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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

Le SCIlophone N° 76

Bureau de dépôt : 1050 Bruxelles, 5 Agrément : P006706

juillet / août / septembre 2017

DOSSIER

70 ans de volontariat Bâtir la paix !

Partenariat

Volontariat

Astovot et SCI plus proches que jamais

Comment dépasser un choc culturel

Alternatives positives

On rejoint la Marche Mondiale des Femmes

Le Déclic Tour

Les nouveaux visages de l’engagement

La Bibliothèque Vivante

Une autre façon de lire le monde


au sommaire … DOSSIER

04

70 ANS

de volontariat, bâtir la paix ! Le SCI, un modèle de formation et d’engagement humaniste et pacifiste

04

Au fil des témoignages

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Partenaire Sud

Quand un de nos plus vieux partenaires vient chez nous, voici ce que ça donne !

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Témoignage

Choc culturel, mode d’emploi

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Opinion

Les nouveaux visages de l’engagement volontaire

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Alternatives positives

En un déclic

20 23

Un brèche dans « le mur de la paix »

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Quand les livres prennent vie et s’ouvrent à la rencontre

Le temps de l’amour, le temps des copains… et de l’aventure

07

26

C’était hier : mes premiers chantiers Petits témoignages

SCI en action

Le féminisme s’affirme au SCI

26

Formation : ' Partir ou rester '

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08

28

Agenda

09

Bloquez le 11 / 11 / 2017 : le SCI fête ses 70 ans !

Le SCI - Projets internationaux asbl est reconnu comme : • ONG d’éducation au développement par la Direction générale de la coopération au développement (DGD) • Organisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles

SCI-Projets internationaux Bruxelles : Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles T 02 / 649.07.38 Liège : Rue du Beau-Mur, 50 • 4030 Liège T 04 / 223.39.80 Abonnez-vous au SCIlophone ! Devenez membre SCI pour 15 €/an et recevez votre trimestriel : Compte Triodos BE09 5230 8029 4857 Communication : cotisation annuelle

www.scibelgium.be 2

Ils ont participé à ce numéro ! Le SCIlophone, trimestriel du SCI - Projets internationaux, est avant tout le magazine des volontaires du SCI !

François Atcha-Wolou, Fabienne Audureau, Andrée Buyl, Tom Coppens, Michaël Damman, André Destarke, André Falys, Marc Garcet, Samuel Halen, Francesca Magagni, Nasser Ouro-Kefia, Porzia Stella, Meritxell Virgili

Vous désirez partager une réflexion concernant le développement, les relations internationales, l'interculturalité ou encore témoigner de votre expérience sur un de nos projets ?

Nos colonnes vous sont ouvertes ! Faites-nous parvenir vos propositions de thèmes et vos articles via : manu@scibelgium.be

Coordination de publication : Emmanuel Toussaint / Mise en page : Cindy Marchal / Comité de rédaction : Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Emmanuel Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek / Illustrations originales : Jean-François Vallée et Ludovic Bouteligier / Relecture orthographique : Emmanuel Toussaint.


14 © Natalie Istas

20 © Meritxell Virgili

23 © Fabienne Audureau

Réenchanter le futur

édito

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© Bibliothèque vivante

« Au SCI, je ne me sens pas une extra-terrestre comme je me sens parfois en société » ; « Grâce au SCI, je suis sortie de ma bubulle où j'ai été malheureuse sans le savoir » ; « J'ai appris à lâcher prise par rapport à mes attentes inconscientes, à découvrir d'autres cultures en étant aussi surprise par leurs modes de vie que par mes propres préjugés » ; « Quand je repense à cette période, (me vient à l’esprit) l'image d'un bouillonnement : un gros magma d'énergie d'où résonnent encore éclats de rires, débats, remises en question » ; « Toutes ces expériences m’ont nourrie, ouvert l’esprit et surtout donné la volonté de construire 'un autre monde' ! » 

envie de sabrer le champagne tous les jours. Résurgence des fascismes décomplexés, un peu partout, terrorisme aveugle et meurtrier qui se répète, retour des menaces nucléaires viriles entre pays ; accroissement des inégalités ; des populations devant fuir leurs pays pour survivre et trouvant de plus en plus de portes closes… Des ressources qui s’épuisent, une terre qui se réchauffe, des modes de production et d’échanges commerciaux absurdes qui ne donnent même plus l’illusion de pouvoir apporter la prospérité, ou un minimum de confort au plus grand nombre.

Quelques mots, parmi plein d’autres, que vous découvrirez peut-être dans les pages qui suivent.

Et si peu, ou pas, finalement, de remise en question du système : toujours les mêmes recettes proposées, celles qui ont fait et font la preuve de leur inefficacité : croissance, austérité, jobs jobs jobs… Tout ça donne un tableau bien noir, n’est-ce pas ! Pessimiste ! Mais il y a aussi… tout cet enthousiasme, ces expériences, ces rencontres, ces utopies à poursuivre, que des milliers de personnes ont recherché et continuent à rechercher depuis 70 ans, depuis bien plus longtemps, à travers diverses actions, individuelles et collectives.

Des récits empreints d’émotion, des plongées dans la découverte du monde, de soi, de son voisin ; de la nostalgie souriante, des espoirs, des désirs de luttes, des bouffées d’oxygène ; des histoires d’amitié, d’amour aussi parfois. C’est pas du cinéma, on ne vous fait pas ici une rétrospective des films de François Truffaut : c’est simplement quelques témoignages d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, qui ont bien voulu répondre à notre appel lancé à l’occasion du 70e anniversaire du SCI : qu’est-ce que votre passage au SCI, bref ou long, ancien ou récent, vous évoque ? Parmi la bonne vingtaine de témoignages récoltés jusqu’ici – on en attend plein d’autres, n’hésitez pas à prendre la plume à votre tour – les expériences les plus anciennes côtoient du vécu d’aujourd’hui et sont très diverses : projets d’aide d’urgence, actions citoyennes, combats politiques, rencontres interculturelles au bout du monde ou dans son quartier. Mais, toujours présents, une belle émotion, sincère et positive, un sentiment d’avoir été chercher au fond de soi quelque chose qui contribue à ce qu’on est aujourd’hui ; du sens surtout, un espoir de pouvoir participer à la construction de cet « autre monde ! ». Il est vrai qu’il a besoin d’un fameux relifting, ce monde dans lequel on vit : à moins de se retrancher dans une position autiste, fermer la radio et s’éloigner des journaux, d’internet, les dernières nouvelles de la planète ne nous donnent pas

On vous propose de se remonter le moral, de rebooster les énergies positives : par exemple en nous rejoignant le 11 novembre - date symbolique s’il en est - à l’occasion de notre fête d’anniversaire. Il y aura de nouveaux témoignages, des chouettes retrouvailles, de la musique, des rires, des rêves partagés. Ou lors de notre tout proche week-end de rentrée, fin septembre : tiens c’est promis, ensemble, on va à notre échelle remettre de la joie dans ce monde souvent désespérant. Ne reculant devant aucun sacrifice, on va d’ailleurs engager un enchanteur, un vrai, diplômé, avec le chapeau et tout l’attirail. Il ne s’appellera peut-être pas Merlin, mais avec notre concours, il nous aidera à réaliser le minimum qu’on puisse faire : faire un pied de nez à la desespérance et continuer à croire, dans la joie et la bienveillance, à un monde meilleur.

Pascal Duterme coordinateur du SCI

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Contexte nationaliste du début du XXe 31/07/1914 Assassinat de Jean Jaurès 28/07/1914 > 11/11/1918 1ere guerre mondiale

1919

Création du Service Civil International aux Pays-Bas

1920

Premier projet de volontariat international à Esnes, France 1920 : Création de la Société des Nations 1939 > 1945 Seconde guerre mondiale 1947 - 1991 Guerre froide

dossier /  01

Le SCI

Un modèle de formation et d’engagement humanitaire et pacifiste

1947

Création du SCI Belgique

1950-60

1951 / Belgique : Marc Garcet rejoint le SCI Belgique (période de son objection de conscience). Le SCI est très actif dans la dynamique de rapprochement Est/Ouest

1970-80

1970 / Inde : 50 ans du Service Civil International La lutte pour l’objection de conscience et le désarmement se poursuit

1974

Le SCI Belgique se scinde en deux : la branche francophone à Bruxelles et néerlandophone (VIA) à Anvers

1990

Dislocation de l'URSS De nombreux partenaires de l’Est rejoignent le mouvement international du SCI

2000

Mise en place d’activités de sensibilisation, d’éducation à la citoyenneté mondiale, de mobilisations citoyennes par le SCI Belgique dans le but de créer un modèle de société alternatif

2017

70 ans du SCI Belgique ! Constituée de 45 branches, le SCI international propose des projets de volontariat à plus de 5000 volontaires chaque année !

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En 1970, nous étions à Delhi, mon épouse Monique et moi, pour fêter le 50 e anniversaire de la création du SCI. J’étais alors Président International du SCI. Mais notre engagement avait commencé 20 ans plus tôt. J’ai rejoint le SCI branche belge vers 1951/1952. A l’époque, je préparais mentalement mon objection de conscience au service militaire. Le SCI faisait partie des mouvements de soutien à l’objection de conscience et préconisait dès l’origine le « Service Civil » comme substitution au service militaire.

Issu de la 1ère guerre mondiale, le SCI, via son fondateur Pierre Ceresole, proposait un pacifisme actif sur les plans politique et philosophique à travers les reconstructions réalisées lors des chantiers internationaux. Paix, Pelle et Pioche est la plus belle symbolique de constructivisme pacifiste, accompagné du slogan : « pas des paroles, des actes »… Tout ce contexte idéologique, idéaliste et pacifiste collait totalement à mon état d’esprit traumatisé encore par la réalité de la guerre et de la résistance que j’avais vécues dans ma plus petite enfance. Avant, pendant et après ma période d’objection de conscience de mai 1956 à janvier 1960, j’ai investi le SCI de mon idéalisme à travers des chantiers, et à travers mon engagement au Comité National et à l’International. J’ai été président de la branche belge et, avec Monique Kayeux, ma future épouse, nous avons tenu le secrétariat national à Liège, et avons été membres actifs volontaires du Comité Exécutif International. J’ai donné beaucoup de mon temps et d’énergie au SCI. J’ai fait de ce militantisme actif, pacifiste, une manière d’être. La vie professionnelle ne m’en a pas beaucoup éloigné. En 1962, je créais avec d’autres (psychologues et médecins psychiatres) une association qui allait devenir l’Intercommunale de Guidance et de Santé, où la santé s’entendait au sens de l’OMS (santé globale, physique, mentale, sociale…) : je n’ai cessé d’y appliquer ce que j’avais appris au SCI.

