artistiques comme de fidéliser un public prêt à s’amuser devant ces mini-métrages dialogués. La chronique hebdomadaire est la spécialité d’un autre duo constitué de Baptiste Penel et Dorian Chandelier, alias Usul et Dorian, deux parisiens ayant quitté la capitale pour s’installer avec une caméra et trois micros dans une bourgade bretonne. Vidéastes amateurs rapidement repérés et enga-gés par le plus important site web français spécialisé dans le jeu vidéo, leur business-model a tout d’un

>> Le 36 15 Usul : philosopher c’est apprendre à jouer. © 2013 - 36 15 Usul - www.nesblog.com

idéal dans son genre : les chroniques sont écrites, tournées, montées et numérisées à domicile avant d’être envoyées à la rédaction du site qui s’occupe de leur publication. Le propos se fait ici plus intellectuel, héritage d’années passées à cirer les bancs des Beaux-Arts et de la Sorbonne : la pipe à la main et le cheveu rimbaldien, on disserte sentencieusement au milieu d’un décor dépouillé au sujet de l’histoire du jeu électronique, de l’impact des financiers sur le tra-vail des artistes ou de l’aliénation en milieu capitaliste sous le patronage ironique d’un portrait de Jacques Attali ou de Laurent Joffrin. On cite plaisamment Baudrillard et Genet, on s’amuse bour-geoisement des goûts si primesautiers des masses adolescentes et l’on égratigne volontiers les su-perproductions du moment pour mieux encenser des projets semi-confidentiels nés de talents indé-pendants. Dandysme, bons mots et poésie font depuis 2011 le succès de ce « 36 15 Usul » destiné à un public de jeunes adultes imprégnés par la culture du jeu vidéo et soucieux de voir ce dernier reconnu comme un média à part entière, véritable fondation culturelle d’une

>> K arim Debbache, un critique survolté. © 2013 - Crossed - www.nesblog.com

génération digitalisée, signe que cette activité jadis réservée à un microcosme souvent moqué croit en prestige comme en reconnais-sance. Parfois un brin réactionnaire, ce tandem d’auteurs de talent tend à peindre un tableau dyna-mique de la condition de joueur moderne dans une époque où les écrans suivent leurs utilisateurs absolument partout. Dernier avatar de ce mouvement spontané d’entrepreneuriat web, le chroniqueur cinéma Karim Debbache. Un montage dynamique et un franc-parler radical ont favorisé l’explosion du nombre de fans qui suivent ce sympathique punk à l’encyclopédique culture cinéphilique. Son combat ? La critique de films en rapport avec l’univers vidéoludique, sousgenre encombré d’un nombre impressionnant de navets assez légitimement négligés par la profession. Le concept, détonant et volontairement ciblé sur un jeune public amateur d’humour trash et de soi-rées alcoolisées passées entre potes devant de mauvais films, a immédiatement fait recette. C’est au pas de charge que l’histoire du jeu-vidéo à travers le média cinématographique est passée au crible ; le chroniqueur ouvre le feu tous azimuts et l’industrie du cinéma en prend pour son grade, accusée de pri-

vilégier un emploi abêtissant des thématiques de geeks au détriment de la qualité des produc-tions. Ici, le jeu n’est plus qu’une toile de fond, plus qu’un environnement s’inscrivant dans une perspective culturelle plus vaste qu’il s’agit d’analyser d’un œil critique à la manière d’un Technikart, alliant jugements esthétiques et diagnostics techniques. Le support web se fait le soutien d’un propos à la limite du subversif, autonome, sans concession et totalement mis au service du consommateur-internaute. La culture de la gratuité, liée au principe de création de cette information originale qui émane directement d’un passionné travaillant davantage pour le plaisir que pour l’argent, séduit, rassure et convainc. Les frontières poreuses entre cinéma, jeuvidéo et bande dessinée sont fran-chies allègrement et en tous sens, multipliant clins d’œil, private jokes et renvois d’ascenseurs entre stars montantes du video-business. Ainsi la plate-forme web ouvre-t-elle de nouvelles perspectives de création à la confluence entre culture classique, culture populaire, culture digitale et nouvelles technologies. Reste à savoir si le public continuera à se prendre d’affection pour ces pionniers de la gaudriole virtuelle. Cosmopol’ 81


