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TÉMOIGNAGES d ‘ ici   &  d’ailleurs

1920 2020

100 ANS DE VOLONTARIAT pour notre mouvement

le service civil international


Le SCI-Projets Internationaux est une ASBL reconnue comme :

• ONG d’éducation au développement par la Direction Générale de la Coopération au Développement (DGD) • Organisation de Jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Branche belge francophone du Service Civil International, le SCI-Projets Internationaux asbl a fêté ses 70 ans en 2017 et propose des projets de volontariat en Belgique et à l’étranger ainsi que des formations et animations et des espaces de mobilisation citoyenne. Au travers de nos activités, nous voulons promouvoir la paix, les échanges interculturels et la transition écologique. Le Service Civil International est une organisation pacifiste créée en 1920. Composé de plus de 40 branches SCI et partenaires répartis sur tous les continents, ce mouvement a pour vocation de promouvoir une société pacifique et interculturelle, en mettant en place des projets de volontariat internationaux dans le monde entier.

© Cover : Thierry Frycia, TCHÉQUIE Floriane Hults, TOGO Marie Lou Leblanc, ISLANDE Dos : Sabina Jaworek, BELGIQUE Service Civil International, BELGIQUE

WWW.SCIBELGIUM.BE


REMERCIEMENTS Merci aux volontaires avant tout, à Aline Nonet qui a patiemment relu tous les témoignages de ce carnet, à la personne qui a eu la merveilleuse idée de lancer le premier ‘chantier’ SCI, à toutes celles et ceux qui y ont cru avant nous et à nous toustes qui y croyons dur comme fer !

P  our encourager et soutenir l’égalité de genre, cette publication utilise l’écriture inclusive


just about  Humanity

C’

est à un grand tour du monde que nous vous invitons, à travers ce carnet de témoignages. Un tour de la planète et de ses 5 continents : les volontaires qui ont eu la gentillesse et, vous le découvrirez, le plaisir de partager leur expérience de volontariat international nous entraînent à travers l’Afrique, l’Asie, les Amériques, le Moyen-Orient, l’Europe ; dans les villes les plus improbables d’Indonésie ou de Palestine, de pittoresques villages de la campagne italienne ou… wallonne ; dans de somptueux paysages montagnards, des forêts profondes et au cœur de villes aux couleurs éclatantes et aux odeurs ébouriffantes. En parcourant ces pages, vous partagerez avec eux cette chance inouïe qu’ils ont eue, qu’ils ont pu saisir, d’aller à la rencontre des gens les plus divers. De leur culture, leur mode de vie, et surtout, souvent, presque toujours, de leurs sourires et de leur joie de la rencontre. Avec Valérie, vous partagerez une pâtisserie sucrée confectionnée avec fierté par un villageois de Naplouse. Avec Mélanie, vous apercevrez votre reflet dans le regard d’un loup et découvrirez peut-être avec lui que vous faites partie d’une seule et même planète. Vous pédalerez avec Tom et Paolo, un jeune homme polyhandicapé ravi et affolé de cette traversée cycliste dans la campagne liégeoise. Vous rirez avec lui en lui lançant : « Pas avoir peur, Paolo, je suis avec toi ! ».

Vous réinventerez le monde autour d’un brasero avec Sabina et des utopistes italiens et des 4 coins du monde dans un village abandonné de Toscane, en dégustant un verre de vin frais.

Que de rencontres inouïes et si riches. Pour finalement vous rendre compte, comme Yoann, à quel point « l'autre » est différent mais surtout à quel point il est semblable.

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Une autre façon de voir le monde


Un villageois rencontré par Cristel, en Turquie.

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C’est aussi à un grand tour d’horloge, que nous vous convions. Les aventures qui vous sont contées dans ces pages racontent l’été dernier, des hivers d’il y a dix ans, et même des rencontres de presque 60 ans.

100 ans de volontariat en 2020

On aurait pu remonter à 100 ans. C’est en 1920 que le premier projet de volontariat international SCI a été organisé : et oui, un bel anniversaire à fêter. Combien de volontaires se sont-ils croisés durant ces décennies : des centaines de milliers, un million ? Des peaux, des langages, des parcours de vie si différents qui se sont frôlés, confrontés, rencontrés, aimés. Chacune et chacun a sans doute vécu son projet de manière très personnelle, mais pour la plupart, comme Camille, « cette rencontre en ‘terre inconnue’ » aura changé leur vie. Et chacun sera rentré chez lui en rêvant d’un monde meilleur, en paix et en harmonie. En lisant ces lignes, vous découvrirez qu’une même émotion a vibré chez Iphigenia qui a réalisé son premier projet cet été et chez Janine, pour qui le mois d’août 1963 est encore tout chaud dans sa mémoire.

édito d’ailleurs

C’est aussi et surtout un tour du monde des émotions que vous vous apprêtez à faire. Vous vous reconnaîtrez certainement en vous plongeant dans ces récits, et vous aurez peut-être envie de revivre ou de découvrir cette extraordinaire aventure qu’est le volontariat international.

Témoignages d’ici

Parce que, comme l’écrit joliment Cristel, de retour d’un de ses nombreux projets, « ces expériences vous transportent, parfois elles vous transforment, elles touchent votre âme, elles sont les plus belles jamais vécues… ». Ces expériences, ce sont bien plus que des mots. Pierre Cérésole, qui a créé le SCI et organisé le premier projet en 1920, en a fait un slogan :

« Deeds but not words »

Des actes plutôt que des mots

 car « Il n'est pas nécessaire de pouvoir se parler pour s'aimer ou pour rire ensemble. It's just about humanity » 1

Pascal Duterme

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Coordinateur du SCI-Projets Internationaux

S'inscrire dans un mouvement historique pacifiste

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« On apprend tellement en vivant et en réalisant le projet ensemble »

les p'tits

TÉMOIGNAGES « Il y a énormément de choses à retirer de ce projet, mais je vais me limiter à la plus importante. Si l’on a l’envie de changer les choses et l’opportunité de le faire, on peut y arriver ! » Maxime, Belgique

« Créer des ponts, ouvrir des frontières encourager les cultures à se rencontrer… »

« Nombreuses sont les raisons pour lesquelles je continue à faire des projets de volontariat. Ça donne du sens, ça permet de repousser mes limites et de découvrir un nouveau monde tout proche. Chaque fois que je reviens, je me sens plus moi-même, avec un esprit plus clair et plein de motivations pour le futur. Chaque projet apporte une histoire totalement différente. C’est comme un laboratoire où chaque personne que tu rencontres y apporte son énergie propre et forme ton expérience. » Simon, Grande-Bretagne, Allemagne, Suisse, Autriche, Belgique

« Je ne sais pas si mon regard a changé mais il s’est enrichi et affiné. Je comprends mieux certains enjeux écologiques qui sont encore plus vaste et compliqué que ce que j’imaginais ; j’ai entraperçu le regard qu’une partie du monde porte sur l’Europe, j’ai confronté mes stéréotypes. C’était très enrichissant de découvrir ce que l’on imaginait l’un de l’autre. » Fabienne, Thaïlande

« Le volontariat permet de tourner son regard sur soi-même, d’ apprendre à se connaitre au travers d’ autres mentalités, tâches et problématiques inconnues, parfois compliquées… »  

« Sans aller très loin (Göttigen), mon projet m'a fait vivre un salutaire et intensif dépaysement non pas tant de mon pays, mais de ma 'petite vie'. Je me souviens de ce nouveau quotidien qui s'installe en quelques jours avec des gens venus de toute l'Europe. De ces échanges parfois vite intimes, parce qu'on sait qu'on ne se reverra probablement plus après, mais authentiques pourtant. Je me souviens de l'impression grisante de revenir chargé à bloc, prêt à tout recommencer, sans avoir besoin de certitude. Que je pouvais être et vivre des tas d'autres choses que ce dont je me croyais capable avant. Que ce dont je croyais capable la vie. A quoi ça tient ? Peut-être d'abord au fait qu'un projet SCI ce n'est pas visiter un autre pays, mais c'est un peu y vivre, s'y fondre, s'y impliquer d'égal à égal avec d'autres gens. » Michael, Allemagne

« J’ai découvert la véritable générosité et le sens de l’accueil suite à l’apprivoisement. J’ai particulièrement apprécié le fait que des personnes prennent le temps pour engager la discussion, mener des débats et apprendre à nous connaître. » Elise, Maroc

« J'ai beaucoup appris sur la culture mapuche quand j'étais dans les familles : comment ils ressentent leur identité, leur langue, quelle est leur relation à la terre et à l'eau (et les problématiques qui y sont liées)… » Catherine, Chili


« Faire du volontariat, c’est sortir du capitalisme et du matérialisme, c’est une manière de vivre qui enrichit l’esprit, qui nourrit la personne car on n’est pas dans des relations marchandes mais dans des relations gratuites et humaines »  

« Imaginez un petit village au Pérou, perdu au cœur des Andes. Ici à Mato, le temps s’est un peu arrêté. Les habitant·es vivent au rythme du soleil. A l’aube, les hommes et certaines femmes vont travailler aux champs, aux travaux de voiries… Les femmes travaillent dur aussi pour aller chercher du bois, partir à la cueillette, tuer les animaux, préparer à manger, laver le linge… L’eau bien que froide, ne manquait pas, mais était coupée le soir. On se rappellera le plaisir de la bonne douche froide prise à l’extérieur, avec vue sur les montagnes et le bleu du ciel. Le soir, seuls quelques-uns veillent après le coucher du soleil, partageant une « cerveza  » en faisant passer le seul et unique verre à chacun, sur fond de Huayno, la musique de là-bas. »

« Le point fort du projet est la majorité de Togolais·es qui composait notre groupe. Je ne pense pas que j'aurais pu autant apprendre sur le pays et ses coutumes si cela n'avait pas été le cas… Nous étions dans l’échange culturel permanent » Luce, Togo

Marion, Pérou

« Changer de perspective et sortir de notre zone de confort est la meilleure manière de grandir et de nous explorer nous-mêmes ainsi que le monde » « Chaque projet SCI a été une chance d’apprendre de nouvelles compétences, de rencontrer des personnes uniques, d’ouvrir mon esprit sur de nouvelles choses… C’est une manière inestimable de mettre mon temps et mon énergie dans ces projets afin de participer à la construction d’un monde un peu meilleur. J’ai vu l’impact de mon travail. Je crois que chaque pas compte, peu importe qu’il soit petit, si nous voulons apprendre aux futures générations à vivre pacifiquement. » Anna, Italie, Estonie, Ukraine, Grande-Bretagne

« Je suis reconnaissante d’avoir pu partager le quotidien de Laotien·nes en milieu rural ; leur mode de vie est très modeste, le concept de propriété personnelle ne s’applique pas aux denrées alimentaires, privilégiant ainsi une solidarité qui prend ses racines bien avant la mise en place du système communiste. C’est pour moi une leçon sur le vivre ensemble. Étant impliquée à Bruxelles dans des actions de promotion de l’alimentation durable, je reviendrai avec un regard différent sur le confort, voire le luxe, que représentent la disponibilité des ressources en Belgique et le partage de celles-ci. » Marie, Laos

« Pour moi, être volontaire c’ est agir, s’ engager socialement »  

« Avec les volontaires de mon dernier projet, on avait l’habitude de dire qu’on sait toujours quand c’est le premier projet mais jamais quand c’est le dernier. On dirait que le volontariat est addictif ! » Elena, Belgique, Tchéquie, Portugal, Serbie, Islande


intercultu

introduction

lité ra

le Voyage,

entre la fenêtre et le miroir

En ce début 2015, germe en moi l'idée de partir en voyage, peut-être peu de temps mais loin. Mais comment ? Avec quel statut, quelle attitude, quel regard ? Je sais que pour moi, le voyage doit permettre une ouverture, une sortie, une confrontation avec soi-même, un échange. Depuis longtemps je songe à tenter un volontariat international, qui me semble une expérience répondant bien à mon état d'esprit, à mes aspirations. Grâce à des connaissances, je prends contact avec le SCI, et me voilà parti pour le Vietnam.

I

l est des façons de voyager qui peuvent se révéler stériles, d'où l'on revient tel qu'on est parti. Il en est de plus riches, d'où l'on ressort façonné un peu autrement ; le changement, fût-il infime, on a fait un petit pas que ce soit en matière de connaissance du monde, de façon d'être, de manière de penser, de rencontres ou autres, peu importe. Si un volontariat placé sous le sceau de l'échange interculturel offre une occasion idéale pour un tel apprentissage, c'est néanmoins en soi-même que repose l'essentiel pour que cette alchimie se fasse : quel regard on pose sur soi ? Sur les autres ? Dans quelle mesure pose-t-on des jugements ? Dans quelle mesure sommes-nous prêts à remettre nos jugements en question, à nous laisser bousculer ?

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Yoann Matthieu

d’ailleurs

intro

Témoignages d’ici

Rien de tout cela ne va de soi, aussi vrai que le préjugé est une composante essentielle de la psychologie humaine, de la façon dont on prend connaissance de son environnement, dont on interagit en société. Inévitablement – et avec raison – on accueille le nouveau, l'inconnu, en lui cherchant des correspondances dans son vécu, son expérience du monde ; en somme, en rattachant cet inconnu à ce qu'on conçoit comme des catégories pertinentes. Ainsi, connaissant d'expérience le lion comme un dangereux prédateur, l'observation de longues canines, griffes acérées, rugissement menaçant et musculature puissante permettra de se tenir à distance respectable du tigre, en l'associant a priori (c'est bien cela dont il est question) à la catégorie des dangereux prédateurs 1. Si donc il est naturel de poser des préjugés, de se référer au connu pour aborder l'inconnu, en revanche s'appuyer entièrement sur ses préjugés sans se poser plus de questions ne peut qu'amener à une vision du monde limitée, étroite, faussée.

Une vraie ouverture d' esprit consisterait alors en la capacité à confronter sans cesse ses préjugés à l' expérience, à remettre en question son propre regard, à complexifier sa grille de lecture par de nouvelles nuances, quitte à effacer complètement les anciennes, à se placer soi-même non sur une position surplombante mais sur un pied d' égalité avec la chose envisagée.  

Finalement, à sans arrêt remettre sur le métier son propre ouvrage, en analysant en profondeur, en cherchant à comprendre, en relativisant.

Où donc ai-je lu ça ? J'offre un verre à qui m'en retrouvera la source, et on parlera interculturalité !

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C'est une disposition que j'essaie autant que je peux d'appliquer 2, et celle dans laquelle je veux entreprendre ce voyage. Les premiers préjugés à confronter seront ceux, en l'occurrence, sur les « chantiers internationaux ». Chacun a une connaissance relative du sujet, qui mobilise inévitablement des concepts et idées reçues : « volontourisme », ONG douteuses, simples clichés ou vrais écueils de la coopération au développement (à commencer par la question de savoir si une telle expérience se situe ou non dans cette catégorie vague), mais aussi rapports Nord/Sud (Nord et Sud, tiens, deux catégories qui vont de soi ?), et j'en passe. S'il y a bien un mérite à reconnaître au SCI, c'est celui d'offrir des pistes de réflexion permettant d'inscrire l'expérience dans un cheminement personnel sensé – à chacun d'en tirer ou non un enseignement constructif (et quant à mon propre cas, je laisse le temps en disposer). Me voilà donc parti pour le Vietnam, pays, comme on dit, « du Sud » (et comme décidément toute catégorisation a ses limites, celle-ci ne laisse pas de poser question : ainsi, Japon et Australie seraient « du Nord », Mongolie, « du Sud » ; et si la Turquie est sans doute des premiers, l’Azerbaïdjan doit être des seconds ; soit) 3. La tâche sera de travailler dans la pépinière d'une réserve naturelle Unesco à proximité d'Ho Chi Minh City, région de mangroves dévastée par les défoliants US pendant la guerre « du Vietnam » (qu'on nomme là-bas « guerre américaine »   ). La réserve est gérée par le gouvernement, nos hôtes sont donc des fonctionnaires, et c'est l'occasion de faire connaissance avec un aspect particulier du Vietnam : la bureaucratie. L'occasion, encore, de s'apercevoir (ou d'avoir confirmation) du fait que l'échange interculturel est une notion elle aussi toute relative, qu'il s'agisse des volontaires « du Nord » 4, des volontaires vietnamiens, de l'ONG d'accueil ou encore du personnel de la réserve, chacun de ces acteurs abordant les relations à sa manière. Mais aussi d'observer le mécanisme des préjugés, les limites des uns et des autres. Irrité de certains stéréotypes collés aux volontaires occidentaux, je m'étonne ensuite de l'empressement que montrent certains à les justifier – et comme personne n'est parfait, constate à l'occasion qu'avec toute la bonne volonté du monde, on ne s'en départ pas si facilement soi-même…

Que le grand Cric me croque si je ne prétends aucunement y arriver en toute circonstance.

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Hésitations qui cependant n'invalident pas totalement la catégorisation ; simple exercice amusant de relativisation.

3

À moins qu'ils soient « occidentaux » ? J'en perds la boussole…

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Une autre façon de voir le monde


Sur place, j' observe, à voir la contrariété de certain·es volontaires, que n' avoir eu aucune attente spécifique, ou si peu, par rapport à ce projet, est un atout. N' attendant d'autre chose que ce qu' il me serait donné de vivre, je suis une vraie éponge absorbant tout, peu sujet aux déceptions.  

d’ailleurs

intro

Témoignages d’ici

Quant à l'interculturalité, puisque là est la motivation première des projets internationaux, qu'est-ce et comment se vit-elle ? Sans doute ai-je encore beaucoup à apprendre sur ce sujet en vogue ; il me semble, au minimum, que cette notion peut être abordée de plusieurs manières. Notre époque est prompte à mettre en évidence la différence, pointant sur elle un doigt accusateur qui en fait l'essence de tous les problèmes de société. Un postulat courant lorsqu'on parle de relations « entre cultures » pourrait donc se résumer : il y a des différences entre les cultures, ces différences sont à l'origine de tensions et problèmes, et il faut en prendre conscience pour apprendre à vivre ensemble. Le fameux « choc des civilisations » de Huntington n'est pas loin. Sans nier que de tels problèmes puissent parfois surgir, pour ma part, je ne me sens pas trop empressé de relever chez l'autre la Différence 5, et ai plutôt tendance à voir avant tout ce qu'il y a de commun, évitant d'essentialiser à sa culture ce que je pourrais trouver de particulier chez l'un ou l'autre.

100 ans de volontariat en 2020

Avec ses hauts et ses bas, l'expérience vaut bien la peine d'être vécue. La promiscuité qu'implique le projet, le fait de cohabiter en permanence avec des gens de tous horizons, loin de ses repères, de collaborer sur un pied d'égalité à un travail pas toujours facile, de se confronter à des situations inédites, permet d'aiguiser le regard qu'on porte sur les autres, d'apporter des nuances à ses premiers jugements, de se découvrir des ressources insoupçonnées, mais aussi de buter sur ses propres limites (ce qui a un intérêt en soi – à charge ensuite de trouver comment les repousser).

Pour illustrer, on peut partir en volontariat international pour se rendre compte à quel point « l'autre » est différent ; ou pour se rendre compte à quel point il est semblable 6.

Yoann Matthieu

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Projet avec l’ association partenaire du SCI ‘Volunteers for Peace Vietnam’, 2015

La majuscule semble s'imposer.

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« L'autre » ; ce simple terme est évidemment piégé. Je l'emploie ici à dessein, pour attirer l'attention sur le problème sémantique qu'il pose : d'une acception la plus générale et non connotée « ce qui n'est pas soi-même, sa propre personne » (donc, « tous les autres », ou plus simplement « autrui »), on a vite fait de dévier sur une acception catégorisante qui voit l'autre comme Autre, par essence, traçant une ligne de démarcation nette qui est déjà excluante. Va-t-on vers l'Autre, ou va-t-on vers le même ? Là serait peut-être la question. Que l'on remplace dans ma phrase l'autre par son prochain, et l'on voit que dès les prémisses, les implications sont bien différentes.

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Bonne lecture !

© Lucie Hermans, palestine

Le voyage, entre la fenêtre et le miroir …


asie

Estelle Cosnard thaïlande

Camille Delmarcelle indonésie

Matteo Barbieri vietnam

© Manon Lesolie, laos


thaïlande 2017

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Dalaa

la Thaïlande ou tous les sens en éveil

myanmar laos

Toutes premières fois ! vietnam cambodge

thaïlande, Koh Libong munaut com

e air

vie

malaisie

En avril 2018, cela a fait un an que je me suis envolée pour la Thaïlande. J'ai fêté un tas de premières fois : premier pas sur le sol thaïlandais, premier voyage seule, première fois en Asie, premier volontariat.

J

e partais pour un tas de raisons : fuite en avant, besoin d'air, besoin de découverte, besoin de passer de l'intellectuel au corps. Je me suis préparée avec une rigueur presque militaire : forums, témoignages, vaccins, itinéraires, billet, visa… Bien que le SCI ait toujours été présent de la meilleure façon qui soit, sans me materner mais en étant disponible, bien que la formation pré-départ dans le 'Sud' soit très bien construite, j'avais la boule au ventre le matin du départ. Et pourtant, il m'aura suffi de poser le pied sur le sol thaïlandais pour savoir, intrinsèquement, que tout irait bien. Commençons par essayer de planter le décor. En Thaïlande il fait chaud, il fait moite, et dès la sortie de l'avion c'est une chape de chaleur qu'il faut traverser. Tout est différent, les sons, les odeurs, la religion, les bâtiments, les transports, les gens… Tout au long de mon expérience, sans aucune exception, j'ai été remuée, décontenancée, ébranlée, partout où se posaient mes yeux.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Estelle Cosnard

Je pourrais vous raconter mon arrivée, après 16h de train-couchettes, à côté d' une Thaïlandaise qui avait décidé de me nourrir, et qui m' a fait comprendre par ses gestes qu' elle serait, pour la nuit, ma maman du bout du monde, ce même train-couchettes qui au milieu de la nuit s' était arrêté au milieu de la jungle dans un bruit de ferraille, tandis que mon téléphone portable encore déboussolé ne parvenait pas à me localiser.  

asie

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Du train je suis arrivée sur le quai de la gare, où une bande de joyeux volontaires a égrainé leurs noms d'une sonorité nouvelle. Du quai de la gare au quai de l’embarcadère, puis du pont d'un bateau traditionnel à l'arrière d'une jeep pour finalement arriver au projet, j'ai vu des visages, ouï des sonorités et ressenti la fatigue de ce long trajet. Quelques mots sur le projet maintenant ! Koh Libong est une île perdue au milieu de zones touristiques thaïlandaises. Habitée de pêcheurs en grande majorité musulmans, on n'y trouve que deux hôtels. Dans un pays hyper touristique comme la Thaïlande, comment faire cohabiter des Occidentaux pas toujours très… disons, délicats (ils ont eu une femme en bikini une fois) et des autochtones ? C'était cela notre mission, créer du lien. La journée se déroule en deux temps : le matin était consacré aux enfants, notamment à travers des cours d'anglais et des jeux divers. L'après-midi nous étions avec les habitant·es qui nous proposaient des plongées dans leur vie : cuisine, nettoyage et peinture d'une mosquée, construction d'un barrage.

