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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

Le SCIlophone N° 75

Bureau de dépôt : 1050 Bruxelles, 5 Agrément : P006706

avril / mai / juin 2017

SYRIE

Pas de fête des voisins

© Geoffroy Dussart

DOSSIER

Le partenaire

70 ans du SCI

Chiny, cité des contes

’60 Réagir aux catastrophes

Alternatives positives

’70

Le SCI comme trait d’union entre Est et Ouest

Promouvoir les initiatives de changement

Opinion

Rendre la terre aux agriculteurs

Coopération belge : la fin de l’Infocycle

Une autre façon de lire le monde


au sommaire … © Vallée

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DOSSIER

Syrie Pas de fête des voisins

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Opinion

L'Infocycle de la CTB, touché-coulé !

07

Témoignage

Bafouillis en Lituanie

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Le partenaire

Sans-papiers mais pas sans histoires

Alternatives positives

Introduction

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Syrie : une tragédie sans fin

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« Demain en main », une initiative pour porter ensemble le changement

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Terre-en-vue, faciliter l’accès à la terre pour une agriculture durable

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 urquie kurde. Les réfugiés, 12 T victimes d’aliénation et de violences Ouvrir la frontière turque ne suffit pas

14

Aucun droits pour les réfugiés palestiniens de Syrie

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La priorité : protéger Israël

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Pourquoi nous avons quitté la Syrie

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Le SCI - Projets internationaux asbl est reconnu comme : • ONG d’éducation au développement par la Direction générale de la coopération au développement (DGD) • Organisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles SCI-Projets internationaux Bruxelles : Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles T 02 / 649.07.38 Liège : Rue du Beau-Mur, 50 • 4030 Liège T 04 / 223.39.80 Abonnez-vous au SCIlophone ! Devenez membre SCI pour 15 €/an et recevez votre trimestriel : Compte Triodos BE09 5230 8029 4857 Communication : cotisation annuelle

www.scibelgium.be 2

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70 ans du SCI

Les équipes d’urgence

26

« Je me révolte donc nous sommes »

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Agenda

Projets Nord

Concours photo

Ils ont participé à ce numéro ! Le SCIlophone, trimestriel du SCI - Projets internationaux, est avant tout le magazine des volontaires du SCI !

Jumana Ashqar, Béatrice Balthazart, Bernadette Charle, Fabrice Claes, Fabienne Deraemaeker, Jacques Dessaucy, Mathias Destrebecq, Perrine Ghilain, Valérie Gillès, Charlotte Goffin, Bichara Khader, Catherine Raoul, Sergio Raimundo, Umut Suvari, Emmanuel Toussaint, Alexandra Vanoussis, Zafer Yilmaz

Vous désirez partager une réflexion concernant le développement, les relations internationales, l'interculturalité ou encore témoigner de votre expérience sur un de nos projets ?

Nos colonnes vous sont ouvertes ! Faites-nous parvenir vos propositions de thèmes et vos articles via : manu@scibelgium.be

Coordination de publication : Emmanuel Toussaint / Mise en page : Cindy Marchal / Comité de rédaction : Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Manu Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek / Illustrations originales : Geoffroy Dussart et Jean-François Vallée / Relecture orthographique : Emmanuel Toussaint.


04

20 © Infocycle

25 © Alexandra Vanoussis

24 © « Terre-en-vue »

Pacifiste … radicalement Un jour, chaque jour, des regards qui se croisent. Se détournent pudiquement, timidement. D'autres s'attardent, des étincelles d'intérêt, de sympathie s'allument. Promesses de rencontres d'esprits, de peaux ; des morceaux de vie partagés, qui sait… Des chemins parcourus ensemble, moments furtifs ou vie entière… Des enfants naîtront, grandiront, les uns forts et joyeux, d'autres fragiles, on les aimera quand même. Des existences paisibles passées au pied d'un même arbre ou des tours du monde parcourus à toute allure. Des bobos, des grands, des petits, qu'on soignera à coup de pilules, de psaumes, de foot, de poésie, de vin blanc, de pleine conscience… On fait ce qu'on peut ! Il y aura de frénétiques luttes collectives, des trahisons douloureuses, des ruptures et des retrouvailles, des rires et des larmes. En fin de route, toujours, des défilés, interminables ou confidentiels, on sera tous-tes un jour en tête d'affiche. Dans la foule qui accompagnera, des pensées qui s'entrechoquent : j'aurais dû lui dire, c'est trop tard… Comment je vais faire sans… J'aurais aimé mieux la connaître… Je ne t'oublierai jamais… A travers des yeux parfois embués, des regards se croisent, nouvelles promesses de rencontres d'esprits, de peaux, de vies à venir, d'histoires qui commencent et recommencent… La vie dans toute sa banalité quoi, mais une banalité qui a donné naissance aux plus beaux récits. C'est la vie, normale, multiple, c'est beau, simplement. Les histoires que l'on vous raconte dans le dossier de ce SCIlophone sont d'un autre ordre. Oublions les regards croisés, les petites blessures du quotidien, les parcours consentis ou choisis. Pour les protagonistes involontaires du conflit syrien dont nous vous parlons dans ce numéro, l'espoir de cette vie banale évoquée plus haut a été brutalement anéanti par cette violence systématique, extrême, froidement organisée, qu'on appelle la guerre.

édito

closed

© « Demain en Main »

Pas davantage de rémission pour les gamins exécutés à Manchester par un nouvel attentat guerrier commis au nom d'on ne sait quelle cause imbécile. Ni pour les futures victimes collatérales, inévitables, qui recevront sur la gueule les obus des prochains remplaçants de nos F16 nationaux. Et ceux qui tomberont sous le feu des armes produites à Herstal n'auront pas le temps d'avoir une pensée émue pour l'emploi wallon ! On mélange tout ici, nous dira-t-on ? Les bons, les méchants, les armes qui tuent à tort et à travers et celles qui font du tri sélectif ? L'histoire de l'Humanité est faite de successions de périodes apaisées et de conflits sanglants ? Ceux-ci font donc aussi partie de la normalité, la banalité ? Peut-être : mais cette banalité-là, l'affligeante banalité de la mort et de la violence, elle est obscène, alors que celle de la vie est belle ! Refusons résolument l'obscénité de la violence. Une fois encore, rappelons ces mots de notre ami objecteur Jean Van Lierde, ce ne sera pas la dernière fois, car ils traduisent nos valeurs profondes : « Seule la non-violence révolutionnaire peut empêcher le suicide collectif de l’Humanité. Vous pouvez m’accuser d’erreur. Je préfère me tromper dans cette utopie sans assassiner personne, que d’avoir raison au milieu des cimetières et des ruines » Jean Van Lierde, Pourquoi je refuse d’être soldat, 1951

Parce que chacun devrait avoir le droit de croiser des regards, de nourrir des espoirs de rencontre, de destins légers ou fantastiques, de choisir des chemins escarpés ou pépères, restons fanatiquement, naïvement, joyeusement, radicalement… pacifistes !

Pascal Duterme Coordinateur

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opinion

L'Infocycle de la CTB touché-coulé !

c

d e s o l © Infocycle

Aide Publique au Développement, ou comment dire STOP aux coupes budgétaires ? Mercredi 25 janvier 2017. Une nouvelle matinée d'hiver

Bien que consciente que

nous invite à profiter de la lumière qui se fait de jour

l’austérité est imposée à peu près à tous les secteurs

en jour plus présente à la joie de tous. De bonne humeur, pleine de motivation pour entamer une

- principalement

non-marchand -,

nouvelle journée de travail au sein de l'asbl, me voilà

apprendre que l'Infocycle de la Coopération Technique

soudainement occupée à découvrir le fil d'actualité

Belge allait disparaitre, était pour moi la goutte de trop !

de mon mur Facebook devenue, au fil du temps, plutôt

Emparée d'une incompréhension totale envers cette

une revue de presse personnalisée qu'autre chose.

nouvelle, c'est très vite une nécessité et un besoin de

Parmi quelques articles sur Trump que je laisse

soutenir cette formation unique en son genre ainsi que

volontiers de côté, un titre accrocheur publié par

d'exprimer mon désaccord qui prit place.

Iteco 1 attire toute mon attention : « Le gouvernement

belge menace de faire disparaitre l’Infocycle »  2. Alors même que l'hyperlien sur lequel je viens de cliquer pour accéder à l'article s'ouvre, déjà une certaine inquiétude mêlée à un sentiment de colère tout juste né, s'empare petit-à-petit de moi...

Le SCIlophone 75 • avril / mai / juin 2017


L'Infocycle de la CTB, c'est quoi ?

Mais alors, pourquoi en parle-t-on ? Parce que depuis la crise financière de 2007, certains nous diront que les finances de l'Etat vont toujours mal. Il est donc lieu de faire des économies, de fermer les robinets, de réduire les budgets, de diminuer les projets, d'arrêter les dépenses, les moins intéressantes (Clin d'oeil à ceux et celles qui auraient joué au Sudestan, un petit flashback dans le 3e tour ?)

La Coopération Technique Belge, dite de façon familière la « CTB » est l'Agence belge de coopération au développement. En charge de la coopération gouvernementale, l'agence travaille pour le compte de la Direction Générale du Développement, la « DGD » qui est une cellule du Service Public Fédéral des Affaires Étrangères. Dans le cadre de ses activités, la CTB soutient près de 300 projets de développement concernant plusieurs domaines d'action tels que l'agriculture, l'éducation ou la santé par exemples, et ce dans 30 pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique Latine. 3 Guidée par les valeurs d'engagement, de respect, de sens des responsabilités et d'intégrité, la CTB entend apporter « une contribution structurelle aux processus de changement qui sous-tendent la construction d'un monde équitable » 4.

L'aide publique au développement en Belgique L'aide publique au développement ou APD est un concept devenu aujourd'hui une norme internationale gérée par le Comité d'aide au développement de l'OCDE. L'objectif de cette notion était de pouvoir analyser de façon comparative les efforts financiers fournis par la multitude de bailleurs de fonds existants et d'en suivre l'évolution. Selon cet usage, l'APD est une mesure qui comptabilise toutes les ressources financières que des autorités et instances publiques apportent aux pays dits « en développement » ou à certaines institutions supranationales en vue d'intervenir dans le développement économique de ces Etats et de favoriser les conditions de vie des populations. Après de longues discussions, l'Assemblée Générale de l'ONU finira par décider en 1970 d'un objectif officiel pour les pays dit « développés » qui devront consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l'APD. A noter que jusqu'à aujourd'hui, aucun Etat n'y est parvenu (à méditer : quel serait encore le sens de normes internationales trop ambitieuses o m it i R compte tenu de la faible volonté politique des – e rt Ro b Etats engagés ?). ©   C l a ir e

A côté de l'appui apporté à ses partenaires du Sud, la CTB propose également ici en Belgique un cycle d'information générale unique en son genre : l'Infocycle. Au terme de cette formation intense étalées sur 4 week-ends bien chargés, les participants repartent avec une meilleure compréhension et des capacités d'analyse personnelles des problématiques internationales et enjeux mondiaux actuels. Offrant la chance d'écouter et d'échanger avec une palette d'intervenants renommés et actifs dans des domaines d'expertise aussi variés que le réchauffement climatique ou l'agro-écologie, les flux financiers, la migration, l'économie, les droits humains, et j'en passe, l'Infocycle est une véritable mine d'or, un stimulus au passage à l'action, mais avant tout une réelle opportunité d'approfondir la réflexion de toute personne qui aspire vers un engagement pour un monde plus juste et solidaire. Voyant le jour en 2001, le cycle comptabilise aujourd'hui pas moins de 16.000 participants venus d'ici et d'ailleurs qui ont pu être formés par plus de 500 invités passionnés en provenance du secteur de la coopération, du secteur privé, de la sphère académique ou encore de la société civile. 5

Même si une amélioration des efforts a pu être observée suite à la conclusion des Objectifs du Millénaire pour le Développement, l'APD tournait autour des 0,3 % en 2015. Ce qui est encore bien loin des 0,7 % ! Mais qu'en est-il de la Belgique ?

