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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

LE SCILOPHONE N° 72

JUILLET / AOÛT / SEPTEMBRE 2016

Dépassée,

Bureau de dépôt : 1050 Bruxelles, 5 • Agrément : P006706

LA LECTURE NORD-SUD DU MONDE ?

REGARD DU SUD

LES INVITÉS

ALTERNATIVE POSITIVE

Rencontre avec Amina Koiranga du Niger

L’éducation financière en Bolivie et en Belgique : comparaison

Un projet Incredible Edible à Jambes

ENJEUX INTERNATIONAUX

Voir, comprendre et agir, globalement et localement

TÉMOIGNAGE Un regard décalé sur les partenaires Sud du SCI

SCI EN ACTION

Migrations : comprendre l’accord UE-Turquie

Une autre façon de lire le monde


DÉPASSÉE, LA LECTURE NORD-SUD DU MONDE ? 04

04 Regard du Sud

Femme africaine, femme active

06 Témoignage 06

Aux 4 coins du monde avec le SCI

10 L’invité

Sensibilisation et éducation financière en Bolivie

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De l’éducation à l’épanouissement (Belgique)

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14 Enjeux internationaux 14

 ’accord UE-Turquie sur la « gestion » L des réfugiés : protection des intérêts versus protection des droits humains

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Dépassée, la lecture Nord-Sud du monde ?

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19 Alternative positive 19

Le SCIlophone est le trimestriel du SCI - Projets internationaux asbl, reconnue comme :

Une INCROYABLE aventure humaine et végétale

22 SCI en action

Des multinationales aux alternatives positives : visite à Mondiapolis d’OXFAM Solidarité…

• O  NG d’éducation au développement par la Direction générale de la coopération au développement (DGD) • O  rganisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles SCI-PROJETS INTERNATIONAUX Bruxelles : Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles T 02 / 649.07.38 Liège : Rue du Beau-Mur, 50 • 4030 Liège T 04 / 223.39.80 ABONNEZ-VOUS AU SCILOPHONE ! Devenez membre SCI pour 15 €/an et recevez votre trimestriel : Compte Triodos BE09 5230 8029 4857 Communication : cotisation annuelle

www.scibelgium.be 2

Ils ont participé à ce numéro ! Le SCIlophone est avant tout le magazine des volontaires du SCI.

Béatrice Balthazart, Mario Bucci, Luis Calvo, Pascal Duterme, Florence Guastella, Amina Koiranga, François Polet, Laurence Roland, Marie Sacré, Alexandra Vanoussis.

Vous désirez partager une réflexion concernant Nos colonnes vous sont l’éducation au développement, ouvertes ! Faites-nous parvenir les relations interculturelles… vos propositions de thèmes ou encore témoigner de votre et vos articles via : expérience sur un deManu nos Toussaint / Mise Coordination de publication: en page: Cindy Marchal / Comité de chantiers ? manu@scibelgium.be rédaction: Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Manu Toussaint,

Pascal Duterme, Sabina Jaworek, Romain Charlier / Illustrations originales: Jean-François Vallée (pages intérieures) et Geoffroy Dussart (couverture) / Relecture orthographique : Marie Marlaire.

Coordination de publication : Manu Toussaint / Mise en page : Cindy Marchal / Comité de rédaction : Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Manu Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek / Illustrations originales : Jean-François Vallée (couverture et pages intérieures) / Relecture orthographique : Pascal Duterme et Marie Marlaire.


É D I TO

LA TERRE, ce (tout) petit village Il y a quelques semaines, un petit vaisseau spatial, fabriqué avec de gros cerveaux et des petites mains, atteignait après quelques années de balade à travers les étoiles la planète Jupiter. C’est incroyable quand même ce que l’être humain est capable de réaliser, non ? Quelle belle diversité que l’Humanité, où se côtoient les plus belles intelligences et les barbaries les plus primitives !

Mais revenons à cette planète qui, grâce à Juno, ce robot voyageur, va être explorée et étudiée en profondeur. On sait déjà de Jupiter que son diamètre est 11 fois plus grand que celui de la Terre. Ce n’est qu’une planète de notre galaxie parmi d’autres, on en découvre encore de nos jours. Et il y a les autres galaxies, et des infinités d’autres astres. Alors notre belle Terre là-dedans, ce n’est guère plus qu’un grain de poussière. Est-ce que ça ne devrait pas pousser l’Humanité à un minimum d’humilité ? Même si beaucoup de leurs représentants se croient toujours sortis de la cuisse… de Jupiter, ou de quelqu’autre membre de quelqu’autre divinité, chacun de nous n’est finalement que le résultat d’un gros bang, le descendant de reptiles, le fruit d’une rencontre furtive entre un spermatozoïde et un ovule. La Terre, à l’échelle galaxique, n’est jamais qu’un tout petit village, voire une banlieue, un hameau, un quartier. Mais, si les egos démesurés qui peuplent notre univers en sont peut-être déçus, ce constat est loin d’être une mauvaise nouvelle : la Terre est un village. C’est chouette, un village. Dans un village, on n’a pas peur de toquer à la porte d’un voisin pour lui emprunter du sel, lui demander des nouvelles de la grand-mère. Même si on peut être dérangé par le chien de la maison d’en face qui aboie quand le chat de la maison d’à côté vient picorer dans sa gamelle, ça n’empêchera pas de prendre l’apéro le dimanche matin avec les potes d’en face et d’à côté. Avant d’entrer chez son hôte, on s’essuiera les pieds et on n’abandonnera pas ses déchets au milieu du salon en le quittant. On n’ira pas briser le nain de jardin du vieux Monsieur de l’autre bout du village parce qu’on le trouve ridicule, ni retapisser la salle à manger de Monsieur Dupont, malgré ce hideux papier peint avec les grosses fleurs. Et plusieurs fois par an, on danse, on mange et on boit joyeusement avec tous, c’est la kermesse ou la fête des voisins… Dans un village, quand une maison se met à flamber ou au contraire est envahie par les eaux, on sera nombreux à venir à la rescousse avec nos seaux, pour éteindre l’incendie ou sauver les meubles. Et si on arrive trop tard, on ne laissera pas les malheureux habitants dormir dans la rue : viens chez moi, il y a bien un lit et un repas chaud, le temps de réparer les dégâts.

La Terre est un village : pourtant que de voisins agressés, de mépris pour leurs croyances, leurs cultures, que d’ordures éparpillées, de portes fermées devant les détresses, de haines réciproques… ! Merci à tous ceux d’entre vous qui, cet été, auront été visiter, en amis, leurs voisins ou les auront accueillis. Nous sommes sûrs que vous vous êtes essuyés les pieds avant d’entrer et que vous avez été reçus avec plaisir et bienveillance. Venez nous donner de leurs nouvelles, avec vos photos, vos yeux étoilés de souvenirs, vos émotions encore toutes chaudes, illuminées par de si belles rencontres.

Venez nombreux lors de notre week-end de retrouvailles, ce sera la fête au village. Pascal Duterme Coordinateur du SCI

Les lecteurs les plus fidèles et les plus observateurs le remarqueront certainement : il y a comme quelque chose de différent dans cette édition du SCIlophone. C’est indiscible : des tons, des couleurs, des compositions de textes, d’images, plus tout à fait les mêmes. Rassurez-vous, ce n’est pas vos yeux ou vos neurones qui vous jouent des tours. Cindy est notre nouvelle graphiste et vous avez sous les yeux son tout premier SCIlophone. Bienvenue à elle dans notre joyeuse équipe. Notre nouveau renfort liégeois sera aussi chargé de faire connaître notre belle association dans tous les recoins de la Wallonie. N’hésitez pas à lui envoyer vos commentaires flatteurs et/ ou encouragements. cindy@scibelgium.be

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R E GA R D D U S U D LIBYE ALGÉRIE

FEMME AFRICAINE, femme active

MALI

NIGER

Niamey

BURKINA FASSO BENIN

CHAD

NIGERIA

Responsable d’un programme de Promotion de la femme au Niger, Amina Koiranga a été accueillie par l’ONG ‘ Le monde selon les femmes ’ (Belgique) pendant plusieurs mois à la fin de l’année 2015. Dans le cadre de ce stage, elle nous a fait le plaisir de nous rencontrer, de nous partager ses idées et de nous raconter ses projets au Niger. Lisez plutôt.

Avant de démarrer les projets, on va dans un village et on rencontre les femmes, on organise une réunion avec les femmes du village. J’ai recensé les activités journalières de femmes : le matin, elles vont puiser l’eau, puis elles préparent le petit-déjeuner et ensuite elles vont piler le mil pour le repas de midi. Pendant la saison des pluies elles vont au champ apporter à manger aux hommes et travailler sur leur lopin de terre (un petit lopin contrairement à celui des hommes). Pendant la saison sèche, elles vont chercher le bois. Après tout ça, elles reviennent à la maison avec leur botte de mil à piler pour le repas du soir. Les hommes eux, pendant ce temps-là, sont soit au champ (pendant la saison des pluies), soit sous l’arbre à palabres (pendant la saison sèche). Pendant la saison sèche, certains maris vont en exode : ils vont en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Ghana, au Togo, ou au Nigéria pour faire des travaux saisonniers et revenir avec de l’argent à la maison. Certains maintenant commencent à faire des cultures de contre-saison : ils cultivent des légumes qui poussent pendant la saison sèche. Mais revenons-en aux femmes. Le soir, elles s’occupent aussi de la lessive (à la main), du balayage de la cour pendant la cuisson du repas.