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Revue littéraire

Par Cyril Farret

Livres de com Parce que dans la com on a des idées, voici quatre livres pour approfondir ce que nous avons voulu présenter dans le cahier Point com. Nous vous proposons ainsi deux essais, un roman et un ouvrage illustré. Nous espérons vous donner l’envie de laisser un instant vos tablettes et vos portables le temps de retrouver le plaisir de lire.

Vladimir Volkoff

Le Montage

Julliard/L’Age d’Homme

Denis Pingaud

L’Homme sans com’ Seuil

On a reproché sévèrement à Sarkozy sa communication hyperactive. On admire béatement la communication hyper professionnelle d’Obama. On ne savait trop comment définir la stratégie de communication du président Hollande. Et bien c’est qu’il n’en a pas ! On doit à Denis Pingaud, professeur à Sciences-Po Paris et président de l’agence de conseil en stratégie d’opinion Balises, de nous l’expliquer dans un roboratif essai. Sans manichéisme et en reconnaissant la complexité de la situation politique française, l’auteur nous rappelle les différentes fautes d’appréciation et le manque de professionnalisme et de stratégie de l’Elysée au cours des premiers mois de « présidence normale ». Denis Pingaud note la volonté du Président de rendre ses lettres de noblesse à l’action

politique, faite de discrétion et de gravité pour s’opposer à la tyrannie de la mise en scène. Mais dans une situation de crise (et même de crises), le recours au travail cohérent des communicants est primordial. On perçoit à travers les multiples exemples toujours très bien référencés et remarquablement informés de l’auteur combien François Hollande est encore sous l’emprise de celui qui l’a initié à la politique : François Mitterrand, que l’on surnommait en son temps… le Sphinx. La conclusion cependant est inquiétante : En quittant le seul registre du spectacle pour réhabiliter celui de la politique, François Hollande s’est inscrit dans un pari démocratique. Mais à trop ignorer les ressorts qui emportent la conviction, au deuxième quart de son quinquennat, l’homme sans com’ encourt de le perdre.

Frank Rose

Buzz

Sonatine On pourrait croire que tout a déjà été dit et écrit sur la révolution du Net. Journaliste pour Vanity Fair, Rolling Stone ou encore le New York Times, Frank Rose a mûrement réfléchi à cette question dans des livres et des articles consacrés à la révolution culturelle en cours. Mais ce premier livre en français vient pourtant à point nommé pour aborder les tendances nouvelles qui feront que, demain, il ne sera plus possible de renouer avec les récits linéaires traditionnels. Car la superposition et la confrontation des jeux, du storytelling, des réseaux sociaux, des vidéos instantanées n’est pas qu’une diversité d’offres mais bien une manière multiple et interactive de concevoir la création des contenus. Et les perspectives que propose Rose donnent un peu le vertige. 82 Cosmopol’

Ses conclusions ne vont pas sans poser quelques questions sur ce virtuel immersif et ces « mondeshistoire » dans lesquels nous pourrions sombrer sans plus pouvoir reprendre pied dans le réel. Réel que Rose (comme par un renoncement préventif) semble considérer comme évasif. On nous permettra pourtant d’affirmer avec Simone Weil (19091943) que les critères du réel sont la dureté et la rugosité.