Rencontrer une personne passée par les bancs de l'Infocycle qui démentirait ou remettrait en question toute la pertinence de l'Infocycle dans son ensemble ? Très peu probable...

Jadis réputée pour n'être pas le plus mauvais parmi les mauvais élèves, le vent semble avoir tourné depuis 2010, année durant laquelle la cible des 0,7 % a presque été atteinte

Imaginer la fin de tels cycles d'information d'exception, berceau de rencontres inspirantes et d'échanges enrichissants, terreau de projets innovants chargés de sens et d'initiatives exemplaires ? Tout simplement impensable, voire déraisonnable…

© Infocycle

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L'Infocycle de la CTB, touché-coulé !

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 ITECO est un centre de formation au développement et à la solidarité internationale situé à Bruxelles qui propose un ensemble de formations riches et pertinentes en lien avec la citoyenneté, l'action sociale ou la communication interculturelle

ITECO, Le gouvernement belge menace de faire disparaître l'Infocycle, 25/01/2017, en ligne sur www.iteco.be

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Pour plus d'information, voir le site du Service Public Fédéral des Affaires Etrangères : http://diplomatie.belgium.be

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Vision de la Coopération Technique Belge, en ligne sur www.btcctb.org ITECO, Le gouvernement belge menace de faire disparaître l'Infocycle, 25/01/2017, en ligne sur www.iteco.be

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L'Infocycle de la CTB, touché-coulé !

en arrivant aux 0,64 % du RNB ! En effet, depuis lors et en cause la voie de l'austérité privilégiée suite à la crise de 2007, une diminution annuelle du budget belge consacré à l'APD est notée. Les principaux enseignements du rapport annuel 2016 sur l'aide publique belge 6 nous apprendront que cette dernière est carrément devenue « la principale variable d’ajustement budgétaire du gouvernement et la Belgique est devenue le premier pays destinataire de sa propre aide ». 7 Cette seconde conclusion s'explique notamment par la prise en compte des frais d'accueil des demandeurs d'asile qui représentaient 12 % du budget de l'APD en 2015.

Au-delà des clivages politique, cela permettait une formation qui suscitait la réflexion et avait un contenu progressif qu’il nous semblait crucial de maintenir. L'éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire, comprenant des actions d'éducation, de mobilisation et de plaidoyer, « souhaite contribuer à la construction de sociétés justes, durables, inclusives et solidaires en suscitant et renforçant l’action individuelle et collective de citoyen-ne-s conscient-e-s des enjeux mondiaux et qui s’en sentent co-responsables. Elle est fondée sur les principes et valeurs, notamment, de justice, solidarité, égalité, ouverture à l’autre, respect de l’environnement, diversité, responsabilité et participation » 9.

Au-delà des restrictions budgétaires successives que subit le secteur de la coopération au développement en Belgique, c'est plus largement d'une importante réforme dont il est question depuis 2010. Comme changements survenus depuis lors, retenons par exemple la restructuration qui touchent les ONG que ce soit en termes d'approche adoptée qui entend désormais privilégier une concentration géographique des projets soutenus, ou que ce soit de la difficulté à maintenir son accréditation en tant qu'ONG suite aux procédures de screening et d'audits opérées par des grosses boîtes privées et sans cesse plus complexes à honorer. Les analyses chiffrées de 2014 nous montrent que la DGD, en ce compris également les acteurs financés par cette dernière et mettant en œuvre l'APD, dispose d'un budget de 66 % de l'APD totale belge, les 34 % autres iraient à destination d'autres institutions publiques fédérales et fédérées. Le budget octroyé aux ONG est quant à lui de 13 % de l'APD d'après les données de 2014. 8

Alors en pleine rédaction de mon mémoire de fin d'étude, c'est en juin 2013 que j'ai pu vivre ma première véritable expérience en ECMS en tant que participante à la formation du SCI intitulée « Formation au développement et à l'interculturalité ». C'est au travers des animations vécues et outils pédagogiques que l'ECMS s'y est décliné dans son volet « éducatif ». Cette première expérience fut pour moi le réel point de départ d'une réflexion et d'une volonté de changement individuel et d'implication collective toujours plus vives, l'Infocycle y ayant largement contribué.

Et alors, l'Infocycle dans tout ça ? Tout comme les projets du SCI, l'Infocycle de la CTB est également considéré comme un instrument de mise en œuvre de l'éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire, dit « ECMS », anciennement connue sous les termes « d'éducation au développement » qui constitue une des activités du volet « Nord », par opposition au volet « Sud » dans lequel se retrouvent les actions de soutien aux projets dans les pays du Sud. Pourquoi la DGD met-elle fin au financement de l’Infocycle ? Il y aurait trois raisons principales : a) La nette diminution du nombre de coopérants envoyés b) L’apparition de cycles universitaires sur la coopération au développement c) La focalisation sur l’action dans le Sud au détriment de la formation sur les personnes du Nord Or, c’est justement parce que l’Infocycle était financé par le gouvernement qu’il était important de garder cet espace d’esprit critique sur la coopération.

Vers une « citoyenneté mondiale et solidaire » Dans une société globalisée marquée par l'interdépendance entre les différentes parties du monde, les populations sont confrontées de façon variable à des enjeux similaires tels que l'augmentation des inégalités, la surexploitation des ressources naturelles ou l'intensification des crises multiples (financières, migratoires, politiques) par exemple. Pour traverser ces réalités au mieux et construire le monde de demain, il semble plus qu'essentiel non seulement de maintenir, mais surtout de multiplier et de renforcer les lieux permettant la compréhension critique de ces problématiques, telle que le propose l'Infocycle de la CTB. La formation continue permettant l'épanouissement de citoyens actifs, critiques, solidaires et aspirant vers un monde en paix est un réel impératif. Ainsi, à la place de coupes budgétaires présentes et encore à venir, il semble au contraire plutôt pertinent d'investir en consacrant des efforts budgétaires en la matière. Enfin, si la lutte pour le maintien de l'Infocycle semble bien compromise, bien d'autres sont à pourvoir ! « Le secret du changement c'est de concentrer toute son énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l'avenir » Socrate

Valérie Gillès Membre du Groupe d'action Alter Anim

Désireux d'approfondir le sujet ? Retrouver sans plus tarder le rapport complet sur www.cncd.be. Celui-ci « dresse un état de la politique belge de coopération au développement. Après un bref aperçu de l’évolution du contexte international, le Rapport analyse les évolutions en termes de quantité et de qualité de l’aide belge, ainsi qu’en matière de cohérence des politiques belges en faveur du développement. Enfin, il consacre son « zoom » sur le bilan de l’efficacité de plus d’un demi-siècle d’aide au développement et conclut sur les perspec- tives permettant d’adapter celle-ci aux enjeux mondiaux du 21e siècle ».

6 

C.N.C.D. 11.11.11, Aide belge au développement, rapport 2016, article disponible sur www.cncd.be

7 

La DGD et les acteurs de développement, Infocycle autômne 2016 – présentation PPT disponible sur www.ctbbtc.org

8 

Référentiel de l'ECMS, ACODEV, 2016 - brochure disponible sur www.acodev.be

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Tém oig nage

« Cette expérience est une des plus grandes opportunités de rencontrer et de s'inspirer de jeunes des quatre coins de l'Europe, d'en apprendre plus sur la culture des autres afin de pouvoir évoluer et prendre conscience de la société dans laquelle nous vivons » © Mathias Destrebecq

finlande

Bafouillis en Lituanie

norvège

estonie

russie

lettonie

Lituanie pologne

Vilnius biélorussie Ukraine

Je suis parti réaliser un Service Volontaire Européen à Vilnius, en Lituanie en 2016. Nous sommes approximativement plus d'une centaine en Lituanie chaque année, et à Vilnius une quarantaine de volontaires se regroupent pour différents projets de tous types : travail dans des centres de réhabilitations de personnes ayant des antécédants judiciaires, centres de jeunes, centres pour personnes porteuses d’un handicap, écoles, refuges pour animaux, associations de défense des communautés minoritaires, associations des droits humains…

Le Service Volontaire Européen est un programme d'apprentissage formel qui correspond au travail concret lié à un projet à réaliser sur place pour une association mais aussi un apprentissage informel. Vous acquérez différentes compétences dans la vie de tous les jours par le biais de rencontres avec d'autres volontaires de toute l'Europe ainsi que certains hors Europe ! J'ai commencé à travailler dans une école spéciale avec des enfants porteurs de handicaps physiques et mentaux. J'avais certains préjugés concernant ce travail, mais ils sont tombés après seulement une semaine au sein de l’organisation. Une école spécialisée est totalement différente des établissements classiques mais pas forcément plus compliquée. Les cours et leçons sont personnalisées en fonction des compétences et des marges de progressions que peuvent effectuer les enfants. Nous travaillions au cas par cas tout en apprenant un peu plus à connaître l'enfant ainsi que sa personnalité. N'ayant auncune expérience dans

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ce domaine, ce fut donc un apprentissage de pouvoir gérer les situations ou mettre en place des activités. Ce travail m'a enrichi énormément au niveau personnel et m’a permis de mieux comprendre comment je perçois le monde autour de moi ainsi que le handicap en général.

Le Balte, qui es-tu ? C’est la première fois que je voyageais en Lituanie : j'ai découvert la culture et remarqué les différences avec mon pays d'origine. En arrivant la première semaine à Vilnius, nous avons eu une semaine d'intégration avec notre organisation de coordination : on nous a notamment parlé des us et coutumes des Lituaniens. Ensuite, nous avons évoqué la situation difficile qu'ont vécue les Lituaniens sous l'occupation soviétique. Les Lituaniens ont la réputation d’être un peu froids : la meilleure façon de s’en rendre compte est de prendre un trolleybus et d'observer les passagers.

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Bafouillis en Lituanie

© Mathias Destrebecq

Ce travail m'a enrichi énormément au niveau personnel et m’a permis de mieux comprendre comment je perçois le monde autour de moi ainsi que le handicap en général.

Ils ont souvent le visage fermé et n'esquissent aucun sourire. Un silence de plomb domine. C’est peut-être dû aux conditions climatiques du pays ? Nous avons atteint -25 degrés cet hiver avec très peu de luminosité en journée ! Lorsque je cherchais à établir un contact avec la population locale, c’était assez difficile au premier abord : la confiance et le sourire des Lituaniens se gagnent avec le temps. Je n'ai donc pas créé beaucoup d'amitiés mais celles que j'ai développées sont véritables. Je ne peux pas généraliser et catégoriser une culture au vue de mes rencontres puisque chaque personne est différente et aussi que mon environnement de volontariat européen m’a amené à rencontrer des personnes ouvertes d'esprit avec une envie de multiculturalité. Une des grandes difficultés que j’ai dû surmonter sur mon lieu de travail ne concerne pas les enfants mais la communication avec mes collègues. Ils ne communiquaient presque pas entre eux, ce qui a rendu ma tâche très difficile. Sur leur lieu de travail, j’avais l’impression qu’ils faisaient juste ce qu'il y avait à faire et ensuite rentraient chez eux. Ils ne pensaient pas à communiquer ou même à me dire si le travail était bien fait ou pas.

