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458 Voici pour la théorie ; convenablement appliqué, ce texte aurait certainement évité bien des drames et des affaires crapuleuses. Mais en pratique, les choses ne se passent pas vraiment de la façon prescrite. Beaucoup de recruteurs opérant dans l'arrière-pays de Pondichéry et Karikal se dispense de présenter leurs recrues au collecteur du lieu (districts de South Arcot et Tanjore respectivement) et leur font franchir la frontière des comptoirs pour les embarquer sans autre forme de procès151, au point que certains officiels britanniques n'hésitent pas à parler à ce sujet de "farce"152. Les futurs émigrants comparaissent par groupes de plusieurs dizaines en même temps, parfois même plus de cent, devant un fonctionnaire complètement débordé. Celui-ci se trouve en face d'une "evil-smelling crowd, endowed apparently with extraordinary stupidity" et n'a qu'une idée, en finir le plus vite possible. Il ne prend donc pas le temps de les interroger individuellement, comme il le faudrait, et pose de façon routinière des questions auxquelles les intéressés répondent n'importe quoi, parce qu'ils ne comprennent pas ce qui leur est demandé, ou apportent des réponses apprises. Dans certains cas, il peut même y avoir substitution d'identité, tel candidat émigrant absent pour une raison ou une autre étant remplacé par un tiers, sans que le magistrat prenne la peine de vérifier qui sont vraiment ceux qui se présentent devant lui. En outre, les interrogatoires ont lieu en public, devant une foule de gens qui sont là pour leurs affaires, de policiers, d'auxiliaires de justice, de plaignants et de toutes sortes de spectateurs, qui insultent les candidats au départ et leur font des descriptions apocalyptiques de ce qui les attend en émigration ; les comparants sont intimidés, honteux, et souhaitent eux aussi en finir le plus vite possible. Non seulement les interrogatoires sont bâclés, mais les décisions des magistrats sont extrêmement variables d'un district à l'autre. Certains collecteurs accordent systématiquement l'autorisation pour tous les candidats à l'émigration, d'autres seulement au compte-gouttes, en partant de la présomption que tous les recruteurs sont des escrocs qui ont trompé leurs recrues, certains n'autorisent le départ que de ceux qui sont originaires du district lui-même, d'autres encore refusent l'enregistrement des femmes seules, et même, à Azamgarh, des "good looking women". A plusieurs reprises, des instructions sont envoyées par le gouvernement de l'Inde et les gouvernements provinciaux pour réglementer plus précisément ces interrogatoires et essayer d'harmoniser les différentes pratiques suivies par les district magistrates, mais apparemment sans beaucoup de résultats153.

151. Ibid, 1867-68, p. 129. 152. H. TINKER, New system, p. 130-131 153. Sur tout ce qui précède, outre les développements nourris de ibid, id°, et K. O. LAURENCE, Question of labour, p. 65-68, voir surtout le témoignage de première main du Rapport Pitcher, p. 155-157, 221 et 240, ainsi que les indications contenues dans le rapport de l'agent consulaire britannique à Karikal, en 1877 (PRO, FO 881/3627, p. 150).

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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