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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

LE SCILOPHONE N° 85

Bureau de dépôt : 1050 Bruxelles, 5 Agrément : P006706

OCTOBRE / NOVEMBRE / DÉCEMBRE 2019

Inégalités sociales, dérèglement climatique, épuisement des ressources :

© Geoffroy Dussart

COMMENT SORTIR DE LA MODERNITÉ ?

PARTENARIAT SUD Rencontre avec Ryan Aditya (Indonésie) TÉMOIGNAGES

OPINION

Contempler, respirer, s’adapter, recycler, cultiver : les récits des volontaires partis à Zanzibar, Oujda, Langeweg, Rixensart et Anderlecht

Pourquoi être vegan ?

MOBILISATIONS Rejoignez-nous

ENJEUX INTERNATIONAUX Lutter contre le volontourisme Quelle réponse face à l’urgence climatique ?

Une autre façon de lire le monde


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Enjeux internationaux

Le volontourisme ou la marchandisation du volontariat

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Récits de nos volontaires…

Enjeux internationaux

Sommes-nous prêt·e·s à renoncer 10 à l'abondance soutenable ? Malgré des risques climatiques différenciés, il faut une réponse commune généralisée

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Témoignages T ANZANIE /

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Pas loin du paradis sur terre



PAYS-BAS / Emmaüs Langeweg

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 BELGIQUE / Mains sales

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et tranquillité d’esprit

Opinion



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MAROC / Au cœur du parc écologique d’Oujda

Vegan : pour les animaux, pour la planète et pour l’humanité !

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Partenariat Sud

INDONÉSIE / La priorité de IIWC : sensibiliser à l’environnement via le volontariat international

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Contempler, respirer, s’adapter, recycler, cultiver 

Le SCI en action

Lectures du SCI

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Rejoignez-nous !

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BELGIQUE / L’équipe du SCI, un projet en Belgique et un groupe WhatsApp

Le SCI - Projets internationaux asbl est reconnu comme : • ONG d’éducation au développement par la Direction générale de la coopération au développement (DGD) • Organisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles

SCI-PROJETS INTERNATIONAUX Bruxelles : Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles T 02 / 649.07.38 Liège : Rue du Beau-Mur, 50 • 4030 Liège T 04 / 223.39.80 ABONNEZ-VOUS AU SCILOPHONE ! Devenez membre SCI pour 15 €/an et recevez votre trimestriel : Compte Triodos BE09 5230 8029 4857 Communication : cotisation annuelle

WWW.SCIBELGIUM.BE

Ils·elles ont participé à ce numéro ! Le SCIlophone, trimestriel du SCI-Projets internationaux, est avant tout le magazine des volontaires du SCI !

Marie Brasseur, Violette Carpin, Nancy Darding, Damaris Deba, Cherita Degbehe, Valérie Gillès, Sabina Jaworek, Iphigenia Kamarotou, Marie Marlaire, Annick Niedner, Luc Rozen, Emmanuel Toussaint

Vous désirez partager une réflexion concernant le développement, les relations internationales, l'interculturalité ou encore témoigner de votre expérience sur un de nos projets ? Nos colonnes vous sont ouvertes ! Faites-nous parvenir vos propositions de thèmes et vos articles via : manu@scibelgium.be

Coordination de publication : Emmanuel Toussaint / Mise en page : Cindy Marchal / Comité de rédaction : Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Emmanuel Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek / Illustrations originales : Geoffroy Dussart, Jean-François Vallée / Photos sans © : SCI-Projets Internationaux / Relecture orthographique : Aline Nonet


ÉDITO

04 © Barbie Savior - VOLONTOURISME

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© Sabina Jaworek - PARTENAIRE SCI IIWC / INDONÉSIE

Pablo Servigne - COLLAPSOLOGIE

© Vert d'Iris / BELGIQUE

Des murs et des lignes droites En ce milieu d’automne, on ne croise pas, dans l’atmosphère, que des feuilles en fin de parcours qui hésitent entre branches et sol. Tombent aussi les habituelles ou plus exceptionnelles commémorations. On fête nos morts, bien sûr, début novembre, pensées émues pour ceux qui nous ont quittés à jamais. Le 11 du mois, on se souvient de la fin de la première guerre mondiale : défilés, discours et pages noircies d’encre se répètent, à l’identique chaque année. On se rappelle qu’on s’était dit : « plus jamais ça ». Ces mots sonnent bien creux et ironiques, n’est-ce pas ? En cette année 2019, petite cerise sur le gâteau bien crémeux de la saison des souvenirs : la chute du mur de Berlin. « Le mur de la honte ». On diffuse en boucle les images de ces gens ébahis et ravis de pouvoir franchir, sans péril de leur vie, cette barrière, effectivement immonde, érigée pour séparer des familles, des amis, un peuple, sous le prétexte d’idéologies lumineuses. Jamais les idéologies ne devraient séparer et briser les liens humains entre les gens. C’est pourtant si souvent le cas. Ces images de briques démontées avec joie et soulagement par des foules hilares sont certes réjouissantes. Un mur de séparation abattu, c’est un peu d’humanité récupérée. Mais, 30 ans plus tard, combien de murs encore debout ou nouvellement érigés ? Les vrais, en dur, en Irlande, au Mexique, en Hongrie, le grand mur d’eau salée entre l’Afrique et l’Europe (celui-là, il existe depuis toujours, mais il devait servir à réunir, pas à séparer) … On ne va pas en faire la liste, l’édito dépasserait le nombre de caractères requis. Et puis surtout les murs symboliques, encore plus solides et infranchissables, ceux qui sont dans la tête et le cœur des gens, des peuples, des idéologies. Il y a le mur vers lequel l’humanité semble se précipiter et sur lequel il va, craignent des scientifiques de plus en plus nombreux, finir par se fracasser. Celui érigé par un système économique et social qui conduit à l’épuisement de la planète.

Et puis tant d’autres : c’est de l’entièreté de ce Scilophone dont on aurait besoin pour en énumérer seulement une partie. Celui entre les riches « qui accaparent tous les biens » et les pauvres « qui profitent du système de protection sociale ». Entre les peuples qui souffrent chez nous et les « étrangers qui veulent profiter de notre bien-être ». Celui entre les races : oui, celui-là, il refait dangereusement surface, à droite comme à gauche – inutile d’évoquer les succès croissants des partis d’extrême droite assez clairs sur la question. Mais, les concepts de « racisation » ou de « la culpabilité de la race blanche » ont leur succès croissant dans les milieux progressistes. Loin de moi l’idée de contester que les discriminations de toutes sortes sont toujours bien présentes parmi nous ; elles auraient même tendance à augmenter, je ne dis rien d’autre en parlant de ces murs. Ni de contester la brutalité qu’une civilisation, la civilisation occidentale en l’occurrence, a mis à nier et détruire d’autres civilisations et continue, pathétiquement, à imposer son système dévastateur. Mais je doute fortement que les lignes droites, les raccourcis, les bipolarisations soient les chemins les plus sûrs, même s’ils semblent confortables, pour contourner ou abattre les murs. Pourtant, ce monde ressemble de plus en plus à un territoire couvert de murs et de lignes droites. Où sont donc ces petits chemins de campagne, tortueux mais permettant la rencontre et la confrontation d’idées ? Ils existent encore, c’est sûr. A la veille de fêter son 100ème anniversaire, le SCI, plus que jamais, doit se rappeler l’urgence de jeter des ponts ; en évitant soigneusement les attirants mais dangereux raccourcis.

Pascal Duterme

Coordinateur du SCI-Projets Internationaux

A propos de chemin, souhaitons bonne route, droite ou sinueuse, à elles de choisir, à Iphigenia et Nancy, qui viennent de quitter le SCI pour d’autres destinations.


ENJEUX INTERNATIONAUX

LE VOLONTOURISME

ou la marchandisation du volontariat En avril 2019, le SCI-Projets Internationaux donnait une conférence intéressante et interpellante sur le volontourisme, contraction entre « volontariat » et « tourisme ». Présente lors de la conférence, Nurten Aka, permanente à la COJ  1 a voulu creuser le sujet.

Le volontariat est devenu un business, dites-vous… Le développement du volontariat comme un business est apparu dès le début des années ’90, une époque charnière. C’est la fin du communisme et l’apparition du néolibéralisme capitaliste comme modèle économique qui prétend assurer la croissance et le développement partout dans le monde. En 1995, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) voit le jour et promeut la libéralisation des services. En parallèle, au début des années ‘90 apparaît un discours qui met en avant la richesse de la rencontre interculturelle. En Europe, c’est le développement des programmes d’échanges internationaux. On assiste aussi au développement des moyens de communication. Les trajets en avion sont devenus de plus en plus abordables. Et enfin, internet a encouragé les connexions avec l’étranger. Alors que le tourisme de masse existe déjà, de nombreux jeunes rêvent de nouvelles aventures, de sortir des sentiers battus et de se construire une identité propre par le vécu d’une expérience unique. Tous ces ingrédients ont permis l’émergence d’agences qui vendent des vacances insolites, des agences qui récupèrent les nouveaux idéaux (interculturalité, liberté, authenticité, sens de la vie) et organisent des produits pour y répondre… avec les félicitations de l’OMC et du FMI (Fonds Monétaire International) qui voient dans le développement du tourisme une des recettes miracles de la lutte contre la pauvreté.

Le volontourisme joint l’utile à l’agréable. Qu’est-ce qui dérange ? C’est une corruption, une perversion du volontariat. Ce qui est central dans le volontariat, c’est d’une part la gratuité et d’autre part le désir de construire une société plus juste, plus solidaire, plus équitable. Le volontourisme, c’est d’abord un business. Il suffit de voir à quel prix se vendent les projets.

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Confédération des Organisations de Jeunesse

Cela peut facilement atteindre plus de 2000 euros là où le volontariat propose des projets internationaux à 200 euros de participation. Comment peut-on à la fois promouvoir le volontariat et le vendre à prix d’or ? Les agences de volontourisme vont surmonter ce paradoxe en vendant des expériences, en donnant une valeur marchande aux idéaux et désirs des jeunes occidentaux en quête de sens, en vendant des “parenthèses utiles”.

Les projets sont des produits ? Comme dans l’offre touristique : des « packages » autour de la notion de plaisir de celle ou celui qui réalise le projet. C’est profondément individualiste. La notion de relation est secondaire. Les images qui accompagnent ces offres sont souvent des photos de qualité professionnelle qui présentent davantage le côté magnifié des choses - qui peut tromper sur la réalité de projet : une traversée de nomades à dos de dromadaire pour les « projets sociaux au Maroc » ou une personne sous l’eau avec des coraux ou avec dauphins pour les projets de « protection de la vie marine ». Ceci peut aussi avoir de l’impact sur les attentes des volontaires qui arrivent en voulant vivre une expérience forte, voir des choses incroyables, avoir un réel impact positif sur le lieu de leur projet. Le travail et sa difficulté, surtout sans expérience, peuvent être vite oubliés et générer des frustrations… Alors que le volontariat est l’occasion de montrer que des relations basées sur l’échange, la gratuité, la solidarité peuvent constituer un modèle, elles sont ici réduites à des expériences, c’est-à-dire à la fois des produits (des services) et des parenthèses qui ne permettent que de mieux supporter la société de compétition et son mode de vie capitaliste (pour reprendre les mots de l’économiste Christian Arnsperger). Pour les agences volontouristiques, le modèle reste le modèle capitaliste. Enfin, ce qui dérange, c’est la compréhension de la notion d’utilité.

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© Barbie Savior

C’est-à-dire ? Les ONG ont fait un remarquable travail de déconstruction des mécanismes liés à l’aide et à l’utilité. Ce travail est inclus aujourd’hui aux formations données aux jeunes candidat·es au voyage. Il met en lumière des mécanismes cachés derrière les bonnes intentions, il montre la face aveugle de nos relations et comportements, un ensemble d’éléments liés à notre histoire personnelle et à notre histoire collective. Cela inclut la colonisation, les ingérences et les guerres, le développement de l’économie, du tourisme…

Et du côté des asbl ?