Pasta aux speculoos Les « trainings » au nombre de deux par SVE de plus de 6 mois sont une bonne occasion de rencontrer et discuter avec d’autres volontaires. Mon organisation de coordination m'a aussi mis en contact avec les autres volontaires de Vilnius, ce qui a permis de pouvoir organiser des rencontres et des évènements ensemble. Cet esprit de famille est devenu rapidement présent au fur et à mesure des échanges interculturels. J'ai rencontré des jeunes venus de France, Espagne, Italie, Irlande, Allemagne, Autriche, Grèce, Roumanie, Slovénie, Croatie, Slovaquie, Hongrie, Portugal, Ukraine, Turquie, Géorgie et Arménie ! Nous avions tous des parcours différents mais nous avions tous cette envie en commun de faire bouger les choses en s'impliquant dans un projet de volontariat.

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© Mathias Destrebecq

En rencontrant toutes ces personnes de pays et cultures différentes, j'ai remis en question mes valeurs en les comparant à celle des autres. J'ai observé leurs habitudes je n'imaginais pas que tant de différences puissent encore exister entre deux pays d'Europe. Par exemple, je me suis rendu compte de la qualité de la cuisine des Italiens : chacun des volontaires venant d'Italie m'a invité à manger chez lui et ce fut chaque fois un régal ! Au fur et à mesure des rencontres, j'en apprenais un peu plus sur leurs pays et sur eux-mêmes. J'ai aussi redécouvert mon pays à travers leurs yeux et leurs commentaires. En faisant des recherches sur la Belgique afin de la présenter, j'ai réalisé ne pas connaître si bien que ça mon propre pays. J'ai aussi pour la première fois cuisiné quelque chose de typiquement belge : les speculoos. Le résultat était satisfaisant pour une première fois. Les soirées interculturelles ou de découverte de la culture lituanienne furent personnellement une des parties les plus intéressantes de mon projet. Une autre de mes activités favorites était la nuit des langues. Chaque jeudi de fin de mois, une soirée était organisée dans un bar typique de Vilnius afin d'apprendre une nouvelle langue à travers le jeu. Un modérateur pour chaque langue préparait des petits jeux à faire pour les débutants, le but était de passer une bonne soirée tout en apprenant ou pratiquant les langues. Je n'ai pas réellement eu de chocs culturels ou remarqué d'énormes différences en Lituanie. J'en ai plutôt ressenti avec certains volontaires qui venaient de pays hors Europe, ces pays étant des pays partenaires du programme SVE. Par exemple, en Arménie et en Géorgie, j’ai réalisé l'importance du mariage et la pression sociale qui en découle et se ressent chez les jeunes. En écoutant leurs histoires, j'ai réalisé que de grandes inégalités existent encore dans certains pays non loin de chez nous. Finalement, cette expérience est une des plus grandes opportunités de rencontrer et de s'inspirer de jeunes des quatre coins de l'Europe, d'en apprendre plus sur la culture des autres afin de pouvoir évoluer et prendre conscience de la société dans laquelle nous vivons. C'est aussi un moyen de travailler au sein d'une organisation dans un but concret d'améliorer le monde et renforcer les connexions entre les différents pays.

Mathias Destrebecq Volontaire au SCI

Le SCIlophone 75 • avril / mai / juin 2017


dossier

Syrie

Pas de fête des voisins ! Nous sommes toutes et tous touchés par le conflit syrien. Parce que la violence est terrible et qu’elle est même arrivée jusqu’à nous. Parce que nous avions envie de croire en une révolution démocratique en Syrie et qu’à présent nos gouvernements restreignent nos libertés. Parce que toute guerre jette sur les routes des millions de réfugiés, et que nous nous avons envie d’accueillir ces femmes, hommes et enfants qui ont tout laissé sans savoir où aller, avec l’espoir secret que leur route les mènerait quelque part.

Alors que chez nous, les fêtes de voisins redynamisent la convivialité dans les quartiers, comment vivent les pays voisins d’un tel conflit ? Afin de situer ces témoignages dans un contexte plus large, nous avons également demandé à Bichara Khader, spécialiste du monde arabe, de présenter une analyse synthétique du conflit. Enfin, Ali et Alaa, qui ont rejoint le groupe Midi du SCI récemment, nous racontent pourquoi ils ont quitté la Syrie et quels sont leurs espoirs pour l’avenir.

Nous sommes aussi touchés par le conflit syrien car nous avons des associations amies et partenaires dans les pays voisins de la Syrie : en Turquie, Israël, Palestine, Jordanie et Liban. Nous avons décidé de les contacter, de leur exprimer notre solidarité et de leur demander comment cela se passe chez elles, comment elles sont touchées par le conflit. Quatre de nos partenaires ont répondu à notre appel et nous ont partagé leur ressenti de la situation.

03/ Ouvrir la frontière turque ne suffit pas par Zafer Yilmaz / GENÇTUR

grèce

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Sergio Raimundo & Emmanuel Toussaint Formateurs au SCI

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02/ Turquie kurde. Les réfugiés, victimes d’aliénation et de violences par Umut SUVARI / YCA

Turquie

04/ Aucun droits pour les réfugiés palestiniens de Syrie Propos recueillis par Fabienne Deraemaeker, Volontaire au SCI

liban 15

palestine Israël

egypte

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01/ Analyse du conflit par le Professeur Bichara Khader / UCL

syrie

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irak

06/ Témoignage : pourquoi nous avons quitté la Syrie par Ali et Alaa, réfugiés Syriens

jordanie 16

05/ La priorité : protéger Israël par Jumana ASHQAR Chargée de projets / Baladna

arabie saoudite


dossier /  01

© Bichara Khader

SYRIE une tragédie sans fin Professeur Bichara Khader Spécialiste du monde arabe

Sur la Syrie, tout ou presque a été dit. Pour arrêter la « machine à tuer » , rien n'a été fait. Depuis 6 ans, la population est jetée en pâture, déchiquetée, dépecée, décimée, affamée. Les villes et villages réduits en amas de ruines. Les images de jeunes corps éventrés sont devenues presque « des faits divers », tandis que celles de centaines de milliers jetés sur les routes de l'exil et cherchant désespérément une terre d'accueil dans l'Europe des « droits de l'Homme » hantent notre sommeil.

Pourquoi le « printemps arabe » si vanté dans les médias a si mal tourné en Syrie ? Parce que tous les ingrédients de la conflagration y étaient réunis. En effet, contrairement à la Tunisie, paradigme de la révolution heureuse, où la société est homogène, la géographie petite, l'armée fraternelle, et où il n'y a pas d'enjeux géopolitiques majeurs, la Syrie, quant à elle, est dirigée par un clan alaouite dans une société composite à plus de 70 % sunnite, disposant d'une armée de fidèles, contrôlant un vaste territoire dont la centralité géographique en fait un enjeu majeur dans les rivalités des acteurs régionaux et internationaux. Commencée pacifiquement, la contestation populaire a débouché sur un bain de sang. Echaudé par les expériences tunisienne et égyptienne, le régime syrien y a vu une menace pour sa survie et a réagi avec férocité. La guerre d'anéantissement menée par le régime n'ébranle pas la détermination de la population d'en découdre, mais rapidement l'opposition se disloque en groupes antagonistes dont l'Armée syrienne libre, les Kurdes syriens, les groupes affiliés à Al Qaida et des islamistes radicaux liés à Daech. Si leur détestation du régime est commune, leur idéologie et leurs agendas les opposent. Mais, au fil des mois, la guerre de Syrie se régionalise et s'internationalise. Les acteurs régionaux ont immédiatement accouru soit en soutien du régime (Iran, milices chiites irakiennes, Hizbollah chiite libanais) soit en soutien aux différentes composantes de l'opposition dite sunnite (Qatar et Arabie Saoudite, mais aussi la Turquie et la Jordanie). C'est que la Syrie se situe au point

« Ce n'est pas une seule guerre qui y est livrée mais 5 guerres simultanément… »

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d'intersection de deux axes moyen-orientaux : l'axe chiite qui part de Téhéran, traverse l'Irak, la Syrie et débouche dans la région chiite du Liban, et l'axe sunnite qui relie la Turquie à la Jordanie, à l'Arabie Saoudite et aux pays du Golfe. Etrangement, l'Egypte pourtant sunnite, mais dominée par l'armée égyptienne depuis juillet 2013, n'a pas coupé les ponts avec le régime de Bachar El Assad. A ces interférences des acteurs régionaux se sont ajoutées celles des acteurs internationaux. Avec la tournure violente de la guerre, l'Amérique comme certains Etats européens se sont déclarés solidaires avec l'opposition dite modérée et ont mis en place des groupes appelés « les amis de Syrie », fournissant à l'opposition suffisamment de munitions pour résister mais pas assez pour renverser le rapport de force, tout en martelant, à l'envi, que Bachar el Assad doit partir. En dépit du déséquilibre des forces, en 2015 le régime donnait des signes d'essoufflement et était sur le point de vaciller. C'est alors que les Russes vont intervenir militairement pour remettre le régime en selle et écraser l'opposition dans toutes ses variantes. La crise s'est internationalisée. La Turquie voisine de la Syrie et principale terre d'accueil des réfugiés syriens se jette dans la mêlée, lançant l'opération « Bouclier de l'Euphrate ». Bien sûr que le régime islamiste d'Erdogan vouait le régime syrien aux gémonies et exigeait le départ d'El Assad. Mais les yeux turcs sont d'abord braqués sur les Kurdes syriens. Pour la Turquie, il n'est pas question


Syrie : une tragédie sans fin La carte du conflit (Source ONU 2013)

que les Kurdes syriens, éventuellement agités par le PKK (parti kurde considéré comme terroriste) fassent la jonction entre la rive est et ouest de l'Euphrate et installent, ne fût-ce qu'une région autonome kurde ceinturant la Turquie du Sud. Cela pourrait réveiller – si besoin est – les "démons séparatistes" des Kurdes en Turquie même. Ces brefs éléments donnent une petite idée de la complexité de la scène politique syrienne. En effet ce n'est pas une seule guerre qui y est livrée mais 5 guerres simultanément : une guerre entre le régime et toute l'opposition, une guerre au sein de l'opposition entre « modérés » et « radicaux », une guerre opposant l'arc chiite à l'arc sunnite, une guerre entre la Turquie et les Kurdes, une guerre entre la Russie et l'Occident.

Dans ce méli-mélo syrien, les Russes ont fait une brillante démonstration non seulement de leur force mais aussi, indirectement, de la faiblesse de l'Occident. Ils sont intervenus militairement pour soutenir le régime syrien sans s'aliéner les sympathies ni de la Turquie ni de l'Arabie Saoudite qui lui sont hostiles. Ils ont réussi à renverser le rapport de forces en faveur du régime, à tel point que la Turquie et même les EtatsUnis, ne font plus du départ d'El Assad un pré-requis. Mieux encore, les Russes ont réussi à fixer le tempo de la guerre et l'agenda des négociations. Ils ont réuni 2 conférences à Astana entre le régime et l'opposition et avec une participation de la Turquie et de l'Iran, laissant sur le carreau l'Egypte, l'Arabie Saoudite et le Qatar même aussi l'UE et les Etats-Unis (qui se sont faits représenter par leur ambassadeur). Si l'activisme russe en Syrie contraste avec les tergiversations occidentales, c'est que la Russie a des positions claires qu'elle entend défendre dans la région du Moyen-Orient. Premièrement, échaudée par les aventures occidentales en Irak et en Libye, elle s'oppose à tout changement de régime par la force. Deuxièmement, la Russie se dit fidèle à ses amis et elle sait que les Arabes apprécient la fidélité envers les alliés. Troisièmement, la Russie veut éviter la contagion islamique dans son pré-carré caucasien. Mais la Russie entend défendre en Syrie des intérêts précis : disposer d'une base navale à Tartous quel que soit la régime au pouvoir à Damas, promouvoir son industrie militaire et prouver son excellence, défendre son statut de puissance 1. La chute d'Alep a plongé l'opposition en plein désarroi. C'est donc en position de faiblesse qu'elle se rend à Genève en février 2017. Il n'est pas sûr qu'elle puisse obtenir autre chose qu'une vague promesse de tenue d'élections (mais quand ?) et un engagement international pour la reconstruction du pays (mais avec quel argent ?). 1

C  f. le livre de l'ancien ministre russe Evgueni PRIMAKOV : Le monde sans la Russie ? à quoi conduit la myopie politique. Paris, Economica, 2009

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www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/ syrie-deux-ans-de-conflit-en-cinq-cartes_281371.html

à lire

Mais ce qui rend la réalité plus illisible est la vitesse de basculement des alliances et leur volatilité. Ainsi la Turquie, alliée de l'Amérique, lutte contre les Kurdes que soutient l'Amérique. Les Américains sont obnubilés par l'activisme iranien dans la région mais partagent avec eux le même objectif de lutte contre l'Etat Islamique. Les Turcs se rapprochent des Russes alors même que ceux-ci bombardent l'opposition modérée que soutient la Turquie. On peut multiplier les exemples.