Pacifisme, civisme, dès les origines Les récentes manifestations du centenaire de la première guerre mondiale ont rappelé aux jeunes générations le contexte nationaliste du début du XXe siècle et les ont sensibilisées à la réalité de la guerre, à sa préparation et à la création idéologique du mythe de la grande Allemagne, avec tous les ingrédients qui allaient conduire au nazisme et au fascisme.Parallèlement, le courant pacifiste se constituait très fort. En France, Jean Jaurès (1859-1914) à la tête du parti socialiste français pensait faire face. Il croyait mobiliser l’Internationale Socialiste pour faire front à la mobilisation et la déclaration de guerre entre des Européens, unis par ailleurs dans l’internationalisme syndical socialiste et chrétien. Le nationalisme de part et d’autre a tué les chances d’éviter le conflit, Jean Jaurès a été assassiné. Lors de tous les moments de tension internationale, le pacifisme a toujours été très fort. Après la Grande Guerre, le courant internationaliste s’est affirmé comme remède non violent, rationnel. Ainsi naît la Société des Nations comme processus de Droit Public International. Beaucoup de pacifistes, savants, juristes, philosophes s’y sont investis. Le SCI appartient à la même veine. Son originalité s’attaque aux sources psychologiques, éducatives, affectives, idéologiques de « l’adversité » par une dynamique de rapprochement rationnel entre les

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70 ans de volontariat, bâtir la paix !

« En pleine guerre froide, le SCI était très mobilisé dans cette action de déminage psychologique par l’organisation de chantiers dits « Est-Ouest » auxquels j’ai d’ailleurs participé… »

reconstruction. La branche belge du SCI a été très active dans la dynamique de rapprochement Est/Ouest en pleine guerre froide, dans les années 1956 à 1959. Elle s’était vue confier, par le comité international, la responsabilité du premier chantier en partenariat avec une association de la jeunesse communiste, au-delà du « rideau de fer » avec l’association Quakers International. Les sœurs Willems, longtemps présidentes de la branche belge, ont été entreprenantes à l’époque avec André Lemaire, secrétaire volontaire de la branche. La branche a gardé cette sensibilité pendant la période de tension Est-Ouest en veillant à accueillir des jeunes volontaires en provenance des associations des pays de l’Est. Nous considérions que des liens personnels d’amitié permettaient la compréhension réciproque et surtout de dénouer les relations de « l’adversité » dans lesquelles les populations étaient entretenues par l’action psychologique des Etats. En pleine guerre froide, le SCI était très mobilisé dans cette action de déminage psychologique par l’organisation de chantiers dits « Est-Ouest » auxquels j’ai participé d’ailleurs à Bonnat en Creuse (France).

© Vallée

Civisme et engagement actuel

peuples. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’engagement politique du SCI : réunir les peuples sans discrimination de nationalité, de religion, de race, de couleur, par des relations d’amitié entre les personnes et les peuples. Les différences entre les gens sont géniales quand ceux-ci travaillent ensemble pour réédifier les ruines laissées par la guerre, quand ils organisent des chantiers d’utilité publique avec des objectifs communs, qu’ils soient pacifistes, sociologiques ou encore éducatifs. Par ces chantiers, par l’amitié vécue entre anciens belligérants, on construit la paix entre les citoyens. Le civisme (cette action volontaire d’engagement contre les injustices, les inégalités et la guerre), est né à Verdun par une nouvelle attitude laïque humaniste : s’engager de manière désintéressée vis-à-vis de tout être humain, sans distinction de nationalité, de culture ou de conviction. Le SCI prenait place parmi d’autres mouvements internationaux, la plupart inféodés à des religions, à des croyances. Le SCI affichait sa neutralité. Quoique croyant, Pierre Ceresole, pensait justement que la paix ne peut se construire sur des idéologies religieuses. C’est pourquoi le SCI pose l’engagement dans l’union des différences. La paix est au-dessus des religions. Le SCI a pu ainsi prêter sa méthode du « travailler ensemble » à l’époque dans le désert de Gaza bien avant la création de l’Etat Palestinien, que le SCI s’est retrouvé à « El Khemis » dans la foulée de la libération et la création de l’Etat algérien. Grâce à sa méthode non-violente, le SCI était en Inde développant des actions de développement communautaire dans les slums de Nangloi par le moyen d’interventions socio-médicales, sanitaires et de

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La Guerre Froide s’est conclue par la Paix des Peuples suite à la chute du Mur de Berlin et le démantèlement du Pacte de Varsovie. Mais les conflits entre modèles idéologiques restent toujours très vivants et plus que présents chez nous. Je pense notamment à la tension entre libéralisme et communautarisme, qui a des déclinaisons très violentes via les mouvements extrémistes religieux et les groupes nationalistes. Les anniversaires sont des moments de bilan et d’adaptation de nos modes d’action et d’intervention. Dans le passé, des personnalités se sont révélées : Lucien Gosset et Micheline Six, tous deux sensibilisés à l’Afrique du Nord, ont été très actifs dans le soutien des luttes pour l’indépendance des pays du Maghreb. Comment pouvons-nous agir aujourd’hui pour continuer à affirmer notre pacifisme ? Là où il y a des tensions, il y a des amitiés à créer, et il y a une place pour le SCI.

Marc Garcet Ancien président du SCI - Belgique et du SCI International

Mon expérience SCI est toujours source d’inspiration et dans mes écrits, j’y consacre des réflexions dans : « Construire l’Europe Sociale », Editions l’Harmattan, avril 2010 « Nous ne pouvons pas tout accepter », novembre 2014 « Avenir de l’homme en question », décembre 2009 > Ces ouvrages sont disponibles au SCI.

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dossier /  02

au fil des témoignages 1977 P e ac e Wa l l s

# Andrée Buyl

Volontaire au SCI dans les années ‘ 70

Une brèche dans le « mur de la paix »

' Les murs de la paix (anglais : Peace Walls, appelé aussi Peace Lines : « Lignes de paix ») désignent une série de barrières de séparation construites pour la plupart à Belfast en Irlande du Nord pour séparer les quartiers catholiques des quartiers protestants de la ville. Leur objectif est de limiter ainsi les violences entre ces deux communautés.La longueur de ces portions de mur varie de quelques centaines de mètres à plus de 5 km (3 miles). On recense aujourd'hui 99 murs de la paix. Le 9 mai 2013, le gouvernement nord-irlandais s'est engagé à détruire les murs de la paix d'ici dix ans '.

J’étais membre du SCI depuis 1971. Wikipedia En 1977, comme je connaissais l’anglais, on m’a proposé de faire partie du NICC (Northern Ireland Coordinating Committee), basé à Belfast, et qui s’évertuait à envoyer à l’étranger des groupes d’ados des deux communautés religieuses qui n’avaient jamais pu fréquenter sans danger des ados de l’ « autre camp » : la formule idéale comprenait une quinzaine de participants de là-bas, autant de catholiques que de protestants, autant de filles que de garçons, et un responsable de chaque communauté. L’avion étant hors de prix à l’époque, ils arrivaient sur le continent de Derry on Belfast déjà bien fatigués ! Pour la plupart d’entre eux, c’était la première « cohabitation » (en général 3 semaines) interreligieuse, et la première possibilité de constater que « les autres » n’étaient pas des « mauvais ». Il y avait avantage à leur faire faire un travail physique bien fatigant pour qu’ils aient envie d’aller dormir le soir plutôt que de se saouler, manifestement le loisir habituel chez eux pour oublier la tension qui régnait en permanence. Certains y ont lié des amitiés qui durent encore toujours, comme j’ai pu le constater il y a cinq ans, lors d’une réunion à Belfast, où ils se sont engagés à œuvrer pour la paix dans leur quartier. Je pense, en tout cas, que, à quelques exceptions près, aucun de ces ex-ados ne regrette cette expérience !

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J'ai voulu planter un oranger Là où la chanson n'en verra jamais Là où les arbres n'ont jamais donné Que des grenades dégoupillées Jusqu'à Derry ma bien aimée Sur mon bateau j'ai navigué J'ai dit aux hommes qui se battaient Je viens planter un oranger Buvons un verre, allons pêcher Pas une guerre ne pourra durer Lorsque la bière et l'amitié Et la musique nous feront chanter Tuez vos dieux à tout jamais Sous aucune croix l'amour ne se plaît Ce sont les hommes pas les curés Qui font pousser les orangers Je voulais planter un oranger Là où la chanson n'en verra jamais Il a fleuri et il a donné Les fruits sucrés de la liberté Renaud Séchan

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70 ans de volontariat, bâtir la paix !

© Paul Hurst

© Photos: André Destarke

1964 La clôture et quelques enfants, Poulseur

# André Destarke

Volontaire au SCI dans les années ‘ 60

Le temps de l’amour, Le temps des copains… et de l’aventure Le chantier du SCI auquel j’ai eu le bonheur de participer en 1964, à la veille de mes seize ans, reste un souvenir intense pour plus d’une raison. Le projet consistait en l’entretien d’une clôture métallique en tubes et grillages qui entourait une propriété dans le village de Poulseur (Comblain-au-Pont) accueillant des enfants en bas âge. Le projet comprenait aussi l’animation d’enfants en improvisant des jeux simples. Le contact avec eux était excellent. Quant à la clôture, il nous fallait en gratter la vieille peinture et la renouveler. J’ai beaucoup gratté.

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Villers la Ville avec le groupe et … la Suissesse

L’aventure, car pour moi c’en était une, avait commencé par le trajet en vélo depuis Courcelles avec mon ami Pol. Je ne sais plus le moment du départ, mais je me souviens de notre arrivée tardive, à la nuit tombante (au début août !). Les quelque 120 km ont été durs à parcourir : je n’avais guère d’entraînement et en plus, une des pédales de mon vélo se bloquait constamment. Dans mon souvenir, nous n’étions pas nombreux : Pol et moi, un autre garçon du cru, plus âgé, et une Suissesse d’une vingtaine d’années sans doute, dont nous étions, Pol et moi, secrètement amoureux. Peut-être y avait-il d’autres participants ? Je n’ai malheureusement aucun autre document que la photo ci-dessus pour assister ma mémoire. Nous, les garçons, étions logés dans une salle de classe, pas loin du chantier. La Suissesse avait sa chambre dans le bâtiment de l’institution. Cette année-là, le festival de jazz local recevait notamment Ray Charles et Memphis Slim et j’ai pu aller les voir d’assez loin et sous la pluie, mais avec grande émotion. C’est la seule fois où j’ai pu les voir en concert. La seule photo rescapée de cette expérience : je suis avec quelques-uns des enfants et j’en porte un sur les épaules qui s’était particulièrement attaché à moi. Derrière on aperçoit la clôture objet de tous nos soins.

