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L’AUTONOMIE CUBAINE ET LE CONFLIT HISPANO-AMÉRICAIN

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erreurs et les calomnies répandues par la presse jaune, expose que les insurgés constituent dans l'île une infime minorité, tandis que les autonomistes représentent, au contraire, les neuf dixièmes de la population cubaine. Il déclare profondément regrettable qu’on n’ait pas laissé agir un gouvernement né à peine d’hier, auquel le président avait fait, dès l’abord, un accueil favorable, et qui aurait très probablement fini par arriver à une conciliation complète sous les auspices du gouvernement espagnol. Il affirme que le gouvernement des insurgés, du petit nombre et des violents, que, sous le nom d’indépendance, on veut imposer au pays, serait la ruine de celui-ci. Il conclut que les principes libéraux dont s’est inspiré jusqu’ici le gouvernement de l’Union, exigent qu’on laisse Cuba vivre et s’organiser en paix, suivant la volonté de l’immense majorité de ses habitants. Ce message, qui, de l’avis de tous les gens désintéressés, exprime le sentiment unanime de tous les chefs cubains, en dehors des insurgés irréconciliables, est de nature à impressionner vivement l’opinion publique, car il renferme, en somme, dans une certaine mesure, l’expression de la volonté des habitants; c’est presque le plébiscite en faveur de l'autonomie sous la souveraineté de l’Espagne. Enfin, un armistice est une convention conclue entre belligérants. Or, c’est un point fort douteux que celui de savoir si les insurgés cubains offrent les conditions requises pour que la qualité de belligérants leur soit reconnue (1). Le Congrès américain n’a point osé prendre l’initiative formelle de cette reconnaissance en 1896 (2) ; et le Président Mac-Kinley luimême, comme on va le voir plus bas, n’a pas cru devoir admettre l’existence d’une république cubaine, précisément parce que les insurgés ne lui paraissaient point munis d’un gouvernement de fait susceptible d’être reconnu. Comment, dès lors, les Etats-Unis pouvaient-ils émettre la prétention de faire accepter par l’Espagne une situation dont ils ne voulaient pas eux-mêmes prendre la responsabilité ? D’autant (1 ) Conf. les explications par nous fournies sur ce point dans l’article intitulé

« La doctrine de Monroë à la fin du XIXe siècle, paru dans la Revue, 1869, t. V, p. 261 et s. (2) C’est en effet une résolution concurrente et non conjointe, c.-a.-d. n’obligeant pas le président, qui a été votée à cette époque. Voir ibidem, p. 271, et s.

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

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