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ayant servi à faire cuire du porc antérieurement286, la seconde, sur le Chetah, probablement par la "sévérité excessive" du médecin-accompagnateur, bien que celui-ci incrimine le "mauvais esprit" des Indiens et l'influence détestable "de brahmines du plus mauvais acabit qui excitaient les autres coolies"287. Parfois, cette révolte se manifeste par un geste individuel désespéré, apparemment disproportionné avec le fait initial l'ayant déclenché288. Mais le plus souvent, c'est la résistance passive qui constitue leur moyen préféré d'exprimer leur mécontentement ; ainsi dans l'affaire du Killochan289, le Dr Ercole parvient à force de menaces à mettre un terme au mouvement de refus de leurs rations par les passagers, mais en même temps il doit bien tenir compte de leur revendication puisqu'il leur distribue épisodiquement des biscuits supplémentaires pour compléter leur alimentation. Même quand il s'agit de mesures prises "pour leur bien", les Indiens n'hésitent pas à résister discrètement s'ils ne sont pas d'accord. Ainsi pour ce qui concerne la séparation rigoureuse des sexes, imposée d'autorité, même dans la journée quand elle n'est pourtant pas absolument nécessaire ; "le séjour sur la dunette n'était pas goûté par toutes les femmes, un grand nombre usait de tous les prétextes pour redescendre sur le pont et aller fumer le houka et causer avec les hommes", note le Dr Cauvin sur le premier Hereford290. Et pour en revenir au problème si important de la "malpropreté" des émigrants, on peut se demander si, chez certains d'entre eux tout au moins, cette persévérance dans des comportements d'extrême saleté n'est pas, d'une façon ou d'une autre, une manière de protester silencieusement contre la pression permanente mise sur eux par les médecinsaccompagnateurs, à juste raison mais probablement sans aucun ménagement, pour le respect de règles d'hygiène dont on n'a pas pris la peine de leur montrer l'intérêt.

286. La tension est très vite retombée après que le médecin-accompagnateur ait fait mettre quelques "meneurs" aux fers pendant un quart d'heure. 287. Le "tumulte" en question a duré toute une soirée et la majeure partie des deux jours suivants. Il s'est surtout concrétisé par des refus d'obéissance et des insultes envers le Dr Défaut. Celui-ci n'a pu rétablir la situation que grâce à l'intervention du capitaine et des officiers, descendus en armes dans l'entrepont pour lui prêter main forte. L'affaire s'est terminée par une privation générale de déjeuner et la mise aux fers de deux "meneurs" après qu'ils aient reçu 25 coups de corde chacun. A lire entre les lignes le rapport du Dr Défaut, il semble bien que les coolies lui aient reproché sa sévérité excessive et surtout son attitude cassante à leur égard (mais ce n'est pas très clair). 288. Rapport du Dr Aurillac, sur le British Navy, à destination de la Martinique : un passager s'est jeté à la mer "parce qu'un mestry l'avait empêché de se laver à une heure non réglementaire" ("Ils" se lavent donc, docteur ?). Sur le second Bruce, trois coolies font de même parce qu'on a diminué leur ration par mesure disciplinaire, mais ils sont repêchés ; la privation de nourriture ne place donc pas automatiquement les émigrants dans "la plus entière des soumissions", comme le croyait un peu rapidement ce même docteur Aurillac (décidément !). 289. Trois jours après le départ de Calcutta, les passagers commencent à se plaindre de la mauvaise qualité de la nourriture et de l'insuffisance des rations ; le lendemain, ils observent une sorte de grève de la faim. 290. Le passage souligné l'est par nous ; il est clair que cette séparation ne recueille pas l'assentiment de beaucoup de passagers.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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