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L’AUTONOMIE CUBAINE ET LE CONFLIT HISPANO-AMÉRICAIN

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dit M. Tarrida del Marmol, sont essentiellement différentes. Ici, le peuple est maître de lui-même, là il est soumis à la métropole. Sans être absolument souverain — car alors ce ne serait plus une colonie — le Canada jouit de la plénitude du pouvoir constitutionnel et administratif sous la domination purement théorique du Parlement anglais L’Angleterre considère la plupart de ses colonies comme des sociétés différentes dont les membres jouissent, chez eux, des mêmes droits politiques qu’un citoyen de la Grande-Bretagne, pays classique de la liberté. C’est ce que rappelait, il y a quelques jours, M. Chamberlain, lorsqu’il affirmait que l’Angleterre n’était pas aussi isolée qu’elle en avait l’air, puisqu’elle pouvait compter sur l’appui de ses colonies qui n’étaient plus des servantes, mais des sœurs » (1). Remarquons, tout d’abord, que les décrets sur l’autonomie cubaine font précisément cesser l’inégalité choquante qui existait entre les Espagnols de Cuba et ceux de la péninsule, en accordant aux uns et aux autres les mêmes droits politiques et constitutionnels, et spécialement le suffrage universel. Sans doute, on peut, à bon droit, critiquer les gouvernements antérieurs de n’avoir point opéré plus tôt cette réforme indispensable. Mais précisément, pour ce motif, il convient de louer le cabinet Sagasta d’avoir réalisé sur ce point à Cuba un incontestable progrès. L’auteur précité fait alors observer que, suivant l’article 42, le gouverneur général a, en définitive, à sa merci les droits politiques de ses administrés, puisqu’il peut suspendre les garanties constitutionnelles par application de la législation d’ordre public. Incontestablement il y a là un pouvoir redoutable. Cependant on peut croire que le zèle du gouverneur général sera le plus souvent arrêté par la nécessité où le place le même texte de consulter auparavant les ministres. Or, ceuxci, à moins de circonstances tout à fait pressantes, donneront un avis défavorable, car ils sont tout d’abord les protecteurs naturels des libertés publiques de leur pays; et, d’ailleurs, ils auraient en raison de leur responsabilité, dans le parlement, une situation impossible, s’ils se pliaient docilement aux ordres tyranniques et irraisonnés du gouverneur général. Mais, (1) La question cubaine apud Revue Blanche, du 15 mars 1898, t. XV, p. 445 et suiv.

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

L'autonomie cubaine et le conflit hispano-américain  

Mérignhac, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collec...

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