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L’AUTONOMIE CUBAINE ET LE CONFLIT HISPANO-AMÉRICAIN

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des dispositions des grandes puissances dans l’éventualité d’un conflit avec les Etats-Unis. Il y aurait apporté cette impression que, en principe, toutes les puissances européennes étaient favorables à la cause de l’Espagne et contraires à la proclamation de l’indépendance cubaine ou à l’annexion aux EtatsUnis. Cette prédisposition favorable était tellement naturelle, que le contraire eût étonné tout le monde. La cause de l’Espagne, dans sa lutte avec les Etats-Unis, est, en effet, celle de toutes les puissances qui ont des possessions en Amérique, et qui peuvent craindre, le cas échéant, de voir se produire à leur égard une intervention dans le genre de celle que l’Union exerce actuellement à l’égard de Cuba (1). On n’a pas oublié le conflit relatif à la Guyane anglaise et au Venezuela, à propos duquel, en 1895, un message du président Cleveland vînt affirmer à nouveau la fameuse doctrine de Monroë (2). L’exemple de l’Angleterre est donc là pour prévenir tous les peuples européens intéressés en Amérique. Mais, nous l’avons dit, nous sommes loin des temps de la Sainte-Alliance, et l’ambassadeur espagnol a dû très probablement avertir son gouvernement que l’on se bornerait à une sympathie platonique et que personne n’interviendrait effectivement dans le conflit. Sans doute, la presse, soit en Espagne, soit ailleurs, a lancé quelques insinuations desquelles les faiseurs de nouvelles avaient conclu à une action effective prochaine. Ainsi, les Novosti, dans un article de fin mars, que l’on disait officieux, constatant que l’Espagne était arrivée à la limite des concessions permises, affirmaient que, si les Etats-Unis continuaient à soutenir l’insurrection cubaine par des appuis clandestins, il y aurait là une telle exagération de la doctrine de Monroë, qu’elle menacerait tous les peuples européens ayant des possessions en Amérique, et que ceux-ci seraient alors enfin convaincus de la nécessité d’opérer une action commune, pour contrecarrer des prétentions toujours grandissantes. D’autre part, le correspondant du Daily Chronicle à Vienne niait l’intervention des grandes puissances, que le correspondant du Daily Telegraph dans la même ville affir(1) Conf. sur ce point les développements auxquels nous renvoyons dans la Revue, p. 234 et s. loc. cit., (2) Conf. sur ce point la Revue, ibidem p. 216 et s.

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

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