Le moulin Une fois qu’on a recensé les activités, on les classe par priorité : de la plus pénible à la plus facile. Et c’est la plus pénible qu’on retient comme idée de projet. Par exemple, dans un village on a choisi d’investir dans un moulin. Alors, on a dû monter un dossier : faire un cahier des charges (prix du moulin…) et créer un comité de gestion. Dans le comité on propose à 7-8 femmes d’être responsables du projet et d’assumer les différents rôles (présidence, secrétariat, comptabilité…). Le comité a des statuts et un règlement intérieur. Dans le dossier, on prévoit aussi des formations à suivre par les femmes, pas uniquement celles du comité mais tout le groupe (30-50 femmes). Les formations concernent la gestion

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et la vie associative et aussi d’autres thématiques (ex. sensibilisation VIH sida, planification familiale, mariage des enfants…). La plupart du temps, c’est le ministère de la promotion de la femme qui prévoit et organise les formations. Ensuite, j’amène le fond qui servira à acheter le moulin et les pièces de rechange et j’accompagne le comité chez le commerçant. Là, on regarde les différents modèles de moulin sélectionnés à l’avance et on achète celui qui est le plus adapté. Après on revient au village avec le moulin et on le monte sous l’abri construit par les villageois (hommes et femmes). Un meunier forme 2 villageois pendant 5 jours à devenir meuniers. Les nouveaux meuniers seront rémunérés par le groupement chaque mois. J’accompagne la présidente et la trésorière du comité à la banque et nous ouvrons un compte pour le groupement. Le moulin du mil permet de gagner du temps et de diminuer la pénibilité car piler le mil est très difficile. La farine du moulin peut être tout de suite utilisée pour faire le repas. Grâce au gain de temps, les femmes peuvent faire des réunions, l’artisanat, l’alphabétisation, le petit commerce…

Le maraîchage Dans un autre village, un groupement de trente femmes a choisi de faire du maraîchage dans le village de Ganki dans le département de Say. Dans leur quotidien elles sont obligées d’aller à Say ou à Niamey pour chercher les légumes, donc elles ont proposé de mettre en place un projet de maraîchage dans le terrain offert par le chef du village. Notre service départemental de Say nous avait fait part du souhait du groupement. Donc j’ai fait plusieurs réunions avec les femmes et le service départemental afin de monter le projet. Avant notre retour, les gens du village ont clôturé et labouré le terrain pour les femmes. Toutes les familles du village ont cotisé de l’argent pour les activités et se sont impliquées dans le travail du terrain, pour que les femmes puissent continuer le travail après.

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© Oxfam UK

© Association Yaadal

Rencontre avec Amina Koiranga du Niger

« On classe les activités par priorité : c’est la plus pénible que l’on retient comme idée de projet. Grâce au gain de temps, les femmes peuvent faire des réunions, de l’artisanat, de l’alphabétisation, du petit commerce… » Dans un deuxième temps, je suis revenue au village avec le chef de Service et on a remis les fonds au Comité de gestion en présence de tous les membres du groupement. En même temps, pour 5 jours, j’ai donné au groupement de femmes une formation à la vie associative. On a parlé du bon fonctionnement de leur groupement, de la solidarité entre elles, de l’entraide, de la caution solidaire. Si une femme n’arrive pas à accomplir son engagement, le groupe doit l’aider ; ou bien si une femme néglige ses planches ou si elle ne respecte pas les délais dans la démarche de l’activité, les autres doivent la rappeler à l’ordre. Pendant cette formation, je leur conseille d’organiser des tontines hebdomadaires, mensuelles voire même durant tout le cycle du maraîchage, selon leur choix. Le fonctionnement des tontines  est un exemple d’entraide : chaque femme amène le montant fixé par le groupe, pendant la période donnée et on se le partage selon ce qu’on a décidé au début (attribution des montants rassemblés à une personne différente chaque semaine/quinzaine/mois ou bien à tout le groupe à la fin du cycle).

© Association Malikuma

Après c’est la formation en gestion (faite par un agent du Ministère), afin de leur donner des petites notions de gestion. Pendant cette formation, on leur explique le mandat de chaque membre du Comité de gestion. Je suis restée disponible pour leur faire de la sensibilisation sur différentes thématiques (les élections, la planification familiale, le mariage précoce, le SIDA, les dépenses au cours des cérémonies, le paludisme…) tout au long de leur activité.

Après la période de formation, les femmes commencent à acheter le matériel pour faire le maraîchage (les semences, les engrais pour enrichir le sol, les produits phytosanitaires, des motopompes, arrosoirs…) et elles divisent le terrain

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en plusieurs planches, selon la capacité et les moyens de chacune. Les femmes peuvent avoir plusieurs planches à condition qu’elles arrivent à faire le travail. Une femme plus âgée se fait aider par ses enfants ou par d’autres personnes, si elle a des moyens. L’activité de maraîchage a lieu pendant la saison sèche (de septembre à avril), les femmes y cultivent les légumes (choux, carottes, tomates, laitues, aubergines, concombres, courgettes, oignons, du maïs en petite quantité), une partie de la récolte est destinée à la famille et la grande partie (2/3) pour la vente sur les différents marchés (Ganki, Say ou Niamey).

CONCLUSION Bref, mon activité est de mettre en place des groupements féminins au niveau des villages et des villes à travers tout le pays (identifier et recenser les activités que les femmes souhaitent réaliser, les prioriser avec ces dernières, et monter un dossier de projet qu’on doit exécuter avec elles). Ensuite, je fais le suivi de ces groupements au cours de leurs activités (on se rend au niveau des groupements pour constater l’évolution des activités et on fait des ajustements s’il le faut). Je prévois toujours une évaluation à mi-parcours et à la fin du projet des femmes. Je m’occupe encore de la sensibilisation des femmes sur différents sujets et thématiques (exemples : mariage précoce ou mariage des enfants, l’espacement des naissances, la participation massive aux élections des femmes, le gaspillage lors des cérémonies…). Enfin nous organisons des formations des comités de gestions et des membres des groupements à la vie associative, et à la gestion des activités.

Amina Koiranga Gestionnaire de projets à la direction générale de la promotion de la femme et du genre [ Niamey, Niger ]

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T É M O I G N AG E

AUX 4 COINS DU MONDE avec le SCI J’ai eu l’opportunité d’accompagner des permanents de l’équipe du SCI-Projets Internationaux partis rencontrer quatre organisations partenaires dans quatre régions différentes du monde. J’ai pu assister à leurs échanges avec les partenaires et à leurs découvertes. Quatre pays et quatre organisations on ne peut plus diverses.

LES PARTENAIRES DU SCI Il s’agit d’organisations qui accueillent les jeunes volontaires belges (et de bien d’autres pays) pour des projets de courte ou de longue durée : voilà le principal intérêt commun avec le SCI-Belgique. Quelques personnes de ces organisations étaient venues en Belgique dans le passé - Madu du Sri Lanka, Sarah de UPA et Elena de La Hojita - et se revoir a été une grande émotion pour toutes les personnes. Dans tous les pays l’accueil a été très chaleureux.

PROJECT HOPE

basée à Naplouse en Palestine occupée, est une toute petite organisation qui essaie de donner de l’espoir aux enfants et aux jeunes qui vivent dans les camps de réfugiés ou dans des communautés très affaiblies par le conflit.

LE SERVICE CIVIL INTERNATIONAL DU SRI LANKA

est une organisation consœur du SCI en Belgique : elle est très active dans le domaine du handicap et du développement communautaire.

UGANDA PIONEERS ASSOCIATION

localisée à Nansana dans la périphérie de Kampala (Ouganda) mobilise un nombre impressionnant de jeunes volontaires un peu partout dans le pays au service des communautés périurbaines et rurales.

LA HOJITA (= La petite feuille)

 u Guatemala est un réseau très vivace a et créatif d’initiatives dans le domaine de l’agroécologie qui organise des groupes d’achat solidaire, des échanges de pratiques, des formations.

Découvertes et surprises Les quatre visites se sont déroulées grosso modo selon une même modalité - présentations réciproques, animations, débats, visites de terrain - et, dans quelques cas, nous avons aussi passé du temps libre avec des membres des organisations partenaires. De belles soirées avec des jeunes palestiniens à comparer les regards réciproques dans nos pays respectifs. Découvrir que dans les écoles en Palestine, on n’enseigne pas l’histoire : les occupants ont-ils peur de l’histoire et de l’identité arabo-palestinienne ? Aller visiter Kampala avec deux volontaires et faire l’expérience des transports en commun, du trafic et des boutiques multi-services : trois boutiques différentes dans le même espace. Apprendre

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à préparer des plats sri-lankais délicieux (mais on a eu du mal à sauver un peu de noix de coco de la voracité de quelqu’un du SCI Belgique) et découvrir mes limites dans la préparation de tortillas au Guatemala avec la famille d’Elena qui a fait preuve de beaucoup de patience, puisqu’il s’agissait de leur petit- déjeuner. Et je ne peux pas oublier l’expérience avec un gros groupe de singes au Sri Lanka qui nous ont d’abord regardé travailler comme si nous étions des animaux en cage d’un zoo (nous dans la cage à vitres à travailler, eux à l’extérieur sur les arbres ou sur les fenêtres), et puis ont tenté une occupation de notre pièce, par une attaque en masse (j’ai eu peur).