Parce que c’est bientôt Noël et pour changer un peu des essais théoriques, voici un roman à glisser devant la cheminée au retour de la messe de minuit. Ce livre du regretté Vladimir Volkoff (1932-2005) n’a pas pris une ride. Publié initialement

en 1982, il reçut fort justement le grand prix de l’Académie française. Dans ce roman d’espionnage captivant, l’auteur nous révèle les techniques redoutables de désinformation orchestrées par le département A du KGB. Il nous plonge dans la manipulation des milieux littéraires parisiens en pleine guerre froide et démontre magistralement avec Sun Tsu que l’art de la guerre c’est de soumettre l’ennemi sans combat. Désinformation. Le mot est aujourd’hui tout à fait classique. C’est pourtant dans ce roman que ce concept de barbouses est popularisé et vulgarisé. Qu’est ce donc que la désinformation ? L’auteur s’en est expliqué dans un autre ouvrage : elle est une manipulation de l’opinion publique, à

des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés. Et quels sont donc ces moyens ? Volkoff en dénombre dix qu’il met en scène dans une opération de grand style : la contre-vérité non vérifiable, le mélange vrai-faux, la déformation du vrai, la modification du contexte, les vérités partielles, le commentaire appuyé, l’illustration, la généralisation, les parts inégales et, enfin, les parts égales. Vous saisissez l’intérêt ? Ce livre est incontournable pour qui prétend se frotter à la communication de crise, à la communication politique ou au journalisme. Déniaisement garanti !

Didier Daeninckx 1914-1918,

la pub est déclarée ! Hoëbeke

La commémoration du centenaire de la Grande guerre a débuté, cela ne vous aura pas échappé même si vous n’étiez pas autour de l’Arc de triomphe le 11 novembre dernier. On connait bien de cette guerre totale les aspects humains, économiques, technologiques, militaires et diplomatiques. Mais comment n’aurait-elle pas également touché les bretelles, le savon et les presse-purées ? Ce livre richement illustré nous décrit les influences de la guerre dans la réclame à destination des poilus et de l’arrière (« Pourvu qu’ils tiennent ! » plaisantaiton dans les tranchées). Il s’articule autour des réflexions d’une dactylo sortie de l’immagination de l’auteur et qui travaille au sein de l’agence Siècle publicité. Cet album est une remarquable illustration de ce que l’imagination des créatifs a toujours dû à l’actualité et aux modes, même bleue horizon.

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Cosmopol’

hit

Le

t s

Annonceur : Evian - Agence : BETC

Nouvelle campag ne Mc Donald’s sans logo

Le rouge à lèvre

+

Campag ne 50e anniversaire de la Porsche 911 Agence : Fred & Farid

Elle montre un à un les 7 modèles de Porsche 911 qui ont été créées depuis 50 ans. Après avoir « défilé » les unes après les autres, les Porsche s’alignent pour représenter un piano. Elles finissent par jouer l’air de la chanson « Happy Birthday » par la simple harmonie de leurs différents bruits de moteur. Une campagne très originale et parfaitement exécutée, qui permet à Porsche de revenir sur plusieurs années d’existence et de prestige. Et à Fred et Farid de témoigner une fois de plus de leur capacité créative.

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Revenons sur ce qui s’est fait de mieux et de pire tout au long de cette année, avec les 5 tops et les 5 flops de 2013.

Une campagne qui se décline en télévision, avec 3 spots différents :

Evian a choisi de reprendre les bébés dans sa nouvelle campagne mondiale. Ils symbolisent selon la marque : jeunesse et pureté. L’histoire racontée par Evian et l’agence BETC dans ces prints est très simple à comprendre : des individus se regardant dans un miroir sont surpris de se voir dans le reflet en bébé. Le film met en scène des gens dans la rue qui se mettent à danser, de tous âges et de toutes les origines sociales. Il touche à des choses sensibles, sur un mode réconciliateur.

Par Joy Dassiou, Justine Gabriel, Alice Galline

de la publicité en 2013

Annonceur : TBWA

Campag ne « Baby and me »

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les flops

&+

L’année 2013 fut un cru publicitaire plein de créativité et de surprises. Parce que certaines campagnes resteront dans les mémoires, comme des exemples de réussites, alors que d’autres mériteraient d’être oubliées.

