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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

Le SCIlophone N° 79

Bureau de dépôt : 1050 Bruxelles, 5 Agrément : P006706

avril / mai / juin 2018

ans

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dossier

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Ailleurs près d’ici

Partir en volontariat international Enjeux internationaux Préparer la COP 24 Volontariat au Sud De retour du Togo, du Maroc et d’Indonésie, 4 volontaires livrent les secrets d’un projet réussi Volontariat en Belgique Planter des choux, allonger la jambe, prendre soin des autres, veiller à ce que chacun.e ait sa place...

Alternatives positives Goodpay : Just Use It For SCI St-Gilles : des citoyen.es développent un FRIGO très particulier Opinion Quel est le modèle culturel actuel des jeunes ?

Une autre façon de lire le monde


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04  Enjeux internationaux Climat : trois ans après l’accord de Paris, quels enjeux pour la COP 24 à Katowice ?

au sommaire

07  Alternatives positives

DOSSIER témoignages

Ailleurs près d’ici Partir en volontariat international

Témoignages de Belgique Mise au Vert d’Iris pour 6 volontaires internationaux

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Frigo pour tous… et toutes ! Une initiative citoyenne de quartier à Saint-Gilles !

Vert d’Iris s’enracine dans ses potagers bruxellois et invite les échanges d’expériences au sein de son réseau local et international

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Leçons de vie au Château Vert

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Des volontaires SCI à l’Oxfam TrailWalker

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Soutenez-nous grâce à NewB !

Opinion

Les rêves des jeunes, en décalage avec la réalité ?

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A la une !

Poster du contenu sur les réseaux sociaux : quelques pièges à éviter

Témoignages du Sud Togo / Plus que des compétences, il faut du temps pour construire une relation

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Togo / Le projet est ce qu’on en fait

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Indonésie / Le volontariat, un choc positif

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Maroc / Une qualité à avoir? La flexibilité !

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Le SCI - Projets internationaux asbl est reconnu comme : • ONG d’éducation au développement par la Direction générale de la coopération au développement (DGD) • Organisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles

SCI-Projets internationaux Bruxelles : Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles T 02 / 649.07.38 Liège : Rue du Beau-Mur, 50 • 4030 Liège T 04 / 223.39.80 Abonnez-vous au SCIlophone !

Ils ont participé à ce numéro ! Le SCIlophone,trimestriel du SCI - Projets internationaux, est avant tout le magazine des volontaires du SCI !

Valentina Armenise, Tom Coppens, Dimitri Crespin, Anaïs Dufrasnes, Valérie Gillès, Barbara Lacoste, Frédéric Morand, Samson Noudofinin, Audrey Paternoster, Chloé Thielemans, Nathalie Vanderpas

Vous désirez partager une réflexion concernant le développement, les relations internationales, l'interculturalité ou encore témoigner de votre expérience sur un de nos projets ? Nos colonnes vous sont ouvertes ! Faites-nous parvenir vos propositions de thèmes et vos articles via : manu@scibelgium.be

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Coordination de publication : Emmanuel Toussaint / Mise en page : Cindy Marchal / Comité de rédaction : Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Emmanuel Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek / Illustrations originales : Jean-François Vallée, Geoffroy Dussart, Arnold Toussaint / Photos sans © : SCI-Projets Internationaux / Relecture orthographique : Fabrice Claes.


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© Dimitri Crespin

© Valentina Armenise

édito

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© Arnold

En quête de sens Parmi d’autres articles de ce numéro du Scilophone, vous pourrez découvrir, rédigé par Barbara, ancienne et brillante stagiaire au SCI et membre du Groupe Alter’Anim, un article sur « Les rêves des jeunes ». Je vous laisse lire l’article dans son entièreté, mais, en quelques mots, Barbara retrace en une page le contenu d’une conférence donnée par le sociologue Guy Bajoit, bien connu au SCI, notamment pour sa lecture très pointue de l’Histoire du développement et son modèle théorique qui nous ont aidés à développer certains outils pédagogiques. En bref, notre ami Guy a étudié l’évolution du modèle culturel des jeunes dans nos sociétés occidentales et en a conclu, en comparaison avec des modèles antérieurs, que le rêve des jeunes d’aujourd’hui était de « parvenir à être soi-même, choisir sa vie, être heureux et être tolérant » 1. A priori, rien de très contestable, mais tout de même un modèle en rupture avec le modèle précédent. Tout ça nous renvoie au sens que tout individu doué de pensée et de conscience a tendance à rechercher, à peu près dès le moment où il vient au monde, et jusqu’à son dernier souffle (et non, c’est pas que pour les jeunes cette histoire !) : que viens-je faire dans cette galère ? Ce n’est pas si simple, cette recherche de sens, confrontés que nous sommes à de nombreux perturbateurs de ce travail tout intérieur : sans même invoquer les Dieux, qui ne sont certes pas une intuition neuve et qui ont l’avantage de nous offrir une réponse pratique et définitive ; mais il y a aussi, entre autres : cette offre effrénée du plaisir immédiat et éphémère, propre à la société de consommation ; la tentation – pas très neuve non plus, celle-là - du manichéisme confortable proposant des ennemis bien identifiables : les riches, les pauvres, les autres (nations, races, migrants…) ; l’obsession de l’image qu’on donne, le narcissisme, tellement amplifié par l’illusion si puissante des réseaux sociaux… ; la dictature de la réussite, prônée par notre société ultralibérale et érigeant la compétitivité en modèle absolu.

A ce propos, un Monsieur très intelligent, et pas seulement parce qu’il était un scientifique de génie, avait déclaré, il y a quelques décennies : « Il est grand temps de remplacer l’idéal du succès par celui du service » 2. Bien vu non ? Mais, on en est encore loin aujourd’hui, vous ne trouvez pas ! C’est sans doute à la fois dans cette recherche de sens à donner à sa vie et cette recherche d’idéal basé sur le service que s’inscrit notre conception du volontariat. Non pas service au sens « aide que je vais apporter, moi personne privilégiée, aux personnes moins bien que moi ». Cette conception, elle est vendue, et bien vendue, par les organisations de volontourisme que nous dénonçons régulièrement. Mais service dans le sens d’opposition, précisément, à la recherche de gain, monétaire ou de victoire par rapport à l’autre. La qualité de la vie ne dépend pas de ce qu’on a accumulé, gagné par rapport à l’autre, mais au contraire de ce qu’on a pu construire dans sa relation à l’autre. A la lecture des nombreux témoignages qui jalonnent ce numéro du Scilophone, vous y trouverez à plusieurs reprises les mots « sens », « échanges », « relations », « apprentissages ». Si vous êtes parmi les dizaines de volontaires qui vont réaliser un projet de volontariat cette année, peu importe que ce soit à l’autre bout du monde ou dans votre rue, nous espérons que l’expérience vous aura aidé à avancer dans votre quête de sens. Ce sera déjà une extraordinaire réussite.

Pascal Duterme Coordinateur du SCI

1

Voir article « Le rêve des jeunes, en décalage avec la réalité » Barbara Lacoste, p.26

2

Albert Einstein

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Enjeux internationaux

CLIMAT :

3 ans après l’Accord de Paris

Lundi 12 février 2018. Deux ans après la COP21 (décembre 2015), alors que Paris s’apprêtait à accueillir le One Planet Summit, plus de 120 personnalités aussi bien économiques que scientifiques et politiques ont conclu le fameux pacte « Finance-Climat » visant à trouver des moyens concrets pour dégager des financements verts en vue d’accélérer la transition énergétique.

Cet appel européen entendait consacrer la finance en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Destiné aux dirigeants européens, ce pacte comprend des propositions bien prometteuses – telles que l’idée de « création d’un impôt européen sur les bénéfices de 5 % » 1 - qui pourraient bien faire avancer l’épineux débat de la question financière, enjeu crucial présent à toutes les COP 2. En effet, l’adoption de cet impôt par les décideurs européens représenterait une sérieuse source de financement à la hauteur des défis environnementaux pressants : le soutien à l’innovation énergétique en Europe et ailleurs, et l’aide solidaire aux pays les plus vulnérables. Bien que cet enjeu financier ait été quelque peu mis en sourdine lors de la COP23 à Bonn (Allemagne), un premier défi de Katowice 2018 (Pologne) résidera donc sur une forte résolution comme celle-là.

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Un environnement criant Les Îles Fidji, ce minuscule pays du Pacifique Sud composé d’un ensemble de petites îles qui a assuré la présidence de la COP23, sait bien ce que signifie « être vulnérable ». En termes de défis criants à relever, l’endiguement nécessaire face à l’élévation du niveau de la mer constitue certainement une des priorités les plus urgentes qui soient, une élévation qui résulte directement de l’augmentation des émissions de gaz à effet-de-serre 3. À côté de la montée des eaux – qui menace par ailleurs la côté belge au point que le climatologue Jean-Pascal Van Ypersele a écrit ce 12 février qu’elle « ne survivra pas sous sa forme actuelle » – la hausse des températures est aussi responsable de l’acidification accrue des océans, du blanchissement des coraux et de perte de biodiversité marine. Parallèlement à ces observations, c’est d’un dérèglement climatique général dont il est question, avec pour conséquences des phénomènes météorologiques plus violents et parsemés frappant çà et là sous diverses formes. Le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat créé par les Nations Unies en 1988, a démontré que la situation est sans précédent et attribuée à l’activité humaine. Ce constat de base, qui jouit aujourd’hui d’un consensus scientifique international, ne peut plus être nié ou remis en cause par les climatosceptiques ni les dirigeants politiques. Ces derniers l’ont bien compris, à l’instar du président français Emmanuel Macron qui s’exclamait lors de conférence de Bonn : le « seuil de l’irréversible a été franchi », reprenant ainsi l’appel des 15 000 experts paru en novembre dernier, et incitant la communauté internationale à accélérer la mise en application des Accords de Paris.

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Préparer la COP 24

Quels enjeux pour la COP 24 à Katowice ?