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Nous étions 11 volontaires, 5 Européennes et 6 Thaïlandais. Nous dormions dans des familles qui nous accueillaient généreusement ; nous cuisinions entre volontaires et parfois pour nos hôtes dans notre cuisine à ciel ouvert. Durant ces deux semaines de volontariat nous avons eu deux jours de congé que nous avons passés tous ensemble : le premier à l'arrière d'une voiture qui nous a emmenés aux 4 coins de l'île, le deuxième sur un bateau pour découvrir des grottes marines et des étendues de sable blanc.

C’ était fascinant de voir comme les liens se créaient, entre volontaires qui, au bout d' une nuit, se partageaient leurs secrets les plus intimes. Le volontariat devient une bulle où le besoin de s' ouvrir sur un temps court est comme une évidence.  

100 ans de volontariat en 2020

Des liens se sont créés avec les habitantes et les habitants aussi, des gestes et des sourires ont suffi à pallier notre thaï rudimentaire. A chaque fois, sans exception, que ce soit au village, sur un tuk-tuk, pendant un mariage, les mains se joignaient, les visages s'ouvraient, les mots fusaient. Ton prénom est impossible à prononcer ? Allez hop, baptême thaï. Personne n'est là pour traduire ? Tu es bonne à imiter le moustique. Et attention quand tu t'essayes à répéter les quelques mots de thaï que tu as appris : « peau brûlée » devient, quand la langue fourche, « est-ce que tu as faim ? ».

asie

Témoignages d’ici

d’ailleurs

C'est maintenant que ça devient difficile ; comment continuer ce récit ? Ce sont pourtant des anecdotes que je raconte régulièrement aux curieux·euses qui croisent ma route. Mais un volontariat, mon volontariat en l’occurrence, ce n'est pas qu'une succession d'histoires. C'est une suite de coups dans le ventre et dans l'âme : ce sont des larmes qui suivent les plats trop épicés, c'est le clapotis de l'eau qui t'entoure et qui est comme une baignoire géante, ce sont des jeux appris à l'abri des pluies diluviennes de la mousson, c'est le vrombissement d'un ventilateur par une après-midi trop chaude, c'est essayer de suivre les enfants dans la boue de la mangrove, c'est sauter d'un bateau pour plonger au milieu des poissons, c'est la morsure du soleil et des moustiques, c'est des découvertes sur toi, sur eux, sur nous. C'est viscéral, c'est organique, ce sont des corps qui vivent, ce sont des cerveaux qui carburent pour changer le monde, c'est faire en sorte qu'il y ait un avant et un après. « Il ne s'agit pas tant de voyager que de partir. Quel est celui de nous qui n'a pas quelque douleur à distraire ou quelque joug à secouer ? » GEORGES SAND

Estelle Cosnard

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indonésie 2014

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

iiwc

en route vers Bamballu ! Un voyage à la découverte des Torajas borneo

sumatra

munaut com

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java

vie

sulawesi, Burake

Après mes études, j’ai choisi de partir à la rencontre d’une nouvelle culture et d’un peuple qui m’était alors totalement inconnu. Me voilà embarquée pour de longues heures d’avion, environ 18, et de car, 8 à 10 heures, à la rencontre des Torajas du village de Burake. Les Torajas constituent une ethnie indonésienne installée dans la région montagneuse du Sulawesi du Sud. Isolés avant le XXème siècle, ils habitent dans des petits villages perchés à flanc de collines dans des maisons en bois à l’architecture bien particulière, avec un toit en forme de coque de bateau inversée dont les deux extrémités montent vers le ciel. Connus pour leurs rites funéraires, ils conservent leurs morts à la maison dans l’attente de grandes festivités funèbres alliant danses rituelles, costumes traditionnels, combats de buffles et sacrifices d’animaux.

E

n tant qu’archéologue, je voulais partir à la rencontre d’une culture différente et unique. J’ai été séduite par un projet de 4 mois en lien avec l’Unesco visant à valoriser les rites funéraires des Torajas. Sur place, j’ai travaillé en collaboration avec la population locale en donnant des cours quotidiens d’anglais à la maison, à l’université locale et dans une école secondaire de tourisme. Avec une autre volontaire, Lotta, nous avons organisé des weekends où une vingtaine d’adolescent·es ont pu découvrir les joies de la vie à la montagne, le respect de l’environnement et l’importance de leur culture traditionnelle.

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Une autre façon de voir le monde

papouasie


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Camille Delmarcelle

d’ailleurs

asie

Témoignages d’ici

Il y a un peu plus d’un an, je me réveille et m’installe sur la banquette de bambou devant la maison afin d’y prendre mon petit déjeuner comme tous les matins. Mais aujourd’hui, Mama Nova a une bonne nouvelle à m’annoncer : nous sommes invités à une fête, un pesta. Je dois donc me dépêcher de me préparer et prendre un bon petit déjeuner consistant. J’avale une assiette de nouilles et prends une douche froide. J’essaye alors d’en savoir un peu plus sur cette fête qui semble tant la ravir. Mais la barrière de la langue empêche une fois de plus une communication détaillée. J’ai compris que nous allons inaugurer une maison dans un village assez lointain. C’est la première fois que ma famille d’accueil me propose une virée en dehors du village et je suis impatiente de voir ce dont il s’agit.

« Camille, Camille. Be quick ! ». J’arrive en courant et je constate qu’ une bonne partie de la famille et du village nous a rejoints. Mes yeux se posent alors sur notre moyen de locomotion : le camion rouge de Papa Gabi.  

Les premières femmes sont déjà installées dans la benne, assises sur des planches de bois. Je monte à mon tour et aide à réceptionner du riz, du vin de palme et des nattes. Je suis d’autant plus surprise lorsque je me rends compte que les hommes chargent également un porc attaché à des morceaux de bambous avant de s’entasser debout dans le camion, certains pendus aux barres métalliques et à moitié dans le vide. C’est bien chargé que le camion s’élance sur les étroites routes de montagnes avec une trentaine de passagers à son bord. Le trajet dure pratiquement deux heures et je profite de ce moment à part, sauf pour mes jambes qui ne correspondent pas du tout aux standards indonésiens.

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Les paysages sont à couper le souffle. Les reliefs montagneux s’enchainent et nous serpentons le long des rivières au pied des rizières en terrasses. Nous dépassons des villages aux superbes maisons traditionnelles, des buffles se baignant dans la boue et de nombreux bananiers et caféiers. L’ambiance est particulièrement chaleureuse dans la benne. Les hommes rient, crient, racontent des blagues et chantent. Les femmes les accompagnent tout en s’occupant de moi, l’une me coiffe, l’autre me protège du soleil avec son écharpe, une troisième compare ma peau blanche à la sienne. Une fois arrivés, mes jambes sont enfin soulagées mais criblées de bleus. Mes yeux, par contre, sont comblés. La fête a lieu dans un petit hameau de quatre ou cinq maisons à flanc de colline. Il y a déjà énormément de monde et nous retrouvons d’autres membres de la famille. Mama Nova et Mama Pegi, mes mamans d’accueil, me tiennent la main et s’assurent que tout se passe bien pour moi. Nenek Debora, la grand-mère, veille quant à elle sur tous les membres de la famille tout en mâchonnant fruits, feuilles et craie en poudre, sa « drogue » traditionnelle comme je l’appelle. Les femmes s’installent sur une petite construction en hauteur tandis que les hommes se pressent sous un lumbu, une sorte de maison miniature servant de lieu de rencontre. Hommes et femmes s’asseyent à des endroits différents et pratiquent des activités différentes. Une cousine de mon âge, Arni, me propose alors d’aller voir les festivités de plus près pour que je puisse prendre des photos. Accompagnée de son bébé, elle me montre la maison dont nous célébrons l’inauguration. C’est une grande maison traditionnelle en bois, un tongkonan. Elle est ornée de bandes de tissus multicolores et de bouquets végétaux. Devant celle-ci, les propriétaires organisent un sacrifice de porcs afin d’apporter bonne fortune à la nouvelle habitation. Quelques hommes de mon village arrivent alors avec notre porc pour le sacrifier à son tour. Ces sacrifices semblent cruels mais les Torajas en font une telle fête que je ne me sens pas mal à l’aise.

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Une autre façon de voir le monde


La musique et les chants traditionnels nous emportent, tout le monde est bien habillé, les hommes poussent des cris de joie et je vois des sourires sur tous les visages, mêmes sur ceux des plus petits. C’est un vrai moment de partage et de rencontre.

d’ailleurs

asie

Témoignages d’ici

Ensuite, nous dînons avec du cochon rôti, du porc cuit dans des bambous avec des herbes, des nouilles et l’incontournable montagne de riz. Nous mangeons comme à l’habitude dans un morceau de feuille de bananier servant d’assiette et avec les doigts. Une fois le repas terminé, chaque famille emballe des restes pour le repas du soir ou pour les enfants rentrés de l’école. Les hôtes viennent même offrir des morceaux de viande pour chacun. Nous replions les nattes, emportons tous nos restes et retournons vers le camion pour le voyage retour qui s’annonce déjà aussi festif.

100 ans de volontariat en 2020

Lorsque je retourne vers ma famille et mes voisins, les femmes boivent un verre de thé et me présentent des biscuits sucrés en guise d’apéritif. Les hommes sont occupés à découper et cuire le cochon un peu plus loin tout en buvant du vin de palme dans des bambous creux. Comme c’est notre première sortie en public, j’observe également leur manière d’agir par rapport à moi. Il est évident qu’ils sont fiers d’avoir une Européenne, une 'bule', à leurs côtés et ils font tout pour montrer aux autres invité·es que je fais partie de leur entourage. Tous les regards sont tournés vers moi, ils me gâtent carrément, les femmes se montrent très « tactiles », les hommes ne cessent de venir me raconter des blagues et tous parlent de moi à tout le monde. Ils réclament souvent des photos aussi, entre eux ou avec moi 'for memory'. N’étant pas habituée à être sur le devant de la scène, je me sens un peu gênée d’attirer l’attention même si j’apprécie leurs démonstrations d’affection.

Une fois rentrés à la maison, les enfants de la famille viennent voir la nourriture que nous leur avons rapportée. J’ai à peine le temps de discuter un peu avec les voisines que les enfants de mon cours d’anglais arrivent déjà. Une dizaine de fillettes et quelques garçons se pressent sous le lumbu et attendent avec impatience d’apprendre quelques mots supplémentaires d’anglais et de découvrir un nouveau jeu. L’amusement est au centre de ces heures de cours mais j’essaye également de les sensibiliser au respect de l’environnement ainsi qu’à la valorisation de leur culture traditionnelle. Les Torajas possèdent des pratiques rituelles uniques et une riche culture que je prends plaisir à découvrir chaque jour. Aujourd’hui, je suis fière d’appartenir à la famille Karen et d’être en partie une femme toraja. Cette rencontre « en terre inconnue » a changé ma vie. Quelle rencontre changera la tienne ?

Camille Delmarcelle

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vietnam 2017

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Volunteers for peace

les dangers de la mondialisation au Viêt nam

chine

myanmar laos

inde

thaïlande

vietnam, Ho Chi Minh City

e l'envir nd

ement onn

protectio

cambodge

Ce projet de volontariat a été pour moi l’occasion d’ouvrir une large réflexion sur le modèle de développement du Vietnam, pris entre tradition et modernité.

Bruxelles > Doha > Ho Chi Minh City (ex-Saigon)

B

ruxelles, août 2017. Je laisse derrière moi un été bizarrement ensoleillé pour m’envoler vers le Vietnam où, selon le guide acheté à la dernière minute, je ne trouverai que de la pluie. Mais les nuages vietnamiens n'ont pas suivi la météo, et à la fin du voyage, les coups de soleil auront été plus gênants que la pluie.

Le Projet 24 heures séparent une aube de l'autre ou, dans mon cas, un écran d'ordinateur à Bruxelles d'une binette à Ho Chi Minh City. Devant moi, trois semaines au Vietnam, deux comme bénévole dans une ferme bio et une comme touriste. La ferme est située à Ho Chi Minh City, près de l'aéroport international. Dans la ferme habitent les agriculteurs qui y travaillent, Luza et Than, avec leurs femmes. Ils sont originaires du Delta du Mékong et, avant de s’installer à Ho Chi Minh City pour travailler dans la ferme, ils étaient pêcheurs.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Matteo Barbieri

d’ailleurs

asie

Témoignages d’ici

Nous étions huit volontaires désireux·euses d'aider dans toutes leurs activités. Luza et Than nous disaient comment arracher les mauvaises herbes, préparer le terrain ou l'engrais, planter les graines… Rigoureusement, en vietnamien. Durant les deux semaines, la communication s’est faite grâce à un mélange, à l’italienne, de gestes et de sons. Et on rigolait beaucoup.

Les beaux souvenirs du Vietnam Cette expérience m'a laissé tout d’abord beaucoup de souvenirs positifs, et a déclenché une variété de réflexions. D'abord, le pays n'est pas encore au niveau économique de l'Occident, mais sauf les (rares) tentatives de fraude dans les grandes villes, je n'ai perçu aucune jalousie à l’égard des touristes. Par contre, les Vietnamien·nes ont un incroyable sens du bonheur et sont en général curieux·euses envers les étrangers, dans les villes comme dans les petits villages. Bien entendu, je ne veux pas transmettre un concept bobo comme « Oh oui, ils sont pauvres, mais nonobstant ils sont contents ». Pas du tout.

Ce que je veux dire, c' est que j' ai remarqué une inclination générale à la rencontre avec les étrangers. Par exemple, pas mal de fois, les gens m' ont offert à boire ou à manger pour passer du temps ensemble, parler (voire gesticuler) et rigoler.  

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Ça peut sembler une considération un peu stupide, mais allez en vacance à Gênes (d’où je viens) et dites-moi si ça marche comme ça.

100 ans de volontariat en 2020

Une autre chose qui m'a frappé a été que pendant trois semaines, je n'ai rencontré qu'une seule mendiante. J’ai réfléchi sur ce fait et franchement, je n’en connais pas encore les raisons. Peut-être que le gouvernement (qui maintient une façade communiste et utilise systématiquement les symboles de la révolution) met en œuvre des politiques sociales de redistribution de la richesse. Ou qu’il y a encore un sens de la communauté qui mène au développement de formes d’assistance sociale spontanées. De plus, j'ai eu la sensation qu’il y a aussi une forme d’orgueil, religieuse, historique, philosophique, je ne sais pas, mais elle peut avoir son rôle dans l’absence de mendiants. Il y a aussi plusieurs autres aspects qui mériteraient d’être mentionnés mais ces deux-là sont les plus utiles avant de développer les considérations suivantes.

Les contradictions : un pays entre « Am » et « Duong ».

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d’ailleurs

asie

Témoignages d’ici

Ces considérations positives (ouverture à l’étranger et cohésion sociale) sont malheureusement contrebalancées par la crainte qu’elles disparaissent pour être remplacées par l’individualisme et le matérialisme typiques des sociétés occidentales. En effet il me semble que la doctrine capitaliste sur le développement, embrassée par le Vietnam, a déclenché un changement de sa propre nature. Pour décrire cela, je recours aux concepts de Am et Duong, typiques de la culture vietnamienne, qui correspondent aux bien plus connus Yin et Yang (d'origine chinoise, je crois). Dans les mythes vietnamiens, Am représente la condition d'infériorité (militaire, économique et territoriale) du Vietnam, par opposition à la puissance des empires limitrophes Duong. Dans les mythes comme dans la réalité, l'histoire du Vietnam a toujours été caractérisée par une recherche d'affirmation de soi dans le monde environnant, représenté aujourd'hui par la richesse capitaliste « occidentale ». Dans le Vietnam moderne, cette quête se manifeste à travers la coexistence d'éléments contradictoires : des éléments typiques des pays dits « sous-développés » et d'autres beaucoup plus modernes. Par exemple, il n’était pas rare de voir des agriculteurs pratiquer encore l'agriculture avec des méthodes traditionnelles comme l'emploi de bœufs pour tirer la houe ou l'épandage du riz à côté des rues encombrées pour le faire sécher. D’autre part, les hôtels de luxe se multiplient pour accueillir les hordes de touristes chinois, américains, européens, russes, à tel point que les plages de la côte de Da Nang sont presque toutes devenues des chantiers en plein air. La pollution, elle, rend l'air irrespirable dans les villes, et le ciel sombre.

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En résumé, je crains que la phase de transition économique que le Vietnam est en train de traverser entraîne des conséquences traumatiques, soit pour l'environnement national et mondial, soit pour la culture de cet extraordinaire pays. Les contradictions soulignées ont jeté une goutte d'amertume dans les souvenirs de mon voyage, et m'ont laissé avec beaucoup des questions. D'abord, je me demande ce qu'il faut faire pour convaincre les pays en voie de développement de ne pas poursuivre la croissance économique à n'importe quel prix.

Ensuite, et surtout, je me demande avec quelle autorité les pays occidentaux pourraient demander ça, en considération du fait que c’ est eux-mêmes qui ont porté et exporté ce modèle de développement (avec les conséquences environnementales et sociales que l' on voit).  

Pour conclure, j'espère qu'on changera avant que ce ne soit trop tard. Je ne sais pas si les modèles économiques alternatifs, comme par exemple le Bonheur National Brut, sont effectivement applicables. Mais je me rends de plus en plus compte que si le Vietnam et tous les pays asiatiques appliquent un modèle de développement fondé sur la croissance économique à tout prix, leur avenir sera de plus en plus sombre. Comme le ciel d'Ho Chi Minh City.

Matteo Barbieri

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Une autre façon de voir le monde


Lola Delvigne kenya

Laura Fancello ouganda Sylvie Beckers togo

Š Kamila Partyka, kenya

afrique


kenya 2016

Kiburanga women self help

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Viajando à Kiburanga

arabie saoudite

yémen

soudan

ethiopie

somalie

Ouganda kenya, Kiburanga munaut com

tanzanie

e air

vie

Océan Atlantique

C’était la première fois que je partais loin et seule. Je suis partie vers l’Afrique, le Kenya, Kiburanga, avec des attentes « un chouïa » floues. C’était difficile pour moi de projeter quoi que ce soit et même de me réjouir à l’avance. L’inconnu réveille toujours en moi un petit lit d’angoisses. Ce que je désirais, c’était rencontrer les gens là-bas.

Mzungu à Nairobi

J'

avais entendu et lu beaucoup de choses sur le « choc culturel » mais je n’avais pas réellement saisi l’aspect « choc ». En arrivant à Nairobi, j’ai compris. J’avais décidé de passer quelques jours dans la capitale pour voir à quoi pouvait ressembler cette grande ville kenyane. L’air irrespirable, les montagnes de déchets, les klaxons incessants, les centaines d’enfants des rues au regard évasif, les bidonvilles à perte de vue… Tout ce qui s’offrait à mes sens créait progressivement en moi un choc. J’avais par ailleurs l’impression de n’être considérée que comme une mzungu (« blanc » en swahili), porte-feuille sur pattes par ceux que je rencontrais. Mes premiers jours nairobiens ont failli me faire plier bagage et reprendre l’avion illico. Heureusement, Akina, la couchsurfeuse qui me recevait pour mon séjour citadin et qui avait l’habitude d’accueillir des visiteurs de tous les horizons, m’a offert de m’accompagner un bout de chemin comme « médiatrice culturelle ». Je me ré-ancrais enfin un peu.

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Une autre façon de voir le monde


Karibu sana ! (« Bienvenu·es ! »)

100 ans de volontariat en 2020

Il me tardait néanmoins de rencontrer les habitantes et habitants de Kiburanga et les autres international volunteers. J’ai été extrêmement surprise de l’apaisement que m’a procuré, après ces quelques jours en ville, le débarquement à Nairobi des douze international volunteers venus de tous les coins d’Europe : c’est à ce moment que j’ai compris à quel point le choc culturel m’avait insécurisée. Le lendemain, 8h de van pour rejoindre Kiburanga. A l’arrivée au village, dans la nuit, un jeune garçon s’empresse de nous offrir un plat de riz au chou et du thé kenyan pour nous accueillir. Nous goûtions déjà à l’hospitalité que nous allions connaître durant tout notre séjour au village. C’était notre première rencontre avec Marwa, un garçon dont la bienveillance continue encore aujourd’hui à m’impressionner. Il tenait cette qualité de sa grand-mère, Mama Deo, cette belle femme qui nous a ouvert la porte de sa maison pour les trois semaines de projet.

Mama Deo est une des membres fondatrices de ‘ Kiburanga Women Self Help ’, la community based organisation fondée en 2007 pour penser collectivement les besoins de la communauté et tenter d’ y répondre.  

d’ailleurs

afrique

Témoignages d’ici

Après notre première nuit, bercé·es par le chant des grillons, nous nous réveillons avec le chant du coq et découvrons le village. Des habitations familiales nichées à perte de vue dans les collines que de petits sentiers jonchés de rochers en forme de galets géants relient entre elles, des centaines de plantations de maïs, de café, de tabac, de bananiers… Des troupeaux de vaches et de chèvres en liberté. Un goût de paradis nous venait à la bouche. Très vite, nous rencontrons les habitantes et habitants qui nous offrent une cérémonie d’accueil emplie de couleurs, et de danses et chants traditionnels que nous apprendrons au fil de notre voyage. Nous comprenons également plus exactement en quoi consistera notre travail dans le cadre du projet : terrassement pour aménager un terrain de football en face de l’école du village (« Eduka »), gros-œuvre pour la construction d’une nouvelle classe, échanges avec les membres de la communauté lors de home visits, animation des enfants du village pendant leurs trois semaines de vacances hivernales (ils étaient plus d’une centaine chaque jour).

Rencontres au village La rencontre avec les enfants nous a beaucoup marqué. En voyant leur énergie, leur joie de vivre débordante qui s’exprimait dans les innombrables éclats de rire, chants et danses que l’on a partagés, leur curiosité sans limite ainsi que leur impressionnante capacité d’apprentissage (paroles, chorégraphies, règles de jeux…), leur précocité, leur débrouillardise et leur autonomie, leur maturité, leur créativité et particulièrement, leur propension à prendre soin les uns des autres, nous nous sentions enrichi·es de passer du temps et d’échanger avec eux. Beaucoup rêvent de pouvoir entrer un jour à l’université, certaines pour quitter définitivement le village et chercher du travail en ville et ainsi soutenir financièrement leur famille, d’autres pour revenir au village et renforcer le développement pour combattre la pauvreté de leur région. S'inscrire dans un mouvement historique pacifiste

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100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Lola Delvigne

afrique

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Malheureusement, l’université est hors de moyen pour la plupart d’entre eux. Les familles tentent en général de tout miser sur l’un de leurs enfants pour l’envoyer en ville (souvent l’aîné·e), les autres enfants resteront au village pour aider, principalement dans les cultures et l’élevage. La place du first born est très importante, surtout lorsqu’il n’y a plus de mari à la maison, ce qui est assez courant à cause de la polygamie ou des maladies, dont les cancers et le VIH. Elle l’est encore davantage lorsque les deux parents sont décédés. Les enfants doivent alors assumer toutes les responsabilités. Heureusement, les membres de la communauté s’entraident beaucoup. Sur les chantiers de terrassement et construction, c’est avec de jeunes hommes que nous avons travaillé. En tant que femmes, nous avions alors régulièrement droit à des démonstrations de force car, dans ce village, un homme doit être fort, très fort. Il était très difficile de réellement rencontrer ces hommes, tant leur pudeur est importante. Parler de soi et plus précisément de ses problèmes et inquiétudes est de l’ordre du peu concevable. A la question « Habari ? » (« Comment ça va ? »), la presque unique réponse était « Mzuri sana » (« je vais très bien »). Pourtant, à force de conversations respectueuses de leur pudeur avec certains d’entre eux, se dévoilaient, derrière les muscles, de nombreuses peurs et des vécus douloureux. Seront-ils à la hauteur des attentes de leur père ? Trouveront-ils une femme non-porteuse du VIH ? Parviendront-ils à subvenir financièrement aux besoins de la famille ?