+

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s op

Le dentiste

-

Mc Donald’s s’offre « le luxe » de n’apposer ni logo ni signature sur sa dernière campagne publicitaire. La marque se contente de présenter en gros plans les produits les plus traditionnels de la marque : le hamburger, le Big Mac, les frites, le sundae etc. Des produits tellement populaires qu’ils font office de signature. Ainsi McDonald’s réaffirme son leadership sur le marché de la restauration rapide tout en soignant l’appétence de ses produits.

Le yoga

Campag ne « 50 ans Carrefour »

Annonceur : Carrefour – Agence : Publicis Dialog K

Pour célébrer ses 50 ans, Carrefour lance une nouvelle campagne aux airs de comédie musicale. Déclinée en plusieurs spots TV, des salariés de l’enseigne sont représentés, dansant dans les rayons et chantant les louanges des prix toujours plus bas (bah bah bah !). Un air niais, des chorégraphies ridicules...Un vrai flop !

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HIT

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Une campag ne interdit aux mineurs, pour les 18 ans d’un guide Québecois

Une campagne dépourvue de toute qualité artistique qui n’a rien trouvé de mieux que d’utiliser la date anniversaire Annonceur : Le Guide restos Voir de son client pour mettre en Agence : Publicis Montréal vedette de la nourriture qui suggère des parties intimes du corps humain. La vulgarité et le non-sens de cet représente ce qui s’est depuis longtemps fait de pire dans axe (non-)créatif se justifient selon Nicolas Massay, le domaine du marketing. Il est d’autant plus étonnant directeur artistique de la campagne comme étant du de découvrir que derrière cette ignominie voulant se second degré visant à faire saliver les lecteurs de manière faire passer pour une campagne de publicité, se cache « humoristique ». une filière de la (désormais moins ?) respectable agence Pourtant le 36e dessous ne parviendrait Publicis. probablement pas assez à qualifier cet exemple qui

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Campagne « Volkswagen Tiguan, Pinata » Annonceur : Volkswagen Agence : Deutch (Los Angeles)

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Le clip de la sécurité routière « si t’as pas de Sam, t’as le seum » Agence : Publicis consultants

Dans cette scène à l’humour très VW, un enfant fête son anniversaire et s’adonne donc à la traditionnelle piñata remplie de bonbons qu’il faut casser. Une piñata siglée VW que l’enfant n’arrive pas à casser! En fin de spot, son père s’y essaie également mais en vain. Une piñata « conçue comme une Volkswagen », ça ne se détruit pas facilement! Le plus de ce spot, c’est le génie de VW qui parvient à promouvoir une voiture (le Tiguan) sans la montrer.

Pour la première fois, la Sécurité routière met en ligne un clip jouant avec le langage et les pratiques festives des jeunes. Le clip se déroule lors d’une soirée de type projet X où l’on voit des jeunes boire et faire la fête sans se soucier des conséquences, puisqu’ils ont un Sam pour rentrer. Taxé de grossier, de caricatural et d’irresponsable, le clip a immédiatement déclenché la polémique sur la Toile. Une image de la jeunesse peu glorieuse, caricaturale et surtout totalement erronée.

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Nouvelle campagne galette Mousline : quand c’est rapé, c’est raté.

Pour promouvoir son nouveau produit, (les galettes de pomme de terre) la marque Mousline n’a pas trouvé de meilleure idée que de réaliser une publicité « rap », mettant en scène une parfaite famille française. Une initiative rendue ridicule non seulement par une mauvaise caricature du style hip hop mais qui s’enfonce encore plus loin en utilisant

malencontreusement une expression bien connue des consommateurs de crack. Dans leur jargon, les « galettes » désignent les gros cailloux de crack qui contiennent plusieurs doses. Une volonté de moderniser l’image de la traditionnelle marque de purée qui tombe complètement à l’eau.

