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L’AUTONOMIE CUBAINE ET LE CONFLIT HISPANO-AMÉRICAIN

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poser entre ses colonies révoltées et lui-même. Quand Monroë proclama la fameuse doctrine contenue dans le message du 2 décembre 1823, les puissances européennes se proposaient, en vertu de l’idée d’intervention au profit des princes légitimes déjà maintes fois appliquée en Europe, d’intervenir en faveur de l’Espagne en lutte contre ses colonies de l’Amérique latine, qu’elle était incapable de réduire par ses seules forces. Et Monroë disait expressément qu'il envisagerait l’intervention d’un pouvoir européen quelconque, dans le but d’opprimer les nouveaux gouvernements américains qui avaient proclamé leur indépendance, comme la manifestation d’intentions hostiles contre les Etats-Unis. Mais il ajoutait aussitôt qu’il n’interviendrait pas dans les affaires des colonies possédées encore en Amérique par des puissances européennes (1). Ainsi, Monroë faisait une distinction très rationnelle. Si la Sainte-Alliance intervenait en faveur de l’Espagne, elle aurait tort et les Etats-Unis répondraient par une contre-intervention. Si, au contraire, l’Espagne restait seule en cause, il la laisserait débattre librement ses affaires vis-à-vis de ses colonies insurgées. On aperçoit par là combien les Américains de la fin du XIXe siècle sont en opposition avec les principes de la doctrine dont ils se réclament et qui devrait logiquement les conduire à laisser l’Espagne débattre librement ses affaires avec Cuba, pourvu que l’Europe ne s’en mêlât point, hypothèse peu probable, car nous sommes loin de la Sainte-Alliance ! Il est vrai qu’à travers les exagérations de toute sorte dont le credo de Monroë a été l’objet par la suite, les Etat-Unis ont perdu très probablement de vue l’idée primitive. Et les affaires cubaines nous donnent une application nouvelle de la doctrine de Monroë qu’on a qualifiée de seconde (2), disons même de troisième manière. Tout condamne donc la prétention américaine : et le droit des gens tout d’abord dans ses principes généraux sur l’intervention, et la doctrine de Monroë elle-même au moins dans sa portée exacte et admissible. Quel motif pourrait dès lors invoquer l’Union, pour rencontrer dans les affaires cubaines un cas d’intervention permise? Serait-ce la pro(1) Ibidem p. 204 et s. (2) Loc. cit., p. 215 et s.

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

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