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Une autre façon de voir le monde

© Kamila Par

tyka

© Lola Delv

igne

© Kamila Partyka


Les femmes, nous les rencontrions surtout lors des home visits. Nous étions toujours émerveillé·es devant leur hospitalité. Bananes, sweet potatoes, milk tea… nous étaient systématiquement offerts. Ces home visits étaient l’occasion de poser des questions sur les façons de voir le monde et de vivre de chacune. Il arrivait que les femmes soient très curieuses de notre mode de vie en Europe. Alors, nous apercevions des regards amusés, notamment lorsque l’on abordait la question des relations amoureuses et du mariage, et des regards effrayés, surtout lorsqu’on leur parlait de notre système d’agriculture et d’élevage.

100 ans de volontariat en 2020

Nous avons également parlé des mutilations génitales que beaucoup de femmes (même les « anciennes ») rejettent aujourd’hui, particulièrement parce qu’ elles sont conscientes des risques sanitaires, tandis que certains hommes tiennent encore à cette tradition par croyance, je crois, de garantie de fidélité. Certaines femmes nous ont parlé de la polygamie de leur mari, non sans une grande émotion.  

d’ailleurs

afrique

Témoignages d’ici

Elles auraient tant voulu que leur bien-aimé soit plus présent à la maison (ou présent tout court car certains maris ne reviennent plus une fois remariés). A la fin de chaque home visit, je posais systématiquement la question de savoir ce qui leur importait le plus concernant leur communauté et, sans exception, tous·tes ont parlé de l’éducation. Que les enfants puissent aller le plus facilement et le plus longtemps possible à l’école semblait être le désir le plus ancré des adultes de la communauté. Bon, je vais m’arrêter ici mais il y a tellement de choses dont j’aurais encore aimé vous parler, comme le rapport que j’ai observé à la religion, à des questions telles que l’homosexualité, le racisme dont j’ai été l’objet un jour et celui que j’ai constaté vis-à-vis des Somaliens, les particularités organisationnelles dans le travail parfois déstabilisantes, la temporalité extrêmement différente (« pole pole style » / « doucement, doucement »), l’arrivée de la 3G un peu partout, notre séjour dans un village de pêcheurs au bord du lac Victoria à Muhuru Bay… Bref, c’est avec un immense plaisir que je retournerai à Kiburanga, Asante sana marafiki, « Merci beaucoup les ami·es » !

Lola Delvigne

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Ouganda 2018

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

il y a un autre monde que celui où je vis

uganda pioneers association

yémen

ethiopie soudan RDC rwanda

somalie kenya Ouganda, Nansana tanzanie

Découvrir l’autisme en Ouganda euses d' ort

handicap un

sonnes p per

Océan Atlantique

Je suis partie en Ouganda en Février 2018 pour travailler 2 mois comme bénévole dans un centre pour enfants atteints de handicap, en particulier de trisomie 21, autisme, paralysie cérébrale.

C'

était mon premier voyage en dehors de l’Europe et je suis partie avec deux valises ridiculement grosses, ce que je justifiais en me disant qu’elles étaient remplies de cahiers et de jeux pour les enfants. En fait j’ai aussi emmené avec moi 14 bouquins jamais lus, un sèche-cheveux (jamais utilisé) et… masque et tuba ! Jamais utilisé non plus, puisque la baignade dans le lac Victoria t’expose au risque d’infection par un parasite très sympa de l’intestin. Dans le centre où j’ai travaillé il y avait environ 25 enfants entre 4 et 13 ans mais je me suis occupée en particulier de Michael, Christopher, Hillary, Christian et Daniel, qui souffrent d’autisme. C’est un monde que je ne connaissais que superficiellement auparavant. Ces enfants ont surtout des problèmes au niveau de la communication et des interactions sociales.

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100 ans de volontariat en 2020

© Laura Fancello

d’ailleurs

afrique

Témoignages d’ici

La dame du centre qui s’en occupe s’appelle Mama Shadat et je la trouve incroyable : patiente, solaire, avec un sourire qui lui prend le visage entier et des yeux derrière la tête ! Elle a eu elle-même un enfant trisomique, donc elle a connu les difficultés d’élever un enfant avec un handicap et d’abord celle de comprendre de quel problème il souffrait. A l’hôpital on ne lui avait rien dit. C’est seulement quelques années après la naissance de son fils qu’elle a entendu un médecin parler de trisomie 21. Elle a alors dû insister auprès du médecin pour avoir plus d’explications.

Auparavant, Mama Shadat n’ avait jamais entendu parler de trisomie. Elle n’ est pas la seule en Ouganda. Beaucoup de personne ne connaissent pas cette maladie et par conséquent se méfient des personnes atteintes de ce handicap.  

Dans certains villages, la superstition est telle qu’elle peut mener à croire qu’un enfant avec un handicap porte malheur et qu’il faut le tuer. Dans d’autres, on considère que le handicap est dû au manque de virilité du père, ce qui jette la honte sur lui et sa famille. Ensuite, les enfants autistes font parfois peur quand ils manifestent leurs émotions négatives de façon agressive ou qu’ils lancent des cris très aigus. Certains enfants avec handicap sont alors cachés. Christian, par exemple, était enfermé dans une pièce avant d’arriver dans le centre et on lui passait à manger par-dessous la porte. Alors qu’en Ouganda la législation sur les droits de personnes avec un handicap est une des plus avancées en Afrique subsaharienne et que le gouvernement ougandais est signataire de plusieurs conventions internationales sur le sujet, en pratique ces politiques ne sont pas assez implémentées et la population manque des connaissances nécessaires.

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© Romane Guiot

Revenons à la vie au centre. La plupart de la journée, j’aidais Mama Shadat à enseigner aux enfants des tâches quotidiennes simples, comme changer de vêtements ou se laver les mains avant de manger, pour qu’ils puissent être plus indépendants dans la vie. On faisait des jeux dans le but d’établir une communication et leur apprendre de simples règles sociales, comme attendre son tour. On utilisait des photos qui représentaient les émotions ou les activités de la vie quotidienne pour qu’ils puissent les reconnaître et les communiquer. Avant de partir je me demandais quelles activités faire, je cherchais beaucoup d’idées, de jeux à faire. Ensuite j’ai réalisé qu’il s’agissait surtout de prendre du temps pour chaque activité, de répéter la même chose mille fois pour qu’elle devienne familière et compréhensible pour les enfants, et de faire tout avec beaucoup de calme. Tout était lent, il fallait par exemple plus d’une demi-heure à Michael pour changer de pantalon… Pour moi, qui « cours toujours », c’était un vrai défi. Mais j’ai découvert que moi aussi je peux ralentir et que ça me va très bien ! Ensuite j’ai également découvert avoir moins de patience que ce que je pensais.

Au début j’ étais trop focalisée sur l’ objectif de leur apprendre quelque chose. Sans même m’ en rendre compte j’ étais focalisée sur la « performance » avec la bonne intention de « faire tout ce que je peux pour aider ». Mais dans ce contexte la priorité était d’ établir une relation de confiance parce que le travail se fait forcément à deux, à leur rythme.  

Cela me semble si évident maintenant.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Valentine Boone

d’ailleurs

afrique

Témoignages d’ici

Puis j’ai découvert ne pas avoir besoin d’autant de confort que ce que l’on a en Belgique. Un simple logement, de l’eau de pluie pour se laver, tout cela ne m’a pas dérangé. Au contraire, quand je suis revenue en Belgique j’ai eu la sensation que tout était en plastique, trop nouveau pour être vrai, un peu artificiel. Et tout ici est entouré par des murs, on vit beaucoup moins en plein air. On est isolé du ciel par le plafond. On est isolé du terrain par plusieurs étages en-dessous de nous quand on est à l’intérieur et par le béton quand on est à l’extérieur. On est isolé des autres par les murs de nos appartements certes confortables mais vides. Cela me semble presque contre nature. Maintenant une année a passé depuis mon expérience en Ouganda et ça me semble déjà loin : c’est comme si la distance géographique, culturelle et de mode de vie s’additionnaient à la distance temporelle en l’amplifiant. Mais cette expérience reste bien présente dans mon cœur et en particulier la conscience qu’ « il y a un autre monde que celui où je vis ». Cette pensée me donne beaucoup de tranquillité vis-à-vis des difficultés du quotidien. Ça m’aide à relativiser et à remettre en question le mode de vie d’ici, ça me pousse à chercher autre chose. Je sais qu’il y a une autre manière de vivre et que moi-même je peux vivre de façon très différente, plus lentement, plus simplement. Enfin il y a une impression plus forte qui me reste : que la vie là-bas était plus « vraie » qu’ici. Et j’espère continuer à m’en souvenir et à gratter la surface de plastique brillante de ce monde pour retrouver cette sensation et ne pas me laisser « endormir » encore une fois.

Laura Fancello

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togo 2019

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Astovot

le volontariat École de la débrouillardise burkina faso côte d'ivoire ghana

benin togo, Kpalimé

e l'envir nd

ement onn

protectio

Océan Atlantique

Je me vois encore, sur les bancs de l’unif, à écouter mon professeur parler de ses voyages en Afrique, de ce continent qu’il rejoint régulièrement dans le cadre de son travail. J’avais 20 ans, les yeux pétillants à l’idée de partir à la découverte d’un pays africain mais aussi avec une frousse bleue d’oser me lancer. Et me voilà, ce dimanche 30 juin, passé la trentaine, dans l’aéroport de Bruxelles, à attendre mon avion pour le Togo, direction Kpalimé.

U

ne fois dans l’avion, j’ai pris mon carnet de bord, celui-ci m’accompagnera pendant tout le voyage et dans lequel je noterai tout ce qui me passe par la tête. Pour ne rien oublier de ce cadeau que j’ai décidé de m’offrir. A l’origine de ce voyage, une envie irrépressible d’aller visiter ce continent qui m’attire depuis tant d’années, de découvrir l’une de ces cultures africaines qui me semble si authentique et de sortir de ce monde industrialisé dans lequel je vis mais où je ne me retrouve plus… J’avais besoin de sortir de cette zone de confort, besoin de repousser mes limites, d’ouvrir mon esprit pour moi-même avant tout mais aussi pour mes enfants. Parce que la vie prend un tout autre sens lorsqu’on élève des enfants, parce que c’est à ce moment-là qu’on se demande quelles sont nos valeurs, quelles racines on veut leur donner, quel monde on veut leur montrer…

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Sylvie Beckers

afrique

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Parmi mes préoccupations et mes valeurs, il y a l’écologie, la simplicité et une certaine autonomie dont le développement des nouvelles technologies et du commerce international nous ont privés. Je choisis donc un projet au Togo en permaculture. Après une petite journée dans l’avion, j’atterris à Lomé, je sors de l’aéroport et me retrouve sur une petite place avec des bancs partout, de nombreuses personnes assises et un djembé qui résonne ; je ressens aussi l’air chaud et humide qui me met directement en condition pour patienter.

Ça y est, je réalise que je suis bien partie, que je suis dans un univers différent du mien ; je souffle et mon corps ralentit déjà ! Je me pose sur un banc et attend Koko (mon hôte du jour). Je me sens fière d’ être arrivée jusque-là et très impatiente de plonger au cœur de mon projet.  

Je passe tout d’abord deux jours avec un groupe qui n’est pas le mien mais qui réalise un projet dans le même village, à quelques kilomètres. Le mardi 2 juillet, je rencontre les autres volontaires qui travailleront avec moi sur le chantier de permaculture. Nous sommes 5 : 3 Togolais et 2 Belges. Les conditions de vie dans la maison sont assez rudimentaires : pas de lit mais des nattes posées à même le sol, pas de table ni de chaise, une douche et un WC dans le fond d’une cour et un puits pour l’eau. Sortir de ma zone de confort ?

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100 ans de volontariat en 2020 d’ailleurs

afrique

Témoignages d’ici

Les conditions sont bien remplies et même si les premières nuits furent compliquées, je fus heureuse de vivre de cette façon. C’est ainsi qu’on a pu passer de longues soirées assis·es en tailleur, ou tous autour de la préparation du repas ou en mangeant, à parler de nos vies, parler des habitudes d’ici et d’ailleurs ou encore à débattre de sujets parfois très philosophiques… Ce furent des moments de partage incroyablement riches et intenses ! Quant à notre projet, il y avait du boulot. Nous devions reconstruire un jardin en permaculture ; ce jardin avait été abîmé par les animaux qui vivent en liberté dans les rues et laissé à l’abandon depuis un certain temps. Nous devions tout reprendre depuis le début. Nous avons donc commencé par construire des clôtures avec, comme seuls outils, du bambou, un coupe-coupe et du fil de fer ! Nous avons également préparé des planches pour y faire pousser des semis. Ensuite, nous avons élaboré, avec l’aide d’un agriculteur, l’architecture du jardin et mis en place une allée et formé différentes parcelles pour la culture. Enfin, nous avons réalisé une paillote (un abri servant de repos et de protection contre le soleil).

Chaque étape était discutée et réfléchie ensemble avant de se rendre sur le chantier. Aucun·e d’ entre nous n’ était expert·e dans le domaine et nous avons donc co-créé le tout à nous cinq. Nous avions également l’ aide et l’ avis d’ Astovot qui venait régulièrement.  

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Cette façon de travailler a été un énorme changement par rapport à ma façon de travailler ici en Belgique, où tout est toujours pensé, planifié, organisé dans les moindres détails. Dans le jardin, nous avons composé au jour le jour, nous avons fait des essais-erreurs, on a énormément appris ainsi ! Un énorme choc pour moi a été le nombre important d’immondices partout sur le bord des rues mais aussi dans le jardin. Nous nous retrouvions souvent à retourner la terre et en sortir des petits sachets en plastique. J’avais beaucoup de difficultés à concevoir que l’on puisse cultiver des légumes sur un sol plein de déchets. Nous avons discuté longuement de la gestion des déchets à Kpalimé ou plutôt de la non gestion. Ce fut très interpellant pour moi ! Avec le groupe, nous avons alors décidé de mettre la partie de jardin cultivée au propre et de construire une poubelle pour les déchets du chantier. Le travail fourni pendant ces trois semaines fut assez intense et j’en ressors avec un énorme respect pour les Togolaises et Togolais avec qui j’ai partagé ces quelques semaines de vie. Certes les moyens matériels sont bien différents des nôtres mais les personnes sont d’une débrouillardise déconcertante. Tout est possible avec peu de moyens et surtout chacun est respecté dans ses limites et peut avancer à son rythme. Je n’ai pas retrouvé cette course à la productivité et à la rentabilité, que l’on connaît chez nous, et ce fut agréable de pouvoir travailler de cette manière ! Ce volontariat m’a montré ce qu’étaient la tolérance et le respect du rythme de chacun ! Evidemment, cette expérience au Togo n’est pas représentative de toute l’Afrique. Ce fut mon expérience dans ce pays précisément, l’Afrique est grande et chaque pays a sa propre culture et ses propres codes. Pour conclure, je voudrais évoquer cette phrase de Socrate, « ce que je sais c’est que je ne sais rien ». Selon moi, le meilleur moyen d’évoluer en tant qu’humain, je le conçois dans l’expérience avec les autres, dans les innombrables moments d’échanges sincères et authentiques que l’on peut avoir ici ou là-bas. Et ce volontariat m’a permis de grandir encore un peu plus… Je n’attends plus qu’une seule chose, c’est que le SCI puisse proposer ce type de volontariat en famille afin que mes enfants puissent eux aussi, par cette expérience, sortir de leur zone de confort et aller se découvrir à travers les rencontres du bout du monde…

Sylvie Beckers

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Une autre façon de voir le monde


Nathalie Vanderpas chili

Julien Vandenabeele equateur

Anne-Sophie Dupont mexique

© Joëlle Mignon, Salvador

amérique latine


chili 2017

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Kom kelluhayin

mexique salvador colombie équateur brésil pérou bolivie

l’arroseur asséché Abracada… Chile !

argentine

és ethni rit

s que

mino

chili, Kurarrewe

Ce projet s’est présenté à moi comme une évidence. La magie a opéré lors de l’accueil des partenaires du SCI, en août 2016. Parmi les invité·es, il y avait Daniela Garin, représentante de la Walung, une coordination Mapuche située à Kurarrewe, au Sud du Chili. Daniela est une jeune femme « Santiaguina » pétillante, souriante et pleine d’énergie, installée depuis peu dans la communauté. J’étais heureuse de pratiquer mon espagnol rouillé avec elle et d’en connaître un peu plus sur le projet. Le courant est tout de suite bien passé entre nous et quelques mois plus tard, je m’envole vers le pays du Gato Negro et de la cueca (danse folklorique chilienne).

J

e suis partie tranquille et en connaissance du terrain, d’autant que j’avais déjà été au Chili quelques années auparavant. Je partais cette fois avec l’envie de tisser des liens, d’en savoir plus sur les luttes de conservation du territoire des communautés autochtones, et d’avoir une meilleure compréhension des enjeux politiques et économiques du pays.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Nathalie Vanderpas Le merkén est un condiment traditionnel de la cuisine Mapuche à base de piment rouge fumé

amérique latine d’ailleurs

La résistance a un goût de Merkén

Témoignages d’ici

La Feria Walung est une grande foire communautaire artisanale et gastronomique qui rassemble depuis 2005 des productrices et artisans des environs. C’est une initiative d’un groupe de six femmes Mapuches de l’Araucania. C’est l’occasion pour les cuisinières de nous faire déguster le fameux « sancocho » (bouillon de viande aux petits légumes), de participer à des conférences, des ateliers de savoirfaire écologiques… Et surtout, d’informer toute personne se rendant sur place par curiosité ou par hasard du réel objectif de cette rencontre, c’est-à-dire la sensibilisation sur ce que prévoit le gouvernement sur ces terres sacrées. En effet, en invitant les citadin·es à un moment convivial dans un cadre naturel de carte postale, les habitants de Kurarrewe ont un argument de taille pour nous convaincre de nous joindre à leur cause.

Imaginez un endroit à l’ ombre des araucarias géants, au pied des montagnes et des volcans se mêlant aux eaux turquoises s’ échappant des glaciers en fonte… Et on vous annonce que tout ça va être détruit pour construire une centrale hydroélectrique dont les bénéfices seront vendus à l’étranger !  

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El pueblo Mapuche no se vende ! « Lof Trankurra Kurarrewe Unidad y resistencia ! » Les Mapuches sont les gardiens de la nature, ils vivent en harmonie avec elle et la remercient au travers de cérémonies et de rituels religieux parfois surprenants pour une « déracinée » des villes. Avec des projets comme l’installation d’entreprises hydroélectriques ou minières, l’eau qui circule librement se transforme en ressource purement économique et les bois natifs, en industries étrangères de plusieurs millions de dollars. Avec pour conséquence, la destruction des paysages mais également des réserves naturelles et des parcs nationaux du pays. C’est le prix que le gouvernement chilien est prêt à payer pour garder son titre du pays le plus stable économiquement d’Amérique latine.

Haute comme trois Pink Lady ! C’est ainsi qu’après neuf heures de bus depuis Santiago, je débarque à Kurarrewe aux côtés de trois autres volontaires venus de France, d’Italie et du Chili. Tous les quatre, nous sommes conduits à l’intérieur d’une bâtisse en torchis, appelée la Ruka, avec des morceaux de viande en train de sécher au-dessus de nos têtes.

Il y a une entrée de lumière depuis le toit laissant s’ échapper la fumée du feu central de la pièce unique, au cœur duquel bouillonnent en permanence deux théières d’ eau destinées à alimenter une mini-tasse qui passe d’ une main à l’ autre, dans le sens contraire des aiguilles d’ une montre, jusqu’ à moi.  

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

Une paille est placée dans le récipient, j’imite mes semblables en plaçant mes lèvres sur le tube de bambou et aspire le contenant… C’est chaud et amer, je découvre le maté ! Ce rituel est au cœur des traditions mapuches et surtout, un bon coup de fouet le matin pour remplacer le café !

amérique latine

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Après quelques heures dans la « Ruka », Simon, le jeune werken, c’est-à-dire le représentant de toute la communauté de Trankura, vient me chercher. Les volontaires sont dispersés dans les familles, je grimpe avec lui dans sa vieille Suzuki 4x4 sous une pluie torrentielle. La route est semblable à des montagnes russes et à notre arrivée, une porte de lumière s’ouvre dans la nuit avec à l’intérieur, une famille aux yeux et au cœur grands ouverts, curieux de me connaître. Ils ont l’air d’avoir attendu toute la journée mon arrivée. Une odeur de repas mijotant vient titiller mes narines et c’est la doyenne de la maison, Isidora, l’unique femme parmi 5 hommes, qui me souhaite la bienvenue en me prenant dans ses bras malgré notre différence de taille. Une adoption mutuelle à ce moment naît entre nous, mon cœur jubile de bonheur et de reconnaissance à la rencontre de cette famille chaleureuse qui sera la mienne pendant quelques semaines… et bien plus encore !

Nathalie Vanderpas

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equateur 2015

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Chiriboga

Proyecto Chiriboga

mexique salvador équateur, Quito et Tiwinza

colombie

pérou

brésil bolivie

chili enfant

s&

environ ent nem

argentine

Alors que je traverse une année particulièrement éprouvante à l’université, j’ai le sentiment d’être devenu un robot qui ne sait plus très bien ce qu’il fait au milieu de ses cours de sciences. Poussé par un besoin d’évasion et l’envie de me remettre en question, je décide de partir pour un projet de volontariat d’un mois en Équateur.

J

e pars surtout avec l’idée de changer d’air, de faire des rencontres et de vivre autrement le temps d’un été en tentant de développer mon opinion sur le monde. C’est cette nécessité de me construire dans un domaine autre que celui de mes études qui me pousse à partir à la recherche d’une expérience nouvelle. Cette aventure débutera bien avant le départ, lors de la formation au développement et à l’interculturalité organisée par le SCI pour les futur·es volontaires.

Je garde un excellent souvenir de ce weekend qui fut non seulement une formation super enrichissante mais aussi l’ occasion pour moi de passer de très bons moments et d’ échanger avec des personnes toutes plus ouvertes les unes que les autres !  

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Julien Vandenabeele

amérique latine d’ailleurs

Ce n’est pas uniquement pour satisfaire mon envie de dépaysement que j’ai choisi l’Équateur ; à vrai dire ce pays a toujours suscité un certain intérêt en moi car il est la patrie d’origine de certains membres de ma famille.