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1962 Volontaire au SCI dans les années ‘ 60

C’était hier : mes premiers chantiers 1962, 1963, 1964, trois chantiers internationaux en Ariège et en région liégeoise racontés par André Falys. Participer à un projet, c’est être ici cantonnier, là-bas plombier, ailleurs couvreur, partout un citoyen qui apprécie la vie simple et met ses mains au service de la collectivité. Je reçois mon « premier ordre de marche » début juillet 1962. Ce, pour Saint-Girons en Ariège ! Après un périple en autostop, le « quartier général » du SCI m’envoie à Gallez où une équipe est chargée d’élargir un sentier qui conduit au hameau des Escarchins, à 4 km ! Nous créons une voie simple avec zone de refuge pour les croisements. Dès mon arrivée, j’apprends qu’un autre Belge est déjà sur place. Il s’agit de Jacques Dessaucy, créateur de Télépro. Il fait très chaud, notre réfectoire se trouve dans le toit de l’église et les chambrées, dans un grenier sans aération. Fournaise des deux côtés ; ce qui nous incite à ne pas traîner le matin et lors des repas. Bien calculé… Le petit bistrot du village est notre point de ralliement, seul endroit où il y a une toilette et aussi de « bonnes choses » pour les soirées entre volontaires de nombreuses nationalités. Nous passons à Gallez des journées très dures mais aussi très exaltantes. Le bonheur de se sentir utile à quelque chose. En 1963, retour en Ariège, à La Soumere, hameau de Sentenac, face à la chaîne des Pyrénées aux neiges éternelles. Suivant certains indices, Janine Decant aurait participé à ce chantier. Il consiste en une adduction d’eau depuis la source située à flanc de montagne jusqu’à chaque maison du village, où une seule arrivée est prévue. Une tranchée de 50 cm de profondeur sur la largeur d’une pelle. Cela sur plus ou moins 5 km. Peu de terre, beaucoup de pierres, ce qui fait dire à un volontaire hollandais : « chez nous, quand on trouve une pierre, on la met dans un musée ». Nous logeons dans l’ancienne école. Nous dépendons les auvents pour en faire des tables. Nous sommes ravitaillés en denrées (pas très diverses) une fois par semaine. A la fin de chaque semaine, nous attendons avec « angoisse » l’arrivée de la camionnette salvatrice qu’un nuage de poussière nous annonce depuis le fond de la vallée. Je suis là pour deux mois, je suis donc devenu le chef plombier… sans aide pour autant. Un pot de colle, une boite d’allumettes, de vieux journaux, des tuyaux, des L, des T, pour les bifurcations. Une gourde pour me donner de l’allant sous un soleil de plomb… Après deux mois de dur labeur, vient l’inauguration solennelle de la conduite. Le Sous-Préfet arrive avec le coffre de sa DS rempli de mets dont nous avions même oublié l’existence… Vins, saucissons, pâtés, fromages, baguettes… Un vrai festin ! Malheureusement, l’eau ne coule pas ! Je ne sais où me mettre ! Le vin m’aide fortement à ne pas m’enfuir

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En 1964, troisième chantier, à Oupeye en région liégeoise. Je suis désigné chef de chantier, avec un conseiller technique en la personne de Toussaint Larbuisson, agent communal. Nous sommes chargés de la démolition d’une superbe ferme en carré que de nos jours on s’obligerait à conserver. Enfin… Le travail est assez dangereux : en effet, il y a de nombreux éboulements dans les rues voisines et pas mal de blessés légers. On démonte avec minutie les tuiles et les charpentes. On récupère également les briques et les pierres de taille et même des zincs divers. Le site doit voir l’installation de maisons sociales. Jacques Dessaucy commence le chantier avec nous, puis nous quitte pour partir en urgence à Skopje où vient de se produire un tremblement de terre important 1. Plus de cinquante ans déjà depuis ces aventures. Ah ! Que le temps passe vite !

© André Falys

en courant… Je reste quelques jours supplémentaires avec un ami qui m’aide à trouver le bouchon… et l’eau coule enfin. Les habitants l’attendent depuis la nuit des temps ; alors, quelques jours en plus… D’autant plus que leur devise est « Eh ! ne te presse pas, tu as le temps… ». Ceci avec un accent, je ne vous dis que ça. Retour en Belgique en stop.

© André Falys

# André Falys

André (à gauche) et Jacques (à droite)

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Cf. SCIlophone n°75

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70 ans de volontariat, bâtir la paix !

# Michael Damman

Projets internationaux en 1996 & 2002

1996 Membres de plusieurs groupes d’action entre 2003 et 2009. Contribution essentielle dans la conception de notre outil pédagogique « Sudestan ». Aujourd’hui, encore impliqué dans la conception d’un outil sur l’action collective.

Ce que le sci m’a apporté Je n'avais que 19 ans, lors de ma première rencontre avec le SCI. Après une grosse déconvenue dans une école d'art, une amie qui connaissait le SCI me conseilla d'arrêter de me prendre la tête et de sauter dans le premier chantier international disponible. Sans aller très loin (Göttigen en Allemagne), j'y ai vécu un salutaire et intensif dépaysement non pas tant de mon pays, mais de ma 'petite vie'. Je me souviens de ce nouveau quotidien qui s'installe en quelques jours avec des gens venus de toute l'Europe. De ces échanges parfois très vite intimes peut-être parce qu'on sait qu'on ne se reverra probablement plus après, mais authentiques pourtant. Je me souviens de l'impression grisante de revenir chargé à bloc, prêt à tout recommencer, sans avoir besoin de certitude. Que je pouvais être et vivre des tas d'autres choses que ce dont je me croyais capable avant. Que ce dont je croyais capable la vie. A quoi ça tient ? Et bien peut-être d'abord au fait qu'un chantier SCI ce n'est pas visiter un autre pays (comme on visiterait un parc d'attraction dont la population serait le personnel), mais c'est un peu y vivre, s'y fondre, s'y impliquer d'égal à égal avec d'autres gens. L'occasion d'y partager un projet. J'ai refais ça trois fois et peut-être le ferais-je encore. Il m'en resta à chaque fois quelque chose. Quand les infos parlent d'où j'ai été, ça me touche un peu comme si c'était arrivé tout près de chez moi. Bref, un chantier SCI, ça a toujours été pour moi l'occasion de tisser des liens avec le monde ainsi que celle de prendre un grand bol d'air frais.

Ce que j’ai apporté au sci Et puis, il y a mon aventure sédentaire avec le SCI Belgique. Cette structure qui reste pour moi un modèle de démocratie vécue comme j'en ai rarement vu. Ce que je lui ai apporté se confond avec ce qu'il m'a apporté. Je ne me suis engagé que bien longtemps après mes premiers chantiers. Je prenais petit à petit conscience que le monde allait mal et j'avais besoin d'avoir

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le sentiment de participer à le changer. Je voulais faire ça avec un groupe, une association, mais j'avais un peu peur d'endroits qui seraient trop extrêmes, fanatiques, trop sûrs d'eux-mêmes. Je voulais faire ça dans un endroit passionné, mais paisible aussi, accueillant, ouvert. Et j'ai trouvé tout ça au SCI. Ce que cela a de merveilleux, c'est que même si le monde n'a pas encore changé autant qu'on le souhaiterait, quand on trouve une 'famille de coeur' comme ça, avec qui tenter de le faire, et bien on y est déjà un peu dans cet autre monde qui serait possible. A quoi ça tient ? Je crois beaucoup à ce rôle pas facile à jouer de facilitateur tenu par les divers permanents qui soutiennent les volontaires impliqués dans des groupes comme le groupe Nord-Sud. Des pros qui parviennent à nous accueillir, à s'impliquer, à prendre parfois des rôles ingrats, prêts à nous laisser la vedette alors qu'ils sont pourtant dedans à temps plein - souvent pour longtemps - alors que des gens comme moi ne font peut-être que passer. Comme j'avais géré une ludothèque et que j'aimais les jeux de société, après quelques beaux weekends passés à co-animer la FDI, j'ai jeté mon dévolu sur le SUDESTAN et j'en ai fait ce que j'en ai fait. On l'a animé dans tant d'endroits. On a suscité tellement de beaux débats. Et ça continue, le SCI fait vivre mon premier enfant :). Ma plus grande fierté et ma plus grande joie a peut-être été de voir que des gens du Sud y trouvaient des ressources pour se désaliéner du "TINA" (there's no alternative) de Margaret Thatcher et du néolibéralisme. A l'exception de mon petit garçon, je n'ai peut-être jamais rien fait d'aussi important. Et c'est grâce à vous, grâce à la confiance et la patience que vous m'avez porté. Longue vie au SCI-Belgium car de façon humble, il fait tant de bien au monde.

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# Leslie Ugeux Volontaire active au SCI depuis 2005

2005

Ce que le sci m’a apporté Le SCI m'apporte une ouverture sur le monde qui m'entoure, me donne des pistes concrètes sur comment agir même si l'action ne suit pas toujours de mon côté. Mais grâce à une équipe amie, fabuleuse et tellement bienveillante, quand je serai prête à agir, je saurai comment et quoi faire. Et je sais que je peux compter sur le SCI pour m'accompagner dans cette mobilisation par les nombreuses actions concrètes qu'il propose. Le SCI a été pour moi le début de beaucoup de choses : l'animation d'outils péda, de danses folk où il a mis en lumière des qualités que je ne pensais pas avoir grâce à son cadre bienveillant et à la possibilité d'une implication toujours libre…

Ce que j’ai apporté au sci Premier projet international SCI au Canada en 2005. Depuis, Leslie a coordonné plusieurs projets, a été administratrice et est toujours impliquée dans le groupe Alter'Anim.

# Audrey Mathieu Volontaire active au SCI depuis 2015

2015

Ce que j'apporte au SCI, c'est mon dynamisme, ma créativité, ma disponibilité, mon engagement naissant, mes idées, le partage de mes expériences vécues, mes danses, mon humour, ma générosité… Et mon amitié pour vous tous, membres de l'équipe et volontaires.