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Regard décalé sur les partenaires Sud du SCI

Un regard politique…

Ville de Nansana / Ouganda

Oui, du point de vue des contacts humains ces visites ont été extrêmement riches. Et puis nous avons pu voir (un peu) ce que cela signifie de vivre dans un camp de réfugiés (déconseillé aux personnes souffrant de claustrophobie ou qui ont besoin d’espace et d’intimité !). Et nous avons également assisté - sans être invités, il faut l’admettre - à une cérémonie de confirmation en Ouganda et admiré l’élégance des femmes ougandaises. Nous avons encore constaté que, malgré que la guerre soit terminée au Sri Lanka depuis des années, les régions qui étaient sous le contrôle des perdants et qui avaient résisté pendant plus de trente ans sont encore aujourd’hui punies par le pouvoir qui a gagné la guerre par un sous- développement (absence d’investissements, accaparement des terres…). Enfin on a pu voir en direct comment au Guatemala - malgré le fait qu’il soit le pays d’Amérique latine avec le plus haut pourcentage de population indienne - l’élite du pays est aussi blanche et européenne que nous, et les peuples indiens sont victimes de racisme, d’exploitation et d’exclusion sociale.

Et puis, surtout en Ouganda et au Sri Lanka, on a pu toucher de nos mains les politiques néolibérales appliquées dans ces pays et leurs conséquences. En Ouganda, l’État ne se charge que d’une partie infime des services de base (éducation, santé) et avec une piètre qualité. Des classes d’école primaire d’une taille moyenne de plus de 90 élèves selon les statistiques de l’UNESCO ; des services de santé de base inaccessibles parce que débordés de demandes et offrant des services qui n’améliorent pas l’état de santé des patients. Les politiques ougandaises sont basées sur le « partenariat public-privé », une des inventions de l’école néolibérale. Il s’agit de favoriser l’intervention du secteur privé qui se mobilise pour fournir les services de base. Or, en Ouganda, il y a deux catégories dans le secteur privé : le secteur marchand (qui offre des services d’éducation ou de santé comme si c’était des marchandises, et les fait payer comme telles), et le secteur non-marchand (qui offre des services presque gratuits, et qui est financé par la philanthropie et la coopération internationale). L’État ougandais ne met pas un centime, au moins dans le secteur non-marchand, et malgré cela il s’impose comme coordinateur-contrôleur de ces initiatives, et si vous êtes une asbl et que vous n’acceptez pas de vous soumettre à cette autorité, on vous retire l’accréditation et vos projets deviennent illégaux.

Ville de Naplouse / Palestine

© SCI

© SCI

Oui, je ne peux pas m’empêcher de porter un regard politique sur ces expériences. Par exemple, on sait que la Palestine est victime d’une occupation coloniale qui dure depuis septante ans. Mais pendant la visite avec le SCI on s’est retrouvé (en bus) pris dans une émeute, une confrontation physique entre groupes de jeunes palestiniens habitant les camps de réfugiés de Naplouse et la police palestinienne : depuis plusieurs semaines il y avait de la tension (qui bien sûr a éclaté juste au moment où on passait par là) due aux tentatives de la police palestinienne de rentrer dans les camps pour arrêter des personnes impliquées dans des trafics de drogue, qui étaient interprétés par les habitants des camps comme des atteintes à leur autonomie. Les camps de réfugiés sont des entités à part, dotées non seulement d’un statut juridique spécial, mais aussi d’une identité (et d’une fierté) propre, qu’ils défendent vis-à-vis de l’occupant comme de toute force externe perçue comme ingérente.

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T É M O I G N AG E

Ecole / Sri Lanka

Au Sri Lanka on a connu une autre facette du même problème. Prenez l’enseignement primaire : le curriculum est le même pour toutes les écoles du pays. Cependant l’État ne garantit les enseignants (personnel et salaires) que pour les matières considérées comme fondamentales. Pour les autres matières (attention : elles sont bien inscrites dans le curriculum obligatoire) ce sont les communautés qui doivent se débrouiller pour identifier les enseignants qualifiés (pourvus du diplôme requis) et repérer les ressources nécessaires pour payer le salaire de ceux-ci. Encore une fois le « partenariat publicprivé » (pas clair ce que le « public » met dans ce partenariat, au-delà des règles et contrôles…). Avec la conséquence (vue de nos propres yeux) que les communautés « riches » sont capables d’assurer à leurs enfants un enseignement complet, tandis que les communautés pauvres… Et pourtant le Sri Lanka adhère au programme de l’Éducation pour tous, sauf que ce n’est pas la même éducation.

« Je trouve insupportable que même la solidarité puisse être mise à profit par le capitalisme. Cette question m’a perturbé au point de penser que le volontariat est une erreur politiquement parlant. Pourtant cette réponse me paraissait trop simpliste… »

… sur le volontariat Si je consacre autant de lignes à ces questions c’est parce que mon but ultime est de relater l’apprentissage le plus important pour moi de ces quatre visites. Il concerne le volontariat et plutôt le volontariat local que l’international. Au moins dans trois des quatre pays visités (le Guatemala est un cas à part), le volontariat est un volontariat de proximité, qui se dédie à des projets, à des services ou à des initiatives locales pour un bénéfice direct de la population. Il est l’expression d’une solidarité de personne à personne, sans intermédiation. Toutefois les besoins auxquels ce volontariat donne une réponse sont, dans les cas observés en Ouganda et au Sri Lanka, des besoins auxquels l’État serait censé répondre (au moins financièrement), des besoins qui sont créés par l’absence délibérée, le retrait de l’État. On place des volontaires dans les écoles pour enseigner le cinghalais ou le tamoul, on procure des volontaires pour des projets de prévention et le dépistage du VIH-SIDA ou comme soutien à des enseignants d’école débordés… Le volontariat ne coûte rien à l’État, c’est un financement que la société civile apporte à l’État. Le même État qui, dans les deux pays cités, dépense largement pour l’armée et la police, qui servent principalement à maintenir l’ordre à l’intérieur du pays et à réprimer les oppositions politiques et les résistances sociales. Pendant les discussions avec le SCI Sri Lanka et avec UPA (Ouganda) on

Chez UPA / Ouganda

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Regard décalé sur les partenaires Sud du SCI

La Hojita / Guatemala

nous a dit clairement que l’action d’éducation à devenir des citoyens actifs et engagés et à se mobiliser est une activité dangereuse dans leurs pays car la répression est immédiate et souvent brutale. Donc le volontariat sert, de manière involontaire et parfois inconsciente, à pallier aux dégâts provoqués par les politiques néolibérales : la solidarité permet aux pouvoirs publics de se désengager de leurs devoirs sans avoir à en payer le prix. Cette découverte m’a sincèrement énervé, car je trouve insupportable que même la solidarité puisse être mise à profit par le capitalisme. Cette question m’a perturbé au point de penser que le volontariat est une erreur politiquement parlant, au moins dans le monde tel que nous le connaissons. Et pourtant cette réponse me paraissait trop simpliste, notamment car je sais que les volontaires engagés avec le SCI en Belgique sont souvent conscients de cette dimension.

La Hojita / Guatemala

Dans les sociétés que nous avons visitées la solidarité est une pratique quotidienne : le volontariat n’est qu’une modalité. Le volontariat a donc - aussi - la fonction de préserver des relations sociales entre personnes, relations qui ne servent qu’à reproduire la société et les individus. Cette dimension du volontariat est précieuse et me plaît beaucoup. Je remercie donc toutes les personnes - du SCI-Belgique et des associations que nous avons visitées - pour cette leçon importante qu’elles m’ont permis d’apprendre.

Mario Bucci Chercheur social indépendant et ancien chargé d'études au COTA

Et puis j’ai compris. En repensant aux récits que j’avais entendu des volontaires palestiniens, ougandais, cinghalais je me suis rendu compte que, comme toujours, il y a une deuxième face à la médaille, que tous les mécanismes d’exploitation ne sont pas tout-puissants, et ils laissent toujours un espace pour l’action autonome des acteurs. Dans les pays considérés, les relations internes aux familles, entre familles, dans les communautés et au sein des groupes sont encore très fortes, au point que les individus sont encore constitués, en grande partie, à partir de ces relations. Chaque personne existe aussi en fonction de ses relations, son existence dépend d’elles, et chacun sait que ces relations doivent être nourries et entretenues car il ou elle en dépend. C’était ainsi en Europe il y a cent ans et plus. Et la différence, entre l’Europe et des pays comme l’Ouganda ou le Sri Lanka réside dans le fait que le capitalisme dans ces pays est encore un système extractif - il contrôle ces pays pour pouvoir en extraire principalement des ressources naturelles (et en moindre mesure du travail à bas prix, notamment du Sri Lanka). De cette manière, il n’est pas encore arrivé à affecter les relations humaines, tandis qu’en Europe, où le capitalisme est plutôt de consommation, il a modifié les relations sociales en nous rendant toutes et tous des producteurs et des consommateurs, pour qui les relations fondatrices le sont avec les marchandises (nous les produisons et les consommons).

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L’ I N V I T É  : LU I S CA LVO

SENSIBILISATION & ÉDUCATION FINANCIÈRE en Bolivie Depuis plusieurs années, je travaille en microfinance à la Paz, Bolivie. Quand je le dis, souvent les gens réagissent : « ah oui, le microcrédit c'est bien utile pour les pauvres gens au Sud ! ». C'est vrai, le microcrédit a été utile pour faciliter l'accès à différents types de financement pour les microentrepreneurs, généralement (pas toujours) avec des résultats positifs en termes de remboursement des prêts et croissance des microentreprises. Le mouvement a commencé avec le microcrédit il y a plus de 40 ans au Bangladesh, et très vite sur d'autres pays et continents.