© Barbie Savior

Le compte Instagram de Barbie Savior @barbisavio r distille des photos drôles et piqu antes pour sensibiliser aux clichés du genre.Commentaire des interviewés : « Tu es sauv é » dit Barbie, symbolisant la posture des Occidentaux à l’égard de ceux qu’ils considèrent « moins déve loppés ». « L’Afrique est pau vre, il faut la sauver ». Bien que souv ent motivée par l’altruism e, cette idée est imprégnée de paternal isme et de mentalité colo niale. Elle ne remet pas en question le rapport de force inégal, mais le renforce.

Les asbl qui mettent sur pied des projets de volontariat insistent sur le fait qu’une rencontre interculturelle, c’est de la convivialité, mais c’est aussi des conflits, des chocs, des incompréhensions, bref c’est une richesse mais cela comporte aussi des difficultés. On reproche parfois aux associations de vivre dans un monde de bisounours : c’est faux, leur discours est beaucoup plus critique que celui des agences commerciales.

Qu’entraine avec elle la marchandisation du volontariat ? Le problème de la marchandisation du volontariat est donc de dénaturer le volontariat, d’en faire un produit commercial. Quand vous regardez les catalogues des grandes agences de volontourisme, on dirait qu’elles ont repris le concept du “Bongo”. Or le volontariat, ce n’est pas une attraction touristique. Et les gens non plus d’ailleurs. Vous imagineriez-vous, qu’un.e Japonais.e, un.e Russe ou un.e Saoudien.ne paie 2500 dollars à une agence privée pour donner un coup de main à la Ferme du Hayon ou animer un camp de vacances à Ougrée ? Mo i pas. Non, le volontariat, pour la plupart des

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« Formule », « Package » : les mots directement pris du langage des agences du voyage « all in » se retrouvent ici pour présenter la possibilité de partir en volontariat. Le volontariat devient alors un produit, le volontaire, un client.

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Non au volontourisme

associations, c’est une manière de faire de l’éducation à la citoyenneté mondiale, c’est-à-dire apprendre à penser localement et globalement et à agir ensemble localement sur des enjeux globaux. Et cette éducation, si on la privatise, si on laisse des agences commerciales s’en occuper, elle risque de passer complètement à côté de ses objectifs.

Quelles sont les dérives et enjeux du volontourisme dans les pays accueillants ces volontaires ? Partons d’exemples. Au Cambodge, le développement du volontourisme a encouragé la création d’orphelinats qui ont accueilli des enfants qui avaient encore de la famille (un ou même deux parents). Pour ces enfants, grandir dans leur famille est la meilleure solution, mais les parents, par manque de moyens financiers entre autres, ont préféré les confier à des institutions. Aujourd’hui, suite à une campagne menée par plusieurs ONG, une grande partie des orphelinats ont été fermés et les enfants sont rentrés chez eux. Au Togo, il y a quelques temps, un étudiant européen a réalisé un acte médical qui a été fatal pour le patient. Depuis les hôpitaux publics sont interdits aux volontaires. Certains hôpitaux privés continuent d’en accueillir. François Atcha-Wolou (de l’asbl Astovot, partenaire du SCI au Togo) dénonce « l’attitude des jeunes qui pensent qu’on peut tout faire en Afrique ». C’est une humiliation supplémentaire. Au Sri Lanka, la présence de plus en plus nombreuse de jeunes occidentaux pour donner des cours (en anglais par exemple) n’encourage pas le gouvernement à investir dans l’éducation. C’est pourtant l’une de ses missions. Ces exemples montrent trois dérives parmi d’autres qui freinent le développement des pays et l’autonomie des populations. Il ne faut cependant pas jeter le bébé avec l’eau du bain ni toute forme de volontariat mais mener un travail en profondeur pour éviter les dépendances, les dominations ou les démissions des autorités locales.

La critique du volontourisme cible les organisateurs, pas spécialement les volontaires (jeunes et adultes) qui pourraient confondre tourisme et volontariat ? Les personnes qui achètent un projet d’immersion à une agence commerciale ne sont pas nécessairement différentes de celles qui s’engagent dans une association sans but lucratif. Mais, en proposant des projets assez chers, les agences rendent le volontariat élitiste. En fait, seules les personnes d’un certain niveau socio-économique peuvent se payer ce type d’aventure. Les agences mènent des campagnes de pub beaucoup plus importantes, elles achètent les meilleures places dans les salons, elles financent un bon placement sur les moteurs de recherche et elles boostent leurs annonces sur les réseaux sociaux. Ensuite, elles ont un relativement bon “crédit de confiance” auprès des publics : de nombreuses personnes pensent que si elles paient plus cher, elles seront mieux encadrées et plus satisfaites. Les associations ont l’image de structures moins professionnelles ; or c’est une

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erreur car pour être subsidiées les associations doivent défendre des programmes très rigoureux et bien ficelés, ce qui comprend une politique de partenariat importante. L’une des conséquences du volontourisme est qu’on a d’un côté des internationaux très privilégiés face à des habitants fragiles et dépendants. Ce ne sont pas les bonnes conditions pour faire émerger une autre société mais plutôt pour organiser la visite de la pauvreté par une élite internationale idéaliste qui n’a pas toujours conscience des mécanismes qui pérennisent ses privilèges. Les jeunes sont souvent portés par de beaux idéaux, la question est “qu’est-ce qu’on en fait ? Quel chemin prend-on pour aller du désir d’aider au changement sociétal ?”

Une question qui rejoint celle de l’éducation et de la coopération au développement. L’éducation au développement est un travail qui a suivi les programmes d’aide au développement, qui a d’abord porté un regard critique sur ces programmes, puis qui s’est intéressé aux causes des inégalités et notamment aux mécanismes qui les perpétuent, qui s’est ensuite penché sur l’interdépendance entre les questions de développement ici et ailleurs (les enjeux mondiaux). Enfin, aujourd’hui l’éducation au développement est accompagnée d’une recherche d’alternatives au modèle dominant. Le volontariat international, quand il s’inscrit dans cette réflexion à la fois critique (sur le développement et les inégalités) et constructive (orientée vers les alternatives), a du sens car il peut réellement être vecteur d’un changement. Le volontourisme, quand il propose des voyages ou des missions humanitaires, ferme les yeux sur un demi-siècle de recherches, de remises en question et de réflexions sur les causes à combattre et sur les espaces de rencontre à créer. C’est du gâchis.

Le volontourisme pousserait les Occidentaux vers quatre postures qui sont en même temps des écueils : le sauveur, le manipulateur, le voyeur, le romantique. C’est-à-dire ? C’est une typologie que nous avons construite à partir des interviews de jeunes volontaires et de lectures sur le volontourisme. Ces quatre postures sont des pièges, ce sont un peu comme l’ombre de 4 idéaux. L’envie d’aider, celle d’aller voir la pauvreté loin de chez nous, celle d’acquérir de l’expérience « professionnelle pour CV », et la croyance que ce qu’on vit dans un petit village en Afrique de l’Ouest ou en Asie du Sud est plus authentique qu’ici. Les organismes de volontourisme n’ont rien à gagner à déconstruire le stéréotype des « pauvres du Sud » parce qu’elles se nourrissent de cette envie de sauver les autres, envie présente chez les candidats aux « voyages humanitaires » - quand on veut aider et qu’un impact réel nous est promis, on est prêt à payer le prix. Toutefois, il ne faut pas oublier que l’intention est quand même bonne : donner de son temps, se développer, s’ouvrir à d’autres réalités, donner plus de profondeur à sa vie. Toute qualité contient deux dimensions : l’une est lumineuse, l’autre est tapie dans l’ombre.

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Non au volontourisme

Avec quels risques ? Nous faire passer à côté de l’essentiel, qui est ici « une relation de qualité », créatrice de sens et de plus d’égalité. Passer à côté de cela, c’est reproduire un mécanisme de domination : la domination de celui qui donne sur celui qui reçoit, de celui qui développe des compétences sur celui qui en offre juste le terrain, de celui qui peut à tout moment quitter l’injustice qu’il voit sur celui qui la vit au quotidien, de celui qui peut rêver (et choisir le sens de sa vie) sur celui qui est sans cesse rattrapé par une dure réalité.

On peut retrouver ces 4 postures dans le volontariat international classique et associatif… Tout à fait. Cependant, plusieurs associations en sont conscientes, en tiennent compte dans leur communication et en parlent dans leurs formations, alors que d’autres tombent à pieds joints dans ces pièges, surtout celles qui voient le volontariat comme un grand marché avec des parts à gagner. Les agences volontouristiques usent et abusent de ces postures.

Comment détecter le volontourisme, reconnaître le business sous le voile du volontariat ? Cela passe par un travail d’analyse, ce qui implique de prendre du recul, de ne pas faire confiance uniquement à ses émotions et à ses intuitions. Ce n’est pas facile pour les volontaires qui veulent partir car, la plupart du temps, quand on prépare un séjour d’immersion dans un pays du Sud, on y met beaucoup d’enjeu, de l’émotion, des désirs. Prendre du recul, c’est être attentif aux images, aux mots, aux “formules de voyage”, à la place et au rôle de l’autre, à ma place à moi en tant que volontaire ou voyageur, à la représentation du monde, de la société. Quel est le projet que l’on me propose ? Quel en est l’enjeu ? Qui va en retirer quelque chose ? Quoi ? Est-ce que cela va assez loin ? Quelles sont les conditions (financières notamment) pour participer à ce projet ? Où vont les bénéfices ? Y a-t-il une transparence sur la gestion financière de la société ? Qui organise le projet ? Quelle est la place du partenaire ?… Il y a de nombreuses questions à se poser. Il n’y a pas que les volontaires qui doivent se poser de telles questions. Les associations ont aussi à mener un travail d’analyse et de partenariat pour partager des projets de qualité. Et ce n’est pas facile : ça prend du temps, ça exige de construire des relations de confiance, grâce auxquelles on est vrai l’un envers l’autre.

et changer la manière de communiquer des organismes de récolte de fonds. Dans la vidéo “Radi-aid, l'Afrique pour la Norvège” ils utilisent pour ça un concept simple et génial : retourner les rôles. On découvre les Africains qui, choqués par les conditions de vie des Norvégiens dans le froid extrême, décident de faire une collecte de radiateurs à leur envoyer. Cette campagne permet très vite de se rendre compte de l’absurdité d’une telle forme d’aide - basée plus sur un ressenti d’aidants et pas sur une réelle demande de la part des personnes concernées.

Propos recueillis par Nurten Aka auprès de Sabina Jaworek, Marie Marlaire et Emmanuel Toussaint  Article paru dans le trimestriel COJ#22 - été 2019 de la Confédération des Organisations de Jeunesse Indépendantes Pluralistes ASBL : www.coj.be

PLUS D'INFOS Le SCI-Projets Internationaux a sorti une brochure de sensibilisation sur le volontourisme, à télécharger sur notre site : www.scibelgium.be/le-sci/nos-publications Le SCI organise chaque année des conférences sur le sujet, consultez l’agenda en ligne pour plus d'infos : www.scibelgium.be/agenda

VOLONTARIAT Les ONG de volontariat travaillent avec des associations partenaires locales au Nord et au Sud pour permettre à des volontaires de s’immerger dans leur contexte, découvrir la réalité sur place et mieux comprendre les enjeux locaux. Elles valorisent le lien et l’apport de chaque individu au sein de la collectivité. Les projets ne requièrent pas ou peu de compétences professionnelles mais un grand sens de l’observation et beaucoup d’humilité. Le volontariat est davantage considéré comme un formidable outil de développement personnel et un vecteur de rencontre interculturelle que comme une démarche d’aide. HUMANITAIRE

Pour dénoncer le volontourisme, des contre-offensives existent. Un exemple ? Radi-Aid. C’est une campagne annuelle créée par les étudiants norvégiens et Academics’ International Assistance Fund (SAIH) pour changer les perceptions sur les problématiques de la pauvreté et du développement, briser les stéréotypes

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Les Organisations humanitaires apportent du secours à des populations dans des situations d’urgence et de crise (guerres, catastrophes, épidémies…). Ces organisations demandent des qualifications professionnelles et sont agréées par l’Etat fédéral. Le terme ‘humanitaire’ est actuellement récupéré de manière abusive par des organismes privés et commerciaux dans l’expression ‘voyage humanitaire’ pour attirer un public en recherche d’engagement qui ne dispose pas des codes nécessaires pour faire le tri entre les différentes offres.