« Katowice sera une COP décisive : il faudra impérativement prendre les décisions critiques postposées lors des COP précédentes, rehausser les ambitions climatiques nationales et gérer le « désengagement » des USA afin qu’il ne déteigne pas sur d’autres pays »

En passant par Paris, d’hier à aujourd’hui Bien avant la COP21 à Paris, c’est lors du « Sommet de la Terre » de Rio de Janeiro en 1992, 4 ans donc après la naissance du GIEC, qu’a eu lieu la Conférence des Nations unies sur l’Environnement et le Développement. Celle-ci a donné naissance à un texte fondateur : la Convention-cadre des Nations unies sur le réchauffement climatique. Ce texte énonçait les principes de précaution et de responsabilité des pays développés, et accouchait de la première COP sur le climat en 1995 4. C’est sur la base de ce texte que les Accords de Kyoto ont vu le jour en 1997 lors de la COP3. Ce traité marqua un réel tournant, car il fixait pour la première fois des objectifs chiffrés de réduction de gaz à effet de serre : moins 5 % d’ici 2012 en comparaison avec 1990 ! Cette avancée inédite comportait cependant un manquement, celui de ne pas y assortir des mécanismes de contrôle et de sanction en cas d’échec à l’atteinte des objectifs. Par ailleurs, notons que, en raison d’un système décisionnel complexe, les Accords de Kyoto ne sont entrés réellement en

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vigueur qu’en 2005. Enfin, les États-Unis et la Chine, grands pollueurs, n’étaient pas concernés par le Protocole. Il était donc nécessaire de conclure un nouveau traité incluant davantage de pays émergents. La conférence de Copenhague en 2009 y parvint-elle ? Non. Il a fallu attendre la COP21 de 2015 pour ratifier les Accords de Paris ! Ceux-ci prévoient de rester sous la barre des 2 °C d’augmentation des températures par rapport au niveau de la période pré-industrialisée. Le bilan de la COP21 a deux facettes : côté pile, il est symboliquement très fort par son acceptation par la majorité des pays du monde ; côté face, il n’est pas (assez) contraignant et manque de précision sur divers points, comme par exemple la définition du Fonds vert dédié aux pays vulnérables. Destinées à entrer en vigueur d’ici 2020, les COP après les Accords de Paris, que ce soit à Marrakech, Bonn ou prochainement à Katowice, entendent toutes poursuivre cette laborieuse tâche : définir des moyens d’application du traité et mettre en œuvre des politiques concrètes pour atteindre les objectifs.

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Préparer la COP 24

« Selon le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat créé par les Nations Unies en 1988, la situation serait sans précédent et à attribuer à l’activité humaine. Ce constat de base qui jouit aujourd’hui d’un consensus scientifique international ne peut plus être nié ou remis en cause par les climatosceptiques ni les dirigeants politiques »

Katowice : 3, 2, 1, Action ! Pour pouvoir aborder la question centrale des enjeux de la prochaine COP24, qui aura lieu en novembre 2018 en Pologne, il y a lieu de revenir quelques mois en arrière à l’heure du bilan de la COP23 à Bonn. Attendue comme une rencontre plus technique que politique, une étape intermédiaire dans l’intention de déclinaison des Accords de Paris, Bonn a eu le mérite de contenir certains avancements desquels nous retiendrons l’émergence du « Talanoa dialogue », un outil inclusif visant à faciliter des discussions hors du cadre classique et s’étalant jusqu’à la COP24 en cherchant à rehausser les ambitions. Mais à côté du lancement de cette dynamique, Bonn a échoué à régler plusieurs dossiers cruciaux : les « financements climat », les « pertes et préjudices » et le Fonds pour l’Adaptation. 5 Katowice sera une COP décisive : il faudra impérativement prendre les décisions cruciales postposées lors des COP précédentes, rehausser les ambitions climatiques nationales et gérer le « désengagement » des USA afin qu’il ne déteigne pas sur d’autres pays. Lors de cette COP24, le GIEC remettra son nouveau rapport comportant les conditions nécessaires pour le maintien de l’augmentation de la température à 1,5 °C : un moment clé pour réaffirmer l’urgence de passer à l’action et pour aborder le sujet de la transition juste et énergétique, en soulignant la nécessité de la fin de l’extraction du charbon et d’autres énergies fossiles.6

Harmonisation des contributions nationales Conjointement à l’objectif quantifié de 2 °C, les Accords de Paris se différencient de ceux de Kyoto car ils y assortissent l’idée de contributions volontaires des États membres, qui doivent être revues tous les 5 ans à partir de 2020. Cette modalité, malgré son unanimité auprès des États signataires, pose un profond problème : les ambitions sont trop frileuses ! La somme des engagements de tous les pays ne permet pas d’atteindre l’objectif des 2 °C : selon les experts, ils permettraient tout au plus de limiter le réchauffement climatique à 3-4 °C. Il est donc nécessaire d’améliorer le système de révision des contributions afin de les augmenter.

à suivre ni adjoindre de sanctions. Bref, l’avancement des politiques climatiques dépend principalement de la volonté politique des dirigeants des différentes États. Une problématique aussi cruciale peut-elle supporter une telle latitude ?

L’inépuisable question financière Enfin, l’ultime question que les COP reportent d’une année à l’autre est celle de la solidarité internationale en faveur des pays vulnérables, par le financement de projets d’atténuation des effets du dérèglement climatique et d’adaptation, par la mise sur pied d’un programme avancé d’aide aux victimes et d’accueil des déplacés climatiques. C’est là une question de responsabilité commune mais différenciée : il s’agit d’organiser le soutien tant financier que technologique des pays riches envers les pays les moins avancés.

Maintenant, plus que jamais ! La Pologne et la ville de Katowice se voient ainsi coller un ordre du jour bien chargé. Sera-t-il mené à bien ? Les membres feront-ils preuve d’une volonté politique suffisante pour élever les ambitions et contraindre leur mise en œuvre ? Et la société civile, elle, sera-t-elle présente en nombre ? Alors qu’elle multiplie les initiatives de transition localement, assumera-t-elle au niveau international sa responsabilité de contre-pouvoir, de lobbying auprès des dirigeants de ce monde ?

Éloge de la mise en œuvre

Valérie Gillès

Dans la même lignée, lors de la COP24, le mode d’emploi de l’application des Accords de Paris, nommé officiellement Guideline for implementation, doit être finalisé. Les négociations sur ce document ont été lancées à Bonn et doivent aboutir à l’élaboration de principes opérationnels et d’un calendrier.7

Mécanismes de suivi et de contrôle des avancées Un autre enjeu de Katowice concerne la particularité des formes de négociations et le caractère relativement non contraignant des traités internationaux. Les Accords de Paris, dans un esprit de transparence, demandent que les États rendent compte de leurs efforts, mais sans préciser les modalités particulières

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Membre du groupe Alter’Anim du SCI

www.transition-europe.eu, Appel pour un Pacte Finance-Climat Européen, 8/12/2017

1

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Conference Of Parties, c’est-à-dire Conférence des Etats signataires

www.cncd.be, Climat : les enjeux de la COP de l’urgence, Véronique Rigot, 6/11/2017

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www.youtube.be, Les scenarii de la COP 21, Le dessous des cartes, Arte, 21/11/15

4

www.cncd.be, Climat : que retenir de la COP23 ?, Véronique Rigot, le 20/11/2017

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Pour info, Katowice est une ancienne ville minière

6

www.energie-developpement.blogspot.fr, Aurevoir Bonn, Bonjour Katowice : le bilan de la COP23 et les enjeux pour la COP24, Thibault Laconde, 17/11/2017

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alternative positive

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Plus d'infos ?

grâce à NewB !

www.goodpay.coop/newb/fr

La coopérative NewB travaille à la construction d’une nouvelle banque éthique et durable en Belgique. Son premier produit, la NewB GoodPay Prepaid MasterCard®, est une carte prépayée utilisable dans tout le réseau Mastercard (plus de 35 millions de commerces dans le monde) et sur le net. Jusque-là, rien de bien différent d’une carte de paiement…Or c’est là que ça devient intéressant : la carte vous permet de soutenir le projet de votre choix parmi les 152 associations membres de NewB dont nous faisons partie. Lors de votre inscription, vous pourrez choisir une association qui recevra 5 centimes pour chaque achat effectué avec la carte. D’accord, ce n’est pas cela qui va nous permettre de doubler notre budget mais vous connaissez l’histoire des ruisseaux qui deviennent des rivières ? Vous pouvez découvrir le fonctionnement de cette carte en vidéo ou visiter le site de GoodPay pour en connaître toutes les caractéristiques éthiques et durables.

Promouvoir une carte de crédit, est-ce vraiment éthique ? Le produit proposé par NewB n’est en réalité pas une carte de crédit mais une carte prépayée. Vous ne pouvez tout simplement pas dépenser plus que le montant dont vous avez rechargé votre carte. Vous ne serez donc jamais dans le rouge.

En images : www.youtube.com/watch?v=obVEBIJi-0s

C ’ e s t q u o i N e w B  ? NewB est une coopérative belge dont l’objectif premier est de fonder une nouvelle banque en mesure d’affronter les défis financiers de demain selon une approche résolument éthique et durable. Dans cette optique, l’organisation (tout comme la banque qu’elle souhaite bâtir) base son travail sur 13 valeurs fondamentales inscrites directement dans ses statuts. NewB peut d’ores et déjà compter sur le soutien de nombreux acteurs qui partagent ses valeurs : • 152 organisations de la société civile (ONG, ASBL, syndicats…) • Plus de 50.000 citoyens, • 3 investisseurs professionnels (du groupe mutualiste français Monceau Assurance)

Nos valeurs : www.newb.coop/fr/propos-de-newb

Frigo pour tous… et toutes !

Une initiative citoyenne de quartier à Saint-Gilles ! Il y a nos restes alimentaires, qui terminent dans nos poubelles et, à plus grande échelle, les denrées industrielles et encore consommables qui n’arriveront jamais dans nos assiettes. Faute à une pomme d’être « trop petite » ou « pas assez rouge », elle finira à la poubelle avec ses copines mal calibrées. C’est ce qu’on appelle le gaspillage alimentaire. Nous sommes cloisonnés dans un système de croyances où l’abondance prime, au prix d’une surconsommation effrénée et exponentielle, sans tenir compte des ressources limitées et des enjeux sociétaux qui y sont liés. Ce discours alarmant est répété dans les journaux, à la TV et sur le net. Mais quelles sont les alternatives concrètes qui sont à la portée de tous et toutes ?

L’une d’entres elle s’appelle « Share Food ». Depuis 2015, cette asbl collecte des invendus des supermarchés et les dépose dans des squattes et autres associations. Aujourd’hui, de cette initiative naît le « Frigo pour tous » qui a ouvert ces portes en avril dernier. C’est dans un garage du CPAS de Saint-Gilles que des bénévoles se retrouvent plusieurs fois par semaine et redistribuent gratuitement « les surplus » des commerçants et des particuliers. Et si la récupération alimentaire permettait à des personnes de tous âges, de toute diversité culturelle, économique et sociale confondus de se rencontrer, de partager et de s’impliquer dans un projet qui a du sens ?

Nat’ Vanderpas, Volontaire au SCI

Plus d'infos ?

www.sharefood.be

T 0492/88 22 30 ● Frigopourtous1060@gmail.com ●

Frigo pour tous – Share Food


DOSSIER

témoignages d'ici Belgique

Thématique du projet : climat et développement durable

Ailleurs près d’ici

Mise au Vert d’Iris

pour six volontaires internationaux Au mois d’avril 2017, je me suis lancé dans l’aventure de la coordination de volontaires internationaux avec le SCI. Le projet portait sur l’agriculture urbaine et la formation en horticulture et maraîchage biologique à Bruxelles. Le groupe allait être formé de deux Russes, deux Mexicains, d’un Espagnol et de moi-même. Après un week-end de formation avec les autres coordinateurs belges et une rencontre avec le partenaire, c’était parti pour 3 semaines d’immersion. Dans mon esprit, beaucoup d’engouement, quelques attentes, certaines appréhensions et énormément d’allégresse. Le tout premier chantier SCI-Vert d’Iris International était lancé.