En Bolivie, 24% des adultes ont accès à des prêts du système financier

42%

ont un compte bancaire

26%

ont un compte bancaire si on prend en compte les familles les plus pauvres (40%)

Néanmoins, la microfinance est beaucoup plus que des petits prêts pour les microentrepreneurs qui ont du mal à trouver du financement dans une banque traditionnelle. Comme vous et moi, la population vulnérable a aussi besoin d'épargner en sécurité (… ou vous croyez que parce qu'ils sont pauvres ils n'épargnent pas ?), avoir la possibilité de faire des transferts d'argent et aussi accéder à différents types d'assurance, entre autres. Dans le secteur on parle aujourd'hui plutôt du concept d'Inclusion Financière. Celui-ci veut expliquer que grâce à une législation bancaire adéquate, une offre de services financiers utile pour la population, et une bonne connaissance de la part de la population sur les différents outils financiers qu'elle peut utiliser, on peut arriver à accumuler et protéger mieux leur capital. Ce capital (le peu de ressources financières

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+ d'1/3

sont des femmes sur le total des emprunteurs du pays

que la population vulnérable construit et utilise au fil du temps) peut servir pour un investissement dans une activité commerciale ou productive, construire une maison, faciliter les dépenses importantes de l'année, et protéger les personnes face à des évènements inattendus. L'Inclusion Financière est donc un concept plus complet, qui prend en compte différentes perspectives d'analyse et de travail.

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L’éducation financière en Bolivie et en Belgique : comparaison

Le gouvernement bolivien a, dans son Plan de Développement Economique et Social, la volonté d'élargir l'inclusion financière dans le pays. La nouvelle Loi de Services Financiers pousse les institutions financières à être plus présentes dans les zones éloignées du pays et veut promouvoir le financement au secteur productif (petits et moyens agriculteurs et industriels) en mettant des quotas minimums de prêts à ce secteur, avec des plafonds aux taux d'intérêt, plus bas que ceux offerts par des micro-crédits. Cette loi fait aussi de l'éducation financière aux utilisateurs de services financiers et à la population en général, une obligation pour les institutions financières du pays.

Dans ce concept j'aime surtout l'idée que il n'est pas suffisant qu'une institution puisse offrir une variété de services financiers (prêts, épargne, transferts, assurance…) pensés pour les populations vulnérables pour que tout marche bien. En fait, il est nécessaire que la population puisse avoir des connaissances et outils pour savoir mieux utiliser les services financiers disponibles, et une meilleure maîtrise de ses ressources. C'est ici que le concept de sensibilisation ou éducation financière entre en scène. Nécessaire tant au Nord qu’au Sud, l'éducation financière est importante pour tout individu et famille pour décider comment utiliser son budget. Oui, les gens ont toujours géré leurs finances personnelles, mais le développement et la « sophistication » du système financier fait qu'aujourd'hui on doit maitriser mieux ces outils, pour en tirer des avantages mais aussi pour se protéger, en faisant des choix mieux informés. Dans les pays à économie émergente, le développement rapide a créé une offre et accès à divers services financiers pour une population qui avait peu ou pas d'expérience avec le système financier. L'importance de l'éducation financière réside dans la compréhension de la nécessité d'épargner pour le futur, éviter le surendettement, avoir une consommation plus responsable et faire valoir nos droits en tant que consommateurs de services financiers.

Outils d'éducation financière Comment communiquer des concepts d'éducation financière aux populations vulnérables ? On observe le défi de transmettre des contenus relativement compliqués à comprendre, un peu stressants et souvent des sujets « tabou » dans certaines cultures, d'une manière effective. Dans ce cas, l'effectivité d'un programme d'éducation financière se mesure par le degré de pertinence que les connaissances et outils partagés ont dans la population avec laquelle on travaille. Tout simplement, ça doit être utile ! D'abord il faut faire un exercice de compréhension des souhaits et idées de la population par rapport à leur économie : Quels outils financiers utilisent-ils ? Cela peut être des outils formels

(ex. : un microcrédit) ou informels (ex. : des prêts groupaux à tour de rôle dans une communauté). Pourquoi ils utilisent ces outils financiers ? Comment est faite la gestion de l'argent de la famille ? Après on peut commencer à travailler dans la conception des contenus du programme ; en essayant d'établir une dynamique de réflexion sur l'utilisation, les avantages et les inconvénients par rapport aux idées et outils financiers que la population utilise, et sur d'autres services financiers disponibles qui ne sont pas encore utilisés. Attention, ici on ne veut pas que l'offre de services financiers formels remplace des pratiques sociales de finance collective, qui relèvent non seulement d'aspects financiers, mais aussi de complexes tissus de solidarité et vie commune. Il s’agit plutôt d'avoir les capacités et connaissances nécessaires pour que chacun décide de lui-même comment gérer son argent et son lien avec le système financier. Une autre composante importante de tout programme d'éducation financière est le biais par lequel on va transmettre les contenus du programme. Souvent la population souffre de taux d'analphabétismes fonctionnels élevés, ne dispose pas de temps pour de longues et fréquentes activités de formation, et souhaite un programme d'éducation pratique et disponible à tout moment. J'ai eu la possibilité de travailler dans le développement de divers outils d'éducation financière avec Fundación Capital : •

« Ahorra conmigo » un programme radio diffusé en langue aymara dans l'altiplano de la Bolivie. Le programme commence avec un petit « feuilleton radio » pour illustrer les idées dans la vie quotidienne des personnes, et continue avec la participation d'experts qui donnent des conseils pratiques pour les finances personnelles et l'utilisation de services financiers. Les personnes peuvent appeler et poser des questions aux invités.

 n système de messages SMS avec de conseils U pratiques pour une bonne gestion des finances personnelles, envoyés à des personnes ayant des microcrédits et/ou celles qui reçoivent des subsides du gouvernement bolivien.

 n jeu vidéo qui s'utilise avec des ordinateurs U dans des écoles publiques du pays.

Luis Calvo Ancien volontaire du SCI et représentant de Fundación Capital en Bolivie

Vous voulez en savoir plus ? Rendez-vous sur le site de Fundación Capital !

http://fundacioncapital.org LE SCILOPHONE 72 • JUILLET / AOÛT / SEPTEMBRE 2016

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L’INVITÉE : LAURENCE ROLAND

DE L’ÉDUCATION À L’ÉPANOUISSEMENT en Belgique Après la crise de 2008, le concept de l’éducation financière a refait surface.Tel un mantra, on a répété qu’un des moyens de ne pas tomber dans les pièges d’une finance débridée est d’être éduqué financièrement. Mais de quelle éducation financière parlons-nous ?

D’après la définition de l’éducation financière, proposée par l’OCDE et qui est généralement admise, il s’agit de « connaître et de comprendre les concepts et risques financiers pour prendre des décisions efficaces et améliorer son bien-être individuel et sociétal ».

traversent les gens est, la plupart du temps, de leur unique responsabilité individuelle. La finalité de l’éducation financière divise entre, d’une part, ceux qui estiment qu’elle est du ressort de la responsabilité individuelle de chacun, y compris celle des consommateurs aux prises avec les institutions bancaires, et ceux qui soutiennent que l’éducation financière ne peut en aucun cas se substituer à des mécanismes régulateurs.

S’il ne date pas d’hier, le concept d’éducation financière a été « remis au goût du jour » après la crise financière. Pour deux raisons principales. La première étant que le débat médiatique qui s’en est suivi a noyé le consommateur dans une masse L’éducation financière doit s’envisager de concepts financiers avec À l’école de manière transversale au travers de lesquels il était très peu familiarisé. À partir de ce moment, les Pour nombre de pays, l’éducasix composantes liées à la consommation médias, les experts, les politiciens, tion financière doit d’abord se responsable : les dimensions sociale, ont souvent dû faire preuve de faire à l’école et a, à ce titre, été environnementale, économique, pédagogie. La seconde étant que inscrite au programme officiel de l’éducation financière est apparue l’enseignement. L’une des raisons éthique, l’éducation aux médias comme lacunaire. En a découlé invoquée est que, lorsqu’elle et la citoyenneté participative. l’idée, quelque peu tronquée, que est véhiculée à travers le cadre la crise pouvait s’expliquer en familial, l’éducation financière, partie par ce manque de savoir qui avait permis que nombre reproduit les inégalités sociales : les enfants de ménages aisés de personnes se jettent sur des produits financiers alléchants acquièrent de facto une bonne partie de ces compétences à sans vraiment en mesurer les risques. travers l’environnement familial, tandis que les enfants de ménages défavorisés sont plus démunis de ce point de vue.

