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b) Contenu de leur mission Les fonctions des médecins-accompagnateurs des convois sont explicitées dans des instructions publiées par le ministère de la Marine en 1865207. Ils sont les représentants de l'Etat et des colonies destinatrices, chargés de s'assurer du respect de la réglementation relative au transport des émigrants depuis le moment de la formation du convoi jusqu'à celui de leur arrivée à la destination finale ; leur titre même montre bien ce que l'on attend d'eux : ils sont "médecins-délégués du gouvernement", investis d'une mission officielle. Ils doivent donc tout d'abord examiner les émigrants avant leur embarquement et peuvent refuser tous ceux qui ne leur paraîtraient pas aptes à supporter le voyage ou à remplir les tâches que l'on attend plus tard d'eux. Ils inspectent ensuite les navires destinés à recevoir les convois pour s'assurer qu'ils sont convenablement aménagés, en veillant tout particulièrement "sur les approvisionnements et sur le choix et la quantité des médicaments embarqués" ; ils vérifient en outre "que l'hôpital (du bord) est pourvu de toutes les installations nécessaires" et peuvent demander des aménagements complémentaires s'ils le jugent opportun. Ils adressent par écrit leurs observations sur ces divers points au service de l'Emigration de Pondichéry ou à l'agence de Calcutta, et en remettent un double à l'administration de la colonie destinataire à leur arrivée dans celle-ci. En cours de route, leur principale activité est évidemment de maintenir les passagers en bonne santé, les soigner s'ils sont malades, éviter les épidémies et en amener vivants le plus grand nombre possible à destination ; nous allons y revenir. Pour cela, ils peuvent réclamer au capitaine toute l'assistance dont ils ont besoin, lui proposer toutes mesures qui leur paraîtraient nécessaires, y compris l'acquisition de médicaments supplémentaires aux escales, et même, en cas d'extrême urgence, exiger que soit faite une escale initialement non prévue. En cas de relâche dans un port étranger, ils peuvent réclamer l'assistance des autorités consulaires françaises en cas de besoin. Enfin, immédiatement après leur arrivée dans la colonie de destination, ils doivent rédiger un "rapport de campagne", qui est remis à l'administration locale et joint ensuite à toutes les autres pièces relatives au convoi concerné dans un volumineux dossier envoyé au ministère. Après qu'ils se soient un peu fait "tirer l'oreille" au début208, il semble qu'ils aient pris ensuite l'habitude de remettre régulièrement leurs rapports à l'autorité compétente, grâce à quoi nous en disposons aujourd'hui de plus d'une cinquantaine pour la Guadeloupe et d'une vingtaine pour la Martinique. En 1874, le gouvernement français accepte, bien qu'il s'agisse "d'une ingérence de plus ... dans nos affaires d'immigration", qu'une

207. Nous n'en avons malheureusement pas retrouvé le texte, mais elles sont cités et abondamment utilisées dans ANOM, Géné. 117/1008, projet d' "Instructions complémentaires pour les médecins de la Marine appelés ... pour l'émigration des travailleurs du Bengale", s. d., élaboré par l'administration de la Guadeloupe en 1872 ou 1873, au moment du redémarrage de l'agence française de Calcutta. Tout ce qui suit provient, pour l'essentiel, de ce document, complété éventuellement par les multiples informations données dans les rapports eux-mêmes des médecins ayant accompagné des convois en Guadeloupe. 208. ANOM, Géné. 126/1101, M. Col. à gouverneurs Antilles-Guyane, 7 juillet 1864 : leur rappeler cette obligation.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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