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étrangère à toute discussion de prix, tant de l'affrètement que des (autres) débours"162. Il en va par contre tout différemment pour ce qui concerne l'émigration pour les Antilles et la Guyane. Ici, l'éloignement, la quasi-impossibilité de mettre en relations directes demandeurs (les planteurs) et offreurs (les agences) de main-d'oeuvre immigrée, l'ignorance pratiquement totale où l'on est, aux antipodes, de l'Inde et de ses problèmes, enfin la complexité des processus à mettre en œuvre sur de telles distances, font qu'il est évidemment impossible de laisser aux agences la bride sur le cou. Toute l'activité est donc dominée, régulée et contrôlée par l'administration des Etablissements français de l'Inde. Il ne s'agit pas seulement de l'élémentaire tutelle administrative exercée normalement par le gouverneur sur tous les organismes officiels installés sur son territoire, mais de la prise en charge intégrale par lui-même et, sous son autorité, par le commissariat à l'émigration, de la totalité du fonctionnement de la filière "américaine" dans les deux comptoirs. L'administration est l'élément moteur de tout le processus migratoire vers les Antilles-Guyane, dans lequel elle intervient directement, soit par ses instructions et décisions à tous les niveaux de la filière, soit en effectuant elle-même certaines opérations qui participent immédiatement au recrutement et à l'expédition des émigrants. Ainsi, les agences n'ont pas de relations directes avec les colonies "importatrices" d'Indiens, et c'est le gouverneur seul qui, en fonction des demandes recrues de celles-ci, les informe du nombre d'émigrants à recruter ; de même, c'est encore lui, et non les agences, qui affrète les navires pour le transport des engagés vers les colonies de destination ; enfin, il peut toujours changer en dernière minute la destination d'un convoi, nonobstant tous les engagements pris antérieurement par les agents d'émigration et leurs mestrys envers les recrues163. A contrario, les deux agences d'émigration ne sont ici que de simples exécutants des décisions de l'administration. Placées "sous l'autorité et le contrôle" de celle-ci164, elles n'ont absolument aucune autonomie ni aucune capacité propre d'initiative. Leur intervention se limite, en conséquence des instructions reçues du commissaire à l'émigration de Pondichéry ou de son délégué à Karikal, à organiser dans l'arrière-pays le recrutement pour telle date de tant de candidats au départ, de les conduire dans les dépôts et de les tenir à la disposition de l'administration en vue de leur embarquement sur un navire qu'elles n'ont pas affrété pour une destination qu'elles n'ont pas choisie. Ce faisant, elles jouent évidemment un rôle essentiel dans le fonctionnement de l'émigration vers les Antilles (ce sont tout de même elles qui "approvisionnent" tout le système), mais pour ce qui concerne la conception et les décisions, les agences d'émigrations de Pondichéry et Karikal sont, par contre, complètement marginalisées ; elles ne

162. Arch. Pondy, E3, p. 6, gouverneur Nesty à M. Col., 20 février 1879 ; le passage souligné l'est par nous. 163. Nous reviendrons plus longuement sur ces différents points dans la suite de nos développements ; voir infra, chap. X et XI. 164. Art. 1 de l'arrêté local du 3 juillet 1862.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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