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de façon exclusive, tandis que ceux des autres centres iraient uniquement aux Antilles et à la Guyane94 ; à défaut, qu'on l'autorise à ouvrir à Madras sa propre agence d'émigration, à côté de celle pour les colonies américaines, à l'instar de ce qui se fait déjà entre territoires britanniques, où chacun d'eux dispose de son propre organisme de recrutement95. Pour le ministère, de telles exigences sont inacceptables. En premier lieu parce qu'elles risqueraient d'entrainer ce qu'il veut par-dessus tout éviter, l'apparition d'une concurrence franco-française entre deux agences. Et surtout parce qu'une telle solution aboutirait à pratiquement arrêter tout recrutement pour les colonies d'Amérique pendant de longs mois, au moins une campagne entière d'émigration, le temps d'attendre la création, l'entrée en service effectif, l'organisation des réseaux dans l'arrière-pays et la monté en charge des nouvelles agences à établir à Calcutta, Yanaon et Mahé ; alors que pendant le même temps, les deux centre de Pondichéry et Karikal, parfaitement rodés et parvenus à pleine efficacité par plus de dix années d'activité de la Société d'Emigration, limiteraient leurs expéditions à la seule Réunion. C'est donc sans la moindre hésitation que les demandes de cette colonie sont repoussées, de même, d'ailleurs, que celles présentées ultérieurement par les délégués des Antilles pour que les recrutements de deux au moins des cinq agences prévues soient affectées spécialement aux colonies américaines. Il n'y aura qu'une seule agence d'émigration par centre de recrutement, et elle agira pour le compte de toutes les colonies ; en cas de conflit entre celles-ci, il appartiendra au gouverneur des Etablissements française de l'Inde de trancher pour fixer un ordre de priorité96. Bien qu'il mette un certain temps à s'imposer sur le terrain97, le principe de la nonspécialisation géographique des recrutements n'est plus remis en cause par la suite. Lorsque, vingt ans plus tard, la Guadeloupe demande à son tour d'établir sa propre agence d'émigration à Pondichéry, le ministère répond qu'il n'est pas possible "d'accréditer …. un agent de recrutement pour une colonie déterminée. Le recrutement se fait en Inde sous la surveillance de l'administration (des comptoirs), qui répartit les contingents au prorata entre les colonies en instance"98.

94. Ibid, M. Col. à gouverneur Réunion, 4 juin 1861, contenant notamment accusé de réception de cette demande ; Inde 466/601, liasse "Application", d'Ubraye à M. Col., 8 août 1961. 95. Il est fait état de cette demande pour la combattre dans ANOM, Géné. 125/1092, rapport du directeur des Colonies au ministre, 17 janvier 1862. 96. Sur tout ce qui précède, voir ibid, id°, et p. v. de la séance du Comité consultatif des Colonies du 19 févier 1862 ; et Géné. 137/1175, rapport du directeur des Colonies au ministre, 15 mars 1862. 97. ANOM, Inde 467/608, liasse "Renseignements statistiques", gouverneur Bontemps à M. Col., 1er août 1864 : il lui avoue que, en raison des difficultés de recrutement pour les Antilles à Madras et à Yanaon, il expédie à la Réunion tous les émigrants recrutés par ces deux centres et réserve aux Antilles ceux de Pondichéry et Karikal. 98. ANOM, Inde 464/588, M. Col. à gouverneur Guadeloupe, 25 octobre 1882.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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