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PARTENARIAT SUD

LA PRIORITÉ DE IIWC : Sensibiliser à l’environnement via le volontariat international

 Indonésie

Feux de forêt, inondations, le changement climatique affecte gravement l’Indonésie. IIWC, avec ses propres moyens, organise des projets de sensibilisation à l’environnement. Ryan, coordinateur des projets, était l’un des invités du programme « Accueil Sud » du SCI. Nous l’avons interviewé.

Qui es-tu ? Je m’appelle Ryan et je viens d’Indonésie. Je suis le représentant de l’IIWC (Indonésian International WorkCamp) qui fait partie de l’IPPA (Indonésian Plan Parenthood Association). Je suis en Belgique depuis une semaine mais j’ai quitté l’Indonésie depuis 1 mois déjà car j’ai rencontré le SCI Allemagne juste avant.

Peux-tu nous parler de ton organisation ? Ses missions, ses valeurs et comment les mettez-vous en pratique ? Quelles activités proposez-vous ? Notre association a un seul siège en Indonésie dans le centre de Java. Nous sommes la première organisation de volontariat en Indonésie qui a été initiée en 1998 mais qui est née officiellement en 2000. Nous avons une organisation mère : IPPA et nous sommes une de ses branches. Certaines s’occupent des enfants de rue, d’autres des jeunes en général. Tous nos projets sont plus ou moins connectés, les volontaires peuvent en faire plusieurs dans les différentes branches. Nos valeurs sont basées sur : la jeunesse, l’autonomisation de la communauté, l’engagement des jeunes comme une chance de changement. Nos activités portent sur différents thèmes : l’environnement, l’éducation, la culture. Au niveau de l’environnement, nous aidons les agriculteurs locaux à planter des palétuviers et nous organisons des séminaires sur le sujet pour sensibiliser la population. Concernant l’éducation, nous sensibilisons la population sur l’importance de la santé et de l’hygiène de vie en général, afin de minimiser les risques de maladies infectieuses. Nous travaillons aussi sur l’héritage de la culture chez les populations qui vivent près du temple de Borobudur (le plus grand temple bouddhiste du monde). C’est important que les populations qui vivent tout près connaissent son histoire et leur culture pour la diffuser partout dans le monde. En dehors des villes, nous travaillons sur les bibliothèques avec des locaux afin qu’ils aient accès à la lecture.

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Quel est ton rôle dans ton organisation et quels projets as-tu mis en place ? Notre structure est en plein changement ; depuis quelques semaines je suis coordinateur des programmes. Nous avons un directeur de projets qui gère l’organisation. J’ai beaucoup participé, en tant que manager, à la réalisation de plusieurs projets tant environnementaux que axés sur les enfants ou l’héritage de culture dans la ville. Je me suis surtout penché sur les projets relatifs à l’environnement. Nous avons mis en place des ateliers dans les écoles pour sensibiliser les élèves aux changements climatiques, ateliers qui sont donnés par les volontaires locaux et internationaux. Nous sommes en train de créer un jardin de palétuviers où les gens peuvent aller pour apprendre ce que c’est, les différentes espèces, comment ils poussent, et pourquoi c’est si important pour l’environnement.

C’est quoi le volontariat pour toi ? Pour moi ça veut dire : primo apprendre des choses que tu ne peux pas apprendre autre part, secundo apporter quelque chose à la société qui n’est pas mesurable et tertio répandre de la joie. Le volontariat pour moi c’est une rencontre avec une nouvelle famille, une nouvelle expérience. Les jeunes qui viennent en volontariat s’ouvrent, ont de nouvelles perspectives, ils découvrent une façon différente de voir les choses par rapport à leur vie de tous les jours. Ils apprennent des choses qu’ils n’auraient jamais imaginées avant.

Quelles sont tes attentes vis-à-vis des partenaires et y compris du SCI Belgique ? Nous espérons avoir des accords plus solides avec le SCI Belgique et partager des idées pour améliorer notre organisation. Nous attendons d’avoir plus de collaborations avec le SCI Belgique. Nous voulons avoir plus de contacts et agrandir notre réseau.

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Partenaire d'Indonésie en visite au SCI

© Autres photos : Alba Cuesta Ortigosa

© Sabina Jaworek

Est-ce que ton pays est affecté par le changement climatique ? De quelle manière ? Oui, il y a trois mois il y a eu un immense feu d’une forêt à Kalimantan, la plus grosse île du pays. Le problème, c’est que ce feu est incontrôlable. Quand je suis parti de chez moi il y a un mois le feu était encore bien présent et s’étendait. Heureusement il y a deux semaines, il a plu (ce n’était plus arrivé depuis longtemps dans cette partie du pays) ce qui a aidé à diminuer le feu. Nous avons d’autres feux de forêts dans le pays mais le plus grand est celui-ci. Au total, plus d’un million d’hectares sont partis en fumée. Et des dizaines de milliers de personnes souffrent de problèmes de respiration De plus, nous faisons face depuis quelques années à l’élévation du niveau de la mer, ce qui n’est pas sans conséquences pour un pays composé de 17 000 îles. J’habite à 10km de la mer et quand j’étais petit on pouvait aller sur la plage avec mes parents, mais plus maintenant car l’eau est au pied des résidences. Ça nous affecte beaucoup. Enfin, la température augmente surtout à cette période de l’année où il fait très chaud (34°C dans ma ville). Nous n’avons que deux saisons : la saison des pluies et l’été, cette dernière devient de plus en plus longue chaque année.

Est-ce que la population est sensibilisée au changement climatique ? Est-ce qu’elle en parle, est-ce que des initiatives se mettent en place ? Les gens qui ne sont pas touchés par le changement climatique ne s’y intéressent pas vraiment car ils n’y voient pas d’intérêt. Mais ceux qui ont perdu leur maison à cause du niveau de la mer prennent part aux actions et essayent de faire bouger les choses. La plupart des citoyens ne sont pas sensibles à la cause. Des organisations existent comme la nôtre pour avertir les populations du danger. De plus, certains vont aussi manifester dans les grandes villes pour le climat le vendredi. En général c’est dans les grandes villes que les gens sont les plus sensibilisés et les plus mobilisés.

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Y a-t-il des initiatives originales qui se développent pour y faire face ? Le gouvernement soutient les petites initiatives ou les business locaux pour favoriser leur entrée sur le marché. Concernant la consommation, la plupart des gens vont dans le magasin le plus proche de chez eux. Dans les villes, on va beaucoup dans les grands supermarchés. Mais il y a aussi beaucoup de petits magasins locaux très populaires. Concernant la réduction des déchets, c’est très difficile de changer les habitudes. Nous essayons d’avoir moins de plastique et un mode de vie plus écolo mais nous ne sommes pas encore assez actifs. Devenir vegan est compliqué car notre nourriture en Indonésie contient beaucoup de viande. Au niveau de la mobilité, les gens continuent de prendre beaucoup trop les transports privés (voiture, taxi…) au lieu des vélos ou de marcher. Ceci sûrement parce que les villes sont peu adaptées à la mobilité douce. Les initiatives sont à plus petite échelle ; moins d’électricité, moins d’eau, moins de bouteilles en plastique … Nous devons encore faire plus !

Comment se positionne votre association sur la question du changement climatique ? Nous voulons sensibiliser et informer les gens sur le changement climatique, surtout les jeunes. Nous évoquons avec eux des actions concrètes à mener pour résoudre les problèmes que nous vivons en ce moment. J’ai appris beaucoup de choses ici. Nous avons discuté du changement climatique, nous avons échangé sur les moyens de changer les choses et d’avoir un mode de vie plus respectueux de l’environnement. Ce sont des bonnes idées que je peux ramener dans mon pays et expliquer autour de moi. Ça peut avoir plus d’impact dans notre société.

Propos recueillis par Violette Carpin

Animatrice en stage au SCI

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ENJEUX INTERNATIONAUX

Sommes-nous prêt·e·s à renoncer à

l' ABONDANCE SOUTENABLE ?  

Thierry Amougou, Docteur et Professeur en sciences politiques et sociales à l’UCL n’y va pas par quatre chemins. Ses propos 1 suscitent le débat et ne laissent pas indifférent·es. Il parle d’économie d’abondance soutenable, de crise de la rationalité moderne et de rapports de domination…

Une écologie d’abondance et écologiquement durable est-elle possible ? Oui, une écologie d’abondance économiquement durable a existé. Les sociétés dites primitives y sont parvenues. Elles ont été abolies par la modernité qui les trouvait décidément bien trop traditionnelles et peu efficaces. Ce qui caractérisait ces sociétés « primitives » : un style de vie sobre et des interdits. Elles partaient du postulat que tous les besoins ne pouvaient être satisfaits. Leur système de production ne permettait pas d’être productivistes. Leurs valeurs limitaient l’extensibilité des besoins. Au sein de ces sociétés, la solidarité prévalait sur la propriété individuelle. On aurait pu avoir plus mais on se contentait de moins. C’était cela, l’abondance. Et l’on ne cherchait pas à contourner le rythme des saisons. Ce style de vie sobre et solidaire était intrinsèque à leur substrat culturel et anthropologique. A contrario, notre modernité encense la propriété privée. Le stylo qui se trouve dans le cartable de l’enfant lui est réservé à lui, uniquement. Nos « besoins » se créent au gré des nouvelles technologies. Nous consultons nos téléphones intelligents des centaines de fois par jour. Ils constituent la prolongation de nous-mêmes à peine 12 ans après avoir vu le jour 2. Frustrer un enfant reste complexe à faire pour beaucoup de parents. Nous sommes loin des valeurs permettant cette société d’abondance.

Le grand aveuglement Selon Thierry Amougou, la modernité capitaliste (le mot est lâché) est une grosse bêtise. Il identifie cinq leviers à cette « modernité du fruit hors saison ». Premièrement, les premiers génocides ont eu lieu au moment où le capitalisme mercantiliste naissait. Deuxièmement, le commerce triangulaire qui a généré les marchés aux esclaves au sein desquels les individus étaient devenus de simples « combustibles ». Le 3e levier est la mission civilisatrice qui fait table rase culturelle, instaure

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la primauté de l’Occident et se lance dans la colonisation. Le 4e levier est celui du développementalisme qui sous-tend que toute société souhaite atteindre le modèle de l’Occident. Le dernier levier est celui qui universalise la marchandisation et instaure la prédation des sociétés du Sud. Ces leviers ont été des multiplicateurs de domination, d’exploitation de l’humain par l’humain, d’inégalités et de destructions de l’ADN-même de la diversité culturelle. L’économie est déliée de l’environnement et déshumanisée. On parle alors d’économie « hors sol ». Nous sommes dans une société d’émission d’opulences et d’émission de précarités.

Le climat, rapport de domination Notre rationalité moderne est en crise. À force de nous spécialiser, nous en sommes arrivés à déconnecter nos styles de vie et à instrumentaliser la nature. Précaution littéraire pour vous, chèr·ers lecteur·ices, cette partie de la conférence a suscité moult réactions vives et je peux imaginer que ce sera le cas chez vous aussi ! Le climat est un rapport de domination. Il a été créé par les leaders capitalistes. Le climat a une race. C’est celle de la race blanche. Nous marchons pour le climat, comme s’il était externe à nous. Mais c’est faux. Nous devrions marcher contre nous-mêmes. Le climat a une rationalité instrumentale. Pourquoi les jeunes africain·es ne se mobilisent-ils·elles pas pour le climat ? Parce que ventre affamé n’a pas le temps de penser au climat. Ces jeunes sont dans les mines pour extraire les minerais de nos téléphones intelligents ! Les grands destructeurs du climat donnent des leçons aux populations qui vivent dans la forêt. Il est indispensable de casser la logique de la mission civilisatrice dans laquelle le GIEC prend la parole pour tout le monde. Il faut recréer la politique et la démocratie. Quand il n’y a qu’une seule voix écologiste, la politique n’existe plus.

