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Le trimestriel du

Projets Internationaux asbl

PB- PP

BELGIE(N) - BELGIQUE

Le SCIlophone N° 71

Avril - mai - juin 2016

Pour tout bagage

Ed. Resp : Luc Henris

| Rue Van Elewyck 35, 1050 BXL | Bureau de dépot : 1050 Bruxelles 5 | Références PP : 1//17111, P006706

on a vingt ans

TÉMOIGNAGES

Alternative positive

• Nos volontaires partis

• Les repair’ cafés

aux quatre coins du monde

Une autre façon de lire le monde


Sommaire

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Édito • Tous ces mots

Dossier : Pour tout bagage on a vingt ans • 4 / Intro du dossier • 5 / Le voyage, entre la fenêtre et le miroir (Vietnam) • 8 / A la casa espanola (Espagne) • 11 / Kenya, visages de femmes • 13 / Palestine, des mots et des actes ! • 15 / Voyage au pays des Carpates (Slovaquie) • 18 / En route vers Bamballu ! Un voyage à la découverte des Torajas d’Indonésie • 20 / Lever le rideau sur les injustices vécues par les demandeurs d’asile (Belgique)

19 Alternative positive

• Rencontre exceptionnelle avec un témoin des temps modernes

Le SCIlophone est le trimestriel du SCI Projets internationaux asbl, reconnue comme :

Ils ont participé à ce numéro

• ONG d’éducation au développement

Maria Bandeira, Claudia Bruno, Cristel Cappucci, Camille Delmarcelle, Julien Devilers, Pascal Duterme, Yoann Mathieu, Letizia Messina, Kamila Partyka, Marlyse Royer et Emmanuel Toussaint.

par la Direction générale de la coopération au développement (DGD) • Organisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles

SCI-Projets internationaux • Bruxelles : Rue Van Elewyck 35, 1050 Bruxelles. Tél: 02 649 07 38. • Liège : Rue du Beau-Mur 50, 4030 Liège. Tél: 04 223 39 80. Compte Triodos : BE09 5230 8029 4857.

www.scibelgium.be 2 | Le SCIlophone - n°71

Le SCIlophone est avant tout le magazine des volontaires du SCI. Vous désirez partager une réflexion concernant l’éducation au développement, les relations interculturelles,... ou encore témoigner de votre expérience sur un de nos chantiers ? Nos colonnes vous sont ouvertes ! Faites-nous parvenir vos propositions de thèmes et vos articles via manu@scibelgium.be Coordination de publication: Manu Toussaint / Mise en page: Romain Charlier / Comité de rédaction: Nancy Darding, Marjorie Kupper, Sergio Raimundo, Marie Marlaire, Manu Toussaint, Pascal Duterme, Sabina Jaworek, Romain Charlier / Illustrations originales: Jean-François Vallée et Geoffroy Dussart / Relecture orthographique : Emmanuel Toussaint


Edito

To us ce s

Dans ces moments émotionnellement bouleversants, la dernière chose que je souhaitais, tout en la redoutant, c’est ce déferlement d’avis péremptoires, de diagnostics, d’analyses qui allait inévitablement survenir : les uns pour désigner une fois encore les boucs émissaires, creuser davantage encore les gouffres qui se creusent entre les gens ; les autres, pas beaucoup plus digestes, pardonnez-moi, dégoulinant de générosité et de « bien-pensance » bon marché, pour excuser, justifier ; les uns et les autres empreints de : « je l’avais bien dit » ; « c’est la faute à…. ». Y aurait-il encore un peu de place, dans ce monde envahi par les réseaux sociaux qui n’ont de sociaux que le nom, pour un minimum de temps d’introspection, de recueillement ? Est-il permis, en cette époque de l’information instantanée, de se confronter à ses émotions : accueillir la douleur, la colère, et aussi le soulagement, la chaleur… ? Au lendemain de ce 22 mars donc, au milieu des sentiments d’angoisse, de colère, de douleur, une fois égoïstement soulagés, pour ceux qui ont eu cette chance, de savoir ses proches, ses connaissances sains et saufs, est apparue chez beaucoup, je crois, la conscience de la richesse que constitue la relation à l’autre. Le 23 mars et les jours qui ont suivi a surgi un désir urgent d’exprimer, auprès

des personnes que l’on croise tous les jours, ses proches, ses collègues, le plaisir sincère de les savoir vivants et la chance qu’ils nous donnent de partager un bout de notre chemin avec nous.

à la rencontre des autres, ceux qu’on connaît déjà et ceux qu’on ne connaît pas encore, pour tisser, par des actions communes, aussi minimes soient-elles, les liens sociaux qui contribueront au monde de paix dont on rêve.

Juste envie de m’asseoir avec l’un ou l’autre, autour d’une bière fraîche ou d’un thé chaud, et de leur dire, avec

Je m’étais juré de faire de cette rubrique une longue minute de silence : j’en suis déjà à mon 590ème mot. J’en ai pourtant besoin encore de quelques-uns pour terminer : les pages qui suivent sont également pleines de mots ; je vous invite pourtant chaleureusement à les découvrir car ils ont été jetés sur ces feuilles par des personnes qui ont vécu l’aventure de la rencontre et du plaisir de construire ensemble des rêves de vie collective et harmonieuse ; ils ont tenu à partager leurs émotions, et c’est très riche.

Au-delà des débats, des discours, n’est-il pas toujours plus que jamais urgent d’aller à la rencontre des autres pour tisser, par des actions communes, aussi minimes soient-elles, les liens sociaux qui contribueront au monde de paix dont on rêve. les yeux et le cœur que, si les philosophies, les idéologies, les religions sont peut-être nécessaires à la survie des sociétés – même si, très souvent, elles participent plutôt à alimenter l’interminable liste des douleurs et des morts - elles ne sont que des mots et que la vraie vie, elle, se niche dans ces moments magiques où l’on se retrouve ensemble et partageons ce plaisir d’être ensemble. « Deeds not words » - Des actes,pas des mots – C’est en partant de ce slogan, au lendemain des massacres industriels de la première guerre mondiale que Pierre Cérésole, pacifiste de la première heure, fatigué et conscient de la vacuité des discours inertes, a créé le SCI. Aux peuples, aux citoyens d’Europe qui se sont entretués durant des années, il a crié : « Rencontrezvous, bordel ! » (les historiens ne sont pas tous d’accord sur l’utilisation de ce dernier mot). Alors, au-delà des débats, des discours, n’est-il pas toujours plus que jamais urgent d’aller

Mais au-delà des textes, ayez un regard particulier sur l’agencement des photos et des phrases, les couleurs, l’harmonie de la mise en page. C’est Romain qui en est l’auteur : ce sera sa dernière contribution au SCIlophone, puisqu’il va nous quitter pour se plonger dans la vraie vie : celle qui sort

Sabina Jaworek ©

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a parole, dit-on, est d’argent ; le silence est d’or. Il y a des circonstances où les mots me paraissent se transformer en plomb, parant le silence, par contraste, de l’éclat du diamant ! C’est le sentiment qui m’a envahi, au lendemain de ce 22 mars qui, qu’on le veuille ou non, restera dans la mémoire de la plupart d’entre nous. Ce jour où on a dû admettre que la violence absurde qui martyrise chaque jour les quatre coins du monde est également potentiellement présente au coin de notre rue.

mo t s

de la terre et nous nourrit. S’il nous arrive d’être fiers de ce SCIlophone, c’est aussi grâce à lui et à sa touche de graphiste talentueux qu’on le doit. Le dernier mot de cet édito sera pour lui: MERCI. Pascal Duterme, Coordinateur du SCI

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Pour tout bagage

on a vingt ans

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e qui est extraordinaire, lorsqu’on lit les témoignages des volontaires internationaux, ou lorsqu’on les rencontre lors des apéros d’info, c’est leur enthousiasme, leur joie de vivre, de s’ouvrir à d’autres

personnes, à d’autres cultures, et d’agir pour contribuer à un monde juste et agréable pour tous. Une joie accompagnée de conscience d’eux-mêmes (de qui ils sont, comment ils fonctionnent et réfléchissent) et de connaissance du monde (pp. 5-7). Une joie qui les pousse à dire «J’adore mon SVE » ou « je prends mon pied ici » car ils peuvent agir et mettre leurs compétences en pratiques (pp. 15-17). Cette joie n’exclut pas certains doutes: on revient souvent d’un projet avec plus de questions que de certitudes, on est bousculé dans ses croyances et ses dogmes (pp. 11-12). Mais on en ressort toujours enrichi, plus même, transformé : car les rencontres sur les projets de volontariat sont d’authentiques rencontres, de celles qui touchent au plus profond de nous-mêmes, car celles qui touchent à notre histoire intime, à nos fragilités et aux injustices contre lesquelles nous luttons (pp. 20-22). Car « elles nous marquent à vie » (pp. 8-10). On découvre, via le volontariat, que, même si on ne parle pas la même langue ni les mêmes codes, même si on ne partage pas les mêmes valeurs ni les mêmes croyances, même si l’on n’a pas la même origine sociale ou la même couleur de peau, il est possible de communiquer, de se comprendre, de s’accueillir, de construire quelque chose ensemble, de rire ensemble, de partager nos questions et nos envies, et à travers tout cela, de se reconnaitre mutuellement et d’exprimer que l’on compte l’un pour l’autre (pp.13-14 et 18-19). Pour tout bagage on a vingt ans, on a notre éternelle jeunesse, notre soif de liberté, notre amour à donner, notre émerveillement de la magie des relations, notre sentiment d’être connecté au monde lorsqu’on se retrouve dans un lieu reculé à des kilomètres de chez nous, et notre idéal d’une société égalitaire et chaleureuse.

