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ry est le point d'aboutissement de pratiquement tous les flux en provenance de la métropole. C'est là qu'arrivent d'abord les informations dont la connaissance est susceptible d'influencer la conduite, et éventuellement la profitabilité, des opérations de recrutement et d'expédition des émigrants, en particulier les demandes des colonies destinataires et les instructions ministérielles ; c'est là que débarquent les médecins de la Marine envoyés par le ministère pour accompagner les convois ; c'est par là que transitent les flux financiers à destination des comptoirs du Deccan ; etc. A contrario, les "dépendances", ainsi que sont qualifiés de façon un peu dévalorisante les autres comptoirs, sont loin de bénéficier des mêmes avantages. Pratiquement abandonnées à elles-mêmes, ouvertement méprisées par Pondichéry et totalement ignorées de Paris, leurs administrations ne disposent pas des moyens humains et financiers nécessaires pour simplement remplir leurs missions les plus élémentaires146, et a fortiori pour assister et soutenir une agence d'émigration. A ceci s'ajoutent leurs tailles minuscules et leur extrême isolement géopolitique147, qui les rendent immensément vulnérables aux pressions de toutes sortes de l'administration britannique148. Seule l'agence de Karikal parvient malgré tout à survivre, en raison de sa relative proximité de Pondichéry (une centaine de km) et du soutien qu'elle en reçoit en cas de besoin, parce que le service de l'Emigration du chef-lieu et les colonies destinataires ont bien trop besoin des compléments de convois fournis par ce comptoir pour le laisser tomber. 2. En grande partie aussi parce qu'il est le chef-lieu et, pour cette raison, le point central des relations maritimes, commerciales et financières entre les Etablissements et le reste du monde, Pondichéry est le siège d'un important processus d'accumulation locale du capital, encore accéléré par la conjoncture de forte croissance qui caractérise l'économie indienne dans son ensemble, et celle des comptoirs français en particulier, au cours des décennies 1850 et 1860149. Il est donc très aisé pour une maison de commerce qui désire se lancer dans une entreprise d'émigration de trouver sur place tous les capitaux nécessaires. La Société d'Emigration de Pondichéry en constitue le meilleur exemple150. L'affaire se révèle d'ailleurs tellement rentable151 que, à peine mise en liquidation, ses anciens associés s'empressent d'en reconstituer une autre, la "Société des bailleurs de fonds", pour "soutenir les nouveau agents d'émigration

146. J. WEBER, Ets français, t. I, p. 258-286, et t. VI, p. 1854-1872. 147. Yanaon se situe à 600 km de Pondichéry, s'étend sur 33 km2 et compte 6.500 hab. au début des années 1860 ; pour Mahé, les chiffres correspondants sont de 400 km, 8 km2 et 7.000 h. respectivement. 148. ANOM, Géné. 137/1178, Bontemps à M. Col., 25 janvier 1865 : l'agence de Karikal est devenue "presque improductive … par suite des entraves multiples et incessantes, des formalités sans nombre et de l'arbitraire imposé par l'administration anglaise". 149. J. WEBER, Ets français, t. II, p. 850-864 et 1138-1185. 150. Ibid, p. 992-995. 151. Ibid, p. 995-998.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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