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« Au sein des sociétés dites primitives, la solidarité prévalait sur la propriété individuelle. On aurait pu avoir plus mais on se contentait de moins. C’était cela, l’abondance. Et l’on ne cherchait pas à contourner le rythme des saisons. Oui, une écologie d’abondance économiquement durable a existé »

POLITISATION DE L’ÉCOLOGIE La démocratie, c’est le débat, c’est la diversité de points de vue. Il faut réinvestir le « temps long », l’histoire du bas. Comme le dit Joseph Ki-Zerbo : « Il faut cesser de mettre les populations sur les nattes des autres » 3. Il est temps de recréer une diversité culturelle dans les discours écologistes. Quand serons-nous capables d’écouter ce que les habitant·es des forêts originelles ont à dire sur la gestion du climat et de la nature ?

 Propos recueillis et mis à sa sauce par Nancy Darding

Animatrice au SCI

Propos recueillis lors d’une conférence-débat « Liens entre les enjeux sociaux et écologiques à travers le prisme des inégalités et des rapports de domination », dans le cadre du cycle de rencontres-débats-ateliers « (re)-politiser l’écologie, un champ de bataille » organisé par Rencontre des Continents, Bruxelles Laïque, le Mouvement Présence et Action Culturelles, Campagne Tam Tam, SAW-B, Solidarité des Alternatives Wallonnes et Bruxelloises et Barricade asbl

1

Apple a sorti son premier Smartphone en 2007

2

http://www.fondationki-zerbo.org/index.php/la-natte-des-autres/

3

Elisabeth LAGASSE, « Contre l’effondrement, pour une pensée radicale des mondes possibles », in Contretemps, 18/07/2018

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Les associations Présences et Actions Culturelles, Rencontre des Continents et Bruxelles Laïque ont organisé un cycle de quatre rencontres/ateliers sur le thème de la politisation de l’écologie en 2019. Il s’agit pour elles de politiser davantage les questions écologiques et de les relier aux enjeux économiques et sociaux. Pendant longtemps, l’écologie a été ignorée par les partis politiques non verts, y compris de gauche ; le moment est venu de mettre un maximum de pression sur les gouvernements et les institutions pour désigner les vrais responsables des problèmes sociaux et écologiques, créer un rapport de force et prendre des mesures politiques concrètes et ambitieuses à l’encontre des plus gros pollueurs. Politiser l’écologie, c’est affirmer que, même si chacun fait sa part, seuls des changements systémiques à grande échelle des modes de consommation et de production feront une différence. Il s’agit aussi de débattre un pas plus loin… « La tâche est celle de repolitiser l’écologie, en pointant l’origine capitaliste, patriarcale et (néo)coloniale du changement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, de montrer comment la crise écologique est profondément marquée par le racisme et l’histoire de la modernité coloniale, et de maintenir la possibilité à d’autres acteurs·rices, en particulier venant des pays du Sud, de mener cette lutte qui les concerne d’abord, en proposant d’autres discours et visions du monde que la modernité/colonialité rationnelle occidentale » 4


ENJEUX INTERNATIONAUX

MALGRÉ DES RISQUES CLIMATIQUES DIFFÉRENCIÉS, il faut une réponse commune généralisée L’année 2019 aura été marquée par un phénomène inédit que les journalistes auront bien vite fait d’appeler : «  the Green wave  ». Suite aux élections communales d’octobre, les pouvoirs locaux bruxellois pourront délibérément inscrire ce tournant de mandature dans leur histoire en le qualifiant de « vague verte ».

En offrant à Ixelles, Christos Doulkeridis (Ecolo) et à Forest, Stéphane Roberti (Ecolo) comme bourgmestres, le vote citoyen peut être interprété comme une réelle volonté de changement en faveur d’alternatives ambitieuses. Cette demande sera par ailleurs réaffirmée aux urnes en mai à l’occasion des élections régionales. En attendant de voir si cet éveil des consciences au niveau bruxellois et wallon pourra engendrer des prises de décisions fortes en faveur de politiques locales responsables, c’est également et surtout de changements rapides et majeurs au niveau global dont il est question d’urgence.

Des constats depuis longtemps révélés Les lanceurs d’alertes ne datent pas d’hier. Les écologistes inquiets ont depuis toujours essayé de faire entendre leur voix, mais en vain. Il a fallu attendre les années 1960 et ses auteur·e·s polémiques tels que la biologiste Rachel Carson considérée comme la mère de l’écologie moderne suite à la publication de son ouvrage « Printemps Silencieux » pour que le problème soient pris au sérieux. Son livre dénonçant les effets néfastes des pesticides sur l’environnement et l’humain provoqua un bouleversement sans précédent de l’opinion publique, d’abord américaine. Cibles de menaces, les défenseurs de l’environnement et experts scientifiques ont dû se battre pour mettre en lumière les informations qu’ils détenaient sur les dégâts engendrés par les activités anthropiques. Les années 70’ et 80’ qui accueilleront les premiers mouvements citoyens écologistes rassemblés autour de la cause anti-nucléaire, verront ensuite s’installer les premières administrations publiques dotées de missions environnementales et de santé publique. Mais malgré la sortie du rapport Brundtland (1987) 1 appelant à une nouvelle gouvernance inspirée de la notion de développement durable et à une répartition plus juste et soutenable des ressources naturelles, les efforts déployés depuis lors n’ont pas eu raison des résultats escomptés. Depuis le premier Sommet de la Terre à Rio en 1992, l’état de la planète a connu une accélération davantage exponentielle de son rythme de dégradation et l’action de l’homme en est responsable.

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© Rachel Carson

Anthropocène Ce terme pensé et popularisé en 1995 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen 2 désigne l’entrée dans une nouvelle ère géologique à l’instant où les activités anthropiques ont commencé à laisser une empreinte sur la Terre. Avec l’anthropocène, l’homme serait devenu une nouvelle force capable de bouleverser les équilibres planétaires et les grands cycles biogéochimiques. Cette responsabilité du changement climatique, bien que différenciée sur le plan géographique et historique, ne fait plus de doute. Les dernières études scientifiques les plus sérieuses que le GIEC 3 est tenu de rassembler et de synthétiser dans ses rapports nous le démontrent.

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Quelle réponse face à l’urgence climatique ?

Loin de moi l’idée de planter un décor sombre digne de la première partie d’un ouvrage de Pablo Servigne sur la collapsologie 4, rappelons ici quelques données prises au hasard : Ÿ L’augmentation de la température à ce jour au niveau mondial est de (en moyenne) 1,1° par rapport à la période préindustrielle (avant 1850) Ÿ Sources d’émissions de CO2 au niveau mondial : 88% d’émissions de combustibles fossiles et 12% la déforestation. Absorption : une moitié de ces sources sont absorbées par les forêts et les océans Ÿ Les 4 plus gros émetteurs de CO2 représentent 56% des émissions mondiales (2019) : Chine (28%), USA (15%), EU28 (10%), Inde (7%) Ÿ L’approvisionnement en eau de 1/6 de la population dépend de la fonte des glaciers et des neiges. Ÿ L’augmentation du niveau de la mer d’ici 2100 est évalué de 60 cm à 2m dans les scénarios les plus pessimistes Ÿ Le retrait estival total de la banquise arctique est projeté à l’horizon 2030 et 2050 Ÿ Entre 2030 et 2050, les décès supplémentaires par an sont estimés à 250.000, dus à la malnutrition, au paludisme, à la diarrhée et au stress lié à la chaleur Ÿ La population mondiale autour de 2050 est estimé être d’environ 9 milliards.

© Thomas Chip + Nick Mann, Peoples climate march / AMPLIFIER.ORG

On peut parler « des » changements climatiques au pluriel, tant le bouleversement du système climatique aura des modifications en cascade sur les systèmes physiques, biologiques, humains… En effet, le réchauffement de la température atmosphérique dû aux gaz à effet-de-serre va par exemple affecter le régime de précipitations (et donc les débits des cours d’eau, des lacs…), les océans et les systèmes côtiers ainsi que l’eau dans son état solide (contenu dans les sols =permafrost). Les difficultés de produire, de s’alimenter, d’accéder aux ressources engendreront parallèlement des questions de sécurité. Tout cela s’inscrira dans un contexte multi-crises en déstabilisant de façon considérable l’économie, le développement, le bien-être en général, et de la sorte les relations géopolitiques.

Inégalités : impacts et risques différenciés Bien que tous embarqués dans le même navire, ou plutôt dans cette voiture sans freins ni habitacle pour faire allusion à la métaphore de Pablo Servigne, certaines populations seront plus touchées que d’autres dans le temps et selon l’endroit où elles se trouvent.

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la multiplication de taxations régressives pesant plus lourdement sur les bas revenus. Au niveau de la perception et de la définition des problèmes ainsi que leur hiérarchisation, celles-ci ne sont pas non plus équivoques selon la culture ou le pays où l’on se trouve. Cette donnée est également un facteur explicatif de la lenteur des avancées supranationales.

Vers un nouveau paradigme

© Jess X Snow, Hear our voice / AMPLIFIER.ORG

« Cette transition vers une société zérocarbone ne sera possible que si elle est réfléchie de façon juste et équitable, en prenant en compte les grands défis globaux tels que l’éradication de la pauvreté, l’accès à l’énergie et le développement durable »

L’inégalité concerne tant la répartition et la responsabilité de polluer que l’exposition aux impacts climatiques et la capacité de pouvoir y faire face. Tout d’abord nombreux scientifiques démontrent la corrélation existante entre haut revenu et taux d’émissions. Prenons une étude d’Oxfam (2015) qui nous apprend qu’alors que les 10% les plus riches de la population mondiale sont responsables de 49% des émissions liées au mode de consommation, les 50% les plus pauvres ne sont responsables que de 10% des émissions totales. Ensuite, le chapitre 5 du dernier rapport du GIEC qui fait le lien entre développement durable, éradication de la pauvreté et réduction des inégalités conclut fermement que maintenir la limite du réchauffement à 1,5° plutôt qu’à 2° est une condition fondamentale de développement. Il démontre que ce contrôle de température permettrait d’éviter qu’une centaine de millions de personnes soient susceptibles de basculer dans la pauvreté suite à des événements tels que l’augmentation des événements extrêmes (vagues de chaleur, sécheresse), la perte de biodiversité, la baisse des rendements agricoles pour des cultures clés (riz, maïs, blé), la baisse des prises de pêche et l’exposition aux pénuries d’eau. D’un point de vue socio-économique, les riches sont également mieux armés pour s’adapter aux conséquences climatiques. Ainsi, les élus politiques devront veiller à ce que la réglementation environnementale ne fragilise pas davantage les plus démunis. Il s’agira par exemple d’éviter

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Comment changer le schéma de développement dominant actuel ? Sachant que la politique climatique est très multisectorielle, comment opérer cela à un niveau plus sectoriel ? Comment faire entrer les objectifs climatiques dans les politiques publiques ? L’enjeu est de trouver une voie qui nous permette de maintenir un certain niveau de vie tout en respectant les limites de la capacité de la Terre à se régénérer, c’est-à-dire sans creuser la dette écologique. Le Living Planet Report de WWF (2018) 5 nous a une fois de plus prouvé que certains points de bascule pourraient se produire dans les prochaines décennies. Il est donc aujourd’hui plus que jamais l’heure de transformer fondamentalement nos modes de fonctionnement à un niveau systémique. La façon de mener cette réorientation sera fonction de notre capacité à anticiper et organiser une vision d’avenir commune. Face à ce problème hypercomplexe aux interconnexions infinies, il y a lieu de repenser nos systèmes de gouvernance en vue de les rendre enfin à mêmes de considérer des enjeux globaux sur le long terme. Cette transition vers une société zéro-carbone ne sera possible que si elle est réfléchie de façon juste et équitable, en prenant en compte les grands défis globaux tels que l’éradication de la pauvreté, l’accès à l’énergie et le développement durable. Pour qu’un succès advienne, il s’agira de s’appuyer sur les principes d’équité, de justice sociale et environnementale et de mettre en place de réels processus de démocratie participative en mobilisant entreprises, collectifs et citoyens. Stimuler les innovations socio-technologiques et soutenir la prolifération de niches prometteuses portées par les pionniers de cette profonde mutation, tels sont les missions à remplir par nos responsables politiques. Parallèlement, le rôle des industries et d’une réorientation massive des investissements sont inéluctablement des moteurs essentiels dans le financement de cette transition.

Valérie Gillès

Membre du groupe Alter’Anim du SCI

Rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, 10 mars 1987

1

Bonneuil (Christophe), Fressoz (Jean-Baptiste), L’événement anthropocène. La terre, l’histoire et nous, Paris, Le Seuil, coll. « Anthropocène », 2013, 304 pages.