• L  e conflit syrien pour les nuls www.leconflitsyrienpourlesnuls.org • B  ichara Khader, Le monde arabe expliqué à l'Europe : Histoire, imaginaire, culture, politique, économie géopolitique Broché - 1 mars 2009

Cependant considérant le rapprochement prévisible entre la nouvelle Administration américaine et le président Poutine, il n'est pas impensable de trouver un terrain d'entente sur quelques principes de base : 1.  Le régime de Bachar El-Assad n'est pas le « nœud gordien » et son départ n'est plus un pré-requis. 2. Il faut maintenir l'intégrité du territoire syrien, tout en n'écartant pas la formule fédérale. La dislocation de la Syrie sur base ethnique ou confessionnelle serait un cauchemar pour toute la région. 3. Il faut donner la priorité à la lutte contre Daech qui menace les équilibres régionaux, voire la sécurité internationale et pourrait séquestrer l'avenir même de la Syrie. 4. Il faut immédiatement rapatrier les réfugiés syriens qui aujourd'hui constituent une charge importante pour la Jordanie, le Liban et la Turquie. 5. Il faut donner espoir aux Syriens en s'engageant dans la reconstruction du pays. Si la Conférence de Genève devait, par malheur, accoucher d'une « souris », la tragédie syrienne risquerait de se prolonger avec son cortège de morts et de ruines. Alors, abandonnés à leur sort, désemparés, meurtris et pessimistes les Syriens diront : aujourd'hui est pire que hier mais meilleur que demain.

Professeur Bichara KHADER (UCL)

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dossier /  02

TURQUIE KURDE

Déplacement de force des réfugiés Yézidis vers le camp gouvernemental de Midyat

Les réfugiés, victimes d’aliénation et de violences

turquie Diyarbakir Midyat

syrie

Tués, chassés ou réduits en esclavage, les réfugiés kurdes et yézidis accueillis en Turquie, sont encore victimes de violences et d’exploitation. YCA (Youth and Change Association) dénonce le manque d’engagement du gouvernement turc et organise la solidarité, notamment via des projets de volontariat. Analyse de la situation par le partenaire kurde du SCI

« Chaque jour, le nationalisme et la radicalisation grandissent en Turquie, et il n’y pas que les réfugiés qui font l’objet d’attaques »

La Turquie est le pays le plus touché par le conflit en termes d’accueil des réfugiés. La Turquie compte environ 3 millions de réfugiés, mais on ne peut pas dire que le gouvernement turc fasse grand-chose pour eux. La plupart de ces réfugiés tentent de s’en sortir seuls dans différentes villes, ils ouvrent un commerce, travaillent dans différents secteurs, mendient… Quelques milliers d’entre eux à peine (le nombre exact est inconnu), résident dans des camps de réfugiés et constituent une main d’œuvre bon marché (de nombreuses sources font état d’un salaire de 6 ou 7  euros pour 10 à 12 heures de travail agricole).

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Les réfugiés se font aussi souvent attaquer. En particulier, lorsqu’un acte criminel implique un réfugié, tout le quartier s’attaque aux logements des réfugiés, contraints alors de chercher un autre lieu de résidence. Chaque jour, le nationalisme et la radicalisation grandissent en Turquie, et il n’y pas que les réfugiés qui font l’objet d’attaques. D’autres minorités en sont également victimes. Les médias et le monde politique jouent un rôle important dans cette situation malheureuse, surtout depuis l’implication de la Turquie en Syrie. Ainsi, des « réfugiés masculins » sont pris pour cibles « parce qu’ils ne combattent pas en Syrie aux côtés des soldats turcs et préfèrent passer du

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Turquie Kurde

«  C’est pourquoi nous, le peuple kurde, considérons ces attaques comme une tentative de génocide culturel et tous les Kurdes ont honte de ne pas avoir été capables de les protéger.  »

des réfugiés syriens musulmans et, de temps en temps, ils rencontrent des problèmes mineurs. Ils sont parvenus à résoudre tous les conflits jusqu’à présent, mais ils ne sont pas sûrs de pouvoir les résoudre encore longtemps. Bon nombre de réfugiés yézidis sont terrifiés à l’idée de rester avec les Syriens. C’est pourquoi nous estimons qu’il faut davantage de coopération internationale, de solidarité et de liens entre toutes les communautés du monde.

Le volontariat international pour rendre visible la condition des réfugiés bon temps en Turquie. » Cette propagande peut s’avérer très problématique pour les réfugiés dans un avenir proche. D’après ce que nous observons, elles ne se sentent pas en sécurité en Turquie et attendent la paix dans leurs pays pour y retourner ou poursuivent leur route vers l’Europe. Peu d’organisations traitent de ces problèmes et à mes yeux, c’est dû au fait que le gouvernement turc prétend faire « tout » pour les réfugiés, mais aussi parce que la société civile n’a pas le droit d’aider les réfugiés dans les camps mis en place par le gouvernement. Par exemple, notre organisation « n’est pas autorisée à travailler » dans le camp de réfugiés du gouvernement. Nous travaillons uniquement au niveau local, dans des camps soutenus par les municipalités.

Les réfugiés kurdes se sentent dans les camps municipaux comme dans des prisons Notre organisation et toutes les régions kurdes ont été touchées non seulement par les conflits dans ces pays, mais aussi parce que de nombreux réfugiés kurdes qui ont fui l’État islamique n’ont pas voulu rester dans les camps gouvernementaux. Des municipalités kurdes et les gens à l’échelle locale ont donc dû créer des camps pour eux. Et ces camps, ils les ont faits tout seuls, sans le soutien du gouvernement. Les réfugiés kurdes avaient de nombreuses raisons de ne pas rester dans les camps du gouvernement. Des dizaines de co-maires kurdes ont été arrêtés et le ministère de l’Intérieur a donné pour mission aux gouverneurs et sous-gouverneurs de diriger les municipalités depuis septembre. Malheureusement, des co-maires de la municipalité de Yenisehir – la principale responsable du camp de réfugiés – ont été arrêtés le 7 décembre 2016 et les réfugiés yézidis ont été déplacés de force dans le camp gouvernemental de Midyat. Après plus ou moins un mois dans le camp de Midyat, tout ce qu’ils ont reçu, ce sont des «  cartes  » du gouvernement qui leur donnent accès à une aide alimentaire. Malgré cette carte, ils n’ont reçu aucune aide alimentaire et ont dû se débrouiller pour essayer d’acheter de la nourriture pendant un mois. De plus, ils n’ont pas l’autorisation de sortir du camp un autre jour que le lundi et se sentent comme en prison. En effet, dans le camp de Diyarbakir, ils pouvaient aller où ils voulaient à tout moment. Ils ont peur de rester à proximité

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Comme les réfugiés ne pouvaient presque jamais en sortir des camps (une fois par semaine seulement), qu’ils ne voulaient pas vivre au milieu de réfugiés arabes (ils ont peur d’y retrouver d’anciens membres de l’EI), il a fallu faire appel au volontariat et organiser de nombreuses collectes de fonds. Et je peux vous dire que le nombre de volontaires a augmenté et que la solidarité entre les gens s’est renforcée. Nous avons organisé deux chantiers de volontariat internationaux et un échange de jeunes à Diyarbakir en partenariat avec des réfugiés d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, de Roumanie, de Pologne et de Bulgarie. Nous avons surtout organisé des ateliers pour les enfants, à qui nous avons aussi donné des cours de langue. Nous avons également tenté de donner plus de visibilité à leur situation dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention du gouvernement afin qu’il apporte son soutien aux réfugiés en dehors des camps gouvernementaux. Nombre de nos partenaires internationaux continuent de collecter des fonds pour les réfugiés yézidis et tentent de mettre la pression sur leurs politiciens afin qu’ils fassent preuve de solidarité avec les réfugiés.

Eviter le génocide des Yézidis Nous nous sentons surtout solidaires de la société civile et des initiatives internationales, mais sans doute pour d’autres raisons que celles généralement invoquées. Lorsque l’EI a attaqué les Yézidis, des milliers de Kurdes ont été tués, des milliers de filles et de femmes ont été kidnappées et réduites en esclavage, et des centaines de milliers ont dû prendre la fuite. Les Yézidis ont été la cible de massacre et de tentatives de génocides (l’attaque de l’EI a été considérée par les Yézidis comme la 74e tentative de génocide). Il faut savoir que les Yézidis jouent un rôle important en tant que gardiens d’anciennes croyances, cultures et traditions kurdes. C’est pourquoi nous, le peuple kurde, considérons ces attaques comme une tentative de génocide culturel et tous les Kurdes ont honte de ne pas avoir été capables de les protéger. Et par conséquent, lorsque les Yézidis sont arrivés en Turquie, toute la population kurde s’est montrée solidaire avec eux.

Umut SUVARI YCA (Youth and Change Association) Kurdistan turc, Diyarbakir

Propos traduits par Catherine Raoul Membre du Groupe Midi du SCI

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dossier /  03

TURQUIE

Ouvrir la frontière turque ne suffit pas

Scandalisée par la situation des réfugiés en Turquie, un permanent de l’association Gençtur, notre partenaire en Turquie, pousse un cri du cœur rageur : « Allez vous faire foutre, vous les politiciens qui créez les guerres et les conflits ! ». Les réfugiés qui ont quitté la Syrie sont accueillis dans des conditions tellement difficile qu’ils désespèrent de s’en sortir. Que faire ? Et pourquoi pas du volontariat.

Les réfugiés riches peuvent acheter ou louer un appartement et vivre leur vie mais la plupart d'entre eux vivent dans des conditions précaires, ils ne peuvent pas être traités ou soignés dans des hôpitaux. Les enfants ne peuvent pas aller à l'école… Quand ils ont quitté leur pays, les réfugiés étaient d’abord reconnaissants vis-à-vis de la Turquie pour avoir sauvé leurs vies en ouvrant les frontières. Mais, d'un autre côté, vu que leurs problèmes ne peuvent pas être résolus ici en Turquie, ils sont désespérés.

Carte des camps de réfugiés en Turquie

Trop peu de volontaires internationaux sur nos projets

(Source : www.fedasil.be)

« L'hospitalité côtoie l'hostilité »

Comme nous avons des frontières avec la Syrie et l'Irak, la Turquie est très touchée depuis le début de la crise. La Turquie abrite environ 3 millions de Syriens. Seuls 20% d'entre eux sont dans des camps qui se trouvent dans des villes frontalières. Les autres sont disséminés dans toute la Turquie mais tout particulièrement dans les grandes villes comme Istanbul, Ankara ou Izmir. Sont-ils bien accueillis ? L'attitude des gens « de la rue » varie selon leur histoire personnelle, politique, psychologique, comme pour tout un chacun dans le monde. Les personnes impliquées dans des ONG sont plus aptes à comprendre leur situation parce qu'ils essaient d'aider les réfugiés. Mais il y a aussi des gens qui préféreraient les voir retourner chez eux pour lutter contre l'EI. L'hospitalité côtoie l'hostilité.