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Léo Ferré,Vingt ans

Emmanuel Toussaint rédac’chef du SCIlophone 4 | Le SCIlophone - n°71

Jean Dujardin ©

DOSSIER


Projets internationaux

Le voyage entre la fenêtre et le miroir En ce début 2015, germe en moi l’idée de partir en voyage, si pas longtemps, au moins loin. Mais comment ? Avec quel statut, quelle attitude, quel regard ? Je sais que pour moi, le voyage doit permettre une ouverture, une sortie, une confrontation avec soi-même, un échange. Depuis longtemps je songe à tenter un volontariat international, qui me semble une expérience répondant bien à mon état d’esprit, à mes aspirations. Grâce à des connaissances, je prends contact avec le SCI, et me voilà parti pour le Vietnam.

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l est des façons de voyager qui peuvent se révéler stériles, d’où l’on revient tel qu’on est parti. Il en est de plus riches, d’où l’on ressort façonné un peu autrement ; le changement fût-il infime, on a fait un petit pas que ce soit en matière de connaissance du monde, de façon d’être, de manière de penser, de rencontres ou autres, peu importe. Si un volontariat placé sous le sceau de l’échange interculturel offre une occasion idéale pour un tel apprentissage, c’est néanmoins en soi-même que repose l’essentiel pour que cette alchimie se fasse : quel regard on pose sur soi ? Sur les autres ? Dans quelle mesure on pose des jugements, dans quelle mesure on est prêt à remettre ces jugements en question, à laisser ébranler ses propres certitudes ? Dans quelle mesure on est prêt à se laisser bousculer ?

Si donc il est naturel de poser des préjugés, de se référer au connu pour aborder l’inconnu, en revanche s’appuyer entièrement sur ces préjugés sans se poser plus de questions ne peut qu’amener à une vision du monde limitée, étroite, faussée. de se tenir à distance respectable du tigre, en l’associant a priori (c’est bien cela dont il est question) à la catégorie des dangereux prédateurs.1 Si donc il est naturel de poser des préjugés, de se référer au connu pour aborder l’inconnu, en revanche s’appuyer entièrement sur ces préjugés sans se poser

plus de questions ne peut qu’amener à une vision du monde limitée, étroite, faussée. Une vraie ouverture d’esprit consisterait alors en la capacité à confronter sans cesse ses préjugés à l’expérience, à remettre en question son propre regard, à complexifier sa grille de lecture par de nouvelles nuances, quitte à effacer complètement les anciennes, à se placer soi-même non sur une position surplombante mais sur un pied d’égalité avec la chose envisagée ; finalement, à sans arrêt remettre sur le métier son propre ouvrage, en analysant en profondeur, en cherchant à comprendre, en relativisant. Rien de plus propice à induire en erreur qu’une certitude arrêtée. 2 C’est une disposition que j’essaie autant que je peux d’appliquer,3 et celle dans laquelle je veux entreprendre ce voyage. Les premiers préjugés à confronter

Ainsi, connaissant d’expérience le lion comme un dangereux prédateur, l’observation de longues canines, griffes acérées, rugissement menaçant et musculature puissante permettra

Yoann Matthieu ©

Rien de tout cela ne va de soi, aussi vrai que le préjugé est une composante essentielle de la psychologie humaine, de la façon dont on prend connaissance de son environnement, dont on interagit en société. Inévitablement – et avec raison – on accueille le nouveau, l’inconnu, en lui cherchant des correspondances dans son vécu, son expérience du monde ; en somme, en rattachant cet inconnu à ce qu’on conçoit comme des catégories pertinentes.

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Yoann Matthieu ©

DOSSIER

seront ceux, en l’occurrence, sur les « chantiers internationaux ». Chacun a une connaissance relative du sujet, qui mobilise inévitablement des concepts et idées reçus : « volontourisme », ONG douteuses, simples clichés ou vrais écueils de la coopération au développement (à commencer par la question de savoir si une telle expérience se situe ou non dans cette catégorie vague), mais aussi rapports Nord/Sud (Nord et Sud, tiens, deux catégories qui vont de soi ?), et j’en passe. S’il y a bien un mérite à reconnaître au SCI, c’est celui d’offrir des pistes de réflexion permettant d’inscrire l’expérience dans un cheminement personnel sensé – à chacun d’en tirer ou non un enseignement constructif (et quant à mon propre cas, je laisse le temps en disposer). Me voilà donc parti pour le Vietnam, pays, comme on dit, « du Sud » (et comme décidément toute catégori-

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S’il y a bien un mérite à reconnaître au SCI, c’est celui d’offrir des pistes de réflexion permettant d’inscrire l’expérience dans un cheminement personnel sensé – à chacun d’en tirer ou non un enseignement constructif. sation a ses limites, celle-ci ne laisse pas de poser question : ainsi, Japon et Australie seraient « du Nord », Mongolie, « du Sud » ; et si la Turquie est sans doute des premiers, l’Azerbaïdjan doit être des seconds ; soit).4 La tâche sera de travailler dans la pépinière d’une réserve naturelle Unesco à proximité d’Ho Chi Minh City, région de mangroves dévastée par les défoliants US pendant la guerre « du Vietnam » (qu’on nomme là-bas « guerre américaine » ; comme disait je ne sais plus qui, tout

est relatif). La réserve est gérée par le gouvernement, nos hôtes sont donc des fonctionnaires, et c’est l’occasion de faire connaissance avec un aspect particulier du Vietnam : la bureaucratie. L’occasion, encore, de s’apercevoir (ou d’avoir confirmation) du fait que l’échange interculturel est une notion elle aussi toute relative, qu’il s’agisse des volontaires « du Nord »,5 des volontaires vietnamiens, de l’ONG d’accueil ou encore du personnel de la réserve, chacun de ces acteurs abordant les relations à sa manière. Mais aussi d’observer le mécanisme des préjugés, les limites des uns et des autres, les siennes propres. Irrité de certains stéréotypes collés aux volontaires occidentaux, je m’étonne ensuite de l’empressement que montrent certains à les justifier – et comme personne n’est parfait, constate à l’occasion qu’avec toute la bonne volonté du monde, on ne s’en


Projets internationaux

départ pas si facilement soi-même...Sur place, j’observe, à voir la contrariété de certains volontaires, que n’avoir eu aucune attente spécifique, ou si peu, par rapport à ce projet, est un atout. N’attendant d’autre chose que ce qu’il me serait donné de vivre, je suis une vraie éponge absorbant tout, peu sujet aux déceptions. Avec ses hauts et ses bas, l’expérience vaut bien la peine d’être vécue. La promiscuité qu’implique le chantier, le fait de cohabiter en permanence avec des gens de tous horizons, loin de ses repères, de collaborer sur un pied d’égalité à un travail pas toujours facile, de se confronter à des situations inédites, permet d’aiguiser le regard qu’on porte sur les autres, d’apporter des nuances à ses premiers jugements, de se découvrir des ressources insoupçonnées, mais aussi de buter sur ses propres limites (ce qui a un intérêt en soi – à charge ensuite de trouver comment les repousser).

On peut partir en volontariat international pour se rendre compte à quel point l’autre est différent ; ou pour se rendre compte à quel point il est semblable.

différent ; ou pour se rendre compte à quel point il est semblable.7 Visions de départ aux antipodes l’une de l’autre, qui n’ont pas les mêmes conséquences. Yoann Matthieu, Volontaire au SCI 1. Où donc ai-je lu ça ? J’offre un verre à qui m’en retrouvera la source, et on parlera interculturalité ! 2. J’en suis certain ! 3. Que le grand Cric me croque si je prétends aucunement y arriver en toute circonstance. 4. Hésitations qui cependant n’invalident pas totalement la catégorisation ; simple exercice amusant de relativisation. 5. À moins qu’ils soient « occidentaux » ? j’en perds la boussole... 6. La majuscule semble s’imposer.

Le fameux « choc des civilisations » de Huntington n’est pas loin. Sans nier que de tels problèmes puissent parfois surgir, pour ma part, je ne me sens pas trop empressé de relever chez l’autre la Différence,6 et ai plutôt tendance à voir avant tout ce qu’il y a de commun, évitant d’essentialiser à sa culture ce que je pourrais trouver de particulier chez l’un ou l’autre. Pour illustrer, on peut partir en volontariat international pour se rendre compte à quel point l’autre est

7. « L’autre » ; ce simple terme est évidemment piégé. Je l’emploie ici à dessein, pour attirer l’attention sur le problème sémantique qu’il pose : d’une acception la plus générale et non connotée « ce qui n’est pas soi-même, sa propre personne » (donc, « tous les autres », ou plus simplement « autrui »), on a vite fait de dévier sur une acception catégorisante qui voit l’autre comme Autre, par essence, traçant une ligne de démarcation nette qui est déjà excluante. Va-t-on vers l’Autre, ou va-t-on vers le même ? Là serait peut-être la question. Que l’on remplace dans ma phrase l’autre par son prochain, et l’on voit que dès les prémisses, les implications sont bien différentes.

Yoann Matthieu ©

Quant à l’interculturalité, puisque là est la motivation première des projets internationaux, qu’est-ce et comment se vit-elle ? Sans doute ai-je encore beaucoup à apprendre sur ce sujet en vogue ; il me semble, au minimum, que cette notion peut être abordée de plusieurs manières. Notre époque est prompte à mettre en évidence la différence, pointant sur elle un doigt

accusateur qui en fait l’essence de tous les problèmes de société. Un postulat courant lorsqu’on parle de relations « entre cultures » pourrait donc se résumer : il y a des différences entre les cultures, ces différences sont à l’origine de tensions et problèmes, et il faut en prendre conscience pour apprendre à vivre ensemble.

