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campagne 1873-74185. Finalement, l'expérience s'avère" suffisamment concluante pour que l'administration de la Guadeloupe et Lamouroux décident de pérenniser leurs relations par la conclusion d'une convention particulière, définissant un cadre stable pour une longue période ; ainsi, les planteurs seront assurés d'un "approvisionnement" suffisant en maind'oeuvre pendant plusieurs années186, tandis que, de son côté, l'agent d'émigration pourra travailler dans la durée, en sachant comment s'organiser lui-même auprès de ses propres "fournisseurs", négocier avec eux des "prix" en baisse, et, argument bien propre à emporter la conviction, en faire évidemment bénéficier ses partenaires guadeloupéens187. Mais les planteurs sont nettement moins enthousiastes, en raison du coût beaucoup plus élevé des coolies provenant du Bengale par rapport à ceux de Pondichéry, et, dans un premier temps, après de longs débats, le Conseil Général préfère surseoir à statuer188. Ce sont finalement les très médiocres perspectives de recrutement dans le sud de l'Inde qui conduisent l'assemblée locale à changer d'avis et à approuver le projet189, mais non sans, toutefois, discuter longuement pied à pied tous les articles susceptibles de faire ultérieurement problème190. La convention est signée au début des 1875 ; conclue rétroactivement pour huit ans à compter du 1er janvier 1874 et reprise par les Charriol après la mort de Lamouroux, deux ans plus tard, elle prévoit une introduction annuelle de 1.350 immigrants, ce chiffre pouvant toutefois être réduit à 900 "à la volonté de l'administration (de la Guadeloupe), à condition de notifier la décision prise à cet égard à (l'agence) avant le 1er avril de chaque année pour la campagne suivante191. C'est à cette convention que les planteurs de la Guadeloupe doivent ce flux abondant et régulier d'immigrants du nord de l'Inde, qui répond presque entièrement à leur demande jusqu'en 1885192. Par contre, Lamouroux ne parvient pas à obtenir la conclusion d'un tel accord avec la Martinique. En 1873, un négociant de Saint-Pierre nommé Pory, appuyé par les principaux planteurs de l'île, crée une "Société d'Immigration de la Martinique", qui s'adresse à lui pour se procurer des coolies, se déclarant même prête à s'engager pour trois ans afin d'abaisser le coût de ces introductions ; c'est à cette initiative que l'on doit le premier convoi arrivé de Calcutta, en 1874. Mais l'affaire tourne mal ; le Conseil Général refuse de subventionner l'entreprise, et Pory se heurte en outre à une discrète obstruction de l'administration, qui n'apprécie guère cette initiative prise en dehors d'elle et craint en outre ses répercussions sur ses relations

185. Calcutta Emg Report, 1873-74, p. 4. 186. CG Gpe, SO 1874, p. 8, discours d'ouverture du gouverneur. 187. ANOM, Géné. 177/1008, Lamouroux à M. Col., 12 août 1873 et 24 avril 1874. 188. CG Gpe, SO 1873, p. 77-87 et 106-146. 189. Lors d'une session extraordinaire tenue en janvier 1874, dont le p. v. imprimé ne nous est pas parvenu ; il y est fait référence dans celui de la session ordinaire (novembre) de la même année. 190. CG Gpe, SO 1874, p. 435-438 et 456-464. 191. Texte publié dans CO Gpe, 31 août 1875. 192. De la campagne 1875-76 (pas d'information antérieure) à celle de 1884-85, le nombre total d'immigrants demandés par l'administration de la Guadeloupe à l'agence de Calcutta se monte à 12.589, et celle-ci parvient à en expédier 11.753, soit un taux de couverture de 93 % avant mortalité en route ; Calcutta Emg Report, années citées.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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