SCIlophone n°91

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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

LE SCILOPHONE N° 91

Bureau de dépôt : 1050 Bruxelles, 5 Agrément : P006706

AVRIL / MAI / JUIN 2021

DOSSIER

Bas les masques :

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT Au Togo, en Guinée et en Belgique Les dégâts collatéraux de la pandémie ENJEUX INTERNATIONAUX Au Salvador, le mépris de l’Etat envers les droits humains TÉMOIGNAGES Rêver, intégrer, s’immerger, coordonner : les vécus de projets de volontariat en Equateur, en France et en Belgique !

Décryptez les concepts clés du SCI avec notre nouveau podcast !

Une autre façon de lire le monde

© Geoffroy Dussart et Jean-François Vallée

LE SCILOPHONE PODCAST


04

Enjeux internationaux

SALVADOR / Lutte permanente pour

le respect des droits humains

Le SCI - Projets internationaux asbl

04

est reconnu comme : • ONG d’éducation au développement par la Direction générale de la coopération au développement (DGD)

09

• Organisation de Jeunesse

DOSSIER

par la Fédération Wallonie-Bruxelles

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT Introduction

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GUINÉE / Démocratie et covid :

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la difficulté de la combinaison

12

Comment les étudiant·es vivent

14

la pandémie en Belgique

15

La vie covid au centre Fedasil pour MENA de Woluwe Saint Pierre

18

24

27

La bibliothèque du SCI

Compte Triodos

L'écriture inclusive au SCI 26

Ils·elles ont participé à ce numéro ! Le SCIlophone, trimestriel du SCIProjets internationaux, est avant tout le magazine des volontaires du SCI !

et recevez votre trimestriel :

WWW.SCIBELGIUM.BE

BELGIQUE / Expérience de

un lieu alternatif et minimaliste

T 04 / 223.39.80

Communication : cotisation annuelle

21

Rue des Augustins, 6 • 4000 Liège

BE09 5230 8029 4857

ÉQUATEUR / Enseigner dans la selva : un double défi

FRANCE / Deux mois dans

Liège :

Devenez membre SCI pour 15 €/an

Témoignages

coordination sur un projet social à Bruxelles

T 02 / 649.07.38

ABONNEZ-VOUS AU SCILOPHONE !

L'attente d'une régularisation en pleine crise sanitaire

21

Bruxelles : Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles

TOGO / Un virus qui fait peur

SCI-PROJETS INTERNATIONAUX

Morgan Bakker, Cherita Degbehe, Kaman Diaby, Margot Duclay, Chloé Jeanne, Idalia Rosmery Claros Rodríguez, Sandrine Matthieu, Solange Migan, Julienne Nguidjo, Carole Plakoo.

L’idée que le masculin représenterait l’universel est une des formes de la domination patriarcale dans la langue française. Le SCI encourageant et luttant pour l’égalité de genre, et le SCIlophone se voulant être un espace d’expérimentation de la langue, les rédacteurs·trices et le comité de rédaction prônent les règles d’écriture inclusive et les appliquent au sein de chaque numéro. Cette écriture inclusive se traduit par l’utilisation de termes épicènes (équipe pédagogique au lieu de professeurs) des points médians (certain·es), des contractions (iel, iels) des doublets (ils et elles, résidentes et résidents) et par l’application de la règle de proximité selon laquelle l’accord de l’adjectif ou du participe passé se fait avec le nom le plus proche (mes doutes et mes joies sont ancrées). Cependant, pour les articles déjà publiés, ou les extraits, le SCI ne prend pas la responsabilité d'y ajouter l'écriture inclusive pour des soucis de cohérence avec la publication initiale.

Coordination de publication : Camille Berger / Mise en page : Pauline

Vous désirez partager une réflexion concernant le développement, les relations internationales, l'interculturalité ou encore témoigner de votre expérience sur un de nos projets ? Nos colonnes vous sont ouvertes ! Faites-nous parvenir vos propositions de thèmes et vos articles via : camille@scibelgium.be

Averty / Comité de rédaction : Clémentine Tasiaux, Marie Marlaire, Sergio Raimundo, Marjorie Kupper, Emmanuel Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek, Camille Berger / Illustrations originales : Geoffroy Dussart et Jean-François Vallée / Photos sans © : SCI-Projets Internationaux / Relecture orthographique : Aline Nonet


ÉDITO © Fundación Consciente El Salvador / Salvador (p.7)

© Cherita Degbehe / Togo (p.12)

© Sandrine Matthieu / Équateur (p.21)

Les voix du SCI Si étant malade, nous nous imaginons que la guérison va se produire, celle-ci se produira si elle est possible. Si elle ne l'est pas, nous obtiendrons le maximum d'améliorations qu'il est possible d'obtenir. » Théorie intéressante, non ? Répétée à profusion par l’auteur d’un ouvrage, célèbre en son temps (édité en 1926) : « la maîtrise de soi-même, par l’autosuggestion consciente. » Il s’appelait Emile Coué, est l’initiateur et a donné son nom à une méthode devenue célèbre : la méthode Coué. À priori, « la méthode Coué » aujourd’hui, aurait plutôt une résonnance péjorative. Du genre : se mettre la tête dans le sable. Et bien, en cette saison printanière (non, il ne fait pas froid, le soleil brille de tous ses feux, il suffit d’un peu d’imagination), nous allons positiver, et lever la tête et les yeux vers les étoiles. Promis, c’est la dernière fois que nous parlons de ce fichu virus dans le SCIlophone : un dossier complet sur la Covid-19, pour évacuer la question, puis on passe à autre chose. Lors de notre prochaine édition, on se parlera autour d’un verre sur une terrasse. Ou autour d’un repas, serré·es les un·es contre les autres après s’être chaleureusement embrassé·es, dans la salle Rosa Luxemburg de la Maison de la Paix. Vous serez nombreus·es, début d’automne, à participer à notre traditionnel week-end de retrouvailles pour partager, joyeux et joyeuses, le fantastique projet de volontariat que vous aurez réalisé durant cet été. Que de belles rencontres vécues !

Nos voix résonneront joyeuses, dévoilées, sans masque ni écran entre nous. Comment ? Vous n’y croyez pas ? Petit découragement ? Faites travailler votre imagination, pas celle qui est dans la zone sombre de votre cortex cérébral et qui vous fait craindre le pire; non l’autre, celle qui est ouverte au soleil et à la lumière. Vous pensez bien que la guérison va forcément arriver. Sauf si on n’y croit pas. Dans 3 mois, 6 mois, 9 mois ? Peu importe finalement. Le moment de la destination ne compte pas, c’est le chemin et le pas qu’on y pose à l’instant présent qui comptent. Pour vous aider, nous avons très pacifiquement capturé quelques jolies voix que vous pouvez déjà, sans plus attendre, découvrir sur notre chaîne Youtube. Sous la houlette de Sabina, une série de podcasts a été lancée, pour développer les thèmes qui sont chers au SCI : les deux premiers sont déjà en ligne, sur les thèmes du pacifisme et du volontariat. D’autres vont suivre, déclinant les autres thèmes chers à notre association : la rencontre interculturelle, le choc culturel, le développement. On y fera ce qu’on adore faire au SCI : partager les vécus, croiser les regards, échanger… En attendant le retour des rencontres libérées… Bientôt, bientôt… À très bientôt. Pascal Duterme

Coordinateur du SCI-Projets Internationaux

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ENJEUX INTERNATIONAUX

Salvador L’IMPUNITÉ ET LE MÉPRIS DE L’ETAT FACE AU NON-RESPECT DES DROITS HUMAINS Vous trouverez dans cet article un tour d’horizon du contexte salvadorien quant aux Droits Humains ainsi qu’une analyse des violences liées au genre au Salvador. Sans prétendre dénoncer un grand chaos, les problèmes qui affligent le pays sont très pesants et méritent d’être exprimés. Vous verrez aussi qu’il existe des organisations sur le territoire, qui font de la résistance pour de nouvelles réalités de transformation sociale.

Contexte et antécédents historiques du Salvador

© NordNordWest

Le Salvador est le pays le plus densément peuplé du continent américain. Son territoire est organisé en 14 départements et 262 municipalités. La capitale est la ville de San Salvador qui concentre l’activité politique, économique et les services de meilleure qualité du territoire dans une logique hégémonique centralisée par rapport à la périphérie. Le Salvador partage une histoire et des processus sociopolitiques et économiques communs avec le reste de l’Amérique Latine. Il a connu une histoire chaotique, de la résistance indigène contre les invasions et ingérences étrangères, à la domination idéologique, en passant par l’esclavage, l’exploitation, le pillage de biens communs et naturels, les viols et le métissage, le racisme, la discrimination. Il a résisté à travers des insurrections indigènes et paysannes victimes de massacres, une longue résistance à plus de 60 ans de dictature militaire et 12 ans de guerre civile à partir de 1980 avec une ingérence militaire des États-Unis, dont le coût humain a atteint approximativement 75 000 morts. Cette guerre s’est terminée en 1992 avec la signature d’accords de paix qui ont donné lieu à des réformes militaires, sociales et politiques dans le pays. Par la suite, la résistance s’est organisée face à l’aggravation des inégalités sociales suite à une décennie néolibérale, entre mesures d’ajustement structurel et privatisation enlevant l’accès à des droits humains. La pauvreté se reflète aujourd’hui dans certains aspects concrets comme le revenu moyen mensuel des ménages au niveau national qui est de 619.90$. Il est plus précisément de 728.33$ en zone urbaine et de 435.19$ en zone rurale. Ce qui indique que les conditions de vie rurales sont inférieures aux conditions urbaines.

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Morazán, territoire d’action de la Fundación Consciente El Salvador. Morazán se trouve au nord-est du Salvador et est le département le plus pauvre du pays. Sa population est de 206 475 habitan·es pour une superficie de 1 447.43 km2 et une densité de population de 143 habitant·es par km2

Morazán, département où agit la Fondation Consciente, est un des départements avec le revenu moyen mensuel le plus bas qui est de 478.52$. 566 486 des plus de 10 ans ne savent ni lire ni écrire, ce qui représente un taux d’analphabétisme national de 10%, les femmes étant les plus touchées. En plus de cela, 26,9% des 15-29 ans ne travaillent pas ni n’étudient. L’exclusion et le manque d’espoir dans cette société font que beaucoup de jeunes tombent facilement sous l’influence de bandes criminelles – « las maras » – qui recrutent également des enfants. À cause de cette situation difficile, beaucoup de personnes se voient obligées d’émigrer vers les villes du pays ou, de manière « illégale » à l’étranger, principalement aux États-Unis.

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SALVADOR : NON-RESPECT DES DROITS HUMAINS

Situation politique et droits humains Le gouvernement du Salvador est actuellement dirigé par « la nouvelle droite », depuis les élections présidentielles de 2018 au cours desquelles Nayib Bukele a été élu candidat du parti GANA « Gran Alianza por la Unidad Nacional » formé en 2010 par des dissidents du parti oligarque de droite ARENA « Alianza Republicana Nacionalista ». En 2009, pour la première fois, l’unique parti de gauche, FMLN « Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional », a gagné les élections présidentielles et gouverné jusqu’au 1er juin 2019, date d’entrée en fonction de Nayib Bukele. Les élections des conseils municipaux, législatifs et du Parlement Centraméricain ont eu lieu le 28 février dernier et selon les résultats, le parti du président Nayib Bukele, a obtenu une victoire écrasante. Ces gouvernants actuels ont instauré une logique de mépris. Des fonctionnaires publics, administrateurs d’Etat et sympathisants du gouvernement expriment haine et misogynie, jusqu’à soutenir l’assassinat de militants de gauche1, démontrant leur plein pouvoir à la population, qui, par peur, ne peut se permettre de protester. L’impunité historique s’exprime par l’occultation de crimes de lèse humanité et le refus de réviser des archives de guerre qui pourraient donner lieu à l’implémentation d’une justice face à la violation des Droits Humains.