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DOSSIER

A la casa espanola Pendant le mois de juillet, durant les dernières vacances d’été, j’ai participé à un chantier à Hostalric, un petit village entre Barcelona et Girona, dans le nord de l’Espagne. Le projet de volontariat était axé sur la protection de l’environnement mais nous avons en majeure partie fait de l’archéologie.

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‘ était une expérience fantastique et inoubliable. Au début, cela n’a pas été facile de me faire à l’idée que j’allais voyager seule, dans un village que je ne connaissais pas. Ce qui était encore plus étrange, c’était de me dire que j’allais devoir vivre le quotidien de parfaits inconnus pendant 15 jours. C’était la première fois que je m’apprêtais à vivre quelque chose de semblable. C’est donc tout naturellement que je ressentais un tas d’appréhensions. « Comment cela va-t-il se dérouler ? Est-ce que ce changement de vie momentané va me plaire ? Vais-je m’entendre avec les animateurs et les volontaires ? » Des interrogations qu’il me semble naturel de se poser lorsqu’on vit un volontariat, ou même n’importe quelle activité pour la première fois. Heureusement, toutes ces questions qui me trottaient dans la tête, n’y sont pas restées longtemps. Et pour cause, grâce aux animateurs, aux volontaires et aux locaux, je me suis vite sentie à l’aise, comme en famille. Le mot « famille », voilà exactement ce qui décrit l’ensemble de mon séjour de volontariat. Les personnes que j’ai rencontrées pendant ces 15 jours font toutes partie de ma famille. Et évidemment, comme dans chaque famille, la problématique de la cohabitation s’impose très vite. Chacun a ses habitudes, ses convictions, sa manière de faire les choses et il faut savoir vivre avec et accepter toutes les différences. Rien que la cohabitation en soi peut déjà être un choc culturel, en tout cas cela l’a été pour moi. Étant fille unique, je me suis retrouvée dans une grande

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Le mot « famille », voilà exactement ce qui décrit l’ensemble de mon séjour de volontariat. Les personnes que j’ai rencontrées pendant ces 15 jours font toutes partie de ma famille.

famille composée de 12 membres, tous très différents les uns des autres ; autant dire que ce fut un grand changement. Dès le début, le groupe s’est bien entendu. Les interactions entre les différents volontaires étaient très bonnes. Nous nous posions beaucoup de questions les uns les autres, curieux d’en connaître davantage sur la culture


Projets internationaux

et le pays de chacun. J’ai été surprise de constater à quel point les cultures italienne, portugaise ou encore russe étaient différentes, alors que, géographiquement, nous ne sommes pas très éloignés. Pour ma part, un des éléments qui m’a le plus surpris culturellement parlant, c’est la manière de manger. Ce n’est pas tant les habitudes alimentaires qui m’ont étonnées mais la façon de manger de chacun. Les petits détails pour préparer des simples pâtes dépendent, aussi surprenant soit-il, du pays dans lequel on a grandi. En ce qui concerne la cohabitation avec les locaux, je ne pouvais m’empêcher de me demander comment ceux-ci allaient nous accueillir. À ma grande surprise, les habitants d’Hostalric ont été beaucoup plus accueillants que ce

que je ne l’imaginais. Lorsqu’ils nous croisaient en rue, ils s’empressaient de venir nous trouver pour discuter avec nous. Ils nous apportaient des bonnes choses à manger, nous offraient des verres, amélioraient notre logement. Ils étaient toujours là pour nous aider et ne manquaient jamais d’attention à notre égard. Chaque jour pour le goûter, étant donné qu’il faisait une chaleur caniculaire, ils nous ravitaillaient en eau et nous apportaient une petite chose à

Les habitants d’Hostalric ont été beaucoup plus accueillants que ce que je ne l’imaginais. Chaque jour, pour le goûter, ils nous ravitaillaient en eau et nous apportaient une petite chose à grignoter.

grignoter, une glace ou des biscuits. Ils faisaient preuve d’une générosité sans pareille et cherchaient autant à échanger que nous à en apprendre sur leur mode de vie. Pour parler un peu plus en détail du chantier, ce n’était pas réellement ce à quoi je m’attendais, mais il s’est avéré encore plus intéressant. Le descriptif parlait de la conservation du patrimoine et le but était d’arracher les racines et plantes des sites et des vestiges du village. C’est ce qu’on a fait durant environ deux heures. Le reste du temps, nous avons fouillé un site archéologique que nous avons déblayé. L’amas de terre et de vieux détritus s’est vite transformé en colonne de pierres dont nous avons eu la chance de faire la découverte. Au fur et à mesure des jours, nous avons retrouvé des vestiges de l’époque napoléonienne et trouvé plusieurs ossements d’animaux. Ce n’était pas la première fois que je travaillais sur un chantier archéologique, mais c’est la première fois que j’en faisais un hors de la Belgique. Là encore, j’ai pu constater à quel point les manières de travailler peuvent être différentes. Les méthodes de fouille ne sont pas les mêmes. Le chef de chantier avait une façon différente d’appréhender le site que celle que je connais. Il n’utilisait pas non plus les mêmes outils. C’était enrichissant de pouvoir comparer les deux méthodes de travail. Même si avec la barrière de la langue, nous éprouvions, de temps en temps, des problèmes de communication, j’en ai appris beaucoup. L’avantage du chantier c’est qu’il était situé dans les bois, un point très appréciable, car la température dépassait les 34°C. En revanche, si je devais relever un point négatif, ce serait peut-être le manque de place. Le chantier était tellement petit que l’on ne pouvait être que 8 volontaires à travailler dessus en même temps. Cet aspect négatif fut assez vite compensé. En effet, deux d’entre nous avaient pour mission d’aller donner un petit coup de main au stage récréatif qui se trouvait dans l’école où nous logions.

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J’aime beaucoup travailler avec les enfants, c’est donc avec plaisir que je suis allée les divertir durant trois matinées. Là encore, j’en ai appris énormément. Je savais que les enfants pouvaient nous en apprendre beaucoup mais pour le coup j’ai été vraiment épatée. Au début, ils n’osaient pas trop venir près de moi, je parlais très peu le catalan et très rares étaient les enfants qui parlaient anglais. Et même ceux-là avaient peur que je ne les comprenne pas. Mais très vite, ils se sont habitués et ont voulu, comme toutes les personnes du village, apprendre à mieux nous connaître. C’était très enrichissant de voir le regard des enfants sur le monde qui les entoure et de constater, une nouvelle fois, que la perception de la vie n’est pas identique partout. Ils me posaient pleins de questions pour

Tout ça m’a fait relativiser sur ma propre culture et sur ma propre vie. Il n’y a pas une seule manière de faire les choses, mais bien des milliards. La vision que j’avais sur le monde s’est totalement modifiée. savoir d’où je venais et quelles sont les coutumes de mon pays. En guise de jeu, j’ai pris la mappemonde qui se trouvait dans la pièce et je leur ai demandé de me situer la Belgique. C’était assez drôle de constater qu’ils voyaient la Belgique à la place du Danemark ou à l’extrême nord de notre planète. Je ne pensais pas qu’ils voyaient notre pays

aussi éloigné du leur. Hormis quelques éléments clés de la Belgique, comme notre équipe de foot, ils ne connaissaient pas grand-chose. C’est donc avec plaisir que je me suis lancée dans un petit cours d’histoire improvisé. Puis je me suis retrouvée à leur apprendre des chansons belges. En retour, ils m’ont fait partager leurs cultures catalane et espagnole en me parlant de leur région, en m’apprenant des mots ou des chansons. Les jeux que nous faisions étaient sensiblement les mêmes au final ! Parler avec ces enfants était une très chouette expérience et va me marquer à vie. Durant mon séjour, j’en ai beaucoup appris sur la culture catalane que ce soit par le biais de la cuisine, du théâtre, des visites ou encore des personnes que j’ai rencontrées. Mais pas seulement... J’ai également appris des mots de Taïwanais avec les deux volontaires qui venaient de là-bas. Et ils m’ont permis d’en apprendre plus sur la culture asiatique, moi qui n’avais jamais pris le temps de vraiment m’y intéresser. Ce qui prouve que les voyages du SCI, même en n’allant pas très loin, permettent d’apprendre énormément sur des parties du monde auxquelles on ne s’attend pas. Avec du recul, tout ça m’a fait relativiser sur ma propre culture et sur ma propre vie. Il n’y a pas une seule manière de faire les choses, mais bien des milliards. La vision que j’avais sur le monde s’est totalement modifiée. De plus, cela m’a fait grandir. J’ai appris plus de choses en 15 jours sur le monde qui nous entoure que durant une année de cours plongée dans mes livres. Le voyage à Hostalric m’a, incontestablement, enrichit culturellement parlant mais j’y ai aussi gagné une famille. Des amis pour la vie, des personnes sur qui je peux compter, partager mes bons et mes mauvais moments. Et que je vais revoir un de ces jours, même s’ils habitent en Italie, au Portugal ou même à Taïwan.. Nous ne pouvons plus nous passer de prendre des nouvelles les uns des autres et de faire des plans sur la comète en attendant le moment où on se retrouvera. Marlyse Royer, Volontaire au SCI

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Projets internationaux

Kenya,

visages de femmes L’Afrique était pour moi un rêve depuis des années. Un continent presque mystique qui m’appelait, qui me hantait, que je ne connaissais pas du tout…Et qui dit Afrique pense au Kenya, avec ses paysages modelés par le Rift, sa faune sauvage, ses parcs naturels, les Maasaï, la Ferme africaine…