Idées fausses Arrivé à ce niveau, nul ne conteste l’utilité de l’éducation financière, mais (faire) croire qu’une éducation financière solide permet aux personnes de prendre les meilleures décisions et les place donc à l’abri du risque financier serait erroné. Des études ont d’ailleurs montré qu’après avoir reçu davantage d’éducation financière, c’est parfois le contraire qui se passe. Les personnes qui se sentent le plus à l’aise avec la matière tendent à prendre plus de risques et des décisions financières qui leur sont moins avantageuses. Enfin, il serait simpliste de croire que la résolution des problèmes financiers que

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De quelle éducation parle-t-on ? Peu avant la Belgique francophone, la Flandre a inscrit l’éducation financière dans les programmes scolaires. Si bien que 70 % des élèves âgés de 15 ans y ont bénéficié d’un enseignement sur les questions financières. Mais la Fédération Wallonie-Bruxelles vient de faire un grand pas en avant. Partant du principe que l’acquisition de compétences strictement liées à l’éducation financière (le crédit, la budgétisation, la gestion…) n’est pas suffisante pour permettre à tout citoyen (dont les élèves) de poser des choix conscients et responsables dans leurs actes de consommation, elle a souhaité inscrire

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L’éducation financière en Bolivie et en Belgique : comparaison

Le Réseau Financité réunit des citoyens et des organisations. Ensemble, ils forment un mouvement citoyen qui se bat au quotidien pour que la finance soit un véritable facteur de changement positif. Pour Financité, la finance doit être un facteur de changement tant dans le respect de l'homme que de son environnement, tant dans l'économie locale que dans les relations Nord-Sud, tout en renforçant les liens sociaux et en développant des alternatives solidaires et durables. Financité représente ses membres et porte leurs revendications auprès des institutions bancaires et politiques. Le Réseau Financité a trois axes de travail : • •

La participation citoyenne  a publication d'analyses, L d'études et de rapports et un centre de formation et de conseil La sensibilisation et le plaidoyer

Financité a publié à l’intention des enseignants du secondaire un référentiel pédagogique reprenant une cinquantaine d’outils. À côté des concepts assez classiques de l’éducation financière, tels que le budget, l’épargne, le crédit… ces outils abordent les coopératives, la notion de biens communs et de surexploitation, la consommation durable, l’impact des investissements sur les hommes et leur environnement, le rôle de la monnaie… ETHICA, CE QUI SE PASSE AU NORD, SE VOIT AU SUD ! Parmi ces outils, le jeu Ethica, créé en 2011 par Financité, est un jeu de plateau qui permet aux joueurs de mesurer et de prendre en considération les impacts sociaux et environnementaux de leurs investissements financiers. Ainsi, les joueurs se plongent dans la peau de banquiers ou d’épargnants et en expérimentent les comportements d’investissement. Régulièrement, Financité organise des animation Ethica ainsi que des formations de formateurs.

En savoir plus : www.financite.be/fr/enseignants

l’éducation financière dans les programmes scolaires en lui ajoutant une dimension : celle de la consommation responsable. Plutôt que de visualiser l’éducation financière comme un bloc, elle doit s’envisager de manière transversale au travers de six composantes liées à la consommation responsable : les dimensions sociale, environnementale, économique, éthique, l’éducation aux médias et la citoyenneté participative. Ainsi, l’éducation financière devait être orchestrée dans une optique de protection des consommateurs tout en s'intégrant dans une démarche globale de consommation responsable et d’éducation à la citoyenneté. En d'autres termes, il s'agit de faire comprendre l’impact social et environnemental que peut avoir son argent par le simple fait de l’utiliser ou de le placer à la banque.

Laurence Roland Réseau Financité

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E N J E U X I N T E R N AT I O N A U X

DÉPASSÉE,

la lecture Nord-Sud du monde ? La lecture Nord-Sud du monde n'a jamais été acceptée par les milieux conservateurs et libéraux, qui y voient la source de revendications collectives menaçant les intérêts économiques et politiques des puissances occidentales ou perturbant le libre jeu de l'offre et de la demande mondiales supposé bénéficier à tous.

Depuis quelques années, des courants progressistes ont, pour de toutes autres raisons, fait leur cette idée de l'obsolescence de la grille de lecture en question. D'une part, une partie du Sud connaît depuis plus de vingt ans une situation de croissance économique accélérée, ce qui brouille les anciennes classifications et, plus grave, génère de nouveaux problèmes en matière environnementale et de gouvernance mondiale. D'autre part, la réponse aux nouveaux enjeux intrinsèquement globaux, en particulier le climat, appelle à la construction de consensus internationaux qui s'accommodent mal d'une vision conflictuelle des relations internationales.

Une question de perspective Sans mettre en doute les évolutions structurelles du système mondial qui alimentent les lectures précitées, il importe d’avoir à l’esprit qu’elles constituent précisément des lectures, dans le sens où d’une part elles soulignent des aspects déterminés des transformations en cours, en euphémisant trop souvent les continuités des réalités internationales, et que d’autre part elles interprètent les effets de ces transformations dans un sens déterminé. Sans vouloir remplacer une vision tendancieuse (« le Nord-Sud n’est plus ») par une autre (« le Nord-Sud surdétermine tout »), les tendances politiques et socio-économiques esquissées plus haut méritent d’être remises en perspective. La question des convergences socio-économiques tout d’abord. Si le poids croissant du Sud, et plus particulièrement des pays émergents, dans l’économie mondiale est indiscutable, l’impression de « rattrapage » des pays du Nord dépend hautement de l’unité de mesure - absolue ou proportionnelle

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- adoptée. Si l’on s’en tient aux PIB nationaux, effectivement la Chine est devenue en 2014 la principale économie mondiale, mais si l’on ramène cette richesse à la taille de la population, le géant asiatique pointait en 2015 au 74e rang, derrière le Gabon. En cyclisme, le choix d’une longue focale écrase les distances et peut persuader le téléspectateur que le peloton est sur le point de reprendre des échappés qui conservent pourtant une avance décisive. L’idée de rattrapage économique des pays du Sud mérite donc d’être relativisée - on néglige trop souvent combien ces derniers partent de loin. Il s’agit plutôt, comme le formule Guillaume Duval, d’un « début de correction des formidables inégalités qui s’étaient creusées entre les pays développés et les autres depuis le démarrage de l’ère industrielle » (2006). Y voir la fin des différences Nord-Sud, cela revient un peu à reproduire l’attitude de ceux qui estimaient, il y a de cela un siècle, que les premières conquêtes ouvrières et l’entrée des partis socialistes dans les parlements impliquaient la fin du conflit social et de l’idée de classe.

Lutter contre les asymétries internationales Le clivage Nord-Sud s’est davantage estompé dans l’esprit des éditorialistes du New York Times que dans celui des dirigeants et universitaires d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie. Et au reflux tiers-mondiste des années 1980 a succédé un ressac à la fin des années 1990 qui s’est déployé dans les années 2000 sous la forme de dynamiques politiques collectives se réclamant du Sud. Si elles ne sont plus porteuses de modèles de développement

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Dépassée, la lecture Nord-Sud du monde ?

alternatifs ou de principes géopolitiques subversifs comme elles ont pu l’être des années 1950 aux années 1970 sous la houlette du G77, du Mouvement des non-alignés ou de la Tricontinentale, ces convergences politiques « Sud » s’appuient sur les frustrations partagées vis-à-vis des « asymétries de l’ordre international » (Fernando Enrique Cardoso, ex-président brésilien) pour défendre collectivement un certain nombre de principes - traitement « spécial », responsabilités « différenciées », marges de manœuvre nationales - et adopter des positionnements concertés au sein de l’OMC, de la CNUCED ou des négociations sur le climat (CETRI, 2007). En matière de diplomatie environnementales, les dirigeants du Sud se sont particulièrement coordonnés lors du Sommet sur le climat de Paris en 2015. En poursuivant la stratégie de négociation suivante : d’abord, « s’assurer que le Sud ait un espace environnemental suffisant pour son futur développement », ensuite « modifier les relations économiques globales de telle manière que le Sud obtienne les ressources, la technologie et l’accès aux marchés qui puissent lui permettre de poursuivre un processus de développement à la fois sain sur le plan environnemental et suffisamment rapide pour rencontrer ses besoins et aspirations » (Najam, 2015).

Déphasages socio-historiques De fait, la grande majorité des pays en développement partagent certains grands traits qui surdéterminent leur approche des enjeux mondiaux. En particulier, d’une part leurs économies sont fortement dépendantes de l’extraction et de la transformation des matières premières, d’autre part la consommation demeure un rêve non ou mal assouvi pour la grande majorité de leur population. Ces réalités socio-économiques massives ont des effets structurants sur les positionnements internationaux, qui font que certaines préoccupations chères à l’Occident ne revêtent pas le même degré d’urgence pour les gouvernements asiatiques, africains ou latinos. Pour expliquer le déphasage entre l’ampleur des bouleversements économiques en cours et la modestie de la percée des valeurs républicaines universelles dans les pays émergents, Guy Hermet nous rappelle à bon escient que c’est « la révolution du mode de vie pratique et non celle des droits qui revêt la priorité pour les habitants des pays émergents » (Hermet, 2008). En dérive une sensibilité à l’équation « environnement-développement » nettement différente de celle de nos sociétés postindustrielles, et qui n’est pas seulement le fait d’une classe politique enfermée dans un paradigme développementaliste, contrairement à ce que nos exaltés des causes indigènes lointaines prétendent. Non, la préservation de l’environnement n’est pas aussi facilement traduisible en priorité nationale quand la sécurité matérielle des masses n’est pas acquise, ou l’est trop récemment. L’équation « souveraineté nationale - intégration mondiale » est un autre puissant facteur de différenciation de posture face aux enjeux mondiaux. Les pays du Sud ont globalement plus de réticences à transférer des parts de leur souveraineté

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à des instances supranationales ou à s’embarquer dans des régimes internationaux contraignants. Il ne s’agit pas ici de simples égoïsmes nationaux mais d’un produit de l’histoire, ou plus précisément d’un déphasage historique entre l’expérience collective des souverainetés nationales occidentales et les processus de construction nationale inachevés au Sud. Il est plus concevable de concéder des parts de son autonomie politique lorsque celle-ci est établie et respectée de longue date. A fortiori lorsqu’on s’estime en capacité de peser, individuellement ou collectivement, sur les processus de décision qui forgent les grands accords internationaux.