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Campag ne Subway « hastag » Deux amis assis dans leur fast-food préféré, s’apprêtant à déguster le sandwich du moment. Pendant que l’un se délecte, l’autre est tellement occupé à « tweeter » à propos du sandwich qu’il ne s’aperçoit que trop tard que son ami, exaspéré, a déjà eu le temps de finir son sandwich et d’entamer le sien. Une publicité dans l’air du temps qui adresse un clin d’oeil narquois à tous les gens qui passent plus de temps à commenter leur vie sur les réseaux sociaux qu’à la vivre vraiment.

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Pub CloudWatt Teddy Riner Agence : Pitch

La marque Cloudwatt, nouvel acteur du cloud computing européen a décidé d’utiliser l’image du quintuple champion du monde de Judo et médaillé Olympique à Londres : Teddy Rinner. Si la volonté de départ était d’assimiler la stature du champion au stockage des données et sa capacité d’ajustement permanent, au calcul. Le manque de créativité du spot, aussi bien dans la mise en scène que dans le discours, dévalorise complètement les deux messages et donne une image complètement « low cost » de cette campagne. Cosmopol’ 87


Cosmopol’

opinion

Par Cyril Farret

COM’

métropoles

IN THE CITY Les étudiants du Master 2 en communication, avaient www.pLanete-infos.fr pour mission d’analyser et de comparer les politiques de communication de quatre grandes villes du sud-est. Ils on livré à Cosmopol, leurs premières impressions de leurs rencontres avec les “Dircom” de Lyon, Marseille, Nice et Montpellier. Vous retrouverez l’ensemble de leur travail sur le site Planète Info. À CONSOMMER SANS MODERATION.

Le site d’informations de

Le droit d’informer ne s’use que si L’on ne s’en sert pas. Les étudiants en journaLisme et en communication de sciences po aix conscients que cette “ressource inépuisabLe” était aussi pour eux L’occasion d’afficher Leur savoir-faire se sont engagés à investir une “agora” virtueLLe singuLière “pLanète-infos”. eLLe sera Le Lieu de Leurs investigations, Leurs coups de coeur ou de gueuLe, Leurs travaux vaLidés par des enseignants professionneLs de L’information ou de La communication. Les enseignants, journaListes ou communicants, auront un oeiL (bienveiLLant mais critique) sur pLanète-infos à travers un bLog: «bien vu, bien Lu”. Le site pubLiera Les offres de stage et d’empLoi. bonne mer sur cet océan sans Limite et consommez sans modération.

>> Ci-dessus : Image extraite de la pub SMEREP censurée en septembre 2013. © Lowe Stratéus >> A gauche : Slogan sur les murs de Paris en mai 68. © Lycée Carnot TPE-1L3

La censure

revient ! Il va devenir difficile, amis communicants, de faire votre travail ! Le totalitarisme juridique que redoutait le constitutionnaliste Guy Carcassonne semble bien arriver à son point de strangulation. On se prend à regretter le slogan de mai 68, Il est interdit d’interdire ! Ironie de l’histoire, ce sont les lanceurs de pavés et leurs enfants qui ont mis en place cet arsenal répressif de la création et de l’expression. Loi Pleven de 1972, puis loi Gayssot, loi Taubira, loi Perben… CSA, ARPP, Défenseur des droits… Quelle collection de censeurs ! L’intention est louable à n’en pas douter car il s’agit toujours de défendre la veuve et l’orphelin, en l’occurrence selon l’article 225-1 du code pénal à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs moeurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à 88 Cosmopol’