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es trois semaines du projet SCI se déroulent à Kiburanga, un village localisé au sud-ouest du Kenya, dans la province des Kuria, à quelques kilomètres à peine de la frontière avec la Tanzanie. Le projet est co-organisé avec une ONG locale, Kiburanga Women Self Help Group (KWSHG), qui a pour objectifs de développer l’esprit d’entraide, de donner aux femmes de Kiburanga les moyens de gagner leur vie et de franchir les premiers pas vers la sortie de la pauvreté extrême. Avec les sept autres volontaires européens, je partage le quotidien de la communauté Kuria, je peux découvrir les coutumes et traditions locales, jouer avec les enfants, discuter avec les femmes de KWSHG, échanger, apprendre. Le premier jour, on est accueilli par les chants et les danses traditionnelles. La musique nous accompagne tout au long du séjour, pendant le travail, lors de splendides soirées sous le ciel étoilé, autour d’un feu de camp. Même les funérailles d’une des membres de KWSHG sont une occasion pour la fête et la danse. Cependant, cette joie de vivre cache une réalité doulou-

reuse. L’agriculture étant une source principale de revenu et vu la forte dépendance au climat pour les récoltes, la région de Kuria est l’une des plus pauvres au Kenya. La pauvreté s’associe avec d’autres problèmes, tels que l’illettrisme, le chômage, le manque de soins médicaux, l’alcoolisme, les drogues, et crée un cercle vicieux extrêmement difficile à rompre.

Les jeunes filles de Kiburanga risquent d’être victimes de mutilations génitales féminines (MGF), une pratique qui, bien qu’illégale au Kenya, est encore bien ancrée dans le groupe ethnique des Kuria. Les jeunes filles de Kiburanga risquent d’être victimes des mutilations génitales féminines (MGF), une pratique qui traditionnellement touchait toutes les femmes de la communauté et qui à présent, bien qu’illégale au Kenya, est encore bien ancrée dans le groupe ethnique des Kuria.

Comprendre les défis locaux et voir comment une ONG locale les aborde sont sûrement des points forts du projet. KWSHG vise le développement de la communauté via l’artisanat, la diversification de la production agricole (la première culture vivrière reste le maïs, accompagné de bananes, patates douces et manioc), l’élevage, et la création du système de mini-crédits pour stimuler l’esprit d’entreprise. Pendant le projet, on travaille ensemble avec les gens de la communauté et les volontaires locaux. On plante des arbres et du maïs, on essaie de fabriquer des briques et de construire des latrines. Tout en se heurtant à une approche différente du temps et du travail. Un certain imprévu règne et le fameux «pole pole» nous «interdit» d’être pressés, nous oblige à oublier un résultat immédiat, à nous concentrer sur l’instant actuel et savourer le moment. C’est dans les moments de chaos organisationnel que je me rappelle les consignes précieuses de la formation SCI sur l’interculturalité. L’échange se fait aussi par les chocs culturels. Le renforcement de l’entraide parmi les femmes du village est au centre du

Kamila Partyka ©

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Ce que je vois et ce que je vis à Kiburanga me bouleverse et bouscule un nombre de mes «dogmes» sur la société ou l’économie moderne. Je ne reviens pas du Kenya avec des solutions toutes faites mais avec plus de questionnement par rapport au monde qui m’entoure et avec… des larmes aux yeux ! Et ce n’est pas les paysages ou le safari que je pleure. C’est cette tribu perdue dans les rochers et la verdure de Kiburanga, pour laquelle je reste toujours une « mzungu  » mais peut-être une amie également. Kamila Partyka, membre du groupe Afrique du SCI

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e groupe d’auto-entraide Kiburanga a été fondé en 2007 avec, comme objectif principal, l’autonomisation et le renforcement des capacités des femmes. Cet objectif d’empowerment s’est ensuite élargit à l’ensemble de la communauté, après que celle-ci en ait vu l’impact. Elle se compose aujourd’hui de 68 familles dont des jeunes, des femmes, des enfants et des hommes. Kiburanga se trouve dans une des zones les plus reculées et inaccessibles du Kenya, où la pauvreté atteint le niveau le plus haut. Afin d’amener les personnes de la communauté à une autonomisation financière, Kiburanga tente de veiller à ce que ses membres puissent, en se reposant sur eux-mêmes, non seulement recevoir les revenus provenant de leurs activités, mais aussi apprendre à créer eux-mêmes ces activités génératrices de revenus. Ainsi par exemple, la communauté a acheté une vache, qui après qu’elle ait donné naissance, est donnée à une nouvelle famille et ainsi de suite, jusqu’à ce que chaque famille ait sa vache et donc du lait, dont elle peut se nourrir et qu’elle peut vendre…

Kamila Partyka ©

projet KWSHG, ainsi que l’éducation des enfants. Tous les membres de KWSHG la citent comme un enjeu majeur, le seul moyen d’atteindre une vie meilleure pour la nouvelle génération. Il est impossible d’oublier les visages de jeunes filles du village qui expliquent non seulement le danger des mutilations génitales mais qui partagent aussi leurs rêves, leurs désirs d’apprendre, de devenir juristes, docteurs, enseignantes. Ces rêves, deviendront-ils la réalité ? C’est là où je me sens privilégiée et, en même temps, un peu impuissante. Le soutien d’EduKA, Educación para Kenia-África, créé par des volontaires SCI des années précédentes, est utile mais suffirait-il pour aider ces jeunes et ces enfants ?

Avant l’arrivée des volontaires internationaux, la communauté se réunit afin d’identifier quels sont les besoins, ce qui détermine le contenu du projet. Ces dernières années, les volontaires ont contribué à la construction de toilettes et à la construction d’une école fréquentée aujourd’hui par 22 enfants. Les volontaires participent également aux activités génératrices de revenus des femmes comme le tissage. Les femmes confectionnent des couvertures, des bracelets, des bijoux, des paniers… Une volontaire danoise les a aidées à trouver des marchés en Europe, afin de vendre leur artisanat made in dignity. Les volontaires long-terme peuvent choisir d’orienter leurs activités soit avec une approche environnementale (travail dans le potager, plantations d’arbres, récoltes…), soit en lien avec la santé (sensibilisation dans la communauté, organisation d’ateliers dans les écoles, de campagnes d’information…) ou encore avec l’enseignement (dans l’école de la communauté avec des enfants de 3 à 10 ans).


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Palestine, des mots et des actes ! Je vais en Palestine. C’est simple à dire et pendant des mois je n’ai pas senti l’impact des mots que je disais sur ma vie et sur la façon de voir celle-ci. Lire des articles de journaux, regarder des documentaires, lire des livres est enrichissant mais c’est incomparable avec l’expérience sur place. On peut lire, apprendre tant qu’on veut mais on n’est jamais prêt pour un tel voyage, dans le monde des contrastes, des non-dits et de la division qui marque l’esprit de ceux qui l’habitent.

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u départ je me sentais impuissante. Qu’est-ce qu’un mois de volontariat au cœur du conflit qui persiste depuis 67 ans va changer à la situation ? Est-ce que ça change quelque chose si je donne des cours facultatifs à des étudiants de Naplouse ou si je récolte des figues et des raisins à Bethleem? Est-ce que j’aurai les compétences pour donner des cours en anglais sur le « Public Speaking » quand moi-même je suis étudiante et que je ne suis même pas experte sur le sujet ? Est-ce que je suis physiquement capable de travailler dans les champs toute la journée ? Plein de questions me venaient à la tête mais petit à petit le SCI m’a ouvert les yeux. L’objectif principal reste l’interculturalité. C’est du volontariat, le projet est réussi si on est soi-même, qu’on apporte son bagage culturel, sa curiosité, sa mentalité et qu’on l’échange avec l’autre. Le projet est réussi si en plus on en tire des conclusions personnelles et on les transforme en actions concrètes pour réduire les inégalités autour de nous. Pendant le séjour, j’ai vécu et j’ai participé à cette interculturalité avec des volontaires allemands, turcs, anglais, japonais, mais aussi des volontaires locaux. Ai-je, au final, compris le conflit ? Non, et même une vie entière ne suffit pas pour comprendre un conflit tellement complexe.

de Zajel Youth Exchange Program. Pourquoi autant de préparation ? Je voulais perdre le moins de temps possible à structurer le cours afin de pouvoir passer plus de temps avec les étudiants. C’était une expérience enrichissante et tellement gratifiante au point de me sentir au paradis à la sortie de chaque cours. J’étais heureuse. Les étudiants me transmettaient énormément via leurs interventions, leurs questions et leurs discours. Un climat de confiance s’était installé et à travers les workshops, leurs mots et leurs présentations,

j’ai appris sur la réalité palestinienne. De plus, l’après-midi on faisait la visite de sites culturels, d’associations locales, d’endroits uniques comme le Plateau du Golan au nord ou la Tombe des Patriarches de Hébron au sud. La récolte des fruits avec l’association Tent of Nations était également enrichissante. Travailler avec des volontaires allemands dans un champ entouré de colonies juives illégales m’a ouvert les yeux. La Palestine n’est pas que ses universitaires mais aussi ses paysans qui combattent contre l’Occupation autrement.

L’objectif principal reste l’interculturalité. C’est du volontariat, le projet est réussi si on est soi-même, qu’on apporte son bagage culturel, sa curiosité, sa mentalité et qu’on l’échange avec l’autre.