Une nouvelle déclinaison de l’hégémonie occidentale Bien des réticences des pays du Sud vis-à-vis des raisonnements en termes d’enjeux globaux tiennent donc au fait que l’Occident conserve une place disproportionnée dans leur conceptualisation - l’idée que l’on se fait des menaces les plus fondamentales (il y a lieu ici de méditer sur l’influence des campagnes impulsées par « la société civile ») - comme dans leur opérationnalisation - les moyens techniquement les plus appropriés et socialement les plus acceptables pour les réguler. Au final, l’asymétrie la plus tenace entre pays du Nord et pays du Sud ne réside-t-elle pas précisément dans la capacité renouvelée des premiers à produire des lectures à portée universaliste qui promeuvent (ou épargnent) à la fois leurs intérêts et leur sensibilité, à marier stratégie de puissance et narration des intérêts supérieurs de l’humanité ? Dans cette optique, loin d’effacer les déséquilibres Nord-Sud, les discours sur les grands enjeux mondiaux en constituent la dernière manifestation. Dans le cadre de la diplomatie climatique comme dans celles des droits de l’homme, du commerce ou de l’aide, les États n’abdiquent pas de leur volonté de puissance mais visent plutôt à imposer des normes globales qui leur sont techniquement et culturellement plus accessibles qu’à leurs outsiders et qui reproduisent donc leur position de force. La nécessité, indiscutable, de renforcer les mécanismes de coopération internationale ne dilue pas ces rapports de force, elle leur offre un nouveau cadre.

SOURCES CETRI (2007), « Coalitions d’Etats du Sud - Retour de l’esprit de Bandung ? » Alternatives Sud, vol. 14, n°3 | Paris - Louvain-la-Neuve, Syllepse | Centre tricontinental Duval G. (2006), « Un début de rééquilibrage Nord-Sud » Alternatives Economiques n° 251 | octobre 2006 Hermet G. (2008), « Les droits de l’homme à l’épreuve des pays émergents », in L’enjeu mondial | Paris, Presses de Science Po | 2008 Najam A. (2005), « The view from the South : Developing Countries in Global Environment Politics » in Axelrod et al. (dir.), The Global Environment : Institutions, Law and Policy | Washington DC, Congressional Quartely Press

François Polet Chargé d'étude au CETRI et doctorant à l'ULG

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E N J E U X I N T E R N AT I O N A U X

L’ ACCORD UE-TURQUIE SUR LA 'GESTION' DES RÉFUGIÉS : Protection des intérêts vs Protection des droits humains Depuis plusieurs années, la détérioration de la situation dans plusieurs zones de conflit (Irak, Syrie, Lybie, mais aussi Érythrée) amène des flux continus de migrants sur le sol européen. En 2015, le nombre de passages illégaux aux frontières extérieures de l’Union européenne atteint un chiffre record de plus d’1,2 millions.

« L’accord UE-Turquie signé en mars 2016 est présenté comme un plan d’action pour venir en aide aux réfugiés et renforcer la coopération afin de prévenir les flux de migrants irréguliers à destination de l’Union européenne… »

la Turquie est certes partie à la Convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile, mais l’applique avec une réserve géographique : seuls les ressortissants européens peuvent être reconnus comme des réfugiés. Les Syriens accueillis en Turquie ne peuvent donc bénéficier du droit d’asile onusien et vont alors tenter de stabiliser leur statut en Europe, en traversant la frontière gréco-turque. Deux voies sont possibles : la voie terrestre, par la route des Balkans, et la voie maritime, par l’entremise de passeurs, donnant lieu à un gigantesque trafic clandestin de migrants. Nous avons tous en tête des images ou récits de personnes désespérées s’entassant à bord de bateaux trop petits qui, s’ils avaient échappé au naufrage, venaient s’échouer notamment sur l’île italienne de Lampedusa et les îles grecques(Chios, Samos, Lesbos et Rhodes). Au fil des mois, la situation a pris une dimension de crise, personne n’ayant anticipé que le conflit syrien allait s’enliser aussi longtemps et pousserait quelque 5 millions de Syriens à quitter leur pays, les uns pour la Turquie (plus de 2,5 millions), les autres pour le Liban (plus d’1 million) ou la Jordanie (plus de 500 000), le reste tentant de rejoindre la Grèce ou l’Italie pour demander l’asile en Europe. La Turquie, considérée comme la porte d’entrée en Europe pour beaucoup de réfugiés, a donc vu arriver une masse de migrants syriens. Le problème pour ces migrants est que

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La photo du petit Aylan Kurdi mort sur la plage de Bodrum en Turquie après le naufrage de ses parents syriens qui tentaient la traversée vers la Grèce a ému un temps l’opinion publique. Côté politique, en revanche, peu ont répondu à l’appel à l’entraide européenne lancé par les pays confrontés aux afflux de réfugiés. L’annonce de l’Allemagne se disant prête à accueillir 800 000 demandeurs d’asile a fait peu d’émules et la proposition de la Commission européenne d’établir des quotas d’accueil en fonction de la richesse et de la population de chaque État membre a également reçu un accueil frileux.

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Comprendre l’accord UE - Turquie

ACCORD CONTROVERSÉ UE - TURQUIE SUR LES MIGRANTS 200 km

ALLEMAGNE

ROUTE DES BALKANS : officiellement fermée

Retour en Turquie de tous les nouveaux migrants arrivant en europe

UKRAINE RUSSIE

9492

ITALIE

BULGARIE

143 205

GÉORGIE

Syriens réfugiés

354 MALTE

IRAN

97

Mer Méditerranée

LIBAN

IRAK

ISRAËL

ALGÉRIE LIBYE en 2016 (15/03)

JORDANIE

EGYPTE depuis mars 2011

Personnes arrivées dans le pays

x

• D  oublement des aides de l'UE : 6 milliards d'€ d'ici fin 2018 • P  lus de visas pour ses ressortissants

SYRIE

TUNISIE

Principales routes de migration

EN ÉCHANGE, LA TURQUIE OBTIENT :

TURQUIE

2 715 789

GRÈCE

Pour chaque Syrien renvoyé, un Syrien « réinstallé » en Europe

Personnes mortes ou portées disparues durant la traversée en 2016

• N  ouvelles discussions sur son adhésion à l'UE

1 250 000 MIGRANTS ARRIVÉS EN EUROPE EN 2015

© Source : OIM, HCR

L’accord UE-Turquie L’accord UE-Turquie signé en mars 2016 est présenté comme un plan d’action pour venir en aide aux réfugiés et à leurs communautés d’accueil en Turquie et renforcer la coopération afin de prévenir les flux de migrants irréguliers à destination de l’Union européenne. Concrètement,

Début avril 2016, les pays européens ont donc commencé à mettre en place ce marchandage, avec l’aide de l’agence européenne de surveillance des frontières de l’Union européenne (Frontex) et de l’OTAN qui intercepte les passages en Méditerranée. Transformée en territoire de « détention » provisoire pour de nombreux migrants et réfugiés, la Grèce fait face à de nombreux défis (humains, médicaux, juridiques…) et l’atmosphère y est de plus en plus tendue.

Les motivations de l’accord

1) T  ous les nouveaux migrants en situation irrégulière qui partent de Turquie pour gagner les îles grecques sont renvoyés en Turquie. 2) Pour chaque Syrien rapatrié par la Turquie au départ des îles grecques à la demande de l’Union européenne (car ne répondant pas au profil de réfugié), un autre Syrien sera réinstallé de la Turquie vers l’Union européenne, dans la limite de 72 000 personnes, sur la base des critères de vulnérabilité des Nations unies (principe du « 1 pour 1 »).

Le choix de la Turquie par l’Union européenne s’explique d’abord par la volonté des 28 d’alléger le poids des arrivées pesant sur la Grèce, déjà victime d’une grave crise économique. Cet accord est ensuite motivé par la volonté des Européens de dissuader les passeurs de poursuivre leur entreprise en ouvrant une voie légale d’accès au territoire de l’Union. La troisième raison de cet accord réside dans le souci du gouvernement turc de retrouver un semblant de respectabilité aux yeux de l’Europe.

En échange de son accueil des réfugiés, la Turquie a posé trois conditions :

L’accord est-il légal ?

1) L  a reprise des négociations sur sa candidature d’entrée dans l’Union européenne. 2) La suppression des visas pour les Turcs vers l’Europe. 3) Le versement de 6 milliards d’euros sur deux ans pour accueillir les réfugiés syriens.

La légalité internationale, européenne, de cet accord est contestée de plusieurs parts et à plusieurs égards. La Cour européenne des droits de l’Homme interdit « de renvoyer une personne dans un pays, y compris considéré comme sûr, s’il y a un risque que ce dernier renvoie lui-même cette personne dans un autre pays qui serait risqué pour elle, celui de sa

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Comprendre l’accord UE - Turquie

nationalité ou de sa résidence ». Or ce pourrait tout à fait être le cas des personnes de nationalité syrienne. L’ONU a également exprimé ses inquiétudes et réserves sur cet accord au regard du droit international. Enfin, sa légalité est également contestée par plusieurs organisations sur le terrain, qui critiquent notamment le classement de la Turquie comme « pays tiers sûr » par la Grèce (la Convention de Genève considère un pays comme « sûr » s’il dispose d’un système démocratique et s’il n’y a pas de conflit armé ou de persécutions), ce qui permet à la Grèce de renvoyer vers ce pays les demandes d’asile irrecevables. Cet accord externalisant l’asile à un pays situé hors de l’Union européenne, en violation du principe de non-refoulement prévu par la Convention de Genève, met à rude épreuve - et pour certains, piétinent carrément - les valeurs de solidarité entre pays européens et les droits de l’Homme sur lesquels l’Union s’est construite.