Rencontre(s) Mise à part une courte description et quelques mails succincts, je n’avais que peu d’informations sur les volontaires et il me tardait de les rencontrer. Le rendez-vous était fixé au métro Erasme avant d’entamer les 1500 derniers mètres à pied jusqu’au potager. A l’arrivée de certains, j’ai vite compris qu’ils n’avaient pas bien saisi le cadre de vie dans lequel nous allions évoluer durant ce mois d’août. Valises à roulettes et chaussures chics seront mises à rude épreuve ! Quoi qu’il en soit, les volontaires sont enjoués et curieux sur le chemin ; une appréhension s’efface déjà. Arrivés sur place, nous sommes chaleureusement accueillis par un grand groupe autour d’une table bien garnie. Autour du repas, on entame timidement les présentations en essayant de repérer les statuts variés des nombreux hôtes. Dans l’après-midi, nous prenons nos quartiers dans une parcelle annexe où nous attendent tentes et tonnelle aménagée. Pendant ces 3 semaines, nous logerons dans un immense champ en lisière de bois, avec comme voisins des ânes. L’idée d’être à Bruxelles semble irréaliste. J’apprends que l’électricité y est disponible et que des douches chaudes sont à notre disposition à 200 m de là. Bien que ces commodités soient restées incertaines pendant tout le projet, elles étaient plus que les bienvenues. Pour cette première soirée, je m’assure que les volontaires sont bien installés et j’en profite pour établir les bases d’un groupe à travers des tours de table et des plans sommaires pour l’organisation. Ils ont pleins de questions sur notre pays méconnu et je me rends compte que ce sera une joie pour moi de le leur faire découvrir.

récoltes de légumes, la cueillette de fleurs comestibles et l’entretien quotidien des différents plants, nous vivons au mieux l’expérience maraîchère. Humainement aussi, le projet prend tout son sens. La disponibilité des membres de Vert d’Iris permet la multiplication des échanges, aussi bien sur l’agriculture alternative que sur les divergences culturelles. Bien que parfois la langue, principalement le français, s’est avéré être un obstacle pour certains volontaires, j’ai vu se former de fortes complicités. Pour ma part, j’ai pu approfondir mes connaissances du milieu potager et des techniques de culture biologiques.

La mayonnaise (bio) prend !

Quoi qu’il en soit, à mi-projet déjà, le projet apparaît comme une réussite. Les volontaires développent un sens critique sur l’agriculture dans leur pays et mettent en question leurs propres habitudes alimentaires. Pour le partenaire,

Une fois les premiers mécanismes assimilés, nos habitudes de travail coulent de source et le chantier bat son plein. Entre les

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Au sein de notre petit groupe fraîchement établi, l’ambiance est à la légèreté et à l’autogestion. Certains s’accommodent plus ou moins de défis nouveaux (le régime végétarien, les toilettes sèches, les règles de vie de groupe, le froid de l’été belge) et nous tâchons d’organiser les temps libres en accord avec les souhaits de chacun. En effet, les week-ends sont bien garnis avec des excursions à Bruges, Gand et Bruxelles qui se sont avérées parfois plus éprouvants que reposants ! Par ailleurs, les soirées thématiques sur les pays d’origine des volontaires nous ont fait voyager le temps d’un repas. Malgré les programmes intenses, je ressens que tous sont satisfaits du déroulement et je me réjouis d’avoir contribué à cette entente. Bien que le groupe développe une cohérence, mon plus grand défi reste de le maintenir impliqué dans la vie en communauté et dans la prise d’initiatives. Et malgré mes dépenses d’énergie, le Wi-Fi semble souvent avoir le dernier mot...

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Coordonner un projet de volontariat

« Pendant ces 3 semaines, nous logerons dans un immense champ en lisière de bois, avec comme voisins des ânes. L’idée d’être à Bruxelles semble irréaliste.  Quelle joie d’être un acteur du changement dans sa localité ! » © Photos : Dimitri Crespin

cet échange a parmi d’appliquer les valeurs d’éducation et de sensibilisation qui leur sont chères, ainsi que d’apprécier la dimension internationale de leur coopérative. Pour ma part, je plonge dans un projet engagé et inspirant qui, malgré son échelle relativement restreinte, maintient de grandes ambitions en vue d’un futur plus « vert ». Le temps file désormais, nos corps venaient pourtant à peine de s’habituer aux matelas et au régime bio, et nos esprits de voir sourires et légumes au quotidien.

L’épilogue Le chantier terminé, tous nous nous éparpillons pour voyager vers la fin de nos étés. La scission est brusque et légèrement confuse. Déjà je m’interroge sur le bilan : qu’allons-nous emmener de ce projet avec nous ? Que retiendra-t-on de ce voyage inédit ? Avec le recul et à travers les correspondances avec les volontaires, je comprends que nous avons tous beaucoup vécu

durant ces 3 semaines. Il aura fallu parfois enrayer des habitudes, parfois savoir se laisser aller vers l’autre et l’inconnu. C’est par cette évolution silencieuse, propre à chacun, que nous en sommes ressortis plus riches. Personnellement, je retiendrai les découvertes et les échanges. Quel plaisir de voyager dans son propre pays ! Je retiendrai aussi cette nouvelle dynamique qui existe et qui revendique ses valeurs haut et fort. Quelle joie d’être un acteur du changement dans sa localité ! La collaboration entre le SCI et Vert d’Iris International est riche de sens et nul doute que le chantier a représenté une aventure, aussi bien humaine qu’écologique. Pour ma part, je suis heureux d’avoir participé à ce chantier pionnier et je ne peux que souhaiter que des milliers d’autres le suivent.

Dimitri Crespin Volontaire au SCI


DOSSIER

témoignages d'ici Belgique

Ailleurs près d’ici

Vert d’Iris s’enracine dans ses potagers bruxellois et invite les échanges d’expériences au sein de son réseau local et international

Vert d’Iris est née d’une expérience potagère associative. Fraîchement revenu d’Irlande, Frédéric Morand, porté par les vents d’une profonde transition personnelle, atterrit en 2009 dans le quartier post-industriel de Cureghem (Anderlecht). Il décide de laisser de côté les projets de recherche européens en agriculture durable qui l’occupaient depuis près d’une décennie et, avec le concours de la Commune et de la Région, il démarre un potager sur un terrain en friche.

La Pépinière de la Rosée, sur 7 ares, à la frontière entre Anderlecht, Bruxelles-Ville et Molenbeek, devient très vite un pôle d’attraction régional et même international, du fait des centaines de bacs de culture en plastique recyclé, qui portent en quelques mois de nombreuses cultures maraîchères et quelques 300 fruitiers basse tige. Au printemps 2010, la plupart des associations du quartier deviennent parties prenantes et louent un ou plusieurs bacs. Des animations pour les enfants prennent place. L’affluence est telle que la Commune demande très tôt un nouveau projet pour le futur programme quadriennal (Contrat de Quartier Durable « Canal-Midi »). Ce projet permet de signer un bail à ferme sur un nouveau site à Neerpede (sud-ouest anderlechtois), et de développer les axes principaux qui préfigurent le portfolio de la future coopérative Vert d’Iris : • Production éco-intensive de fruits, légumes et fleurs comestibles bio • Installation de cultures en bac ou pleine terre, avec gestion des cultures en option • Programme d’apprentissage continu pour adultes, en confrontant la théorie au terrain • Aguerrissement en comptabilité, finances, RH, marketing, communication… les petits métiers méconnus du potager !

Que représente Vert d’Iris aujourd’hui ? La coopérative occupe début 2018 environ 12 équivalents temps-plein salariés et rassemble 230 coopérateurs.

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Le secteur VEG est le cœur de métier de Vert d’Iris. Ses deux potagers certifiés bio, qui couvrent près d’1,5 hectare, sont gérés en agroforesterie éco-intensive : • Culture intensive de planches paillées et enrichies d’engrais et amendements organiques • Recherche d’associations végétales synergiques (dont fruitiers) • Biostimulation et réduction des stress environnementaux • Recyclage systématique des ressources matérielles • Circuits courts : livraison auprès d’épiceries, restaurants et particuliers en Région bruxelloise • Culture des savoirs et de l’action consciente Le secteur BAC est le 2e pilier commercial de Vert d’Iris. Nous vendons des bacs en plastique 100% recyclé. Il y a 6 modèles que nous livrons en kit ou assemblés. Ces bacs conviennent pour les particuliers, écoles, restaurants, maisons de repos, entreprises… qui veulent se lancer dans une activité potagère. Grâce à un partenariat avec Sodexo depuis 2013, nous avons installé des mini-potagers en bacs dans de nombreuses écoles. Découvrez nos bacs ici : www.vertdiris.net/les-bacs Le secteur PEDA vise à multiplier les savoirs de tous et toutes. D’abord, nous avons lancé un programme d’apprentissage ESAD (Entrepreneuriat Social pour l’Alimentation Durable) qui rassemble aujourd’hui une trentaine d’apprentis à temps partiel. Ensuite, nous intervenons en milieu scolaire et parascolaire. Enfin, nous organisons des visites et des ateliers chez nous.

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Être partenaire projet du SCI

Acc u e i l d e n o s pa r t e na i r e s SUD

Que sera Vert d’Iris demain ? Vert d’Iris devrait atteindre l’équilibre budgétaire en 2018. D’autres secteurs émergent en synergie avec les secteurs existants et préfigurent le futur de la coopérative. AQUA : élever des poissons et recycler l’eau et les boues d’élevage à travers l’aquaponie (avec une asbl sœur : Lichens) • TRANS : transformer nos cultures localement en chips, jus frais, lactofermentés, tisanes, grâce à la construction d’un foodlab équipé de 280 m2 • HOST : accueillir des visiteurs sur nos potagers au moyen d’un café, de team-buildings, d’animations diverses et de résidence. • GRASS : construire des partenariats locaux afin de mieux valoriser les effluents d’élevage et les ressources pastorales, en étroite relation avec le secteur COMPOST qui vise à optimiser la gestion des déchets organiques (compostage, BRF, bokashi…)

En octobre 2017, huit partenaires du Sud ont été accueillis en Belgique pendant une semaine, durant lesquels nous avons fait connaissance, échangé sur nos visions du partenariat, nos missions, nos projets pédagogiques et nos outils. Les partenaires du Sud ont également pu rencontrer les volontaires activistes du SCI et Vert d’Iris International, un de nos partenaires en Belgique. Suite à l’Accueil Sud, les partenaires ont participé à l’EPM en France (réunion annuelle internationale des branches SCI et partenaires).