A l’intérieur même de la Cisjordanie il y a un univers. Chaque ville, chaque village a son charme, sa couleur politique, sa culture. Naplouse révolutionnaire, Hebron ville fantôme, Bethleem fragile, Beeta confiante, Jérusalem complexe. Cette vision multiple n’était pas celle

Après une longue réflexion, j’ai vu le volontariat comme un don qui va dans les deux sens. Je voulais donc donner tout ce que je pouvais pendant mon séjour en Palestine. J’ai décidé de m’engager pendant un mois à la préparation du cours de «Public Speaking » pour les universitaires via l’association ira

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que j’avais au départ. Je voyais la Palestine unifiée pour une cause commune et je me suis retrouvée face à un pays très divisé physiquement et mentalement. Néanmoins une chose unifiait les Palestiniens, c’était leur accueil. ´Welcome Home´ est ce que j’entendais partout. Toute personne, quel que soit son statut social, du vendeur de Souk à Jérusalem jusqu’à ma traductrice étudiante à An-Najah University, m’ouvrait sa porte en toute confiance. Je n’avais jamais ressenti un accueil aussi sincère que celui des Palestiniens! Qui aurait dit que, dans un des camps de réfugiés réputé dangereux, j’aurais reçu du café gratuit et j’aurais été accueillie dans les maisons de ses habitants ? Cette vision de la Palestine a changé au fur et à mesure de mon séjour. Ce changement je ne l’ai pas vécu seule mais accompagnée. La beauté du volontariat est d’affronter les expériences ensemble avec les autres volontaires et avec les locaux qui vous ouvrent à leur réalité quotidienne. Tout voyage s’accompagne également de difficultés. Le plus grand obstacle auquel j’ai fait face et qui encore aujourd’hui me torture est l’acceptation de la réa-

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lité sur place. Accepter les longues files d’attente des checkpoints, accepter que les soldats israéliens entrent dans la ville de Naplouse chaque soir pour fouiller des maisons, accepter que mes amies palestiniennes de plus de 18 ans et de moins de 25 ans attendent toujours le permis pour pouvoir se rendre à Jérusalem librement, etc.

Je n’avais jamais ressenti un accueil aussi sincère que celui des Palestiniens! Qui aurait dit que, dans un des camps de réfugiés réputé dangereux, j’aurais reçu du café gratuit et j’aurais été accueillie dans les maisons de ses habitants ?

Malgré cette situation, les universitaires que j’ai rencontrés gardent leur positivisme et s’adaptent à la situation en essayant de faire de leur mieux pour continuer à mener une vie plus ou moins normale. Un tel voyage ne peut que changer ta pensée sur le monde et sur ton entourage. Au final, je suis chan-

ceuse. Je ne dois pas passer un checkpoint pour aller à l’université, je ne dois pas me préoccuper que ma maison se fasse fouiller sans avertissement, je ne dois pas m’inquiéter des coupures régulières d’eau et d’électricité. La réflexion ne se termine pas là. Il ne faut pas non plus accepter une situation injuste comme celle-ci. La Belgique possède énormément d’associations et d’organisations luttant pour un monde plus juste dans divers domaines. Pour lutter face à ces inégalités il faut commencer par lutter contre l’ignorance. C’est pour cela que je me suis engagée dans des groupes qui visent à sensibiliser et à informer le public par rapport à la cause palestinienne mais également par rapport à d’autres situations comme la crise des réfugiés ici en Europe. Cette expérience m’a aussi amené à donner plus d’importance aux actes, puisque c’est par les actes qu’on peut changer même en faisant simplement du volontariat à court terme. Au final les paroles s’envolent mais l’effet des actes reste. Maria Bandeira, volontaire au SCI


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Voyage au pays des Carpates Tout commence en février 2015, lorsque les responsables de l’association Pospolitost’ pre Harmonický Život

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m’annoncent qu’ils souhaitent soumettre à l’Union Européenne un projet de Service Volontaire Européen pour accueillir un jeune étranger pendant 12 mois, et me proposent de postuler. Chose dite, chose faite : souhaitant profiter de cette année à l’étranger pour m’enrichir de connaissances et compétences nouvelles, je décide de me proposer comme bénévole auprès de cette ONG slovaque.

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près 4 mois d’attente, je décroche le SVE d’un an au sein de l’association PHŽ. Deux mois plus tard, avec quelques pincements au cœur, je quitte notre plat pays pour des montagnes impressionnantes et uniques au monde : les Carpates. S’élevant parfois à plus de 2.600 mètres d’altitude, les Carpates sont inscrites au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. C’est un environnement idéal pour randonner, nager dans les lacs en été et skier en hiver… un vrai petit coin de paradis ! C’est au milieu de ces montagnes que je me suis installé, plus précisément dans le joli village de Zaježová. Zaježka est une vallée située dans des petites collines (altitude de 600 à 900 m) dans le centre de la Slovaquie, non loin de la frontière hongroise. La ville la plus proche est Zvolen (30 km par la route). Zaježová est un village plein de charme dont les spécialités culinaires (bryndzové halušky, lokša, kapustnica, borovička, pivo, etc.), mélange de cultures slovaque et tchèque, ravissent le palais.

Cet ancien village presque déserté par la population d’origine est à nouveau revitalisé par les personnes qui s’y sont déplacées : depuis 1989, plus de 100 nouveaux arrivants ont déménagé dans la vallée et y ont créé une sorte d’« éco-village ». Niveau météo, le temps est meilleur qu’en Belgique. Il y pleut moins et le soleil se montre plus souvent… quel bonheur !

nal, la tolérance et le respect mutuel entre les cultures. Cette ONG locale organise des ateliers et séminaires sur divers sujets : par exemple, la culture et l’artisanat traditionnels, la construction naturelle, la sensibilisation à l’environnement, l’auto-développement, le mode de vie sain,... L’éco-communauté de Sekier est mise en place dans l’écovillage de Zaježová.

PHŽ est une association sans but lucratif installée à Zaježová. Son objectif est de développer l’échange internatio-

Sekier est le quartier général des volontaires, où 4 à 8 jeunes peuvent essayer de vivre un style de vie alternatif - certains pour plusieurs jours, d’autres pendant des années. Les volontaires doivent être prêts à vivre simplement à la campagne et être fortement motivés à participer aux projets. Il existe de nombreuses initiatives communautaires : une petite école alternative, une école maternelle en forêt, une banque alimentaire, un magazine de la communauté, un festival d’été,...

S’élevant parfois à plus de 2.600 mètres d’altitude, les Carpates sont inscrites au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. C’est un environnement idéal pour randonner, nager dans les lacs en été et skier en hiver… un vrai petit coin de paradis !

L’esprit de PHŽ et de tous les gens qui y travaillent est une vraie inspiration, tout comme la rencontre avec les autres volontaires. Je suis véritablement convaincu de l’utilité des projets inter-

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nationaux. L’aspect humain est vraiment le point fort de tout projet. De très chouettes rencontres, dans un esprit de tolérance et d’ouverture, avec au final très peu de conflits au sein des groupes, malgré la grande diversité des gens côtoyés et les conditions de vie parfois minimales. Une belle leçon de vie ! Le SVE… qu’est-ce que c’est ? Le Service Volontaire Européen - SVE pour les intimes - est un programme de mobilité internationale financé par l’Union Européenne permettant aux jeunes âgés entre 18 et 30 ans de faire du volontariat pendant 2 à 12 mois à l’étranger. En échange de ses services (entre 30 et 35 heures de travail par semaine), le volontaire reçoit le gîte et le couvert, de l’argent de poche mensuel, une assurance soins de santé, un cours de langue (en ligne ou avec un professeur), et un accompagnement avant, pendant et après son SVE. Le SVE entend stimuler la sensibilité interculturelle des jeunes à travers la promotion et l’organisation de divers projets. Ces expériences à l’étranger permettent aux jeunes de s’ouvrir au monde, d’améliorer leurs compétences,

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Je participe au nettoyage des prairies ainsi qu’à la cueillette des fruits. Et nous avons aussi la construction naturelle (argile, ballots de paille, bois), l’assistance à l’école maternelle en forêt, le suivi naturel des localités environnantes avec les enfants de l’école locale, etc.

d’en acquérir de nouvelles, et de mieux s’orienter dans le futur. La grande variété de nationalités présentes permet de découvrir des pays que nous ne connaissons pas très bien. Selon moi, tous les jeunes devraient sauter sur cette superbe opportunité de vivre une expérience très enrichissante, d’apprendre de manière informelle à travers le volontariat, de trouver leur voie mais surtout de devenir des CRACS - Citoyens Responsables Actifs Critiques et Solidaires !

J’adore… c’est le paradis ! Après quelques mois de bénévolat, tout se passe bien : je prends mon pied ici, et je me plais bien à Zaježová..! Toutes les activités de mon SVE consistent à aider l’association dans ses tâches quotidiennes : la gestion de la ferme (c’est une petite ferme avec quelques animaux : chèvres, moutons, chevaux, lapins, poules,… pour la formation à l’agriculture biologique) et la co-organisation d’ateliers d’artisanat. Je participe au nettoyage des prairies ainsi qu’à la cueillette des fruits. Et nous avons aussi la construction naturelle (argile, ballots de paille, bois), l’assistance à l’école maternelle en forêt, le suivi naturel des localités environnantes avec les enfants de l’école locale, etc. Les échanges sur la biodiversité sont nombreux. Il faut encore rédiger des articles, organiser la formation des volontaires, participer à des formations sur la communication, et enfin développer mon projet personnel : traduire en français le site web de Zaježka. Ces intéressantes tâches peuvent être combinées : projet fantastique !


