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453 police par de fausses dénonciations116. Il faut compter d'autre part avec la réputation attachée à chacune des différentes colonies de destination ; due essentiellement aux récits colportés par les anciens émigrants revenus au pays, elle joue un rôle essentiel dans le choix de futurs engagés des principales régions de départ. C'est ainsi que les colonies américaines de la GrandeBretagne bénéficient d'une bonne image dans la plaine indo-gangétique, alors que Maurice, malgré sa relative proximité, semble nettement moins attractive117, probablement en raison de l'extrême violence des conditions de vie et de travail imposées aux Indiens dans cette île. Par contre, les colonies françaises ont une détestable réputation, non seulement parce qu'on dit que leurs planteurs traitent très durement leurs immigrants118, mais aussi parce qu'on n'a plus aucune nouvelle de ceux qui y sont partis119 ; en outre, comme ils ne savent rien, les officiels britanniques donnent libre cours à leur imagination et projettent sur la vie des Indiens dans ces colonies tous les fantasmes anti-français qui traînent habituellement en Angleterre120. Le déficit d'image des colonies françaises est tellement important que, pour susciter et entretenir le zèle de ses sous-agents dans la plaine du Gange, l'agence de Calcutta est obligée de leur accorder une rémunération par émigrant recruté plus élevée que celle payée par ses concurrentes britanniques, ainsi qu'une prime spéciale de 50 Rs pour chaque tranche de 250 coolies expédiés dans la même saison121. De toutes les colonies sucrières recrutant des travailleurs en Inde, les Antilles françaises sont certainement celles qui bénéficient sur ce plan des conditions de concurrence les moins favorables, au moins dans le nord du sous-continent.

c) L'impopularité de l'émigration en Inde De tous les obstacles dressés sur le chemin des recruteurs, celui-ci est certainement le plus difficile à surmonter, et même de plus en plus à mesure qu'avance le siècle. L'émigration provoque en effet, dans la plupart des grandes régions de recrutement, des réactions populaires massives et généralisées de rejet, qui se traduisent fréquemment par des comportements violents à l'encontre de ceux qui en font profession. Les recruteurs sont insultés, maltraités et parfois même tabassés, y compris à Calcutta, où ils bénéficient pourtant de 116. Ibid, p. 10 ; Rapport Pitcher, p. 230. 117. Ibid, p. 170 : "Amongst returned emigrants, there seem to be some popular notions on the subject. Trinidad has the preference, then Demerara (la Guyane britannique). All speak well of Jamaica. Little is known yet either of Fiji or Natal ... Mauritius has acquired a doubtful reputation ... I was told by a recruiter that coolies would sometimes say that they were ready to go to any colony but Mauritius". 118. Ibid, id°, et p. 234 : "The French masters have ... got the reputation of being unkind and of beating their coolies". 119. Rapport Grierson, 2e partie, p. 18 : "Every one has the same story that when a man goes to the French colonies, he is entirely lost sight of" ; ibid, p. 27 : "Emigration to the French colonies is not so popular, for the people here (district d'Ara) say that when a coolie goes there, he is never heard of again". 120. Les Français, c'est bien connu, se vautrent dans l'alcool et la débauche, et les coolies en font autant dans leurs colonies ; Rapport Pitcher, p. 167 et 233. 121. Ibid, p. 230 ; Rapport Grierson, 1ère partie, p. 11.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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