Les efforts de développement vont être poursuivis selon 4 axes :

• Renforcer les synergies intersectorielles et entre partenaires : consolider l’efficacité opérationnelle et la rentabilité Bref, Vert d’Iris crée des emplois socialement et écologiquement responsables dans le système alimentaire bruxellois et… favorise l’échange de savoirs (savoir-faire, savoir-être, savoirfaire-faire) localement et avec l’étranger. Enfin, les portes de Vert d’Iris sont grand-ouvertes aux volontaires internationaux.

Frédéric Morand Coordinateur de Vert d’Iris international, partenaire du SCI

• Consolider l’équipe de coordination : investissement humain • équiper le personnel avec du matériel adéquat : investissement matériel • Concrétiser le foodlab pour augmenter la valeur ajoutée : démarrage du secteur TRANS

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DOSSIER

témoignages d'ici Belgique

Thématique du projet : personnes porteuses d'un handicap

Ailleurs près d’ici

Leçons de vie

au Château Vert

« C’est le travail d’une vie de parvenir à accepter ses limites »

Quand on arrive au Château Vert, on se demande d’abord : « mais il est où le château ? ». La résidence est constituée de quelques bâtiments plus ou moins vétustes. Le site est situé à proximité de Huy, en bordure de Solière, au cœur des champs, dans un cadre verdoyant et paisible.

Le Château Vert, c’est le lieu de vie de nombreuses personnes en situation de handicap moteur et/ou mental. Pendant deux semaines, un groupe de cinq volontaires internationaux a décidé de partager leur quotidien. En début de séjour, nous échangeons sur nos envies : contribuer à plus de mixité, rencontrer, s’intégrer et apprendre à accompagner des personnes en situation de handicap en renforçant l’équipe des animateurs. Du côté des peurs, nous craignons d’être maladroits et de blesser, de ne pas savoir quel rôle jouer et comment se rendre utile ou communiquer, aussi bien vis-vis des résidents que des professionnels qui les prennent en charge… Il est vrai que du côté de la communication, notre patience est parfois mise à rude épreuve. Les codes sont bouleversés : comment réagir face à l’attachant Fabio qui répète inlassablement la même question ? Ou comment poser des limites au charmant Maxime qui nous réquisitionne en permanence pour des séances de puzzle ? Les difficultés de communication ne se limitent pas aux contacts avec les résidents. Comment se présenter aux travailleurs alors qu’ils sont nombreux, forts occupés et pas toujours au courant de la raison de notre présence ? Moi-même, en tant que coordinateur du projet, je réalise que je prends régulièrement de simples questions logistiques comme des reproches sur la manière dont j’organise les activités… Autant d’occasions d’apprendre à aller vers l’autre de manière franche, à reformuler une interpellation pour en comprendre les enjeux, à poser ses limites… C’est peu cher payé pour passer des moments de qualité ensemble. Privés de moyen de locomotion pour des raisons techniques, nous passons la majorité du séjour au château vert. Nos journées sont ponctuées de balades à vélo (à l’aide des vélos électriques, dont un avec un siège à l’avant pour Paolo qui ne cesse de crier « Paolo peur » pendant la balade), d’ateliers musicaux, de parties de Boccia (une pétanque adaptée), d’ateliers créatifs (nous préparons une grande banderole tibétaine en prévision des 70 ans du SCI), de démonstrations

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« On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses plus faibles » 1

de cyclo danse, d’ateliers détente et bien-être… Tous ces moments nous sont offerts comme des opportunités pour mieux se connaitre. Il y a aussi les moments informels, les goûters, les repas où nous sommes parfois invités à manger chez les uns et chez les autres, ou encore à recevoir nousmêmes un résident à notre table. Il y a les moments creux, les temps d’accueil, les imprévus, les plan B… Les moments de flou auxquels nous réagissons par de l’immobilisme et que nous saisissons pour papoter ensemble. Il est curieux de constater à quel point le château vert semble replié sur lui-même, perdu au milieu de la campagne. Pour des raisons logistiques, notre société décide de cloisonner des personnes par catégorie : les anciens avec les anciens, les handicapés avec les handicapés, les prisonniers avec les prisonniers… Et cela malgré les dangers de nivellement par le bas que cela peut présenter… Vous savez, cette idée qu’une société montre son degré d’évolution à la manière dont elle traite ceux qui sont en marge ? Je suis triste de constater que notre manière de procéder ne semble pas refléter un grand degré d’évolution. Lili et André, nos deux Mexicains de passage pour le chantier, sont eux plutôt agréablement surpris de la qualité des soins apportés aux personnes. Confrontés à de nombreuses limites physiques et/ou cognitives, l’énergie des résidents se consacre essentiellement à se maintenir en vie… Dans ces conditions, il n’est pas évident de réaliser d’autres projets que celui-là, bien essentiel. Cela engendre une sorte de lourdeur, de rapport au temps plus lent, de cloisonnement étouffant. Comment donner plus de sens à ce projet dans un contexte aussi compliqué ? Mon âme idéaliste rêve de projets potagers, de vente de produits du château au marché de Huy, d’une piscine sur place qui permettrait plus d’aqua thérapie, d’échanges réguliers entre les habitants de la région et des résidents, de résidents qui cuisinent et participent aux tâches ménagères… Des projet qui sont plus simples à énoncer qu’à réaliser, quand certains ne disposent pas de la

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Participer à un projet de volontariat

© Photos : Tom Coppens

motricité nécessaire pour réaliser un simple bricolage… C’est le travail d’une vie de parvenir à accepter ses limites. Les résidents y sont confrontés de manière bien plus violente que la plupart des citoyens. Et sans vouloir peindre le tableau en rose ou nier les souffrances qui en découlent, j’ai l’impression que beaucoup d’entre eux réagissent en développant des qualités d’âme, de positivité, d’ouverture à l’autre et de capacité à se saisir des petites choses qui font le sel de la vie.

« En début de séjour, nous échangeons sur nos envies : contribuer à plus de mixité, rencontrer, s’intégrer et apprendre à accompagner des personnes en situation de handicap en renforçant l’équipe des animateurs. L’énergie des résidents se consacre à se maintenir en vie… Il n’est pas évident de réaliser d’autres projets que celui-là, bien essentiel »

Depuis la fin de ce chantier, j’ai souvent pensé à celles et ceux que j’ai rencontrés là-bas. J’aimerais rester en contact, et en même temps, nous sommes tous pris par la vie et les aventures du présent. J’espère que le caractère éphémère de ces rencontres ne les rend pas moins précieuses. Merci aux résident.es qui nous ont accueillis chaleureusement sur place, et qui par la simple manière de gérer les choses nous enseigne de belles leçons de vie. Globalement, ces personnes font preuve d’un grand courage pour apprécier le quotidien, malgré les nombreuses difficultés auxquelles elles sont confrontées. Merci À Adama, Joy, Lili et André, les 4 autres volontaires qui ont vécu cette expérience avec moi. Merci à Delphine et Nico, nos référents au Château Vert et enfin merci à Sergio et Mario du SCI, qui se sont déplacés deux fois pour la réunion de lancement et de clôture du chantier.

Tom Coppens Membre du groupe Alter’Anim (SCI)

Adapté de la célèbre citation de Gandhi : « On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux »

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DOSSIER

témoignages d'ici Belgique

Thématique du projet : pauvreté et injustice sociale

Ailleurs près d’ici

Des volontaires SCI

à l’Oxfam TrailWalker

L’Oxfam TrailWalker un défi que se donnent 4 personnes, des amis, des collègues ou les membres d’une famille pour parcourir 100 km à pied sur un circuit tracé, par une équipe d’Oxfam-Solidarité, dans les Hautes-Fagnes (Belgique). Le but du trail est de récolter de l’argent : chaque équipe doit rassembler 1500 € (ou plus) pour soutenir des projets de réduction des inégalités dans le monde. Donc le défi ne se réduit pas à une marche, en plus d’être un évènement créatif et sportif, le TrailWalker est un évènement international et c’est un engagement vers la réduction des inégalités dans le monde ; une implication humaine. Pourquoi le SCI s’est-il impliqué dans l’événement ? Qu’en avons-nous retiré ?

L’Oxfam TrailWalker draine chaque année plus de 400 volontaires qui travaillent aux côtés de l’équipe d’Oxfam pour sa réussite. Les volontaires peuvent avoir plusieurs rôles dans l’organisation. Ils sont regroupés par équipes (des « shifts ») : l’enregistrement des participants, l’installation de points de ravitaillement, le chargement et le déchargement des camions, l’installation des lits, la mobilité des bénévoles vers les check-points… sont autant de tâches auxquelles les bénévoles apportent leur soutien. Cet été, pour la 10e édition du TrailWalker, le SCI-Projets Internationaux a été partenaire d’Oxfam. Une dizaine de volontaires internationaux du SCI ont rejoint les équipes de bénévoles du 21 au 29 août 2017. Notre groupe était constitué de jeunes venant d’Allemagne, du Portugal, de République tchèque, d’Espagne, de Russie, d’Italie, de Slovénie, du Mexique, de Belgique et du Bénin. J’y ai participé en tant que coordinateur. Comme tout projet SCI, celui-ci est une rencontre interculturelle auxquelles participent des jeunes de différentes cultures et nationalités.

Une première collaboration mais pas la dernière Ce qui a motivé le SCI à collaborer avec Oxfam-Solidarité est le partage d’une même vision de la solidarité internationale : il est impératif de réduire la pauvreté, le volontariat est une forme de coopération internationale pleine de richesses, nous avons la volonté de donner aux jeunes du monde entier des espaces dans lesquels ils peuvent se rencontrer, collaborer, créer des réseaux solidaires, avoir des perspectives pour la réduction des inégalités dans le monde. Cette vision s’inscrit dans le long terme et, je l’espère, notre collaboration aussi.

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De l’action, mais aussi de la sensibilisation et du plaidoyer Nous avons donné un coup de main concret à l’organisation – déjà rodée – de l’événement. Mais notre engagement ne s’est pas arrêté là. La finalité du projet, c’est surtout la sensibilisation et la mobilisation des citoyens en vue de plaider pour dénoncer les rapports de forces inégaux et pour créer des relations Nord-Sud plus solidaires. Un ensemble d’outils pédagogiques ont été développés pour outiller et sensibiliser les jeunes sur les grands enjeux internationaux (richesse, pauvreté, inégalités, accès à la terre, etc.) et sur des thématiques transversales pour un monde plus juste et plus humain. Le SCI s’inscrit bien dans cette logique et sa place est toute trouvée dans cette collaboration.