LA FONDATION CONSCIENTE EL SALVADOR À travers une éducation critique et créative, la « Fundación Consciente », partenaire du SCI, veut apporter un apprentissage alternatif et motivant dans un pays où l’accès à l’éducation est très difficile. L’association organise des ateliers, des sorties d’étude ou culturelles et des cours de théâtre, musique, artisanat... « Consciente » a été fondée par de jeunes salvadorien·nes qui pensent que l’éducation populaire est essentielle pour changer les conditions de vie des populations défavorisées.

PLUS D'INFOS Sur la chaîne Youtube de la Fundación Consciente

Les failles de l’éducation, aggravées par le virtuel Concernant l’éducation, seulement 31,7% des familles disent avoir internet en zone urbaine et 3% en zone rurale, même si 93,5% disent posséder un téléphone portable. Ce qui signifie que 5 étudiant·es du secteur public sur 10 n’ont pas accès à internet2 et qu’il existe donc une fracture numérique qui provoque un accès inégal à une éducation gratuite et de qualité. Cette situation s’est renforcée avec l’isolement provoqué par la crise covid. En réponse à cette réalité qui afflige Morazán, la Fundación Consciente a créé trois programmes éducatifs, qui ont continué d’exister pendant le confinement, avec le mot d’ordre : « en lutte pour une éducation critique et créative ».

Idalia Claros Rodríguez / © Fundación Consciente El Salvador.

Le « Programme d’Education Populaire pour le Développement Durable » de la Fundación Consciente organise en temps normal des ateliers d’éducation au genre et d’analyse de la violence structurelle contre les femmes, mais aussi des ateliers sur l’environnement (théorie et apprentissage pratique de la permaculture), sur la santé globale préventive, avec approximativement une centaine de jeunes participantes et participants. Des ateliers ont été organisés en ligne pendant le confinement, notamment une campagne sur la prévention concernant la santé sexuelle. Le coût de l’internet des participant·es qui n’y ont pas accès dans leur logement a été pris en charge. Le programme de bourses de la Fundación Consciente a continué à fournir les cotisations mensuelles à chaque jeune de la population boursière pour qu’iel puisse financer les modalités virtuelles de leurs études académiques. Il y a également eu des prêts d’ordinateur à toutes les personnes qui n’en avaient pas pour étudier depuis la maison.

1 https://elfaro.net/es/202102/el_salvador/25192/Dos-militantes-delFMLN-fueron-asesinados-y-Bukele-insinu%C3%B3-que-se-trat%C3%B3de-un-autoatentado.htm 2 Données de la Digestyc, 2018.

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8 mars 2021 à Morazán. Campagnes et manifestations d’organisations de femmes et féministes et d’organisations alliées dans la lutte contre les violences faites aux Femmes, dont la Fundación Consciente El Salvador. A Meanguera, Morazán où deux féminicides ont été enregistrés en janvier de cette année.

© Fundación Consciente El Salvador

Violence de genre au Salvador : l’exemple du cas Manuela1 Le programme « Portail Educatif Etudiant » s’est également adapté au virtuel, en développant des vidéos sur les guides d’apprentissage que le Ministère de l’Éducation, Sciences et Technologies publiaient hebdomadairement. Pour partager le matériel, une chaine YouTube a été créée où 30 à 40 vidéos étaient partagées chaque semaine. Pour ce travail, chaque enseignant·e a utilisé les ressources disponibles (téléphone, ordinateur). Malgré les tentatives de la Fundación Consciente pour contribuer à l’accès éducatif, en travaillant de manière virtuelle, la population étudiante manque de moyens technologiques comme un smartphone, un ordinateur, internet et même le signal qui permet l’accès à l’internet. Ce qui a engendré peu de participation par moment. Même pour celleux qui avaient les moyens technologiques, les difficultés étaient autres. Iels ne savaient pas comment l’utiliser sans avoir eu de formation à ce sujet de la part du système éducatif public. L’excès de travail en mode virtuel a également affecté les participant·es, étant donné que tout est devenu virtuel : le travail, l’école, l’éducation alternative et la participation politique et associative, rendant le temps très limité ou saturé d’activités en ligne.

Depuis 1998, année de la pénalisation de l’avortement de manière généralisée au Salvador, 181 femmes ont été criminalisées. Aujourd’hui, 18 femmes sont privées de liberté, condamnées à 30 ans de prison sans procès adéquat, et sont exposées à la mort comme ce fut le cas pour Manuela. C’était une femme de 31 ans, pauvre et analphabète, résidente de la municipalité de Cacaopera dans le département de Morazán. Le 27 février 2008, sentant de fortes douleurs pelviennes et abdominales, elle s’est rendue à la latrine en croyant souffrir d’une indigestion et a expulsé un fœtus. Elle a eu besoin de soins obstétriques d’urgence et a été transférée à l’Hôpital National de San Francisco Gotera, où on lui a diagnostiqué une anémie et une pré-éclampsie, une complication responsable d’un quart des morts maternelles en Amérique Latine. Malgré son état, le personnel de santé l’a accusée d’avoir assassiné son enfant et l’a dénoncée pour avortement. En août de cette même année, elle a été condamnée à 30 ans de prison pour homicide aggravé. Deux ans plus tard, elle est morte d’un cancer lymphatique, menottée à une civière du pavillon des détenues de l’Hôpital National Rosales. Assassinée par la négligence et la misogynie de l’État salvadorien.

1 Manuela : Cour Interaméricaine des Droits Humains, Cas Manuela et autres contre Salvador : https://www.corteidh.or.cr/docs/tramite/manuela_y_otros.pdf

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SALVADOR : NON-RESPECT DES DROITS HUMAINS

Les organisations féministes et de droits humains, le Centre des Droits Reproductifs, la Collective Féministe pour le Développement Local, et le Groupement de Citoyennes pour la Dépénalisation de l’Avortement ont poursuivi l’État salvadorien, affirmant que le jugement de Manuela était plein d’irrégularités : charges imputées avec de fausses preuves, mauvais conseils du défenseur public, obligation du père à signer un document contre sa fille sans en connaître le contenu (lui non plus ne savait pas lire), menace d’emprisonnement sur la mère et fausses informations basées sur des stéréotypes de genre dans le rapport médical. Étant un exemple clair de violations des Droits Humains des femmes, le cas Manuela est parvenu à la Cour Interaméricaine des Droits Humains. Il a été reçu le 21 mars 2012, accepté le 18 mars 2017 et les 10 et 11 mars 2021, 13 ans après ce douloureux épisode, le jugement a été révisé par la CIDH en deux journées d’audiences publiques virtuelles. Les organisations qui représentent Manuela et sa famille estiment que la sentence de la Cour sera connue dans un an. Ce cas fera désormais jurisprudence à la CIDH pour la reconnaissance des droits sexuels et reproductifs des femmes.

« Depuis 2020, avec l’argument de l’urgence de s’occuper de la pandémie, les services de santé sexuelle reproductive se sont arrêtés, y compris des examens basiques comme le frottis, négligeant la prévention du cancer de l’utérus. Cela illustre également le mépris de l’Etat et l’impunité concernant les féminicides et autres types de violence contre les femmes. »

Malgré tout, depuis 2019, des coupes budgétaires ont été faites dans des programmes sociaux. Une des coupes budgétaires, en lien avec l’accès à la santé publique, a été de 33,5 millions de dollars pour le premier niveau de soins du ministère de la santé. Cette mesure met en danger la vie de femmes et de filles. En plus, depuis 2020, avec l’argument de l’urgence de s’occuper de la pandémie, les services de santé sexuelle reproductive se sont arrêtés, y compris des examens basiques comme le frottis, négligeant la prévention du cancer de l’utérus. Cela illustre également le mépris de l’Etat et l’impunité concernant les féminicides et autres types de violence contre les femmes. Action symbolique qui représente la douleur et l’exigence de justice pour nos mortes de féminicides. Le nom sur le cercueil est celui d’une des assassinées de janvier 2021 à Morazán. © Fundación Consciente El Salvador

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SALVADOR : NON-RESPECT DES DROITS HUMAINS

Féminicides au Salvador Selon l’observatoire des violences de ORMUSA, et des données du Bureau du Procureur de la République, 130 féminicides ont été enregistrés en 2020, dont 64 pendant le confinement dû à la pandémie de covid. 314 cas de violence physique et 711 cas de violence sexuelle enregistrés. La cause de cette maltraitance envers les femmes et les filles a été une proximité accrue avec leurs agresseurs pendant cette période. Malgré les chiffres déjà préoccupants, le nombre réel de féminicides et d’autres cas de violences peut être encore plus élevé. Les organisations populaires, féministes et de femmes sont conscientes de la lutte juste, digne et urgente pour la vie des femmes et de l’enfance. C’est pour cette raison qu’une alerte féministe a été lancée lors de la Journée Internationale Contre les Violences faites aux Femmes, le 25 novembre 2020 et de la Journée Internationale des Droits des Femmes, le 8 mars 2021. Dans le cadre du 8 mars, différentes actions ont été réalisées en coordination avec des organisations de femmes et féministes. L’Université du Salvador a réalisé des forums de discussion et une marche nationale s’est déroulée le 7 mars dans la capitale avec le slogan « Marchamos por nuestras vidas, cuerpos y territorios » (« Nous marchons pour nos vies, nos corps et nos territoires »). Un slogan fort, pour le droit à l’avortement et les droits sexuels et reproductifs dans ce pays où les femmes encourent jusqu’à 40 ans de prison quand elles font une fausse couche à cause de leur santé, leur pauvreté et/ou la violence machiste. Pendant la marche à San Salvador, le Réseau Salvadorien des Défenseuses des Droits Humains a documenté diverses violations du droit à la manifestation : actes de surveillance et d’intimidation policières, tentatives d’arrestation avec usage de violence contre des camarades et déploiement de l’armée. Des journalistes et défenseuses des droits humains ont été attaquées sur les réseaux sociaux. Au niveau local, dans le département de Morazán, différentes manifestations ont eu lieu contre les expressions multiples de violence de genre. Une campagne virtuelle de visibilisation sur les réseaux sociaux, de messages principalement contre le féminicide, a été menée. Parallèlement, des bannières ont été installées à des points stratégiques sur la route principale du département et deux conférences de presse ont été données

avant le 8 mars. L’action principale du 8 mars consistait en une caravane de voitures et de motos avec des personnes, des symboles, des drapeaux violets et verts, et des pancartes avec des messages (voir photos). Symboliquement, le cortège a continué jusqu’à la municipalité de Meanguera, au nord du département, où a eu lieu un des deux féminicides enregistrés pendant le mois de janvier au Salvador. Ces actions ont été menées par le mouvement de femmes « Red Ciudadana de Mujeres Morazán » (« Réseau Citoyen de Femmes de Morazán ») avec lequel la Fundación Consciente prend position à travers le Programme d’Éducation Populaire. Un appel urgent a été fait aux autorités et institutions à tous les niveaux pour mener des actions organisées qui contrent et éliminent les violations des Droits Humains, principalement des femmes.

