Page 20

22

A. MÉRIGNHAC

dès lors juste, d’après ces derniers, d’appliquer un tarif de 20 à 40 0/0 aux produits de la métropole. D'autre part, les juntes séparatistes instituées aux Etats-Unis affirmaient ne pas vouloir de l’autonomie. Le chef de la junte cubaine de New-York publiait en ce sens un manifeste des plus énergiques, affirmant que les insurgés étaient très fortement organisés et pouvaient assurer par eux-mêmes leur indépendance. Enfin, des télégrammes de la Havane, du commencement de février 1898, annonçaient des tiraillements au sein du nouveau cabinet partagé entre les représentants du groupe autonomiste avancé, M. Zayas et Govin poussant à la continuation des pourparlers avec les insurgés et à des concessions commerciales aux EtatsUnis, tandis que les autres membres modérés préféraient s’entendre avec l’ancien parti espagnol de l’union constitutionnelle. Quelques jours après la promulgation des décrets relatifs à l’autonomie cubaine, le président des Etats-Unis ouvrait la session du Congrès américain par un message où il était question de Cuba. Ce document du 7 décembre 1897 était long et quelque peu diffus. Peut-être, disait un organe autorisé de la presse française, le président voulait-il noyer sa pensée dans un flot de paroles ; et, craignant de lui donner trop de précision, préférait-il le vague complaisant d’un exposé interminable à la netteté d’une concision lapidaire (1). Après avoir longuement traité la question cubaine et fait le résumé des insurrections précédentes ; après avoir affirmé que l’insurrection présente faisait naître les plus graves appréhensions, sans que pourtant les Etats-Unis aient la moindre velléité de profiter des malheurs de l’Espagne (2), le président critique très vivement les actes du général Weyler, qu’il qualifie de « guerre d’extermination », et déclare qu’il faut attendre une période de temps raisonnable pour permettre de rétablir l’ordre et la paix à Cuba. Il reconnaît que les réclamations dice à de nombreux intérêts. Il faut remarquer, toutefois que tous les conservateurs ne raisonnaient pas comme MM. Roblédo, Pidal et autres. Ainsi, M. Cosgayon, ancien ministre, estimait que les conservateurs ne devaient point entraver l’œuvre des libéraux, dans l’intérêt de la patrie. (1) Temps du 14 décembre 1897. (2) « Notre code de moralité, disait le message, nous empêche de songer à annexer Cuba par la force ; ce serait une agression criminelle ».

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

Profile for scduag
Advertisement