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"partir à la pêche"188 ou recruter des médecins indiens189, et surtout faire un véritable "pont d'or" (sic !) aux chirurgiens de la Marine qui acceptent de venir de France190. Et même ainsi, d'ailleurs, il n'y en a pas encore assez ; à la fin de 1861, les recrutements doivent être suspendus à Pondichéry, le ministère n'ayant pas envoyé suffisamment de médecins à temps, et deux convois prévus initialement pour les Antilles sont expédiés finalement pour la Réunion faute de personnel médical qualifié pour les accompagner191. D'autre part, ceux qui acceptent malgré tout de tenter l'aventure ne sont généralement pas les meilleurs ni les plus qualifiés, surtout parmi les médecins civils. En Inde anglaise, qui connaît les mêmes problèmes au même moment, on considère les "surgeon superintendants" qui s'embarquent sur les coolie ships comme la lie de la profession ; "I do not think that, generally speaking, the doctors we get here could be trusted", écrit le protecteur des émigrants de Calcutta en 1860, tandis que, cinq ans plus tard, l'inspecteur médical de ce même port note, encore plus péremptoirement : "Professional men of first class talent and education will never ... enter the emigration service"192. Il résulte de tout ceci que le service médical assuré à bord des navires d'émigrants est très loin d'être satisfaisant. A la veille de l'entrée en vigueur de la Convention, le ministère dresse un bilan désastreux des six dernières campagnes dans ce domaine193. En 1856, sur 5 convois, un seul est accompagné par un médecin civil et les quatre autres pas du tout, très forte mortalité ; en 1857, mortalité moyenne, bien que tous les médecins embarqués soient "étrangers à la Marine" ; en 1858, mortalité "excessive" sur l'Emile Péreire, parti sans médecin, et sur trois convois accompagnés par des médecins indiens ; en 1859, "pertes assez fortes" sur un convoi accompagné par un médecin anglais ; en 1860 enfin, on compte 77 morts sur le Jeune Albert avec un médecin civil, ce qui constitue le record de toute l'histoire de l'émigration indienne vers les colonies françaises d'Amérique. Conclusion diplomatique de l'auteur de la note (probablement le directeur des Colonies) à l'intention de son ministre, mais néanmoins parfaitement claire : "On a pu dire ... que les transports par navires français se sont accomplis avec de grands avantages. Cette assertion s'applique à quelques-unes de nos opérations mais non pas à l'ensemble" ; dans la perspective de l'application de la Convention, il faut repenser tout le système.

188. Il est parvenu à recruter un médecin danois à Tranquebar, l'ancien comptoir danois situé à côté de Karikal ; ibid, id°. 189. Tel le Dr Vaïracamou, qui a déjà fait deux voyages aux Antilles et vient d'être recruté pour en faire un troisième ; ibid, id°. 190. Ibid , liasse "Correspondance diverse", le même au même, 2 décembre 1859. En application de l'arrêté ministériel du 23 mars 1859, un chirurgien de 2e classe de la Marine, outre sa solde fixe de 2.100 F par an, reçoit une indemnité de fonction de 3.900 F, et de 1ère classe de 2.800 et 5.200 F respectivement ; à ces sommes vient en outre s'ajouter un supplément de 1.800 F à la charge de l'armement. 191. ANOM, Gua. 180/1118, note de la direction des Colonies au ministre, 24 août 1862. 192. H. TINKER, New system, p. 149. 193. ANOM, Géné. 118/1011, liasse "Statistiques", "Note sur la mortalité des Indiens pendant la traversée ... aux Antilles ou à la Guyane", 3 mars 1862.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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