Conclusion Toute cette situation qui décrit la réalité salvadorienne, pleine de problèmes sociaux, politiques, économiques, environnementaux, culturels et de genre, ne décourage pas le peuple salvadorien organisé mais donne force et espoir pour continuer un chemin long et difficile. Pour cette raison, beaucoup de luttes déjà entreprises – environnementales, de genre et féministes, communautaires, etc. – restent pleines de vigueur. Ce sont ces luttes que rejoint la Fondation Consciente El Salvador, avec la conviction que l’éducation est un outil puissant pour les transformations sociales quand elle se fait dans une logique de pensée critique et non pas d’assistanat stérile. Dans ce sens, la fondation travaille et continue de mener ses projets dans le milieu de l’éducation formelle et alternative, basés sur l’analyse de la réalité locale, nationale et même globale pour contribuer au bon développement du territoire.

Idalia Rosmery Claros Rodríguez

Fundación Consciente El Salvador

Article traduit par Marie Marlaire, permanente au SCI

© Fundación Consciente El Salvador

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LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT

Intro U

n an maintenant. Un an de peur, de restrictions, d’isolation, de virtuel, de mesures et de chiffres. Un an qu’un unique virus est venu perturber nos vies individuelles mais aussi notre vie sociale et collective. En Belgique, les restrictions continuent, le nombre de personnes contaminées augmente, baisse, stagne puis augmente de nouveau. Qui aurait pu dire il y un an et quelques mois que nos espaces de retrouvailles, de rassemblement, de loisirs seraient fermés aussi longtemps ? Que le secteur de la santé serait submergé et d’autres secteurs comme celui de la culture aussi mal en point à cause d’une maladie ? Au SCI, une partie des activités est suspendue. Et les activités maintenues se font virtuellement. Le contact direct avec les collègues et les volontaires nous manquent, mais aussi la possibilité d’organiser la réunion internationale du SCI prévue en Belgique en 2020, ou d’aller rencontrer des partenaires à l’étranger. Car la Belgique n’est pas le seul pays à voir son quotidien et les relations entre ses citoyen·nes impactées par le coronavirus et les restrictions sanitaires. À travers le monde entier, la maladie sévit et entraine des conséquences non négligeables dans plusieurs pans de la société, sur plusieurs catégories de population. Nous avons voulu montrer quelques-uns de ces dégâts collatéraux, en interrogeant des partenaires et volontaires de différents pays dans différentes situations. Car si la pandémie a affaibli nos contacts directs, nous pouvons encore écrire à plusieurs mains et témoigner de nos différentes réalités. Ce dossier est un moyen de partager des nouvelles d’ici et d’ailleurs dans un contexte sanitaire qui est le même à l’international mais se décline en différentes nuances aux échelles nationales. Dans ce numéro du SCIlophone n°91, vous trouverez un état des lieux de l’épidémie au Togo, l’impact du contexte sanitaire sur la vie politique en Guinée, les conséquences sur une volontaire en situation de demande de protection internationale en Belgique, et vous aurez aussi un aperçu de la situation que vivent les étudiant·es en Belgique et du confinement dans un centre d’accueil à Bruxelles. Et malgré l’aspect peu optimiste de ce dossier, en attendant de nous retrouver (on espère que cela arrive vite), nous avons aussi demandé aux rédacteurs et rédactrices leurs espoirs pour l’avenir.

Camille Berger

Rédactrice en cheffe du SCIlophone

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DOSSIER / 01

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT

Guinée

LUTTE CONTRE LA COVID ou déraison politique

Dès le début de la pandémie, des mesures ont été prises en Guinée, relayées par les médias (presse, télévision, radio), pour sauver des vies. Mais le but de ces mesures est-il si louable que cela ? Ne cache-t-il pas une autre raison comme le maintien du président Alpha Condé au pouvoir, alors que l’alternance démocratique imposait qu’il ne brigue pas un troisième mandat ?

Le président sortant Alpha Condé a organisé en 2020 un référendum constitutionnel qui a débouché sur une nouvelle constitution. En gros, « outre le renforcement du régime présidentiel déjà en vigueur et l'allongement de la durée du mandat présidentiel de cinq à six ans, le contenu de la nouvelle loi fondamentale permet à Condé de se présenter pour un troisième mandat en remettant à zéro le compteur de ses mandats passés1 ».

Des éléctions antidémocratiques Les élections ont eu lieu le 18 octobre 2020 et ont donné Alpha Condé vainqueur, dès le premier tour, avec 60% des voix. Même si le calme régnait le jour des élections, plusieurs observateurs se sont interrogés sur la régularité des résultats. D’une part, dans certains arrondissements, le nombre de personnes votantes était supérieur au nombre de personnes inscrites, d’autre part plusieurs commissaires de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) avaient démissionné quelques jours avant le scrutin pour protester sur la méthode de compter et totaliser les voix2. Enfin, le leader de l’opposition, Celloun Dalein Diallo, a contesté la validité des résultats et exigé un nouveau comptage3. Dès l’annonce de la volonté du président Condé de se présenter aux élections 2020 et de briguer ainsi un troisième mandat à la tête de la Guinée, plusieurs opposants ont dénoncé l’attitude anti-démocratique du président et ont encouragé la population à manifester. Or les manifestations ont été

strictement interdites et les opposants les plus virulents ont été neutralisés. « Après avoir lutté contre le troisième mandat d’Alpha Condé, Oumar Sylla, le chef du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) a été condamné à 11 mois de prison pour attroupement illégal sur la voie publique. Ce mouvement avait véritablement mobilisé la société civile contre ce troisième mandat », explique le journaliste Antoine Glaser4, d’après TV5 Monde.

« Beaucoup de rumeurs circulent. Les gens craignent que, si on est positif, on ne sera pas soigné mais juste éloigné ou isolé. Alors, on évite d’aller à l’hôpital, on évite de se faire tester. On a plus peur du test que de la maladie elle-même. » Ces manifestations ont été interdites pour raison sanitaire. Il semble donc que la lutte contre la COVID tombe au bon moment pour le président. Mais d’autres mesures ont également été favorables au président : les frontières entre la Guinée et le Sénégal ont été fermées. Or l’importante diaspora guinéenne au Sénégal soutenait probablement Celloun Dalein Diallo. La fermeture des frontières a également empêché la venue de journalistes étranger·es qui auraient pu avoir un regard critique sur la situation et dénoncer les violences faites aux manifestant·es.

1 Wikipédia, « Élection présidentielle guinéenne de 2020 » 2 Cf. les propos du politologue Saïkou Oumour BALDE sur https:// information.tv5monde.com/video/presidentielle-en-guinee-les-resultats-posent-des-interrogations 3 François SOUDAN, « Alpha Condé – Cellou Dalein Diallo : un bras de fer et deux Guinée », in Jeune Afrique, 03/11/2020 4 Source : https://information.tv5monde.com/video/guinee-l-opposantoumar-sylla-condamne-11-mois-de-prison

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LUTTE CONTRE LA COVID / DÉRAISON POLITIQUE

Régulièrement en contact avec des amis et de la famille en Guinée, nous avons voulu relayer auprès des lecteurs du SCIlophone une synthèse claire et concise de tout ce que nous avons lu et entendu.

Le flou de la situation sanitaire Pendant que l’on se dispute le pouvoir, la situation sociale et sanitaire est très inquiétante. Le gouvernement semble devoir choisir entre la COVID et la famine. « Plus de la moitié des Guinéens n’ont pas de moyens stables de vivre, seulement de survivre. Les familles se lèvent le matin, dans la journée elles génèrent des revenus, avec lesquels elles achètent la nourriture du jour. Comment confiner dans ces conditions ? » explique Ibrahima Kassory Fofana, Premier ministre de Guinée-Conakry5. Finalement la population a l’impression de vivre les deux : la maladie et la famine. La maladie ? Il y a très peu d’informations. On ne comprend pas ce qui se passe. Beaucoup de rumeurs circulent. Les gens craignent que, si on est positif, on ne sera pas soigné mais juste éloigné ou isolé. Alors, on évite d’aller à l’hôpital, on évite de se faire tester. On a plus peur du test que de la maladie elle-même. La famine ? Il n’y a aucune aide de la part de l’État, aucune distribution de vivres, tandis que les prix des denrées de base augmentent fortement. Alors la seule option pour de nombreuses personnes est de quitter la capitale et de retourner dans les villages, en espérant être accueillies par des amis ou de la famille. Aujourd’hui, beaucoup ont l’impression d’avoir été trompé·es et manipulé·es par les hommes au pouvoir. Au fond, à qui ont profité les mesures de distanciation sociale et les interdictions de se rassembler ? La population veut une élite politique réellement au service de la société, de son développement et de son bien-être et non accrochée à tout prix au pouvoir. C’est dans ce sens que « huit personnalités, la plupart âgées de moins de 40 ans, proposent d’ouvrir le dialogue pour créer, enfin, une vraie nation démocratique6 ». Seule une réforme en profondeur de la culture politique permettra de créer des institutions capables de relever les défis de demain.

Kaman Diaby Volontaire animateur au SCI Toussaint Permanent au SCI

et Emmanuel

5 Vincent JAUVERT, « En Afrique, nous redoutons à la fois la maladie et la famine », dans Le Nouvel Observateur, 12/04/2020 6 Cf. la tribune « Au-delà de la contestation, les Guinéens doivent faire émerger une vraie démocratie », par le collectif Amadou Sadjo Barry, Alpha Diallo, Félix Dounia Millimono, Halimatou Camara, Mory Camara, Ramadan Diallo, Tierno Monénembo, Zénab Cissé, dans Jeune Afrique, 25/11/2020 © Jean-François Vallée

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DOSSIER / 02

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT

Togo

Togo :

LA COVID, UNE ÉPIDÉMIE QUI FAIT PEUR Au Togo, comme dans tous les pays, le gouvernement a imposé un confinement des familles et l’arrêt soudain de nombreuses activités, sans préparation et quasiment sans aménagement. Du jour au lendemain, au printemps 2020, on a fermé les frontières aériennes comme terrestres, les routes, les écoles et les universités, les églises et les mosquées, les lieux culturels et de rencontre, et les magasins. Après quelques mois, des mesures de déconfinement partiel ont eu lieu, certes, mais un grand nombre d’activités fonctionnent au ralenti et de nombreuses personnes continuent de pâtir de la situation.

Déficit de solidarité « Le Togo fait partie des pays africains qui ont vite réagi face au coronavirus. Fermeture des frontières, confinement, mise sous cloche de l’économie, tracking et renforcement du système hospitalier lui ont permis de contenir la pandémie1. » Mais à quel prix ?

© Jean-François Vallée

Ce qui est marquant, c’est la peur de la maladie et ses conséquences sociales. Alors que, d’habitude, il y a une forte entraide entre les personnes, tout à coup, on a peur de se rapprocher les uns des autres. Les effets sont terribles. Par exemple, les orphelinats n’ont plus reçu de volontaires expatrié·es qui viennent en appui au personnel, de dons (vêtements, nourritures, jouets) : il est devenu plus difficile d’habiller ou de nourrir les enfants qui y sont accueilli·es. Un autre exemple ? Des centaines de personnes n’ont pas pu être soignées : les unes parce que les médecins avaient peur et les ont laissées à part, les autres parce qu’elles n’ont pas osé se rendre à l’hôpital. La peur du virus, accompagnée du manque d’équipement (le manque de masques pour les médecins notamment) a empêché de venir en aide aux personnes en difficulté respiratoire. On a entendu dire que le gouvernement avait réagi de manière rapide et drastique. Certes, mais il a aussi, et surtout, installé un climat de méfiance au sein de la population durant le printemps 2020. L’ensemble des mesures, répétées en boucle par les radios et télévisions du pays ont causé un véritable stress. On a diabolisé la covid. On en a la représentation d’une maladie mortelle. Et on en a tellement peur, qu’on veut surtout éviter de se faire diagnostiquer positif. Les personnes craignent que, si elles sont positives, on les laisse de côté et on les regarde de manière négative. C’est l’une des raisons qui a poussé les gens à respecter les mesures barrières. Le respect des mesures est l’une des raisons pour lesquelles ici au Togo on a très peu de cas de covid.