SOURCES SN, « Visites sur le thème de la migration dans le cadre du programme 'Going local' - Rapport sur la mission en turquie » Comité économique et social européen | du 9 au 11 mars 2016 SN, « Question d’Europe n°396 - L’accord UE-Turquie et ses implications » Fondation Robert Schuman | 13 juin 2016 Kuczkiewicz J., « Voici l’accord européen sur les renvois des migrants en Turquie » | Le Soir.be | 8 mars 2016 D r Moussa A., « Accord UE-Turquie : la solution définitive à la crise des réfugiés ? » | Sentinelle-droit-international.fr | 27 mars 2016  

Vithol de Wenden C., « L’accord Union européenne-Turquie sur les migrants, un troc de dupes » | The Conversation UK | 5 mai 2016 Labayle H. et De Bruycker P., « L’accord Union européenne-Turquie : faux-semblant ou marché de dupes ? » | eumigrationlawblog.eu | 26 mars 2016 SN, « Un accord trouvé entre la Turquie et l’Europe pour régler la crise des migrants » | Le Huffington Post | 18 mars 2016 Halifa-Legrand S., « Accord UE-Turquie : nous marchons à pieds joints sur nos principes » | Nouvelobs.com | 20 mars 2016

Et maintenant ? L’objectif réellement poursuivi par l’UE est d’obtenir de la Turquie que celle-ci retienne sur son territoire les personnes qui tentent de rejoindre l’Union européenne. D’après les chiffres de Frontex, en avril 2016, le nombre de migrants arrivant en Grèce a chuté de 90% par rapport aux mois précédents. La route des Balkans est également devenue problématique pour les migrants du fait de la fermeture des frontières de plusieurs pays de transit dans la région.

la Turquie n’endigue pas le nombre de demandeurs d’asile parvenant en Grèce sous le seuil de 72.000 personnes, l’accord sera caduc et l’Union européenne cessera de procéder aux réinstallations. L’Union européenne est donc prise au piège : elle a besoin de la Turquie pour réduire et contrôler ses flux migratoires et, sans plan alternatif à cette coopération avec la Turquie, se voir contrainte d’accepter les conditions et exigences du Président turc.

Cependant, l’accord ne s’appliquant qu’aux demandeurs d’asile passant par la Turquie, les migrants ont désormais tendance à emprunter d’autres voies migratoires, par exemple les routes de Méditerranée centrale via la Libye, et pour la première fois depuis juin 2015, le nombre de migrants arrivés en Italie a dépassé celui de la Grèce. Par ailleurs, des doutes légitimes peuvent être émis quant à la volonté turque de mettre en œuvre les dispositions de l’accord. Plusieurs éléments témoignent d’un durcissement de la politique intérieure de la Turquie (mise à mal de la liberté de presse et d’expression) mais également de confrontations diplomatiques. Et si

Pour beaucoup, l’accord UE-Turquie - qualifié de « bancal », « hypocrite » et « honteux » - ne résoudra en rien la problématique de la gestion des migrants et ne fait que reporter le problème, avec le risque de plonger à court ou moyen terme dans une situation encore plus explosive et intenable, humainement et humanitairement, pour les réfugiés.

Béatrice Balthazart Membre du Groupe Migr’actions

« L’objectif réellement poursuivi par l’UE est d’obtenir de la Turquie que celle-ci retienne sur son territoire les personnes qui tentent de rejoindre l’Union européenne »

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A LT E R N AT I V E P O S I T I V E

Une INCROYABLE aventure humaine & végétale Le jour où j’ai découvert le problème du brevetage des semences, j’étais révoltée. On ne peut pas laisser faire ça ! Il s’agit d’un réel suicide collectif, il fallait que je réagisse. Je ressentais un manque de sens et de lien dans ce monde de productivité et de consumérisme.

© Florence Guastella

« J’ai alors pensé proposer un espace de rencontre autour d’un potager citoyen ! »

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Voici le projet original à Todmorgen : www.incredible-edible-todmorden.co.uk

J’étais convaincue par l’idée, mais seule pour le créer, dans ce nouveau quartier de Jambes (Namur) où je ne connaissais pas mes voisins. Et puis où le faire ? Sur quel terrain ? Avec quelle autorisation ? Et si ça prenait trop de temps ? Et si ça créait des tensions ? Et si… Puis j’ai réalisé que toutes ces questions n’étaient que des excuses. Ce projet était à COconstruire. Il était inutile, voir contre-productif d’en trouver les solutions seule avant son démarrage. L’heure était venue de faire confiance, de semer et de se rencontrer. De faire germer de l’authenticité, vers plus de sens et plus de liens… Il y a un an, j’ai donc été frapper aux portes de mes voisins, afin de leur proposer de se réapproprier l’espace public, pour y planter des fruits et des légumes, en s’inspirant du projet Incredible Edible1. Dans un tel projet, les fruits et légumes sont disponibles gratuitement pour tous, que l’on fasse partie du groupe ou non. Et toute personne désireuse d’apporter sa petite graine afin d’égayer son quartier, vers une société plus juste et plus belle, est la bienvenue.

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© Florence Guastella

Un projet 'Incredible Edible' à Jambes

Les objectifs de ce projet sont multiples : •

à l’échevin a pris des mois, mais nous étions maintenant plusieurs pour faire persister la motivation. Après Cohésion sociale et pacifisme : connaître ses voisins. avoir essuyé quelques refus par mail, l’échevin a accepté mélanger les tranches d’âges, les origines, les mentalités de nous rencontrer et il s’enthousiasma de notre projet. et s’enrichir de cette diversité. En quelques semaines, le projet fut sur pied. Une charte Rétablir un fonctionnement collectif, de la solidarité de fonctionnement collectif, une petite assurance assoet de la résilience dans le quartier. Partager nos ciation de fait, Flo a trouvé des palettes, Jean S. a construit compétences et en développer de nouvelles. des bacs, Michèle nous a accompagnés pour aller chercher du compost. Jean C. a demandé à une Conscientiser au respect amie de nous créer de belles affiches… « Ne doutez jamais qu'un de l’environnement : Le plus dur fut de trouver de la terre. Pour petit groupe de citoyens au brevetage des semences, les plantes, ça roule tout seul. Chacun a réfléchis et engagés puisse au droit à l’alimentation semé et soigné des plants sur ses appuis (la nature nous offre de la nourriture de fenêtre et puis les a repiquées et changer le monde ; en effet, gratuitement) et à la souveraineté passe pour arroser de temps en temps. il est la seule chose alimentaire. Apprendre à cultiver, Nous avons construit trois grands bacs qui l’ait jamais fait " rétablir le lien entre l’assiette et nous mûrissons déjà de nouvelles et la terre. perspectives. Margaret Mead

Reconnexion à la terre, à soi, aux autres. S’éloigner du superficiel.

Offrir une alternative au consumérisme. Devenir acteur de changement positif. Prendre sa place de citoyen actif et responsable. Offrir un espace de rencontre et d’échange autour de la vie du quartier.

Santé : produits locaux, bio, nourris d’amour et de persévérance. Manger sainement et diversifié. Découvrir de nouveaux légumes et échanger nos recettes.

Il y a plus d’idées dans cinq têtes que dans une. Nous avons pensé installer des bacs dans un square de la rue. Mais le groupe souhaitait en avoir l’autorisation. La demande

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Cherchant à valoriser une alternative au consumérisme, nous construisons tout nous-mêmes, avec du matériel de récupération, via l’échange de savoirs et de services. Il nous apparaît également très important de planter des semences de qualité, et si possible, de faire perdurer d’anciennes variétés agricoles afin de s’opposer au brevetage des semences. En mai, nous avons organisé pour la première fois une fête des voisins, afin de créer du lien dans le voisinage et présenter notre projet aux habitants. Nous avons chacun proposé à 5 ou 6 habitants du quartier de participer à un apéro durable. Chacun devait apporter une boisson ou un petit quelque chose à manger, en privilégiant les produits locaux, de saison, bio et végétariens. Ce fut une

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Un projet 'Incredible Edible' à Jambes

RÉSILIENCE « Mot issu d’un participe du verbe latin resilire ('rebondir'), fait sur re- et salire ('monter') »

« La résilience désigne la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération. En écologie, la résilience est la capacité d'un écosystème, d'une espèce ou d'un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation. En économie, la résilience est la capacité à revenir sur la trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc » Wikipedia

« La Résilience définit la capacité à se développer quand même, dans des environnements qui auraient dû être délabrants. D r Boris Cyrulnik  

L’idée dans le cadre de ce projet est la suivante : Notre société moderne est fondée sur une économie néolibérale et capitaliste dans laquelle les individus sont essentiellement des producteurs-consommateurs. Cette société connait un grand nombre de maux, parmi ceux-ci j’identifie notamment : l’isolation des personnes et la hausse du sentiment d’insécurité, la spécialisation des métiers et la perte d’autonomie dans les domaines où l’on n’est pas expert, mais aussi la surexploitation des ressources, l’ appauvrissement et pollution des sols, et encore la dégradation de la qualité de l’alimentation et la dépendance vis-à-vis du marché. Notre projet est résilient dans la mesure où il recrée du lien social, il encourage les habitants à développer de nouvelles compétences qui les rendent à nouveau plus autonomes, et il permet d’être acteur de son alimentation et de sa citoyenneté. Il crée un esprit de quartier, qui permettra aux habitants de faire preuve de solidarité en cas de difficulté.

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE « Droit pour les populations de déterminer les politiques agricoles et alimentaires qui leur conviennent, sans que ces décisions soient néfastes pour d’autres populations (…). C’est permettre aux agriculteurs et paysans de vivre décemment de leur travail, assurer une nourriture suffisante, adéquate et de qualité pour tous, maintenir l’emploi rural, protéger l’environnement et la biodiversité » Plate-forme Souveraineté alimentaire : www.pfsa.be

En bref, notre projet nous permet de réduire notre dépendance aux multinationales et à la mondialisation.

