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promptement écarté197, et il est bien évidemment impensable que le gouverneur des Etablissements français de l'Inde intervienne ici, en plein territoire britannique et à plus de 1.500 km de son siège. La tutelle administrative sur l'agence de Calcutta est donc exercée directement depuis Paris par le ministère des Colonies, qui échange avec elle une abondante correspondance198, alors qu'il passe systématiquement par le gouverneur des Etablissements pour ses relations avec les agences des comptoirs ; on imagine qu'une telle situation laisse à Lamouroux puis aux Charriol une grande marge d'interprétation des ordres reçus. L'agence de Calcutta est donc un véritable organisme d'émigration au plein sens du mot, sur le modèle des agences britanniques établies dans ce port. Les gouverneurs des colonies "importatrices" d'immigrants s'adressent directement à elle pour passer leurs "commandes"199, et c'est également elle seule qui, dans le respect de la réglementation britannique, conçoit et organise ses recrutements, affrète les navires pour le transport des émigrants et décide de la composition des convois. Ce disant, nous venons déjà d'évoquer la seconde conséquence de l'isolement géographique et administratif de l'agence de Calcutta : son activité est soumise à de très fortes contraintes géopolitiques. Elle est complétement à la merci de l'administration britannique, qui n'est déjà pas très favorable à l'émigration vers les colonies anglaises et encore moins vers celles des autres pays, et peut à tout moment, sinon interrompre brutalement ses opérations200, du moins lui créer des difficultés et des entraves telles qu'elles deviendraient vite impossibles201 ; en général, les relations avec les autorités anglo-indiennes locales sont bonnes, mais c'est surtout parce que les agents français d'émigration font preuve de toute la "souplesse" nécessaire et en sachant pertinemment que si jamais ils s'avisaient de cesser de "marcher droit", ils ne tarderaient pas à le regretter202. C'est là le prix à payer pour pouvoir recruter dans le nord de l'Inde. Comme pour toutes les agences de Calcutta, les recrutements français dans la plaine indo-gangétique passent par un réseau relativement dense de neuf sous-dépôts compris entre Patna et les environs de Delhi (Voir carte n° 8). En remontant la vallée du Gange, les deux premiers sont situés au Bihar, à Bankipur et Dinapur, dans la banlieue de Patna ; deux autres 197. Voir Supra. 198. Conservée dans ANOM, Géné. 117/1008, passim. 199. Voir infra, chap. X. 200. Car la convention de 1861 exige qu'un certain nombre de conditions de fond et de forme soient réunies pour qu'une telle interdiction soit possible. 201. Ainsi, par exemple, après l'interdiction de l'émigration vers la Guyane, en octobre 1876, certains "district magistrates" de l'arrière-pays de Calcutta ont, de leur seule autorité, décidé d'étendre la mesure à tous les recrutements pour toutes les colonies françaises ; il a fallu une intervention de l'agence auprès du protecteur des émigrants pour faire cesser cette obstruction ; ANOM, Gua. 117/1008, Charriol à M. Col., 15 décembre 1876. Nous reviendrons ultérieurement sur les difficultés apparues au sujet de la proportion minima de femmes à respecter dans la composition des convois ; infra, chap. X. 202. Sur tout ceci, ANOM, Gua. 117/1008, Lamouroux à M. Col., 24 avril 1874 et 7 janvier 1876 ; Charriol au même, 15 décembre 1876, 2, 16 novembre et 9 décembre 1877, 11 février 1880.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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