1 Ayi Renaud DOSSAVI, « Par la Télé, la Radio, ou Internet, le Togo veut s'attaquer au défi des cours à distance », dans TogoFirst, 20/04/2020

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TOGO : UNE ÉPIDÉMIE QUI FAIT PEUR

© Cherita Degbehe

Financièrement, l’ensemble de la population a été touché et connait de nombreuses difficultés. Etant donné qu’on a limité le nombre de personnes dans les taxis à quatre, les prix ont doublé. Se déplacer est devenu vraiment très cher. À cela il faut ajouter que les routes nationales ont été fermées, afin d’éviter que les foyers de l’épidémie venant de Lomé ne touchent les autres villes comme Kpalimé. Cela a eu des conséquences sur les prix de toutes les marchandises et produits qu’on peut trouver sur les marchés. Le coût de la vie a tellement augmenté que de nombreuses familles sont en difficultés financières. Sans oublier que de nombreuses activités génératrices de revenus ont été à l’arrêt ou ont fortement ralenti.

Le volontariat et la jeunesse en perte de vitesse L’association Astovot par exemple n’a pas pu accueillir de volontaires pendant près d’un an. C’est une catastrophe pour nous. Pour l’anecdote, en 2020 les volontaires européen·es qui étaient présent·es et en voyage au Ghana, étaient surnommé·es « volontaires corona ». La covid était associée à l’Europe. Tous ont dû partir par peur de la contamination et du fait que les hôpitaux ne sont pas équipés pour le traitement de la covid. Aujourd’hui, un an plus tard, les expatrié·es sont à nouveau bien accueilli·es. Le SCI a envoyé deux volontaires. D’autres partenaires reprennent aussi contact avec Astovot. Une autre conséquence collatérale se remarque sur la jeunesse. Plus précisément sur les enfants et les jeunes qui fréquentent les écoles, les universités et les associations pour jeunes. Les écoles ont été fermées pendant 6 mois (d’avril à octobre). Pendant cette période, les cours à distance n’ont pas été possibles car les professeurs et les familles ne sont pas équipées et les connexions ne sont pas suffisantes. Le gouvernement a alors tenté d’organiser des cours via la télévision. Mais cela n’a pas fonctionné non plus, car trop peu de personnes ont accès à la télévision et les coupures d’électricité sont fréquentes.

2 Ayi Renaud DOSSAVI, « Par la Télé, la Radio, ou Internet, le Togo veut s'attaquer au défi des cours à distance », in TogoFirst, 20/04/2020 3 Aliko Dangote, est un homme d'affaires nigérian, il est considéré comme l'homme le plus riche d'Afrique. 4 Nadoun COULIBALY, « Sani Yaya : Le Togo confirme son statut de pays réformateur », dans Jeune Afrique, 12/01/2021 5 Outil pédagogique développé par le SCI (en partenariat avec le CADTM) sur le développement et la dette du Tiers-Monde. A emprunter au SCI, rue van Elewyck 35, 1050 Bruxelles (infos : formation@scibelgium.be).

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Certes, « alors qu’il n’était que de 7% en 2016, le taux de pénétration d’internet a pratiquement triplé en trois ans, et se situe à 21%, en 2019 »2, mais cela reste trop peu pour organiser l’enseignement à distance. Par conséquent, le 2 novembre 2020 les cours ont repris en présentiel, tant à l’école que dans l’enseignement supérieur. Mais on a réduit le nombre d’élèves / étudiants par classe. Dans les écoles privées, on a engagé davantage de professeur·es pour former de plus petites classes. Dans les écoles publiques, comme il y beaucoup plus d’élèves, on a dû s’organiser autrement. Finalement on a imposé l’école à mi-temps : les effectifs ont été réduits de moitié dans les classes et certaines classes viennent le matin et d’autres l’après-midi. Par ailleurs, de nombreux jeunes continuent à vouloir partir étudier à l’étranger et notamment en Europe. Or, pour ces étudiantes et étudiants, les obstacles se sont multipliés : le prix des visas a augmenté, et il n’y a pas de jobs d’étudiants au Togo, et donc peu nombreux sont celles et ceux qui ont pu s’offrir le voyage. En plus, en Europe également les jobs d’étudiants ont disparu. Il existe certes des bourses, mais elles sont petites et peu nombreuses. La jeunesse fait d’énormes efforts pour travailler à la construction de son avenir. Face à cette situation, le gouvernement prône le développement des infrastructures et la relance de l’économie, notamment grâce à des partenariats avec le FMI. « Retour de la croissance, nouvelles infrastructures énergétiques, partenariat avec Dangote3, coopération renforcée avec le FMI... »4 telles sont les pistes que veut suivre le ministre togolais de l’économie. Pour nous qui sommes animatrices et animateurs du Sudestan5, cet optimisme nous laisse perplexes et surtout nous interroge : à qui profitera ce type de développement ?

Cherita Degbehe Permanente chez Astovot (Togo) Toussain Permanent au SCI

et Emmanuel

En 2019, Cherita est venue pour deux périodes de 3 mois en Belgique. Lors de ses séjours, elle a fait partie de la cellule Animation-Formation et une véritable amitié est née entre elle et les permanent·es du SCI. Depuis, Manu et Cherita sont régulièrement en contact pour échanger sur leurs vécus. Plus récemment, lors d’un appel, il leur est venu l’idée de rédiger ensemble un article sur la gestion de la covid au Togo. Et qu’en est-il en Belgique ? Primo, si vous nous lisez, il est probable que vous ayez déjà la réponse à cette question. Secundo, nous vous invitons à lire l’article de Carole et Julienne, toutes deux étudiantes et stagiaires au SCI : elles y partagent leur vécu du confinement !

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DOSSIER / 03 © Julienne Nguidjo

© Carole Plakoo

Je m’appelle Carole, je suis d’origine togolaise et je fais un Master en Politique Economique et Sociale à l’Université de MONS.

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT

Je m’appelle Julienne, je suis d’origine camerounaise et je fais un bachelier en Coopération Internationale à l’Institut de Formation des Cadres et de Développement (IFCAD).

ÉTUDIER EN BELGIQUE

pendant le confinement Julienne et Carole sont deux étudiantes en stage au SCI Projets Internationaux. À travers cet article, elles veulent nous faire part des impacts de la covid sur la vie des étudiant·es au sein de l’UE, mais aussi en dehors. « Face à la situation sanitaire qui sévit actuellement dans notre société nous avons voulu partager notre expérience en tant qu’étudiantes mais aussi celle de nos camarades, tout en montrant en quoi la covid a impacté notre quotidien estudiantin. Pour y parvenir nous avons opté pour une enquête via un questionnaire que nous avons soumis à dix étudiant·es. Cet article en est la synthèse. »

Survivre à la crise

Faire face à l’avenir

Si vous vous demandez ce qu’il se passe pour nous au niveau matériel, financier et alimentaire, sachez que financièrement nous vivons très mal la situation car, depuis le confinement, nous avons perdu nos jobs étudiant. Les conséquences sont directes : nous avons des loyers et factures impayées, une insuffisance alimentaire, un manque de matériel scolaire, et enfin nous n’avons pas les moyens de nous payer des connexions internet à haut débit. Cela entraine des problèmes de connexion lors des cours et le stress d’avoir un problème de connexion lors des examens en ligne. Avant le confinement, au campus, nous avions des ordinateurs et wifi haut débit gratuits. En termes de vie sociale, les différentes mesures de sécurité prises par le Gouvernement belge ont limité le contact social avec l’interdiction des visites et l’obligation du télétravail et des cours à distance. Cela a plongé certains étudiant·es dans l’ennui, la solitude, le mal être, le stress et la dépression. Nos journées à l’école, les discussions entre camarades, mais aussi avec nos professeur·es, les soirées et rendez-vous pour boire un verre, tous ces moments de la vie estudiantine sont tombées aux oubliettes. Ce sont nos meilleures années estudiantines que nous passons isolé·es.

Concernant notre perception de l’avenir face au covid, nous pouvons dire que tout notre quotidien a changé. Rien n’est plus pareil depuis l’intrusion de ce virus dans nos vies. Nous poursuivons les cours mais pour nous qui sommes en dernière année, le plus gros stress est de trouver un travail à la fin de nos études dans ce contexte. Nous nous adaptons aux restrictions et nous espérons que tout aille au mieux malgré l’avenir qui nous semble flou et incertain. Heureusement, quelques initiatives positives ont pu voir le jour depuis le premier confinement. Faisant face à la crise sanitaire qui nous a tous surpris, nous avons constaté que certaines communes et associations n’avaient pas de plan d’action pour soutenir les étudiant·es. Mais aujourd’hui nous apprécions les assistances aux étudiants en difficulté qui ont été mises en place. Sur le plan financier, le CPAS se limite juste à soutenir les étudiant·es belges et celles et ceux qui font partie de l’Union européenne et qui résident en Belgique. Mais les étudiant·es ressortissant·es de pays hors Union européenne sont laissé·es à leur propre sort. Sur le plan alimentaire, des associations se sont organisées pour distribuer des denrées alimentaires de première nécessité telles que du riz, du pain, de la farine, du lait, des pâtes, du sucre, des conserves, etc. Ce qui est une bonne chose. Enfin,sur le plan matériel : certaines universités ont distribué des ordinateurs afin de faciliter le suivi des cours à distance.

En plus de cela, s’ajoute d’autres difficultés, même si la plus cruciale dont nous avons déjà parlé est d’ordre financier. Car, comme nous l’avons dit plus haut, avec la perte de nos jobs étudiants nous ne parvenons pas à tenir bon, d’où la démotivation dans nos études. Nous rencontrons des problèmes à nous concentrer sur nos cours. Ce n’est pas évident de suivre les cours à la maison vu certaines charges personnelles qui peuvent nous distraire (enfants, conjoint·e, famille, télévision, GSM…). Nous essayons tout de même de poser des questions aux enseignant·es qui font de leur mieux... Et nous notons aussi la difficulté pour les étudiant·es d’intégrer une institution pour un stage, dans l’optique de présenter un travail de fin d’études. Il faut savoir que nous ne pouvons valider notre année et recevoir notre diplôme sans ce stage et ce travail.

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En conclusion nous pouvons dire que la covid a impacté notre stabilité morale et matérielle et qu’elle est un poids pour la vie estudiantine. Nous nous sentons enfermé·es dans une bulle. Mais, comme le dit l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski, « Vivre sans espoir c’est cesser de vivre. » Autrement dit, tant qu’on vit nous pouvons espérer un avenir meilleur et stable, pour toustes les étudiant·es.

Carole Plakoo et Julienne Nguidjo Stagiaires au SCI

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DOSSIER / 04

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT

LE QUOTIDIEN ENTRE DEMANDE DE RÉGULARISATION ET SITUATION SANITAIRE : un nouveau défi

Au SCI, plusieurs volontaires ont des procédures de demande de protection internationale en cours. Entre les diverses activités de volontariat, les formations, les animations et les soirées et projets avec les Collectifs, ils et elles passent des appels à leur avocat, demandent des attestations pour justifier de leur investissement sur le territoire, et suivent des formations. Solange fait partie des volontaires qui ont ce rythme de vie. Pour elle, depuis le début de la crise sanitaire, le manque de contact se fait ressentir. Mais heureusement, 2020 a aussi pu être une année avec des moments meilleurs.