2

Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat : organisme intergouvernemental de l’ONU.

3

Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, Seuil Anthropocène, 2015

4

WWF, Living Planet Report - 2018: Aiming Higher. Grooten, M. and Almond, R.E.A.(Eds). WWF, Gland, Switzerland

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OPINION

VEGAN

pour les animaux, pour la planète et pour l'humanité ! Les incendies qui ravagent la forêt amazonienne ne sont pas dus à la sécheresse, mais bien à la déforestation. Ces feux sont notamment provoqués par les défrichements par brûlis, utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d'élevage. Quand on parle de « culture », il faut préciser que ce sont des cultures destinées à nourrir les animaux que l'on abattra ensuite.

On voit fleurir sur les réseaux sociaux le #Prayforamazonia et j'ai vraiment du mal à comprendre ces réactions. Se lamenter sur ces feux ou la destruction du poumon de la planète et continuer à manger des animaux est un non-sens. Car si la forêt amazonienne est en feu, c'est parce qu'au niveau mondial, la consommation de viande (dans son ensemble) ne cesse d'augmenter. On a besoin de plus en plus de surfaces agricoles pour nourrir de plus en plus d'animaux qui vivront une vie d'enfer et qui mourront dans d'horribles souffrances. Pour se rendre compte des conditions de vie et d’abattage du bétail (vaches, cochons, poulets…), je vous suggère de regarder sur Youtube le documentaire Dominion : il dure quasiment 2h mais rares sont celles et ceux qui seront capables de tenir jusqu’au bout. De plus, une vache est abattue à 18 mois alors qu'elle pourrait vivre 20 ans ; un cochon meurt à 6 mois alors qu'il pourrait vivre jusqu'à 15 ans. Le choix de certains de continuer à vivre comme si de rien n'était est une hérésie qui aura des répercussions catastrophiques pour les années à venir. Je ne parle même plus des « prochaines générations » car l'humanité ne survivra pas plus de 30 ans. 30 ans, c'est même sans doute trop optimiste : Pablo Servigne et d'autres spécialistes pensent que l’effondrement de notre civilisation a commencé et entrainera la mort de nombreuses personnes beaucoup plus vite que prévu. Je vous encourage à ce propos à regarder la conférence de P. Servigne « Un avenir sans pétrole ? » (disponible sur Youtube). C'est une évidence aujourd'hui et, malgré des rapports scientifiques comme celui du GIEC, les gens continuent à me bassiner des « Oui mais j'ai réduit ma consommation de viande… » ou « Oui mais je mange local… ». Ne pas devenir vegan aujourd'hui, c'est alimenter les feux de la forêt amazonienne. Devenir vegan, c’est participer à la limitation de cette déforestation. C'est aussi simple que cela.

Éric Rozen

Membre de Anonymous for the Voiceless

© Source internet

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ANONYMOUS FOR VOICELESS Anonymous for the Voiceless (AV) est une association défendant les droits des animaux, dans une perspective antispéciste et abolitionniste. Elle est spécialisée dans l'activisme de rue, et a été créée en avril 2016 à Melbourne, en Australie1,2. L'association est connue pour ses actions « Cube of Truth » (Cube de la vérité), à travers des centaines d'endroits dans le monde. L'objectif de ce mouvement est de sensibiliser le public à la cause animale, et de promouvoir le véganisme. AV n'est pas directement lié au groupe hacktiviste « Anonymous », malgré l'utilisation de masques similaires. Les actions de l'association prennent la forme de "cubes", dans lesquels un groupe de personnes vêtues de noir et portant des masques de Guy Fawkes, forment un carré tourné vers l’extérieur, tout en tenant des pancartes et des écrans vidéo montrant des images filmées soit à l’intérieur d'abattoirs, soit dans des élevages ou dans des laboratoires de vivisection. Source : Wikipedia

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TÉMOIGNAGE

 Zanzibar

PAS LOIN DU PARADIS sur terre Certains volontaires choisissent leurs projets un peu à la louche, tentés par l’Asie, l’Amérique du Sud, l’Afrique. Tel fut mon cas, cap Afrique subsaharienne, partir à la découverte, mais en s’engageant. Le déclic se fit en 2018 sous une pluie froide de novembre à Bruxelles. Rentrée chez moi j’ai trouvé mon bonheur sur le site du SCI : direction Tanzanie pour un projet de 3 semaines axé sur une plantation d’arbres mangroves et l’enseignement de l’anglais aux enfants. Tanzanie ? Oui, plus précisément Zanzibar.

A l’heure du tourisme de masse et de ses destinations les plus insolites, je dois avoir été la seule chez qui Zanzibar n’évoquait rien. J’ai jeté un coup d’œil sur google maps et me suis dit que ça devrait être bon. Ce n’est qu’une fois mon projet accepté que je me suis lancée dans la découverte virtuelle de l’archipel. Plages de sable blanc et mer turquoise à perte de vue. Manifestement, j’aurais eu honte de m’y rendre comme touriste. Départ de Zaventem un 28 décembre, 3 jours avant le début de mon projet, destination Stone Town, capitale et cœur historique de Zanzibar. Vol direct d’à peine 9h, puis quelque 20 minutes à l’arrière d’un taxi qui se fraya un chemin à travers la nuit chaude. Je subis de longues minutes silencieuses, m’attendis à apercevoir quelque part un centre-ville. Mais non, le taxi s’arrêta net, bien trop tôt à mon avis, j’entendis un « Here we are » un peu au milieu de nulle part. Je sortis. Difficile d’ignorer une odeur de poisson qui n’avait pas vu la mer depuis longtemps. A ma droite sous un faible éclairage, une décharge. Le chauffeur de taxi m’orienta vers la gauche, on emprunta un petit chemin de terre, on longea quelques habitations, puis on arriva devant une bâtisse ancienne en pierre blanche et bois foncé, vestige du passé colonial. C’était bien mon hôtel, semblable à sa description sur Internet et pourtant, à première vue, pas tout à fait là où je m’attendais à le trouver, c’est-à-dire près du centre-ville. Heureusement, pas si loin non plus, comme je le compris le lendemain. Impossible de ne pas se perdre à Stone Town, dans ce labyrinthe de ruelles étroites, qui, sauf à tourner en rond, débouche sur une mer turquoise avec de petites îles émergeant çà et là. Stone Town, ville de pierre, comme le dit son nom, est imprégnée d’histoire indienne, britannique, arabe, perse, swahili. C’est une ville au passé opulent, qui a tiré sa richesse notamment du commerce des épices, mais aussi de la traite des esclaves.

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Zanzibar est à 98% de religion musulmane. Si une femme autochtone n’est pas voilée, c’est qu’elle vient du « Mainland » (partie continentale de la Tanzanie). Pour les touristes la liberté vestimentaire augmente avec la proximité des plages, de préférence « pour touristes ». Sur les plages publiques de Stone Town seuls les enfants et les hommes se baignent. Je découvrais Stone Town en pantalon long et chemise, m’y promenais en journée, flânais le long de la plage en soirée, assistais aux concerts donnés à la Music Academy, partais en excursion, en bateau vers les îles, en taxi vers la jungle habitée par les singes rouges, espèce unique à Zanzibar. Ce ne fut que plus tard avec le groupe de volontaires qu’on tenta le Dalla Dalla, sorte de minibus souvent pris d’assaut, moyen de transport public de tout Zanzibar. Le soir du 31 décembre, je rejoignis la maison des volontaires de l’organisation Zaydo dans le village de Maungani, à 20 km de Stone Town. Les volontaires locaux et internationaux m’accueillirent sur la pelouse de la maison. On fit connaissance, assis sous un ciel étoilé, on écouta de la musique plutôt tendance pop, commerciale… mais les festivités s’arrêtèrent là. Pas une goutte d’alcool, pas d’explosion de feux d’artifice et à minuit on annonça le couvre-feu. Un Nouvel An pas comme les autres. Le 1er janvier à l’aube, vers 6 heures, difficile de ne pas être réveillé par l’appel à la prière – pendant 10 minutes tous les coqs et chiens du village se joignaient au muezzin et s’y donnaient à cœur joie ; idem pendant les trois semaines à venir. A 8 heures on se rassemblait autour du petit-déjeuner, le temps de se régaler d’avocats géants, de bananes mûries sur l’arbre et de chapatis encore chauds. D’un point de vue alimentaire ce projet fut un festival de fruits exotiques, tous succulents évidemment. A Zanzibar on cueille les mangues, ananas et noix de cocos comme en Belgique les pommes et les poires. L’archipel semble à première vue pas loin du paradis sur terre.

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Projet de volontariat Sud : Tanzanie

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« Pour vivre à fond ce projet, rien de tel que d’entrer dans une relation authentique d’échange et d’amitié avec les membres de l’organisation locale, d’accueillir les enfants à bras ouverts, de passer du temps avec eux, aussi en dehors des cours et d’être, si ce n’est pas passionné, du moins motivé par l’enseignement des langues »

A 9 heures pile, je m’attendais peu à vrai dire à cette exactitude et organisation sans faille, on sonna le départ des volontaires pour aller planter des arbres mangroves dans le sol sableux à proximité de la plage. Objectif : lutter contre l’érosion des sols. On trouvait les graines sur les arbres adultes et très vite, planter des arbres mangroves fut comme planter des choux, un jeu d’enfants. Cependant à un détail près : le trajet vers ces plantations ! On s’y rendait perchés sur des vélos vétustes, à pédaler comme des malades sur de petits chemins de terre tortueux sous un soleil impitoyable pour les Occidentaux… on n’avait pas l’air malin sous nos casquettes, chapeaux ou turbans, dégoulinants de sueur, à tenir le guidon d’une main, répondant avec l’autre aux gamins qui nous lançaient des « Mambo », le « bonjour » local, auquel il fallait répondre « Poa ». Heureusement l’organisation locale eut pitié de nous et après une dizaine de jours on nous emmenait en minibus aux champs de mangroves. A l’activité « plantation de mangroves » s’ajoutaient quelques actions de nettoyage

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des plages et des environs de Zaydo. Ce fut avec beaucoup de zèle qu’on ramassa tout ce qui traînait par terre. Et pourtant quel fut notre désarroi quand, une fois nos nombreux sacs remplis, on ne sut pas comment se débarrasser des déchets, faute de service de ramassage de poubelles ou simplement de camionnette pour nous sortir d’affaire. Il ne nous restait donc que l’option, soit d’enterrer les déchets, soit de les brûler sur place ; or brûler les déchets c’est surtout brûler du plastique. Pourtant c’est ce à quoi sont souvent réduits les habitants de Zanzibar. Quand on pense à Zanzibar, impossible de ne pas penser aux enfants. Ils vous accompagnent partout. Normal avec un taux de natalité de 6 enfants par femme ; la puissance de l’homme se mesurant encore souvent à sa progéniture. Dès le matin les enfants, même les tout petits, nous attendaient devant la maison des volontaires, curieux et souriants, profitant de chaque moment de liberté entre l’école et les obligations domestiques.

