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Mais à peine sont-elles rendues publiques que ces décisions sont déjà remises en cause. Le gouverneur et le Conseil Général de la Réunion protestent "de la manière la plus vive" contre le refus ministériel de créer une agence à Madras ; selon eux, il n'est dû qu'à l'influence excessive du gouverneur des Etablissements de l'Inde, qui a fait écarter un rival de Pondichéry afin que ce comptoir puisse profiter au maximum des retombées économiques de l'émigration, même au détriment de l'intérêt bien compris des colonies sucrières. Les planteurs réunionnais refusent de recevoir des immigrants du Bengale, auxquels ils ont déjà eu recours par le passé et qui ont donné, estiment-ils, "de détestables résultats" ; si l'on écarte Madras, les quatre comptoirs du Deccan ne pourront pas, à eux seuls, répondre à la demande de maind'œuvre de toutes les colonies. Le ministère se rend assez facilement à ces arguments et, quelques mois seulement après la création des premières agences, décide d'en établir une autre à Madras89, et les circonscriptions de recrutement sont redécoupées en conséquence90. Enfin, une dernière agence est créée à Bombay au début de 1863, dans des circonstances sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement91.

c) La non-spécialisation des recrutements On se souvient que, dès la décennie 1850, des difficultés s'étaient élevées entre les différentes colonies pour le partage entre elle des engagés recrutés par la Société d'Emigration ; il avait fallu que le ministère s'en mêle et impose un clé de répartition, un tiers pour la Réunion et deux tiers pour les Antilles Guyane92. Cette décision n'avait cependant réglé que provisoirement le problème. C'est contrainte et forcée que la Réunion avait dû accepter l'arbitrage ministériel ; ses besoins en main-d'œuvre sont, à eux seuls, plus importants que ceux de toutes les colonies d'Amérique réunies93. Aussi profite-t-elle de la situation nouvelle créée par la Convention pour demander que les "produits du recrutement des trois agences de Madras, Pondichéry et Karikal lui soient attribués

89. Sur tout ce qui précède, ANOM, Géné. 137/1178, rapport du directeur des Colonies au ministre sur la création de cette agence, 18 août 1862. 90. Les circonscriptions de Yanaon et Mahé ne sont pas modifiées. Celle de Madras reçoit les districts de Chingleput, North Arcot, Cuddapah, Nellore, Kurnool, Bellary et Guntor (Anantapur), au détriment de Pondichéry. L'agence de Pondichéry conserve le South Arcot et Mysore, et reçoit en compensation partielle les districts de Salem et Coïmbatore, pris à Karikal. Enfin, la circonscription de Karikal ne conserve plus que les districts de Trichinopoly, Tanjore, Madura et Tinivelly. 91. Voir infra, p. 412. 92. J. WEBER, Ets français, t. II, p. 976-977. Voir supra, p. 257-258. 93. ANOM, Géné. 125/1092, rapport du directeur des Colonies au ministre, 17 janvier 1862 ; il estime à 10.000 immigrants des besoins annuels de la Réunion, contre 2.000 à 2.500 ceux de la Martinique, 3.600 pour la Guadeloupe et 1.000 pour la Guyane.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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