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Guadeloupe ; et il termine en détaillant longuement les propositions qu'il fera à l'administration de l'île en matière de "prix", de conditions de "livraison" et de financement des opérations, si (ou plutôt "lorsque") cette affaire lui est (aura été) confiée (ou plutôt "confirmée")177. Un moment surpris par cette irruption soudaine dans le projet d'un personnage inattendu, les deux ministres concernés doivent bien convenir que "les fonctions d'agent d'émigration à Calcutta sont conservées à M. Lamouroux, qui ne les a pas exercées … pendant un certain temps pour un motif indépendant de sa volonté, mais qui, cependant, doit être admis à les remplir encore puisqu'il n'en a été relevé par aucune décision officielle178. D'autres facteurs, plus subjectifs, semblent également avoir joué en sa faveur : l'ancienneté de son implantation à Calcutta, où il est installé depuis plus de 16 ans, la solidité des positions qu'il occupe dans le milieu négociant du port179, et les excellentes relations qu'il entretient avec les principaux responsables de l'administration anglaise du Bengale180. Instruction est donc donnée aux gouverneurs des deux colonies antillaises de traiter avec lui181. Immédiatement, l'administration de la Guadeloupe entre en contact avec Lamouroux et passe avec lui un accord provisoire pour l'introduction à titre d'essai de trois convois de 450 adultes chacun pendant la campagne d'émigration 1873-74182 ; il est probable qu'un accord de même nature est également conclu avec la Martinique et la Guyane, mais nous n'en avons trouvé aucune trace. Le redémarrage est difficile. Lamouroux semble évoquer, au moins au début, quelques problèmes pour ranimer ses anciens réseaux de recrutement dans l'arrière-pays183, et il doit en outre subir pendant plus d'un an les interférences du consulat de France à Calcutta, qui essaie d'imposer sa tutelle sur l'agence et son contrôle sur les opérations de celle-ci ; il faut que le ministère intervienne fermement pour que cessent ces pratiques184. Mais malgré tout, il parvient à expédier, au cours de cette première année expérimentale, trois convois portant au départ 1.350 émigrants vers la Guadeloupe, trois autres avec 1.427 passagers vers la Guyane et un convoi avec 441 émigrants pour la Martinique ; en tout, 3.218 départs, représentant 13 % du nombre total d'émigrants expédiés pour toutes destinations par Calcutta au cours de la

177. Ibid, le même à M. Col., 8 novembre 1872. 178. Ibid, M. Col. à MAE, 10 décembre 1872 ; MAE à M. Col., 21 décembre 1872 et 15 mars 1873 ; M. Col. à consul de France à Calcutta, 14 février 1873 ; et note interne des services de la direction des Colonies au ministre sur l'ensemble de cette affaire, s. d. (extrême fin 1872 ou tout début 1873). 179. Il est agent des Messageries Maritimes et consul général d'Italie. 180. ANOM, Géné. 117/1008, Lamouroux à M. Col., 8 novembre 1872, et lettre d'un correspondant parisien non identifié à Ch. Robin, son représentant en France, 13 février 1873. 181. Ibid, dépêche ministérielle du 19 décembre 1872. 182. Ibid, deux lettres du 7 févier 1873 du gouverneur Couturier, respectivement à M. Col. et à Lamouroux ; et avis publié par le service de l'Immigration dans GO Gpe, 8 juillet 1873. 183. Ibid, Lamouroux à M. Col., 12 août 1873. 184. Ibid, consul au même, 6 avril et 19 septembre 1873 ; M. Col. à MAE, 3 juin 1873 ; Ch. Robin à M. Col., 21 juillet 1873 ; MAE au même et réponse de ce dernier, 26 novembre et 10 décembre 1873 ; consul à MAE, 24 décembre 1874 ; Lamouroux à M. Col., 27 novembre et 11 décembre 1874.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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