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quement aucune possibilité interne de se retourner et doit, soit "bricoler" en catastrophe une autre solution, soit supporter des pertes élevées226. Dans ces conditions, il devrait n'y avoir a priori aucun risque pour un engagé ayant contracté avec l'agence française de Calcutta pour émigrer en Guadeloupe, d'être envoyé ailleurs. Et pourtant, risque il y a, bel et bien. Car il existe à Calcutta une pratique, tout à fait officielle et admise par la réglementation anglaise, de la "cession" ou du "transfert" des émigrants entre agences. Le cas le plus fréquent est celui où une agence recrutant seulement pour des colonies américaines abrite encore dans son dépôt en fin de campagne des engagés qui n'ont pu être embarqués avant la clôture des opérations. Comme il n'est évidemment pas question de les nourrir pendant cinq mois en attendant l'ouverture de la campagne suivante, la solution la plus pratique et la moins coûteuse consiste à les transférer à une autre agence recrutant pour des destinations situées à l'est du Cap (Maurice, Natal, Fidji), vers lesquelles l'émigration reste ouverte ; les deux partenaires s'y retrouvent dans cette transaction, l'agence cédante parce qu'elle récupère ainsi une partie des frais engagés pour faire venir antérieurement ces émigrants qu'elle n'a pu finalement expédier, la cessionnaire parce qu'elle "achète" d'un seul coup tout un "lot" de coolies prêts à être embarqués à un "prix" probablement inférieur à ce qu'aurait coûté leur recrutement dans l'arrière-pays. Il arrive parfois aussi que, pour une raison quelconque, une agence dispose à un moment donné de la campagne de plus d'engagés qu'elle est en mesure d'en expédier ; elle peut alors, soit les céder définitivement227, soit les "prêter" temporairement à une autre agence qui n'en a provisoirement pas assez, à charge pour celle-ci de les lui "rendre" ultérieurement, à échéance préalablement fixée, lorsque la première en aura de nouveau besoin228. Sur l'ensemble des campagnes 1877-78 (pas de données antérieures) à 1884-85, ces pratiques concernent une moyenne annuelle de 131 engagés toutes agences confondues et 73 pour la seule agence française229. En principe, l'accord des intéressés et celui du protecteur des émigrants est nécessaire pour pouvoir effectuer ces transferts, mais il n'est pas absolument certain que cela les protège vraiment contre d'éventuels abus. En définitive, même s'il n'est pas trompé sur sa destination au moment où il s'engage, même s'il sait parfaitement vers quel pays il souhaite partir, tout émigrant n'est jamais absolument certain d'arriver là où il le voudrait. Certes, le phénomène ne touche finalement 226. Ainsi en 1884, quand, en raison de la crise sucrière, l'administration de la Guadeloupe réduit de trois à un seul le nombre de convois demandés à Calcutta, alors que Charriol a déjà commencé la préparation de la campagne ; sur cette affaire, voir CG Gpe, SO 1884, p. 206-210, et ANOM, Géné. 117/1008, Charriol à M. Col., 16 et 23 août, 30 septembre et 30 décembre 1884. 227. ANOM, Gua. 25/238, second dossier Jorawur, Charriol à M. Col., 2 octobre 1883 : les autorités maritimes de Calcutta ayant refusé de laisser partir ce navire en raison de son mauvais état, il a transféré 425 des 500 émigrants composant le convoi à l'agence de la Guyane britannique, qui avait besoin de recrues. 228. Voir un bon exemple de ce type d' "échange" entre agences (Guadeloupe et Trinidad) dans ANOM, Géné. 117/1008, le même au même, 30 septembre 1884. 229. Calcutta Emg Report, années citées.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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