Bonjour Solange ! Peux-tu te présenter ? Je m’appelle Solange Migan, je suis béninoise et je vis en Belgique depuis 2011. Je suis volontaire au SCI depuis 2018. Aujourd’hui, en Belgique, je suis en attente de régularisation. Cette situation dure depuis que j’ai entamé une première procédure en 2013, qui a échoué. En 2015 j’ai introduit une demande de 9ter1 et depuis je suis toujours dans le combat. J’oscille entre des pensées positives et négatives quant à ma régularisation. En attendant je m’implique dans certaines activités de volontariat.

car je n’avais pas d’endroit où habiter. J’habitais chez des gens mais je n’avais pas de « chez-moi ». Vivre chez des gens, ce n’est pas simple ; on veut laisser de l’espace aux personnes qui nous accueillent, donc on est beaucoup dehors. C’était un coup de chance d’avoir eu ce logement juste avant le premier confinement, sinon j’aurais dû me confiner chez d’autres personnes et cela aurait été horrible pour moi. Avoir trouvé ce logement c’est le meilleur souvenir de mon année 2020. Avec le fait de ne pas avoir eu la covid. Ça me fait penser à une citation d’Oscar Wilde que j’aime beaucoup « J’ai les goûts les plus simples du monde, je me contente du meilleur. »

Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis le début du covid et le premier confinement ? Je ne dirais pas qu’énormément de choses ont changé mais une chose a changé en bien, grâce à la faveur de Dieu. Bien avant que je ne sois informée du covid, j’étais en quête d’un logement depuis 2016 et c’est début 2020 que j'en ai trouvé un. C’est une connaissance privée qui m’a informée qu’un propriétaire cherchait quelqu’un pour son appartement. J’ai eu de la chance, car la chambre était déjà louée mais la propriétaire avait une autre chambre qui n’était pas encore en location. Ce sont les contacts et relations qui m’ont aidée. Avant même que la covid n’arrive, la situation était compliquée 1 Il s'agit d'une demande de régularisation de séjour pour raison médicale introduite par des personnes étrangères qui se trouvent déjà sur le territoire. Elle est introduite sur base de l'article 9ter de la loi du 15 décembre 1980. Cette procédure se déroule en deux étapes: une phase de recevabilité et un traitement au fond. Source : www.adde.be

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© Solange Migan

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sais que si je n’avais pas eu la chance j’aurai pu être dans cette situation. Par ailleurs, comme je suis encore en demande j’ai des aides du CPAS donc je n’ai pas besoin de travailler illégalement, même si ces aides ne suffisent pas. À ce propos, récemment mon avocat a fait une demande de 9bis1 et l’agent de quartier est passé pour noter ma nouvelle adresse. Cela me fait penser que les choses avancent malgré la covid. Mais il existe aussi des frustrations notamment par rapport aux paiements dans les magasins. Avant, le paiement en cash était facile mais maintenant beaucoup de magasins demandent la carte bancaire, ce qu’on n’a pas en tant que personnes non régularisées ou sans-papiers.

Comment vis-tu le fait d’être une femme dans cette crise ? Est-ce que cela change quelque chose selon toi ? À vrai dire je ne vois pas de différence. Dans nos situations rien n’est facile, ni pour les hommes ni pour les femmes. En rayé, Solange lors d'un projet de volontariat du SCI, en octobre dernier © Gilbard

Pour le premier confinement je dirais que comme je suis assez solitaire de nature cela ne m’a pas trop impacté. Je vivais plus mal le fait que la ville soit endormie et vide ; c’était triste, je ne sentais plus la vie bruxelloise habituelle. Aussi, on voyait que tout le monde avait peur. Une fois, dans un magasin à Uccle on m’avait demandé le paiement par carte bancaire et je ne pouvais pas ; donc la caissière m’a renvoyée vers une autre caisse pour payer en cash, en passant par la sortie de la caisse pour ne pas refaire la queue. Une dame était déjà à la caisse, elle venait de payer et voulait sortir. Il y avait de la place pour que l’on se croise, quand elle m’a vue arriver par la sortie elle a crié et n’était pas contente du tout. Ce qui était dur pour moi c’est que je ne savais pas si c’était par rapport à la situation sanitaire ou par rapport au fait que je suis noire. Cela m’a beaucoup perturbée. J’ai aussi connu d’autres situations qui m’ont un peu choquée. Par exemple, dans le bus les gens ne veulent plus appuyer pour demander l’arrêt ; ils et elles attendent qu’une autre personne le fasse. Pour le deuxième confinement, on voit qu’il y a moins de peur et donc plus de vie. Ça change beaucoup de choses.

Comment la pandémie a-t-elle influencé le quotidien des personnes sans-papiers et des personnes en attente d’une décision ? Je parlerai dans un premier temps de moi. Personnellement, j’ai eu la chance d’être logée pendant cette période. Maintenant, quand j’ai un regard sur les personnes qui n’ont pas de papiers et pas de logement, cela me brise le cœur. Je

Qu’est-ce qui te fait le plus peur dans cette période ? Que ça dure ! On n’a vraiment aucune idée de ce qui va se passer, comment les choses vont évoluer. J’ai peur de devoir encore longtemps garder le masque, surtout en été, c’est insupportable. Combien de temps cela va-t-il encore durer avant que l’on ne s’en sorte ?

Où vas-tu chercher de l’énergie pour le moment ? Qu’est-ce qui te fait du bien ? Au premier confinement, je dois dire que ma foi m’a beaucoup aidée. Là où je vais prier habituellement, les portes étaient ouvertes pour les prières individuelles. On ne pouvait pas se rassembler mais nous pouvions aller à l’église pour prier ou parler au pasteur. Cela m’a donné de la force et de l’inspiration. Il y avait quelqu’un pour écouter, le fait de le savoir c’était déjà quelque chose. Cela m’a permis de me ressourcer. Et c’est toujours pareil pour le second confinement. Avec la communauté, il y a aussi des prières sur Facebook, on fait connaissance mais sans trop discuter. Il y a une barrière que je mets à cause d’histoires personnelles que j’ai déjà vécues.

Que penses-tu de la manière dont la crise sanitaire est gérée ? Ce que je peux dire c’est que de là où je me place je ne suis pas trop les nouvelles, certaines vont me choquer ou m’affaiblir je le sais. Car il y a une crise, on veut toutes et tous en sortir mais

1 En principe, toute demande d’autorisation de séjour de plus de trois mois doit être faite à l’étranger, auprès du poste diplomatique ou consulaire belge dans le pays d’origine de la personne qui fait la demande. Ce n’est qu’une fois que cette autorisation est accordée que la personne peut se rendre en Belgique. L’article 9bis prévoit une dérogation à cette règle procédurale permettant dans certaines circonstances d’introduire la demande en Belgique lorsqu'une personne s’y trouve déjà, souvent en séjour précaire ou illégal. Source : www.adde.be

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RÉGULARISATION EN PÉDIODE DE CRISE

au lieu de chercher le côté positif ce qu’on entend est toujours très négatif. En plus de ça il y a beaucoup de mélange, de confusion dans les sujets, les actualités. Par exemple quand le virus est arrivé, on a parlé de complot et d’autres choses… cela n’aide pas à évoluer, à avancer. Donc je ne me renseigne pas trop, je fais un peu abstraction.

Les activités en ligne ça te parle ? Un peu… pas tellement. Pas de la même manière que les activités en présentiel, ça c’est sûr. C’est moins facile de discuter.

Qu’est-ce qui te manque le plus en cette période de covid ?

Quelle est la première chose que tu feras quand on sera « libre » ?

C’est sûr qu’il y a plusieurs choses dont j’aimerais qu’elles reviennent à la normale. Notamment cette histoire de règlement par carte bancaire. Ça oblige à devoir demander à des gens… on se sent plus démuni·es. Aussi, ce qui me manque c’est de se revoir, pouvoir se toucher, parler face à face avec quelqu’un en voyant son visage (parfois dans la rue des gens me disent bonjour, mais à cause du masque je ne les reconnais pas !), se retrouver vraiment.

J’attends que tout soit fini pour mettre en exergue ce que j’ai envie de faire, voir d’autres horizons et profiter de nouvelles opportunités. Mais en attendant j’attends surtout que ma situation se règle.

Au SCI, on se questionne sur la manière d’occuper l’espace public sans être autorisé à se rassembler. Tu en penses quoi ? C’est vrai qu’on dirait que toutes ces restrictions sont là pour nous bloquer, ça nous anéantit. Ne pas pouvoir exprimer les choses, ne pas pouvoir se rassembler pour créer une force commune, ça nous bloque et nous enlève de l’énergie.

Quelle est la situation covid au Bénin, ton pays d’origine ? La situation est catastrophique : les gens n’ont pas à manger ; en plus de ça on les oblige à acheter des masques. On leur demande de se laver les mains mais il n’y a pas d’eau potable dans tous les villages… se laver les mains avec de la boue, je ne pense pas que ça change quelque chose. L’État est en décalage avec la population par endroits. Il y a beaucoup de cas, ça je le sais, mais je ne saurais dire combien. Mais moins de cas que pour le paludisme (qui d’ailleurs se reconnait par les mêmes symptômes que la covid). Et comme partout, il y a encore beaucoup d’autres maladies…

Merci beaucoup Solange ! On espère te revoir très vite ! Merci à vous, c’est un plaisir... C’est vraiment valorisant et important pour moi de m’exprimer et de donner ce que j’ai. Le fait que vous me sollicitiez prouve que je suis considérée et que je peux, quelque part, apporter un plus à quelque chose.

Ce que je vis en Belgique, malgré les difficultés, m’a appris que je suis une personne à part entière et que je peux apporter des choses. Je ne le saurais pas sans des sollicitations comme celle du SCI aujourd’hui. Alors un grand merci. Merci à Solange Migan, volontaire au SCI

Propos recueillis par Camille Berger Rédactrice en cheffe du SCIlophone

© Solange Migan

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DOSSIER / 05

LE VIRUS À VISAGE DÉCOUVERT

TRAVAILLER DANS UN COO POUR MENA À BRUXELLES ou comment redoubler d’imagination pour divertir 60 jeunes dans des locaux étroits Je suis Margot, j’ai 24 ans et je viens de France. Je travaille depuis 6 mois pour Fedasil, l’organisme fédéral qui s’occupe de l’accueil des demandeurs et demandeuses de protection internationale en Belgique. Fedasil se compose de multiples structures d’accueil dans tout le pays. Pour ma part, je travaille à Woluwe-Saint-Pierre, dans un centre d’observation et d’orientation (COO) pour MENA (mineurs étrangers non-accompagnés).

Nous y accueillons une soixantaine de jeunes entre 14 et 18 ans durant le premier mois de leur procédure d’asile (phase 1), avant qu’ils ne soient transférés vers un autre centre (phase 2) dans lequel ils passeront le reste de leur procédure. Il y a peu de MENA filles en Belgique, donc nous n’accueillons à WSP que des garçons, en grande majorité venant d’Afghanistan. Mais nous comptons aussi quelques Erythréens, Somaliens, Guinéens, Soudanais, Syriens… Avant d’être au COO, j’ai fait une année de Service Volontaire Européen dans un centre Caritas, d’août 2019 à août 2020. C’est un type de centre complétement différent, puisque chaque famille y a son appartement, donc les répercussions dues à la covid sont moins visibles qu’au COO. Lors du premier confinement et de mon volontariat chez Caritas, je suis restée bloquée en France donc je n’ai pas vécu la vie au centre. Toutes les activités et rendez-vous y étaient complètement suspendus. Certaines activités ont repris cet été pour les enfants en extérieur. Depuis cet hiver ils peuvent à nouveau faire des activités en intérieur mais, contrairement à Fedasil, les personnes © Fedasil / Margot Duclay extérieures ne peuvent toujours pas entrer dans le centre. À la différence des MENA de mon centre actuel, les enfants du centre Caritas vont à l’école. La crèche qui s’occupe des plus petits à réouvert après le premier confinement.