Témoignages d’ici

Malgré cela, je ne savais que très peu de choses sur cette région du monde avant mon départ. J’avais certes entendu quelques récits de voyages, mais les images qui me venaient à l’esprit se limitaient aux volcans, aux lamas et aux jolis vêtements en laine colorée ! Heureusement pour moi je me suis instruit dans les semaines précédant le départ, en lisant et en discutant avec ma famille. La formation Amérique latine, organisée par le SCI, m’a également permis de développer mes connaissances sur le contexte historique et politique du pays. Ce n’était rien comparé à tout ce que j’allais apprendre sur place, mais cela m’a permis de mieux comprendre et interpréter les évènements dès le début de mon projet. Le programme en question, hébergé par l’association équatorienne « Fundacíon Proyecto Chiriboga », se divise en deux parties. Dans un premier temps j’ai travaillé dans une réserve naturelle située à cinquante kilomètres de la capitale ; ensuite j’ai déménagé en direction de la côte pour donner des cours de sensibilisation à la protection de l’environnement dans des écoles primaires. Malgré tous les préparatifs, ce n’est qu’une fois assis dans l’avion que j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur de l’aventure dans laquelle je m’étais embarqué. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais j’avais hâte !

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Arrivé sur le sol équatorien une semaine avant le début du projet, j’ai d’abord eu l’occasion de passer du temps avec les membres de ma famille vivant à Quito. Cela a rendu mon adaptation assez facile et m’a beaucoup aidé à comprendre le fonctionnement de la vie sur place. Lorsqu’est enfin arrivé le premier jour de projet, j’ai fait la rencontre de mes deux coordinatrices et des autres volontaires, deux Canadiens et quatre Equatoriens. Nous étions moins nombreux que prévu, ce qui a facilité la communication et nous a permis d’être plus proches les uns des autres.

En travaillant au sein du groupe, je me suis vite rendu compte que nous n’ accomplirions pas de miracles au niveau de nos réalisations, étant donné le peu de temps dont nous disposions. Cependant j’ ai énormément apprécié le fait de passer tant de temps avec les volontaires locaux, et parfois même avec leurs familles.  

Alors que nous étions tous·tes réuni·es autour d’un même objectif, nos discussions donnaient souvent lieu à des échanges intéressants. Ce sont ces échanges qui ont donné tout son sens à mon projet. J’ai été particulièrement marqué par la seconde partie de mon volontariat, qui s’est déroulée à Tiwinza, un village bordant une grande raffinerie de pétrole. Je logeais dans une famille d’accueil au sein de la communauté afro-équatorienne du pays. Les conditions de vie y étaient assez difficiles, notamment à cause de l’absence d’eau courante, mais l’accueil et la gentillesse des habitants de mon quartier ont plus que compensé ces difficultés.

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100 ans de volontariat en 2020

amérique latine d’ailleurs

J’ai découvert une ambiance vraiment particulière à cet endroit. Bien que matériellement très pauvre, la population semblait être en permanence d’humeur à faire la fête et à danser sur des rythmes endiablés. J’ai vraiment été surpris en découvrant cette facette de l’Équateur totalement différente de l’image que j’avais du pays jusqu’alors !

Témoignages d’ici

Mon apparence de ‘’gringo’’ - qui passait difficilement inaperçue dans cette région ignorée du tourisme - ne m’a pas empêché de me sentir vraiment bien à cet endroit où la vie sociale et les rencontres étaient particulièrement riches. Dans les écoles où nous donnions cours, les élèves étaient souvent plus captivés par notre apparence physique que par ce que nous leur racontions pour tenter de les sensibiliser à la protection de l’environnement ! Pour éveiller leur attention, nous utilisions des exemples qui les touchaient directement. Il suffisait par exemple d’évoquer la raffinerie de pétrole avoisinante pour que les élèves se mettent à nous parler des problèmes de santé causés par la pollution dans leur entourage… Nous vivions des expériences marquantes et il m’a fallu apprendre à relativiser lorsque mon optimisme était mis à rude épreuve. A la fin du projet, je disposais d’encore trois semaines pour voyager avec sac à dos à travers le pays. Cette dernière phase de découverte a été encore une fois l’occasion pour moi d’être surpris par l’incroyable diversité rencontrée en Équateur, non seulement au niveau des paysages et du climat, mais surtout au niveau de la population dont les origines et les cultures sont extrêmement variées !

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En multipliant les rencontres et les imprévus, j’ai également découvert une manière de voyager que j’affectionne particulièrement à présent. Et après ? Une fois rentré, rien ne semble vraiment avoir changé à première vue. Je retrouve très vite mes habitudes et j’ai le curieux sentiment de n’être jamais parti. La transition est tellement brutale que c’est comme si le voyage n’avait été qu’un simple rêve…

Et pourtant, il y a bel et bien quelque chose au fond de moi qui semble s’ être réveillé. Une incertitude grandissante qui me pousse à réfléchir et à remettre en question des choses qui jusque-là m’ avaient toujours paru évidentes.  

C’est un peu comme si j’étais doté d’une nouvelle paire de lunettes m’offrant un regard différent sur le monde. Une vision nouvelle qui influencera sans aucun doute mes choix futurs. Peut-être en les rendant un peu plus compliqués, mais n’est-ce pas une chance de pouvoir se poser tant de questions ? Je pense en effet que cette ouverture à la différence est une richesse inestimable.

Julien Vandenabeele

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Une autre façon de voir le monde


mexique 2013

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Natate

etats-unis

mexique, San Cristóbal de las Casas

Ces  Associations qui suppléent l' état 100 ans de volontariat en 2020

euses d' ort

handicap un

amérique latine

Témoignages d’ici

Le Mexique évoque dans l’imaginaire collectif une région d’intérêt touristique – de par ses ruines archéologiques, ses spécialités culinaires, son folklore – ou encore une zone où trafics de drogue et de migrant·es alimentent une spirale de violence sans limite. Loin de ces clichés réducteurs, j’ai découvert une réalité bien différente au cœur des montagnes du Chiapas.

d’ailleurs

sonnes p per

Un volontariat long terme à San Cristóbal de las Casas

San Cristóbal de las Casas

L

e 22 novembre 2013, j’atterris à Tuxtla, capitale du Chiapas. Une heure plus tard, j’aperçois un chauffeur de taxi qui m’attend avec une pancarte « Ana Sofia ». Je pars avec lui et nous entamons une longue route silencieuse ensemble – je ne parle pas un mot d’espagnol. Les principaux accès à San Cristóbal de las Casas sont bloqués par l’armée en raison des manifestations des professeur·es contre la réforme éducative en cours. Après 3h30 de route à travers les chemins sinueux de la région, nous arrivons à destination. Située à 2100 m d’altitude, la ville, vestige de l’époque coloniale, attire les voyageurs du monde entier. En effet, en plus d’être un point incontournable du tourisme local, elle est aussi un carrefour de rencontre entre les différentes communautés indigènes de la région, ainsi que le berceau du soulèvement zapatiste de 1994.

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© Photos : Anne-Sophie Dupont

Nataté et la maison des volontaires Nataté Voluntariado Internacional A.C. accueille des volontaires mexicain·es et étranger·ères au sein de différents projets à San Cristóbal. Nous sommes une douzaine de personnes, entre 18 et 35 ans, à habiter la vieille casa chula au centreville. Nous partageons dortoirs et pièces communes qui communiquent entre elles par les cours extérieures. Première surprise à l’arrivée, la moitié des occupants est francophone. Heureusement, avec un peu de volonté, mon espagnol s’améliorera relativement rapidement. Pas facile de vivre en communauté avec tant de personnes différentes : une diversité d’âges, d’intérêts, de visions du monde… Une expérience en soi ! Chaque lundi, nous faisons le point sur la vie en communauté et le déroulement des projets avec Sofía de Nataté, médiatrice entre les volontaires et les responsables de projets.

Angeles de Amor Après une quinzaine d’heures de cours d’espagnol, je commence à travailler avec Angeles de Amor. Cette association civile a été créée par Doña Gloria dans le but d’assurer un avenir meilleur à sa fille et à d'autres personnes en situation de handicap. Les deux premières semaines sont laborieuses en raison de mon propre handicap linguistique, mais peu à peu, les langues se dénouent et des liens se créent. Je travaille avec la maestra, Tere, qui est en charge des activités de l’ « école » entre 9h et 14h. Nous animons une dizaine de personnes durant 5h (bricolages, dessins, chants, gym et jeux).

Assez vite, j’ oublie mes complexes linguistiques pour m’ adonner à la vente au marché de Noël (pour récolter des fonds). Paf, me voilà à crier : « Tamales ! Tortas ! Café ! Arroz con leche ! » 54

Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

Une lutte permanente pour exister dignement Les personnes handicapées et les centres qui les accueillent ne disposent d’aucune aide étatique au Chiapas. Il leur faut donc compter sur la générosité de donateurs particuliers. Mais le but d’ Angeles de Amor à long terme est de pouvoir développer des activités génératrices de revenus pour que les chicos puissent acquérir une certaine forme d’ autonomie. En effet, l’ association dispose d’un terrain cultivable où se trouvent déjà l' école, un poulailler, et une grande serre. L’ idée serait d’ apprendre aux chicos à s’ occuper des animaux et de l’ entretien des parcelles.

amérique latine

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Il est cependant difficile de mettre un tel projet en route, car les personnes accueillies souffrent de handicaps très différents (mentaux et/ou physiques) rarement diagnostiqués. De plus, elles n’ont pas été prises en charge par le système éducatif durant l’enfance et sont parfois délaissées par leurs proches. Il est compliqué pour les familles de s’occuper d’une personne handicapée, car les membres doivent travailler (quand ils n’étudient pas) chaque jour pour pouvoir vivre dignement.

Un avenir incertain… Dans le courant du mois de janvier, avec l’arrivée d’autres volontaires, de nouvelles activités se mettent en place. Nous nous étions accordés pour nous réunir en équipe une fois par semaine afin de discuter des activités à améliorer ou mettre en place, de la récolte de fonds, ainsi que des quelques problèmes de communication qui pouvaient survenir entre les équipes administrative et éducative. Grâce aux efforts de toute l’équipe, beaucoup de micro-projets sont donc initiés : une activité potagère, une animation théâtre avec représentation à la clé, et des moments de bien-être et de sport plus adaptés grâce à l’appui d’étudiantes et étudiants kinésithérapeutes. Malheureusement, l’évolution de l’association dépend des personnes engagées – souvent temporairement – dans le projet et des familles, qui ont du mal à s’y impliquer. Doña Gloria est une personnalité respectée et mobilisatrice de la ville, mais elle approche les 80 ans et craint pour l’avenir de sa fille et des autres chicos. Un projet de maison partagée est en cours d’élaboration, mais il faudra encore du temps pour qu’il puisse se réaliser et être viable. S'inscrire dans un mouvement historique pacifiste

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Des découvertes culturelles Les week-ends libres nous permettent de faire de petites escapades au Guatemala, dans d’autres régions du Mexique, et au sein même du Chiapas, qui dispose d’une variété paysagère et culturelle étonnante. Aux alentours même de San Cristóbal, nous participons à trois carnavals extraordinaires, résultats d’un syncrétisme entre traditions indigènes et espagnoles. D'abord la Fiesta Grande de Chiapa de Corzo : le carnaval le plus fou et le plus chaud (au sens propre et figuré) ! Les filles portent de superbes robes colorées, et les hommes, s’ils ne sont pas déguisés en Parachicos, sont habillés et maquillés en femmes – on s’y tromperait ! Durant le défilé, les participant·es reçoivent bonbons, légumes, petits cadeaux, et lampées d’alcool. Un peu plus tard, nous nous rendons à Huixtan, une municipalité tzotzile située à 40 minutes de San Cristóbal. Les festivités y sont plus calmes mais bien curieuses : des représentants des différentes communautés de la municipalité défilent, dansent, jouent, et chantent devant les autorités tout en essayant de faire rire le public – en débitant des grossièretés en tzotzil, en faisant boire de l'alcool à des animaux empaillés… –, car le carnaval est un jour où toutes les folies sont permises. Enfin, nous visitons San Juan Chamula, la communauté la plus traditionaliste de la région. Entrez dans l'église et découvrez les gens prier, discutant face à face avec leur Saint, brûlant des cierges de toutes les couleurs, égorgeant une poule, buvant du coca-cola ou du pox. Le carnaval est impressionnant : les hommes lâchent vaches et taureaux dans les rues avoisinant la place principale et tentent de les faire avancer jusqu'au centre en les tirant, en les excitant ou en les piquant. Les bêtes sont maintenues grâce à des cordes tenues par des Chamulas devant et derrière. Une fois arrivées, on leur fait faire trois tours de la place et des hommes essaient de les monter. Les bêtes sont fortes, se croisent, frôlent le public, et ceux qui les contiennent se fatiguent au fur et à mesure de la journée. Un fameux spectacle qui donne la chair de poule et quelques haut-le-cœur. Le 14 mars, pour mon dernier jour de travail, nous nous rendons à Rancho Nuevo – un parc de détente à la sortie de la ville – avec les chicos d'Angeles de Amor. Idéal pour un bon pique-nique ! La Doña Gloria a préparé des tortas et sorti la bouteille de vin pour l'occasion. Au programme : balançoires, toboggans géants, foot et photos souvenirs. Un moment parmi d’autres dont je me souviendrai toujours avec émotion.

Anne-Sophie Dupont

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Une autre façon de voir le monde


Cristel Cappucci turquie

ValĂŠrie Conard palestine

Marie Brasseur maroc

Š Jean Dujardin, palestine

midi


turquie 2011

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Ghd (anciennement genctur)

Quand il est simplement question d' Humanité… géorgie bulgarie grèce

arménie syrie irak

iran e l'envir nd

ement onn

protectio

turquie, Gomurgen

azerbaïdjan

En tant qu'archéologue, je me devais de visiter un jour la Turquie. Mais j’étais emplie de préjugés qui me faisaient indéfiniment reporter ce projet. Pays ultratouristique, je l’imaginais dénaturé par un tourisme de masse faisant sa loi, transformant des côtes autrefois paradisiaques en villages « Eurodisney », lieux de surconsommation, de monokinis et de bars à cocktails.

P

artir en volontariat avec le SCI était l'unique moyen, selon moi, de sortir des sentiers balisés d'où souvent, même lorsque l'on pense être une back-packer avertie, on ne peut dévier. Comme j'ai eu raison ! Les zones turques où tout est pensé pour satisfaire le touriste et son argent existent, bien entendu. Mais en dehors de ces ghettos, une superficie de 750.000 km2 s'ouvre sur un monde riche de traditions et de contrastes, ils m'émerveillent dès mon arrivée à Istanbul. L'association partenaire, Gençtur, est très bien organisée et propose pour tous les volontaires un pré-projet d'adaptation et de découverte de cette ville mythique. Fana d'histoire ancienne, je m'y rendais pour visiter Byzance, Constantinople ! Un rêve vieux de dix ans !

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Cristel Cappucci

Et bien, c' est Istanbul qui m' a séduite. Istanbul l' ottomane, la moderne, l' européenne, l' asiatique, la musulmane, la laïque ! Une ville qui prouve à tous ceux qui en doutent encore qu' un pays musulman peut être une démocratie.  

midi d’ailleurs

Témoignages d’ici

Imparfaite certes, mais laquelle de nos démocraties ne l'est pas ? Ces contrastes parsèmeront tout mon périple turc jusqu’à Gomurgen, notre village au cœur de l'Anatolie centrale.

Immersion : tradition, modernité et… convivialité ! Dans cette région où il ne pleut plus depuis deux cents ans, le maire du village, réputé un peu fou mais très admiré - on raconte que vingt vieilles dames sont restées célibataires toute leur vie rien que par amour pour lui - oblige sa population à planter des arbres pour le bien-être de tous. Lui-même participe activement à la préservation de la biodiversité locale. Il se lèverait tous les jours à quatre heures du matin depuis quarante ans pour arroser « ses arbres ». Chaque année, des volontaires internationaux viennent donc aider à l'entretien de ces plantations. Je n'aurais jamais imaginé être apte à bêcher six heures par jour sous un soleil de plomb, couverte de la tête aux pieds afin de ne pas heurter les sensibilités de nos hôtes musulmans. Ces efforts physiques me faisaient d’ailleurs assez peur, a priori. Eh bien non seulement je l’ai fait, mais j’y ai en plus pris grand plaisir !

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Cela fait du bien à la fois au corps et à l' âme. On se motive mutuellement, on s' abreuve les un·es les autres et on se repose tous·tes ensemble, au milieu de ces paysages grandioses, heureuses et heureux de pouvoir partager notre fatigue.  

À trois heures du matin, les plus courageux d’ entre nous ont eu l’ opportunité unique d’ assouvir leur curiosité tout en dégustant mille saveurs orientales. J’ai assisté avec émerveillement à cette façon si sereine et fière de vivre sa religion.

midi

d’ailleurs

100 ans de volontariat en 2020

Et que fait-on dans un village anatolien après le travail des champs ? On traîne devant la maison, on se retrouve entre voisin·es juste pour boire le thé, c'est vraiment une activité à part entière. On se raconte peu, mais on raconte surtout des légendes de Djinns auxquelles on croit dur comme fer. On se promène en cueillant des fruits dans les arbres ; les enfants jouent à la plaine de jeu pendant que les parents dénoyautent des abricots pour faire de la confiture, plus pour les voisins que pour eux-mêmes… Les soirées vibrent au rythme du saz (instrument de musique à cordes), on invite ses voisines et voisins, surtout quand il s’agit d’internationaux, et tout le monde se met à danser ! Fatma, maman de Zehra et Hassan qui ont tellement partagé de leur quotidien avec nous, nous a aussi conviés au sahur, cette tradition musulmane du ramadan qui veut que l’on mange entre le coucher et le lever du soleil.

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Gomurgen est aussi un village semi-nomade. De décembre à la fin de l'été, la moitié de sa population part en transhumance avec les chèvres. Ceux-là aussi, nous les avons rencontrés, perdus dans la montagne. J'ai ainsi pu monter un âne – avec de l’aide ! - et traire une chèvre. Symbole du contraste entre tradition et modernité, ces nomades âgés vivent sous tente six mois par an, ce qui ne les empêche pas d'aller rendre visite à leurs enfants à Berlin, tous les deux mois !

Un projet de volontariat, c'est surtout un tour du monde Avec trois Turcs, trois Espagnoles, une Japonaise, une Coréenne, un couple de Taïwanais, un Polonais, un Italien et une Belge, nous avons parlé anglais, mais aussi italien, espagnol, français. Nous avons appris l'histoire complexe des écritures japonaises et beaucoup de mots et de proverbes turcs. Nous avons comparé nos onomatopées et découvert dans l'humour et les fous rires à quel point la gestuelle a des significations différentes selon les cultures. Notre équipe logistique, composée de deux personnes d'origines différentes chaque jour, était chargée de nous concocter les repas les plus exotiques possibles.

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La tradition veut qu'en Turquie on ne rende jamais un plat de nourriture vide à son propriétaire ; or nous habitions au premier étage de la maison de Fatma qui a entamé la ronde des présents avec un succulent manti, raviolis au yoghourt. Nous avons mis tout notre savoir-faire en commun afin d'honorer cette belle tradition. Le plat a circulé du rez-de-chaussée au premier étage pendant deux semaines, rempli de saveurs du monde entier… et cela n'a pris fin qu'avec notre départ ! Que d'échanges ! Que de questionsréponses animées ! Je crois sincèrement que pas une heure n'est passée durant ces deux semaines sans qu’on entende résonner un éclat de rire quelque part dans notre maison. Vivre avec treize personnes, vingt-quatre heures par jour ne laisse aucune place à l'intimité, mais cette proximité noue des liens très spéciaux, extrêmement vite, et ceci pour toujours.

Une expérience unique et personnelle Chacune et chacun d’ entre nous a trouvé sa manière de vivre son immersion, avec les animaux ou les enfants… Moi, c' est au cœur de ces familles, à laisser couler les heures, à déguster du thé tout en les écoutant parler que j'ai le mieux intégré cette magnifique culture.  

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020 d’ailleurs

midi

Témoignages d’ici

C’est aussi grâce aux volontaires turcs bilingues qui aimaient partager avec nous l'amour de leurs traditions, ces racines dont ils sont souvent très éloignés, grandissant dans des métropoles modernes. Souvent, ces rencontres-là ne sont possibles que dans le cadre d'un projet de volontariat. Difficile de se contenter des commentaires récurrents : que ces expériences vous transportent, que parfois elles vous transforment, qu'elles touchent votre âme, qu'elles sont les plus belles jamais vécues… Le mieux, c'est de le vivre soi-même, de voir ces hommes et ces femmes vous préparer un grand festin pour vous dire au revoir, de se laisser entraîner dans une Hal Danzi (une danse qui ne se danse que tous réunis) et de s'entendre traduire, les yeux déjà plein de larmes, les mots d'un de ces villageois à la carrure d'athlète et aux mains calleuses : « Il n'est pas nécessaire de pouvoir se parler pour s'aimer ou pour rire ensemble. It's just about humanity ».

Cristel Cappucci

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palestine 2013

PROJET AVEC LES ASSOCIATIONS PARTENAIRES DU SCI

Project hope et Tent of nations

turquie syrie

inch’ Allah

chypre liban

israël egypte

palestine, Naplouse et Nevedaniel

J’y retournerai irak

jordanie

paix

nvironne &e

t men

arabie saoudite

Fin 2013, je suis partie six semaines en Palestine dans le but de me faire une idée plus précise sur le conflit israélo-palestinien. En partant là-bas, je ne pensais pas que j’allais avoir envie d’y retourner plusieurs fois. S’il ne faut pas rester très longtemps en Cisjordanie pour comprendre ce qu’il s’y passe, un séjour de six semaines, pour moi ce n’est pas assez.

la Palestine ? mais pourquoi ?

L

orsque je racontais aux personnes qui m’entouraient que j’allais partir en Palestine, certains me trouvaient courageuse, d’autres me considéraient à moitié folle. Après mes secondaires, une succession d’événements m’ont convaincue de partir là-bas. J’ai commencé par apprendre l’arabe, probablement parce que j’aime apprendre les langues et qu’aujourd’hui, l’arabe acquiert de l’importance tant au point de vue géographique, qu’économique, culturel et professionnel. Ensuite, j’en ai appris davantage sur la situation socio-politique du Moyen-Orient, mais ce n’était pas assez à mon goût. Enfin, le conflit israélo-palestinien m’intriguait beaucoup et c’est donc également par curiosité que j’ai choisi d’aller à la rencontre du peuple palestinien.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Valérie Conard

l’angoisse du départ et l’arrivée à project Hope

midi

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Le voyage Bruxelles-Naplouse n’a pas été un voyage comme les autres. La crainte de ne pas obtenir mon visa mélangée à l’excitation de rencontrer une nouvelle culture a créé un moment d’hésitation pendant lequel je me suis demandé si, en effet, je n’étais pas folle. Heureusement, cette remise en question n’a pas duré longtemps ! Soulagée d’avoir obtenu mon visa (en un temps record de 2 minutes), je me suis lancée dans la grande aventure. Concrètement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre par rapport au projet. Je savais qu’il consistait à donner des cours de français ou d’anglais, mais je ne savais ni comment, ni où, ni à qui… Ceci dit, j’ai été très bien accueillie par les membres de Project Hope, l’association partenaire du SCI. J’ai reçu un horaire ; d’autres volontaires m’ont expliqué le déroulement de la semaine ; j’ai vite été mise dans le bain et rassurée. Project Hope dispose du matériel nécessaire pour organiser les cours et des étudiant·es en français de l’Université de Naplouse nous accompagnaient dans les villages et camps de réfugié·es pour faire la traduction quand c’était nécessaire. Bref, j’ai été assez impressionnée par l’organisation et la bonne ambiance qui règnent à Project Hope. Tous·tes les volontaires internationaux·ales étaient logé·es dans des appartements en ville. Dans le mien, nous étions 10 filles. J’y ai fait la rencontre très enrichissante de volontaires avec qui je garde encore contact aujourd’hui. Ces volontaires, pour la plupart de nationalité française, étaient déjà venues trois ou quatre fois en Palestine.