Ce que le sci m’a apporté Je suis arrivée au sci sans trop savoir où j'allais et quelles étaient réellement mes attentes ; mon seul but : partir seule à l'aventure. Quelques semaines plus tard, me voici non pas catapultée dans un pays inconnu, mais dans le mien, la Belgique, à faire des animations et diverses activités avec le sci. Cela m'a permis d'une part de faire de merveilleuses rencontres, et d'autre part, de découvrir, de comprendre et me faire ma place et d'agir en tant que citoyenne de la société. Grâce à mon expérience au sein du sci, j'ai pu décrocher un job dans une asbl d'éducation à la citoyenneté mondiale et débuter une nouvelle vie.

Ce que j’ai apporté au sci Audrey est membre du groupe d'action de Liège depuis 2015. Elle a participé à plusieurs formations et est animatrice régulièrement. Elle a participé à un projet en Islande en 2016.

# Tina Mouneimné

Volontaire de 2011 à 2015

2011

# Florence Guastella Volontaire active au SCI depuis 2014

2014 10

Je pense avoir apporté mon enthousiasme et ma disponibilité. Mais le plus important est que nous tous, nous venons avec nos motivations, nos vécus et nos personnalités et c'est qui fait la richesse de ce groupe. Au fait… j'ai fini par la faire cette aventure de voyager seule.

Tina a été à l’initiative et à la coordination du livre « Une autre façon de voir le monde – récits de volontaires internationaux », recueil de témoignages de 7 volontaires partageant leur expérience de projet

Grâce au SCI, je suis sortie de ma bubulle où j'ai été malheureuse sans le savoir, en côtoyant des gens qui n'avaient pas les mêmes valeurs que moi. Je ne dis pas que je me suis fait de nouveaux meilleurs amis à vie, non, mais j'y ai rencontré des gens qui, lors des rencontres et discussions, m'ont ouvert les yeux à une autre réalité, que je préférais à la mienne. Constater qu'on pouvait se réaliser différemment était un moment charnière de ma vie.

Après un projet en Indonésie en 2014, Florence s’est impliquée dans le groupe Alter'Anim et a réalisé de nombreuses animations

Ce que le sci m’a apporté Des amitiés, des échanges, de l'ouverture d'esprit, un regard plus responsable, de l'esprit critique, des connaissances, de l'audace, de la confiance en moi et en certaines compétences, de l'optimise via les belles rencontres, de l'altruisme, de la motivation à me mobiliser, de la sérénité, la possibilité d'agir plus en cohérence avec mes valeurs, un sentiment de responsabilité citoyenne et de nécessité d'action.


70 ans de volontariat, bâtir la paix !

# Geneviève Erken Plusieurs projets entre 1998 et 2005

1998

Après un 1er projet au Togo en 1998, Geneviève a participé à plusieurs autres projets internationaux et a été active comme animatrice durant une dizaine d’années.

# Cristel Cappucci Volontaire active au SCI depuis 2010

2010

# M-F Cartier

Ce que le sci m’a apporté Le SCI est arrivé sur mon chemin quand j'avais 20 ans, l'envie de découvrir le monde entier et du temps à foison. J'y suis entrée avec l'idée d'aller donner des cours de français en Afrique - parce que ce type de projet correspondait à ma formation et qu'il me permettait de réaliser un vieux rêve. Très vite j'ai compris que le projet ou la destination comptaient bien moins que les rencontres et les apprentissages qu'on pouvait faire sur un chantier. Je suis repartie alors vers d'autres horizons (Inde, Palestine, Islande), bien plus ouverte à l'inconnu. Avec le SCI, j'ai appris à abandonner beaucoup d'idées reçues sur l'aide au développement, à lâcher prise par rapport à mes attentes inconscientes, à découvrir d'autres cultures en étant aussi surprises par leurs modes de vie que par mes propre préjugés. Aujourd'hui, quand je repense à cette période, ce qui me vient à l'esprit c'est avant tout l'image d'un bouillonnement : un gros magma d'énergie d'où résonnent encore éclats de rires, débats, remises en question… Le tout menant, au final, à une progressive construction de soi. Si je travaille dans le domaine de l'aide humanitaire, ce n'est sans doute pas un hasard : vingt ans après avoir poussé la porte du SCI pour la première fois, je me sens encore portée par le choc et la beauté de mon premier voyage en Afrique, époustouflée par la magie des connexions humaines qui peuvent faire des étincelles sous n'importe quels cieux.

Membre du groupe Migr'action, Midi, du CA mais surtout, membre du groupe Nord-Sud AlterAnim depuis 7 ans, animatrice régulière et membre du sous-groupe 'Transition' qui a créé l'OP 'Urbo, ville en transition'. 3 chantiers, un long terme et deux coordinations belges.

Lors de ma première rencontre avec le SCI, j'ai proclamé haut et fort que jamais je n'animerais. Je me sentais incapable de parler devant un groupe, adolescent encore moins ! Je me sentais tout autant incapable de comprendre par moi-même les causes économiques et politiques menant aux inégalités et injustices que nous connaissons. Aujourd'hui, je peux animer seule au pied levé tous les outils pédagogiques du SCI, et avec notre joyeux 'sous-groupe transition', j'ai même contribué à en créer un !

Ce que le sci m’a apporté

Volontaire active au SCI depuis 2015

2015

J'ai 62 ans, je tournais une page du livre de ma vie en quittant mon métier d'infirmière sociale pour entrer dans la famille des pensionnés ! Mot qui ne me colle pas car je me sens encore super active. Je me suis lancée dans le groupe d'action Abya Yala. Cela fait 2 ans que j'y suis et je m'y sens bien, j'y trouve une richesse intergénérationnelle et je découvre beaucoup sur l'interculturel en Amérique latine. Merci à chacun et chacune du groupe pour ce partage d'expérience !

Ce que j’ai apporté au sci

Membre du groupe Abya Yala

C'est notamment d'essayer d’apporter des supports par des films documentaires sur l'Amérique latine qui abordent des thématiques spéciales et d'éventuellement trouver des personnes ressources ou les réalisateurs pour enrichir les rencontres de débats.

Ce que j’ai apporté au sci Des sourires, de bisous de bonjour au petit déjeuner ;-) Un témoignage de démarrage de projet humble, sans assoc derrière soi. Montrer que c'est possible, facile et génial. Des partages de ressources, liens, contacts. Des avis, idées, réflexions. Un peu de mes compétences professionnelles par de l'écoute empathique, de la « sagesse », en proposant un moment de pleine conscience, un module de formation pour les autres animateurs, ou lors d'animations « scolaires ». Du soutien à d'autres animateurs découvrant l'animation. De la valorisation à ceux ayant moins confiance en eux. De l'amitié.

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le partenaire

Quand un de nos plus vieux partenaires vient chez nous, voici ce que ça donne ! Calme, pondéré, très souvent en réflexion, toujours partant pour en découvrir encore plus… Voyez-vous de qui il s’agit ? Au printemps, François Atcha-Wolou, permanent d’ASTOVOT, est venu participer à nos activités, dans le but de comprendre davantage comment nous fonctionnons au SCI. Parce que le partenariat, c’est aussi prendre le temps de regarder l’autre, ses fonctionnements, ses enjeux.

Togo 2012 © Céline Mangione

© SCI-Belgique

Quels étaient les objectifs de ton séjour au sein du SCI Projets internationaux ? Je suis venu passer 3 mois en Belgique (de début mars à début juin), au sein du SCI-Projets internationaux. Je suis venu au nom d’ASTOVOT, l’« Association Togolaise des Volontaires au Travail ». C’est une association à but non lucratif créée en 1957 qui œuvre pour la promotion du volontariat international à travers les projets internationaux et d’éducation à la citoyenneté qu’elle organise. Pour ASTOVOT, le SCI est un partenaire privilégié et un modèle à suivre en matière d’Education par les outils pédagogiques qu’il met en place. Cela fait longtemps que nous travaillons avec le SCI sur les projets de volontariat international. Or depuis quelques années, on observe une diminution du nombre de volontaires internationaux sur nos projets. Je suis venu en Belgique notamment pour trouver des réponses à certaines de nos préoccupations, pour réfléchir à la plus-value de nos projets. Quels sont les impacts des projets sur les communautés et sur les volontaires eux-mêmes ? Pourquoi y a-t-il de moins en moins de volontaires internationaux sur les projets organisés au Togo ?… Ce séjour auprès du SCI a permis d’une part de trouver les éléments de réponses

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Francois au Steenrock entouré de membres du SCI

à ses questions, d’envisager des pistes de solutions et d’autre part d’identifier des points communs et des différences quant à nos fonctionnements, nos manières de travailler et nos thématiques. A mon retour, nous avons réalisé une analyse du séjour avec les permanents d’Astovot, puis cette analyse a été discutée avec les membres du CA. Voici nos conclusions. Les raisons de la diminution du nombre de volontaires internationaux sur les projets au Togo sont liées à plusieurs aspects : • un aspect politique (sécuritaire et sanitaire) dans la sous-région de l'Afrique de l'Ouest : Ebola, insécurité, kidnapping… • un aspect économique : les voyages coûtent de plus en plus cher pour un projet séjour court terme (projets de chantiers internationaux) • enfin nous devons nous interroger sur la pertinence des projets et des thématiques abordées sur les projets ; nous devons rester vigilants par rapport à cela.

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Astovot et SCI plus proches que jamais

© SCI-Belgique

Repas de départ avec l'équipe du SCI

Les pistes de solutions que nous envisageons sont notamment :

des projets m’ont permis de bien comprendre les contours du volontariat et de faire le lien entre ce qui se fait en Belgique et au Togo. Comparé à Astovot, le SCI-Belgique est une grande ONG bien structurée avec des domaines d’action définis : les groupes d’action (volontariat), la cellule animation (éducation à la citoyenneté)… Astovot mène ses actions en se focalisant sur les projets de volontariat. Aujourd’hui, l’ONG-Astovot a pour ambition d’étendre ses actions en termes d’éducation à la citoyenneté mondiale en organisant des animations dans les écoles et autres centres de formation…

• organiser des projets sur des problématiques telles que l'environnement, la santé… • trouver d'autres partenaires de volontariat et proposer des accueils de groupe… • créer une cellule animation pour des animations dans les écoles et avec des publics divers sur les questions de développement, de migration, d'environnement.

Comment s’est passé le travail avec le SCI ? Quels sont les sujets importants qui ont été abordés ? Mon intégration a été facile au sein de l’équipe du SCI. J’avais un emploi du temps que je pouvais organiser à ma façon en fonction des besoins. Cette flexibilité me convenait. Je n’ai pas eu de difficultés particulièrement liées au travail. Concernant les thèmes abordés, les discussions tournaient toujours autour du volontariat et de l’éducation à la citoyenneté. Je peux citer entre autre, le Volontourisme et la Transition. Même si ce ne sont pas des sujets « à la une » au Togo, c’était intéressant de comprendre la tendance que cela a en Europe et les impacts que cela peut avoir sur le volontariat au Togo. Il y a eu beaucoup d’autres sujets intéressants sur les outils d’animation à l’éducation tels que la problématique sur l’inégalité Nord-Sud abordée par le Sudestan ou les négociations climatiques.

