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A. MÉRIGNHAC

mer l’indépendance cubaine, pourrait avoir à lutter et contre l’Espagne et contre les insurgés, ainsi qu’on l’a vu d’après les dernières déclarations de ceux-ci. Dès lors, loin de provoquer la conciliation, son intervention aboutira à tendre encore plus la situation en exaspérant les deux parties. Il est très probable, en somme, que M. Mac Kinley a voulu se décharger d’une responsabilité trop grande, en rejetant sur le Congrès un fardeau jugé trop lourd pour les épaules de l’exécutif. C'est dans le dernier paragraphe ci-dessus rapporté du message que se trouve la pensée de derrière la tête du gouvernement de Washington, qui ne s’est point trop préoccupé de la logique absolue dans la confection d'un document destiné à constituer moins un programme qu’une manifestation jingoïste. La lecture du message a été écoutée en silence ; les applaudissements ont accueilli seulement le passage où le président affirme que la guerre doit cesser à Cuba. Par la Chambre et le Sénat, le document a été immédiatement renvoyé à la commission des affaires étrangères, après le dépôt de diverses propositions relatives, soit à la reconnaissance de l’indépendance cubaine, soit à la déclaration immédiate de la guerre. Sitôt que le sens du message a été connu, le cabinet madrilène s’est réuni, le 12 avril, en séance extraordinaire, et a répondu par le communiqué officiel suivant : « Le Conseil estime que ce qu’il connaît du message présidentiel suffit pour affirmer, en face des doctrines du message, celle que la souveraineté et les droits de la nation espagnole sont incompatibles avec des ingérences étrangères dans les résolutions concernant ses affaires intérieures. Le gouvernement estime qu’en dehors de la solennelle affirmation des droits de la nation, il n’a à faire aucune autre déclaration tant que les décisions du Congrès américain et les initiatives du président ne résoudront pas en des faits concrets les doctrines exposées dans le document en question. L’inébranlable conscience de son droit jointe à la résolution de le maintenir intact inspireront au gouvernement et à la nation le calme nécessaire, dans ces moments difficiles, pour diriger avec sûreté et défendre avec énergie les intérêts et le patrimoine de la race espagnole ». Le 14 avril, la Chambre américaine des représentants, après

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

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