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travaillé dans les colonies françaises ou à Maurice et qui peut leur servir de truchement dans ses relations avec les autres émigrants227, sinon il ne leur reste plus qu'à s'en remettre à l'interprète embarqué en même temps qu'eux, et qui n'est pas toujours d'une fiabilité absolue. Mais également, beaucoup de ces médecins ne parlent pas, ou très mal, l'anglais. A terre, dans leurs relations avec l'administration britannique de Calcutta, ils peuvent toujours compter sur l'agent d'émigration pour leur servir d'interprète228, mais une fois en mer, les rapports avec le capitaine deviennent singulièrement difficiles si aucun des deux ne comprend la langue de l'autre229. Il est probable que, dans certains cas, l'incompréhension a dû être à l'origine de bien des aigreurs et des frictions réciproques entre les deux hommes.

d) Rémunération Ce qui précède permet de mieux comprendre les propos un peu abrupts de certains médecins-accompagnateurs de convois pour les Antilles. Pour l'essentiel, leur existence à bord est faite de difficultés professionnelles, d'inconfort, de routine, d'ennui, de solitude et, en cas d'épidémie ou autre problème majeur, de journées et de nuits d'activité pratiquement continue et épuisante, sans même parler du danger d'être frappé soi-même ; des désagréments que sont très loin de compenser les quelques petits avantages dont ils jouissent à côté, comme le fait d'avoir une cabine individuelle ou de prendre leurs repas à la table des officiers. Dès lors, pour les inciter à s'engager dans une telle aventure, le ministère est bien obligé de leur offrir des conditions financières attractives. A la différence des "surgeons superintendants" anglais, qui sont rémunérés "par tête"230, les médecins français de la Marine perçoivent une indemnité de mission venant s'ajouter à leur traitement de base. Elle est d'un montant annuel de 5.400 F mais proportionnée à la durée totale de leur séjour hors métropole, et ils reçoivent en outre une prime de 150 F par mois passé avec le convoi ; comme il faut généralement six mois pour faire le tour complet, de Marseille à Marseille, dont trois à bord du navire d'émigrants, un seul voyage rapporte donc dans les 3.000 F à celui qui l'a fait231, dont il faut toutefois déduire un certain nombre de faux-frais lors de son passage à Pondichéry et en Guadeloupe232. En gros, 227. Sur le Gainsborough, un réémigrant avait passé 20 ans à Bourbon et "spoke good French" ; sur le second Contest, un ancien de la Réunion "parlait facilement le français". 228. ANOM, Géné. 117/1008, Lamouroux à M. Col., 6 mars 1874. 229. Dr Orabona sur le Peckforton Castle ; Dr Lespinois sur le Marchioness of Londonderry ; Dr Bellamy sur le Gainsborough ; par contre, le capitaine du White Adder, originaire de Jersey, "parle passablement le français". 230. Sous forme de primes par passager "landed alive" ; leur montant varie selon les moments et les destinations ; il se situe le plus souvent entre 8 et 16 shillings, soit 0,4 à 0,8 £ ; H. TINKER, New system, p. 148. 231. Détails donnés par le Dr Orabona, dans son rapport de campagne sur le Peckforton Castle, 1870. 232. Ibid, id° : il a normalement droit à des frais de séjour de 12 F par jour pendant le temps où il attend d'embarquer, soit avec le convoi (à Pondichéry), soit sur le paquebot qui le ramènera en France (en Guadeloupe) ; mais aucune des deux administrations locales ne veut les lui payer. Le service de

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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