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Projet de volontariat Sud : Tanzanie

« Ce fut avec beaucoup de zèle qu’on ramassa tout ce qui traînait par terre. Et pourtant quel fut notre désarroi quand, une fois nos nombreux sacs remplis, on ne sut pas comment se débarrasser des déchets, faute de service de ramassage de poubelles ou simplement de camionnette pour nous sortir d’affaire. »

Les cours d’anglais ne se donnaient que le soir. On quittait la maison des volontaires à la tombée de la nuit. Pendant une vingtaine de minutes on longeait la route principale, éclairés par les phares des voitures d’un côté, de l’autre par les écrans des postes télé autour desquels se rassemblaient les hommes du village. J’enseignais dans la cour d’une école, à une vingtaine d’élèves entre 9 et 13 ans, garçons et filles, assis à même le sol sur la terre brute, devant un vieux tableau noir, bringuebalant. L’anglais, une des langues officielles de Zanzibar est mal enseigné dans les écoles publiques. Ce n’est que dans les écoles privées, payantes, que l’enseignement est de qualité. Or, pas d’accès à l’université sans bonnes connaissance d’anglais. La ségrégation sociale se fait ainsi dès l’enfance. L’organisation Zaydo offre donc une réelle chance aux enfants et jeunes du village d’apprendre et de se perfectionner en anglais. La maison des volontaires est un vrai pôle d’attraction, un lieu d’interaction, une lueur d’espoir, une porte vers l’avenir. Pour vivre à fond ce projet, rien de tel que d’entrer dans une relation authentique d’échange et d’amitié avec les membres de l’organisation locale, d’accueillir les enfants à bras ouverts, de passer du temps avec eux, aussi en dehors des cours et d’être, si ce n’est pas passionné, du moins motivé par l’enseignement des langues. Avant mon départ j’avais essayé de rassembler quelques données statistiques sur Zanzibar. L’archipel est présenté comme très pauvre, probablement du fait de son économie

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© Annick Niedner

encore largement agricole. On ne trouve pas de supermarchés sur l’île, heureusement dirais-je, par contre de très nombreux marchés, petits magasins et vendeurs de fruits et légumes. Les enfants semblent bien nourris, alors que sur Internet on parle d’un quart des enfants souffrant de malnutrition. Pourtant Zanzibar est en pleine transformation car l’archipel est en train de se faire happer par le tourisme de masse. Le métier de guide touristique devient ainsi un gagne-pain très prisé. Perfectionner son anglais et se familiariser avec les habitudes des Occidentaux est pour de nombreux jeunes un atout essentiel pour y parvenir. Il me resterait de nombreuses anecdotes à raconter, suffisamment peut-être pour remplir un livre. Mais voici déjà celles que je voulais vous partager. Si vous êtes curieux, allez-y, Zanzibar vaut le détour et c’est certainement bien mieux de découvrir ce paradis comme volontaire du SCI que comme touriste.

Annick Niedner

Volontaire au SCI

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TÉMOIGNAGE

 Pays-Bas VRE

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EMMAÜS LANGEWEG

TÉ ET

INJUSTICE

SOC

Après avoir participé à un premier projet de volontariat artistique en Sicile en juillet 2019 – un projet qui fut très enrichissant – je souhaitais repartir en août, mais cette fois plus près de chez moi, afin de découvrir nos régions, de pouvoir me déplacer en train mais aussi de participer à un projet avec une dimension sociale.

Mon choix se porta donc sur le projet « Emmaüs Langeweg ». Langeweg est un petit village des Pays-Bas situé près de Breda, à 1h30 de train de Bruxelles. Avant de partir, je ne connaissais pas énormément de choses à propos d’Emmaüs. Je savais uniquement qu’il s’agissait d’une association qui triait et revendait des vêtements et que je désirais en apprendre plus. La communauté Emmaüs de Langeweg vit dans un ancien monastère rénové et est composée d’une douzaine de résidents qui y vivent et y travaillent ensemble. Il s’agit en partie de personnes auparavant sans-abri, à qui la communauté offre l’opportunité d’une nouvelle vie, mais aussi de personnes désirant adopter un autre mode de vie. Les résidents sont assistés dans leur travail par une trentaine de bénévoles qui se rendent quotidiennement sur place. Je fus surprise par le grand nombre d’activités réalisées par la communauté. Emmaüs ne reçoit pas uniquement des dons de vêtements, mais toutes sortes d’objets : meubles, appareils ménagers, jouets, livres, bibelots… A Langeweg, après avoir été triés, ces objets sont répartis dans dix magasins situés dans l’ancien monastère pour être revendus. Les objets qui ne peuvent être revendus, sont recyclés autant que possible, ou donnés à des œuvres de charité. L’argent obtenu permet à la communauté de vivre de manière autonome, sans subvention. La communauté dispose également de son propre potager et d’arbres fruitiers. Ce que j’ai apprécié fut la variété des tâches auxquelles nous avons pu participer. Chaque matin, le travail est réparti entre les résidents et les bénévoles. Nous, les volontaires du SCI, avions la possibilité de choisir ce que nous voulions faire le matin et l’après-midi, en fonction des besoins de la communauté. J’ai ainsi pu servir dans un café, trier des vêtements, mais aussi tailler des arbres, peindre ou encore voyager en camion pour aller chercher chez les habitants les objets qu’ils voulaient donner à Emmaüs. Vivre au sein de la communauté et avec les autres volontaires fut également très enrichissant. Nous étions huit volontaires provenant de différents continents (Europe, Asie, Amérique du Sud), avec des âges différents mais nous avons passé de chouettes moments ensemble durant le temps libre, malgré nos différences : balades à vélo, visite de Breda, de Rotterdam et de ses moulins, mais aussi d’Anvers (Eh oui, nous sommes même venus en Belgique !).

©D  amaris Deba

Concernant la communauté, écouter l’histoire de certains résidents, les raisons qui les ont menés à rejoindre la communauté Emmaüs, m’a touchée et m’a fait réfléchir à propos de ma propre vie. En effet, ce qui m’aura le plus marquée durant ce projet est le fait qu’un autre mode de vie est possible. Pour Emmaüs, travailler ne sert pas à accumuler de l’argent. Une fois que l’on a un toit et de quoi se nourrir, on peut se tourner vers les autres pour les aider et c’est en aidant les autres que l’on s’aide soi-même, que l’on reconstruit sa propre vie. Une nouvelle vie est également donnée à tous ces objets, qui sont pour la plupart toujours utilisables. Cela m’a fait réfléchir à ma propre consommation, en particulier de vêtements. Avant ce projet, j’avais déjà donné des vêtements, mais je n’avais jamais envisagé d’acheter des vêtements de seconde main. Cela me semble à présent être une très bonne alternative. Enfin, ce projet m’a montré qu’il n’est pas nécessaire de partir très loin pour être dépaysé (par exemple par les vélos, omniprésents aux Pays-Bas), vivre une super expérience et d’incroyables rencontres. Un projet futur me mènera peutêtre en Belgique, qui sait ?

Damaris Deba LE SCILOPHONE 85 • OCTOBRE / NOVEMBRE / DÉCEMBRE 2019

Volontaire au SCI

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TÉMOIGNAGE

 Belgique

MAINS SALES ET TRANQUILLITÉ D'ESPRIT Mon projet dans un potager à Bruxelles

Cet été, j'ai eu la chance d'être la coordinatrice d'un groupe de volontaires participant à un projet de volontariat en Belgique avec le SCI. La coordination de projet fait partie de mon volontariat de 10 mois (via le Corps européen de solidarité) ici en Belgique, 10 mois totalement passionnants.

Je savais dès le début que je voulais coordonner un projet environnemental pour mettre en pratique tous mes principes, remettre en question mon mode de vie et me donner l'occasion de vivre dans un groupe international pour trois semaines. J'ai choisi d'aller à Vert d'Iris, une jeune coopérative qui gère deux jardins potagers à Anderlecht et dont la production est écoulée via la vente directe et via les filières courtes bruxelloises. En visitant les lieux au printemps, en rencontrant le personnel, j'étais encore plus motivée, encore plus certaine d'avoir fait le bon choix. Même sous les pluies d'avril, je pouvais dire que l'endroit était incroyable. Le petit groupe de volontaires venait d'un peu partout : Grèce, Belgique, Mexique, Vietnam, Kazakhstan, un petit groupe d'étrangers qui s'est transformé en une famille. Lorsque nous sommes arrivés le premier jour, que nous avons vu les tentes, les toilettes sèches, les innombrables plantes différentes, nous n'aurions pas pu imaginer que, dans cet endroit, nous nous sentirions comme chez nous en moins d'une semaine. C'était un grand changement : en laissant le confort de nos lits, nous allions dormir sur le sol et effectuer des tâches que nous ne connaissions pas du tout. Le jardin, cependant, est rapidement devenu notre vie entière. Nos journées étaient remplies de tomates, de fraises, de courgettes, de concombres… nous les passions penchés sur les buissons, la tête enfoncée dans les feuilles vertes, entourés de gens merveilleux, vraiment passionnés par leur travail. Avec cette routine, nous nous sommes progressivement intégrés à ce bel endroit et avons eu du mal à le laisser derrière nous et à retourner dans le bruit et la pollution du centre. Les tâches qui nous intimidaient tant au début sont rapidement devenues notre nouvelle routine. Tout dans le jardin m'a fait penser que je vivais dans une utopie écologique où tout est cultivé dans le respect des principes de l'agroforesterie et du respect du sol et de la saison ; les pesticides ne sont pas des produits chimiques, mais fabriqués à partir de ce que l'on peut trouver dans le jardin ; les toilettes sont sèches et tout est composté. Dans l'heureuse famille de Vert d'Iris, tout le monde partage les tâches quotidiennes : chaque jour, on a quelque chose de différent

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« Ce projet a renforcé ma conviction que le changement est possible. Cela m'a rendu plus optimiste. Et l'optimisme est important parce que, comme le dit Noam Chomsky, « c'est la stratégie pour créer un meilleur avenir. Si vous ne croyez pas que l'avenir peut être meilleur, il est peu probable que vous preniez la responsabilité de le rendre ainsi »

à faire : nourrir les poules, travailler dans le food lab, nettoyer les cartons, vérifier le compost et cuisiner pour le dîner. Ce dîner est le moment le plus convivial du jardin, lorsque tout le monde partage la nourriture et discute autour d'une grande table, faisant une pause avant de revenir à d'innombrables livraisons et récoltes de fruits et de légumes. Ce qui m'a vraiment marquée (ainsi que le reste du groupe), c’est la nourriture. La nourriture sur cette table est préparée par 2 personnes (différentes chaque jour) à qui il est demandé de cuisiner pour 20 personnes avec tout ce qui se trouve dans le réfrigérateur et dans la serre. Pas de viande, pas de produits venant des supermarchés, rien qui n'a pas poussé sur la terre que nous cultivons chaque jour. Accomplir cette tâche est un défi incroyable de créativité qui nous donne l’occasion d’acquérir des compétences essentielles dans la vie et de laisser derrière nous la logique du consumérisme tout en constatant à quel point il est simple de bien manger, en ne prenant que ce qui est donné par la terre. Chercher notre nourriture dans la nature, la toucher et la cultiver nous-mêmes est l'un des plus grands plaisirs que l'on puisse vivre. Après des heures de dur labeur, la serre se vidait et seuls les volontaires restaient. Le jardin se transformait : d’un lieu de travail rempli de monde et de bruit, il devenait notre salon

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Coordonner un projet de volontariat / Belgique

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© Iphigenia Kamarotou

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et notre cuisine calme. Nous pouvions simplement passer du temps, regarder un film, jouer ou partager notre espace et nos pensées. N'étant pas habitués au travail physique, nos muscles étaient douloureux mais notre humeur était plus brillante que jamais. Personnellement, chaque après-midi me trouvait épuisée mais en même temps complètement sereine. Je me suis rendu compte que travailler la terre, recouvrir mes mains et mes vêtements de terre, est l'une des meilleures formes de méditation pour moi. Après la première semaine, la seule chose qui m'inquiétait était de savoir si les tomates étaient suffisamment mûres pour être récoltées et de savoir ce que nous allions cuisiner pour le dîner. Ce qui a rendu la sensation encore meilleure fut le sentiment que nous contribuions réellement à quelque chose de magique, que nous en faisions partie d'une manière très réelle et très significative. Les petites angoisses de ma vie quotidienne ont disparu sous le ciel rose de l'après-midi ou sous une nuit étoilée à Anderlecht. Sans aucun souci, notre petit groupe de volontaires passait les nuits dans la serre à rire, jouer aux cartes, cuisiner, chanter et danser, puis marcher sous les étoiles pendant 10 minutes pour nous rendre à nos tentes où nous dormirions entourés, comme toujours, par les légumes. C’est l’un des apprentissages les plus profonds que j’ai acquis dans ma vie, cette sensation que je peux obtenir en travaillant pour la première fois avec mes mains, de revenir aux bases de la vie, de fuir les distractions, ainsi je peux devenir calme et être tellement heureuse et fière de moi-même.