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En tant qu'organisation de projets de volontariat nous ne sommes pas directement impliqués avec les réfugiés mais nous essayons de coopérer avec les ONG locales qui s'occupent des réfugiés. Le gouvernement n'autorise pas les ONG à travailler dans les camps de réfugiés. C'est la raison pour laquelle les ONG locales prennent contact avec les réfugiés qui vivent dans leurs villes, en dehors des camps, et travaillent avec eux. Quand on en a l'opportunité, nous les soutenons en leur envoyant des volontaires turcs ou étrangers. D'un autre côté, vu la situation actuelle, les volontaires étrangers ont peur de venir en Turquie. Nous avons dû annuler presque 50% de nos chantiers planifiés en 2016.

Zafer Yilmaz GENÇTUR, Turquie

Propos traduits par Fabrice Claes Membre actif au SCI

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dossier /  04

PALESTINE

Aucun droits pour les réfugiés palestiniens de Syrie

Partie en Palestine en février 2017 pour y faire du volontariat, j’ai rencontré une représentante du Jérusalem Legal and Human Rights Center. Elle a accepté que je l’interview sur la Syrie et les impacts du conflit sur la Palestine. Elle m’a raconté les difficultés que tout le monde vit ici et le sentiment d’isolement ; elle a parlé aussi de l’impossibilité d’accueillir les Palestiniens de Syrie alors que le sentiment de solidarité est là. C’est que tout semble dicté par Israël et l’autorité palestinienne reste totalement impuissante.Voici ses propos.

Pas d’asile pour les réfugiés palestiniens de Syrie Tout d’abord, les réfugiés palestiniens ne souhaitent qu’une chose : retourner en Palestine. Mais Israël ne l’acceptera jamais. Les accords d’Oslo (1993) ne prévoient rien concernant les nombreux réfugiés palestiniens qui avaient quitter leurs maisons durant la guerre de 1948 et qui attendent depuis leur droit au retour. Un grand nombre de ses réfugiés vivent notamment en Syrie. Avant le conflit, les réfugiés palestiniens en Syrie vivaient relativement bien : ils avaient un document de voyage (pas la nationalité syrienne), ce qui leur permettait donc de voyager. Aujourd’hui, ils veulent quitter le pays mais les portes d’Israël et de la Palestine leur sont fermées. Ensuite, depuis le conflit en Syrie, nous nous sentons seul dans notre cause palestinienne. Tous les regards sont tournés vers la Syrie. Le Hezbollah qui nous soutenait avant, se bat en Syrie, ce qui est pareil pour la majorité des pays arabes. Enfin, Israël donne l’impression de tirer profit du conflit syrien : de fait, plus personne parle de la Palestine.

Pas de terres ni d’abris Pourtant notre sort au quotidien se complique : depuis janvier nous avons reçu au Jérusalem Legal and Human Rights Center 60 victimes des ordres de démobilisation (càd). Entre 2012 et 2016, environ 240.000 maisons et plus que 5.000 tentes ont été détruites. La prise de la terre par les colons augmente : par exemple, dans la zone C (cf. carte), qui représente 60% de la Cisjordanie, tout abri de la population palestinienne est jugé illégal par l’autorité israélienne. Or nous avons les documents de l’Empire anglais selon lesquels cette maison ou cet abri que vous voyez là sont construits légalement. Dans le village où vous vous trouvez, seule l’école est jugée un bâtiment légal par l’autorité israélienne. N’oublions pas que d’après le droit international, tous les 10 ans la famille a le droit de bâtir une maison dans une zone sous occupation. Heureusement que des Palestiniens d’avant 1948 possèdent la carte d’identité israélienne. C’est grâce à cette minorité que notre cas peut être défendu par un avocat, car nous autres, nous n’avons pas le droit d’aller à la Cour Suprême à Jérusalem où le cas est traité.

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Pas d’eau ni de vie nomade Mais la question de la terre n’est qu’un de nos nombreux problèmes. La violence persiste, voyez à Hebron où la population palestinienne manifeste tous les vendredis et n’a plus le droit d’emprunter certaines rues. L’ancien marché est fermé. Les enfants doivent passer un check-point sous supervision de conseillers internationaux. L’accès à l’eau est un autre problème. Ceci est dramatique surtout dans la vallée du Jourdan, une zone agricole, où le système d’irrigation est mis en péril. Nous pensons que cette situation difficile a pour objectif de nous faire partir de nos terres. Effectivement les villages se vident, car il devient difficile pour une population qui vit de l’agriculture et d’élevage d’y faire face. Et nos terres sont vites récupérées par les colons qui eux ont accès à l’eau, à la terre pour l’agriculture et en plus sont exemptés du paiement de taxes. Concernant la communauté bédouine, l’autorité israélienne veut la contenir dans une zone déterminée et mettre fin à la vie nomade. Nous sommes donc des déplacés dans notre propre pays. Comment voulez-vous que l’autorité palestinienne prenne position sur la question des réfugiés en Syrie : elle ne parvient même pas à arrêter les colonies et n’a pas les moyens de faire face à la situation humanitaire difficile des Palestiniens en Palestine.

Propos recueillis par Fabienne Deraemaeker Volontaire au SCI

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dossier /  05

LA PRIORITé : PROTéGER ISRAëL Face au refus par B. Netanyahou d’accueillir des réfugiés, face à la peur des « migrants-terroristes », face aux attentats et à la radicalisation, l’association Baladna, partenaire du SCI, affirme sa solidarité vis-à-vis de toutes les victimes directes et indirectes du conflit syrien et organise des ateliers de sensibilisation sur les confits. Voici le conflit syrien vu par Jumana Ashqar en Israël

Le gouvernement ferme les frontières… Depuis le début du conflit en Syrie et en Irak [2011], le gouvernement israélien refuse aux réfugiés de ces deux pays l’autorisation de passer nos frontières. Malgré les graves violations des droits humains commises quotidiennement dans ces pays en guerre, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, maintient sa position de refus, estimant : « qu' Israël n’est pas indifférent à la tragédie humaine des réfugiés en provenance de Syrie et d’Afrique, mais est un petit pays, un très petit pays, caractérisé par une faible envergure démographique et géographique ; par conséquent, nous devons contrôler nos frontières, contre l’immigration clandestine et contre le terrorisme » 1 Il serait pourtant bien de ne pas oublier que c’est l’arrivée de réfugiés juifs du monde entier qui a permis de consolider l’État d’Israël. Par comparaison, les pays voisins d’Israël (Turquie, Liban et Jordanie), dont la situation géographique et économique est similaire, ont accueilli chacun plus d’un million de réfugiés syriens et irakiens. Certaines familles ont même choisi de se réfugier dans la bande de Gaza. L’État d’Israël a certes accueilli dans ses hôpitaux quelque 2 500 victimes de la guerre en Syrie et en Irak, mais ce geste reste insuffisant au regard de la réalité quotidienne dans la zone de conflit. En outre, depuis la Nakba [« catastrophe » : appellation dans le monde arabe de la création de l'État d'Israël en 1948], la Syrie était une terre d’accueil pour un grand nombre de réfugiés palestiniens, à présent contraints de fuir vers d’autres pays. À cause de la guerre, certains Palestiniens nés en Syrie, mais sans avoir pu obtenir un passeport syrien, tentent, comme d’autres citoyens syriens, de se rendre en Europe. Leur statut de réfugié est cependant contesté par les autorités étrangères, vu qu’ils ne sont pas considérés comme citoyens de Syrie.

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La priorité : protéger Israël

… et lutte contre Daesh L’implication du gouvernement israélien dans le conflit se traduit par la fourniture occasionnelle d’armements et d’armes aux rebelles syriens et par des attaques contre l’EIIL [État islamique en Irak et au Levant, rebaptisé « État islamique » (EI) en 2014] menées à l’extérieur. Les Israéliens observent également avec de plus en plus d’inquiétude le processus de radicalisation de certains jeunes Arabes de Palestine. Ce phénomène a donné lieu à quelques attentats dans le pays, dont celui commis le mois dernier, à Jérusalem, contre des soldats israéliens par un jeune Palestinien 2. Le premier ministre Nétanyahou a attribué à son auteur une sympathie pour la cause de l’EI, mais aucun lien précis n’a été avéré. En revanche, le Hamas [organisation palestinienne islamiste, d’inspiration sunnite fondamentaliste, contrôlant la bande de Gaza] a revendiqué cet attentat sur Twitter. Par ailleurs, un nombre croissant de commandos palestiniens hautement entraînés, provenant de la bande de Gaza, partent pour aller prêter allégeance à l’EI et servir sa cause 3.

Notre association n’initie pas d’actions de mobilisation, mais soutient toute manifestation citoyenne en faveur des réfugiés et des victimes de la guerre. Nous organisons également auprès des jeunes et sur tout notre territoire des ateliers de sensibilisation au conflit et à ses conséquences. Ces dernières années, les pays affectés par la guerre en Syrie et en Irak ont en effet réduit les fonds alloués à la coopération avec les Territoires palestiniens. De même, les volontaires auparavant intéressés par un chantier de coopération avec des organisations locales palestiniennes ont tendance à choisir d’aller travailler dans des camps de réfugiés situés dans des pays comme la Grèce, la Turquie ou d’autres pays touchés par la crise des réfugiés, ce qui veut dire que nous recevons moins de volontaires.

Conclusion Dans la mesure où ce sont les autorités israéliennes qui contrôlent toutes les frontières, et donc aussi celles des Territoires occupés, les Palestiniens ont en réalité une très faible marge d’action dans leurs affaires intérieures liées à ces questions. De plus, les Palestiniens ayant fui en Syrie depuis la Nakba n’ont pas pu retourner en Palestine. Malgré la guerre en Syrie et le fait que des Palestiniens aient dû fuir une énième fois le territoire où ils vivaient, l’État d’Israël continue de leur refuser le droit de revenir sur leur terre d’origine. Ce refus d’accueil vaut aussi pour tous les Syriens et Irakiens qui fuient la guerre.

La société civile solidaire des réfugiés Les principaux sujets de débat sont la crise des réfugiés, l’implication du gouvernement israélien dans le conflit, ainsi que la position de la société civile à l’égard de la guerre et des actions menées par les différents acteurs qui y sont impliqués. En ce qui concerne la problématique des réfugiés, diverses organisations sociales et citoyennes, de même qu’Isaac Herzog, chef de l’opposition parlementaire et actuel président du parti Union sioniste [parti de centre gauche], se sont exprimés à de multiples reprises en faveur de l’accueil de réfugiés syriens en Israël. Mais malgré leurs efforts, le premier ministre Nétanyahou campe sur sa position de refus. Au sein de la population arabe, la question du choix de vivre en Israël ou dans un autre territoire fait de plus en plus débat parmi les jeunes. Le plus souvent, ceux-ci considèrent qu’il vaut mieux vivre sous occupation israélienne avec toutes les difficultés que cela implique, plutôt que de vivre dans un autre territoire arabe susceptible de souffrir d’autres situations pénibles, telles que la guerre en Syrie.

Jumana ASHQAR Chargée de projets à Baladna, Israël/Palestine, partenaire du SCI

Propos traduits par Béatrice Balthazart Membre du Groupe Migr’actions

Certains Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ont néanmoins décidé de se rendre dans la zone de conflit pour apporter leur soutien actif au régime du président syrien Bachar Al-Assad, mais aussi à la cause de l’EI.