une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. Ouf ! Mais quand bons sentiments et arrière-pensées politiques se mélangent, le résultat tombe vite dans l’arbitraire et de l’arbitraire dans le ridicule moralisateur. La SMEREP, entre autres exemples récents, en a fait l’amère expérience. Cette mutuelle étudiante qui a le mauvais goût d’être réputée de droite s’est vue épinglée par les Chiennes de garde et le ministère des droits des femmes pour une publicité jugée sexiste. A tout bien réfléchir qu’est ce qui est le plus regrettable dans cette affaire de la SMEREP ? La publicité caricaturale et fort peu imaginative ? L’oukase de l’autorité de régulation de la publicité ? Ou encore l’instrumentalisation politique qui la sous-tend (comment ne pas percevoir un clin d’œil à l’affaire de la MNEF des années 1990…) ? Ce totalitarisme des bons sentiments n’est peut-être que le faux nez des pires tambouilles politiciennes. A bien réfléchir à la question il semble raisonnable d’avancer que la loi de 1881 sur la liberté de la presse suffisait à encadrer les diverses métiers de l’information. Car dès l’origine du texte, étaient susceptibles de poursuite la provocation au crime, la diffamation et l’injure. Amis créatifs, bon courage dans vos agences de com’ ! Et surtout vérifiez bien votre police d’assistance juridique ! (Ces lignes, qui se veulent un billet d’humeur, n’engagent naturellement que leur auteur.)

Nice, la belle se renouvelle Lorsque nous arrivons à Nice jeudi 14 novembre en fin de matinée, c’est un appréciable temps de printemps qui nous accueille sur la Côte d’Azur. L’architecture italienne du Vieux Nice est radieuse, nous conférant d’emblée un a priori positif sur la cité azuréenne. Toutefois, le faste que l’on perçoit est surtout dû à la beauté de la promenade du Paillon, que la Mairie de Nice vient d’inaugurer en grandes pompes au milieu de l’automne. De grandes affiches vantant les mérites de la promenade sont affichées ça et là dans la ville. On sent que le service communication de la Mairie de Nice s’est activé pour promouvoir l’événement. Cela tombe bien, car nous sommes là pour rencontrer les communicants de la ville de Nice. Le jeune directeur de cabinet, qui délivre les grandes orientations municipales pour la communication et l’évènementiel, nous parle des enjeux de la Ville de Nice. Il paraît particulièrement

passionné par l’industrialisation écologique de la métropole niçoise et par le besoin d’attirer de nouvelles entreprises dans son bassin économique. Rapidement appelé par le maire, Anthony Borré nous renvoie vers son adjointe à la communication. Très aimable malgré sa charge de travail écrasante, elle prend le temps de nous détailler le fonctionnement de la communication niçoise. A en croire sa description, les moyens investis dans la communication de Nice sont forts. Cependant, notre interlocutrice souligne un problème majeur : depuis le mois de septembre et jusqu’aux élections de mars 2014, toutes les mairies de France ont interdiction légale de communiquer sur de nouveaux projets, neutralité oblige. D’où un immobilisme subi et exaspérant pour les communicants. Par Guillaume Compain & Maryline Ottmann

Marseille, La Méditérannéenne Trois étudiants du master communication institutionnelle (Elodie Legay, Jochen Geck et Marc Burger), sont allés interroger Olivier Gineste, directeur de la communication de la ville de Marseille. L’objectif de cet entretien était d’interroger le communicant sur les différents aspects qu’il devait traiter (économie, sport, culture, tourisme), quels étaient les enjeux et les difficultés rencontrées, les moyens mis en oeuvre pour rendre la cité phocéenne attrayante. «L’accueil du directeur de la communication de Marseille fut extrêmement chaleureux. M. Olivier Gineste nous a fait le récit de moments clés de l’histoire de la cité phocéenne, qui expliquent son positionnement actuel. Un point essentiel pour comprendre la ville: le retard qu’elle a pris depuis les années 60.

En effet, Marseille paye aujourd’hui le prix d’une décision politique, à savoir le refus du maire de l’époque Gaston Defferre de rejoindre la communauté urbaine lors de la promulgation des lois Guichard. Néanmoins, notre hôte paraît optimiste quant au potentiel de la ville. Marseille, ville carrefour et miroir de la diversité française, doit mettre en avant sa jeunesse talentueuse et son attractivité. Pour ce faire, elle doit miser sur les grandes manifestations culturelles et s’inspirer de grandes villes européennes, telles Barcelone ou Hambourg.» La synthèse de cette interview est sur planeteinfos.