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Pendant nos temps libres, elles m’ont fait découvrir des lieux et rencontrer des Palestiniennes et Palestiniens. J’ai alors fait la connaissance de personnalités remarquables qui m’ont appris beaucoup de choses et qui m’ont permis de prendre du recul par rapport à mon mode de vie en Belgique.

Un quotidien pas comme les autres Je suis arrivée en Palestine avec l’objectif d’observer la vie sur place et le conflit israélo-palestinien. J’ai pensé que ce qu’il fallait faire, c’était observer de la manière la plus neutre possible et d’identifier les causes ou les facteurs qui alimentent ce conflit. Je me demandais aussi quelles issues sont possibles. En réalité, je n’ai pas pu tenir ce discours de neutralité très longtemps car les faits ne mentent pas et les injustices sont bel et bien présentes et le plus souvent au détriment de la population palestinienne. J’ai vu la colonisation, l’occupation, la présence armée, les checkpoints, les violences physiques et verbales… Et je me suis demandé comment un·e Palestinien·ne fait pour vivre dans de telles conditions. En fonction de leur position géographique, certains villages palestiniens sont plus menacés que d’autres par les colons. J’ai eu la chance de rencontrer le maire du village de Qusra qui m’a expliqué comment il réagissait par rapport à l’oppression et l’occupation israélienne autour et dans son village.

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Une autre façon de voir le monde


Ce village est entouré de grosses colonies et est susceptible de perdre une partie de ses terres d’ un jour à l’autre. Le maire m’ a fait comprendre que, selon lui, le meilleur moyen de résister à l’ occupation est la lutte pacifiste et d’ éviter à tout prix l’ usage de la force. C’ est à ce moment-là que je me suis rendu compte à quel point c’ est remarquable d’ arriver à un raisonnement pareil alors que le contexte est aussi instable et dangereux.  

Ce monsieur est devenu pour moi un exemple : en plus d’être dévoué pour les gens de son village, d’être accueillant et dynamique, il arrive à garder de l’espoir et à faire preuve de beaucoup de courage dans des conditions de vie injustes, dégradantes sur le plan humain et angoissantes pour l’avenir de leurs enfants.

d’ailleurs

midi

Témoignages d’ici

La deuxième partie de mon voyage s’est déroulée près de Bethléem, à Tent of Nations, un autre partenaire du SCI. Cette association est une ferme palestinienne, avec laquelle j’ai participé à la récolte des olives. J’y ai rencontré quelques volontaires, principalement européen·nes. Après une grosse journée de travail à la ferme, nous avions l’occasion pendant le repas du soir de partager nos récits d’aventures. Certains voyageaient depuis un an, d’autres prévoyaient de partir encore quelques mois… Les rencontres avec les autres volontaires et les partages d’expériences sont également des moments importants car ils sont souvent très enrichissants. C’est souvent pendant la saison des olives qu’il y a le plus de volontaires internationaux en Palestine. Cette période de l’année (septembre-octobre) est très importante pour la population car la culture des olives représente une activité économique très importante, c’est donc également pendant cette période qu’elle est la plus vulnérable. En effet, l’armée israélienne n’hésite pas à faire des contrôles plus fréquents et à empêcher la récolte sur certaines parcelles de terre.

100 ans de volontariat en 2020

La récolte des olives

Les colons vont parfois même jusqu’ à brûler des oliviers. La présence de volontaires internationaux sur les terres fait fuir les colons car nous sommes là pour témoigner, et ils n’ ont pas envie que le monde entier sache ce qu’ ils font.  

Voilà donc les raisons pour lesquelles, un jour, je l’espère, j’y retournerai : dans le but de témoigner face à l’intransigeance israélienne, de soutenir le peuple palestinien dans sa lutte pacifiste contre la colonisation et d’en ressortir grandie. Comme le disait S. Hessel : « Il faut s’indigner avec eux aujourd’hui et prendre le relais de leur espoir, sûrement, mais de leur colère aussi. Si nous ne le faisons pas (et une fois de plus, il y a urgence), nous donnons des armes à la violence » 1

Valérie Conard

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DE KEYSER, V. ; HESSEL, S., Palestine, la trahison européenne, Fayard, 2013, p.24.

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maroc 2019

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Evo maroc

au coeur de l'oasis d'Oujda france portugal

espagne tunisie algérie maroc, Oujda lybie

egypte

sahara occidental e l'envir nd

ement onn

protectio

mauritanie

Prendre le temps, laisser la place à l’imprévu permet de voir l’autre et de créer des liens pour de vrai.

Bienvenue au Maroc

J'

arrive à l’aéroport d’Oujda un peu avant minuit, et ce qui me frappe le plus c’est la chaleur humaine. La dame de la douane me demande en souriant : « C’est la première fois au Maroc ? ». Je réponds « Oui, et c’est même ma première fois sur le continent africain ». Elle me gratifie d’un « bienvenue » et me laisse passer au hall des arrivées. Directement des personnes se précipitent pour m‘aider à porter ma valise. J’essaie de dire que je me débrouille mais elle est déjà posée sur un trolley à roulettes. Je ne sais pas comment le porteur a compris, mais il me dit de le suivre et me conduit dehors où nous retrouvons Hamouda, le coordinateur d’EVO et une autre volontaire. Le porteur part avant même que j’aie le temps de lui proposer de la monnaie.

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100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Marie Brasseur

Nous roulons une vingtaine de minutes, je vois les silhouettes des montagnes au loin et des palmiers çà et là. Je suis vraiment heureuse d’être là !

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Témoignages d’ici

d’ailleurs

A l’association « Espace Volontaire Oujda », nous rejoignons 3 autres volontaires SCI et 5 volontaires marocain·es. Un magnifique repas nous attend ! Partager le tajine de poulet en mangeant tous ensemble à même le plat me réjouit et donne déjà le ton du séjour !

Poumon vert Le lendemain, je découvre les couleurs et les reliefs du lieu pendant que nous roulons vers le parc écologique. Nous sommes entouré·es de montagnes, il y a beaucoup de vide entre les bâtiments, avec des enfants qui jouent au foot, des marchands ambulants avec leurs charrettes, des animaux en liberté et… beaucoup de déchets. C’est un vrai choc pour moi qui n’ai voyagé qu’en Europe. J’avais déjà vu ce genre d’images à la télévision mais voir les enfants et les animaux évoluer dans ce qui me semble être une décharge me fait beaucoup de peine. De la peine et de la culpabilité, moi qui jette un sac de déchets tous les 15 jours devant ma porte sans me soucier de sa destination… Depuis ce voyage, la quantité d’emballages a aussi un impact sur mes critères d’achat. Nous arrivons au parc, il me paraît immense et relativement propre par rapport au reste d’Oujda. La chance nous sourit : la pluie s’arrête et laisse place à un arc-enciel ! En plus on a le parc pour nous car c’est le jour de fermeture hebdomadaire ! Il y a 25 hectares avec un lac, des plaines de jeu, une tente berbère, des chemins de promenade et 25 000 espèces végétales dont un palmier préhistorique.

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Le directeur du parc, Azzedine, nous fait visiter les différents espaces. Il est là depuis le début du projet et est un véritable passionné de la nature. C’est un plaisir de l’écouter ! Si le parc a bien évolué en 4 ans, il reste encore beaucoup à faire ! Notre tâche principale consiste à faire des boutures de myoporum et à les rempoter. Il s’agit d’une plante d’Asie qui résiste bien à la sécheresse, et fait de belles petites fleurs blanches en saison. Le parc et ses différents espaces seront délimités par des haies de myoporum, qui en plus d’apporter de l’ombre, possèdent des vertus antibactériennes et anti-moustiques. On participe également à la taille des haies plantées quelques années plus tôt. Parallèlement au travail de jardinage, le coordinateur nous propose d’accompagner des volontaires français en service civique et de faire de la sensibilisation à l’environnement auprès des familles. Une après-midi, on organise une course aux déchets avec les enfants de l’école de devoirs, une projection du film « Demain » en anglais et un café débat. A mes yeux, cette dernière action a été la plus enrichissante. C’était un dimanche ensoleillé, du coup il y avait beaucoup de familles qui profitaient du parc. On avait prévu 4 tables avec des thèmes différents : le recyclage des piles, le réemploi des pneus, le compost, la gestion des déchets médicaux. A chaque table il y avait un·e volontaire SCI et un·e volontaire marocain·e pour faciliter les échanges. Avant de commencer, on a arpenté le parc en expliquant aux gens qu’il y avait un débat sur l’environnement et ils ont été directement intéressés. Les tables ont été rapidement remplies. Les participant·es, quel que soit leur âge, étaient très concerné·es par la question de la pollution mais se sentaient démuni·es. On a utilisé un jeu de photos pour montrer les méthodes de traitement des déchets en Europe.

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Une autre façon de voir le monde


Ils ont marqué beaucoup d’intérêt pour le tri sélectif, et un groupe de voisin·es a décidé de mettre en place une sorte de compost de quartier :

« Comme ça les chèvres et les moutons pourront manger les épluchures sans risquer de se blesser sur d’ autres détritus ». Comme quoi, une simple rencontre autour d’ un verre de thé peut être un tremplin vers l’action.  

100 ans de volontariat en 2020

Communion entre femmes Notre lieu de vie abrite une école de devoirs pour les enfants, une bibliothèque, un centre de formation professionnelle pour femmes et un club sportif réservé aux femmes. Tous les jours nous dégustons des plats aussi copieux que délicieux, concoctés par les élèves du cours de cuisine. Un jour, je décide de leur rendre la pareille. Je suis autorisée à disposer de la cuisine en dehors des heures de classe pour préparer des ‘boulets-kefta sauce lapin frites’.

J’ entre dans le local avec mes ingrédients et me retrouve nez à nez avec une quinzaine de femmes, bruyantes et joyeuses, munies de bics et de calepins. Elles m’ accueillent chaleureusement, me font des accolades, lancent des bienvenue au Maroc ! Je ne sais pas du tout comment elles ont entendu parler d’ un cours de cuisine belge alors que l’ idée m’ était venue le matin même !  

midi

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Je commence la préparation, elles veulent aider, prennent des ingrédients, me posent des questions en arabe… Je me rends compte que contrairement à ce que j’imaginais, tout le monde ne parle pas français au Maroc. La situation me fait rire, je me demande comment organiser tout ça et murmure un « dios que le vamos a hacer ». Une jeune femme me répond « hablas espanol ? ». Son mari vient de Melilla, l’une des deux villes espagnoles au nord du Maroc ! Elle a traduit mes explications en « darija » (l’arabe de la région) pour le groupe ! Finalement, ce sont encore elles qui ont travaillé mais la recette liégeoise leur a plu et on a passé un très bon moment. Quelques jours avant la fin du projet, c’était les 4 ans du club de sport pour femmes. Le hasard fait bien les choses : le groupe SCI ne comptait que des filles, donc nous avons été conviées à la fête ! Jamila, la prof de sport, nous a prêté des tenues traditionnelles pour l’occasion. Il y avait une quarantaine d’invitées qui ont essayé de nous apprendre à danser ! Après environ deux heures de danse, on est passées à table.

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Ensuite les femmes d’une des tables se sont mises à entonner des petits cris ; les autres tables ont répondu. Les cris se sont transformés en chants et quand elles ont toutes uni leurs voix c’était intense. Leurs voix n’en faisaient plus qu’une et on était comme enveloppées dans une atmosphère remplie de force et de fraternité. Jamila a clôturé la célébration par un discours. Elle expliquait que l’ouverture du club de sport était le résultat d’un parcours semé d’embûches, mais que grâce à la persévérance, la foi et la force du groupe, tout était possible. C’était très émouvant et inspirant. Paivi, une volontaire finlandaise me glisse : « Ces femmes savent faire la fête, et savent comment s’amuser ensemble ».

Qui a le temps a la vie En relisant mon témoignage, je me dis qu’il y a encore tellement à dire… Si je dois retenir une seule chose de ce voyage, c’est de prendre le temps de vivre. Là-bas, la journée était ponctuée de pauses pour boire le thé, déguster des msemmens et les repas duraient généralement 2 heures tant le lien social prime sur l’horaire. Pourtant, on a atteint nos objectifs et on a même ajouté des activités ! Prendre le temps, laisser la place à l’imprévu permet de voir l’autre et de créer des liens pour de vrai. C’était mon premier séjour au Maroc et certainement pas le dernier.

Marie Brasseur

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Une autre façon de voir le monde


Sabina Jaworek italie

usa

Julien Devilers slovaquie

Sarah Planche finlande

© Violette Carpin, dannemark

nord

Mélanie Joseph


italie 2017

PROJET AVEC LE

sci italie

chez de Bons Pirates france

suisse croatie italie, Bagno a Ripoli

ent & tr nem

ition ans

environ

espagne

Je me disais bien que venir ici avec la petite valise à roulettes au lieu du sac à dos était un choix risqué. Au bureau, on rigolait déjà à l’avance en m’imaginant avancer péniblement sur un chemin caillouteux parmi les vignes…

E

t c’est exactement ça, le chemin vers la ferme Mondeggi Bene Commune. Excepté que je suis en voiture. J’ai rencontré le coordinateur du projet au village. On s’est reconnus mutuellement en se croisant – lui, un barbu aux cheveux longs dans une vieille petite voiture, et moi, la fille au chapeau au bord de la route avec ma valise. J’ai vu en lui un habitant potentiel de la ferme et lui en moi une des volontaires attendues. Les clichés peuvent parfois être utiles. Cela faisait presque 5 ans que je disais vouloir refaire un projet de volontariat, mais sans dépasser le stade de la déclaration… Jusqu’au moment où un bon projet est arrivé – et ce fut Mondeggi Bene Commune, un nouveau partenaire du SCI Italie avec une ferme-squat en Toscane. Je m’y suis inscrite direct.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Sabina Jaworek

nord d’ailleurs

Une cuisine ouverte est installée devant la maison, une villa ancienne. Deux personnes s’affairent autour du four à pain ; elles y brûlent les petites branches d’olivier pour ensuite vider les braises et y enfourner les pizzas et foccacias. Puis vient le tour du pain. Le soir, des gens du village voisin viendront le chercher.

Témoignages d’ici

Je fume en attendant, comme tous le font ici. Beaucoup de personnes passent et me saluent, certaines habitent ici, certaines y squattent, certaines rendent visite. Difficile de s’y retrouver, on ne parle pas beaucoup anglais, on ne fait pas de présentations. Je suis un peu perdue. Je ne le sais pas à ce stade, mais il y a parmi elles ceux qui porteront une attention très bienveillante envers ces volontaires internationaux qu’ils ont décidé d’accueillir pour la première fois tout au long du séjour à ce sci camp (prononcez « schi »). Et qui vont prendre très au sérieux la study part de ce projet, nous expliquer et transmettre plus que de nous faire travailler. Les autres volontaires arrivent tout au long de la journée. Nous sommes 6 au total, avec une belle palette de générations : Frederica de Rimini a 17 ans, Alex de Russie 20, Jitka, une étudiante tchèque en médecine, 28, moi 33, Fatima, biologiste espagnole, 35 et Rosa, une institutrice tatouée de Rome, une bonne quarantaine.

Je ne sais pas ce qui nous lie, aucun·e de nous ne semble avoir le profil qui correspond à l’ endroit où nous nous trouvons, mais pourtant, nous avons toutes et tous choisi de venir dans cette Ferme Sans Patrons, dans ce collectif Terra Bene Commune sans statut légal ni permission officielle d’occuper les lieux.  

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Une autre faรงon de voir le monde


Pourquoi ils sont là ? La première matinée, Dany, Gilles et Nicolo – trois membres du projet depuis le début – nous font visiter. Sur le terrain de 200 ha, il y a 8 villas, 10 000 oliviers et de nombreuses vignes. Tout a été laissé à l’abandon pendant 7 ans – le propriétaire précédent a endetté la ferme et fait faillite. La Province de Florence a essayé (et essaie toujours) de revendre le terrain sans succès. Les personnes qui participent à ce projet et habitent depuis trois ans sur les lieux ont des motivations très réfléchies. Gilles nous raconte : « Nous voulions choisir un endroit à l’abandon à cause de la mauvaise gestion selon le modèle classique – et ici c’est la ferme avec deux monocultures, vigne et oliviers, le tout adapté à la mécanisation. La ferme est endettée d’un million et demi d’euros. Il n’y a pas d’acheteur ».

« La terre n’ était pas cultivée, les oliviers n’ étaient pas entretenus, les maisons tombaient en ruine. Nous voulions expérimenter ici un autre modèle dans lequel la terre n’ est pas une propriété privée, mais sert de bien commun »  

nord d’ailleurs

Dany continue : « L’idée est de rétablir le lien entre le producteur et les consommateurs, surtout à l’échelle locale et surtout pour les communautés urbaines. Nous cherchons un mode de production des biens qui serait respectueux de l’environnement et des gens, qui unit les anciens savoirs avec de bonnes nouvelles pratiques ». Sous nos pieds, une citerne enterrée pour récupérer l’eau de la pluie. Près de la maison, tout un potager est installé pour les besoins des habitant·es – une vingtaine des personnes. Mais l’eau manque cruellement cet été, il n’a pas plu depuis mars. Ils doivent pour le moment arroser avec l’eau du robinet et acheter parfois les légumes ailleurs.

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Témoignages d’ici

« Nous voudrions que chacun puisse avoir l’accès à la terre, peu importe ses moyens, et qu’il puisse produire une partie de sa consommation. Une ferme comme celle-ci est accessible seulement à de très grandes entreprises. Comme nous ne sommes pas suffisamment nombreux ici pour nous occuper de tous les oliviers – il faut ramasser et couper les branches desséchées, puis tailler les arbres de la meilleure façon pour avoir beaucoup d’olives – nous avons proposé un projet à la population locale : les familles prennent soin d’une parcelle de 35 arbres et récoltent ensuite les olives pour faire leur huile ». L’endroit est énorme et je suis étonnée du nombre d’initiatives sur place. En-dehors des oliviers, du pain et du potager, ils ont aussi consacré un champ à la culture des arbres fruitiers, tout en sachant que c’est une initiative à long terme. Il y a des ruches et ils récoltent le miel que nous aurons le plaisir de faire couler dans les pots dans quelques jours ; des moutons qu’ils tondent pour leur laine, que nous allons patiemment nettoyer ; une herboristerie – Valentina, grâce à notre coup de main, pourra enfin libérer les séchoirs et mettre le romarin et la mélisse dans les bocaux. Le projet en cours est de préparer un nouveau champ pour le blé. Ils ont pris soin de choisir diverses variétés anciennes. Le champ en question est pour le moment rempli de pierres et de cailloux et nous participerons aussi à son nettoyage, même s’ils éviteront de nous charger d’un travail – selon eux - dur et pénible.

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Elles expérimentent, essaient, chacun·e dans son domaine. Ils font aussi du vin – bien qu’ils avouent qu’il n’était pas très réussi l’année passée – et de la bière. Gilles nous fera tout un cours sur sa production.

Francesco nous expliquera plein de choses sur la préparation du pain et la taille des oliviers, Valentina nous parlera des herbes et fera avec nous des crèmes, et Susi montrera son 'orto synergico', une partie du potager cultivé en permaculture. Le partage des savoirs ne reste pas qu’ une résolution théorique, mais ils le font vraiment, de manière passionnée et authentique.  

« La province n’est pas claire avec nous. On voulait faire ce projet en collaborant avec les autorités, ils ont un peu ouvert le dialogue, mais après les élections ça ne les intéressait plus. Nous évitons d’avoir un statut juridique pour ne pas avoir de problèmes. Eux, ils empêchent nos partenariats avec des écoles, mais ils nous appellent pour demander si on a coupé l’herbe parce que les risques d’incendie sont élevés. On vit ici sans savoir si demain nous devrons vider les lieux ou pas ». Après une dizaine de jours sur place, le jour avant notre départ, ils nous emmènent à la côte sur une petite plage. Alex, qui vient d’une ville russe industrielle, n’a jamais vu la mer. Le temps se gâte, nous mangeons dans une toute petite grotte le pique-nique préparé par Susi et les glaces emmenées par Gilles. Nous rejoignons les autres autour du feu, buvons le vin, discutons de la vie les pieds dans l’eau et

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

nord d’ailleurs

nous endormons directement dans le sable. C’est ici que l’on a pris un peu plus de temps pour se connaitre, pour sortir du contexte et tisser des liens. Puis nous quittons l’endroit à la va-vite au milieu de la nuit, un orage approche et nous rentrons à la maison pour quelques dernières heures de sommeil, un sommeil empêché par la pluie, par les chats qui se bagarrent dans les couloirs et enfin par le départ du lendemain, tous légèrement frustrés.

Témoignages d’ici

Oui, un certain chaos régnait dans cette ferme. Mais un nombre de choses impressionnantes y ont été accomplies dans le même temps. Certes, j’ai senti les tensions et entendu les engueulades lors de réunions, mais j’ai rarement vu une telle attention au partage que celle de Francesco, Gilles, Dany, Valentina, Susi, Stefano et encore d’autres dont je n’ai même pas connu les prénoms. Et avec notre groupe de volontaires venant d’univers variés et éloignés, j’ai encore une fois expérimenté une énorme bienveillance des un·es envers les autres.

Je ne sais pas où ils en sont à Mondeggi tant il est difficile de contacter cette bande d’utopistes avec de vieux Nokias et un vieil ordi partagé qui vivent l’instant présent au fil des saisons et donnent vie aux mots « partage » et « communauté ». J’imagine qu’il faudra aller sur place pour avoir des nouvelles. Et je souhaite les y trouver toujours.

Sabina Jaworek

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usa 2013

PROJET AVEC LE

sci usa

des  Livres montana

& des loups

dakota wyoming nevada

nebraska utah

nouveau mexique

nne viro me

nt

en

arizona

etats-unis, Colorado kansas

Si vous vous perdez un jour dans les montagnes rocheuses du Colorado, à une heure de route de la première ville, peut-être tomberez-vous sur un lieu étrange, peuplé de loups et d’humains sauvages. Un conseil : ne vous arrêtez pas, vous pourriez ne jamais en revenir…

u

n hurlement rompt le silence matinal, bientôt repris en chœur par une trentaine de voix qui s’entremêlent et rivalisent avec le glapissement des coyotes sauvages. Les rayons du soleil lèchent timidement les parois des tentes et des tipis, luttant contre la fraicheur de la nuit. Dans ce décor aride et tranquille, le rêve débute au réveil. Ce rêve se déroule à Mission : Wolf Sanctuary, un refuge pour loups reculé du Colorado, qui ne vit que grâce aux dons et à l’aide de volontaires. C’est dans cet endroit hors du commun que j’ai participé à un projet axé sur l’environnement et la construction, une expérience non seulement inoubliable mais également source de questionnements intéressants à partager. Pourquoi me suis-je retrouvée dans ce centre pour loups de l’Ouest américain, comment ai-je vécu ce projet de trois semaines et pourquoi suis-je revenue avec « une autre façon de voir le monde » ? Il faudrait des livres pour le raconter. Mais la réponse se trouve déjà dans certains d’entre eux…

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Mélanie Joseph

« L’appel de la forêt », j. london

nord d’ailleurs

À Bruxelles, le matin, personne ne parle dans le métro. Les gens regardent dans le vide, les yeux vitreux. Ils sont pris, comme moi, dans la réalité d’ un quotidien qui allie stress et fatigue.  