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Un travail plus compliqué J’ai commencé à travailler pour Fedasil en septembre dernier, la pandémie avait déjà démarré donc je n’ai donc pas connu le centre avant le virus. Durant le premier confinement en mars 2020, les demandes de protection internationale ne pouvaient plus se faire directement au Petit-Château, le centre d’arrivée où les personnes doivent demander l’asile, situé à Molenbeek (voir encart). En plus, beaucoup de frontières étaient fermées. Le nombre de jeunes dans le centre a donc fortement diminué jusqu’à atteindre une quinzaine de résidents seulement (les transferts vers d’autres centres de seconde phase se poursuivaient, mais on ne recevait plus de nouveaux jeunes). Ce petit nombre a facilité la bonne ambiance dans le centre pendant cette période d’enfermement total. Depuis l’été 2020, l’enregistrement des demandes de protection internationale a repris normalement, et le flux d’arrivées au centre est revenu à la normale. Notre travail, lui, s’est complexifié. Nous devons constamment modifier l’organisation en fonction de l’évolution des mesures gouvernementales. Lors du deuxième confinement du mois de novembre, nous n’avons plus du tout eu le droit de faire des activités à l’extérieur du centre avec les jeunes. Il faut savoir qu’en temps normal, nos résidents étant

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© Fedasil / Margot Duclay

mineurs, ils ne peuvent pas sortir comme ils veulent du centre durant la journée en semaine ; les portes ne sont ouvertes que de 17h à 21h (et toute la journée le week-end). Avec le réveil, les cours et les activités, on essaye de déjà les préparer à un rythme scolaire, car une fois transférés en deuxième phase d’accueil, les MENA seront scolarisés et devront suivre le rythme standard d’une journée d’adolescent en Belgique. Comme les activités extérieures étaient annulées, il nous a donc fallu redoubler d’imagination à l’intérieur de nos locaux plutôt étroits pour divertir 60 adolescents. Cette période a été fatigante pour tout le monde, les travailleur·euses comme les jeunes, car l’enfermement pèse sur le moral.

« Comme les activités extérieures étaient annulées, il nous a donc fallu redoubler d’imagination à l’intérieur de nos locaux plutôt étroits pour divertir 60 adolescents. Cette période a été fatigante pour tout le monde, les travailleur·euses comme les jeunes, car l’enfermement pèse sur le moral. »

L'importance des bouffées d'air frais Heureusement, depuis fin février nous pouvons à nouveau sortir, dans le respect des règles sanitaires. Nous pouvons ainsi aller au parc avec 10 jeunes, en portant le masque et en respectant la distanciation. Les Afghans sont de grands fans de cricket, c’est donc un bonheur pour eux de pouvoir aller au parc. Nous avons également repris les visites de Bruxelles, un vrai moment de convivialité et une belle occasion de créer des liens entre jeunes de différentes origines, tout en découvrant la Belgique. Une fois par semaine, 6 jeunes ont également l’occasion d’aller jouer au foot avec un entraîneur,

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NOTE DE LA RÉDACTION Lors du premier confinement et à cause des mesures sanitaires mises en place, Fedasil a changé son mode d’enregistrement des demandes de protection internationale. Auparavant, l’enregistrement se faisait directement au Petit-Château, centre d'arrivée pour demandeurs et demandeuses de protection internationale en Belgique. Dès l’enregistrement d’une personne pour une demande de protection, la loi belge établit que chaque personne doit être logée. Mais en avril dernier, à cause des réglementations liées au covid, le Petit-Château a fermé ses portes et les nouveaux et nouvelles arrivant·es en Belgique ont dû prendre en ligne le premier rendez-vous leur permettant d’enregistrer leur demande d’asile (le site internet ne proposant que les langues officielles et l’anglais). Certaines personnes devaient attendre plusieurs semaines avant leur rendez-vous, et entre les deux, aucun logement ne leur était fourni, car la demande de protection n’était pas encore faite. Fedasil a été attaquée en justice par plusieurs personnes et associations du secteur de l’accueil en Belgique. L’agence et l’Etat belge ont été condamnés. Aujourd’hui le Petit Château a rouvert ses portes et afin de respecter les mesure de distanciation, a installé des tentes dans la cour de l’établissement, permettant aux personnes d’attendre dehors sans trop souffrir des intempéries.

un bon moyen pour eux de se dépenser. Au-delà des activités extérieures nous continuons les activités à l’intérieur du centre comme la peinture, les jeux de société, le badminton, le baby-foot, ou autre sport… Il est facile de se rendre compte que les esprits sont apaisés après avoir passé l’après-midi à se

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TRAVAILLER DANS UN COO POUR MENA

© Fedasil / Margot Duclay

dépenser au parc pendant une longue partie de cricket. Les jeunes sont très demandeurs de ces sorties et quand on doit leur refuser, pour diverses raisons, nombreux sont ceux qui nous disent qu’ils vont craquer s’ils ne peuvent pas sortir. La vie en communauté dans un contexte multiculturel n’est pas toujours facile, et ajouté à cela il faut tenir compte de leurs parcours d’exil qui a duré entre plusieurs mois et plusieurs années, des choses difficiles que continuent de vivre leurs familles au pays, et du déracinement qu’ils vivent… On imagine donc facilement que les sorties, les balades, et le sport sont des éléments essentiels pour trouver un certain équilibre psychologique. Malheureusement, les nouvelles réglementations annoncées ce 24 mars annoncent une nouvelle période compliquée pour nous, avec beaucoup de restrictions concernant les activités en extérieur. De plus, les jeunes, tout comme les travailleurs et travailleuses, aimeraient pouvoir à nouveau visiter des musées et vivre des événements culturels. Ce sont de bons moyens d’intégration dans la culture belge.

Vie en communauté masquée Du côté plus pratique, la vie dans le centre a également changé depuis le virus. D’abord, tout le monde doit en permanence porter un masque, sauf dans les chambres. Cela demande aux travailleur·euses beaucoup de surveillance ; nous répétons des dizaines de fois « put your mask please ! ». Des jeunes ont comme travail communautaire la tâche de coudre ces masques, pour renouveler régulièrement notre réserve qui s’épuise. Au moment des repas, le midi et le soir, nous demandons aux jeunes de changer leur masque, pour veiller à ce qu’ils ne le portent pas trop longtemps. Aussi, nous devons régulièrement passer dans leurs chambres pour vérifier qu’il n’y ait pas de rassemblement. Ce sont les

aspects les plus fatigants de notre travail actuellement. Il faut aussi savoir que lorsque les jeunes arrivent, ils sont d’abord placés en isolement, dans une chambre de quatre à l’écart des autres, pendant quelques jours, le temps de recevoir les résultats du test covid. C’est toujours un long moment d’ennui pour eux, car à part le wifi et quelques jeux/livres, ils n’ont rien pour s’occuper. Ils sont très contents et soulagés quand le résultat est négatif, car cela veut dire qu’ils peuvent rejoindre les autres résidents. Il nous est déjà arrivé d’avoir des cas positifs dans le centre. Ces six derniers mois, aucun d’entre eux n’était symptomatique, ils devaient donc simplement rester en quarantaine prolongée, le temps de se faire re tester au bout d’une semaine. Sans surprise, cette attente est encore plus difficile à vivre pour eux. Mon souhait pour le futur dans mon travail, et plus généralement dans les centres d’accueil, est que les mesures sanitaires s’assouplissent enfin, pour reprendre normalement toutes les activités qui étaient organisées avant la pandémie. Il est plus difficile de créer du lien avec des sourires lorsqu’on porte un masque. Il est aussi plus difficile de communiquer et de donner cours à ces jeunes qui ne parlent pas notre langue et qui comprennent peu l’anglais. J’ajouterai enfin que les résidents adorent la musique, aiment danser, nous faire découvrir les chansons de leur pays… Je rêve donc du jour où nous pourrons aller à un événement musical avec eux, où les styles musicaux se mélangeront à nouveau, et où les jeunes de différentes nationalités s’amuseront tous ensemble, sans masque, sans distanciation… Malheureusement, cela ne sera pas pour les prochains mois, il va encore falloir s’armer de patience…

Margot Duclay Volontaire et animatrice au SCI (Groupe Alter Anim Bruxelles et Collectifs)

Sources de l'article : https://www.cire.be/communique-de-presse/accueil-des-demandeurs-dasile-la-justice-condamne-letat-belge/ et https:// www.lalibre.be/belgique/judiciaire/fedasil-condamnee-plusieurs-fois-aassurer-l-accueil-de-demandeurs-d-asile-5f0555fcd8ad5860a85f9ed1

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TÉMOIGNAGE

Équateur

RETOUR AUX SOURCES

dans la forêt amazonienne à l’est de l’Équateur Lors de mon tour du monde, j’ai voulu y intégrer des projets de volontariat pour le vivre plus intensément et me laisser bercer au gré des coutumes locales… Un projet en Équateur m’a attirée car il avait lieu dans la « selva » (la jungle), loin de la civilisation.

Premières impressions Cesar, coordinateur du projet écologique « Selva y Vida », vient me chercher à Macas, dans la province de Morona Santiago. Il fait partie de la communauté indigène Shuar. Nous allons au marché acheter des fruits et légumes pour toute la semaine. « Si quelqu’un t’offre de la nourriture ou une boisson, tu dois l’accepter sinon cela va l’offenser », me dit-il. Nous quittons ensuite la ville en bus, direction Yukaip. Nous arrivons après 2h30 de route. Il n’y a rien autour de nous à part la large route en terre rougeâtre, des montagnes à la végétation tropicale et un sentier qui descend… que nous empruntons. Cesar habite là en bas, au confluent de deux rivières. Les cabanes sont en bois ou en bambou. Le sol est en plancher sur pilotis ou en terre battue et les toits sont en feuilles de palmier. La famille a des poules et un chien. Il y a des toilettes sèches, pas d'électricité (sauf à l'école) ni d’eau courante. On fait tout dans la rivière : on se lave, on lave la vaisselle et les vêtements. Dans cette jungle, on côtoie les tarentules, cafards, scorpions, serpents… La majorité des repas sont végétariens. Nous mangeons le soir à la lumière des bougies. Je remercie Cesar pour le délicieux repas. Il me répond alors : « Tu ne peux pas dire que c'est délicieux tant que tu n'as pas mangé la meilleure partie du poisson : la tête ! ». Après le repas silencieux, Cesar nous raconte ses histoires passionnantes de la jungle et de sa vie. Puis, nous lui disons « cashin » (à demain en shuar) et allons dormir. Le bruit de la rivière me berce la nuit.

ingérable mais, la nuit portant conseil, je décide de continuer pour elleux. Un parent me dit que l’anglais est très important pour l’avenir de leurs enfants. J’ai envie de leur faire plaisir. Je conviens donc avec la directrice de donner cours à deux petits groupes de quatre élèves du même âge (8-9 et 10-11) et de leur apprendre du vocabulaire qui me semble important. Je me sens alors plus utile. Je ne sais pas de quoi des enfants de cet âge sont réellement capables et quelle est la meilleure technique d’apprentissage pour chaque tranche d’âge. Je n’ai aucune idée de la psychologie des enfants de 8 à 11 ans et il est difficile pour moi d’adapter le cours d’anglais en fonction des âges mais j’apprends et je m’adapte. J’arrive à attirer leur attention en les faisant participer activement aux cours (parler, dessiner, deviner, écrire…). Le dernier jour de classe, j’ai dû faire une

Pas vraiment ce à quoi je m’attendais ! Le jour de mon arrivée, contre toute attente, Cesar m’apprend que je vais donner cours d’anglais à des enfants. La directrice de l'école est la seule professeure pour 24 enfants de 5 à 11 ans. Elle ne me donne aucun conseil et me laisse à moi-même. Après deux jours, je veux arrêter car une des classes est

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© Sandrine Matthieu

présentation du cours d'anglais aux parents. Après un mois, tous mes élèves avaient appris de nouveaux mots. Ce fut ma grande satisfaction. J’étais fière d’eux et les parents aussi. Je dis toujours qu’il n’y a pas de hasard. Si j’ai vécu cette expérience, c’est que je devais la vivre. J’en suis satisfaite, même si cela m’a confirmé que je ne suis pas faite pour être prof !