à consommer sans modération.

Lyon Monsieur Marin, directeur de la communication de la Ville de Lyon, nous a fait l’honneur de nous accueillir au sein du magnifique hôtel de ville lyonnais afin de répondre aux multiples questions que nous nous posions. C’est ainsi que nous avons pu nous renseigner sur des sujets aussi divers que la culture, le tourisme, l’économie, le sport, l’urbanisme du point de vue d’un communicant. Une seule journée passée sur les belles places de Lyon a pu nous convaincre du pari réussi par les communicants de la ville. Elle semble résolument moderne tout en ayant su préserver son authenticité. Ce qui nous a le plus marqué reste le nouveau quartier Confluence. Quartier ultra-moderne, écologique et luxueux qui se veut être le « nouveau centre-ville » de Lyon. Cet espace à la fois culturel et commercial est éblouissant tout en restant accessible à l’ensemble de la population lyonnaise.

Par Yann Sparfel

Montpellier Monsieur Benoît Sabathier, directeur de la communication de Montpellier, nous reçoit dans son bureau situé au dernier étage de l’Hôtel de Ville. Il est entre deux rendez-vous et ne peut nous accorder qu’une trentaine de minutes. L’entretien durera plus d’une heure et demi. La démonstration est claire, érudite et distanciée. Soucieux d’être compris, l’homme prend grand soin de détailler son propos, de décomposer longuement sa pensée chaque fois que cela nous est nécessaire. Il n’hésite pas à développer, à tisser nombre de nouvelles perspectives autour de notre conversation dès l’instant où nos questions s’épuisent. Il tient à nous faire entrevoir les nombreuses facettes de son métier ; communiquer au service de la ville ne se résume pas à trouver des slogans ou à publier des affiches. Il s’agit d’assurer la transmission d’une véritable philosophie de la cité, à travers des messages largement polysémiques : le politique, l’économique, le social, le culturel, l’identitaire et toutes les autres déclinaisons du vaste spectre expérimental de la sociabilité humaine doivent être sans cesse créées, recréées, portées et défendues. Une entrevue de grande qualité.

Par Marc Burger Par Léo Pauchet Cosmopol’ 89


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Clin d’œil

La campag ne

concurrente

Le magazine Cosmopol a mis en concurrence deux “agences de communication” pour le lancement de son nouveau numéro. Si la campagne “Kaléidoscope” a remporté la compétition, le match était serré. Cette seconde campagne, moins institutionnelle et plus publicitaire, était davantage axée sur le thème du magazine : le match entre Toulouse et Marseille.

FOOTBALL OU RUGBY ?

CASSOULET OU BOUILLABAISSE ?

TOUTES LES REPONSES DANS

COSMOPOL Le magasine d’actualité des étudiants de Sciences Po

Trois visuels reflétant les dimensions sportives, patrimoniales et économiques des deux villes en constituaient le concept. Toujours au second degré, nous avions choisi d`opposer certains stéréotypes de Toulouse et de Marseille.

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COSMOPOL

AIRBUS CMA CGM ?

OU

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COSMOPOL Le magasine d’actualité des étudiants de Sciences Po

Le magasine d’actualité des étudiants de Sciences Po

DATE

04/12/13 90 Cosmopol’

Lieu

SCIENCES PO AIX

HEURE

18H

Soirée de lancement

DATE

04/12/13

Lieu

SCIENCES PO AIX

HEURE

18H

Soirée de lancement

DATE

04/12/13

Lieu

SCIENCES PO AIX

HEURE

18H

Soirée de lancement Cosmopol’ 91


Conception-réalisation : Direction de l’Information de la Région. Photo : Gettyimages.

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