Le déroulement du projet Les deux premiers jours de notre projet se sont déroulés à Bruxelles dans les locaux de Oxfam. Ce qui nous a permis de mettre en place notre dynamique de groupe, de créer du lien, de valoriser la richesse interculturelle par des animations d’ici et d’ailleurs et de partager entre nous un ensemble de connaissances et les pratiques du volontariat, en valorisant nos différences. Ensuite, nous avions eu l’occasion de découvrir, grâce à une visite guidée, les activités de notre hôte. Nous avons compris le rôle qu’Oxfam joue dans la lutte contre les inégalités dans le monde et sa participation active dans la création de richesse via le commerce équitable. Nous avons bénéficié d’une formation par l’animation de l’outil pédagogique « Bolivie », un super outil à découvrir où le participant entre dans un jeu de rôle, discute et propose des pistes de

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Participer à un projet de volontariat

« Ce qui a motivé le SCI à collaborer avec Oxfam-Solidarité est le partage d’une même vision de la solidarité internationale : le volontariat est une forme de coopération internationale pleine de richesses, des jeunes du monde entier peuvent se rencontrer, collaborer, créer des réseaux solidaires, avoir des perspectives pour la réduction des inégalités dans le monde »

solutions face aux prédateurs de l’économie locale. Nous avons aussi pris le temps de faire découvrir Bruxelles à toute notre équipe : la Grand-Place, Mannekin-Pis, Jeanneke-Pis, la Cathédrale de Sainte-Gudule et Saint-Michel, l’Atomium… Et, au passage, entre une vodka russe et une repas portugais, nous avons dégusté quelques bières bruxelloises et belges connues de par le monde entier. Ces sorties réalisées ensemble font partie des moments forts du projet et ont favorisé la cohésion du groupe. À partir du troisième jour toute l’équipe s’est rendue à Eupen pour les premières installations du TrailWalker. En effet, avant l’arrivée des bénévoles fidèles au TrailWalker, il y a des préparatifs, une organisation en amont. C’est ce qui justifie la présence des volontaires du SCI dans la pré-organisation. Être sur le terrain avant et partir après tout le monde. Cela nécessite une condition physique, une capacité d’adaptation aux horaires tardifs de travail et une compréhension de l’enjeu. La région des Hautes-Fagnes qui accueille le TrailWalker est magnifique. Le paysage de ce trail qui allie sport et découverte de la nature, n’a pas échappé à nos regards : le lac de Butgenbach, le barrage de la Gileppe, son lac et son lion ont rendu notre séjour encore plus agréable.

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Ce projet est fait pour vous ! Ce chantier exceptionnel est unique en son genre ; il allie éducation à la citoyenneté mondiale, volontariat, interculturalité, formation et sensibilisation aux thématiques transversales dont la répartition de la richesse mondiale, la réduction des inégalités… Il a une approche « solutions », des pistes visibles et concrètes d’actions menées par des femmes et des hommes dont les défis sont de concrétiser la construction d’un monde de paix. En 2018, le projet aura lieu du 20 au 28 août. Si cela vous tente, contactez Marjorie : marjorie@scibelgium.be

Samson Noudofinin Membre du groupe Liège (SCI)

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DOSSIER

témoignages d'ailleurs TOGO

Ailleurs près d’ici

Plus que des compétences, il faut du temps pour construire une relation

Thématique du projet : personnes porteuses d'un handicap

Thématique du projet : enfants et jeunes

J'ai fait deux projets avec Astovot : le premier dans l'école Envol avec des enfants handicapés et le deuxième dans une école baptiste avec des enfants de CP1 (début primaire). Les deux projets m’occupaient en matinée. Durant l’après-midi et la soirée je restais en général à l'orphelinat Sinai avec les enfants. J’ai vécu une expérience très intéressante qui m'a permis de connaître une culture complètement différente. Le choc culturel a été très fort et il m’a fallu quelques semaines pour m'adapter. Mais j’en sors avec un sentiment très positif.

que les enfants fassent leurs devoirs, je surveillais le groupe lorsque le professeur devait s’absenter. Les enfants avaient l’air content de ma présence ; le contact passait bien entre nous.

Astovot, l'association locale Concernant ASTOVOT, c’est un super association. Tout l’équipe a été très accueillante. Après coup, je me dis qu’il serait utile d’avoir plus d'informations sur les projets et les thématiques liées au projet, comme par exemple le thème de l’enfance au Togo ou la problématique des orphelinats. Ce serait intéressant aussi que celles et ceux qui sont déjà partis puissent partager leur expérience avec les suivant.es.

Les projets Chez Envol, j’ai travaillé dans le jardin. Avec les enfants handicapés, nous nous sommes occupé des animaux : donner à manger aux lapines et aux poules, nettoyer les clapiers et poulaillers. C’était un travail assez dur à faire sous le soleil. Heureusement j'ai fait le travail avec une autre volontaire, ce qui a rendu le service plus facile, plus léger et même amusant. Dans la classe de CP1 je n'avais pas grand-chose à faire. J’observais comment le professeur donnait cours, je vérifiais

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L’orphelinat A l'orphelinat le choc culturel a été vraiment fort avec les enfants. Comme personne ne m’a expliqué ce que je pouvais faire et ne pas faire, j'ai eu des difficultés à comprendre comment les choses marchaient et comment je pouvais aider. En fait l’orphelinat fonctionnait comme une famille et j'avais un peu peur de déranger l'équilibre du lieu. Ce que j'ai compris, c’est l’importance de commencer par bien observer tout ce qui se passe, quand les enfants vont dormir, quand ils se lavent… Après quelques semaines, la confiance s’est installée entre les enfants et moi, et j'ai trouvé ma place.

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Partir en volontariat international

« Comment faire du volontariat, apporter un service à une association ou une communauté locale sans tomber dans un rapport de « aidant-aidé », « sauveur-sauvé », « riche qui est là pour donner et pauvre qui est là pour recevoir » ? Il est difficile de répondre à ces questions mais je voudrais les creuser car finalement, je n’ai jusqu’ici que mon point de vue »

Au début, quand les enfants venaient demander à manger alors que je prenais mon souper, je ne me sentais pas bien. J'étais triste et je pensais qu’il n’y avait pas assez à manger pour tous ; alors je mangeais le moins possible pour leur laisser la nourriture. Après j'ai appris qu’il y avait bien assez à manger pour tous mais que certains enfants avaient envie de recevoir des faveurs de ma part. Et j’ai pris conscience en moi du stéréotype de l’enfant africain qui a faim. Les enfants les plus jeunes aimaient être pris dans les bras. C’était interdit par les adultes pour éviter les conflits. Je devais être très attentive à ne pas susciter des jalousies en jouant plus avec l’un qu’avec l’autre, en regardant plus l’un que l’autre… J’ai compris qu’on ne s’improvise pas éducatrice ou accueillante d’enfants, surtout d’enfants en institution qui ont connu la perte d'un ou des deux parents, ou qui ont été abandonnés. Mais je retiens aussi leurs regards, sourires et câlins. Et derrière toutes les difficultés, les demandes d’attention et parfois les caprices (et d’autres choses que je n’ai pas comprises), il y a eu une vraie rencontre : j’ai senti que je comptais pour eux lors du coucher, pour se sécher après la douche, pour s’habiller ou être changés. Et eux ils m’ont donné confiance en moi, dans ma possibilité de prendre ma place.

n'appréciait pas toujours ma présence car elle voulait que les enfants apprennent la langue et fassent leurs devoirs. Plusieurs fois, alors que nous faisions des activités ensemble, les enfants étaient grondés. Je me sentais assez coupable et ne savait pas comment réagir. Je pensais vraiment que je n'étais pas à la hauteur de la situation. Et je m’en voulais de ne pas être francophone.

Pendant mon séjour, je me suis souvent sentie incapable, notamment au moment de faire les devoirs pour l’école. Je n’arrivais pas à obtenir leur concentration et nos occupations n’étaient pas sérieuses. De plus, j'avais le sentiment que leur "mère" (c'est-à-dire la dame qui s'occupe de l'orphelinat)

La vie dans le village

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Mais je n'oublierai jamais ceci : après l'arrivée d’une autre bénévole francophone qui semblait avoir très confiance elle, pendant que nous lavions les enfants, Mausi (un adorable garçon de 5 ans) a commencé à crier qu'il voulait être habillé par moi et pas par la nouvelle. Et je n'oublierai jamais quand, après les repas, j'étais la seule capable de prendre la petite fille de 3 ans, pour lui laver les mains (et la tête et la robe car leurs repas ressemblaient plus à des batailles) sans la faire éclater en cri désespérés. Ces petites choses m'ont fait remarquer, que malgré l'insécurité, la langue, et mon entrée sur la pointe des pieds dans leur vie, petit à petit j’ai réussi à entrer dans leurs cœurs, j’ai compris qu’il ne faut pas juste des compétences mais aussi et surtout du temps pour installer une relation.

La vie dans le village était calme et les gens étaient bienveillants avec les volontaires qui arrivaient périodiquement dans les écoles et les orphelinats. C'est un petit village près de la

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Partir en volontariat international

difficile d'établir des relations pures et désintéressées avec les locaux, car ils finissent toujours par demander de l'argent. J'ai eu des problèmes à la fin de mes deux mois parce que les gens avec qui j'avais établi des relations qui allaient au-delà du « bonjour », m'ont demandé de l'argent. Ou même d’être accueilli chez moi, avec des enfants, en Europe en attendant de trouver un emploi. C’est pour ça que je préférais donner des bonbons ou des cookies à la maman de l’orphelinat pour qu'elle les partage, plutôt que de les donner moi-même aux enfants comme j’ai vu faire d’autres volontaires le faire. J’ai aussi été interpellée par quelques enfants à l'école pour me demander des bonbons avec arrogance, comme si tous les Blanches devaient le faire, comme si nous étions là juste pour donner des trucs. Alors j’ai réfléchi à l’impact de nos actions sur les représentations qu’ils ont des Blancs. Nombreux aussi sont les garçons et les hommes qui se sont déclarés désespérément amoureux de moi. Derrière leurs déclarations, il y avait l'espoir d'une vie meilleure loin de leur village, il y avait aussi les modèles de couples mixtes qui vivent dans des maisons de luxe, ou l’image du partenaire local qui reçoit régulièrement une aide économique du « Blanc ». Bien que les relations amoureuses puissent exister et être sincères, elles peuvent aussi résulter d’un espoir de rédemption sociale. Je me suis posé beaucoup de questions et je me suis demandé s'il était bon d'envoyer des douzaines de bénévoles inexpérimentés dont le seul but est souvent d'acheter des bonbons pour les enfants ? Les enfants là-bas grandissent avec l'idée du Blanc comme modèle, de l'Europe comme objectif, plutôt qu'avec l'ambition de travailler et d'améliorer les choses dans leur pays. Comment faire du volontariat, apporter un service à une association ou une communauté locale sans tomber dans un rapport de « aidant-aidé », « sauveur-sauvé », « riche qui est là pour donner et pauvre qui est là pour recevoir » ? Ne vaudrait-il pas mieux que les dons et autres échanges se fassent en dehors des volontaires ? Ne vaudrait-il pas mieux qu’ils ne ressemblent pas à des cadeaux mais qu’ils soient pensés et organisés comme des accords de partenariat entre structures qui partagent une vision commune ? Quel est le sens de faire des dons à un enfant ? Que se passera-t-il lorsque le volontaire quittera l'école au l’orphelinat ? N’aura-t-il pas davantage perturbé un équilibre que renforcé une personne ?