Témoignages d’ici

Même si je mène une vie confortable, à la fois animée et paisible, les études, le sport et les scouts ne me suffisent pas toujours. Comme ces grands chiens nordiques gardés en appartement et affalés sur un coussin, comme Buck, le chien du récit de Jack London, j’ai au fond de moi un besoin de nature et de silence, d’animaux et de solitude. Telle une bête tapie qui attend son heure, cet instinct rejaillit parfois, particulièrement au début du printemps. Plus qu’une envie, cela devient un appel, l’« appel de la forêt ». J’ai décidé d’y répondre.

« Into the wild », j. krakauer C’est le jour J. Christophe Colomb disait : « l’Homme ne va jamais aussi loin que lorsqu’il ne sait pas où il va ». Etrange sentiment que de quitter seule Bruxelles pour rejoindre des terres inconnues avec la seule certitude que quelqu’un vous attend quelque part. L’arrivée en avion à Denver, Colorado, puis celle en car dans la petite ville de Walsenburg ne constituent que des étapes, ultimes moments de confort avant l’isolement des montagnes. Je découvre au refuge un mode de vie à la dure, à plus de 3000 mètres d’altitude : nuit sous tente par tous les temps, journées de travail sous un soleil de plomb et possibilité de se doucher une fois par semaine. L’isolement du site nous impose une existence en quasi autarcie : les panneaux solaires, la pompe à eau, les deux serres et le potager assurent à l’endroit une autonomie non négligeable.

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100 ans de volontariat en 2020

Loin des villes et de leurs vies polluées, je respire à pleins poumons cet air gonflé de nature et de simplicité. Nous vivons « into the wild », comme dans le livre du même nom qui retrace l’ histoire vraie d’ un jeune homme brillant, Christopher Mc Candless, qui a tout quitté pour se retrouver en pleine nature dans les profondeurs de l’ Alaska.

nord d’ailleurs

Témoignages d’ici

Cette vie simple, loin d’être monotone, est en réalité trépidante, surtout lors des moments de détente et d’excursions : nuits à la belle étoile, baignades dans les cascades et rivières des canyons, escalades des rochers, couchers de soleil, campement en plein désert, tours en quad, randonnée nocturne… Grisée par un sentiment de liberté et une insouciance retrouvée, je redécouvre le plaisir, non plus de consommer un produit, mais de créer l’instant.

« Danse avec les loups », M. Blake Fascinée, je regarde l’immense bête noire qui s’avance vers moi et m’observe de ses yeux orange et perçants. Je lui présente mon visage en montrant les dents, mon regard plongé dans le sien, attendant qu’il vienne me lécher les babines en guise de salutation. Le loup. Tant d’enfants tremblent à l’évocation de cet animal. Captivant, puissant, d’une carrure impressionnante, le Grand Loup n’en est pourtant pas Méchant et certainement pas, comme beaucoup le pensent, agressif. Père de tous les chiens, cet animal mythique semble habité par une sagesse ancestrale et impressionne par son intelligence et la complexité de ses relations sociales.

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En tendant la main vers lui, c’ est un rêve que je touche du doigt : celui de communiquer avec une meute de loups sur une terre d’ Indiens, avec pour seuls voisins quelques vaches, chevaux, rongeurs, coyotes, rapaces et ours sauvages.  

Ce tableau digne du roman de Michael Blake dévoile en coulisses un autre aspect de notre travail à Mission Wolf : les loups et chiens-loups du refuge, bien que nés en captivité, restent des bêtes sauvages qu’il faut nourrir de viande fraiche. C’est ainsi que dès que l’occasion se présente, nous enfilons nos gants et aiguisons nos couteaux pour tailler en morceaux les élans renversés sur la route ou les chevaux morts que nous amènent gracieusement les propriétaires de la région. Loin de me dégoûter, découper un cœur ou un foie encore chaud offre un accès grandeur nature à une meilleure compréhension de l’anatomie animale et engendre par ailleurs une réelle réflexion sur la place de l’humain dans la chaine alimentaire. Ce travail au terme duquel nous finissons épuisé·es et couvert·es de sang m’apparait en effet incroyablement plus juste et naturel que l’achat dans un supermarché de carrés de viande aseptisés et produits en chaine.

« Ensemble c’est tout », A. Gavalda Nous étions prévenu·es avant de partir : pour rejoindre l’équipe de Mission Wolf, il faut supporter les humains avant même d’aimer les loups, les premiers causant bien plus de problèmes que les seconds. Or, malgré le manque de confort pourtant propice aux tensions, les trois semaines de projetse déroulent sans le moindre conflit.

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100 ans de volontariat en 2020 d’ailleurs

nord

Témoignages d’ici

La paix qui règne dans ce lieu hors du commun m’impressionne et je découvre ici un autre modèle de fonctionnement, basé sur le partage volontaire des tâches, la confiance mutuelle et la communication. Nous dinons ensemble tous les soirs tandis que les petits déjeuners et diners se prennent à la convenance de chacun. C’est ainsi que la cuisine s’anime chaque matin dans une ambiance détendue et pour le moins multiculturelle : mon café et ma tartine de beurre de cacahuète – à défaut de pâte à tartiner – rivalisent avec l’omelette au bacon des Américain·es tandis que les Japonais·es avalent leur soupe à coups de baguettes chinoises. Ce respect de l’autre et cette cohésion entre nos huit nationalités furent une composante essentielle – et inattendue – du projet. De retour à Bruxelles, j’en suis convaincue : « Ensemble, c’est tout » ou, pour reprendre la conclusion du livre « Into the wild » : « happiness is only real when shared ».

Epilogue Lundi 16 septembre 2013. Retour brutal à la réalité : coincée parmi 500 étudiant·es dans un auditoire sans fenêtre, je me prends à rêver de ces territoires sauvages que je viens à peine de quitter. Après un mois hors du temps, ce n’est plus l’aventurière mais l’étudiante en droit qui reprend sa route. Pourtant, une question me taraude l’esprit. Si je reste convaincue par le choix de mes études, je prends toutefois conscience d’une réalité : dans moins de deux ans, j’entrerai dans la vie active, ou plutôt hyperactive, d’une jeune juriste travaillant du matin au soir dans un bureau encombré de dossiers. Mon côté intellectuel sera alors pleinement comblé. Mais comment concilier cette vie professionnelle avec mon besoin de nature et de grand air ? Je sais maintenant qu’il existe « une autre façon de voir le monde », et donc une autre façon de le créer. Devant cette page blanche qu’il reste à écrire, ce sera à moi de poser des choix, en espérant ne pas devoir trancher entre la raison et l’instinct… Entre les livres et les loups.

Mélanie Joseph

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Slovaquie 2015

PROJET ‘ CES ’ AVEC L’ ASSOCIATION

Pospolitosť pre harmonický život

voyage au  Pays des carpates allemagne

Ahoj !

tchéquie autriche ukraine slovaquie, Zaježová hongrie roumanie

ent & tr nem

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environ

france

pologne

Tout commence en février 2015, lorsque les responsables de l’association Pospolitosť pre Harmonický Život m’annoncent qu’ils souhaitent soumettre à l’Union Européenne un projet de Service Volontaire Européen (SVE - aujourd’hui Corps Européen de Solidarité) pour accueillir un jeune étranger pendant 12 mois, et me proposent de postuler. Chose dite, chose faite : souhaitant profiter de cette année à l’étranger pour m’enrichir de connaissances et compétences nouvelles, je décide de me proposer comme bénévole auprès de cette ONG slovaque. Après 4 mois d’attente, je décroche le SVE d’un an au sein de l’association PHŽ. Deux mois plus tard, avec quelques pincements au cœur, je quitte notre plat pays pour des montagnes impressionnantes et uniques au monde : les Carpates.

Phž… une boussole

S'

élevant parfois à plus de 2.600 mètres d’altitude, les Carpates sont inscrites au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. C’est un environnement idéal pour randonner, nager dans les lacs en été et skier en hiver… un vrai petit coin de paradis ! C’est au milieu de ces montagnes que je me suis installé, plus précisément dans le joli village de Zaježová. Zaježka est une vallée située dans des petites collines (altitude de 600 à 900 m) dans le centre de la Slovaquie, non loin de la frontière hongroise. La ville la plus proche est Zvolen (30 km par la route). Zaježová est un village plein de charme dont les spécialités culinaires (bryndzové halušky, lokša, kapustnica, borovička, pivo…), mélange de cultures slovaque et tchèque, ravissent le palais.

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100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Julien Devilers

nord d’ailleurs

Cet ancien village presque déserté par la population d'origine est à nouveau revitalisé par les personnes qui s’y sont déplacées : depuis 1989, plus de 100 nouveaux arrivants ont déménagé dans la vallée et y ont créé une sorte d’« éco-village ». Niveau météo, le temps est meilleur qu’en Belgique. Il y pleut moins et le soleil se montre plus souvent… Quel bonheur !

Témoignages d’ici

PHŽ est une association sans but lucratif installée à Zaježová. Son objectif est de développer l’échange international, la tolérance et le respect mutuel entre les cultures. Cette ONG locale organise des ateliers et séminaires sur divers sujets : par exemple, la culture et l'artisanat traditionnels, la construction naturelle, la sensibilisation à l'environnement, l'auto-développement, le mode de vie sain… L'éco-communauté de Sekier est mise en place dans l’éco-village de Zaježová. Sekier est le quartier général des volontaires, où 4 à 8 jeunes peuvent essayer de vivre un style de vie alternatif - certains pour plusieurs jours, d'autres pendant des années. Les volontaires doivent être prêt·es à vivre simplement à la campagne et être fortement motivé·es à participer aux projets. Il existe de nombreuses initiatives communautaires : une petite école alternative, une école maternelle en forêt, une banque alimentaire, un magazine de la communauté, un festival d'été… L’esprit de PHŽ et de tous les gens qui y travaillent est une vraie inspiration, tout comme la rencontre avec les autres volontaires. Je suis véritablement convaincu de l’utilité des projets internationaux.

L’ aspect humain est vraiment le point fort de tout projet. De très chouettes rencontres, dans un esprit de tolérance et d’ ouverture, avec au final très peu de conflits au sein des groupes, malgré la grande diversité des gens côtoyés et les conditions de vie parfois minimales. Une belle leçon de vie !  

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Le sve… qu’est-ce que c’est ? Le Service Volontaire Européen - SVE pour les intimes - est un programme de mobilité internationale financé par l’Union Européenne permettant aux jeunes âgé·es entre 18 et 30 ans de faire du volontariat pendant 2 à 12 mois à l’étranger. En échange de ses services (entre 30 et 35 heures de travail par semaine), la·le volontaire reçoit le gîte et le couvert, de l’argent de poche mensuel, une assurance soins de santé, un cours de langue (en ligne ou avec un professeur), et un accompagnement avant, pendant et après son SVE. Le SVE entend stimuler la sensibilité interculturelle des jeunes à travers la promotion et l’organisation de divers projets. Ces expériences à l’étranger permettent aux jeunes de s’ouvrir au monde, d’améliorer leurs compétences, d’en acquérir de nouvelles, et de mieux s’orienter dans le futur. La grande variété de nationalités présentes permet de découvrir des pays que nous ne connaissons pas très bien. Selon moi, tous·tes les jeunes devraient sauter sur cette superbe opportunité de vivre une expérience très enrichissante, d’apprendre de manière informelle à travers le volontariat, de trouver leur voie mais surtout de devenir des CRACS - Citoyens Responsables Actifs Critiques et Solidaires !

j’adore… c’est le paradis ! Après quelques mois de bénévolat, tout se passe bien : je m’éclate ici à Zaježová ! Toutes les activités de mon SVE consistent à aider l’association dans ses tâches quotidiennes : la gestion de la ferme (c’est une petite ferme avec quelques animaux : chèvres, moutons, chevaux, lapins, poules… pour la formation à l'agriculture biologique) et la co-organisation d’ateliers d’artisanat. Je participe au nettoyage des prairies ainsi qu’à la cueillette des fruits. Et nous avons aussi la construction naturelle (argile, ballots de paille, bois), l’assistance à l’école maternelle en forêt, le suivi naturel des localités environnantes avec les enfants de l’école locale… Les échanges sur la biodiversité sont nombreux. Il faut encore rédiger des articles, organiser la formation des volontaires, participer à des formations sur la

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100 ans de volontariat en 2020

communication, et enfin développer mon projet personnel : traduire en français le site web de Zaježka. Ces intéressantes tâches peuvent être combinées : projet fantastique ! Quant au travail, il est parfois dur et éprouvant physiquement, mais chacun peut néanmoins trouver sa place. J’apprécie beaucoup les activités, le travail en lui-même ainsi que l’implication du village dans le projet. J’adore mon SVE ! C’est une expérience vraiment enrichissante ! Je fais des choses que je n’aurais jamais pensé faire un jour dans ma vie. J'ai eu l'occasion de traquer des loups, des ours et des lynx dans des zones naturelles protégées, pour la surveillance des grands carnivores dans les Carpates occidentales. C’était un peu stressant mais je me suis bien amusé. Après 6 mois de service, j’ai de plus en plus de cordes à mon arc. J’apprends le slovaque (niveau atteint : A2+), j’améliore mon niveau d’anglais, j’acquiers de nouvelles compétences en communication, en création et en gestion de projets internationaux, dans le soutien et l’encadrement des jeunes… et ce n’est pas fini puisque je ne suis qu’à la moitié de mon service.

Mon SVE m’ a permis de développer le sens de l’ organisation, des responsabilités, des contacts et du travail en groupe et il me permet encore d’ acquérir un bagage de connaissances et de savoir-faire. Ma vision de la vie a changé. Je suis devenu plus ouvert aux gens, plus entreprenant. J’ ai l’ envie d’ agir par rapport à moi-même et par rapport au monde qui m’ entoure.  

Je remercie sincèrement le SCI Belgique de m’avoir permis de prendre part à ce voyage. Ďakujem !

nord d’ailleurs

Et après ?

Témoignages d’ici

Cette nouvelle expérience m’a conforté dans mon dessein professionnel : je suis très intéressé par les missions écologiques (protection de l'environnement, agroforesterie, reboisement) et socioculturelles (sensibilisation, encadrement, travail avec les communautés locales). Je veux me rendre utile, mettre mes compétences au service de l’environnement, contribuer au développement de divers programmes d'enseignement et d'éducation… Je veux m'impliquer dans le domaine de la gestion des forêts et des espaces naturels : par exemple, participer à des projets d'éco-volontariat, promouvoir l'agriculture biologique, aider à préserver une réserve naturelle sauvage, effacer les traces d'une ancienne exploitation humaine, soutenir et réaliser des études scientifiques d'impact, protéger les écosystèmes menacés, découvrir et identifier de nouvelles espèces… Je veux travailler pour et avec la nature. Il ne me manque plus qu’un employeur ! Mais pour le moment, je finis mon projet de SVE en Slovaquie, et je prépare un autre volontariat en Nouvelle-Zélande… Ce serait un de mes prochains plans : après la SK, je ferais du backpacking jusqu'en N-Z pour commencer une autre année de volontariat ! Dovidenia !

Julien Devilers

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finlande 2018

PROJET AVEC LE

sci finlande

de la nourriture norvège

danemark

pas des bombes !

finlande, Helsinki

suède

estonie

russie

lettonie lituanie pologne

biélorussie sar & dé me

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paix

allemagne

Quand j’ai décidé de partir en Finlande pour un projet de volontariat, beaucoup de personnes m’ont demandé : « C’est un pays riche, qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? ». Je me suis tout de même rendue à Helsinki durant deux semaines afin de participer à un projet intitulé « Food Not Bombs », autrement dit : « De la nourriture, pas des bombes ». Là-bas, j’ai pu remettre en question mes préjugés et participer à un projet qui était bien plus enrichissant que ce à quoi je m’attendais.

T

out d’abord, il faut signaler le fait qu’on ne distribuait pas de la nourriture aux gens dans le besoin, mais à tous ceux qui le voulaient. On ne faisait pas de la charité, mais de la solidarité. Ensuite, c’était un bon prétexte pour entrer en contact avec les gens et discuter avec eux de la non-violence, le message principal du projet. Nous sommes tout de même allé·es à la rencontre de personnes dans le besoin car la ville d’Helsinki organise des distributions de nourriture, et nous y avons aussi participé les premiers jours. J’ai été choquée de voir cette file de gens qui ne faisait qu’augmenter !

Ça m’ a vraiment remise à ma place : oui, la Finlande est un pays qu’on peut considérer comme riche, mais il y a quand même de nombreuses personnes qui n’ont pas de quoi se nourrir correctement.  

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100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Sarah Planche

C’est là que j’ai compris qu’une meilleure distribution des produits alimentaires était loin d’être superflue : c’est une nécessité.

nord

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Et ça tombait bien, puisque « Food Not Bombs », c’était aussi une action antigaspillage : on récoltait les invendus dans les magasins et on les cuisinait. On a tendance à croire que parce qu’on est plus de sept milliards sur terre on ne sait pas nourrir tout le monde mais en fait, il y a trop de nourriture par rapport au nombre d’individus. Une meilleure distribution de la production est grandement nécessaire ! 1 Un autre point important du projet était la nourriture vegan. On a mangé vegan et on a distribué de la nourriture uniquement vegan pour deux raisons : ça va dans le sens du message de non-violence qu’on cherchait à faire passer et c’est meilleur pour l’environnement. En effet, l’élevage et la production de nourriture animale nécessite un plus grand nombre de ressources et de surfaces cultivables qu’une nourriture végétale. Mais d’autre part, n’est-ce pas mieux de manger de la viande locale que du soja importé de l’autre bout du monde ? Le projet a permis d’inclure la prise en compte de l’écologie dans ma réflexion sur l’accès à l’alimentation.

J’en profite pour vous conseiller l’application « Too Good To Go » qui est, selon moi, une bonne façon de lutter individuellement contre le gaspillage alimentaire.

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Le dernier pilier du projet était le message de non-violence qu’on souhaitait faire passer aux personnes qu’on a rencontrées grâce à la distribution de nourriture. J’ai ainsi appris que si on diminuait les dépenses mondiales militaires de seulement 10%, on pourrait atteindre des objectifs clés de développement. Parmi ceux-ci : stopper la faim et la pauvreté, subvenir à une éducation de qualité pour tous, assurer l’égalité des genres, agir considérablement pour le climat, installer l’eau potable partout et j’en passe.

Pour vous donner un exemple plus concret, une diminution de seulement 3,2% des dépenses militaires mondiales par an permettrait d’ offrir l’ école maternelle, primaire et les débuts du secondaire à tous. Bref « Food Not Bombs », c’ est dire qu’ il y a mieux à faire avec l’argent destiné aux dépenses militaires.  

Enfin, ce projet a été très riche en terme de vie collective. Quand j’ai débarqué dans la maison des volontaires, je me suis retrouvée avec une dizaine de personnes que je ne connaissais pas et qui n’avaient pas la même culture que moi ; ça a d’abord été assez intimidant. Mais on est très vite devenus une famille, malgré nos différences, et c’est ça qui a donné encore plus de sens à ce projet.

Sarah Planche

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vert d'iris

Tom Coppens

château vert

Lorie Meurmans

Centre Croix-rouge

Samson Noudofinin Oxfam TrailWalker

© EcoCentre Oasis, hainaut

belgique

Iphigenia Kamarotou


belgique 2019

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Vert d’iris

mains sales et tranquillité d'esprit Mon projet dans un potager à Bruxelles antwerpen oost-vlaanderen

limburg

west-vlaanderen

bruxelles, Anderlecht

liège

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hainaut

Cet été, j'ai eu la chance d'être la coordinatrice d'un groupe de volontaires participant à un projet d'été en Belgique avec le SCI. La coordination d'un projet fait partie de mon volontariat de 10 mois (via le Corps européen de solidarité) ici en Belgique, 10 mois totalement passionnants.

J

e savais dès le début que je voulais coordonner un projet environnemental pour mettre en pratique tous mes principes, remettre en question mon mode de vie et me donner l'occasion de vivre dans un groupe international pour trois semaines. J'ai choisi d'aller à Vert d'Iris, une jeune coopérative qui gère deux jardins potagers à Anderlecht et dont la production est écoulée via la vente directe et via les filières courtes bruxelloises. En visitant les lieux au printemps, en rencontrant le personnel, j'étais encore plus motivée, encore plus certaine d'avoir fait le bon choix. Même sous les pluies d'avril, je pouvais dire que l'endroit était incroyable.

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100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Clara Beguin

belgique

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Le petit groupe de volontaires venait d'un peu partout : Grèce, Belgique, Mexique, Vietnam, Kazakhstan, un petit groupe d'étrangers qui s'est transformé en une famille. Lorsque nous sommes arrivés le premier jour, que nous avons vu les tentes, les toilettes sèches, les innombrables plantes différentes, nous n'aurions pas pu imaginer que, dans cet endroit, nous nous sentirions comme chez nous en moins d'une semaine. C'était un grand changement : en laissant le confort de nos lits, nous allions dormir sur le sol et effectuer des tâches que nous ne connaissions pas du tout.

Le jardin, cependant, est rapidement devenu notre vie entière. Nos journées étaient remplies de tomates, de fraises, de courgettes, de concombres… Nous les passions penché·es sur les buissons, la tête enfoncée dans les feuilles vertes, entouré·es de gens merveilleux, vraiment passionné·es par leur travail. Avec cette routine, nous nous sommes progressivement intégré·es à ce bel endroit et avons eu du mal à le laisser derrière nous et à retourner dans le bruit et la pollution du centre. Les tâches qui nous intimidaient tant au début sont rapidement devenues notre nouvelle routine. Tout dans le jardin m'a fait penser que je vivais dans une utopie écologique où tout est cultivé dans le respect des principes de l'agroforesterie et du respect du sol et de la saison ; les pesticides ne sont pas des produits chimiques, mais fabriqués à partir de ce que l'on peut trouver dans le jardin ;

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les toilettes sont sèches et tout est composté. Dans l'heureuse famille de Vert d'Iris, tout le monde partage les tâches quotidiennes : chaque jour, on a quelque chose de différent à faire : nourrir les poules, travailler dans le food lab, nettoyer les cartons, vérifier le compost et cuisiner pour le dîner. Ce dîner est le moment le plus convivial du jardin, lorsque tout le monde partage la nourriture et discute autour d'une grande table, faisant une pause avant de revenir à d'innombrables livraisons et récoltes de fruits et de légumes. Ce qui m'a vraiment marquée (ainsi que le reste du groupe), c’est la nourriture. La nourriture sur cette table est préparée par 2 personnes (différentes chaque jour) à qui il est demandé de cuisiner pour 20 personnes avec tout ce qui se trouve dans le réfrigérateur et dans la serre.