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Ce projet m'a donné de nouveaux amis et de nouvelles expériences tout en renforçant ma conviction que le changement est possible. Cela m'a rendu encore plus optimiste. Et l'optimisme est important parce que, comme le dit Noam Chomsky, « c'est la stratégie pour créer un meilleur avenir. Si vous ne croyez pas que l'avenir peut être meilleur, il est peu probable que vous preniez la responsabilité de le rendre ainsi. » Le système dans lequel nous vivons n'est pas le seul possible. Nous pouvons consommer des produits locaux, soutenir les petites entreprises, réduire notre consommation de viande, cesser de gaspiller des ressources précieuses. Il est facile d'oublier tout cela quand on est entourés de supermarchés, de béton et de gaz de voitures. Je vous invite, chaque fois que vous perdez espoir, à ne pas oublier que, juste à l'extérieur de la grande ville, se trouve un petit coin de paradis rempli de fleurs, de délicieuses fraises et de gens heureux qui donnent de l'amour à tout ce qu'ils font. Des gens qui prennent le temps, chaque été, d’expliquer aux volontaires comment ils effectuent leur travail, qui sont chaleureux et nécessaires comme le soleil dans cette ville froide et pluvieuse. Rappelez-vous qu'ils sont là, à Anderlecht, et partout en Belgique : de petites initiatives, des luttes paysannes. Prenez donc un jour pour les trouver, rendez-leur visite, apprenez d’eux et soutenez-les.

Iphigenia Kamarotou

Volontaire au SCI

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TÉMOIGNAGE

 Maroc

AU CŒUR DU PARC ECOLOGIQUE D’OUJDA Prendre le temps, laisser la place à l’imprévu permet de voir l’autre et de créer des liens pour de vrai.

Bienvenue au Maroc J’arrive à l’aéroport d’Oujda un peu avant minuit, et ce qui me frappe le plus c’est la chaleur humaine. La dame de la douane me demande en souriant : « C’est la première fois au Maroc ? » je réponds « Oui, et c’est même ma première fois sur le continent africain ». Elle me gratifie d’un « bienvenue » et me laisse passer au hall des arrivées. Directement des personnes se précipitent pour m‘aider à porter ma valise. J’essaie de dire que je me débrouille mais elle est déjà posée sur un trolley à roulettes. Je ne sais pas comment il a compris, mais il me dit de le suivre et me conduit dehors où nous retrouvons Hamouda, le coordinateur d’EVO et une autre volontaire. Le porteur part avant même que j’ai le temps de lui proposer de la monnaie. Nous roulons une vingtaine de minutes, je vois les silhouettes des montagnes au loin et des palmiers çà et là. Je suis vraiment heureuse d’être là ! A l’association « Espace Volontaire Oujda », nous rejoignons 3 autres volontaires SCI et 5 volontaires locaux. Un magnifique repas nous attend ! Partager le tajine de poulet en mangeant tous ensemble à même le plat me réjouit et donne déjà le ton du séjour !

Poumon vert Le lendemain, je découvre les couleurs et les reliefs du lieu pendant que nous roulons vers le parc écologique. Nous sommes entourés de montagnes, il y a beaucoup de vide entre les bâtiments, avec des enfants qui jouent au foot, des marchands ambulants avec leurs charrettes, des animaux en liberté et… beaucoup de déchets. C’est un vrai choc pour moi qui n’ai voyagé qu’en Europe. J’avais déjà vu ce genre d’images à la télévision mais voir les enfants et les animaux évoluer dans ce qui me semble être une décharge me fait beaucoup de peine. De la peine et de la culpabilité, moi qui jette un sac de déchets tous les 15 jours devant ma porte sans me soucier de sa destination… Depuis ce voyage, la quantité d’emballages a aussi un impact sur mes critères d’achat. Nous arrivons au parc, il me paraît immense et relativement propre par rapport au reste d’Oujda. La chance nous sourit : la pluie s’arrête et laisse place à un arc-en-ciel ! En plus on a le parc pour nous tous seuls car c’est le jour de fermeture hebdomadaire ! Il y a 25 hectares avec un lac, des plaines de jeu, une tente berbère, des chemins de promenade et 25 000 espèces végétales dont un palmier préhistorique. Le directeur du parc, Azzedine, nous fait visiter les différents espaces. Il est là depuis le début du projet et est un véritable passionné de nature. C’est un plaisir

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de l’écouter ! Si le parc a bien évolué en 4 ans, il reste encore beaucoup à faire ! Notre tâche principale consiste à faire des boutures de myoporum et à les rempoter. Il s’agit d’une plante d’Asie qui résiste bien à la sécheresse, et fait de belles petites fleurs blanches en saison. Le parc et ses différents espaces seront délimités par des haies de myoporum, qui en plus d’apporter de l’ombre, possèdent des vertus antibactériennes et anti-moustiques. On participe également à la taille des haies plantées quelques années plus tôt. Parallèlement au travail de jardinage, le coordinateur nous propose d’accompagner des volontaires français en service civique et de faire de la sensibilisation à l’environnement auprès des familles. Une après-midi, on organise une course aux déchets avec les enfants de l’école de devoirs, une projection du film « Demain » en anglais et un café débat. A mes yeux, cette dernière action a été la plus enrichissante. C’était un dimanche ensoleillé, du coup il y avait beaucoup de familles qui profitaient du parc. On avait prévu 4 tables avec des thèmes différents : le recyclage des piles, le réemploi des pneus, le compost, la gestion des déchets médicaux. A chaque table il y avait un volontaire SCI et un volontaire marocain pour faciliter les échanges. Avant de commencer, on a arpenté le parc en expliquant aux gens qu’il y avait un débat sur l’environnement et ils ont été directement intéressés. Les tables ont été rapidement remplies. Les participants, quel que soit leur âge, étaient très concernés par la question de la pollution mais se sentaient démunis. On a utilisé un jeu de photos pour montrer les méthodes de traitement des déchets en Europe. Ils ont marqué beaucoup d’intérêt pour le tri sélectif, et un groupe de voisins a décidé de mettre en place une sorte de compost de quartier : « Comme ça les chèvres et les moutons pourront manger les épluchures sans risquer de se blesser sur d’autres détritus ». Comme quoi, une simple rencontre autour d’un verre de thé peut être un tremplin vers l’action.

Communion entre femmes Notre lieu de vie abrite une école de devoirs pour les enfants, une bibliothèque, un centre de formation professionnelle pour femmes et un club sportif réservé aux femmes. Tous les jours nous dégustons des plats aussi copieux que délicieux, concoctés par les élèves du cours de cuisine. Un jour, je décide de leur rendre la pareille. Je suis autorisée à disposer de la cuisine en dehors des heures de classe pour préparer des ‘boulets-kefta sauce lapin frites’. J’entre dans le local avec mes

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Projet de volontariat Sud : Maroc

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© Marie Brasseur

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ingrédients et me retrouve nez à nez avec une quinzaine de femmes, bruyantes et joyeuses, munies de bics et de calepins. Elles m’accueillent chaleureusement, me font des accolades, lancent des bienvenue au Maroc ! Je ne sais pas du tout comment elles ont entendu parler d’un cours de cuisine belge alors que l’idée m’était venue le matin même ! Je commence la préparation, elles veulent aider, prennent des ingrédients, me posent des questions en arabe… Je me rends compte que contrairement à ce que j’imaginais, tout le monde ne parle pas français au Maroc. La situation me fait rire, je me demande comment organiser tout ça et murmure un « dios que le vamos a hacer ». Une jeune femme me répond « hablas espanol ? ». Son mari vient de Melilla, l’une des deux villes espagnoles au nord du Maroc ! Elle a traduit mes explications en « darija » (l’arabe de la région) pour le groupe! Finalement, ce sont encore elles qui ont travaillé mais la recette liégeoise leur a plu et on a passé un très bon moment. Quelques jours avant la fin du projet, c’était les 4 ans du club de sport pour femmes. Le hasard fait bien les choses : le groupe SCI ne comptait que des filles donc nous avons été conviées à la fête ! Jamila, la prof de sport, nous a prêté des tenues traditionnelles pour l’occasion. Il y avait une quarantaine d’invitées qui ont essayé de nous apprendre à danser ! Après environ deux heures de danse, on est passé à table. Ensuite les femmes d’une des tables se sont mises à entonner des petits cris ; les autres tables ont répondu. Les cris se sont transformés en chants et quand elles ont toutes uni leurs voix c’était intense. Leurs voix ne faisaient plus qu’une et on était comme enveloppées dans une atmosphère remplie de force et de fraternité. Jamila a clôturé la célébration par un discours. Elle expliquait que l’ouverture du club de sport était le résultat d’un parcours semé d’embûches, mais que grâce à la persévérance, la foi et la force du groupe, tout était possible. C’était très émouvant et inspirant. Paivi, une volontaire finlandaise me glisse : « ces femmes savent faire la fête, et savent comment s’amuser ensemble ».

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Qui a le temps a la vie En relisant mon témoignage, je me dis qu’il y a encore tellement à dire… Si je dois retenir une seule chose de ce voyage, c’est de prendre le temps de vivre. Là-bas, la journée était ponctuée de pauses pour boire le thé, déguster des msemmens et les repas duraient généralement 2 heures tant le lien social prime sur l’horaire. Pourtant, on a atteint nos objectifs et on a même ajouté des activités ! Prendre le temps, laisser la place à l’imprévu permet de voir l’autre et de créer des liens pour de vrai. C’était mon premier séjour au Maroc et certainement pas le dernier.

Marie Brasseur

Volontaire au SCI

ESPACE VOLONTARIAT OUJDA (EVO) est une association marocaine qui met en place des projets solidaires et de développement dans les différents quartiers de Oujda. Ces projets visent à favoriser l’ouverture d’esprit et l’interculturalité en permettant la rencontre entre des jeunes volontaires internationaux et marocains. EVO organise des projets court terme (reconstruction, rénovation) et long terme (cours de français, école de devoirs, soutien scolaire). EVO accueille également des groupes de volontaires constitués à partir de la Belgique sous certaines conditions, dans le but de réaliser un projet interculturel conjointement avec des volontaires marocain·e·s. Intéressé·e ? Merci de contacter Sergio : sergio@cibelgium.be

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TÉMOIGNAGE

L’ÉQUIPE DU SCI, UN PROJET EN    Belgique et un groupe whattsapp Au Togo, je vois de nombreux jeunes fuir vers l’Europe. C’est pourquoi j’ai voulu participer à un volontariat sur la thématique de la migration.

Comptable, animatrice et membre active au sein de l’ONG ASTOVOT (Togo) depuis 2000, j’ai souhaité effectuer un séjour de plusieurs mois au sein d’une association partenaire d’ASTOVOT, dans le but de partager mes expériences, d’en acquérir d’autres et de revenir dans mon organisation, avec de nouvelles expériences à partager. Mon choix s’est rapidement porté sur le SCI-Projets Internationaux (Belgique), un de nos partenaires les plus réguliers et actifs depuis plusieurs années en matière d’échanges interculturels et de renforcement de capacités. Les rapports positifs des volontaires togolais qui ont eu l’occasion d’être accueillis par le SCI par le passé, en disent long sur le professionnalisme et la convivialité de cette association. En postulant à ce programme, j’espérais donc avoir l’opportunité de travailler dans une équipe compétente et dynamique qui me permettrait d’avoir une autre vision de l’organisation et de la gestion des projets de volontariat. À l’issue de mon séjour, j’aurais acquis de nouvelles compétences et de nouvelles expériences dans le volontariat international et dans l’éducation à la citoyenneté mondiale. Les compétences acquises durant mon séjour me permettraient d’une part de renforcer les dispositifs de formation des volontaires qui participeront à nos projets de volontariat et la formation des coordinateurs qui les dirigeront. Ensuite, au terme du programme, je pourrais redynamiser nos sections locales au Togo et mobiliser les volontaires expatriés qui participent à nos projets en organisant des animations pédagogiques autour de thématiques liées à la citoyenneté mondiale telles que : l’immigration, le dérèglement climatique, le genre… à partir des outils pédagogiques que le SCI a développés. Durant mon séjour à Bruxelles, Marjorie Kupper m’a demandé si je pouvais coordonner un projet en Belgique. J’ai accepté avec plaisir de m’impliquer sur un projet dans un centre de demandeurs d’asile. La thématique de la migration est importante pour moi ; aujourd’hui nombreux sont les jeunes