Qu’as-tu retenu de ton séjour ?

Qu’est-ce que ce séjour peut apporter à l’avenir ? Quels sont les « débouchés » possibles ? Durant le séjour, la rencontre avec certains acteurs de projets et des responsables d’institution a permis de créer un climat de confiance dans le partenariat. Ce qui reste un atout pour Astovot dans l’organisation des projets à venir. De potentiels nouveaux partenariats, des pistes pour de nouveaux projets de volontariat constituent aujourd’hui pour Astovot un moyen de renforcement de capacités tant dans l’organisation des projets internationaux que dans l’accueil des volontaires internationaux. Pour terminer, je voudrais dire un Grand Merci à toute l’équipe d’avoir organisé mon accueil et d’avoir comblé les attentes de ce projet d’échange qui a permis à nos deux organisations de mieux se connaître !

Propos recueillis par Emmanuel Toussaint Rédac’ chef du SCIlophone

Durant mon séjour, j’ai appris à mieux connaître le SCI et la façon dont il fonctionne. Concrètement, mes échanges avec l’équipe lors des réunions à l’atelier partenariat, cellule animation, le groupe d’action Afrique, les formations auxquelles j’ai participé (FDI, formation coordination de projet) et les visites

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Témoignage

Choc culturel, mode d’emploi ! L’une des particularités du SCI, c’est son accueil. Toute personne qui sonne à la maison de la paix en demandant : « Le SCI s’il vous plaît » est toujours la bienvenue. Ce lundi 17 juillet, Nasser et Meritxell, ont sonné à notre porte et autour d’une tasse de thé, nous avons fait connaissance et échangé sur le volontariat. Ce sympathique couple n’est pas venu au SCI par hasard : Nasser est volontaire chez Astovot (partenaire du SCI au Togo) et Meritxell est volontaire au SCI Catalunya ; ils sont se rencontrés sur un projet à Kpalimé (Togo) et sont pour quelques semaines en vadrouille à Bruxelles. Ils espèrent rencontrer le groupe Afrique et participer au week-end de rentrée.

Meritxell : Je viens de Barcelone et j’ai étudié l’anthropologie. J’ai eu envie de faire du volontariat pour deux raisons d’importance égale : d’une part parler le français, être immergé dans un environnement francophone et d’autre part vivre une expérience en Afrique subsaharienne. Une fois décidée, je me suis rendue dans les bureaux du SCI Catalunya, qui sont sur le campus universitaire. Le SCI Catalunya n’est pas une grande structure, elle n’est pas très connue mais elle est bien située. Et puis, j’ai des amis qui étaient déjà partis avec le SCI. Pour préparer mon projet de volontariat, j’ai rencontré les permanents du SCI à Barcelone, ils m’ont parlé d’Astovot et m’ont donné les coordonnées de personnes parties précédemment au Togo. J’ai fait quelques recherches sur le partenaire togolais sur internet et puis j’ai surtout été aidée par les anciens volontaires. Ensuite, je suis partie pour un volontariat de 4 mois.

SCIlo : Que retiens-tu principalement de ton séjour au Togo ? Meritxell : Je vais répondre en deux parties : d’une part en tant qu’anthropologue et d’autre part en tant que personne. En tant qu’anthropologue, je dirais d’abord que la culture togolaise est très différente de la culture européenne, occidentale. Ensuite, j’ai constaté que souvent les Occidentaux partent pour faire quelque chose, pour aider ; or l’important n’est pas de faire quelque chose, mais de vivre une expérience, d’observer les gens, les lieux, les manières de fonctionner. A mon avis, on ne peut rien apporter avant un an ou deux d’observation. Ensuite, en tant que personne, ce volontariat a changé ma vie car j’ai rencontré Nasser. © Meritxell Virgili

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Comment dépasser un choc culturel

« Grâce au volontariat, j’ai vécu des rencontres interculturelles qui m’ont permis de remettre en question ma représentation de l’Européen (…). Avant je mettais tous les Européens dans le même panier : c’était tous des Blancs. Cette remise en question me permet d’avoir davantage accès aux personnes dans leur singularité. »

« Souvent les Occidentaux partent pour faire quelque chose, pour aider ; or l’important n’est pas de faire quelque chose, mais de vivre une expérience… » Nasser : J’étais volontaire à Astovot quand Meritxell est venue. Je participais aux activités (soirées culturelles), réunions, chantiers. A la fin de mes études universitaires en gestion, j’ai quitté Lomé et je suis revenu à Kpalimé où j’avais vécu mon enfance, où j’avais des amis à retrouver et où je venais d’être engagé dans une boite privée. Des amis d’enfance, volontaires à Astovot, m’ont encouragé à les rejoindre. Les activités de volontariat m’ont beaucoup apporté. D’abord, au niveau de ma vie personnelle. Alors que j’étais quelqu’un de très timide, qui parlais peu, qui côtoyais peu de personnes, je suis devenu quelqu’un de beaucoup plus ouvert et j’ai vécu des rencontres interculturelles qui m’ont permis de remettre en question ma représentation de l’Européen. Avant je mettais tous les Européens dans le même panier : c’était tous des Blancs, point à la ligne. Aujourd’hui, je distingue un Belge, un Allemand, un Espagnol. Cette remise en question me permet d’avoir davantage accès aux personnes dans leur singularité. Au fond, j’ai découvert le monde à Astovot car on accueille des volontaires de toutes les nationalités. Et maintenant je découvre le monde hors du Togo, car avec Meritxell nous voyageons. Nous sommes déjà allés au Maroc, en Espagne et maintenant en Belgique.

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SCIlo : Meritxell, tu disais que quand on débarque au Togo, la culture est tellement différente qu’on a besoin de temps avant d’agir et qu’il faut d’abord prendre le temps d’observer. Meritxell : Quand on arrive, on vit un choc culturel. C’est quelque chose de très important, de très profond. C’est lié à la structure de nos esprits. Je ne parle pas de différence de nourriture, de goût, de météo, d’architecture : tout ça c’est superficiel. Il y a autre chose de plus profond, liés à nos codes et liés à des représentations invisibles. Le choc culturel nait de l’invisibilité dans les relations sociales. Ce n’est qu’après 2-3 mois d’immersion que l’on commence à comprendre qu’on ne sait rien. Pour dépasser le choc culturel, il faut être patient, observer, ne rien faire ou presque. Il faut faire ce que font les locaux et de temps en temps demander : « pourquoi tu fais ça ? », encourager l’autre à raconter le sens de ce qu’il fait. Et il faut d’abord avoir créé une relation de confiance pour que l’autre raconte le sens de ses actes. Ce n’est pas immédiat.

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Comment dépasser un choc culturel

© Meritxell Virgili

© Meritxell Virgili

« Le choc culturel est lié à nos codes, à des représentations invisibles. Le choc culturel nait de l’invisibilité dans les relations sociales. Ce n’est qu’après 2-3 mois d’immersion que l’on commence à comprendre qu’on ne sait rien… »

© Meritxell Virgili

Avant de dire la vérité de ce qu’on fait, il y a plusieurs étapes : la politesse, les gestes d’accueil pour que tout se passe bien : le volontaire local va d’abord te dire les choses qu’il croit que tu veux savoir. Ça prend du temps pour dire des choses vraies. Ensuite, il y a parfois une différence entre ce qu’il dit faire et ce que je le vois faire. Pour pouvoir raconter le sens de ce que on fait, on doit en avoir conscience : la décentration est une étape nécessaire à la rencontre interculturelle tant chez les volontaires internationaux que chez les volontaires locaux. Nasser : Le choc culturel arrive quand l’autre fait quelque chose qui est très normal chez lui et qui est anormal chez toi. Astovot organise des formations sur le choc culturel pour préparer les volontaires locaux à accueillir les volontaires internationaux. Nous évoquons des situations et nous en débattons. Par exemple, nous évoquons que les Occidentaux mangent tant avec la main droite que la gauche, alors que nous, nous ne mangeons qu’avec la main droite. Nous parlons aussi de la vie dans les villages et des interdits liés à certaines croyances, comme l’interdiction d’aller le dimanche dans telle rivière car elle est sacrée. Les volontaires internationaux ont souvent du mal à comprendre et à accepter cette interdiction. Un autre exemple ? L’interdiction de fumer des joints sous peine de prison : des Occidentaux ont déjà fumé malgré

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l’interdiction. Le problème, c’est, outre le fait de ne pas respecter les règles locales, que beaucoup de jeunes togolais mettent les Européens sur un piédestal, les idéalisent et les imitent. Si on voit un Européen fumer de la drogue, nager dans la rivière sacrée le dimanche, etc., les Togolais sont encouragés à le faire aussi. Moi, j’ai une autre façon de voir les choses depuis que j’ai découvert d’autres pays, d’autres cultures. J’ai cessé de survaloriser tout ce qui vient d’Europe. De plus, quand des interdictions ne sont pas respectées, c’est Astovot qui doit assumer la responsabilité : payer des amendes, consacrer du temps à recréer la confiance avec les villages, etc. Pour éviter cela, lors des formations, nous prenons le soin de bien expliquer les réalités locales aux volontaires locaux (coordinateurs de projets et autres) et aussi aux internationaux. Meritxell : Avant mon volontariat à Astovot, j’avais reçu une information générale mais rien de très poussé. Bref, quand on part on ne sait pas grand-chose. Si on en est conscient et qu’on part pour apprendre, cela suffit. Mais si on part en pensant qu’on va vivre des relations

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Comment dépasser un choc culturel

« Si on n’est pas conscient de son ignorance, on risque de revenir de projet avec davantage de stéréotypes et autre fausses croyances qu’avant le projet »

© Meritxell Virgili

vraies, qu’on va pouvoir aider ou travailler, alors on se trompe. Si on n’est pas conscient de son ignorance, on risque de revenir de projet avec davantage de stéréotypes et autre fausses croyances qu’avant le projet. En fait, chacun se fait son explication tout seul et rentre chez soi persuadé qu’il ou elle a tout compris sur la réalité locale. Or, ce qui est important, c’est de se préparer mais aussi de consacrer du temps après le volontariat, pour analyser son expérience, revenir sur ce qui s’est passé, prendre conscience de ses nouvelles représentations et les critiquer. Pour moi, faire un séjour d’immersion, c’est plus qu’une aventure. Sa simple présence dans une ville comme Kpalimé peut avoir un effet sur place, comme une empreinte. Par le simple fait de partager le quotidien d’autres personnes, on change leur vie. C’est important d’en avoir conscience. Il faut avoir à l’esprit que les autres ont des attentes, que les relations ne sont pas neutres et qu’elles cachent des enjeux, que si je ne respecte pas certains interdits ou certaines obligations, ça peut laisser des traces. C’est pourquoi je trouve qu’il est très important de rédiger un rapport au terme de son séjour. Faire un rapport écrit, c’est lent, mais c’est une lenteur vertueuse qui permet d’analyser en profondeur son volontariat.