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Après 6 mois de service, j’ai de plus en plus de cordes à mon arc. J’apprends le slovaque (niveau atteint : A2+), j’améliore mon niveau d’anglais, j’acquiers de nouvelles compétences en communication, en création et en gestion de projets internationaux, dans le soutien et l’encadrement des jeunes… et ce n’est pas fini puisque je ne suis qu’à la moitié de mon service. Mon SVE m’a permis de développer le sens de l’organisation, des responsabilités, des contacts et du travail en groupe et il me permet encore d’acquérir un bagage de connaissances et de savoir-faire. Ma vision de la vie a changé. Je suis devenu plus ouvert aux gens, plus entreprenant. J’ai l’envie d’agir par rapport à moi-même et par rapport au monde qui m’entoure. Je remercie sincèrement le SCI Belgique de m’avoir permis de prendre part à ce voyage. Ďakujem !

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Quant au travail, il est parfois dur et éprouvant physiquement, mais chacun peut néanmoins trouver sa place. J’apprécie beaucoup les activités, le travail en lui-même ainsi que l’implication du village dans le projet. J’adore mon SVE ! :) C’est une expérience vraiment enrichissante ! Je fais des choses que je n’aurais jamais pensé faire un jour dans ma vie. J’ai eu l’occasion de traquer des loups, des ours et des lynx dans des zones naturelles protégées, pour la surveillance des grands carnivores dans les Carpates occidentales. C’était un peu stressant mais je me suis bien amusé.

Futur ?! Cette nouvelle expérience m’a conforté dans mon dessein professionnel : je suis très intéressé par les missions écologiques (protection de l’environnement, agroforesterie, reboisement) et socioculturelles (sensibilisation, encadrement, travail avec les communautés locales). Je veux me rendre utile, mettre mes compétences au service de l’environnement, contribuer au développement de divers programmes d’enseignement et d’éducation,... Je veux m’impliquer dans le domaine de la gestion des forêts et des espaces naturels : par exemple, participer à des projets d’éco-volontariat, promouvoir

l’agriculture biologique, aider à préserver une réserve naturelle sauvage, effacer les traces d’une ancienne exploitation humaine, soutenir et réaliser des études scientifiques d’impact, protéger les écosystèmes menacés, découvrir et identifier de nouvelles espèces,... Je veux travailler pour et avec la nature. Il ne me manque plus qu’un employeur ! :) Mais pour le moment, je finis mon projet de SVE en Slovaquie, et je prépare un autre volontariat en Nouvelle-Zélande… Ce serait un de mes prochains plans : après la SK, je ferais du backpacking jusqu’en N-Z pour commencer une autre année de volontariat ! Dovidenia ! Julien Devilers, volontaire SVE envoyé par le SCI Belgique

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Cette nouvelle expérience m’a conforté dans mon dessein professionnel : Je veux m’impliquer dans le domaine de la gestion des forêts et des espaces naturels

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En route vers Bamballu ! Un voyage à la découverte des Torajas d’Indonésie Après mes études, j’ai choisi de partir à la rencontre d’une nouvelle culture et d’un peuple qui m’était alors totalement inconnu. Me voilà embarquée pour de longues heures d’avion, environ 18, et de car, 8 à 10 heures, à la rencontre des Torajas du village de Burake.

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es Torajas constituent une ethnie indonésienne installée dans la région montagneuse du Sulawesi du Sud. Isolés avant le XXème siècle, ils habitent dans des petits villages perchés à flanc de collines dans des maisons en bois à l’architecture bien particulière, avec un toit en forme de coque de bateau inversée dont les deux extrémités montent vers le ciel. Connus pour leurs rites funéraires, ils conservent leurs morts à la maison dans l’attente de grandes festivités funèbres alliant danses rituelles, costumes traditionnels, combats de buffles et sacrifices d’animaux. En tant qu’archéologue, je voulais partir à la rencontre d’une culture différente et unique. J’ai été séduite par un projet de 4 mois en lien avec l’Unesco visant à valoriser les rites funéraires des Torajas. Sur place, j’ai travaillé en collaboration avec la population locale en donnant des cours quotidien d’anglais à la maison, à l’université locale et dans une école secondaire de tourisme. Avec l’autre volontaire, Lotta, nous avons organisé des weekends où une vingtaine d’adolescents ont pu découvrir les joies de la vie à la montagne, le respect de l’environnement et l’importance de leur culture traditionnelle. Il y a un peu plus d’un an, je me réveille et m’installe sur la banquette de bambou devant la maison afin d’y prendre mon petit déjeuner comme tous les matins. Mais aujourd’hui, Mama Nova a une bonne nouvelle à m’annoncer : nous sommes invités à une fête, un pesta. Je dois donc me dépêcher de me préparer et prendre un bon petit déjeuner consistant. J’avale une assiette de nouilles et prends une douche froide. J’essaye alors d’en savoir un peu plus sur

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cette fête qui semble tant la ravir. Mais la barrière de la langue nous empêche une fois de plus une communication détaillée. J’ai compris que nous allons inaugurer une maison dans un village assez lointain. C’est la première fois que ma famille d’accueil me propose une virée en dehors du village et je suis impatiente de voir ce dont il s’agit.

En tant qu’archéologue, je voulais partir à la rencontre d’une culture différente et unique. J’ai été séduite par un projet de 4 mois en lien avec l’Unesco visant à valoriser les rites funéraires des Torajas. « Camille, Camille. Be quick ! ». J’arrive en courant et je constate qu’une bonne partie de la famille et du village nous a rejoints. Mes yeux se posent alors sur notre moyen de locomotion : le camion rouge de Papa Gabi. Les premières femmes sont déjà installées dans la benne, assises sur des planches de bois. Je monte à mon tour et aide à réceptionner du riz, du vin de palme et des nattes. Je suis d’autant plus surprise lorsque je me rends compte que les hommes chargent également un porc attaché à des morceaux de bambous avant de s’entasser debout dans le camion, certains pendus aux barres métalliques et à moitié dans le vide. C’est bien chargé que le camion s’élance sur les étroites routes de montagnes avec une trentaine de passagers à son bord. Le trajet dure pratiquement deux heures et je profite de ce moment à part, sauf pour mes jambes qui ne cor-

respondent pas du tout aux standards indonésiens. Les paysages sont à couper le souffle. Les reliefs montagneux s’enchainent et nous serpentons le long des rivières au pied des rizières en terrasses. Nous dépassons des villages aux superbes maisons traditionnelles, des buffles se baignant dans la boue et de nombreux bananiers et caféiers. L’ambiance est particulièrement chaleureuse dans la benne. Les hommes rient, crient, racontent des blagues et chantent. Les femmes les accompagnent tout en s’occupant de moi, l’une me coiffe les cheveux, l’autre me protège du soleil avec son écharpe, une troisième compare ma peau blanche à la sienne. Une fois arrivés, mes jambes sont enfin soulagées mais criblées de bleus. Mes yeux, par contre, sont comblés. La fête a lieu dans un petit hameau de quatre ou cinq maisons à flanc de colline. Il y a déjà énormément de monde et nous retrouvons d’autres membres de la famille. Mama Nova et Mama Pegi, mes mamans d’accueil, me tiennent la main et s’assurent que tout se passe bien pour moi. Nenek Debora, la grandmère, veille quant à elle sur tous les membres de la famille tout en mâchonnant fruits, feuilles et craie en poudre, sa « drogue » traditionnelle comme je l’appelle. Les femmes s’installent sur une petite construction en hauteur tandis que les hommes se pressent sous un lumbu, une sorte de maison miniature servant de lieu de rencontre. Hommes et femmes s’asseyent à des endroits différents et pratiquent des activités différentes. Ils ne considèrent cependant pas cela comme du sexisme, cela leur semble tout à fait normal et fait partie de leurs habitudes.


Camille Delmarcelle ©

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Une cousine de mon âge, Arni, me propose alors d’aller voir les festivités de plus près pour que je puisse prendre des photos. Accompagnée de son bébé, elle me montre la maison dont nous célébrons l’inauguration. C’est une grande maison traditionnelle en bois, un tongkonan. Elle est ornée de bandes de tissus multicolores et de bouquets végétaux. Devant celle-ci, les propriétaires organisent un sacrifice de porcs afin d’apporter bonne fortune à la nouvelle habitation. Quelques hommes de mon village arrivent alors avec notre porc pour le sacrifier à son tour. Ces sacrifices semblent cruels mais les Torajas en font une telle fête que je ne me sens pas mal à l’aise. La musique et les chants traditionnels nous emportent, tout le monde est bien habillé, les hommes poussent des cris de joies et je vois des sourires sur tous les visages, mêmes sur ceux des plus petits. Ils les considèrent en effet comme un moment de partage et de rencontre. Lorsque je retourne vers ma famille et mes voisins, les femmes boivent un verre de thé et me présentent des biscuits sucrés en guise d’apéritif. Les hommes sont occupés à découper et cuire le cochon un peu plus loin tout en buvant du vin de palme dans des

bambous creux. Comme c’est notre première sortie en public, j’observe également leur manière d’agir par rapport à moi. Il est évident qu’ils sont fiers d’avoir une européenne, une bule, à leurs côtés et ils font tout pour montrer aux autres invités que je fais partie de leur entourage. Tous les regards sont tournés vers moi, ils me gâtent carrément, les femmes se montrent très tactiles, les hommes ne cessent de venir me raconter des blagues et tous parlent de moi à tout le monde. Ils réclament souvent des photos aussi, entre eux ou avec moi « for memory ». N’étant pas habituée à être sur le devant de la scène, je me sens un peu gênée d’attirer l’attention même si j’apprécie leurs démonstrations d’affection. Ensuite, nous dînons avec du cochon rôti, du porc cuit dans des bambous avec des herbes, des nouilles et l’incontournable montagne de riz. Nous mangeons comme à l’habitude dans un morceau de feuille de bananier servant d’assiette et avec les doigts. Une fois le repas terminé, chaque famille emballe des restes pour le repas du soir ou pour les enfants rentrés de l’école. Les hôtes viennent même offrir des morceaux de viande pour chacun. Nous replions

les nattes, emportons tous nos restes et retournons vers le camion pour le voyage retour qui s’annonce déjà aussi festif. Une fois rentrés à la maison, les enfants de la famille viennent voir la nourriture que nous leur avons rapportée. J’ai à peine le temps de discuter un peu avec les voisines que les enfants de mon cours d’anglais arrivent déjà. Une dizaine de fillettes et quelques garçons se pressent sous le lumbu et attendent avec impatience d’apprendre quelques mots supplémentaires d’anglais et de découvrir un nouveau jeu. L’amusement est au centre de ces heures de cours mais j’essaye également de les sensibiliser au respect de l’environnement ainsi qu’à la valorisation de leur culture traditionnelle. Les Torajas possèdent des pratiques rituelles uniques et une riche culture que je prends plaisir à découvrir chaque jour. Aujourd’hui, je suis fière d’appartenir à la famille Karen et d’être en partie une femme toraja. Cette rencontre « en terre inconnue » a changé ma vie. Quelle rencontre changera la tienne ? Camille Delmarcelle, Volontaire au SCI

