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ANNEXES.

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1738, nous apprend que : « les Indiens fournissent tous les équipages des canots et des navires pour les rivières et pour les voyages jus« qu’à Suriname et au Brésil, ceux de Kourou viennent d’arrêter une « bande de soldats déserteurs qu’ils ont désarmés et ramenés à « Cayenne. Ils alimentent Cayenne de viande et de poisson salés, de « tortues, de lamentins, et sont réellement les seuls à préserver la « ville de la disette. Ils font tous les abatis de la colonie, ce sont eux « qui ont défriché tout ce qui est défriché. Ils font tous les hamacs du « pays, la plus grande partie de la canne qui s’y consomme, la plu« part des petits canots et même des grands. Ils ont bâti la plupart « des maisons des Français, ce sont eux qui ont bâti le fort d’Oya« pock. » (Mémoire à Monseigneur le comte de Maurepas, ministre et secrétaire d’Etat, par le P. Lombard, supérieur des missions des sauvages de la Guyane.) Jusqu’à la fin du siècle dernier nos administrateurs firent grand cas des Indiens. Depuis lors il s’est fait un bizarre revirement d’opinion : les nègres ont été considérés comme les vrais naturels du pays. Les blancs disparurent ; les Indiens furent dédaignés et la colonie dépérit. Il nous faut savoir nous défaire, dans notre Guyane française, à 'endroit des Indiens, d’une indifférence oublieuse et coupable. Il nous faut reprendre l’œuvre que nous avons, il y a un siècle, si malheureusement abandonnée, œuvre qui pendant ce temps a fait et fait encore aujourd’hui la fortune, la prospérité croissante de nos voisins de l’Amazone. Si j’en crois ce que j’ai vu dans la Guyane française elle-même, au Brésil, dans la Guyane anglaise, au Venezuela, en Colombie, si j’en crois ce qu’enseigne l'histoire de toute l’Amérique chaude, l’utilisation de la race indigène, de. la race indienne, est la condition sine qua non du développement de ces contrées. La Guyane française ne saurait être comme l’Australie, le Canada, la Plata, une colonie de peuplement national facile : son climat, assurément abordable par la race blanche, est pourtant un peu difficile. Elle ne saurait être non plus une colonie d’exploitation, une colonie à races superposées, comme l’Inde, l’Indo-Chine, le Soudan : les 18,000 nègres et négroïdes d’aujourd’hui ne constituent point les bases d’un empire colonial d’exploitation. Elle ne saurait être non plus une colonie de plantation où des coolies d’Afrique, de l’Inde ou de la Chine, difficilement recrutés, coûtant fort cher, travailleraient, dans un esclavage déguisé, à enrichir des maîtres ; les capitalistes de Cayenne ne pourraient, le parlement métropolitain ne voudrait faire des essais aussi dispendieux et aussi peu humanitaires de telles

La France équinoxiale. Voyage à travers les Guyanes et l'Amazonie. 2  

Coudreau, Henri A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. C...

La France équinoxiale. Voyage à travers les Guyanes et l'Amazonie. 2  

Coudreau, Henri A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. C...

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