Impacts du conflit sur Baladna, le partenaire du SCI Notre sympathie va vers tous ceux qui sont touchés par le conflit, sans distinction, mais nous ciblons surtout notre action sur les groupes de population les plus défavorisés, c’est-à-dire les femmes, les enfants, les minorités ethniques ou religieuses, les jeunes…

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 our en savoir plus : P www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/israel/11847304/ Israel-prime-minister-Benjamin-Netanyahu-rejects-calls-to-admitSyrian-refugees.html

 Pour en savoir plus : www.theguardian.com/world/2017/jan/08/ truck-rammed-into-pedestrians-jerusalem

2

 Pour en savoir plus : www.independent.co.uk/news/world/middle-east/ hamas-fighters-defect-isis-islamic-state-nukhba-commando-iz-ad-dinal-qassam-gaza-palestinian-group-a7569786.html

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dossier /  06

SYRIE

Pourquoi nous avons quitté la Syrie

Témoignage

Ali et Alaa vivent en Belgique depuis bientôt 3 ans et demi et sont volontaires au SCI depuis peu. Ils sont jumeaux, ont 21 ans et sont les plus jeunes d’une fratrie de neuf enfants. Ils ont quitté la Syrie lorsqu’ils avaient 16 ans… Voici leur parcours, leur témoignage et leur regard sur leur pays.

Pourquoi avez-vous quitté la Syrie et comment êtes-vous arrivés en Belgique ? Nous avons quitté la Syrie avant nos 18 ans car nous ne voulions pas faire le service militaire qui est obligatoire là-bas. Pour nous il était impossible de rentrer dans l’armée pour faire du mal à d’autres Syriens et surtout, lorsqu’on commence son service militaire, on ne sait pas quand il se termine… Nos parents avaient peur pour nous et nous ont conseillé de quitter le pays et d’essayer de rejoindre notre grand frère qui vivait déjà en Belgique. Cela n’a pas été facile de partir aussi jeunes, de laisser notre famille et nous ne savions pas comment cela allait se passer. C’était un saut dans l’inconnu !

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La route a été longue avant d’arriver en Belgique. Nous sommes d’abord passés légalement par le Liban pour y prendre un avion pour l’Egypte. Une fois à Alexandrie, nous avons fait une demande de visa pour la Roumanie. A ce moment-là c’était encore possible et nous l’avons eu après une attente de trois mois. Maintenant, tous ceux qui essayent, se voient notifier des refus. Pendant ces trois mois nous avons dû nous débrouiller pour louer un appartement et nous occuper de nous-mêmes.

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Pourquoi nous avons quitté la Syrie

Pourquoi la Roumanie ? Notre grand frère avait un ami qui vivait là-bas et la Roumanie c’était déjà l’Europe. Faire une demande de visa directement pour la Belgique était plus compliqué et grâce à cet ami nous avons pu partir d’Egypte. Une fois arrivés, nous avons fait une demande d’asile et espérions avoir des documents de voyage rapidement afin de rejoindre ensuite notre frère. La période d’attente en Roumanie a été difficile : nous nous sommes retrouvés en pleine campagne, près de la frontière ukrainienne et nous ne parlions pas roumain. Heureusement pour nous, nous étions hébergés par la famille de l’ami de notre frère. Il faut savoir que les centres d’accueil en Roumanie sont comme des prisons et il n’y a rien qui est vraiment mis en place pour accueillir les réfugiés dans de bonnes conditions. Au total nous sommes restés une dizaine de mois en Roumanie. Quand nous avons enfin eu nos documents de voyage de la police roumaine, nous avons pris un bus pour la Belgique. Le voyage a duré 2 jours. Une fois arrivés, nous avons refait une demande d’asile en Belgique. Cela a été possible car comme nous étions MENA (mineurs étrangers non accompagnés) et que notre frère vivait ici, l’Etat Belge a accepté malgré la demande initiale en Roumanie 1.

Comment se sont passés les premiers mois en Belgique ? Nous avons d’abord vécu dans un centre d’accueil pour MENA à Neder-Over-Heembeek et ensuite au Petit-Château. Au bout de 6 mois nous avons obtenu le statut de réfugié (pour raison politique). A commencé ensuite un long parcours d’intégration : nous avons été dans une école secondaire et avons suivi une formation en pâtisserie que nous avons dû arrêter. C’était très difficile pour nous car nous ne parlions pas un mot de français et avions beaucoup de mal à suivre. Parallèlement, nous nous sommes inscrits à des cours de français, auxquels nous allons toujours, pour pouvoir ensuite reprendre la formation en pâtisserie, avoir notre diplôme et travailler. Notre souhait est de nous intégrer, devenir autonomes, prendre un appartement chacun et de construire nos vies. Nous avons été bien accueillis en Belgique et nous nous y sentons bien.

Comment gardez-vous contact avec votre famille restée en Syrie ? Notre famille nous manque terriblement mais nous nous parlons tous les jours sur internet ! Nous n’avons jamais perdu le contact avec nos proches. Nous sommes tristes de vivre loin

les uns des autres, mais notre famille est heureuse que nous soyons en sécurité en Belgique. Là-bas, ils vivent dans des conditions difficiles : 3 heures d’électricité par jour et 2 jours d’eau courante par semaine, mais au moins, notre village n’est pas dans une zone de conflit. Pour l’instant en tout cas !

Comment voyez-vous le conflit en Syrie vu de Belgique ? Ce qui se passe en Syrie est grave mais au moins on en parle. On en parle partout et le monde entier est au courant. La guerre est terrible mais certains souffrent plus que nous : dans certains pays d’Afrique il y en qui souffrent de famine, en Birmanie les musulmans (Rohingyas) se font persécuter. Eux, personne n’en parle malheureusement !

Comparé à l’Europe, les pays voisins de la Syrie ont accueilli beaucoup plus de réfugiés ! Nous sommes venus en Belgique, qui est très loin de la Syrie, mais l’accueil des réfugiés dans les pays limitrophes est difficile. Les pays du Golfe ont fermé leurs frontières et n’ont accueilli personne. Au Liban par exemple, il y a beaucoup de réfugiés mais l’accueil n’y est pas optimal. Au début du conflit, beaucoup de Syriens sont partis là-bas avant qu’ils ne ferment la frontière. La vie y est très chère et il faut beaucoup d’argent pour manger, pour les soins médicaux… et beaucoup de Syriens n’arrivent pas à trouver du travail. Les camps de réfugiés sont surpeuplés et nous avons l’impression que les Syriens sont traités injustement par les Libanais. Lors du conflit israélo-libanais de 2006, beaucoup de Libanais du Sud Liban se sont réfugiés en Syrie et avaient été bien accueillis et intégrés contrairement aux Syriens vivant au Liban actuellement.

Comment voyez-vous la Syrie du futur ? Qu’espérez-vous pour l’avenir ? Nous aimons la Belgique mais notre avenir est en Syrie comme pour la plupart des réfugiés syriens qui ont quitté leur pays. Nous savons que nous y retournerons un jour ! Nous voulons la paix et la démocratie ! Une Syrie sans Bachar, ses proches et son clan ! Nous voulons d’une Syrie où les gens respectent la loi et où la loi respecte les gens ! Si nous devions penser à une devise qui résumerait nos pensées nous dirions : Egalité entre tous les Syriens !

Propos recueillis par Sergio Raimundo Responsable des partenariats Midi

Normalement seul le pays dans lequel est introduite la première demande traite le dossier d’un demandeur d’asile. Ce pays est considéré comme responsable de traiter la demande.

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SANS-PAPIERS MAIS PAS SANS HISTOIRES !

© Alexandra Vanoussis

le partenaire

« Si personne ne fait rien pour eux, il ne se passera rien… être sur le terrain ça humanise, tu vois ce qui se passe vraiment par rapport à ce qui est montré dans les medias… »

Benjamin Roiseux, Directeur de l’asbl Chiny, Cité des Contes

Déracinement et migration s’ancrent unanimement dans les mythes fondateurs de nos sociétés établies et amnésiques face à la souffrance de tous les exils. Au-delà de l’indifférence générale sur les questions de fond, Chiny, la capitale belge du conte francophone, n’a ni perdu la mémoire, ni son bon sens en incluant la réalité migratoire dans sa programmation.

A côté de l’apport matériel d’urgence nécessaire à la survie physique des réfugiés arrivés en masse ces derniers mois, certains acteurs de terrain pas forcément là où on pense les trouver, s’occupent d’autres besoins : le divertissement, l’évasion.

Le début de l’histoire C’est à Herbeumont au centre pour demandeurs d’asile Les  Fourches  que les idées se concrétisent sous l’impulsion de Benjamin Roiseux, directeur de l’asbl Chiny, Cité des Contes qui propose des spectacles de contes ‘pour tous’ dont le public migrant. Rencontre avec celui qui crée l’alchimie interculturelle, humaine et sociale dans une province luxembourgeoise où peu d’initiatives du genre existent. SCIlophone : Comment t’es venue l’idée de ces rencontres avec le public migrant autour du conte ? Benjamin  Roiseux : J’avais l’envie d’inclure tout le monde dans notre programmation comme les personnes âgées, les migrants et je l’espère bientôt les personnes incarcérées. Le public migrant est fort délaissé. Ces gens sont là pendant 6 à 8 mois à attendre sans rien. Ils n’ont quasi aucun contact avec l’extérieur et les gens ne viennent pas vers eux. Ils ont très peu de divertissements, ils se retrouvent vraiment livrés à eux-mêmes et donc on avait envie de faire quelque chose, même si ce sont des petites choses. De l’idée à la mise en œuvre effective, Benjamin y est allé progressivement en proposant d’abord aux conteurs résidents d’y concevoir des animations. Les idées s’enchainent comme ce projet d’atelier de contes pour les enfants du centre qui leur permettrait

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d’une part d’apprendre le français et d’autre part d’extérioriser tout ce qu’ils ont vécu. En filigrane, le défi est aussi de changer la vision limitée de certains qui perçoivent ces publics comme des étrangers profiteurs de la société. Dans ce contexte, les personnes migrantes peuvent évoluer en tant qu’artistes et de ce fait, faciliter les échanges.

La substance de l’histoire S : Comment se passe la préparation des conteurs ? Le public du centre « Les Fourches » est majoritairement afghan et iranien, un peu africain aussi. B : Les spectacles proposés ont deux dynamiques différentes. Avec les « Conteurs éveillés », un groupe de conteurs bénévoles, je monte une scène et vient qui vient. Je leur rappelle qu’il faut veiller à ne pas trop aborder directement des sujets comme la guerre, des choses trop violentes, le déracinement. Le langage ne doit pas être trop difficile à comprendre, il faut répéter plusieurs fois un mot, une phrase et leur demander s’ils voient de quoi on parle. Les enfants comprennent un peu mieux dans l’ensemble car ils sont scolarisés. Pour les adultes ce sera des mots simples avec des jeux de répétitions ce qui aide à la mémorisation. Au début du spectacle c’est un peu lent puis d’un coup ça prend, les plus jeunes traduisent, c’est une super dynamique à chaque fois. Ensuite il y a des rencontres avec des conteurs professionnels. Là c’est différent car ils vont jouer parfois un spectacle complet. Je pense à Nicolas Stuzmann qui y a donné un de ses spectacles « Verballons » adapté en muet pour l’occasion

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Sans-papiers mais pas sans histoires !