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Lever le rideau

par les demandeurs d’asile 20 | Le SCIlophone - n°71

Sabina Jaworek ©

sur les injustices vécues


Projets internationaux

Chaque année, au mois de septembre, le SCI organise un projet « Théâtre de l’opprimé » qui rassemble des volontaires internationaux et des demandeurs d’asile. Ce projet permet à la fois des rencontres interculturelles fortes, mais aussi un travail sur les discriminations vécues et la recherche de ressources personnelles et d’initiatives pour lutter contre ces injustices. Claudia Bruno, coordinatrice du projet en 2015, témoigne.

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e suis dans le métro avec Samer, tripotant mon nouveau smartphone. Il rit, il se moque de moi. Lui est irakien, il est arrivé à pied, il a mis trois ans pour arriver. Il ne comprend rien au théâtre ni à nos lois, aux papiers, au fait qu’on soit davantage protégé si on travaille sous contrat. On est dans le métro et je tombe sur une annonce, un appel à comédiens « Faire du théâtre-forum avec des demandeurs d’asile ». Je ris, je lui montre et lui dis que ça pourrait être un bon média de rencontre pour nous deux. Moi comme comédienne, lui comme demandeur d’asile. J’envoie un e-mail au SCI-Projets internationaux. Il faut dire que le sujet m’intéresse, que je n’y connais pas grand-chose mais que je ne demande qu’à apprendre. Quelques jours plus tard Marjorie me contacte. Mon texte l’a interpellée et, au vu de mes « acquis » elle aurait peut-être autre chose à me proposer. Un rendez-vous est fixé. Le jour dit elle m’accueille « grand sourire et yeux de mer ». On discute, on rigole, elle me pose deux trois questions sur mes différents voyages, mes années au Conservatoire, ... Puis, elle m’annonce la grande nouvelle : « C’est OK. Si tu es d’accord, tu seras notre coordinatrice. C’est-à-dire que tu seras en immersion avec le groupe dans un lieu précis durant toute la durée du chantier. Tu assureras une bonne communication entre Ébullition (la compagnie qui encadre la création de la pièce)

et le SCI. D’autre part tu t’assureras de la bonne cohésion du groupe, tu organiseras des activités qui mettront en valeurs vos différences dans le respect et le partage, tu devras faire les menus, tenir l’argent, être responsable en cas d’accident mais tu participeras aussi au chantier. Et enfin, au terme du projet, un spectacle aura lieu. » Les orteils frétillant, je signe directement. J’ai peur, j’ai hâte, j’espère que je serais à la hauteur au milieu de ces personnes d’origines, de religions et de valeurs différentes. Mettre de l’eau dans mon vin je sais faire... Mais mettre de l’eau dans celui des autres par contre... Une jeune Belge, un couple de Français plus âgés, une Japonaise d’origine guinéenne, un Sénégalais, un Algérien, deux Guinéens, un Somalien et un Espagnol. Liste en main je m’attelle à tout préparer : prendre contact avec chacun, organiser nos repas en fonction des habitudes alimentaires de chacun,

On se déguise, on crée des « personnages » qui sont « l’opposé de nous ». Du théâtre en somme, des exercices d’improvisations... Et puis, petit à petit on y arrive et mes peurs s’évanouissent préparer des activités qui vont nous pousser à parler de nous. Puis Géraldine d’Ébullition prend contact avec moi : « nous allons créer un spectacle dans lequel le spectateur est le héros. » Dans mon groupe je ne sais pas qui est demandeur d’asile et franchement je ne cherche pas à le savoir. En réalité ce qui m’inquiète c’est que certaines personnes ont sans doute fui une situation difficile et qu’elles portent certainement en elles quelque chose de lourd. Et puis les autres aussi ont leurs peurs et leurs deuils. Comment allons-nous pousser, en aussi peu de temps, des personnes diamétralement différentes à monter sur un plateau, devant le groupe d’abord et devant des spectateurs ensuite ? Comment les pousser

à venir exposer devant les autres des injustices vécues ? Je suis anxieuse : en général je n’aime pas lorsque les comédiens jouent des choses qu’ils ont vécues. Je trouve cela malsain. Imaginez que vous jouiez la personne qui vous a violée ou bien votre sœur qui s’est suicidée... Un comédien doit avoir une certaine distance avec ce qu’il joue. Ça fait beaucoup d’interrogations avant même de commencer le stage. Et puis vient le premier jour du projet et tout s’enchaîne. Le premier soir, avant que nous commencions le travail théâtral, je leur propose de lancer mon activité. J’avais demandé à chacun de ramener quelque chose qui lui fait penser à « chez soi ». Cela peut être là où ils vivent ou bien là d’où ils viennent, ou bien encore « chez soi » sous-entendu « à l’intérieur de soi-même ». Autour de quelques bougies, dans le lieu austère et froid où nous logeons, chacun se découvre. Une poupée, des photos, des épices et quelques larmes. Challenge réussi ! On parle, on apprend. Untel a fui un climat austère, un autre a été inscrit au projet SCI par son fils, tel autre travaille avec des demandeurs d’asile. On chante. C’est chouette, tout le monde fait l’effort. C’est incroyable ce groupe qui se crée. Le lendemain Géraldine et Mounir arrivent. Découverte de l’espace, échauffements habituels. Petit à petit on découvre le corps de l’autre, on commence à se toucher. L’animation de la veille aide aussi à ce que naisse une certaine complicité. Les jours passent, tous différents, tous enrichissants. Parfois on se comprend mal, parfois on en rit et parfois pas. Je jongle puis je délègue. Certains ont besoin de moments de solitude, d’autres sont toujours ensemble. Nous n’avons pas encore parlé de nous. On se déguise, on crée des « personnages » qui sont « l’opposé de nous ». Du théâtre en somme, des exercices d’improvisations... Et puis, petit à petit on y arrive et mes peurs s’évanouissent. On parle que de ce qu’on a envie. Par petits groupes on crée des scénettes d’injustices qu’on a vécues personnellement. Du coup on brasse carrément nos

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cultures, nos valeurs, nos générations aussi. Nos séances de théâtre sont souvent interrompues par des débats et là j’apprends. J’apprends ce que veut dire ce terme de « demandeurs d’asile ». Dans les soirées aussi on discute. L’un pense à mort à sa mère. Un autre vient d’un pays où la musique est interdite. Comme il adore chanter, chaque jour il traversait la frontière pour aller chanter dans un hôtel dans le pays voisin. Un autre encore n’a pas explosé de joie quand il a eu ses papiers : il était triste, comme si enfin sa tristesse pouvait s’exprimer. Pour certains, l’avenir est incertain : demain, après-demain, chaque jour ils craignent qu’on les appelle pour leur annoncer le refus de leur demande et l’obligation de partir. On parle mariage gris, blanc. J’apprends qu’après un refus, beaucoup refusent de repartir et qu’ils traînent dans les rues, sans papier et sans droits. Si on les viole ils ne peuvent pas aller se plaindre à la police car ce serait le retour au pays. Au centre pour demandeurs d’asile, il arrive souvent que des personnes viennent leur proposer du travail en black, mal payé, parfois pas payé. Et souvent, même avec des papiers, ils continuent d’avoir peur de la police. J’apprends aussi la vie dans les centres avec leurs règles stupides. Si on perd son badge on ne mange pas. On n’a pas le droit de travailler, on n’a que le droit de ne rien faire ; juste attendre. Mais cette attente peut durer des années. Les demandeurs d’asile se retrouvent parfois à dormir dans des chambres minuscules avec des gens qu’ils n’aiment pas. « Pourquoi alors doivent-ils payer si cher encore et encore le fait de n’être pas né au même endroit que moi ? » On partage mais sans apitoiement et je crois que c’est cela même qui fait tenir notre groupe. Eux aussi apprennent à nous connaître, nous comme eux. La faute aux politiques, à l’argent et à la guerre. Le problème du pouvoir et de l’Humain, le même, toujours. Bien sûr nous ne sommes pas d’accord sur tout, bien sûr tout n’est pas idyllique mais quand même, nous avons tous le sentiment qu’un échange pur se crée. Nous en sommes d’ailleurs abasourdis.

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Même Géraldine d’ Ébullition nous le fait remarquer.