100 ans de volontariat en 2020

Pas de viande, pas de produit venant des supermarchés, rien qui n' a pas poussé sur la terre que nous cultivons chaque jour. Accomplir cette tâche est un défi incroyable de créativité qui nous donne l’ occasion d’ acquérir des compétences essentielles dans la vie et de laisser derrière nous la logique du consumérisme tout en constatant à quel point il est simple de bien manger, en ne prenant que ce qui est donné par la terre.  

Chercher notre nourriture dans la nature, la toucher et la cultiver nous-mêmes est l'un des plus grands plaisirs que l'on puisse vivre.

Belgique d’ailleurs

Témoignages d’ici

Après des heures de dur labeur, la serre se vidait et seuls les volontaires restaient. Le jardin se transformait : d’un lieu de travail rempli de monde et de bruit, il devenait notre salon et notre cuisine calme. Nous pouvions simplement passer du temps, regarder un film, jouer ou partager notre espace et nos pensées. N'étant pas habitué·es au travail physique, nos muscles étaient douloureux mais notre humeur était plus brillante que jamais. Personnellement, chaque après-midi me trouvait épuisée mais en même temps complètement sereine. Je me suis rendu compte que travailler la terre, recouvrir mes mains et mes vêtements de terre, est l'une des meilleures formes de méditation pour moi. Après la première semaine, la seule chose qui m'inquiétait était de savoir si les tomates étaient suffisamment mûres pour être récoltées et de savoir ce que nous allions cuisiner pour le dîner. Ce qui a rendu la sensation encore meilleure fut le sentiment que nous contribuions réellement à quelque chose de magique, que nous en faisions partie d'une manière très réelle et très significative. Les petites angoisses de ma vie quotidienne ont disparu sous le ciel rose de l'aprèsmidi ou sous une nuit étoilée à Anderlecht. Sans aucun souci, notre petit groupe de volontaires passait les nuits dans la serre à rire, jouer aux cartes, cuisiner, chanter et danser, puis marcher sous les étoiles pendant 10 minutes pour nous rendre à nos tentes où nous dormirions entourés, comme toujours, par les légumes.

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C’e st l’ un des apprentissages les plus profonds que j’ aie acquis dans ma vie, cette sensation que je peux obtenir en travaillant pour la première fois avec mes mains, de revenir aux bases de la vie, de fuir les distractions, ainsi je peux devenir calme et être tellement heureuse et fière de moi-même.  

Ce projet m'a donné de nouveaux amis et de nouvelles expériences tout en renforçant ma conviction que le changement est possible. Cela m'a rendu encore plus optimiste. Et l'optimisme est important parce que, comme le dit Noam Chomsky, « c'est la stratégie pour créer un meilleur avenir. Si vous ne croyez pas que l'avenir peut être meilleur, il est peu probable que vous preniez la responsabilité de le rendre ainsi ». Le système dans lequel nous vivons n'est pas le seul possible. Nous pouvons consommer des produits locaux, soutenir les petites entreprises, réduire notre consommation de viande, cesser de gaspiller des ressources précieuses. Il est facile d'oublier tout cela quand on est entourés de supermarchés, de béton et de gaz de voitures. Je vous invite, chaque fois que vous perdez espoir, à ne pas oublier que, juste à l'extérieur de la grande ville, se trouve un petit coin de paradis rempli de fleurs, de délicieuses fraises et de gens heureux qui donnent de l'amour à tout ce qu'ils font. Des gens qui prennent le temps, chaque été, d’expliquer aux volontaires comment ils effectuent leur travail, qui sont chaleureux et nécessaires comme le soleil dans cette ville froide et pluvieuse. Rappelez-vous qu'ils sont là, à Anderlecht, et partout en Belgique : de petites initiatives, des luttes paysannes. Prenez donc un jour pour les trouver, rendez-leur visite, apprenez d’eux et soutenez-les.

Iphigenia Kamarotou

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020 Témoignages d’ici

d’ailleurs

belgique

Volontariat d' un jour ou d' un weekend  

Si vous voulez suivre les conseils d’Iphigenia et soutenir des alternatives telles que Vert d’Iris… Tout au long de l’année, nous vous proposons de participer au changement de la société en apprenant des activités de nos partenaires belges et en participant à leur projet. Accessibles à toutes et tous et sur différentes thématiques, ces journées permettent d’agir ici et de devenir des soutiens et des acteur·ices du changement.

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belgique 2017

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

le château Vert

leçons de  Vie au Château Vert

limburg

bruxelles hainaut

« On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses plus faibles » 1

liège, Solières

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sonnes p per

namur luxembourg

C’est le travail d’une vie de parvenir à accepter ses limites. Quand on arrive au Château Vert, on se demande d’abord : « mais il est où le château ? ». La résidence est constituée de quelques bâtiments plus ou moins vétustes. Le site se trouve à proximité de Huy, en bordure de Solière, au cœur des champs, dans un cadre verdoyant et paisible.

L

e Château Vert, c’est le lieu de vie de nombreuses personnes en situation de handicap moteur et/ou mental. Pendant deux semaines, un groupe de cinq volontaires internationaux a décidé de partager leur quotidien. En début de séjour, nous échangeons sur nos envies : contribuer à plus de mixité, rencontrer, s’intégrer et apprendre à accompagner des personnes en situation de handicap en renforçant l’équipe des des animatrices et animateurs. Du côté des peurs, nous craignons d’être maladroits et de blesser, de ne pas savoir quel rôle jouer et comment se rendre utile ou communiquer, aussi bien vis-à-vis des résident·es que des professionnel·les qui les prennent en charge… Il est vrai que du côté de la communication, notre patience est parfois mise à rude épreuve.

Adapté de la célèbre citation de Gandhi : « On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux »

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Tom Coppens

Les codes sont bouleversés : comment réagir face à l’ attachant Fabio qui répète inlassablement la même question ? Ou comment poser des limites au charmant Maxime qui nous réquisitionne en permanence pour des séances de puzzle ?  

d’ailleurs

belgique

Témoignages d’ici

Les difficultés de communication ne se limitent pas aux contacts avec les résident·es. Comment se présenter aux travailleuses et travailleurs alors qu’ils sont nombreux, fort occupés et pas toujours au courant de la raison de notre présence ? Moi-même, en tant que co-coordinateur, je réalise que je prends régulièrement de simples questions logistiques comme des reproches sur la manière dont j’organise les activités… Autant d’occasions d’apprendre à aller vers l’autre de manière franche, à reformuler une interpellation pour en comprendre les enjeux, à poser ses limites… C’est peu cher payé pour passer des moments de qualité ensemble. Privés de moyen de locomotion pour des raisons techniques, nous passons la majorité du séjour au Château Vert. Nos journées sont ponctuées de balades à vélo (à l’aide des vélos électriques, dont un avec un siège à l’avant pour Paolo qui ne cesse de crier « Paolo peur » pendant la balade), d’ateliers musicaux, de parties de Boccia (une pétanque adaptée), d’ateliers créatifs (nous préparons une grande banderole tibétaine en prévision des 70 ans du SCI), de démonstrations de cyclo danse, d’ateliers détente et bien-être… Tous ces moments nous sont offerts comme des opportunités pour mieux se connaitre.

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Il y a aussi les moments informels, les goûters, les repas où nous sommes parfois invités à manger chez les uns et chez les autres, ou encore à recevoir nous-mêmes un·e résident·e à notre table. Il y a les moments creux, les temps d’accueil, les imprévus, les plan B… Les moments de flou auxquels nous réagissons par de l’immobilisme et que nous saisissons pour papoter ensemble. Il est curieux de constater à quel point le Château Vert semble replié sur lui-même, perdu au milieu de la campagne.

Pour des raisons logistiques, la société décide de cloisonner des personnes par catégories : les ancien·nes avec les ancien·nes, les handicapé·es avec les handicapé·es, les prisonnier·ères avec les prisonnier·ères… Et cela malgré les dangers de nivellement par le bas que cela peut présenter… Vous savez, cette idée qu’une société montre son degré d’évolution à la manière dont elle traite ceux qui sont en marge ? Je suis triste de constater que notre manière de procéder ne semble pas refléter un grand degré d’évolution. Lili et André, nos deux Mexicains de passage pour le projet, sont eux plutôt agréablement surpris de la qualité des soins apportés aux personnes. Parce qu’ils sont confrontés à de nombreuses limites physiques et/ou cognitives, l’énergie des résidents se consacre essentiellement à se maintenir en vie… Dans ces conditions, il n’est pas évident de réaliser d’autres projets que celui-là, bien essentiel. Cela engendre une sorte de lourdeur, de rapport au temps plus lent, de cloisonnement étouffant. Comment donner plus de sens à ce projet dans un contexte aussi compliqué ? Mon âme idéaliste rêve de projets potagers, de vente de produits du château au marché de Huy, d’une piscine sur place qui permettrait plus d’aqua¬thérapie, d’échanges réguliers entre les habitant·es de la région et des résident·es, de résident·es qui cuisinent et participent aux tâches ménagères…

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

Des projets qui sont plus simples à énoncer qu’à réaliser, quand certain·es ne disposent pas de la motricité nécessaire pour réaliser un simple bricolage…

belgique d’ailleurs

C’ est le travail d’ une vie de parvenir à accepter ses limites. Les résident·es y sont confronté·es de manière bien plus violente que la plupart des citoyennes et citoyens.

Témoignages d’ici

Et sans vouloir peindre le tableau en rose ou nier les souffrances qui en découlent, j’ai l’impression que beaucoup d’entre eux réagissent en développant des qualités d’âme, de positivité, d’ouverture à l’autre et de capacité à se saisir des petites choses qui font le sel de la vie. Depuis la fin de ce projet, j’ai souvent pensé à celles et ceux que j’ai rencontrés là-bas. J’aimerais rester en contact, et en même temps, nous sommes tous pris par la vie et les aventures du présent. J’espère que le caractère éphémère de ces rencontres ne les rend pas moins précieuses. Merci aux résident·es qui nous ont accueillis chaleureusement sur place, et qui par la simple manière de gérer les choses nous enseignent de belles leçons de vie. Globalement, ces personnes font preuve d’un grand courage pour apprécier le quotidien, malgré les nombreuses difficultés auxquelles elles sont confrontées. Merci à Adama, Joy, Lili et André, les 4 autres volontaires qui ont vécu cette expérience avec moi. Merci à Delphine et Nico, nos référents au Château Vert et enfin merci à Sergio et Mario du SCI, qui se sont déplacés deux fois pour la réunion de lancement et de clôture du projet.

Tom Coppens

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belgique 2016

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

le centre croix-rouge de natoye

mon parcours d’intégration à Natoye

limburg

liège

és migra ugi

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hainaut

province de namur, Natoye luxembourg

Quand on évoque les mots « réfugiées », « demandeurs d’asile » ou encore « migrantes », un déferlement d’informations s’abat sur vous. Les préjugés les plus ignobles circulent, l’Europe est « envahie », les médias ne cessent de le répéter. On érige des murs aux frontières pour se protéger… Se protéger de quoi ? De celles qui fuient la guerre et ont besoin de protection, de ceux qui fuient une instabilité dont le monde occidental est en partie responsable ? Issue d’une famille multiculturelle où différentes religions se côtoient, il est extrêmement difficile pour moi d’assister à ce repli nationaliste et à la montée de la haine et du racisme.

C

et été, je me suis lancée dans la coordination d’un projet SCI en Belgique au centre pour demandeuses et demandeurs d’asile de Natoye. Après mûre réflexion j’ai accepté de coordonner le groupe avec Aude, la seconde coordinatrice du projet. Ce choix, je l’ai fait pour mieux comprendre la réalité humaine qui se cache derrière tout le brouhaha médiatique. C’était avant le début d’un autre projet : celui de réaliser, avec l’asbl Convivial 1, un parcours pédagogique intitulé « L’asile pas à pas » qui m’a permis d’être mieux informée. Aude et moi-même étions un peu stressées car nous ne savions pas très bien ce qui nous attendait : vivre 15 jours au sein d’un centre pour demandeurs d’asile avec les résident·es et nos volontaires posait beaucoup de questions.

https://convivial.be/parcours-pedagogique

1

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Lorie Meurmans

Avant le début du projet, nous avons rencontré l’équipe de la Croix-Rouge : elle nous a très bien accueillies et nous avons été briefées sur tout le fonctionnement et sur les règles de vie du centre. Le jour J arrive enfin.

belgique d’ailleurs

Nous sommes prêtes à accueillir les volontaires. En attendant, je me pose un peu dans la cour ensoleillée et il ne faut pas plus de quelques minutes pour qu’ une petite fille aux jolies tresses et au grand sourire me saute dessus et me demande ce que je fais ici. Je lui réponds que nous allons organiser des jeux pour passer de chouettes vacances tous ensemble, d’ autres enfants viennent alors nous rejoindre et m’ entraînent jusqu’ à la petite plaine de jeux… L’ aventure commence.

Témoignages d’ici

Je fais connaissance un peu plus tard avec nos volontaires venant de Belgique, Suisse, Autriche, Espagne et Angleterre. Elles et ils sont très motivé·es et une bonne ambiance règne au sein du groupe. Les premiers jours sont consacrés à la dynamique de groupe, à faire connaissance et également nous familiariser à la vie du centre. Nous avons également une séance d’information sur la procédure d’asile en Belgique. Le désir de proposer des activités aux résident·es est de plus en plus vif, ce qui donne pour résultat un brainstorming riche et créatif ! Notre première initiative est l’affichage d’un grand panneau avec nos photos et le nom du pays d’où l’on vient ainsi que la raison de notre présence ici durant 15 jours à leur côté. Ensuite, petit à petit, la routine s’installe. Le matin, il y a le petit déjeuner et l’affichage du programme de la journée près du restaurant. Les enfants nous interpellent dans les couloirs, ils sont excités. « Alors quand est-ce qu’on commence ? »

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Balade à vélo, tournoi de sport, jeux de société, musique, promenades dans les bois, ateliers créatifs, zumba, storytelling, ciné… Très vite, le groupe exprime l’envie d’animer non pas seulement les enfants mais aussi les adolescent·es, les hommes et les femmes. Nous créons alors des activités différentes selon les publics. Pour rencontrer les femmes, (qui sont minoritaires, 30 personnes sur 280 résidents), nous établissons un premier contact en allant frapper à leurs portes ; puis nous lançons une activité zumba. Nous prenons une salle à l’intérieur, à l’abri des regards, hommes et enfants vaquent à d’autres occupations. Un groupe de femmes se constitue alors, la musique démarre et on commence à bouger sur le rythme de la zumba. Les sourires, la joie, les rires résonnent et une belle complicité s’installe. Nous apprenons quelques pas de danses traditionnelles et nous nous amusons. Ensuite nous nous asseyons en cercle et discutons longuement à propos de leurs attentes, des activités qu’elles aimeraient faire et ce que nous pouvons leur proposer. Ce sont des échanges sincères et émouvants dans un réel climat de confiance. C’est comme si le temps s’était littéralement arrêté dans cette salle. Les soirées passées au centre sont également sans fin, nous sommes invités de toutes parts pour prendre le thé, partager un repas ou discuter. À travers tous ces échanges, nous réalisons à quel point l’attente et l’incertitude sont éprouvantes. Des liens d’amitié se nouent, le groupe des volontaires renonce d’ailleurs à s’accorder du répit le week-end pour continuer à passer du temps avec les résident·es. La fin du projet approche néanmoins et chacun redoute le moment de se dire au revoir. Notre dernière soirée est une fête : un « Food festival ». Nous fournissons les ingrédients aux résident·es qui concoctent de merveilleux plats typiques de leur pays. Nous assurons l’ambiance avec une playlist de musiques du monde. Le lendemain matin, je finis de replier mes affaires. Je descends dans le hall d’entrée et là un petit comité d’adultes et d’enfants nous attend pour nous dire au revoir. On se sert dans les bras les uns des autres et on promet de se revoir. Ils saisissent mes sacs et insistent pour m’accompagner jusqu’à l’arrêt de bus.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

J’ entends ensuite des pas précipités derrière moi, Tahir et Fawlad m’ apportent un cake qu’ ils ont préparé pour mon départ, je suis touchée par cette délicate attention, leur générosité. C’ est le cœur serré que je les quitte.  

belgique

Témoignages d’ici

d’ailleurs

Ce projet à Natoye fut une expérience humaine sans précédent en ce qui me concerne. Aujourd’hui je partage mon expérience afin de faire tomber toutes ces idées reçues. Je relaie les manifestations, les articles des associations de défense des réfugié·es et bientôt je commence un MOOC conçu par Amnesty international 2 afin de mieux comprendre, transmettre et agir. Depuis, je suis retournée à Natoye. Puis, j’ai revu aussi certains de mes nouveaux amis au festival Esperanzah. Quelques-uns m’ont annoncé à cette occasion une très bonne nouvelle… Une réponse positive ! je suis extrêmement heureuse pour eux. Pour clôturer mon témoignage j’aimerais citer cette phrase issue d’un manifeste pour un monde sans frontières 3 : « Our defence against repression and fear is to create a strong culture of solidarity » 4 A méditer…

Lorie Meurmans

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C’est une formation en ligne. Cf. https://www.edx.org/course/ droits-humains-les-droits-des-refugies-amnesty-internationalx-rights2x

2

http://www.filmsforaction.org/articles/a-no-borders-manifesto

3

« Notre défense contre la répression et la peur est de créer une forte culture de solidarité »

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belgique 2018

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Oxfam trailwalker

des volontaires sci à l’Oxfam Trailwalker

province de liège, Eupen

hainaut

nale tio

Solidar

namur

interna ité

luxembourg

L’Oxfam TrailWalker, un défi que se donnent 4 personnes, des ami·es, des collègues ou les membres d’une famille pour parcourir 100 km à pied sur un circuit tracé par une équipe d’Oxfam-Solidarité, dans les Hautes-Fagnes (Belgique). Le but du trail est de récolter de l’argent : chaque équipe doit rassembler 1500 € (ou plus) pour soutenir des projets de réduction des inégalités dans le monde. Donc le défi ne se réduit pas à une marche ; en plus d’être un évènement créatif et sportif, le TrailWalker est un évènement international et c’est un engagement pour la réduction des inégalités dans le monde, une implication humaine. Pourquoi le SCI s’est-il impliqué dans l’événement ? Qu’en avons-nous retiré ?

L'

Oxfam TrailWalker draine chaque année plus de 400 volontaires qui travaillent aux côtés de l’équipe d’Oxfam pour sa réussite. Les volontaires peuvent avoir plusieurs rôles dans l’organisation. Ils sont regroupés par équipes (des « shifts ») : l’enregistrement des participant·es, l’installation de points de ravitaillement, le chargement et le déchargement des camions, l’installation des lits, la mobilité des bénévoles vers les check-points…sont autant de tâches auxquelles les bénévoles apportent leur soutien. Cet été, pour la 10ème édition du TrailWalker, le SCI Projets  Internationaux était partenaire d’Oxfam. Une dizaine de volontaires internationaux du SCI ont rejoint les équipes de bénévoles du 21 au 29 août 2017. Notre groupe était constitué de jeunes venant d’Allemagne, du Portugal, de République tchèque, d’Espagne, de Russie, d’Italie, de Slovénie, du Mexique, de Belgique et du Bénin. J’y ai participé en tant que coordinateur. Comme tout projet SCI, celui-ci est une rencontre interculturelle à laquelle participent des jeunes de différentes cultures et nationalités.

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© Photos : Oxfam

Une première collaboration mais pas la dernière d’ailleurs

belgique

Témoignages d’ici

Ce qui a motivé le SCI à collaborer avec Oxfam-Solidarité est le partage d’une même vision de la solidarité internationale : il est impératif de réduire la pauvreté ; le volontariat est une forme de coopération internationale pleine de richesses ; nous avons la volonté de donner aux jeunes du monde entier des espaces dans lesquels ils peuvent se rencontrer, collaborer, créer des réseaux solidaires, avoir des perspectives pour la réduction des inégalités dans le monde. Cette vision s’inscrit dans le long terme et, je l’espère, notre collaboration aussi.

De l’action, mais aussi de la sensibilisation et du plaidoyer Nous avons donné un coup de main concret à l’organisation – déjà rodée – de l’événement. Mais notre engagement ne s’est pas arrêté là. La finalité du projet, c’est surtout la sensibilisation et la mobilisation des citoyennes et citoyens en vue de dénoncer les rapports de forces inégaux et de créer des relations Nord-Sud plus solidaires. Un ensemble d’outils pédagogiques ont été développés pour sensibiliser les jeunes aux grands enjeux internationaux (richesse, pauvreté, inégalités, accès à la terre…) et aux thématiques transversales pour un monde plus juste et plus humain. Le SCI s’inscrit bien dans cette logique et sa place est toute trouvée dans cette collaboration.

Le déroulement du projet Les deux premiers jours de notre projet se sont déroulés à Bruxelles dans les locaux d’Oxfam. Ce qui nous a permis de mettre en place notre dynamique de groupe, de créer du lien, de valoriser la richesse interculturelle par des animations d’ici et

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d’ailleurs et de partager entre nous un ensemble de connaissances et les pratiques du volontariat, en valorisant nos différences. Ensuite, nous avons eu l’occasion de découvrir, grâce à une visite guidée, les activités de notre hôte.

Nous avons compris le rôle qu’ Oxfam joue dans la lutte contre les inégalités dans le monde et sa participation active dans la création de richesses via le commerce équitable. Nous avons bénéficié d’ une formation grâce à l’ outil pédagogique « Bolivie », un super outil à découvrir où on entre dans un jeu de rôle, on discute et on propose des pistes de solutions face aux prédateurs de l’économie locale.  

100 ans de volontariat en 2020

Nous avons aussi pris le temps de faire découvrir Bruxelles à toute notre équipe : la Grand-Place, Mannekin-Pis, Jeanneke-Pis, la Cathédrale de Sainte-Gudule et SaintMichel, l’Atomium… Et, au passage, entre une vodka russe et un repas portugais, nous avons dégusté quelques bières bruxelloises et belges connues dans le monde entier. Ces sorties réalisées ensemble font partie des moments forts du projet et ont favorisé la cohésion du groupe.

belgique d’ailleurs

À partir du troisième jour toute l’équipe s’est rendue à Eupen pour les premières installations du TrailWalker. En effet, avant l’arrivée des bénévoles fidèles au TrailWalker, il y a des préparatifs, une organisation en amont. C’est ce qui justifie la présence des volontaires du SCI dans la pré-organisation. Être sur le terrain avant et partir après tout le monde. Cela nécessite une condition physique, une capacité d’adaptation aux horaires tardifs de travail et une compréhension de l’enjeu.

Témoignages d’ici

La région des Hautes-Fagnes qui accueille le TrailWalker est magnifique. Le paysage de ce trail qui allie sport et découverte de la nature, n’a pas échappé à nos regards : le lac de Butgenbach, le barrage de la Gileppe, son lac et son lion ont rendu notre séjour encore plus agréable.

Ce projet est fait pour vous ! Ce projet exceptionnel est unique en son genre ; il allie éducation à la citoyenneté mondiale, volontariat, interculturalité, formation et sensibilisation aux thématiques transversales dont la répartition de la richesse mondiale, la réduction des inégalités Il a une approche « solutions », des pistes visibles et concrètes d’actions menées par des femmes et des hommes dont le défi est de concrétiser la construction d’un monde de paix.