© Photos : Valentina Armenise

capitale, où tous les conforts du monde occidental ne sont pas encore arrivés. Ils vivent avec des choses simples et les rythmes du jour sont lents et ponctués seulement de lumière. Quand il fait noir, tout le monde retourne chez soi, sauf bien sûr les jeunes qui se réunissent dans certains bars pour écouter et danser sur la musique reggae.

Il est difficile de répondre à ces questions et je suis assez confuse moi-même, mais je voudrais les creuser et m’informer sur d’autres expériences ailleurs. Car finalement je n’ai jusqu’ici que mon point de vue. En conclusion, l'expérience fut beaucoup plus difficile que ce que j'avais imaginé mais c'est ça qui la rendre unique. Et plus, la prochaine fois je serai mieux préparée et je profiterai encore plus de mon volontariat.

Valentina Armenise Volontaire au SCI

Un autre choc culturel que j’ai vécu est lié aux inégalités Nord-Sud et à la représentation que la population locale a du Blanc. Peut-être à cause des nombreux bénévoles qui s'y rendent chaque année, le « Blanc », appelé « yovo » dans la langue locale, est vu comme un distributeur d'argent. Il est

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DOSSIER

Ailleurs près d’ici

Le projet est ce qu’on en fait témoignages d'ailleurs TOGO

Styliste et couturière et surtout aventurière, Chloé Thielemans est revenue d’un mois au Togo boostée, transformée, pleine de vie. Au point de s’engager dans le groupe Afrique du SCI, avec son tempérament de fonceuse. Au cours d’une interview dans son refuge bruxellois, elle m’a conté son immersion au Togo et ce projet original qui a été taillé sur mesure pour elle.

SCI : Qu’est-ce qui t’a motivé à partir en volontariat au Togo ? Chloé : J’ai toujours eu envie d’aller quelque part en Afrique et aussi de faire du volontariat. Mais je n’avais encore jamais trouvé quelque chose qui me correspondait. Je crois que j’avais envie de créer mon projet. Un jour, il y a un an environ (Pâques 2017), j’ai ouvert la porte du SCI, j’ai rencontré Marjorie et je lui en ai parlé. D’abord surprise, Marjorie a été à mon écoute et m’a proposé d’en discuter avec François, un membre d’Astovot (partenaire togolais du SCI) justement en séjour à Bruxelles. Je suis donc allée boire un verre avec François et avec une autre volontaire belge qui revenait d’un projet au Togo. On a eu une chouette discussion : François me disait qu’il avait

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plein de possibilités à Kpalimé, que c’était l’occasion de créer des contacts avec de nouveaux partenaires là-bas. Ensuite, il a contacté Felix, le coordinateur d’Astovot, qui a trouvé deux structures et une famille qui étaient prêtes à m’accueillir. Tout ça a pris du temps, mais j’étais très contente et enthousiaste de partir. Je suis partie durant tout le mois de novembre. Je voudrais dire un grand merci au SCI et à Marjo, car j’avais envie de partir quelque part en Afrique mais pas comme une touriste : j’avais envie d’un autre type de voyage, être à fond dans la culture et dans la rencontre. Je ne voulais pas de vacances au soleil mais réaliser un projet qui a du sens. Et au final, je suis super contente du projet et qu’on ait laissé une place pour quelque chose de nouveau.

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Partir en volontariat international

Peux-tu nous parler des associations au sein desquelles tu as fait ton volontariat ?

Quels sont les moments forts de ton séjour ?

J’ai travaillé avec deux partenaires d’Astovot : l’ONG Agerto (Association germanique togolaise 1). Cette ONG a pour mission d’apprendre un métier à des jeunes sourds-muets, des personnes handicapées, des jeunes défavorisés… Elle organise des cours et ateliers de couture, menuiserie, informatique, soudure, tissage. L’autre partenaire local d’Astovot, c’est le centre artisanal où sont organisés des cours de stylisme. J’ai une formation en stylisme et je travaille comme indépendante dans le domaine de la couture. Comme je ne suis pas prof, je n’ai pas donné de cours, mais j’ai assisté les professeures et j’ai aussi transmis quelques techniques que je maitrisais. J’ai aussi beaucoup appris de leurs façons de faire. Enfin, j’ai acheté des tissus traditionnels sur place et je me suis cousu des vêtements.

Le premier moment fort, c’est l’accueil dans ma famille au Togo. La dame chez qui j’habitais s’appelle Antoinette 3. Dans la maison, Antoinette vit avec son père, sa sœur Virginie et son petit-fils Beni. Quand ils m’ont ouvert la porte la première fois, j’ai été surprise. Je me suis dit : « ok, ma chambre c’est ça ; le lit, les toilettes, les poules dans la cour, c’est comme ça ». Je réalisais que j’allais vivre ici un mois. Waouw.

A l’atelier de couture, j’aimais quand on se montrait réciproquement comment on confectionne les vêtements. On a fait les mêmes jupes mais avec des techniques différentes. Les femmes là-bas dessinent à la craie sur le tissu puis le découpent (avec des ciseaux pas toujours de bonne qualité). Nous, on fait des patrons en papier. Ça nous évitent de faire beaucoup de retouches. Au Togo, le papier est cher donc on fonctionne sans patron. Ensuite, j’ai appris à coudre avec une machine à pédale, sans électricité. C’était super chouette d’apprendre ça. Enfin, il faut souvent repasser le tissu pour qu’il soit bien plat avant de la coudre. Alors j’ai repassé avec un fer au charbon. Certains jours le centre artisanal était fermé car les professeures manifestaient, avec beaucoup d’autres citoyennes et citoyens togolais, contre le président, afin qu’il cède le pouvoir 2. Pendant ce temps, avec deux volontaires belges de Mons, on a retapé la bibliothèque d’Astovot. Ce couple, des retraités d’une soixantaine d’années, avaient une de ces pêches ! Ils étaient géniaux. Avec l’équipe d’Astovot, on a viré les livres européens des années ’30. Et ils ont acheté des livres africains récents.

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Un autre moment fort a eu lieu lors de ma première balade nocturne. Antoinette ne voulait pas que je sorte le soir. J’ai insisté et je suis partie avec ma lampe frontale. Et j’ai rencontré un tas de personnes super chouettes : le photographe, des vieux qui jouaient, des petits qui dansaient… Puis je suis tombé sur ce cours de danse au reggae bar. J’y suis allée tous les soirs ! J’adore danser, je dansais déjà en Belgique.

As-tu vécu des chocs culturels ? Oui, beaucoup. Certaines choses m’ont remuées, d’autres sont plus anecdotiques. Par exemple, la première question qu’on me posait souvent c’est : « Est-ce que tu es mariée ? Tu as combien d’enfants ? de frères ? de sœurs ? » Comme je ne suis pas marié et que je n’ai pas d’enfants, les gens, dont Antoinette, pensaient que je ne savais rien faire. Et c’est vrai qu’au début, j’étais un peu perdue et je ne savais pas faire grand-chose, du coup j’avais un peu envie de prouver que j’étais quelqu’un, en aidant à la cuisine, au ménage… Une autre anecdote : j’ai acheté une chèvre pour la fête d’anniversaire du père d’Antoinette. On est allé la chercher une semaine avant la fête. C’est moi qui l’ai nourrie et m’en suis occupée pendant la semaine, mais c’est Antoinette qui l’a cuisinée. À ce moment-là j’ai préféré ne pas aider.

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« J’ai toujours eu envie d’aller quelque part en Afrique et aussi de faire du volontariat. Mais je n’avais pas encore trouvé quelque chose qui me correspondait. Je crois que j’avais envie de créer mon projet… »

As-tu connu des difficultés ? J’imagine que tout n’a pas été facile. Les moments les plus difficiles pour moi, c’était quand Antoinette punissait Beni, en lui donnant de la ceinture ou en le frappant sur la tête. C’est vrai que parfois il faisait des bêtises comme jeter de l’eau potable par terre. Mais il se faisait aussi corriger quand il n’écrivait pas droit dans son cahier. Ceci dit, je ne l’ai vu se faire punir sévèrement qu’à deux reprises. Puis j’ai vu que le petit Beni était éduqué comme tous les autres enfants, il n’était pas maltraité. Et enfin, j’ai pu en discuter avec Antoinette. Pour elle, l’éducation passe par la chicotte, c’est comme ça, point : « et je sais ce que je fais, je chicotte proprement. Vous en Europe, pour punir vos enfants, vous les privez de nourriture. Moi, je ne prive pas mon enfant de nourriture ».

© Photos : Chloé Thielemans

fesse d’abord ? Et ta maman est vivante ? »), du marché, de l’organisation de la maison, de la cuisine (« Regarde tes bras, ils sont trop fins ; tu ne peux pas cuisiner »)… Je me souviens de tous ces moments avec beaucoup d’émotion.

Voudrais-tu donner un conseil aux volontaires qui préparent un voyage ? Je pense qu’il est vraiment possible de faire des projets qui ont du sens. Pour cela, il ne faut pas se contenter de prendre la liste des projets et d’en cocher un comme on fait ses courses sur internet. Il est important de réfléchir à ce qu’on veut faire de son séjour sur place, se mettre en projet. J’ai vu d’autres volontaires faire de beaux volontariats dans le domaine du maraichage, de la sculpture, de la peinture, de la danse… Comme le dit si bien Nancy lors de la formation pré-départ, le projet est ce qu’on en fait…

On a pas mal parlé de tout ça, en se respectant mutuellement. Et même si je continuais à avoir du mal, je constatais les avantages de leur mode d’éducation : par exemple, Beni aidait sa mamie sans broncher, alors qu’ici j’ai l’impression que c’est hyper difficile d’obtenir un service de ses enfants. Bref, tout est incomparable, il ne faut pas se comparer mais juste raconter comment ça se passe ici et là-bas. Il y a pleins d’autres sujets dont on a pu discuter de manière super intéressante : de l’accès au logement (« Quoi, tu vis dans un appartement ? au 3e étage et tu n’as pas d’ascenseur ? »), de l’accès à la santé, des accouchements (« Quoi, tu es née

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Propos recueillis par Emmanuel Toussaint Rédac’chef du SCIlophone

Le Togo est une ancienne colonie allemande (de 1883 à la 1ère guerre mondiale) puis française (de la 1ère guerre mondiale à 1960)

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Cf. le dossier « Afrique : les président accros au pouvoir », SCIlophone n°77

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Pour ceux qui sont déjà allé au Togo, c’est la grande sœur de Chérita

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DOSSIER

témoignages d'ailleurs indonésie

Thématique du projet : Protection de l’environnement

Ailleurs près d’ici

Le volontariat,

un choc positif

Par une après-midi de septembre, je m’envole pour l’Indonésie. Pendant deux semaines, je suis volontaire à Gedongsongo, un village javanais au pied de temples hindous. L’objectif : sensibiliser locaux et touristes à la protection de l’environnement et du patrimoine. Je débarque avec mon sac à dos… et une valise un peu particulière : mes préjugés, mes attentes et mes représentations.