LE CONTE, UN MEDIUM PUISSANT

La Compagnie des Bonimenteurs

« à travers le conte, on suggère tout. On permet aux gens pendant un moment de s’évader dans leur imaginaire, de sortir de tout ce qu’ils connaissent. Le conte amène aussi des pistes de réflexion. Je crois que c’est l’un des arts les plus anciens, il parle des hommes des anciennes civilisations qui, avant l’écrit, se basaient sur l’oralité. Le conte était déjà là à la Préhistoire, au temps des bardes, des bouffons du Moyen-Âge, il a traversé les siècles. D’ailleurs il suffit de voir les mythes fondateurs, les grands peuples migratoires pendant la création il y a des millions d’années. On arrive à retracer l’apparition de l’homme sur terre via le conte. Ceux qui sont partis vers l’hémisphère nord ont un mythe et ceux qui sont partis vers l’hémisphère nord, ont les mêmes mythes fondateurs mais avec d’autres objets à l’intérieur. Tu pourras retrouver les mêmes en Afri que ou en Australie, les histoires ont suivi les mouvements des hommes. Si tu compares certaines histoires d’ethnies d’Afrique avec celles des Scandinaves, tu retrouveras surement des bases. C’est quelque chose de très universel ».

et dans lequel il aborde des thématiques universelles. Il est magicien et par ce biais il essaie de faire passer des messages aux petits comme aux grands. Il emploie des ballons tout au long du spectacle à la fin duquel il invite le public à venir les gonfler. Parfois il choisit le mec le plus basé et lui demande de gonfler un ballon. Évidemment personne n’y arrive, c’est super dur en fait…. Il y en a qui sont quand même un peu macho, c’est culturel, du coup ils essaient tous, c’est ultra drôle. Ça donne vraiment une dynamique bon enfant où il n’y a plus vraiment de distance entre l’artiste et le public.

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© Alexandra Vanoussis

Benjamin Roiseux :

Le clou de l’histoire Dans cette salle de loisir du centre d’accueil, la petite scène s’installe en deux temps trois mouvements. Les gestes de Benjamin aguerri, sont fluides et efficaces. Délimitée par les rideaux noirs fixés au velcro de sa structure légère, la scène émerge magnifiée par les deux spots perchés de part et d’autre. Il ne reste plus qu’à brancher les câbles du son pour « partir ». Curieux, les enfants s’affairent, observent, taquinent et offrent leur aide. Lentement les adolescents et jeunes hommes s’approchent, toisant ce qui se met en place devant leurs yeux rivés en alternance sur leur smartphone, riant en bande. Alors que les femmes arrivent, tout devient plus ordonné. Les enfants sont ramenés à l’ordre par les mères. Les jeunes femmes, plus disciplinées, s’installent devant ; les hommes loin derrière. Cinq, dix minutes de spectacles auront suffi à attirer tous les regards qui brillent à présent sous les mots, les expressions et les gestes des conteurs venus avec leur histoire nue, sans autre artifice que leur corps et leur voix. À eux seuls ils arrivent à suspendre le temps et l’espace dans un ailleurs imaginaire. La scène se veut ouverte et c’est ainsi que jeunes comme adultes montent sur les planches partager une courte histoire, un rebus, une blague, traduire parfois de l’arabe en français, créant ainsi une nouvelle histoire. Le spectacle prend fin avec la proposition d’un groupe d’enfants de chanter en chœur 'On écrit sur les murs' de Demis Roussos, une chanson apprise probablement à l’école. Je demande à Benjamin s’il en a vu beaucoup des scènes-ouvertes comme celle-là ou s’il s’agissait d’un moment à part. Il me répond qu’il y en a souvent et me confie son étonnement sur le fait que malgré ce que certains enfants ont traversé, ils restent enfants et continuent à jouer et à « déconner ».

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Sans-papiers mais pas sans histoires !

Fred Duvaud et Jul Rambaud

© Alexandra Vanoussis

Il rajoute : ce jour-là, j’ai trouvé super touchant quand le gars balaise qui faisait tout le temps des remarques à l’arrière est venu sur scène. Il se trouvait là vraiment la queue entre les jambes mais il a quand même raconté une histoire qui a été traduite par un plus jeune. Il a vraiment joué le jeu, il s’est exprimé et nous a proposé à son tour une petite histoire alors que tout présageait dans son attitude qu’il se moquait un peu de l’entreprise…et tu te dis : ces mecs-là ils ont vécu des trucs qu’on ne peut même pas imaginer et voilà qu’avec des petits moments de bonheur comme ça, paf ! ils se retrouvent simplement entre mecs de leur âge à déconner comme s’il n’y avait jamais rien eu. Rien que pour ça, ça vaut la peine.

Le sens de l’histoire Benjamin n’est pas politisé et ne milite dans aucune ONG. Qu’est ce qui l’anime alors ? Qu’est-ce qui génère autant d’énergie et de force de conviction envers ceux qui le suivent dans sa démarche ? B : Si j’étais à leur place je serais content qu’on fasse ça pour moi. Il n’y a ni politique d’accueil nationale, ni européenne. Si personne ne fait rien pour eux, il ne se passera rien. On voit des choses intéressantes comme les hommes et les femmes qui se mélangent, les enfants se lâchent pas mal aussi. On voit que ça leur fait plaisir et qu’ils en ressortent grandis, ça c’est très cool comme reconnaissance indirecte. Ça me permet aussi de défendre le centre et les migrants auprès des autres assoc. et auprès du public que je côtoie.

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Malgré tout on est quand même dans des régions, des pays plutôt racistes et à Herbeumont il y en a beaucoup qui sont défavorables au centre. S : Et plus philosophiquement, ça t’apporte quoi? B : Tu te rends compte que ça pourrait être toi. être sur le terrain ça humanise, tu vois ce qui se passe vraiment par rapport à ce qui est montré dans les médias. Ces gens-là sont exactement comme toi mais ils sont passés par des trucs de dingues comme par exemple ces deux meilleurs amis devenus enfants –soldat dont l’un s’est pris une balle en pleine tête car il avait osé boire une goutte d’eau dans un récipient qu’il transportait pour ses assaillants. Des histoires complètement incroyables qui te remettent les pieds sur terre.

La suite de l’histoire Le festival interculturel du Conte de Chiny est et sera le miroir de nos sociétés rêvées comme réelles au sein desquelles la question migratoire est un sujet inéluctable depuis toujours. Connu pour sa richesse interculturelle, son éclectisme de genres, thèmes et formats ; le festival ne séparera pas les projets tissés au fil de l’année avec les résidents du centre d’accueil de sa programmation officielle. Les demandeurs d’asile feront partie du festival avec une parade chorégraphiée de danses traditionnelles issues de quatre ethnies différentes. Ils seront accompagnés d’un char sur lequel seront disposées

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Sans-papiers mais pas sans histoires !

© Alexandra Vanoussis

en

air

e SCI

Jean-Marc Massie (Québec)

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L a maison des j eunes de F lo r en v ille Elle vise au développement socioculturel de la région, en proposant aux jeunes qui le souhaitent des activités de rencontres, de loisirs, de découvertes. Dans ce cadre, elle participe depuis plusieurs années, en collaboration avec l’asbl Chiny Cité des contes, à l’organisation du festival du conte de Chiny. Ce festival se tient le temps d’un week-end, dans le cadre enchanteur du village de Chiny, et propose au public toute une série de spectacles de contes, donnés en français par des conteurs professionnels internationaux (Québec, divers pays africains…).

Catherine Petit © Alexandra Vanoussis

© Alexandra Vanoussis

Le Cas Noé de la Compagnie Rubis Cube

Projet volontariat

www.mjcf.be et www.conte.be

Le SCI organise, en lien avec ce festival du conte, un volontariat international du 1er au 15 juillet 2017. Les volontaires travailleront avec des jeunes de la région et l’équipe professionnelle du festival à la préparation et à l’aménagement du site du festival. Participation au montage et démontage des infrastructures. Pendant le festival, ils aideront sur différentes tâches logistiques (gestion de l’espace repas accueillant les 200 bénévoles actifs sur le festival).

des spécialités de leur pays respectif offertes ou à prix libre. Cette année, il aura lieu du 7 au 9 juillet 2017. A côté de ces rencontres, l’affiche officielle du festival programme des spectacles s’inscrivant dans cette thématique comme celui de Matthieu EPP, Merci de vous être déplacés.

Bertrand N'zoutani

Il y aura Boubacar Ndiaye, un griot sénégalais qui va jouer Voyage sans visa qui raconte, sous un angle très original, les difficultés, les clichés, les problèmes, mais aussi l’amour pour son pays adoptif. On comptera à l’affiche la Québécoise Nadine Walsh avec son spectacle O, La traversée où il sera question de ces ancêtres irlandais. Aussi en cours de négociation, Sans laisser de traces de Rachid Bouali qui raconte l’histoire très forte d’un migrant qui a l’impression de laisser une partie de son corps à chaque frontière passée.

Matthieu EPP © Alexandra Vanoussis

Alexandra Vanoussis Membre du Groupe AlterAnim du SCI © Alexandra Vanoussis

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alternative positive

« Demain en Main » Une initiative pour porter ensemble le changement L'asbl « Demain en Main » est née de l’association de trois amies : Méline, Estelle et Charlotte. Dès la sortie de nos études à l'IHECS, nos conversations se sont rapidement tournées vers l'échange de nos découvertes, de nos révoltes communes et de nos idéaux. Un point commun entre tous ces échanges ? Ils portaient des messages d’espoir pour se mettre en route vers le changement. Ils traduisaient le refus de l'ignorance, de l'indifférence ou de la déresponsabilisation. Alors, puisque « Si tu veux changer le monde, commence par te changer toi-même » (Gandhi), nous nous sommes lancées...

© Photos : « Demain en Main »

Quel est le contenu de votre projet ? Quelle est son originalité, sa pertinence ? « Demain en Main  » est une association (non subsidiée) qui vise à promouvoir et fédérer diverses initiatives qui tendent vers une société plus saine, soutenable et résiliente. Nous organisons à cet effet des évènements tels que des ateliers savoir-faire, des projections de documentaires, des rencontres, des balades, des pièces de théâtre, des événements festifs... Plusieurs constats ont nourri l’émergence de notre projet. Premièrement, nous avons remarqué que de nombreux acteurs de changements (des associations, des artisans, des entrepreneurs sociaux) manquaient souvent de temps, de compétences voire tout simplement de réseaux pour faire la promotion de leurs activités ou transmettre leurs savoir-faire. Deuxièmement, nous avons observé une demande grandissante de la part des citoyens de se rapprocher du producteur, du créateur, de l’entrepreneur pour intégrer des dynamiques locales, des circuits courts… Notre idée a été alors de répondre à la demande des acteurs de changement en leur offrant une visibilité à travers nos évènements et notre réseau, qu’ils soient animateurs d’un atelier ou intervenants à la suite d’une projection documentaire. En même temps, nous répondons à la demande d’un public désireux de mener une vie plus responsable et plus

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durable. A l’avenir, nous avons l’ambition de fédérer un réseau d’associations et d’individus qui se renforcent mutuellement. Nous restons ouvertes et voulons collaborer avec un ensemble d’acteurs.rices venant de professions et d’horizons divers. Cette diversité constitue selon nous une force et une complémentarité que nous désirons mettre en lumière.

Comment le public peut participer à votre projet ou que peut-il retirer de votre projet ? Pour l’instant, « Demain en Main » organise principalement des cycles de projections documentaires ainsi que des ateliers de savoir-faire. Ces moments sont l'occasion d'apprendre autrement, d’être inspiré et surtout de trouver le moyen de se mettre à agir facilement et localement ! Enfin, « Demain en Main » c’est aussi se découvrir soi et se rendre compte qu’en fait je suis capable de… « Demain en Main » c’est aussi et sans nul doute, être, faire, découvrir, et changer ensemble…

Charlotte Goffin Co-fondatrice de Demain en Main

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alternative positive

Terre-en-vue Faciliter l’accès à la terre pour une agriculture durable Depuis 30 ans, nous perdons en moyenne 43 fermes par semaine en Belgique . Principalement les petites fermes de proximité qui nous permettent de bien manger ! Si nous voulons encore nous nourrir demain avec des produits de qualité et de proximité, il est grand temps de se soucier de l'avenir de l'agriculture et de lever les principaux obstacles qui freinent le maintien et le développement des fermes de proximité. Et un de ces principaux obstacles est la possibilité de trouver une terre agricole pour développer ou maintenir son projet. C'est la raison pour laquelle est née la coopérative Terre-en-vue.

