Page 274

655

Bengale302, peuvent à bon droit trouver froide quand elle descend en dessous des 20 °, voire même encore plus bas303. Nombreux sont les rapports qui décrivent les passagers grelottant de froid malgré la couverture qui leur a été remise au moment de l'embarquement, même quand on est au cœur de l'été austral304. En outre, la sensation de froid est aggravée par le fait que la baisse des températures au large des côtes sud-africaines est extrêmement rapide ; en quelques jours, on passe d'une chaleur subtropicale à un climat tempéré frais, ce qui rend le changement très pénible pour les Indiens305. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que surviennent là la plupart des affections respiratoires rencontrées par les médecinsaccompagnateurs au cours de la traversée, en particulier les pneumonies, dont la propagation à bord est d'autant plus rapide que les passagers sont souvent autorisés à rester dans l'entrepont pendant la journée pour mieux se protéger du froid. Naturellement, il arrive aussi que ces maladies surviennent dans la zone intertropicale, mais elles ont sans doute été contractées avant l'embarquement. La catégorie des maladies infectieuses regroupe tout un ensemble d'épidémies survenues brutalement sur un petit nombre de convois. Nous en connaissons deux de rougeole306, deux de variole307, quatre de varicelle308 et cinq d'oreillons309, la plus répandue de toutes ici (347 cas sur un total enregistré de 764). Quant au choléra, il n'est comptabilisé que pour 87 cas dans le tableau n° 33, dont 84 sur le John Scott, ravagé par une épidémie meurtrière310, mais nous savons par ailleurs, de façon plus "littéraire", que deux autres convois à destination de la Guadeloupe ont été également très durement frappés, le Jeune Albert, sur lequel nous n'en savons pas plus et le Glenduror, dont nous ne connaissons pas le nombre de cas mais qui compte tout de même 30 morts du choléra à l'arrivée. Ceci dit, et compte tenu de tous les récits terrifiants colportés alors sur la présence continue de cette maladie en Inde et les ravages qu'elle y cause 302. On connaît à cet égard la boutade des Madrassis sur le climat de leur ville : il y a trois saisons, "hot, hotter and the hottest". A Pondichéry, les Européens résidant dans la ville au milieu du XIXe siècle la décrivent comme "un four" ou "une rôtissoire" ; J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1231-1232. 303. Le minimum de 8° aurait été enregistré sur le convoi de rapatriement du Hereford, en provenance de la Martinique, qui franchit le Cap en août , au moment le plus froid de l'hiver austral ; rapport médical du Dr Béchon, joint à PRO, FO 27/2893, agent consulaire brit. à Pondy au gouvernement de Madras, 1er octobre 1886. 304. Indus (franchissement du Cap en mars), second Mars (16°, décembre), premier Jumna (fin avril), Peckforton Castle (10 à 11°, septembre), second Daphné (20°, septembre), Botanist (froid "assez vif", septembre), second Essex (20°, janvier), Artist (temps "frais", janvier), premier Bruce (22°, janvier), premier Copenhagen (18°, octobre), second Bruce (21°, début mars), second Copenhagen (16°, novembre), Epervier (16°, avril). 305. Ainsi qu'il ressort a contrario du rapport du Dr Olméta sur le Père de Famille : "Le changement de température qu'on observe généralement dans ces parages et qui rend cette partie du voyage toujours critique pour les Indiens a été presque insensible" ; on sent bien, au ton même de cette phrase, qu'il s'agit là d'une situation exceptionnelle. 306. Troisième Suger, Indus et second Contest. 307. Clyde et Dunphaïle Castle 308. Java, Glenduror, White Adder et Boyne ; seul le premier de ces quatre convois, pour lequel nous disposons de données quantitatives, entre dans le tableau n° 33. 309. Java, second Contest, Médusa, Père de Famille et second Copenhagen. 310. Sur l'odyssée catastrophique de ce navire, voir supra, note 222.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

Profile for scduag
Advertisement