© Meritxell Virgili

SCIlo : Au SCI, on prend de plus en plus en compte la dimension genre dans nos activités. Qu’en est-il à Astovot ? Nasser : À Astovot, il y a beaucoup moins de filles que de garçons qui participent aux activités, aux réunions. On essaie d’en attirer, d’en impliquer plus mais ce n’est pas facile. Je n’ai pas de réponse très claire de cela. Mais ce que je peux dire c’est que les femmes, on les retrouve surtout dans le secteur informel : commerce, artisanat, restauration… Elles n’ont pas d’activités bénévoles sauf à la maison : s’occuper du ménage, des enfants, des grands-parents. Les hommes, eux, peuvent plus facilement faire des activités bénévoles à l’extérieur de la sphère privée. Si, comme en Belgique, on confie un certain nombre de tâches, comme la garde des enfants, le soin aux grands-parents, le ménage, à des institutions (crèches, homes, société d’aides ménagères…), alors peut-être que les femmes pourront s’investir davantage dans des activités de volontariat. Au terme de ce sympathique échange nous les avons invités à rejoindre le Groupe Afrique et si vous avez envie de rencontrer ce couple, ils seront avec nous au week-end de rentrée pour écouter et échanger les témoignages de projets avec vous !

Propos recueillis par Emmanuel Toussaint Rédac’ chef du SCIlophone

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opi nion

Les nouveaux visages de l’engagement volontaire Défis et opportunités pour notre société Les volontaires s’engagent auprès de l’Autre et pour une société meilleure. Dernièrement nous avons pu constater une évolution dans les formes d’engagement bénévole. La société civile et les pouvoirs publics doivent adapter leur action pour mettre en valeur ces changements ainsi que pour soutenir le volontariat dans toutes ses formes.

© Vallée

« Il est faux d'affirmer que les jeunes sont en général moins engagés que dans le passé (…). Par contre, la manière dont ils s’engagent est différente des formes qui prévalaient jusqu’il y a 20 ou 30 ans … »

« Volontaire » est un adjectif que l'on peut utiliser dans différentes situations pour décrire une variété très importante d’activités. Si le volontariat peut se déployer dans des domaines très variés, la Loi du 3 juillet 2005, relative aux droits des volontaires 1 définit ce concept de manière plus précise. Un volontaire est une personne qui s’engage 2 : • de manière non rétribuée et sans aucune obligation • au profit d'autrui ou de la société en général • auprès d’une organisation par laquelle il n’est pas employé (ou en tout cas dans une tâche différente de celle qu'il effectue dans le cadre de ses heures de travail rémunérées).

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Des chercheurs des Universités de Gand et de Liège ont mené une étude approfondie sur les caractéristiques du volontariat en 2015 3. D’après leurs estimations, près d’un belge sur cinq est engagé dans une forme de volontariat 4. Malgré ce chiffre plutôt encourageant, nombreuses sont les associations qui constatent, au sein de leur structure, d’une baisse du nombre de volontaires ainsi que des difficultés à engager et à fidéliser des nouveaux volontaires. Ceci serait particulièrement le cas pour les jeunes. Ces constats sont-ils fondés ?

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Les nouveaux visages de l’engagement

« Il est fondamental que les organisations puissent servir de caisse de résonance à des mouvements et des formes d’engagement plus spontanés (…). Le rôle des pouvoirs publics doit être celui de soutenir la création de ces espaces de participation démocratique que sont les associations et les mouvements »

Les jeunes : un nouveau type d'engagement ? Le constat de certaines associations correspond parfois partiellement à la réalité du volontariat. Malheureusement, nous ne disposons pas de recherches nous permettant d’évaluer l’évolution du nombre de personnes engagées en tant que volontaires. Nous pouvons toutefois affirmer que nous sommes face à des formes d’engagement qui diffèrent de celles du passé. Il est faux d'affirmer que les jeunes aujourd’hui sont en général moins engagés que dans le passé. Les statistiques démontrent que les jeunes en 2015 ne sont pas proportionnellement moins actifs dans le volontariat que les seniors 5. D’autre part, si on mesure l’intensité de l’engagement, les jeunes de 20 à 24 ans représentent la tranche d’âge qui consacre le plus d’heures aux activités volontaires. Par contre, la manière dont les plus jeunes s’engagent est différente des formes qui prévalaient jusqu’il y a 20 ou 30 ans. On remarque que les 15-35 ans s’investissent de manière importante dans des cadres plus fluides, de manière très intense et sur de courtes périodes. Ce type d’engagement se fait souvent au détriment des formes de volontariat « classique », encadrées par une organisation. Des exemples se trouvent, notamment, dans des mouvements comme celui des Indignés, et plus récemment, le mouvement des « Nuits debout » en France. L’auto-organisation, l’horizontalité et l’intensité des activités sur un court terme sont des caractéristiques communes à ces deux mouvements. Il s’agit aussi de mouvements qui portent un message très fort de changement de société. Un exemple belge, qui a vu un investissement très intense de la part de beaucoup de jeunes citoyens, se trouve dans l’expérience liée au « Parc Maximilien 6 » à Bruxelles. En septembre 2015, faute de places disponibles, de nombreuses personnes arrivées d’Irak et de Syrie pour demander l’asile en Belgique, ont été obligées de trouver des lieux de fortune où passer la nuit. Beaucoup dormaient à l’extérieur, près des bureaux de l’Office des étrangers. Une plateforme citoyenne est née de manière auto-organisée qui a, pendant des semaines, géré la gestion quotidienne de ce qui est devenu très rapidement un vrai camp d'accueil de demandeurs d’asile. Si beaucoup de jeunes adultes choisissent des formes de volontariat sur un court terme, c’est aussi parce que cette

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population peut plus facilement vivre des changements importants, tant au niveau de la vie professionnelle que personnelle. Ces moments-clés de la vie de chacun (le passage des études à la vie professionnelle, la création d’une famille) risquent de mettre à mal des engagements de type volontaire pris sur le moyen ou le long terme.

Soutenir le volontariat pour guérir notre société Les acteurs de la société civile doivent donner la possibilité à chacun de s’impliquer dans une expérience de volontariat : l’engagement volontaire est source de prise de conscience et d’implication citoyennes. Pour cela nous tous, associations, ONG, mouvements, devons être conscients de la réalité changeante et apporter des réponses adéquates pour faciliter l’engagement. Nous pouvons répondre aux besoins de nos volontaires. Plus notre message pour une société meilleure sera clair et fort, plus notre action et nos activités seront soutenues par les citoyens qui partagent nos valeurs et qui ont envie de les mettre en pratique. Il est aussi fondamental que les organisations puissent soutenir et servir de caisse de résonance à des mouvements et des formes d’engagement plus spontanés. Le rôle des pouvoirs publics doit être celui de soutenir la création de ces espaces de participation démocratique que sont les associations et les mouvements, ainsi que d’y être à l’écoute. Force est de constater que, malgré l’évolution des formes de volontariat, les moyens ne suivent pas. Dans une société qui ressemble de plus en plus à un corps malade, nous pensons que les volontaires forment les cellules qui composent la démocratie ainsi que les anticorps à la division, au racisme et in fine au totalitarisme. Nous sommes là pour soutenir nos volontaires et pour travailler avec eux pour une société plus juste et solidaire.

Porzia Stella Permanente à la Commission Justice et Paix et volontaire animatrice au SCI

Voici le texte complet de la Loi, dans sa version mise à jour (mai 2016) : www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/ change_lg.pl?language=fr&la=F&table_name=loi&cn=2005070359

1

2

www.levolontariat.be/definition-du-volontariat

Voici un document exécutif qui résume ces chiffres : www.bonnescauses.be/media/12402/zoom25-fr-volontariat.pdf

3

L’étude prend en compte aussi les volontaires non encadrés au sein d’une organisation

4

Fondation Roi Baudoin, « Zoom, le volontariat en Belgique, chiffres-clés et analyse », p.3, https://www.kbs-frb.be/fr/Activities/Publications/2015/20151019ND [consulté le 21/11/2016]

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 Pour connaître l’expérience d’un jeune volontaire actif au Parc Maximilien, voici le portrait d’Hilario, rédigé par Elodie Kempenaer, volontaire dans l’asbl Mag-MA, « Hilario : l’engagement auprès des réfugiés, une vision de long terme » : www.mag-ma.org/societe/hilario-l-engagement-aupres-des-refugies-une-visionde-long-terme [consulté le 25/11/2016]

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alternative positive

EN UN DÉCLIC En juin dernier, j’ai eu la chance de participer au Déclic Tour, un programme itinérant permettant aux jeunes de 18 à 35 ans de découvrir l’entrepreneuriat social et de faire émerger une idée de projet correspondant à nos valeurs et à notre envie d’engagement pour une société plus juste.

«  Tu es jeune, tu as envie de changer les choses à ton niveau dans la société, de donner du sens à ton travail, ou de t’engager dans un projet d’intérêt collectif à ton image ? Tu as vaguement des idées mais tu ne sais pas laquelle choisir, ou par où commencer ? Le Déclic Tour est fait pour toi » © Fabienne Audureau

Organisé par l’asbl Déclic en Perspectives, la 2e édition vient de s’achever.

A l’origine du projet, Lucille et Mathilde se sont inspirées d’une initiative existante en France (Ticket for Change) et l’ont adaptée en Belgique. Leur constat ? Beaucoup de jeunes adultes sont en recherche de sens, de changement et d’engagement, mais ne passent pas à l’action. Elles ont alors créé une formation afin d’impulser ce coup de pouce.