Sabina Jaworek ©

DOSSIER

Petit à petit notre projet avance, les scénettes se construisent. « Reste encore la question du spectateur-héros du spectacle » dis-je à Géraldine. « Une chose après l’autre » me répond-elle. Le jour J arrive. Des papillons dans le ventre et des chaises vides, nous nous échauffons, ensemble. On ouvre les portes et le public entre. Ils sont beaucoup plus que prévu, la salle est comble et je suis contente. Enfin je comprends de quelle manière le spectateur peut devenir le héros. Le principe est simple : nous présentons les scènes d’injustices que nous avons répétées ; ensuite, Géraldine demande au public s’il trouve la scène normale. Si l’un d’entre eux n’est pas d’accord alors il monte sur le plateau, prend la place d’un des comédiens « victime » et joue une proposition. Parfois ça marche, parfois pas. Ici le but n’est pas de définir ce qui est bien ou mal au contraire.Tout le monde a l’espace pour s’exprimer, même si ses idées politiques ou religieuses vont à l’encontre de la pensée générale. Les débats s’animent.

J’apprends aussi la vie dans les centres avec leurs règles stupides. Si on perd son badge on ne mange pas. On n’a pas le droit de travailler, on n’a que le droit de ne rien faire ; juste attendre. Mais cette attente peut durer des années. Le principe me plaît car il ne dit pas ce qui est droit ; il pose des questions ouvertes. C’est comme ça que j’entends pratiquer mon art. Que ce soit dans l’écriture ou sur la scène, je veux changer le monde et pas que le monde me change. Bon, le monde m’a changé c’est sûr mais je garde cette petite flamme en moi. Quand je crée ce n’est pas pour dire « blanc » ou « noir » c’est pour dire « nuance ». Et même si j’ai des valeurs parfois arrêtées je sais que je n’ai pas la science infuse. J’ai des valeurs par rapport à moi-même mais

je ne veux pas les imposer. J’aime les êtres Humains, je les adore dans leur complexité respective et cette aventure me les a fait aimer encore plus. Après le spectacle on va faire la fête. On parle avec nos nouveaux fans du spectacle et de toute la préparation. Samer est venu nous voir aussi, mais il était parti avant la fin. « Parfois ça fait mal d’entendre ce que certains pensent. » me confiera-t-il plus tard. Le lendemain, avec tout le groupe, nous nous disons au revoir, en nous promettant de nous revoir bientôt et tout en sachant que ça risque d’être difficile. Les larmes coulent. Mon cœur se tord. J’ai besoin de partir, de prendre l’air. C’est réellement difficile. Besoin de digérer ce qui vient de m’arriver. Et aujourd’hui ? J’ai vu qu’Adama avait refait un projet avec Ébullition ! Hélène va partir au Canada faire du théâtre de l’opprimé ! Jeddou joue ce soir au Théâtre National ! Et puis, Samer a eu de bonnes nouvelles par rapport à ses papiers. On a bu du champagne sur la Grand-Place. Et je suis encore en contact avec certains de mes nouveaux amis de tous horizons. A l’avenir j’aimerais faire plus qu’un peu de théâtre pour changer les choses mais c’est déjà un bon début je crois. Une direction : l’Être Humain. Claudia Bruno, coordinatrice du projet Théâtre de l’Opprimé 2015


Alternative positive

Rencontre exceptionnelle avec un témoin des temps modernes Dans le métro, dépassant du sac en coton, j’entends qu’on parle de moi. « Elle doit sûrement l’avoir payé cher dans un magasin de faux objets rétro ». Faux ! J’ai grillé des tartines pour trois générations de p’tits bouts, moi ! J’ai commencé ma carrière sur un frigo, dans le Hainaut, en 1954 !

J

’ en ai vu du pays grâce à la famille ! Même si j’ai eu un gros passage à vide, une période pas facile...Tout le monde m’a oublié, j’ai passé des années dans la poussière et l’humidité. Heureusement, il a fallu meubler le kot de la petite qui partait à l’université. Ça a été la plus belle période de ma vie! Quand elle m’a vu, elle a flashé, je l’ai entendue dire que mon design le faisait trop, et j’ai retrouvé ma place sur un frigo, à Louvain-la-Neuve. Depuis que je suis à Bruxelles, mon système s’est enraillé. Après plus de 50 années de bons et loyaux services ! On n’en fabrique plus, du matériel de si bonne qualité. Aujourd’hui, on nous fabrique prêts pour l’autodestruction  ! J’ai flippé. Je me voyais déjà dans une décharge, remplacé par un grille-pain fleuri - pour faire comme s’il avait mon âge - mais qui tiendrait même pas deux ans ! Mais vous savez quoi ? Je suis passé à travers ces quelques années où on jetait tout au moindre petit accroc pour acheter du toujours plus neuf. Le

monde change. Comme mon design, la réparation revient à la mode. Enfin, c’est plus qu’une mode. On a enfin compris qu’on ne peut pas épuiser sans fin les ressources du sous-sol pour construire plein de machins tous les jours. Et

Ils sont là un dimanche après-midi par moi, ou un mardi soir pendant 3 heures, et tout ça pour le plaisir de la mécanique, ou le plaisir de rendre service, ou de rencontrer des gens du quartier... Moi, ça m’impressionne.

puis, ça pollue de fabriquer, sûrement encore plus que d’acheter. La petite, elle est d’accord avec les chefs d’Etats de la COP 21, mais elle, elle agit, alors elle m’a emmené dans un Repair Café. Facile, il y en a chaque mois, 14 dans la région bruxelloise et plus de 40 en Wallonie !

A Jette, il y avait 6 personnes occupées à trifouiller sur des appareils et des habits. Et y avait un de ces monde ! Faut faire la file du coup, mais on peut boire un coup ! Elle y était avec une copine. Petit verre et papote, et à la fin, mon bouton poussoir était de nouveau opérationnel ! Voilà un dimanche après-midi efficace, et bien plus convivial qu’un samedishopping. Et tout ça gratuitement ! J’en ai vu des choses durant ma longue existence, et je peux vous le dire, j’aurais jamais pensé être à nouveau témoin d’entreaide, sans que l’argent entre en compte. Ils sont là un dimanche après-midi par moi, ou un mardi soir pendant 3 heures, et tout ça pour le plaisir de la mécanique, ou le plaisir de rendre service, ou de rencontrer des gens du quartier... Moi, ça m’impressionne. Et ça me rend heureux, qu’on soit sorti de ce creux de l’histoire où tout n’était que financier. C’est beau, de voir tous ces sourires satisfaits d’avoir appris à faire, défaire, ou refaire soi-même... Vous avez déjà entendu parler de masse critique ?? De ce qu’elle dit la petite, moi, j’ai compris qu’à partir d’un certain moment, quelque chose est tellement répandu qu’il devient la norme. Bein là, j’y crois ! Ça pousse comme des champignons toutes ces alternatives à la consommation qui revalorisent la solidarité. Et moi, ça fait chauffer ma résistance ! Cristel Cappucci, membre du groupe Nord-Sud

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Coordonnez, un projet

international en Belgique avec le SCI Les projets de volontariat international ça se passe aussi en Belgique! Des volontaires de différents coins du monde viennent chez nous, découvrir notre culture et nos associations partenaires ! Et ils ont besoin, pendant le projet, de pouvoir se référer à une personne qui fera le lien entre eux, l’organisation d’accueil et le SCI.

A

vez-vous envie de relever le défi de la coordination de projet et de vivre une expérience interculturelle tout en voyageant… dans votre propre pays ? En pratique : Vous participerez au projet en tant que volontaire avec les autres personnes venues de différents pays. Vous accompagnerez le groupe durant toute la durée du projet (de 9 à 20 jours) et faciliterez le bon déroulement de celui-ci. Une formation, durant le week-end du 3 au 5 juin, vous permettra de comprendre le rôle de coordinateur, de développer vos aptitudes à gérer des conflits dans un cadre multiculturel, de découvrir des techniques d’animation et de créer une dynamique de groupe et une ambiance positive. Sur la base de données du SCI vous trouverez la liste des projets qui attendent des coordinateurs. Vous pouvez aussi contacter Marjorie : marjorie@scibelgium.be

Nos volontaires en action lors de la COP 21

L

e 21ème Sommet des Nations Unies sur le climat qui a eu réuni fin 2015 à Paris les dirigeants du monde entier, mais aussi des associations militantes et des citoyens, a abouti à un accord sur des mesures nécessaires pour limiter le réchauffement de la planète : • le réchauffement doit être maintenu en dessous de 2°C et si possible en dessous de 1,5°C • 158 pays sur 195 se sont engagés à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre ; ces pays sont responsables ensemble de 94% des émissions • l’utilisation d’énergies renouvelables sera prioritaire • tous les 5 ans, leurs engagements seront revus et, espéronsle, approfondis • les engagements actuels des pays ne suffiront pas à endiguer le réchauffement climatique et que d’autres engagements sont nécessaires.

Ces négociations invitent à la réflexion critique et à des changements de comportements importants et rapides pour éviter à l’humanité un avenir difficile. Entourés des 10.000 personnes présentes au rassemblement du 6 décembre à Ostende, nos volontaires nous ont montré l’exemple à suivre. A l’image de ce monde en transition, leur mobilisation a permis une remise en question nécessaire du système économique et de la politique mondiale. C’est pourquoi, à travers ces quelques lignes, nous avons souhaité les remercier. A lire : Dossier « 40 ans de combats pour la planète, et après ? », in Imagine demain le monde, n°113, janv-fév 2016.

Le SCIlophone n°71  

Un trimestriel du SCI-Projets internationaux

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