© Florence Guastella

Wiktionnaire

magnifique fête des voisins ! Les passants s’arrêtaient, les voisins proches nous ont vus par leur fenêtre et sont descendus avec quelque chose à manger pour nous rejoindre. Nous avons été une soixantaine à nous serrer la main, à discuter, tout en dégustant les différentes plats mis sur la table en commun… Les âges, les milieux sociaux se sont mélangés. L’apéro s’est transformé en véritable repas jusqu’à la tombée de la nuit. Et la présentation du projet a beaucoup intéressé tous les voisins. Que de la convivialité autour des Incroyables Comestibles ! Les bacs se remplissent de plantes diverses. Comme Michèle le dit, « elles ne manqueront plus d'eau à partir d'aujourd'hui, elles seront choyées par tous ! »

Quand les graines, semées avec amour, se mettent à germer… Ce 14 juin, Cécile nous a généreusement accueillis chez elle. Jean S. a apporté un bon vin bio, Michelle de succulentes fraises… Nous nous sommes retrouvés à dix pour partager ce moment convivial et accueillir une partie des nouveaux membres. Tout en faisant un peu plus ample connaissance, on a imaginé ce qu’on souhaite faire ensemble. Les idées ont fusé : Myriam va faire des étiquettes éducatives plus élaborées. Michèle et Jean S. vont penser l’aménagement du square : il faudrait une autre poubelle, des sachets pour les crottes de chien… Flo et Jean C. vont préparer un atelier de construction d’hôtels à insectes. Yves, Cécile et Jean C. vont garnir la devanture de leur maison de bacs à légumes avec une affichette « Incroyables Comestibles »… La contamination du quartier commence ! Je suis curieuse de voir ce qui émergera du groupe dans quelques mois. En attendant, mes voisins sont devenus des amis. La dynamique du quartier a changé. Les gens s’arrêtent pour discuter. On s’invite les uns chez les autres… La résilience s’installe, durablement.

Florence Guastella Membre du Groupe Nord-Sud Pour les Incroyables Comestibles, Rue Mazy

Pour nous suivre : www.facebook.com/ incroyablescomestiblesruemazy

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L E S C I E N ACT I O N

DES MULTINATIONALES AUX ALTERNATIVES POSITIVES Visite à Mondiapolis D'OXFAM SOLIDARITÉ Des membres du groupe Nord-Sud et du groupe Abya Yala ont visité samedi 12 mars un atelier d’immersion qui les a fait voyager, comprendre et imaginer d’autres pistes. Voici leurs échos.

© Oxfam Solidarité

Les 62 personnes les + riches du monde ont autant d’argent que les 3,5 milliards d’humains les + pauvres Procter et Gamble, les cosmétiques, c’est 82 milliards d’euros de chiffre d’affaire ! Google a une empreinte écologique colossale 1. H&M n’a aucune usine dans le monde ! Comment est-ce possible ?!

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Un long débriefing avec Julien, animateur d’Oxfam nous a permis de répondre à toutes nos questions, tant il est calé sur le sujet. Nous avons pu comprendre à quel point les multinationales sont puissantes et insidieusement dissimulées derrière toutes des marques ou des enseignes qu’on croirait indépendantes. The Body Shop, par exemple, appartient à l’Oréal. Ces multinationales disposent de lobbys qui mettent la pression sur les politiciens pour qu’ils prennent des mesures légales dans leurs intérêts. Leurs PDG ou actionnaires détiennent un capital énorme qui peut financer des campagnes électorales 2. Ce capital peut aussi être investi dans des projets rentables, mais peu éthiques : le financement d’une compagnie aérienne par exemple. Et le pouvoir de ceux qui disposent de capitaux a pour conséquence de creuser les inégalités un peu plus chaque jour : aujourd’hui 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale 3.

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Nous nous sommes ensuite immergés dans la chaine d’extraction et de transformation des matières premières comme le coltan, le coton, le sucre par le biais de trois petites pièces invitant le participant à compléter et approfondir les informations de la fiche qu’il reçoit avant d’y entrer. Ainsi, les visiteurs découvrent un plafond tapissé d’une carte du monde liée à ces trois matières premières et ce, dans un décorum très imaginatif fait de photos, d’objets, de couleurs et produits liés à la matière présentée. L’idée sous-jacente de cette immersion est de nous inviter à chercher et comprendre les enjeux sociaux et environnementaux inhérent à chaque matière première. Et ça marche !

C’est possible de la réduire : informations, trucs et astuces sur : www.ecoloinfo.com/2014/02/14/ lempreinte-carbone-sur-le-web-pas-si-virtuelle-que-ca

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Voir, comprendre et agir, globalement et localement

© Oxfam Solidarité

© Oxfam Solidarité

© Oxfam Solidarité

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Ensuite, le jeu de rôle. Celui-ci nous donne l’occasion d’endosser le rôle des intervenants majeurs de la chaîne du textile, allant de de la couturière cambodgienne au responsable de distribution de la marchandise dans les grands magasins qui nous sont si familiers. L’enjeu est de préparer leur intervention et revendications lors d’une conférence internationale qui réunira tous ces personnages-clé.

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Enfin un nouvel univers, une chambre tout à fait différente de la première. Bienvenue dans les alternatives. Le charme est dans les détails : un lit en palette (meuble de récup), des cosmétiques équitables, du dentifrice fait maison, du lait local, de la peinture biologique aux murs, des posters de films engagés, l’assise d’une chaise à partir de vieilles chambres à air de vélo, des livres de récup, des vêtements de seconde main…

Oui, il est tout à fait possible d’opérer une transition vers un monde plus éthique dans sa vie de tous les jours et Julien nous a donné plein de pistes pour commencer à agir tout de suite dans ce sens. Finalement ce n'est pas si compliqué d'échapper à ces grosses multinationales : il suffit d’un peu de bonne volonté et de bons plans, et le tour est joué !

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Souvenez-vous de l’affaire Bettencourt en France

www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2016-01-18/ 62-personnes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population

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Marie Sacré et Alexandra Vanoussis Membres du Groupe Nord-Sud

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FORMATION POLITIKI

POLITIKI met l’avenir d’une région dans les mains des joueurs, qui jouent le rôle de parlementaires. Ceux-ci doivent chercher une solution aux principaux problèmes de la région. Le but étant de trouver un équilibre entre la satisfaction de la population et la popularité de leur parti politique.

Le jeu interpelle sur les formes de gouvernance, la relation entre les autorités politiques et les populations mais aussi sur nos visions du développement. Il renforce également les compétences en argumentation et en négociation. Ces réflexions donnent l'opportunité de mieux cerner les arguments des campagnes électorales, les enjeux et les impacts des mesures mises en place par nos décideurs politiques. Cette journée de formation s’adresse aux travailleurs associatifs, animateurs, formateurs, enseignants, étudiants ou toute autre personne qui désirent se former à un outil interactif pour eux ou pour le transmettre à leur public respectif.

LIÈGE - le 13/09/16 (08h45 > 17h00) En partenariat avec le CAL Centre d'action laïque À la Cité Miroir - Place Xavier Neujean, 22 • 4000 Liège 10 € / lunch compris INSCRIPTION : letizia@scibelgium.be • 04 / 223.39.80 Cette formation s'inscrit dans le cadre de l'expo 'En lutte. Histoires d'émancipation', organisée par notre partenaire, qui se tient actuellement à la Cité Miroir.

BRUXELLES - le 06/10/16 (09h00 > 16h00) En partenariat avec la COJ (Confédération des Organisations de Jeunesse) Au SCI Projets Internationaux Rue Van Elewyck, 35 • 1050 Bruxelles INSCRIPTIONS : manu@scibelgium.be • 02 / 649.07.38 ou via le site de la COJ : http://coj.be/les-formations/ Gratuit / membres SCI ou d'une OJ • 10 € / non-membres Lunch compris pour tous Cette formation ne donne pas lieu au remboursement individuel du Fonds 4S.

WEEKEND DE RENTRÉE Il y a un temps pour la préparation de votre projet, il y a un temps pour vivre le voyage et la rencontre… Puis vient le temps du retour. Et souvent vous n’êtes plus tout à fait les mêmes…

On vous propose de vous arrêter pour faire le point, échanger, raconter votre vécu et exposer quelques photos. Réfléchir et débattre des changements : en vous, mais aussi dans la société et dans le monde qui nous entoure. Et vous inviter à entreprendre des actions - petites ou grandes, mais surtout concrètes - pour que le monde dans lequel nous évoluons ressemble de plus en plus à celui dans lequel nous voudrions nous voir évoluer dans le futur.

CONCOURS PHOTOS

Au plaisir de vous retrouver !

Ecrivez à sabina@scibelgium.be pour vous inscrire !

Du 30/09 au 02/10/16 Nous avons le plaisir de vous inviter à notre WEEKEND DE RENTRÉE à Petite Chapelle. Lors de ce weekend, nous exposerons vos plus belles photos en grand format. Pour cela, faites votre sélection, classez-les dans une catégorie et envoyez-les nous !

VOICI LES THÈMES • M  ixe ta couleur : la beauté se cache dans notre diversité ! • L  e lit du voyageur… ou l’éloge de notre capacité d’adaptation. • 10 bras c’est mieux que 2. • Un repas, ça se partage. • La simplicité c’est volontaire.

À envoyer à sabina@scibelgium.be p  ar www.wetransfer.com en mentionnant : Nom / Pays du projet / Thèmes

Editeur responsable : Luc Henris | Rue Van Elewyck 35 • 1050 Bruxelles

Outil pédagogique sur les thèmes de la démocratie & du développement

Le SCIlophone n°72  

Un trimestriel du SCI-Projets internationaux

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