Voilà un an, j’entame les préparatifs pour mon départ pour l’Indonésie en septembre. Ce volontariat n’était pas du tout prévu. Mais ce projet sur l’île de Java m’a enthousiasmée tout de suite. Je n’arrivais plus à me le sortir de la tête. J’ai aimé l’idée de mêler patrimoine et histoire avec la protection de l’environnement. Avant de partir, je me prépare autant que possible. Je suis des formations. Je fais des recherches sur le pays. Je potasse mon projet. Pourtant, je décolle avec ce bagage de préconceptions. Impossible de m’en débarrasser ! Normal, c’est mon éducation, ma culture et mes références.

L’Indonésie, plus que Bali Bien sûr, l’Indonésie, avec ses dix-huit mille îles, ne peut pas se résumer à une seule. Pourtant, on ne pense souvent qu’à la touristique Bali, à ses plages et à sa population majoritairement hindoue. Si des amis partent en Indonésie, ils vont à Bali. Sur Facebook, les backpackers parlent d’abord de Bali. Les guides touristiques se concentrent sur Bali. Je sais que ce sera différent. Mais à quel point ? Je ne sais pas à quoi m’attendre du premier pays musulman du monde. Une image se forme dans ma tête et elle est loin de la réalité. L’Indonésie n’est pas Bali.Java est une vraie découverte. L’île mélange plages, grandes villes étouffantes et animées comme Semarang, et, surtout, des montagnes et des volcans. Le plus frappant : le rythme de vie centré autour de la religion. Ma propre vie s’accorde pendant deux semaines sur le rythme de l’islam. Lever à quatre heures du matin avec la première prière, et coucher à vingt heures. Les pauses se font souvent en fonction des temps de prière. Nous voyons les enfants à l’étude du Coran, après l’école. La religion musulmane est partout. Un monde très différent pour une Belge. J’aperçois une autre facette de cette religion omniprésente. Elle est tolérante et ouverte. Les volontaires indonésiennes nous expliquent que chacun a sa religion aux yeux de l’islam. Mon regard change face à cette ouverture dont on parle peu en Europe.

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Un pays sous-développé ? Mais tout n’est pas parfait. Le pays a aussi des problèmes. Je vois un pays pauvre, en manque d’infrastructures et avec des inégalités sociales. Soit un pays en voie de développement. Je m’y attendais, mais dans des proportions beaucoup plus importantes. Chez nous, cette expression est encore trop souvent négative et paternaliste : ces pays sont pauvres et auraient donc absolument besoin de notre aide ! Pourtant, je découvre une région riche de sa culture et de son peuple. Les temples hindous sont mis à l’honneur comme les constructions liées à l’islam. L’histoire du pays est mise en avant. Les gens sont généralement très ouverts et accueillants. Tant dans les villages que dans les villes, les Javanais semblent vivre correctement. À Gedongsongo, la vie n’est peut-être pas facile. Mais les habitants n’ont l’air de manquer de rien de vital. Cela me conforte dans l’idée que le développement n’est pas seulement économique. C’est avant tout le bien-être général des personnes. Mais il est vrai que la situation est à améliorer.

Le volontariat, de l’écoute et de l’échange Deux semaines, c’est court. Je me demande si le projet aura un impact, même minime. Après tout, je ne pars pas avec ma cape de super-héros. Je sais que je ne changerai pas la vie des habitants de Gedongsongo. J’apporte juste des idées d’activités. Je voulais entre autres construire un hôtel à insectes en recyclant des déchets. Je réalise très vite que cela ne répond à aucun de leurs problèmes, comme la plupart de mes autres idées. Il est important d’écouter les gens et d’être en adéquation avec les priorités locales. Au-delà de l’aide, il y a un véritable échange. Les gens rencontrés sont curieux de savoir d’où nous venons et qui nous sommes. Les volontaires internationaux sont de fait immergés dans la culture et la vie quotidienne du village. L’échange culturel

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Partir en volontariat international

Les volontaires aident leur famille d’accueil dans les champs de piment

« La religion musulmane est partout. J’aperçois une autre facette de cette religion grâce aux volontaires indonésiennes qui nous expliquent que chacun a sa religion aux yeux de l’islam. Mon regard change face à cette ouverture dont on parle peu en Europe »

À lire Little Princes, Conor Grennan

prend place naturellement. Les deux parties prennent plaisir à en apprendre plus sur l’autre. C’est surtout visible dans les écoles, où les enfants nous posent des questions et participent à nos jeux. Ils commencent à nous connaître. En seulement quelques jours, ils nous appellent dans la rue par notre prénom. Finalement, tout ce que j’ai compris et réalisé durant ce volontariat, je le savais déjà au fond de moi. Il est logique que le développement concerne le bien-être humain. Il est normal d’écouter les gens de la communauté dans laquelle nous sommes volontaires. Pourtant, faire face à ces réalités les rend vraies et tangibles. Nous les comprenons mieux. Nous avons une expérience à laquelle nous référer. Être volontaire est un choc, mais un choc positif. Cette expérience m’a ouvert les yeux et je peux mieux saisir le monde dans une partie de sa complexité. Je repars avec une nouvelle valise à la main. Mes préjugés pèsent moins lourd et mes représentations sont plus réalistes.

© Siska Ningtyasp

À voir Le film indonésien « Laskar Pelangi »

Temples de Gedong Songo / Java © Audrey Paternoster

Audrey Paternoster Volontaire au SCI

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DOSSIER

témoignages d'ailleurs maroc

Ailleurs près d’ici

Une qualité à avoir ?

La flexibilité !

Qualité appréciée du monde du travail, je n’avais pas l’impression que cela serait l’une des choses qui me seraient indispensables lors de ma mission de volontariat au Maroc. Pourtant, sans elle, je pense que mon projet aurait été voué à l’échec. Thématique du projet : enfants et jeunes

Avant Chacun décide de se lancer dans une telle expérience pour ses propres raisons. Nous avons tous des envies, des attentes qui nous sont propres. Certains partent pour l’échange, la rencontre humaine, la découverte d’une nouvelle culture, d’autres pour l’action qu’ils mèneront sur place, pour se sentir utiles, pour se dire qu’au moins une fois dans leur vie, ils auront été acteurs d’un monde meilleur. Cela peut être une combinaison de plusieurs facteurs. Dans tous les cas, c’est ce qui nous pousse à franchir le pas. Pour ne rien vous cacher, je faisais partie de cette deuxième catégorie, qui, avec mon bon esprit cartésien et occidental, voulait avoir un véritable impact sur la société, être efficace et se dire que la mission a eu des résultats concrets. L’échange que j’ai eu lors du weekend pré-départ m’a déjà permis de prendre du recul par rapport à cet état d’esprit. Car, paraît-il, les choses ne se passent pas toujours comme nous le prévoyons. Une fois sur place, les besoins sont peutêtre différents, la mission évolue. Le tout, c’est de s’adapter. S’adapter, hein ? Eh bien, j’ai décidé de prendre ce conseil au pied de la lettre. Exerce-toi au lâcher-prise, ne sois pas déçue de ce qui n’est pas mais apprécie le changement, saisis-le and make it your b...! Bon état d’esprit ou bon état d’esprit ?

Premier jour Et le projet, il consiste en quoi au fait, me demanderez-vous ? Mon apport principal était de donner des cours de langue et d’informatique à un public adulte et féminin. Car pour l’instant, les enfants, je les aime bien mais plutôt de loin. Arrivée le samedi midi, nous cassons la croûte ensemble, faisons connaissance et nous préparons à débuter du bon pied lundi matin. À 9h tapantes, me voilà donc lundi matin à demander quoi, quand, où ?? Et si tu allais aider Najia dans

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sa classe ? Elle s’occupe des 4-6 ans. Mince alors, la pression monte. Des p’tits morveux ?? Moi ?? Mais, c’est pas possible ! Souffle, souffle ! Ils ne te mangeront pas !

Prise en main de mon projet Dès mon arrivée, j’ai très vite compris que ce pour quoi je croyais être venue n’était en fait pas une priorité. Alors, que faire ? Non, je ne suis pas en vacances ! Non, je ne suis pas là pour simplement me donner bonne conscience ! Je veux être utile et arrêter d’être passive ! Alors, il ne me restait plus qu’une chose à faire, écouter. De quoi ont-ils réellement besoin ? En quoi puis-je les aider sur ce point ? Et hop, je décide de prendre en main des tâches liée à la recherche de fonds car c’est là que le bât blesse. Et mes super-compétences de prof alors ?? Je ne suis peut-être pas prête pour remplacer Najia toute la journée, mais je pourrais sûrement donner une heure de français par jour, non ? Et c’est ainsi que mon projet s’est redéfini.

Nouveau regard Se sentir utile, avoir l’impression que ce que nous faisons a du sens, c’est ce que je voulais ressentir. Et cela a été chose faite. Comment ? Étonnamment, ce sont ces petits êtres en devenir qui m’ont apporté ce sentiment. Ils sont tout simplement purs, pleins de potentiel, d’amour et de bonne humeur. Ce qui m’a considérablement frappée est cette énorme différence entre ces jeunes enfants marocains et nos petits Belges. Nous leur apprenons très tôt à ne pas parler aux étrangers, à se méfier, à faire attention. Au Maroc, c’était pour moi tout le contraire. Les enfants n’ont aucune appréhension et sont spontanés sans même te connaître.

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Partir en volontariat international

© Photos : Anaïs Dufrasnes

« Mon projet consistait à la base à donner des cours de langue et d’informatique à un public adulte et féminin. Car pour l’instant, les enfants, je les aime bien mais plutôt de loin… »

Ils sont affectueux et te couvrent de câlins alors que tu ne les connais que depuis 5 minutes. Il n’y a aucune barrière et tu fais directement partie de leur vie, sans attente ni conditions. Cet échange a été pour moi un accomplissement. Voir l’évolution de leur connaissance du français au fur et à mesure de mon volontariat, leur trouver des activités ludiques pour qu’ils apprennent sans même s’en rendre compte, pour les aider à aimer apprendre. Surtout lorsque j’ai découvert à quel point ces premières années à l’école sont cruciales pour le bon développement de l’enfant. Comme le mentionne l’Unicef, comme le prouvent de nombreuses études en la matière, le passage de l’enfant par la maternelle a un impact certain sur ses chances de réussir son parcours scolaire et de terminer ses études, ce qui lui permettra de rompre le cycle de la pauvreté. Les investissements dans le domaine de la petite enfance dans la région MENA font partie des plus faibles au monde. Il faut le rappeler, le Maroc est aujourd’hui à la 123e place sur 188 en matière de développement humain, preuve qu’il y a là encore d’énormes difficultés à surmonter.