Samson Noudofinin

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Janine Decant france

André Falys france

André Destarke france

ils • elles y étaient ! Le coin des anciennes et des anciens… © Service civil international en 1946, belgique

André Buyl irlande

Notre Histoire

100 ans en 2020 !


france 1963

PROJET AVEC LA BRANCHE INTERNATIONALE DU SCI

le sci france

ex- Femme des Sixties, Raconte-nous tes années folles …

100 ans de volontariat en 2020

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pacifisme

dar soli ité

enn itoy eté

Des étoiles dans les yeux, des idéaux plein la tête, un cœur grand comme ÇA, un sens pratique et des mains habiles, Janine Decant a attisé pendant 50 ans le désir ardent de donner du sens à sa vie, à ses relations et à ses valeurs. « A 22 ans, j’ai eu envie d’élargir mon horizon, limité jusque-là à l’ambiance familiale ou à l’enseignement. Le SCI a représenté pour moi une porte de sortie… et une ouverture vers l’extérieur, vers une vie sociale et affective plus large ». Rencontre avec l’ancienne présidente et documentaliste du SCI-Belgique.

d’ailleurs

notre histoire

Raconte-nous tes projets internationaux

Témoignages d’ici

À

partir de 1963, j’ai commencé des chantiers de vacances, notamment en Ariège, dans les Pyrénées, dans des villages pauvres et désertés qu’il fallait faire revivre. La branche française du SCI, très active, organisait des chantiers dans une vingtaine de villages. A la fin de l’été, tous les volontaires se retrouvaient en un grand rassemblement festif, on était 500 ! Ça nous donnait vraiment confiance en nous, en notre action, en nos valeurs. Sur ces chantiers, il y avait toujours une co-coordination : un garçon qui s’occupait du matériel, de la répartition du travail avec un peu un rôle de chef, et une fille préposée à l’intendance, qui organisait la cuisine et la préparation des repas à tour de rôle. Comme j’avais une voiture et un peu d’expérience, j’étais l’aid-sister. Pour le logement, on prévoyait toujours deux espaces – deux dortoirs –, un pour les garçons et un pour les filles. Dans les années ’60, il y avait une grande mixité. Mais à l’étranger, en Italie, en Espagne, en Europe de l’Est, ou au-delà, les filles étaient moins nombreuses. C’était moins évident pour une fille de partir à l’aventure, loin de sa famille. Il n’y avait pas de formation préalable. On préparait juste deux carnets : un avec les menus, car les budgets étaient très limités, et un chansonnier pour les veillées autour du feu. Nous avons aussi organisé des chantiers internationaux en Belgique. D’abord (dès 1947) dans le Borinage, la région la plus pauvre qui subissait la fin de l’ère industrielle. Puis, à partir de 1960, dans d’autres régions. La volonté S'inscrire dans un mouvement historique pacifiste

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de s’investir contre la pauvreté et d’agir avec un idéal de justice, de se battre pour les droits et les libertés a poussé le SCI-Belgique à accueillir des réfugiés politiques algériens, espagnols, portugais puis chiliens, des objecteurs de conscience, interdits en France (et qui risquaient la prison), enfin des immigrés. Pour nous qui étions majoritairement issus de milieux aisés et intellectuels, il était intéressant de découvrir le travail manuel et les échanges avec des personnes « différentes ».

Organisiez-vous des actions en dehors des « chantiers de vacances » ? En ces années ‘60, nous organisions toute l’année des journées et week-ends de « travail » où, à 5 ou 6 volontaires, nous allions tapisser et nettoyer chez des personnes âgées et sans ressources. On était content·es de pouvoir rendre service bénévolement : notre récompense, c’était leur sourire. Nous soutenions aussi des projets collectifs se mettant en place, comme le Club Antonin Artaud, un centre de jour pour des personnes avec un handicap léger. On récoltait des médicaments pour les pays du « Tiers-Monde », ou on participait à l’opération « SOS boites de lait » pour les enfants algérien·nes au sortir de la guerre. Ces aides « humanitaires » nous paraissaient indispensables, même si par la suite elles se sont révélées peu efficaces.

Quelles étaient les valeurs des volontaires ? Les volontaires étaient souvent des étudiant·es, qui voulaient faire quelque chose d’utile pendant leurs vacances et partager un mode de vie simple et bon marché. C’étaient des personnes pleines d’enthousiasme, voire exaltées, ou de douces rêveuses. C’étaient, et ce sont sans doute encore, des personnes portées par des valeurs fortes, telles que le pacifisme, l’accueil des réfugié·es, le secours d’urgence, la protection du patrimoine et de l’environnement (biodiversité, nature…). On était gandhiennes, végétariens, pacifistes. Le SCI était en avance sur son temps. A partir des années ‘70, des volontaires se sont impliqués dans des groupes d’action internes, les Commissions internationales du SCI : Est-Ouest, Irlande du Nord et Immigrés. Le SCI ne travaillait pas seul, il venait plutôt en soutien à des associations qui fixaient elles-mêmes les objectifs des actions à mener. Il ne prenait pas en charge les personnes, évitait toute forme d’assistanat ou de dépendance. Mais il apportait une aide ponctuelle de quelques jours ou de quelques mois, le temps que le collectif ou l’association puisse fonctionner par elle-même. Notre mouvement a été mal vu dans les années ‘70-‘80 : les gens confondaient nos chantiers avec les chantiers pétainistes de la guerre 40. Et puis, dans la société, on parlait surtout de liberté – et de liberté individuelle – à l’inverse de nos chantiers, lieux de vie sociale et communautaire. De plus, on se méfiait de nos discours sur les valeurs et l’engagement : les gens se demandaient dans quelle mesure nous n’étions pas endoctrinés. Au début des années ’80, on a été surveillés par la sûreté de l’Etat qui se méfiait autant des groupes para-militaires d’extrême droite et d’extrême gauche que des pacifistes. Le SCI était perçu comme un mouvement de gauchistes à garder à l’œil. Face à ces difficultés, nous avons réussi à garder notre reconnaissance comme organisation de jeunesse et les premiers subsides, et à partir des années  ’90, nous avons été reconnus comme ONG. Je m’attendais à devoir lutter contre les ministères mais pas contre nos propres membres dont certains refusaient l’idée d’être subsidiés : ils y voyaient une ingérence insupportable et la perte de la liberté d’agir à notre guise, l’Etat interdisant par exemple la coopération avec certains pays.

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Une autre façon de voir le monde


Et toi, quelles étaient tes motivations ? J’étais exaltée et utopique ; j’avais envie de changer le monde et de rencontrer d’autres personnes. Je n’étais pas une grande voyageuse, et n’ai pas participé à des projets très lointains. Mais l’important était l’ouverture sur le monde, encore peu courante à mes débuts. J’ai voulu ensuite m’investir plus durablement au SCI pour permettre à d’autres de vivre une expérience de chantier, transmettre des valeurs et maintenir vivante l’association, ce qui n’a pas toujours été facile.

Lors de tes projets ou rencontres, as-tu vécu des chocs culturels ?

100 ans de volontariat en 2020

Je ne me souviens pas de chocs mais bien des rencontres, des découvertes, du travail ensemble et des discussions au cours desquelles on refaisait le monde. On était heureux d’être ensemble, d’entrer dans une autre culture, de réaliser ce qu’on attendait de nous et parfois de faire la fête. Je me souviens de mon anniversaire dans un petit village de montagne, fêté au milieu des pots de peinture, avec quinze volontaires de tous pays : des Américains, des Marocains, un Tchèque, des Françaises, des Espagnols… On était très soudés. Chacun m’a offert un petit objet fabriqué de ses mains durant le chantier. Ce sont des moments que l’on n’oublie pas.

Que t’ont apporté les actions et la vie au SCI ?

d’ailleurs

notre histoire

Témoignages d’ici

J’ai gardé beaucoup de contacts, quelques-un·es de mes meilleur·es ami·es, et le sentiment d’être citoyenne du monde. Jeune, j’ai cru qu’il n’y aurait plus de frontières, ni de guerre, ni de famine, ni d’exploitation. Au SCI, on avait l’impression de vivre selon nos idéaux en croyant qu’ils pourraient se réaliser. Aujourd’hui, je continue à penser qu’on peut changer les choses et que le SCI y contribue, à son niveau. Les chantiers m’ont permis de mieux me connaître et de comprendre les enjeux économiques, politiques et sociaux de la société, de prendre conscience des représentations que je véhiculais. Les questions des un·es et des autres m’ont poussée à m’informer sur mes racines et mes appartenances sociale et culturelle. Enfin, j’ai gardé le désir de rencontrer des personnes et de découvrir le monde par elles. Les chocs culturels ne naissent que du manque de dialogue, d’ouverture et de temps d’adaptation.

Veux-tu transmettre quelque chose aux volontaires actuels ? Découvre-toi en même temps que tu découvres les autres ; sors de ton confort, de tes certitudes, de ta sécurité ; méfie-toi de ton orgueil, « pour tout bagage tu n’as que vingt ans » ; apprends la vie en groupe ; apprends à te débrouiller ; confrontetoi à d’autres réalités, à d’autres personnes, à d’autres avis ; résiste aux technologies et aux gadgets qui te facilitent la vie (GPS, avion…) : Ils t’empêchent d’être créatif, débrouillarde, inventif, critique et citoyenne.

Propos de

Janine Decant, recueillis par Emmanuel Toussaint

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france 1962-63-64

PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

le sci france

C’était hier, mes premiers ‘chantiers’ rsi dive té c

pacifisme

dar soli ité

enn itoy eté

Participer à un projet, c’est être ici cantonnier, là-bas plombier, ailleurs couvreur, partout un citoyen qui apprécie la vie simple et met ses mains au service de la collectivité.

J

e reçois mon « premier ordre de marche » début juillet 1962. Ce, pour SaintGirons en Ariège ! Après un périple en auto-stop, le « quartier général » du SCI m’envoie à Gallez où une équipe est chargée d’élargir un sentier qui conduit au hameau des Escarchins, à 4 km ! Nous créons une voie simple avec zone de refuge pour les croisements. Dès mon arrivée, j’apprends qu’un autre Belge est déjà sur place. Il s’agit de Jacques Dessaucy, créateur de Télépro. Il fait très chaud, notre réfectoire se trouve dans le toit de l’église, et les chambrées dans un grenier sans aération. Fournaise des deux côtés ; ce qui nous incite à ne pas traîner le matin et lors des repas. Bien calculé… Le petit bistrot du village est notre point de ralliement, seul endroit où il y a une toilette et aussi de « bonnes choses » pour les soirées entre volontaires de nombreuses nationalités. Nous passons à Gallez des journées très dures mais aussi très exaltantes. Le bonheur de se sentir utile à quelque chose. En 1963, retour en Ariège, à La Soumere, hameau de Sentenac, face à la chaîne des Pyrénées aux neiges éternelles. Selon certains indices, Janine Decant aurait participé à ce chantier. Il consiste en une adduction d’eau depuis la source située à flanc de montagne jusqu’à chaque maison du village, où une seule arrivée est prévue. Une tranchée de 50 cm de profondeur sur la largeur d’une pelle. Cela sur plus ou moins 5 km. Peu de terre, beaucoup de pierres, ce qui fait dire à un volontaire hollandais : « Chez nous, quand on trouve une pierre, on la met dans un musée ». Nous logeons dans l’ancienne école. Nous dépendons les auvents pour en faire des tables. Nous sommes ravitaillés en denrées (pas très diverses) une fois par semaine. A la fin de chaque semaine, nous attendons avec « angoisse » l’arrivée de la camionnette salvatrice qu’un nuage de poussière nous annonce depuis le fond de la vallée. Je suis là pour deux mois, je suis donc devenu le chef plombier… Sans aide pour autant. Un pot de colle, une boite d’allumettes, de vieux journaux, des tuyaux, des L, des T, pour les bifurcations. Une gourde pour me donner de l’allant sous un soleil de plomb… Après deux mois de dur labeur, vient l’inauguration solennelle de la conduite. Le Sous-Préfet arrive avec le coffre de

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Une autre façon de voir le monde


100 ans de volontariat en 2020

© SCI-Projets Internationaux

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notre histoire

Témoignages d’ici

sa DS rempli de mets dont nous avions même oublié l’existence… Vins, saucissons, pâtés, fromages, baguettes…Un vrai festin ! Malheureusement, l’eau ne coule pas ! Je ne sais où me mettre ! Le vin m’aide fortement à ne pas m’enfuir en courant… Je reste quelques jours supplémentaires avec un ami qui m’aide à trouver le bouchon… Et l’eau coule enfin. Les habitantes et les habitants l’attendent depuis la nuit des temps, alors, quelques jours en plus… D’autant plus que leur devise est « Eh ! ne te presse pas, tu as le temps… ». Ceci avec un accent, je ne vous dis que ça. Retour en Belgique en stop. En 1964, troisième chantier, à Oupeye en région liégeoise. Je suis désigné chef de chantier, avec un conseiller technique en la personne de Toussaint Larbuisson, agent communal. Nous sommes chargés de la démolition d’une superbe ferme en carré que de nos jours on s’obligerait à conserver. Enfin… Le travail est assez dangereux : en effet, il y a de nombreux éboulements dans les rues voisines et pas mal de blessés légers. On démonte avec minutie les tuiles et les charpentes. On récupère également les briques et les pierres de taille et même des zincs divers. Le site doit voir l’installation de maisons sociales. Jacques Dessaucy commence le chantier avec nous, puis nous quitte pour partir en urgence à Skopje où vient de se produire un tremblement de terre important 1. Plus de cinquante ans déjà depuis ces aventures. Ah ! Que le temps passe vite !

Volontaire au SCI dans les années ‘60,

Cf. SCIlophone n°75

André Falys

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france 1964

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pacifisme

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PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

le sci france

le temps de l’amour, le temps des copains

enn itoy eté

… et de l’aventure Le ‘chantier’ du SCI auquel j’ai eu le bonheur de participer en 1964, à la veille de mes seize ans, reste un souvenir intense pour plus d’une raison.

Ci-dessous, la seule photo rescapée de cette expérience : je suis avec quelques-uns des enfants et j ’ en porte un sur les épaules qui s’ était particulièrement attaché à moi. Derrière on aperçoit la clôture, objet de tous nos soins.   

L

e projet consistait en l’entretien d’une clôture métallique en tubes et grillages qui entourait une propriété dans le village de Poulseur (Comblain-au-Pont) accueillant des enfants en bas âge. Le projet comprenait aussi l’animation d’enfants en improvisant des jeux simples. Le contact avec eux était excellent. Quant à la clôture, il nous fallait en gratter la vieille peinture et la renouveler. J’ai beaucoup gratté. L’aventure, car pour moi c’en était une, avait commencé par le trajet en vélo depuis Courcelles avec mon ami Pol. Je ne sais plus le moment du départ, mais je me souviens de notre arrivée tardive, à la nuit tombante (au début août !). Les quelque 120 km ont été durs à parcourir : je n’avais guère d’entraînement et en plus, une des pédales de mon vélo se bloquait constamment. Dans mon souvenir, nous n’étions pas nombreux : Pol et moi, un autre garçon du cru, plus âgé, et une Suissesse d’une vingtaine d’années sans doute, dont nous étions, Pol et moi, secrètement amoureux. Peut-être y avait-il d’autres participant·es ? Je n’ai malheureusement aucun autre document que la photo ci-dessus pour assister ma mémoire. Nous, les garçons, étions logés dans une salle de classe, pas loin du chantier. La Suissesse avait sa chambre dans le bâtiment de l’institution. Cette année-là, le festival de jazz local recevait notamment Ray Charles et Memphis Slim et j’ai pu aller les voir d’assez loin et sous la pluie, mais avec grande émotion. C’est la seule fois où j’ai pu les voir en concert. Volontaire au SCI dans les années ‘60,

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André Destarke

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irlande 1977

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pacifisme

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PROJET AVEC L’ ASSOCIATION PARTENAIRE DU SCI  

Nicc

une brèche dans le « mur de la paix »

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Volontaire au SCI dans les années ‘70,

d’ailleurs

notre histoire

Témoignages d’ici

En 1977, comme je connaissais l’anglais, on m’a proposé de faire partie du NICC (Northern Ireland Coordinating Committee), basé à Belfast, et qui s’évertuait à envoyer à l’étranger des groupes d’ados des deux communautés religieuses qui n’avaient jamais pu fréquenter sans danger des ados de l’ « autre camp » : la formule idéale comprenait une quinzaine de participant·es de là-bas, autant de catholiques que de protestant·es, autant de filles que de garçons, et un·e responsable de chaque communauté. L’avion étant hors de prix à l’époque, ils arrivaient sur le continent de Derry on Belfast déjà bien fatigués ! Pour la plupart, c’était la première « cohabitation » (en général 3 semaines) interreligieuse, et la première possibilité de constater que « les autres » n’étaient pas des « mauvais ». Il y avait avantage à leur faire faire un travail physique bien fatigant pour qu’ils aient envie d’aller dormir le soir plutôt que de se saouler, manifestement le loisir habituel chez eux pour oublier la tension qui régnait en permanence. Certain·es y ont lié des amitiés qui durent encore toujours, comme j’ai pu le constater il y a cinq ans, lors d’une réunion à Belfast, où ils se sont engagés à œuvrer pour la paix dans leur quartier. Je pense, en tout cas, que, à quelques exceptions près, aucun de ces ex-ados ne regrette cette expérience !

100 ans de volontariat en 2020

j’étais membre du sci depuis 1971

Andrée Buyl

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Notre Histoire

100 ans en 2020

1920

1er PROJET DU SERVICE CIVIL INTERNATIONAL Des actes plutôt que des mots

C’est au lendemain de cette immense boucherie que fut la Première Guerre mondiale qu’un groupe de pacifistes, sous la houlette de Pierre Ceresole, un ingénieur suisse, a posé les bases du « Service Civil Volontaire » qui deviendra ensuite le « Service Civil International » (SCI).

« Le SCI croit que tous les hommes sont capables de vivre ensemble en se respectant mutuellement sans recourir à la violence pour résoudre les conflits »

n ° 1 Esnes, France, 1920 Un groupe de volontaires français et allemands travaille entre novembre et avril à la reconstruction d'un village près de Verdun, symbole de réconciliation entre ces peuples.

PREMIÈRE LIGNE DE LA CONSTITUTION INTERNATIONALE DU SCI

En 1924, Ceresole organise un second 'chantier' en Suisse suite à une avalanche. Ce projet se veut une alternative au service militaire pour les objecteurs de conscience et soutient une campagne politique dans ce sens. D'autres projets d'aide et de reconstruction ont suivi. A partir de 1931, des projets sociaux sont mis en place ainsi qu'une première collaboration avec l'Inde.

bonjour ! Je suis Pierre Ceresole (1879 - 1945) Ingénieur suisse Militant pacifiste Fondateur du SCI


1947

à Philippeville

CRÉATION DE LA BRANCHE BELGE DU SCI

100 ans de volontariat en 2020

Avec l’idée audacieuse de remplacer le service militaire national par un service civil Suite à la seconde guerre mondiale et à la défaite du fascisme en Europe, le SCI met en place de nouvelles activités de reconstruction.

notre histoire d’ailleurs

En pleine guerre froide, le SCI échange des volontaires de l'autre côté du rideau de fer, en coopération avec des organisations des pays de l'est. Pendant la période de décolonisation, les branches du mouvement SCI organisent des activités et créent des structures de volontariat dans les pays du 'Sud'.

« C ette idée de vouloir faire triompher la justice par la violence paraîtra un jour aussi bête et fausse que nous paraît la torture pour savoir la vérité » PIERRE CERESOLE, CARNETS DE ROUTE

Témoignages d’ici

1950

l © 1955, Service Civil Internationa

àpd


àpd

1970

LE SCI ET LES AUTRES MOUVEMENTS PACIFISTES POURSUIVENT LA LUTTE POUR L’ OBJECTION DE CONSCIENCE ET LE DÉSARMEMENT. Ils participent notamment aux marches contre l’armement nucléaire dans les années 80.

Les projets de volontariat international de sensibilisation se multiplient. Le mouvement SCI est constitué de 12 branches et au moins 10 groupes reconnus sur 4 continents.

1990

Le SCI Belgique se scinde en deux :

Après la chute de l’empire soviétique, de nombreux partenaires de l’est rejoignent le mouvement international du SCI.

la branche francophone à Bruxelles, qui devient le SCI-Projets Internationaux, et la branche néerlandophone à Anvers.

l © 1975, Service Civil Internationa

1974


àpd

1995

Le SCI devient actif dans cette région. Cette crise joue un rôle dans le développement des projets liés aux réfugié·es et à la sensibilisation aux migrations, toujours au cœur du mouvement. Les échanges avec l'Asie, l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Amérique Latine prennent de l'ampleur dans un monde globalisé.

Un Secrétariat International permanent s'établit à Anvers en 1998

Tout en poursuivant les projets de volontariat ici et ailleurs, le SCI Belgique met en place des activités de sensibilisation, d’éducation à la citoyenneté mondiale, de mobilisations citoyennes pour construire un modèle de société alternatif.

d’ailleurs

2000

2017  Le SCI Belgique fête ses 70 ans ! L’association est portée par l’enthousiasme de ses volontaires, de son Conseil d'administration et de son équipe.

2020  Notre mouvement fête ses 100 ans et est constitué de plus de 40 branches SCI et partenaires dans le monde.

© 2019, Sci-Projets internationaux

àpd

notre histoire

Témoignages d’ici

Les volontariats à long terme prennent de l'importance. Le SCI participe d'ailleurs aux efforts pour mettre en place le 'European Voluntary Service', actuellement 'Corps Européen de Solidarité'.

100 ans de volontariat en 2020

L' EUROPE EST SECOUÉE PAR LE CONFLIT DANS LES BALKANS


Combien de volontaires se sont-ils croisé·es durant ces décennies : des centaines de milliers, un million ? Des peaux, des langages, des parcours de vie si différents qui se sont frôlés, confrontés, rencontrés, aimés. Chacune et chacun a sans doute vécu son projet de manière très personnelle, mais pour la plupart, comme Camille, « cette rencontre en ‘terre inconnue’ » aura changé leur vie. Et chacun sera rentré chez lui en rêvant d’un monde meilleur, en paix et en harmonie. En lisant ces lignes, vous découvrirez qu’une même émotion a vibré chez Iphigenia qui a réalisé son premier projet l'été dernier et chez Janine, pour qui le mois d’août 1963 est encore tout chaud dans sa mémoire. C’est aussi et surtout un tour du monde des émotions que vous vous apprêtez à faire. Vous vous reconnaîtrez certainement en vous plongeant dans ces récits, et vous aurez peut-être envie de revivre ou de découvrir cette extraordinaire aventure qu’est le volontariat international.

Pascal Duterme

9

Coordinateur du SCI-Projets Internationaux

Siège : Rue Van Elewyck, 35 - 1050 Bruxelles • N°BCE : (0)410 661 673 - RPM : Tribunal de commerce de Bruxelles • Imprimé sur papier écologique

C’est en 1920 que le premier projet de volontariat international SCI a été organisé.

« DEEDS BUT NOT WORDS » Ed. responsable : Luc Henris

- Des actes plutôt que des mots -

Profile for SCI-Projets internationaux

Témoignages d'ici & d'ailleurs, 100 ans de volontariat pour notre mouvement, le SCI  

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