Une journée type à « Selva y Vida » Après le petit-déjeuner, je vais à l'école à pied, en bottes car la route est traversée par une rivière. J’adore cette marche matinale de 30 à 40 minutes. Elle me ressource complètement. J’observe la nature : les oiseaux colorés qui voltigent, le rapace qui m’observe, les papillons colorés qui se désaltèrent dans les flaques d’eau, les bananes sauvages roses le long de la route, la végétation tropicale apaisante, le chant des oiseaux, et j’écoute le son de la rivière en contrebas… J’arrive complètement zen à l’école. Je donne cours d’anglais toute la matinée. Durant la récréation, les enfants reçoivent des biscuits et du lait offerts par le gouvernement puis jouent au football. Le but est que toustes participent. Vers 13h, je rentre. Le plus dur de la journée est passé ! Nous dînons puis je fais des tâches diverses telles que faire la vaisselle (avec Uñu, le chien, qui me tient compagnie), couper et plier des grandes palmes et réparer le toit des cabanes avec, préparer mes cours d’anglais, construire un large perchoir dans le poulailler, nettoyer les yuccas récoltés, dégager les sentiers, refaire des escaliers en pierre, boucher les trous du poulailler… Ces tâches me plaisent toujours, je les trouve intéressantes et apaisantes.

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Ensuite, j’ai un peu de temps libre. J’en profite pour me baigner dans l’eau fraîche de la rivière en admirant ce paysage de rêve. Ce bain de fin de journée est à chaque fois un pur bonheur pour moi. C’est quelque chose qui me manque d’ailleurs encore maintenant. J’enfile mon pull, j’admire le ciel étoilé et je vais aider à préparer le souper. Puis c’est l’heure du repas aux chandelles. Que des choses simples qui me procurent un vrai bien-être !

« Les shuar se battent pour protéger leur forêt amazonienne où iels vivent. Le gouvernement a vendu en concession à la Chine la montagne "Bosque de vegetacion protector Kutuku shaimi" pour qu'elle puisse extraire de l'or et du cobalt. Jusqu'à maintenant, les communautés indigènes ont réussi à bloquer l'entrée pour éviter la destruction de cette forêt plus que centenaire. »

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Projet de volontariat en Équateur

Quand Mère Nature se déchaîne… Lors de ce projet, je vis l’une des plus grosses inondations que la communauté ait connues ! L’eau des rivières monte soudainement et engloutit le bas du terrain. Ce torrent d'eau brune indomptable emporte tout sur son passage. Des arbres arrachés passent dans la rivière tumultueuse. Après ce déluge, tout est saccagé, les rochers déplacés et les bords des rivières redessinés. L'eau s'est créé d’autres passages. Les potagers de Cesar et de ses voisins sont dévastés, les bananiers arrachés et les yuccas fortement endommagés. Les cultures sont en grosse partie perdues. Il va falloir ressemer et attendre 8 mois pour récolter les premiers yuccas, et 2 ans avant les premières bananes. Trois chevaux sont morts. D’énormes pertes pour la communauté !

Ce que j’ai appris sur la communauté shuar À l’époque, le peuple shuar pratiquait le rituel de la Tsantsa (tête réduite) quand il tuait ses ennemis. Il était polygame. De nos jours, il parle shuar et espagnol. Les gens vivent en communauté, s'entraident et les décisions se prennent ensemble lors des assemblées. Les membres de la communauté se réunissent le dimanche dans la « salle » commune pour manger ensemble, discuter et jouer au volleyball ou au foot. La communauté a des chamans et fait des cérémonies à l'ayahuasca. Les cascades sont des lieux sacrés. Iels chassent avec des fusils (parfois des animaux protégés comme le tatou), pêchent, cueillent et cultivent. Iels mangent presque toutes les parties de l’animal et avec les doigts. Leur outil principal est la machette. Le yucca est l’aliment de base. Leur alcool préféré est la chicha. L’honneur revient aux femmes de la préparer. Le secret de fabrication : elles mastiquent les morceaux de yuccas pour les recracher ensuite… dans la marmite. Tout le monde en boit, même les enfants, n'importe quand pendant la journée. Lors de la fête de la communauté shuar à Yukaip, le 31 janvier, les matchs de foot entre élèves des différentes écoles, les danses traditionnelles et l’élection de Miss Yukaip sont les points forts de la journée.

Une bataille de tous les jours pour leur environnement Les shuar se battent pour protéger leur forêt amazonienne où iels vivent. Le gouvernement a vendu en concession à la Chine la montagne « Bosque de vegetacion protector Kutuku shaimi » pour qu'elle puisse extraire de l'or et du cobalt. Jusqu'à maintenant, les communautés indigènes ont réussi à bloquer l'entrée pour éviter la destruction de cette forêt plus que centenaire. Les communautés indigènes voudraient vivre en autosuffisance et non dépendre du gouvernement qui agit sans les concerter. Certaines décisions et lois sont prises ou votées sans le consentement des populations indigènes alors qu'il s'agit de leur territoire. L'organisation NASHE (« Nación Shuar del Ecuador ») représente depuis seulement quelques

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années toutes les communautés indigènes Shuar vivant en Amazonie équatorienne, et se bat pour elles. Cesar voudrait ouvrir les lieux aux touristes pour apporter de l'argent à la communauté et pouvoir protéger la forêt. Pour lui, la « selva » est une bibliothèque biologique à ciel ouvert. Il veut que les scientifiques y fassent des études et que les touristes apprennent ce qu'est la jungle, qu'iels puissent en profiter en faisant des randonnées dans la nature. J’espère que son rêve se réalisera un jour…

Mon regard sur cette expérience Ce mois vécu dans la forêt amazonienne fut très ressourçant, intéressant et intense émotionnellement ! Entre donner cours à des enfants, vivre cette énorme inondation, accepter que Cesar tue des chauves-souris, goûter des aliments inconnus, connaître le manque de nourriture, faire des réactions allergiques après avoir été piquée par des insectes, se faire mordre le crâne par des abeilles, ne pas se laver certains jours car l’eau de la rivière est boueuse, découvrir une autre facette de cette jungle, assister à la fête de la communauté shuar, partager et échanger sur nos croyances avec Cesar, sentir les énergies des gens, des cascades, des lieux… Je me suis reconnectée à la nature et aux choses simples de la vie. J’ai besoin de la nature pour me sentir bien, j’ai besoin d’être en connexion avec elle, de la protéger. En résumé, j’ai appris énormément sur la culture shuar, sur la vie dans la selva, sur la profession de professeur·e (c'est vraiment une vocation !). Et j’ai aussi appris beaucoup sur moi-même. Même si la vie dans la jungle est très rudimentaire, notre luxe ne m'a pas manqué du tout. Ce fut une expérience magique et inoubliable !

Sandrine Matthieu Volontaire au SCI

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TÉMOIGNAGE

Projet social en Belgique

UN ESPACE TEMPS HORS DU TEMPS chez Don Bosco

Un projet de volontariat, c’est un espace « hors du temps », une immersion dans un contexte tout à fait nouveau avec des inconnu·es qui deviennent vite vos seuls repères. Participer à un projet de volontariat c’est apprendre, rencontrer, mais aussi se réinventer. Parfois c’est se découvrir de nouvelles qualités et surtout faire des rencontres uniques. Un projet de volontariat, c’est se réveiller tous les jours avec le sentiment d’être utile, de faire quelque chose de bien. C’est aller dormir, exténué·e, en ayant eu l’impression d’avoir fait son maximum tout au long de la journée.

Peut-être avez-vous peur de vous engager, peut-être craignez-vous de ne pas être à la hauteur ? Que le projet de volontariat ne réponde pas à vos attentes ? D’être seul·e, perdu·e ? Ces craintes étaient les miennes au départ. Sachez qu’à partir du moment où vous vous engagez dans un projet de volontariat, vous faites déjà bien. Que tout projet, même si parfois c’est difficile, vous apprendra quelque chose. Vous ne serez jamais seul·e ; peut-être vous sentirez-vous perdu·e, mais n’est-ce pas parfois plus beau de se perdre que d’errer dans la certitude ? Enfin, ne laissez jamais la peur vous empêcher de faire quelque chose qui vous tient vraiment à cœur.

Le projet Don Bosco : s’amuser, s’intégrer, se rencontrer Ce projet est avant tout une expérience humaine. C’est la chaleur des rencontres, les rires des enfants, la curiosité de découvrir et la lumière du partage qui lui donnent cette dimension humaine. La dimension humaine c’est être confronté·e à certaines histoires touchantes et parfois un peu difficiles. Les histoires de vie des enfants, dont les parents ou grands-parents ont tout quitté pour vivre une vie meilleure mais aussi les histoires des volontaires que l’on découvre petit à petit. Leurs histoires de vie qui leur ont permis de développer cette envie extraordinaire de vouloir s’engager pour l’autre. Ce sont ces histoires humaines que l’on découvre dans un projet de volontariat qui en font quelque chose d’intense. Don Bosco c’est chaque matin prendre le temps de créer, écouter, s’exprimer, travailler en équipe afin de planifier de belles activités l’après-midi. C’est accompagner les enfants pour s’amuser, découvrir avec eux les pépites de Bruxelles, se balader et se soucier de leur faire vivre de beaux moments. C’est courir, jouer, rigoler, parfois gronder, puis se réconcilier, mais surtout partager.

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Comme je l’ai dit, vous n’êtes jamais seul·e sur un projet. Don Bosco, c’est aussi toute une équipe derrière vous. On parle souvent de « s’intégrer » dans une équipe ou un groupe. Je crois que l’intégration va dans les deux sens. Une équipe aura donc, elle aussi, la tâche d’intégrer. De par sa bienveillance, sa disponibilité, son ambiance chaleureuse et la sensibilité de chacun·e des membres, l’équipe de Don Bosco possède cette qualité. Enfin, il y a le groupe de volontaires. Si vous avez la crainte de ne pas vous sentir intégré·e dans le groupe, souvenezvous toujours que les autres volontaires sont dans la même position, et que du simple fait d’avoir choisi le même projet que vous, iels vous ressembleront sur certains points parfois centraux de votre personnalité. Mon groupe était complétement multiculturel. Nous formions toustes ensemble un mélange d’éléments de culture marocaine, indienne, gabonaise, française et belge. J’ai eu la chance d’être confrontée par moment à ce qu’on appelle des « chocs culturels ». Le mot « choc » me semble toutefois mal choisi car c’est plutôt de la surprise que je ressentais face à certaines idées ou croyances. Je crois que c’était surtout pour moi la surprise des religions. Religion musulmane, christianisme et athéisme se rencontraient. Tous et toutes avions des croyances propres, et chacun·e faisait découvrir aux autres les siennes, toujours dans la bienveillance. Ce partage m’a permis d’en apprendre beaucoup sur d’autres religions et perspectives. Je crois qu’apprendre est un premier pas pour mieux comprendre, tolérer les différences et s’ouvrir à l’autre. Nos partages culturels ne s’arrêtaient pas là, ils portaient aussi sur des questions culinaires ou des normes de « savoir-être ». Bien que nous avions beaucoup à partager au sujet de nos différences, nous avions aussi beaucoup en commun comme notre motivation à donner de nous-mêmes et notre sensibilité envers l’humain.