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Le Déclic Tour

U n e a u t r e fa ç o n d e v i v r e e n s e m b l e

Projet volontariat

Des idées, il y en a eu au cours du Déclic Tour, à la pelle ! La mienne, c’est de faire se rencontrer deux mondes qui ne se connaissent que trop peu à mon goût. D’un côté, il y a celui dans lequel je vis au quotidien : une colocation de jeunes travailleurs à Bruxelles, qui rêvent d’une société plus écolo, plus sociale, plus démocratique, plus humaine, et qui tentent vaille que vaille de mettre ça en œuvre à leur échelle en partageant leur lieu de vie. De l’autre côté, le monde des migrants et des demandeurs d’asile : des personnes qui ont fui la guerre, la misère ou les persécutions, et qui souvent nourrissent un rêve qui n’est au fond pas si différent du premier. Mon expérience récente lors d’un chantier du SCI dans le centre d’accueil de la Croix-Rouge à Natoye a confirmé ce que je savais déjà : ces personnes venues d’ailleurs sont toutes désireuses d’apprendre, de découvrir, de contribuer, de vivre en société, d’offrir ce qu’elles ont à offrir. Ce qu’il leur manque, c’est un point d’attache, un ancrage solide dans la société belge.

Alors le plan est simple : que des réfugiés arrivés récemment en Belgique puissent aller habiter dans ces colocations bruxelloises. Faire se rencontrer les personnes, et les aider à vivre ensemble. Car j’en suis persuadé, la mixité sociale est une expérience qui peut être immensément riche si l’on se donne les moyens de la réaliser. Quoi de mieux alors que de la vivre chez soi, au quotidien ? Pour les réfugiés, c’est un accès à un réseau, une façon de trouver ses marques dans complexité sociale, administrative, culturelle et politique de la Belgique, une véritable porte d’entrée dans la société. Pour les Bruxellois, c’est une occasion de découvrir la richesse du monde qui s’invite chez nous, de casser les stéréotypes, et de contribuer au jour le jour à la construction de cette démocratie multiculturelle dont nous avons tant besoin. Le 1er septembre, Ahmad, 27 ans, syrien et réfugié en Belgique depuis 2015 emménagera dans ma colocation, il est plus que bienvenu !

Samuel Halen Volontaire au SCI

La semaine se déroule en 3 parties : © Fabienne Audureau

Inspiration > Introspection > émergence

01

[ Inspiration ] Nous sommes partis à la rencontre de différents projets et entrepreneurs sociaux. Parmi eux, la coopérative Agricovert à Gembloux rassemble des producteurs agricoles et des citoyens consommateurs, le café L’eau Chaude dans les Marolles propose une cantine végétarienne et des évènements culturels, Kilti propose des paniers culturels permettant de découvrir des artistes à l’occasion d’évènements, le Papote Café à Namur propose des rencontres entre mamans autour de la parentalité… autant de projets que de domaines et besoins couverts, et un partage d’expérience riche pour notre réflexion. Barbara, coach chez l’agence Saw-B, nous présente une introduction à l’économie sociale pour mieux comprendre ses formes et ses enjeux. Nous avons également rencontré d’anciens participants du Déclic Tour 2016, venus nous présenter le projet qu’ils ont lancé depuis : Marie a monté un café vélo nommé Marcel Bike, Charlotte l’asbl Demain en Main, et Aurélie & Thomas ont lancé le Siroteur, qui propose des animations festives autour de jeux en bois. Gonflés à bloc, nous avançons vers la 2e étape ! © Fabienne Audureau

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Le Déclic Tour

© Photos : Fabienne Audureau

02

[ Introspection ] Dans un cadre idyllique en pleine campagne près de Namur, sans wifi, sans montre, nous nous déconnectons du quotidien pour nous reconnecter à nous-mêmes. Pendant 2 jours, nous avons réfléchi et partagé sur nos parcours, nos valeurs, nos rêves, nos personnalités d’entrepreneurs ainsi que nos peurs d’entreprendre pour y trouver des solutions… accompagnés par Raphaël, coach en développement personnel chez Job Yourself. L’étape s’achève par l’élaboration par chacun d’une problématique de projet mettant en lien un problème ou besoin sociétal et un domaine d’activité.

03

[ Emergence ] Nous arrivons à Liège où pour les 3 derniers jours, nous travaillons dans un espace de co-working hébergeant des start-up, le LeanSquare. C’est la dernière ligne droite, la plus difficile : faire émerger son projet. Certains changent d’idée, d’autres s’associent à 2… Pour nous aider, les coachs nous présentent des outils professionnels : Proposition de valeur, Business Model Canevas… et des ateliers permettant de réfléchir aux

besoins, aux partenaires, à une phase test… Chacun à son rythme, aidés par de nombreuses méthodes d’intelligence collective, et accompagnés en individuel lorsque l’on se sent perdu, nous avançons dans nos idées pour les rendre plus concrètes. Points culminants du processus : nous présentons nos projets à des coachs venus de différentes structures d’accompagnement, pour nous frotter pour la première fois à un regard extérieur. Et pour la soirée de clôture, nous nous soumettons à l’exercice du pitch ! Chacun à notre tour, nous avons eu 1 minute 30 pour présenter notre projet devant le public d’une soirée ouverte. Que ce soit dans les domaines de l’alimentation, des cosmétiques, de l’accueil des réfugiés, de l’art et la culture, des relations nord/sud ou encore de l’éducation, que de belles idées, de beaux projets et d’émulation pour ce dernier soir, qui a clôturé une semaine riche en partages, émotions, apprentissages, motivation, et met en valeur la force d’un groupe qui continuera son chemin en ne s’arrêtant sûrement pas là ! Enfin, au-delà d’une expérience professionnelle très riche, le Déclic Tour, c’est aussi des nuits à la belle étoile, des rencontres humaines, des batailles d’eau et surtout, un super accélérateur de vie… Car comme le dit si bien Lucille Rieux, co-fondatrice : « Oser entreprendre, et oser être soi ne sont pas deux idées si opposées… » !

Fabienne Audureau Membre du Groupe Migr’actions du SCI

© Fabienne Audureau

« Oser entreprendre, et oser être soi ne sont pas deux idées si opposées… » !


alternative positive

Quand les livres prennent vie et s' ouvrent à la rencontre

« Ne juge pas un livre sur sa couverture », c’est le message que chaque lecteur trouve accroché à la porte de la Bibliothèque Vivante. Une véritable bibliothèque dont les livres ne sont pas en papier mais en chair et en os et qui racontent une partie de leur trajectoire personnelle, à partir d'un préjugé auquel ils se sont confronté à un certain moment de leur vie.

Deux événements sont au programme pour cet automne :

25 / 11 / 17

On recherche des Aspirants-Livres intéressés à participer au projet.

Bibliothèque de Saint-Gilles Bibliothèque Vivante : Parcours diversité de Saint-Gilles

02 / 12 / 17 Bibliothèque communale de Braine-l’Alleud Arts et Bibliothèque Vivante

Q u e lqu e s r è g l e s à r e s p e ct e r   : a Un livre peut être emprunté une seule fois

pour une durée de 30 min maximum avant d’être retourné.

a Le lecteur doit rendre le livre dans l’état

psychologique et physique dans lequel il l’a emprunté. Il est interdit d’endommager le livre, ou de blesser sa dignité d’une façon ou d’une autre.

a Le lecteur accepte que le livre puisse

interrompre la conversation s’il le souhaite. Les bibliothécaires seront donc présents pour conseiller le lecteur dans son choix de livre et veiller à ce que la lecture se passe bien.

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Comme une bibliothèque au sens classique du terme, la Bibliothèque Vivante (BV) se compose d’œuvres artistiques et littéraires, de lecteurs, de bibliothécaires, d’un catalogue et de livres. Elle fonctionne de la même façon qu’une bibliothèque classique : les bibliothécaires proposent un catalogue et conseillent les lecteurs qui peuvent emprunter le livre pour une durée limitée de 30 minutes. Mais ici les livres sont des citoyens prêts à partager leur vécu avec les lecteurs et, plus spécifiquement, leur vécu de personnes qui ont été confrontées à des préjugés, des stéréotypes, des clichés et des discriminations (sexisme, âgisme, racisme, préjugés de classe…). Le lecteur s'engage donc d'autant plus, à rendre le livre à temps et en bon état physique et psychologique. Si le livre que le lecteur convoite est déjà emprunté, le bibliothécaire lui proposera de le réserver et/ou d'en lire un autre en attendant.

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La Bibliothèque Vivante

© Bibliothèque vivante

Une lecture racontée à la première personne qui permet au lecteur d’enjamber les barrières culturelles et d’entrer en contact avec une personne à partir d’une différence prospective. Plus spécifiquement, cette expérience vise à être conscient du fait que, dans la rencontre avec l’Autre, on a souvent - voire toujours - des images préconçues, des étiquettes qu’on colle à l’autre. En être conscient permet de les déconstruire. Concrètement, le lecteur qui se rend à la Bibliothèque Vivante consulte le catalogue et choisit le titre du livre qui l’attire le plus sans voir les Livres Vivants. Au moment du choix du titre, il a souvent des attentes par rapport à la lecture, il laisse la place à son imagination et aux images préconçues qui souvent n’ont rien à voir avec le contenu et la couverture du bouquin. C’est justement à travers la rencontre-lecture que le lecteur pourra effectivement entrer en contact avec l’autre, écouter sa propre histoire, se rendre compte que chaque identité est en soi unique et encore que chaque individu est composé de plusieurs identités, l'une n'excluant pas forcement l'autre, car on est plusieurs choses à la fois !

Plus d'info ? Visitez notre page FB : www.facebook.com/ levende.biblio.vivante Vous avez envie de faire partie de notre équipe, devenir Livre Vivant ou tout simplement nous connaitre davantage ? Contactez-nous :

Cette expérience si intime et intense demande à tous ses participants un grand effort pour se mettre en jeu, se livrer à un inconnu. C’est pour cette raison que nous proposons une formation de deux journées aux « Aspirants-Livres ». Il s’agit plutôt d’une réflexion commune, pendant laquelle on reprend les principes de la BV, on propose des animations sur les identités et les préjugés pour aider les « Livres Vivants » à mettre leur histoire en forme et choisir son titre. L’ironie et l’auto-dérision jouent un rôle important : elles permettent de pouvoir se détacher de l’expérience qu’on veut raconter, ironiser sur les préjugés vécus et savoir se coller une étiquette afin de pouvoir la dépasser au moment de la rencontre avec le lecteur. Le projet Bibliothèque Vivante Bxl, mis en place avec passion par toute une équipe est très vivant. Il est nourri de chaque lecture, partenariat, échanges. Il évolue à travers l'expérience de chaque événement et les évaluations, impressions de ses participants. Il essaye de s'améliorer à chaque nouvelle étape et comme chaque projet vivant, il a des rêves à concrétiser.

