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de ses capitaux"152. Bien qu'elle ne s'occupe plus directement de recruter et d'expédier ellemême des émigrants, la nouvelle société est très présente localement dans la filière d'émigration. Nous avons vu précédemment qu'elle parvient à faire nommer deux de ses associées à la tête des agences de Pondichéry et Karikal153, et surtout, par la suite, elle s'impose comme le commanditaire pratiquement unique de celles-ci pour le financement de toutes leurs opérations jusqu'au départ des convois154. Il y a donc de l'argent disponible à Pondichéry pour financer l'émigration. A contrario, on ne peut en dire autant au sujet des autres comptoirs. A Yanaon, le premier agent d'émigration nommé en 1862, Quillet, n'a pas les moyens nécessaires pour faire fonctionner son agence155 ; même à Karikal, les maisons locales sont progressivement éliminées et toutes les opérations de recrutement et d'expédition d'émigrants à partir de ce port sont contrôlées depuis Pondichéry156. 3. Les deux agences publiques crées en 1862 à Pondichéry et Karikal succèdent directement à celles établies douze ans plus tôt par la Société d'Emigration157, dont elles reprennent l'ensemble des moyens matériels et surtout humains. Les dépôts existent déjà, le personnel sédentaire pour les gérer est en place et connaît son travail, les relations avec l'administration sont établies de longue date, et surtout les réseaux de recrutement dans l'arrière-pays sont opérationnels et prêts à redémarrer ; en somme, il ne s'agit que d'un simple changement de propriétaires, qui ne modifie guère l'organisation et le déroulement des opérations. A contrario, tout est à faire dans les autres agences ; il faut construire un dépôt, trouver du personnel et organiser des réseaux de recrutement, alors que l'argent manque et que l'administration est, au minimum, défaillante (dans les comptoirs français) ou, au pire, hostile (dans les ports anglais). Toute l'expérience accumulée depuis 1849 donne aux agents d'émigration de Pondichéry et Karikal un avantage décisif. 4. Le dernier facteur explicatif de la suprématie de ces deux ports au début des années 1860 est plus ponctuel et ses effets sont limités dans le temps, mais ils se font sentir au bon moment. Il s'agit de la suppression des circonscriptions de recrutement qui avaient été délimitées au moment de la création des agences, en 1862. Dès l'année suivante, il était apparu que leur existence et les limitations qui en résultaient handicapaient très sérieusement les opéra152. Ibid, p. 1081-1082. 153. Supra, p. 410. 154. PRO, FO 881/3627, p. 149, rapport de l'agent consulaire britannique à Pondichéry en 1875 : "The system under which the emigration is carried on here is a follows : a Company has been formed, and shares in it taken by most of the merchants here, … including the Emigration Agent himself. An indent from one colony comes in, and … the money necessary for the recruitment, etc, is advanced by the shareholders to the Emigration Agent, and this is repaid with profit by the colony making the indent". 155. ANOM, Géné. 137/1179, Bontemps à M. Col., 9 août 1863. 156. J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1007-1008 et 1082, note A. 157. Ibid, p. 992.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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