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Togolais qui essayent, par des voix irrégulières, de traverser le Sahel et de défier les vagues de la Méditerranée pour atteindre les côtes européennes. Malheureusement cette aventure périlleuse et fatale ne cesse de causer des désolations au sein des familles. Beaucoup de jeunes périssent dans la mer avant d’avoir mis un pied sur le sol de leur paradis imaginaire. Cela a pris de l’ampleur ces deux dernières années. Concernée par cette tragédie, ASTOVOT, à travers les camps-chantiers d’été, veut protéger les jeunes : à travers des actions, des témoignages et des supports audiovisuels, elle informe et sensibilise les jeunes sur les dangers de l’immigration irrégulière ou clandestine, sur les réalités du voyage et celles du pays de destination : on essaie de les décourager à risquer leur vie. Le projet de volontariat auquel j’ai participé à Rixensart m’a permis de mieux comprendre comment les migrants sont accueillis en Belgique. Ce projet s’est déroulé dans un centre pour demandeurs d’asile à Rixensart du 08 juillet au 28 juillet. Nous étions huit volontaires filles : 3 volontaires italiennes dont une venait de la Suisse, une béninoise venant de l’Allemagne, une volontaire mexicaine et une portugaise, et enfin deux coordinatrices : Leslie qui est belge et moi qui viens du Togo. Le premier jour du projet, nous avions accueilli à la gare de Rixensart toutes les volontaires qui sont arrivées à des heures différentes. Marjorie, la responsable SCI des projets en Belgique, était là le lendemain pour nous présenter le SCI, le rôle des coordinatrices, celui des volontaires, et les partenaires. Avec elle nous avons parlé des chocs culturels mais aussi de nos attentes, motivations et peurs. Puis nous avons rencontré le Directeur et deux animateurs du centre ; ils nous ont donné des informations sur les règles du centre et surtout sur les interdits. Nous nous sommes réunies ensuite entre nous pour programmer les activités et organiser notre modus vivendi. L’ambiance était bonne dès le début car tout le monde était motivé pour la réussite du projet. Mon expérience (je suis active dans le volontariat au Togo depuis plusieurs années),

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Coordonner un projet de volontariat / Belgique

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© Sabina Jaworek

« Coordonner un projet, c’est notamment travailler sur la communication au sein du groupe et avec les partenaires. La plupart des résidents étaient assez fuyants et secrets. d’autres se sont ouverts à nous. Ceux qui se sont confiés ont raconté que l’attente de la réponse de l’Office des étrangers est très stressante. (…) À mon retour au Togo, cela me permettra, de travailler sur nos outils de sensibilisation sur la problématique de la migration »

la création d’un groupe WhatsApp et de nombreux outils de coordination ont permis de créer un chouette groupe, animé par des blagues, des danses, des réunions d’évaluation… Malgré tout, nous avons connu quelques tensions. Les trois Italiennes, malgré que la langue du projet soit l’anglais, se retrouvaient régulièrement à parler italien entre elles. Petit à petit, un petit sous-groupe se formait. Heureusement on en a parlé et on a pu gérer la situation. Nous avons eu aussi des petits problèmes de communication avec les animateurs du centre car parfois nous ne recevions pas les informations à temps sur les changements de programme. Bref, coordonner un projet, c’est notamment travailler sur la communication au sein du groupe et avec les partenaires. Les résidents du centre sont de différentes nationalités, ils viennent de Côte d’Ivoire, du Cameroun, de Mauritanie, de Géorgie, du Burkina Faso, d’Afghanistan, d’Espagne, et d’ailleurs encore. Lors du projet une assistante sociale nous

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a expliqué les différentes étapes de la procédure d’une demande d’asile, depuis l’enregistrement à l’Office des étrangers jusqu’à l’obtention (ou non) du statut de réfugié. Cela me permettra, à mon retour au Togo, de travailler sur nos outils de sensibilisation sur la problématique de la migration et de raconter comment les candidats à l’asile vivent ce difficile parcours. Nous mangions ensemble avec les résidents à des heures fixes. Si un résident vient après l’heure fixée, il n’aura pas à manger. Nous faisions plusieurs activités avec eux comme du football, du babyfoot, du badminton, nous allions à la piscine et organisions la visite de villes Namur ou Louvain-la-Neuve. La plupart des résidents étaient assez fuyants et secrets. Les uns passent la majeure partie de leur temps dans leur chambre et n’apparaissent que pendant les repas, de plus ils n’aiment pas parler de leur histoire. D’autres effectuent des travaux pour la ville de Rixensart ou dans le centre-même : ils s’occupent de l’entretien des douches, des toilettes, du restaurant,

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Coordonner un projet de volontariat / Belgique

© Sabina Jaworek

musicaux, de la Zumba (ou de la danse en général), des ateliers d’origamis, du yoga (avec les mamans), du coloriage, on leur a raconté des histoires, on a installé un salon de beauté, on a fait des parcours d’obstacles, et on gardait les bébés pendant les cours de français des mamans. Lors de nos animations, les enfants du centre se bagarraient régulièrement entre eux car personne ne voulait perdre ; ils étaient vite jaloux entre eux. Notre projet est réussi parce que, jusqu’au jour d’aujourd’hui, nous sommes gravées dans le cœur des enfants, de leurs parents et nous avons gardé notre groupe de WhatsApp dans lequel nous nous donnons de nos nouvelles par rapport à nos activités, nos pays et plein d’autres choses. © Cherita Degbehe

du centre, ils font la lessive, distribuent les repas. Grâce à ces travaux, ils peuvent gagner un peu d’argent. Enfin, d’autres encore se sont ouverts à nous. Ceux qui se sont confiés ont raconté que l’attente de la réponse de l’Office des étrangers est très stressante. Ils ne savent pas s’ils auront une réponse positive ou négative.

J’ai passé 3 mois avec l’équipe du SCI cet été. Je suis à présent revenue au Togo mais je reviendrai pour 3 autres mois en hiver, afin de me former aux outils pédagogiques. Je suis déjà contente d’avoir découvert la culture belge et aussi ma capacité d’adaptation dans ce pays si différent du mien.

Cherita Degbehe

Membre d’Astovot, partenaire du SCI au Togo

Le matin, nous réveillions les enfants au lit car ils ne se lèvent pas tôt. Puis nous avions le temps de les animer pendant une heure. L’après-midi nous faisions des activités pendant 4 heures. Nous avons organisé des petits jeux, des jeux

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INFORMEZ-VOUS …

SES U T C R A AI LITT

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LA BIBLIOTHÈQUE DU SCI s'invite chez vous  !

Le SCI a récemment acquis ces 3 ouvrages et vous pouvez les louer.

Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Ed. du Seuil, avril 2015) Et si tout s’arrêtait d’un coup ? Si notre « civilisation » s’effondrait et faisait place à autre chose, non pas dans un lointain avenir mais de notre vivant ? Si vous voulez tout savoir sur la résilience et la collapsologie, ce livre est pour vous. Alors que notre monde vit dans un système qui ne prend pas en compte la finitude des ressources de la planète et prône un modèle de développement et de croissance à l’infini, il est urgent de réfléchir à des alternatives afin de ne pas nous saboter nous-mêmes et de comprendre où sont nos limites. Il s’agit d’un des ouvrages les plus importants sur cette thématique et le point de départ d’une réflexion qui nous amènera à changer individuellement et collectivement !

Traité d’économie hérétique. En finir avec le discours dominant de Thomas Porcher (Fayard/Pluriel, janvier 2019) « On vit au-dessus de nos moyens ! Le coût du travail est exorbitant ! Notre pays a une dette publique énorme et nos enfants en paieront le prix ! L’Etat dépense trop ! Une politique trop redistributive nous amènera à finir comme le Venezuela … ». Nous avons déjà toutes et tous entendu ces affirmations qui sonnent comme une vérité immuable avec lesquelles nous ne nous sommes pas d’accord. Nous nous sommes déjà senti démuni·e·s et en manque d’arguments et pourtant des arguments il y en a. Thomas Porcher est un de ces économistes « atterrés » qui pensent que d’autres politiques économiques sont possibles et que l’on doit en finir avec l’austérité et avec ce capitalisme qui renforce les inégalités jour après jour. Il a réalisé cet ouvrage avec l’idée d’outiller toutes les personnes qui souhaitent en finir avec le fatalisme économique et qui veulent débattre avec de solides contre-arguments. Vos repas de famille ne seront plus jamais pareils !

Kobane Calling de Zerocalcare (Ed. Cambourakis, septembre 2016) Cette BD relate le récit d’un auteur italien envoyé faire un reportage dans les confins du Kurdistan entre la Turquie, la Syrie et l’Irak alors en plein conflit impliquant Daech et une multitude d’acteurs. Il s’agit d’un reportage poignant qui nous mène à la rencontre de l’armée des femmes kurdes et de résistants en lutte. Ce reportage nous permet de mieux comprendre la complexité de cette région qui nous semble parfois lointaine. A lire absolument, d’autant plus que les plaies béantes de la guerre sont toujours ouvertes et réalimentées depuis peu à cause d’enjeux géopolitiques et de gloutonnerie hégémonique !

Plus d'infos sur la bibliothèque et son fonctionnement ? Envie de louer un livre ? Contactez par mail notre libraire du SCI, Sergio : sergio@scibelgium.be

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AGENDA DU SCI

On ne lâche rien : le SCI se mobilise

Ÿ J e 28 nov. 2019 / àpd 18h30 Au SCI : Maison de la Paix à Bruxelles

SOIRÉE FESTIVE ET BRAINSTORMANTE

© Geoffroy Dussart

« Agir collectivement : une autre façon de changer le monde » Cet automne on innove et on change au SCI, avec, toujours au cœur, la mobilisation ! Réservez la date du 28 novembre pour une soirée dans nos locaux pour un grand brainstorming sur les problématiques sociétales actuelles telles que le climat, la justice migratoire l’égalité des genres et la paix. Agir collectivement : oui, mais de quelle manière ? On vous attend ce soir-là, avec vos idées, vos interrogations, votre potentiel et votre envie d’apprendre, de partager et de changer le monde ! Libre et gratuit, amenez quelque chose en mode auberge espagnole, bar à prix libre.

LE SCI SOUTIENT

VOLONTAIRE 1 JOUR, VOLONTAIRE TOUJOURS !

LES GRÈVES POUR LE FUTUR La COP 25 aura lieu cette année au Chili du 2 au 12 décembre. Il est important de ne pas lâcher l’affaire et montrer aux personnes qui sont censées nous représenter que l’urgence climatique est une priorité ! Pour cela, différents événements seront organisés en collaboration avec la plateforme « Coalition Climat » dont le SCI fait partie :

Ÿ Ve 29 nov. / Global Strike 4 Rejoignez-nous pour des actions de grève pour le futur dans toute la Belgique !

Ÿ Di 08 déc. / Bruxelles Chaîne humaine pour le climat

L’ÉGALITÉ DES GENRES Ÿ Di 24 nov. / à 14h Gare centrale à Bruxelles Manifestation « STOP aux violences faites aux femmes ! »

Toutes nos activités sont en ligne et sur notre page FACEBOOK

2019 2020

Le volontariat local avec une ambiance internationale : nous vous invitons à découvrir le plaisir de travailler en collectif le temps d’une journée afin de donner un coup de main à une association locale ou une initiative citoyenne. Chaque mois à partir de janvier 2020, nous vous proposerons des journées ou des weekends de volontariat sur des thématiques variées : bosser dans une ferme ou dans un potager collectif, jouer avec des enfants dans un centre pour demandeurs d’asile, soutenir un groupe local de protection du patrimoine… Prochaine date 2019 :

Ÿ S  a 30 nov. 2019 / 13h30 > 17h Chemin de Perwez, 16 - 4500 Solières

VOLONTARIAT D’UN JOUR AU « CHÂTEAU VERT » (PRÈS DE HUY) Intéressé·e par la sensibilisation aux inégalités et au handicap ? Venez passer une journée conviviale avec les résidents d'un centre pour personnes porteuses de handicap : jeux, promenade, goûter…

WWW.SCIBELGIUM.BE/AGENDA/MOBILISATION Infos & inscriptions : camille@scibelgium.be

Editeur responsable : Luc Henris | Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles | Imprimé sur papier recyclé

Rejoignez-nous !

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Le SCIlophone n°85  

A la une de notre trimestriel, notre dossier : "Comment sortir de la modernité ?"

Le SCIlophone n°85  

A la une de notre trimestriel, notre dossier : "Comment sortir de la modernité ?"

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