Francesca Magagni Volontaire SCI et animatrice Bibliothèque Vivante (URCA asbl)

• L'initiative Bibliothèque Vivante a été reconnue par le Conseil de l'Europe comme une pratique remarquable de promotion du dialogue interculturel • Le réseau Human Library, géré par l’ONG Stop the Violence, en est le témoignage : www.humanlibrary.org • L'idée s'est ensuite propagée. À Bruxelles, c'est l'asbl Usine récréative des Cultures autres (URCA) qui l'a essaimée : www.urca-asbl.org

humanlibrary@urca-asbl.org

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La Bibliothèque Vivante

La parole à ses acteurs « Portée par une équipe investie et à l’enthousiasme communicatif, la Bibliothèque Vivante est pour moi un projet humaniste essentiel à notre époque. C’est un carrefour où les préjugés sont détricotés pour faire place aux échanges, à la rencontre, aux débats et à la réflexion. Elle titille la curiosité et fait ouvrir grand les yeux et les esprits w elle permet de tisser des liens dans la bienveillance et la bonne humeur. Souvent les lecteurs n’ont pas vu le temps passer avec le livre vivant emprunté parce qu’ils sont absorbés dans une discussion passionnante et passionnée ! »

Aller à la rencontre de ses propres préjugés… L’idée de la Bibliothèque Vivante est née en 2000 au Danemark, grâce à l'ONG Stop the Violence suite à un épisode de violence raciale. Dans les années 2000, un des membres de l'ONG fut grièvement blessé dans la rue à cause de ses origines. Face à cet événement, l’association décide de ne pas dénoncer l’épisode de violence seulement à travers l’organisation de manifestations et de conférences publiques mais aussi de concevoir une autre manière d’aborder la problématique du racisme, engendré par la violence, qui est elle-même engendrée par le refus et l’incompréhension de la différence. Pour la première fois on invite les personnes à aller à la rencontre de leurs propres préjugés au lieu d’en parler.

Mélanie Ferrier Responsable Ateliers et Stages à la Maison du Livre

« Une bibliothèque vivante a entièrement sa place dans une bibliothèque : c'est une façon conviviale de vivre la bibliothèque qui n'est pas forcément un endroit silencieux, mais aussi un lieu de rencontre. Rencontre entre les gens et les livres en papier, rencontre entre les gens et les Livres Vivants. En tant que bibliothécaire, j'ai adoré guider et conseiller les lecteurs dans le choix de leur 'Livre', le réserver et puis le 'prêter'. Chaque fois que je pense à ce samedi après-midi et à la belle énergie qui l'a animé, j'ai envie de sourire et je pense que je fais un métier formidable ». Catherine Lehon Responsable Bibliothèque Saint-Gilles

« Oui, une culture du partage et de la transmission orale est (encore) possible. Lire, c'est bien ! Etre un Livre Vivant, c'est mieux ! Déjà, avoir vécu une expérience peu-ordinaire, ce n'est pas banal. Pouvoir la partager avec d'autres lors d'une B.V., cela devient extra-ordinaire. Et que cela ait du sens pour eux… cela fait que l'expérience double, triple, prend du volume, comme monte en puissance un pain au levain. Car c'est ça la vraie vie d'un livre : ce que les autres en font après ! Vous êtes timide, vous hésitez ? Comme un livre, vous n'aurez qu'un seul lecteur à la fois qui vous guidera à aller droit à lui. Vous aurez aussi un éditeur : une courte 'formation' pour cerner l'histoire, lui donner un titre, 'le mettre en page' pour se sentir à l'aise. Et le contexte de bibliothèque joue aussi : on n'est pas seul(e). Tout est encadré de gentillesse, de respect pour tous et de la joie de partager ». Marilyn Droog Livre Vivant

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SCI en action

Le féminisme s'affirme au SCI : On rejoint la Marche Mondiale des Femmes ! Lorsque le SCI a été à la recherche d’un-e volontaire pour contribuer à la dynamique de la MMF (Marche Mondiale des Femmes), cela m’a semblé un bon moyen de donner plus de visibilité à l’engagement féministe au sein de notre association. Pour ne pas faire dans le cliché, Mario (stagiaire SCI) et moi sommes les seuls hommes à participer à ces réunions mensuelles, où se retrouvent une douzaine de représentes de différentes associations.

La MMF est déjà passée à l’action il y a quelques mois. Elle s'est réunie le 4 mars 2017 sur la place de la Monnaie pour que les manifestant-e-s puissent à leur tour « serrer la ceinture au gouvernement ». En effet, les mesures d’austérité ont touché de nombreux secteurs : transport, santé, éducation, culture, justice, infrastructures, coopération internationale, administrations publiques…). Par ailleurs, de nombreux services de proximité et à la personne (accueil de l’enfance, enseignement, sports, culture, travaux publics, politique des personnes âgées…) ont été rabotés ou remis en cause. Or, il apparaît qu’une des catégories de la population les plus touchées par ces mesures sont les femmes - notamment parce qu'elles reprennent en charge des responsabilités qui étaient précédemment assumées par la sphère publique 1. Les femmes sont davantage amenées à renoncer à leur place sur le marché du travail pour se consacrer à des tâches non rémunérées, comme l'éducation des enfants. Dans le cadre de mon travail dans un service d’aide à la jeunesse, je rencontre au quotidien des femmes qui galèrent pour trouver une structure d'accueil pour leurs enfants en bas-âge alors qu'elles sont mises sous pression pour trouver un emploi. Une action à souligner s’intitule « V’là la facture ». Il s’agit d’un formulaire conçu par un collectif 2 pour évaluer la valeur du travail gratuit réalisé par les femmes qui s'occupent de personnes en situation de dépendance ; la synthèse de toutes les réponses à ce formulaire sera envoyé le 8 mars 2018 au gouvernement. Pour faire passer les mesures d’austérité, l’idée est véhiculée que les Belges ont vécu et vivent au-dessus de leurs moyens. En réalité, de 1980 à 2010, les dépenses publiques belges sont restées stables : en moyenne à 43% du PIB. La dette

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© SCI-Belgique

La MMF, c'est un réseau mondial d’actions de lutte contre la pauvreté et la violence envers les femmes, qui réunit en Belgique de nombreuses organisations telles que des syndicats, des partis politiques, des ASBL…


On rejoint la Marche Mondiale des Femmes

ne dérive pas des dépenses publiques mais d'une crise des recettes, à mettre en lien avec la crise financière. Si l’argent vient à manquer, il semble judicieux de réduire les dépenses. Néanmoins, il est regrettable de constater que ces économies se font au détriment des services publics alors que des alternatives existent. L’Audit Citoyen de la dette défend depuis longtemps des solutions pour alléger le poids de la dette, afin qu'elle soit moins à charge de la majorité de la population. Par exemple, diminuer les charges d’intérêts de la dette, évaluer la partie illégitime de celle-ci pour l’annuler ou encore lutter contre la fraude fiscale.

1

La Marche Mondiale des Femmes organise également une manifestation le 28 septembre prochain pour continuer à affirmer les droits des femmes, mais en se focalisant cette fois sur le droit à l’avortement. A l’heure où les valeurs traditionnelles et conservatrices reviennent en force, au point de remettre en question le droit à l’avortement, il est urgent de réaffirmer l’autorité que les femmes ont sur leur corps et sur leur vie de femme.

Tom Coppens Membre du Groupe Alter’Anim du SCI

 ourquoi les politiques d'austérité touchent davantage les femmes. Dans cette P publication, Le Monde selon les femmes analyse l’impact des politiques d’austérité sur les femmes en Belgique. Il s’agit de montrer que l’austérité n’est pas neutre envers le genre et que ces politiques frappent de plein fouet les femmes. Public(s) : associations - ONG, adultes. Thèmes : Genre et développement / Enjeux du développement / Economie.

Le collectif « Elles s’en mêlent », Vie Féminine Bruxelles, le CADTM (Comité pour l’annulation des dettes illégitimes), Le Monde selon les femmes, la Marche Mondiale des Femmes.

2

formation Pourquoi partir ? Ils sont des dizaines de milliers à rêver d'une vie plus douce, plus humaine. Ils ont choisi la Belgique pour poser leur valise au bout d’un parcours parfois périlleux. Ils viennent de Syrie, d’Irak, du Cameroun, de Guinée… Mais qu'ont-ils trouvé au bout du périple ? Pourquoi rester ? Quelles sont

Partir ou rester : parcours de réfugié.es au-delà des peurs 2017

Une journée pour vivre l’outil et pouvoir l’animer soi-même !

re 6 octob

Cette formation s’adresse aux travailleurs associatifs, animateurs, formateurs, enseignants, étudiants et aux personnes qui désirent découvrir un outil interactif pour elles ou pour le transmettre à leur public respectif.

leurs peurs ? Et les nôtres ? Comment les dépasser ? Beaucoup d'interrogations et pas assez de réponses.

Informations pratiques VEN. 06 OCT. 2017 / 9H A 16H / Liège

L’outil pédagogique Partir ou rester du SCI-Projets Internationaux propose de questionner les enjeux de la migration et l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique. Au départ d’un jeu de rôles, les participants auront la possibilité de comprendre les raisons qui forcent à l’exil, de connaître la procédure d’asile en Belgique, de contrer des idées reçues, de développer leur capacités d’empathie et leur volonté d’aller à la rencontre de l’autre pour affronter leurs peurs en les confrontant à celles des réfugiés eux-mêmes, de les atténuer et de se rendre compte de la richesse du vivre ensemble.

Le SCIlophone 76 • juillet / août / septembre 2017

Au SCI Projets Internationaux Rue du Beau-Mur, 50 • 4030 Liège 10 € / lunch compris (achat possible du jeu : 12 €) Infos & inscriptions : Letizia Messina letizia@scibelgium.be • 04/223 39 80 • www.scibelgium.be

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de volontariat international & d’échanges interculturels ! Venez les fêter avec nous !

sa.11.11.2017 Pièce de théâtre / Expo photos / Témoignages Danse & Concerts / Repas & Apéro

SCI Belgique

Salle de la Jeunesse Rue Melsens, 38 • 1000 Bruxelles

www.scibelgium.be 02/649.07.38 • sci@scibelgium.be

Ed. responsable : Luc Henris | Rue Van Elewyck 35 • 1050 Bruxelles

1947 > 2017 : Bâtir la paix

Le SCIlophone n°76  

A la une de notre trimestriel : découvrez-en plus sur le SCI grâce à notre dossier spécial '70 ans de volontariat. Bâtir la paix!'

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