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© Chloé Jeanne

Nous apprenions à nous connaître dans des moments parfois anodins comme au moment du coucher où nous partagions des fous rires et puis lors de ces moments de réflexion sur le monde pendant les soirées que nous passions ensemble. Tous les soirs nous avions ce rituel assez magique où nous nous retrouvions sur le toit de Don Bosco à la tombée de la nuit. Nous discutions de tout et de rien autour d’un verre, avec un panorama de Bruxelles illuminé autour de nous. Les weekends sont aussi des moments rares pour renforcer le groupe. Nous sommes parti·es redécouvrir ensemble des classiques belges comme l’Atomium et Bruges. Ces moments de partages qui forment le groupe sont finalement plus précieux que n’importe quelle différence.

« Coordonner c’est faire en sorte de laisser une place à chaque volontaire pour qu’il ou elle puisse donner de sa personne et contribuer au projet et à la

vite compris que cette crainte ne se réaliserait pas dans ce groupe car chacun·e œuvrait pour son bon fonctionnement. De nouveau, vous n’êtes pas seul·e sur un projet. En fait, l’objectif est plutôt de former un tout, ensemble. Coordonner c’est faire en sorte de laisser une place à chaque volontaire pour qu’il ou elle puisse donner de sa personne et contribuer au projet et à la vie du groupe. La bienveillance, c’était donc le climat qu’il me tenait à cœur d’instaurer en tant que coordinatrice lors de ce bref laps de temps. Le non-jugement, l’interrogation des points de vue de chacun·e, l’écoute et l’ouverture, bases de mon futur métier de psychologue, sont les valeurs qui m’ont inspirée dans mon rôle de coordinatrice. Coordonner, c’est aussi rassurer. C’est parfois montrer l’exemple, en se donnant au maximum, en participant activement et en dépassant ses peurs. Mais en aucun cas, ce ne sera diriger. Grâce à cette expérience, j’ai pu apprendre que je suis assez douée dans mes relations avec autrui et que la plus belle chose que je peux partager est d’être authentique. D’être moi-même, d’agir selon mes valeurs. Et être moi-même, c’est finalement être bienveillante et ouverte aux richesses de chaque personne.

vie du groupe. »

Conclusion La coordination de projet Ce qui m’a attirée dans la coordination de projet, c’était d’être cette personne qui puisse faire en sorte que chacun·e ait sa place. J’étais vraiment fière d’avoir cette responsabilité d’assurer que tout se passe au mieux. Je voulais me montrer rassurante et à l’écoute, être là pour discuter de tensions qui pouvaient apparaître et être à l’écoute de chacun·e pour qu’il ou elle exprime ses moindres doutes. Je craignais au début de ne pas être à la hauteur pour gérer des conflits entre les volontaires. Mais j’ai vite compris que ce sont des adultes qui sont là pour partager et que ma responsabilité était avant tout de leur permettre d’échanger pour que le climat s’apaise, sans devoir porter le poids que tous et toutes s’entendent. J’ai aussi

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Le projet Don Bosco, comme tout projet de volontariat, est une expérience unique. C’est, pour quelques jours, sortir de son propre contexte, pour oser la diversité et le partage. N’ayez pas peur de rencontrer l’inconnu, car les émotions vécues lors de ces expériences laissent une trace pour toute une vie. Pour l’avoir vécue, je remercie très profondément l’équipe du SCI et ses partenaires, car ce sont eux qui œuvrent pour permettre de si belles rencontres dans un contexte rassurant et plein d’humanité.

Chloé Jeanne Volontaire au SCI

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TÉMOIGNAGE

LE MINIMALISME

France

dans toute sa grandeur Je suis partie en volontariat dans le Sud de la France, près de Carcassonne. Ce projet sur le mode de vie minimaliste au Camping « Le Belvédère » accueillait 4 volontaires européen·nes pour une durée de deux mois. Je veux vous partager ici l’expérience interculturelle que j’ai vécue.

Je m’appelle Morgan, j’ai 18 ans et j’ai fini ma rhéto en juin 2020. J’ai toujours voulu partir en voyage après mes études secondaires pour me recentrer sur moi-même et changer d’air avant de commencer les études universitaires. Cette envie s’est intensifiée durant la pandémie car je ressentais aussi le besoin de vie sociale et celui de m’éloigner d’une vie quotidienne morne et déprimante à rester à la maison. J’ai décidé de participer à ce projet pour partir à l’étranger, apprendre à connaître de nouvelles personnes, venant de différents pays et ayant d’autres cultures, pour sortir de ma zone de confort en espérant devenir plus autonome et apprendre à mieux me connaître.

Minimal Lifestyle en collectif Le projet de volontariat « Minimal Lifestyle » promeut un mode de vie écologique, ayant le moins d’impact possible sur l’environnement et souhaite changer notre perspective face à la surconsommation dans notre société. Chaque semaine, la coordinatrice du projet ou un·e volontaire organise un ou deux ateliers pour informer les autres volontaires sur un sujet particulier comme le développement durable, le recyclage, la vie en communauté, l’agriculture paysanne, les bienfaits de diverses plantes, la façon de faire du pain et du dentifrice soi-même. Nous avions aussi un cours de yoga, un cours de méditation et un « café langue » par semaine. Le « café langue » est un cours de langue donné chaque semaine en français (car nous étions en France) et parfois aussi dans une autre langue parlée par un·e des volontaires. Chaque week-end nous étions libres, en plus de deux autres journées de congés par mois. Chaque lundi, nous nous réunissions pour faire l’emploi du temps de la semaine: regarder les activités prévues, et se partager certaines tâches comme donner à manger aux poules et aux cochons, promener les chiens, et se mettre d’accord sur quels duos prépareraient chaque repas. Nous aidions également les volontaires qui restaient plus longtemps dans leurs projets personnels : la culture de champignons à partir de marc de café, le soin aux ânes et au poney et l’entretien du jardin, l’inventaire de la nourriture et les courses ou encore l’écriture d’articles sur les réseaux sociaux. En plus de

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© Morgan Bakker

ces activités individuelles, nous devions participer aux « Ayni tasks », les tâches améliorant l’infrastructure du camping et la vie en communauté : planter des graines, cultiver des légumes, récolter de la roquette ou des baies pour les animaux, poncer et peindre du bois, vider et nettoyer des mobil-homes etc.

Interculturalité et vie en communauté Ce qui m’a le plus plu durant ce projet c’est son aspect interculturel et la vie en communauté. Il m’a permis de rencontrer des gens venant d’autres pays, ayant d’autres cultures et langues maternelles et ayant vécu des expériences de vie différentes des miennes. Nous étions huit volontaires, cinq filles et trois garçons, de 18 à 30 ans et de six nationalités différentes : un Irlandais, une Allemande, trois Espagnol·es, une Roumaine habitant en Autriche, un Italien et moi, une Belge. Nous passions beaucoup de temps toustes ensemble, partagions le repas de midi et du soir, discutions pendant notre temps libre, organisions des activités pour le week-end et faisions une bonne partie des tâches quotidiennes à plusieurs. Nous partagions également des mobil-homes. Je vivais avec trois autres filles. Vivre en communauté demande parfois des sacrifices, il faut apprendre à faire passer le bien-être du groupe avant ses envies personnelles. Il faut apprendre à vivre avec moins d’intimité et gérer son temps en prévoyant des moments avec les autres, mais aussi seul·e pour se ressourcer. Mais une fois que l’on passe au-dessus de ces défis, on peut pleinement profiter du projet.

Morgan Bakker Volontaire au SCI

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INFORMEZ-VOUS

LA BIBLIOTHÈQUE DU SCI chez vous !

Nos 3 conseils du trimestre, à lire absolument !

Bouches émissaires, jeunesses confinées SCAN R, Les éditions namuroises, 2020

Scan-R est un média d’expressions individuelle et collective destiné aux jeunes en Fédération Wallonie Bruxelles. Ayant l’habitude de recueillir les voix de la jeunesse et de les relayer à travers des vidéos, podcasts, articles ou autres projets, Scan R sort son premier livre. Celui-ci contient une soixantaine de récits du confinement confiés par des jeunes : des témoignages frais et percutant qui donnent la vision de la jeunesse dans le contexte de crise sanitaire et des confinements. Un recueil primordial à l’heure où la jeunesse, trop peu entendue, est parfois représentée dans les médias comme irresponsable et défaitiste. Un livre, en somme, « écrit par les jeunes générations, pour les adultes ».

Le dérangeur, petit lexique en voie de décolonisation Collectif Piment, Hors d’atteinte, 2020

Piment est une émission culturelle diffusée sur Radio Nova (à écouter absolument !), qui réunit quatre passionnée·es de culture et d‘histoire de la diaspora africaine. Ce livre, construit comme un lexique, reprend le ton satirique et humoristique propre au Collectif en apportant de nouvelles définitions à des termes et expressions plus ou moins anciennes et propres à notre société post coloniale. D’Anti-blanc à Zouk en passant par Diversité, Exotique, Montreuil, Race ou encore Victimisation, ce lexique dérangeant mais bienvenu est le parfait « guide de survie » pour toute personne souhaitant décoloniser sa pensée.

L’urgence écologique vue du Sud

Coordonné par Bernard Duterme, Collections Alternatives Sud, Syllepses, 2020 L’urgence écologique est un sujet bien ancré et beaucoup discuté en Belgique, et à travers le monde. Des négociations internationales, des deal bilatéraux, régionaux, des rapports scientifiques et des politiques internationales et nationales qui doivent suivre le rythme. Mais comment apporter le consensus sur la gestion de la crise ? Dans ce nouvel Alternatives Sud, une douzaine d’auteurs et autrices du Sud se mette en débat autour de la crise environnementale, des désastres en cours et des responsabilités mais aussi autour des politiques à mener au Nord comme au Sud pour s’en sortir, en abordant les concepts d’écoimpérialisme et d’écologie décoloniale.

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SCILOPHONE PODCAST Grande nouvelle ! Le SCI fait son PODCAST ! Vous avez bien lu ! le SCI-Projets Internationaux se lance dans une nouvelle aventure cette année afin de trouver d’autres manières de communiquer, de partager et de donner la voix à toutes les personnes qui l’entoure !

AU PROGRAMME DE LA PREMIÈRE SAISON L'OBJECTIF ? VOUS POUVEZ NOUS ÉCOUTER ET VOUS ABONNER SUR

Une série d’épisodes sur les différents concepts qui font vivre le SCI : le pacifisme, le volontariat, la rencontre interculturelle, le choc culturel, le développement.

Donner les clés pour comprendre, réfléchir et s’approprier les thèmes abordés en présentant différents points de vue et vécus personnels grâce aux voix de nos volontaires et partenaires.

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