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Le plus commun de ces aléas est la maladie. S'agissant de gens longtemps peu et mal nourris et généralement en mauvaise santé au moment de leur arrivée, il n'est évidemment pas surprenant que la proportion de malades soit élevée parmi eux : 14 % des émigrants passés par le dépôt de Pondichéry du 1er avril au 31 octobre 1859 ont été admis à l'infirmerie pendant leur séjour202, 18,5 % au cours du mois de décembre 1860203, 8,5 % pour toutes les agences en général et 13,7 % pour l'agence française en particulier à Calcutta sur les trois campagnes 1882-83 à 1884-85204. A en juger par les quelques débris d'informations relatives à Pondichéry qui nous sont parvenus, la majeure partie d'entre eux sont soignés pour une maladie vénérienne ou de l'appareil sexuel, 40 % d'avril à octobre 1859, 63 % en décembre 1860205 ; également beaucoup de cas de gale, qui est extrêmement répandue dans tout le sud de l'Inde. Dans les comptoirs français, les soins courants sont assurés par les officiers du service de Santé de la Marine, qui doivent effectuer au moins une visite par quinzaine, et plus souvent si nécessaire206 ; pour les cas les plus graves, qui ne peuvent être soignés à l'infirmerie du dépôt, les malades sont transférés à l'hôpital de la ville207. A Calcutta, les agents d'émigration souscrivent un abonnement auprès d'un médecin européen de la ville, qui visite régulièrement les engagés pendant leur séjour au dépôt, ainsi qu'auprès d'un agent de santé indien pour les soins courants dans l'intervalle208 ; en outre, l'inspecteur médical des émigrants du port peut à tout moment venir dans les agences, pour y examiner les coolies, prescrire des soins supplémentaires et même faire relâcher ceux qui ne lui paraîtraient pas en état de partir. Malgré la relative médiocrité des connaissances médicales et des thérapies de l'époque, le service assuré dans ce domaine est certainement le plus satisfaisant de tous ceux fournis par les agences d'émigration à leurs engagés. En témoigne la relative faiblesse de la mortalité dans les dépôts, dont les médecins en charge de ceux-ci ont beau jeu de faire remarquer qu'elle est infiniment plus faible que dans les villages indiens environnants, surtout en période d'épidémie209. Rapporté au nombre d'émigrants admis dans l'année, le taux de mortalité est toujours inférieur à 1 %, que ce soit à Pondichéry en 1859210 ou au début de la décennie 202. ANOM, Inde 466/600, liasse "Règlements", médecin chef du service colonial de Santé à gouverneur, 11 novembre 1859. 203. ANOM, Géné. 118/1027, rapport médicaux de quinzaine du Dr Leclerc, joints à lettre de d'Ubraye à M. Col., 7 janvier 1861. 204. Calcutta Emg Report, années citées. 205. Maladies qui semblent également les plus fréquentes dans les agences anglaises ; H. TINKER, New system, p. 138. 206. Décision gubernatoriale du 6 avril 1860 ; BO des Ets Français de l'Inde, 1860, p. 76. 207. ANOM, Géné. 118/1027, d'Ubraye à M. Col., 22 novembre 1860. 208. ANOM, Géné. 117/1008, Lamouroux à M. Col., 6 mars 1874, et Charriol au même, 17 novembre 1876, et p. j. à sa lettre du 16 mars 1877. 209. ANOM, Inde 466/600, liasse "Règlements", médecin chef du service colonial de Santé à gouverneur, 11 novembre 1859. 210. Ibid, id° : 8 morts sur 2.707 personnes passées par le dépôt entre avril et octobre 1859, soit 0,3 %.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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