1.000 coopérateurs • 1 million € de capital social • 37 hectares de terres agricoles …

© Photos : « Terre-en-vue »

En quoi sommes nous tous concernés ? 

… Ces terres agricoles nourricières sont un bien commun dont nous sommes tous responsables …

Grâce aux parts investies par les citoyens (100€/part), la coopérative Terre-en-vue acquiert des terres agricoles pour les louer aux agriculteurs qui s'inscrivent dans sa philosophie : le soutien à une agriculture de proximité, qui favorise la création d'emploi, le respect des sols et de la biodiversité ainsi que la distribution des produits en circuits-courts. En 5 ans, Terre-en-vue a déjà rassemblé plus de 1.000 coopérateurs et réuni plus d’1 million d’€ de capital social, pour acquérir 37 hectares de terres agricoles et soutenir 6 fermes différentes : la ferme Marion à Rochefort, la ferme Larock à Liège, la ferme Renaud à Hotton, la Bergerie d'Acremont à Bertrix, la ferme Bio-Lorraine à Arlon et la ferme-école de Bierleux-Haut à Stoumont. En 2017, nous projetons d’acquérir au moins 30 hectares - pour la ferme Sainte-Barbe à Orp-Jauche et les fermes des frères Jacquemart à SaintGérard, et installer plusieurs jeunes aux projets diversifiés.

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Pour Terre-en-vue, ces terres agricoles nourricières sont un bien commun dont nous sommes tous responsables, et donc que nous devons préserver ensemble, si nous voulons encore nous nourrir sainement demain. Remettre en contact « mangeurs » et agriculteurs, c’est aussi recréer des liens forts entre eux : d’un côté, l’agriculteur se sent soutenu et mieux compris, de l’autre, les « mangeurs » redécouvrent un métier trop souvent méconnu. C’est ça aussi l’objectif du mouvement Terre-en-vue.

Perrine Ghilain Gestionnaire de projets à Terre-en-vue

Pour aller plus loin : www.terre-en-vue.be

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70 ans du SCI

1919

Les Équipes d’Urgence

années ' 60

1947

Comme membre de la branche belge du Service Civil International pendant les années 60, j’ai fait de nombreux chantiers dans différents pays (Belgique, France, Liban, Pologne, Autriche), souvent comme chef de chantier. Au début de ces mêmes années, sous la houlette de son secrétaire Étienne Reclus, le SCI France lance l’idée des Équipes d’Urgence. Le concept est simple : en cas de catastrophe quelque part en Europe (inondation, tremblement de terre), faire intervenir une équipe de volontaires. L’idée est que, après une catastrophe, s’il faut des équipes de spécialistes, il y a toujours aussi un grand besoin d’une main-d’œuvre non spécialisée. À cette époque, l’Équipe d’Urgence SCI est animée par un plombier habitant près de Nice  : Pierrot Rasquier. J’étais chez lui quand se sont produites des inondations. Ce n’était pas loin. Nous nous sommes rendus sur place. Nous avions emporté une pompe : un habitant fit appel à nous afin de vider sa cave. En réalité, ce n’était qu’un vide ventilé…

1950-60

1920

Le volontariat international a pour objectif premier de voir le monde autrement, de le voir avec d’autres lunettes, en allant à la rencontre de personnes et de réalités culturelles et sociales différentes de celles que l’on connait chez soi. Mais le volontariat, c’est aussi travailler ensemble à la réalisation d’un projet commun… parfois urgent.

1970-80 1974

Le grand événement qui marqua l’Équipe d’Urgence fut le tremblement de terre de Skopje en 1963 qui détruisit 80 % de la ville. Le bilan : 1070 morts, 3300 blessés et

120.000 sans-abri. Avec Pierrot Rasquier à notre tête, nous sommes partis de Paris pour un voyage de 2.200 km. Nous disposions d’une grosse camionnette Citroën, dit le «  tube  » et d’un petit camion. Nous nous sommes arrêtés chez des amis à Lyon pour bricoler une armature en fer permettant de bâcher le camion. Puis nous sous sommes embarqués pour une longue route. Lorsque nous sommes arrivés, le comité local de coordination de secours nous confia la tâche de bâtir des maisons pour les sans-abri. Au départ, il fallait construire l’armature de celles-ci avec des cornières Dexion (semblable à celles encore utilisées pour certaines étagères de bureau). Ce matériel de base nous arrivait directement d’Angleterre par camion. Notre rôle était de les couper à longueur et de les assembler avec des boulons. Finalement, 1560 maisons de ce type formeront deux villages dont un s’appelle encore aujourd’hui Dexion.

Jacques Dessaucy Volontaire au SCI de 1961 à 1971

« Je me révolte donc nous sommes »

1990

(Albert Camus)

années ' 70

2000

Le SCI depuis 1947, ce sont des chantiers, des rencontres internationales, de l’amitié, de la solidarité et de la militance. J’en ai fait l’expérience de 1975 à 1989 et j’en ai gardé une empreinte indélébile.

2017

Les années passent, les siècles passent… mais les guerres font toujours leurs ravages, les canons ne se taisent pas, malgré les mouvements d’opinion, les manifestations non-violentes, les témoignages au nom du respect de la mémoire…

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© Cristel Cappucci / 2011 / Turquie

70 ans du SCI

« Un troisième chantier, en Turquie, m’a ouvert les yeux sur la pauvreté des villages et des inégalités par rapport à nous »

Affiche 'Objectif immigré' : la publication de la Commission immigrés du SCI

Tout est toujours à recommencer… C’est ce que j’ai ressenti, après une visite de l’exposition « Et si on osait la paix ? Le pacifisme en Belgique d’hier à aujourd’hui  » au Mundaneum à Mons en 2016. En revoyant les films des manifestations pour la paix dans les années 80, j’ai repensé à mes années de « militance » au SCI (de 1975 à 1989), à tout ce que j’y avais vécu et ce que j’en avais retiré pour la suite. Dès mon arrivée à Bruxelles où j’avais trouvé un travail (en 1972) après une éducation familiale anti-militariste et pacifiste, j’ai vite été en recherche de groupes militants pour un monde plus juste, de fraternité et de paix ! Adepte des idées de Gandhi et de non-violence, j’ai d’abord travaillé bénévolement dans un magasin OXFAM (eh oui, ils existaient déjà)… C’est là qu’un ami de mon père m’a parlé du SCI. En 1975, je m’inscrivais pour un premier chantier dans le Limousin en France, région assez déshéritée à l’époque. J’en suis revenue très enthousiasmée d’avoir vécu une expérience de rencontre internationale, tout en partageant la vie des habitants d’un petit village, en vivant dans des conditions assez précaires mais tellement riches en chaleur humaine. Attirée par les Pays de l’Est, j’ai participé ensuite à un chantier en Hongrie  : nous réalisions des travaux agricoles dans un kolkhoze1. J’y ai pris conscience du manque de liberté et surtout de liberté d’expression que subissaient les Pays de l’Est sous autorité soviétique. Enfin un troisième chantier, en Turquie, m’a ouvert les yeux sur la pauvreté des villages et des inégalités par rapport à nous, les « nantis » d’Europe occidentale, mais m’a fait découvrir aussi l’accueil chaleureux des habitants, malgré leur précarité. J’y ai également découvert le monde musulman, la nécessité de se respecter et de respecter les coutumes et habitudes propres à chaque culture.

Le SCIlophone 75 • avril / mai / juin 2017

Toutes ces expériences m’ont nourrie, ouvert l’esprit et surtout donné la volonté de construire « un autre monde »… ! Ma rencontre avec Micheline Six, permanente au SCI puis à la Commission-Immigrés, m’a prouvé qu’il était possible de lutter aussi en Belgique pour construire un monde plus juste. Je l’ai suivie en organisant des colloques, participant à des débats sur le thème de l’immigration, militant à des manifestations pour la libération des pays sous régimes dictatoriaux ou contre l’implantation de missiles et pour la paix. Puis Micheline nous a quittés beaucoup trop tôt (en 1989). J’ai abandonné le SCI mais, au sein de mon emploi, le syndicat m’attendait, et j’y ai milité de nombreuses années, riche de mes expériences précédentes et toujours avec la volonté de construire un monde de paix, plus juste et plus solidaire. Aujourd’hui, je suis pensionnée, face à une autre étape de ma vie et, de nouveau, me voilà confrontée aux montées de l’extrême-droite, au populisme, au pouvoir de l’argent et aux multinationales. En entendant les discours de Donald Trump, j’ai l’impression d’entendre Hitler dans les années 1930 ! Que nous réserve le monde actuel  ? N’est-il pas temps de retourner dans la rue, de clamer notre recherche de paix, de liberté, de solidarité et non de nous enfoncer dans notre individualisme et morosité ambiante, de retourner à des valeurs de respect et d’amitié, aux valeurs prônées par le SCI à ses débuts, lors de sa création dans la foulée des années d’après-guerre où on proclamait :

« Plus jamais ça… ! » Bernadette CHARLE Volontaire au SCI de 1975 à 1989

« Un kolkhoze était une coopérative agricole en Union soviétique, où les terres, les outils, le bétail étaient mis en commun » (Wikipedia).

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Laissez-vous surprendre !

Le volontariat à l’étranger rime pour vous avec un voyage lointain ? Il n’est pas nécessaire de partir loin pour participer à des projets passionnants ! Il y a énormément d’associations partenaires et d’initiatives citoyennes très intéressantes en Europe avec lesquelles le SCI organise des projets de volontariat.

Vous n’avez pas encore réfléchi à vos plans pour cet été ? Faites un tour sur :

www.workcamps.info et laissez-vous surprendre par la diversité d’initiatives sur notre continent !

Quelques idées ? FINLANDE KVT Notre partenaire finlandais fête ses 70 ans – tout comme le SCI Belgique ! - et invite les volontaires à participer à un projet créatif sur leur travail pour la paix. Vous allez entrer autres participer à la création d’un… graffiti textile et avoir l’occasion de découvrir Helsinki tout en faisant de l’activisme urbain ! CROATIE Ah Les Balkans, la Croatie… Et si on découvrait ce pays en travaillant dans un refuge pour les ours dans les montagnes, dans la forêt ? Pour les amoureux de la nature et animaux et les courageux prêts à vivre deux semaines sans internet et eau courante !

70 ans de volontariat !

EXPO photo

Vous avez fait un projet de volontariat avec le SCI ? C’était l’année dernière, il y 10 ou 15 ans, ou même il y a… 50 ans ?

Le SCI de Belgique fête ses 70 ans cette année et nous nous replongeons dans notre histoire ! Et elle est riche – dans notre pays, les premiers projets ont eu lieu en 1946. L’idée de « chantiers » de volontariat international n’a pas cessé de se répandre dans le monde entier et des milliers de personnes ont vécu cette expérience. Vous en faites partie ? Alors, plongez dans vos archives et choisissez quelques clichés de votre projet ! Nous voudrions les exposer à notre fête d’anniversaire le 11 novembre 2017 à Bruxelles pour faire un voyage dans le temps et autour du globe avec le SCI !

Bientôt plus d’infos !

Vous pouvez envoyer vos clichés scannés par www.wetransfer.com à sabina@scibelgium.be en mentionnant : votre nom / pays du projet / année © Photos : SCI - Projets Internationaux

Editeur responsable : Luc Henris | Rue Van Elewyck 35 • 1050 Bruxelles

Volontariat en Europe ?

Le SCIlophone n°75  
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