Après Certes, des chocs culturels, j’ai pu en vivre lors de ces trois mois de volontariat au Maroc. La différence de la signification d’un mot tel qu’intimité, le ton et la manière de communiquer propre à une culture… Ces différences culturelles ne sont pas ce que je retiendrai de mon expérience et ne l’ont en rien minée. Je garderai en mémoire ces dizaines de sourires qui apparaissaient lorsque j’arrivais à 11h, cet engouement à participer lorsque je demandais s’ils étaient en forme (un pouce pour bien, deux pouces pour très bien ou encore en mimant la position « Musclor » ou fatigué… Les mimes, ils adoraient !), notre petite sortie sur la plage pour ramasser les déchets, car c’est dès le plus jeune âge qu’il faut apprendre à respecter l’environnement, ces yeux écarquillés et ces grimaces lorsque j’ai réalisé un atelier du goût. Cette expérience m’a permis d’apprendre beaucoup sur la culture marocaine, mais aussi sur moi-même. Les résultats auxquels je tenais tant avant de partir, et qui, pour certains, étaient anodins ou tout simplement ridicules – car ils découlent de mon ancrage dans cette société occidentale du profit et de l’efficacité qui bannit toute perte de temps (j’en suis consciente, cependant, je n’ai pas réussi à m’en défaire et je l’assume) – sont là. Mon projet a été pour moi une réussite et j’espère que le vôtre le sera aussi !

Anaïs Dufrasnes Volontaire au SCI

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opinion

Les rêves des jeunes,

en décalage avec la réalité ? Dans le cadre du projet ‘Jeunesse, le Poids des Préjugés’ organisé par notre partenaire éducatif l’asbl C-paje, le SCI-Projets internationaux a participé à la conférence du docteur en sociologie Guy Bajoit intitulée ‘Comprendre les jeunes : clés de lecture du contexte idéologique dans lequel les jeunes évoluent et posent des choix’. Voici ici un résumé critique de son intervention.

Quels sont les valeurs et besoins des jeunes, ce qui les motivent, et quelles sont nos représentations envers eux ? Les jeunes s’indignent-ils pour les mêmes choses ? Tant de questions que le SCI-Projets internationaux se pose. Et pour trouver des pistes de compréhension, nous avons mis en place des modules d’échanges, ouverts à ceux et celles qui s’interrogent également sur ces sujets.

L’atelier « Regards croisés sur les résistances et leviers au changement : Comment favoriser un changement durable et éthique dans les comportements ? » > 3 JOURS 3 jours d'activités et réflexions en rupture avec le modèle dominant : changement de vision sur notre société et une volonté de dégoter des alternatives. Bien sûr, tout changement porte à des résistances : une partie de l’atelier sera consacrée à réfléchir sur celles-ci afin d’outiller nos pratiques de formateur et animateur.

Le séminaire « Les jeunes et nous » > 2-3 jours Il a pour objectifs de mieux connaitre et comprendre les jeunes de la génération Y (nés entre 1980 et 2000), réfléchir ensemble à des leviers d’action motivants et pertinents pour tous et échanger sur nos expériences de terrain.

Un des objectifs du SCI étant de faciliter l’action collective et d’inciter à agir de manière responsable sur notre société, nous vous invitons, jeunes ou encadrants de jeunes, à vous (in)former afin de construire un monde où chacun trouve sa place.

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Quel est le contexte dans lesquels vivent les jeunes d’aujourd’hui ? Ils vivent dans un modèle culturel subjectif. Qu’est-ce que cela signifie ? Un modèle culturel c’est « l’ensemble de principes éthiques qui donnent sens à la vie, de valeurs qui orientent sur ce que nous devons faire, penser ou ressentir pour mener une vie « bonne », c’est-à-dire une vie conforme à la culture dominante ». A la suite de ses recherches, Guy Bajoit affirme que le modèle culturel progressiste d’hier a évolué et a créé un écart idéologique avec le modèle culturel subjectif actuel dans lequel sont inscrits les jeunes aujourd’hui. Laissez-moi vous expliquer. D’après les croyances et les convictions des générations occidentales du passé, à savoir celles d’après-guerre, les cinq idéaux, à la base du modèle culturel progressiste, qu’il fallait suivre pour atteindre une « vie bonne » étaient : le progrès, la raison, l’égalité, l’accomplissement de nos devoirs et la nation. Ces derniers étaient considérés comme la formule de réussite pour un futur meilleur. Les ressortissants de cette société capitaliste nationaliste pensaient que « demain serait meilleur grâce à la science, le travail et la technique ». Une période de transition voit le jour avec de nombreux changements sociétaux. Tout d’abord, les idéaux sont bouleversés par une mutation technique, en parallèle à la mutation économique, qui permet aux industries d’avoir une meilleure productivité et qui incite les gouvernements à libéraliser leur économie. Cette emprise du marché sur le politique génère des conséquences au niveau des relations internationales qui voit la généralisation du modèle néo-libéral géré par de grandes instances internationales telles que le FMI, la Banque Mondiale et l’ONU. A posteriori, ces mutations internationales seront répercutées par des mutations nationales telles que des austérités budgétaires et une crise du contrat social. D’un point de vue social, le système mis en place va encourager la formation et la socialisation d’individus dits « CCC » : des « Consommateurs insatiables », des « Compétiteurs impitoyables » et des « Communicateurs toujours connectés ». Les dérives de ces nombreux bouleversements vont amener, petit à petit, les jeunes à repenser leurs manières d’être en société et de là, va naitre ce que, Guy Bajoit, appelle le modèle culturel subjectif.

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Quel est le modèle culturel actuel des jeunes ?

© Illustration : Arnold

Dans le modèle culturel subjectif actuel, les jeunes sont invités à devenir sujet et acteur de leur existence personnelle. Les principes et idéaux de ce nouveau modèle sont basés sur des normes de bien-être, de sentiments de confiance et de sécurité. Par conséquent, pour atteindre une « vie bonne » il faut alors parvenir à être soi-même, choisir sa vie, être heureux et être tolérant. Ne s’agissant pas « d’individualisme » comme l’interprètent de nombreux sociologues, mais plutôt d’un changement de perspectives culturelles. En considérant ce processus continu de changement idéologique entre le modèle culturel progressiste et subjectiviste, Guy Bajoit déduit qu’il y a une forte contradiction entre ce que dicte le modèle culturel à suivre par les jeunes et les possibilités que leur offrent les réalités dans lesquelles ils sont amenés à vivre. Face à ce décalage, il y a diverses réactions possibles : la première est de se battre à tout prix pour réaliser ses rêves et pour atteindre une « vie bonne » ; la deuxième, par opposition à la première, est de renoncer à ses ambitions pour bien gagner sa vie ; la troisième est de concilier un travail avec un bon salaire à un développement personnel pendant son temps libre ; la quatrième est la radicalisation et l’utilisation de bombes pour démolir et vivre la délinquance ; et la cinquième et dernière est de protester en s’engageant dans des mouvements sociaux.

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Cette approche sociologique permet de décrire un modèle. C’est intéressant mais comme tout modèle, il est général, il décrit des tendances, il met en avant des idées, des valeurs. Mais il ne parle pas de tous les jeunes tels qu’ils sont dans leur chair, dans leur histoire, dans leurs difficultés, notamment les jeunes plus défavorisés, qui sont exclus du système. L’analyse de G. Bajoit me semble être trop catégorique voire ethnocentrique : elle s’intéresse au modèle culturel occidental influencé par ses classes dominantes mais qu’en est-il des groupes qui vivent dans un autre modèle ?, qui se construisent via d’autres repères (valeurs, rêves, modes de relation, accès aux ressources…) ? Qu’en est-il par exemple des jeunes qui fuient la guerre ? Des jeunes qui cherchent à vivre dans de meilleures conditions de vie (matérielles et immatérielles) car ils ont été privés de leurs droits fondamentaux ? Des jeunes qui sont en (trans)migration ? L’analyse de Guy Bajoit, bien que très intéressante, nous semble passer à côté d’une donnée importante : la diversité des modèles culturels corrélatifs à la diversité des trajectoires de vie.

Barbara Lacoste Animatrice volontaire au SCI

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La p'tite avant de partager vos expériences & photos de volontariat sur les réseaux sociaux

Vous allez bientôt partir en projet de volontariat, parfois très loin, où vous allez

Check-list inspirée de Radi-Aid www.radiaid.com/social-media-guide Comm How To unicat e The A Soci World al Med ia Guid : and Tr e For Volunt aveler eers s

#Giving

#Tuesday

First #Ma time keAf

teac ricaG hing reatA gain

Volun people teering pro doing spend their grams are ex someth panding ho ing me lidays or both rap during challenges aningful an gap years tra idly. An increa an d yo ve the ero ur trip. Us d opportu different. Th lling, while sing numb er of nit e these sion of at e four guies. This is yo world of soc the same dignit time y and respe iding princ ur go-to gu ial media your ex ct the right iples to en ide before poses sure and to perienc es abroaprivacy wh that you avo ile docu d. menti id ng

lture ixetacu 63 #m

167 #profite delarencontr e

oto epastaph 0 #nevol

Pensez-y ! Demandez-vous quelle est votre intention avant de partager un post. Soyez sûr·e que les personnes sur les photos en soient informées et d’accord. Essayez de connaitre le prénom et le contexte de la personne dont vous faites le portrait. Demandez-vous : « Est-ce que j’aurais apprécié être représenté·e de cette manière ? » Proposez d’envoyer une copie de la photo à la personne photographiée. Evitez les généralisations et simplifications : dans le descriptif, présentez des personnes et des lieux précis. Soyez respectueux·euses des cultures et traditions et évitez des jugements des modes de vie différents du vôtre. Evitez de photographier les personnes dans des positions de vulnérabilité (ex. hôpitaux, mendicité). Evitez de vous représenter comme un héros de la situation.

Expo Photos Le SCI organise une expo photo lors du weekend de rentrée (28-30 septembre) et lors de la rencontre avec les partenaires Sud (12 octobre, en soirée). Envoyez vos clichés à Sabina, nous les imprimerons :

sabina@scibelgium.be

Profitez de l’opportunité pour casser les stéréotypes (par exemple sur la pauvreté des populations du Sud) et pour raconter des histoires hors des sentiers battus ! Puisque vous avez la chance de faire des rencontres dans le cadre du volontariat, donnez une information nuancée et complexe sur la réalité rencontrée. Et avant tout, profitez de la rencontre et vivez-la pleinement : un appareil photo ou un smartphone peut créer une distance et vous place dans une position d’observateur.

Editeur responsable : Luc Henris | Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles

rencontrer des personnes de cultures et modes de vies très différents du nôtre. Vous allez probablement prendre des photos et partager votre vécu sur les réseaux sociaux. Du coup nous vous proposons un petit guide pour communiquer dans le respect des autres et pour éviter les représentations stéréotypées…

Le SCIlophone n°79  

A la une de notre trimestriel : dossier spécial témoignages - 2 : nos volontaires vous racontent leurs projets.

Le SCIlophone n°79  

A la une de notre trimestriel : dossier spécial témoignages - 2 : nos volontaires vous racontent leurs projets.

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