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Mais parfois, les choses tournent mal et des agressions se produisent. Sur le John Scott pendant la nuit, certains matelots "en humeur amoureuse" se cachent à proximité des toilettes pour essayer d' "attraper" les femmes qui y viennent145 ; plus grave encore, nous connaissons au moins trois tentatives de viol, dont l'une à l'encontre d'une fillette de dix ans146. Enfin, les membres de l'équipage se rendent souvent coupables de brutalité, et parfois même pire, à l'encontre des passagers. Ici aussi, les faits sont très variables d'un navire à un autre. Il peut tout d'abord s'agir de comportements individuels, mais cela semble relativement rare147. Plus fréquents sont les comportements collectifs brutaux des équipages dans leur ensemble, qui ont "tendance à traiter les coolies comme des bêtes de somme, à les frapper ou du moins les bousculer, les pousser brutalement et sans raison"148. Surtout, il y a quelques cas pour lesquels les médecins-accompagnateurs n'hésitent pas à parler de "sévices graves", comme sur le Dunphaïle Castle, voire même à décrire de véritables actes de torture, comme sur le Java, sur le cas duquel nous allons revenir. On constate à la lecture de ce qui précède que la distribution de tous ces incidents entre les convois n'est absolument pas aléatoire. Ce sont pratiquement toujours les mêmes navires sur lesquels surviennent la plupart des faits les plus graves, Java, Dunphaïle Castle, John Scott, alors qu'inversement certains sont régulièrement cités en bien, notamment ceux de l'armement Nourse sur lesquels les passagers semblent particulièrement bien traités, le premier Hereford constituant ici une unique exception. En fait, tout semble dépendre du capitaine et de la façon dont il tient son équipage. Ainsi sur le premier Suger, le Dr Gaigneron parvient à faire mettre un terme aux brutalités des matelots à l'encontre des Indiens grâce à l'appui du capitaine, qui n'hésite pas à sévir durement contre les membres de son équipage s'il l'estime nécessaire149. De même pour ce qui concerne le capitaine John Russell ; trois médecins différents ayant accompagné trois convois successifs sur des navires commandés par lui150 dressent unanimement le portrait convergent d'un homme respectueux de ses obligations comme de 145. Une variante sur le British Navy, en route pour la Martinique : la nuit, les matelots ferment les latrines des femmes avec une forte corde pour les obliger à aller vers l'avant du navire où ils les attendent. 146. Sur le Java. Les deux autres se sont produites respectivement sur le premier Hereford et le Sussex ; à noter toutefois que, dans ce dernier cas, l'agression ne vient pas d'un membre de l'équipage mais de l'un des mestrys chargés de seconder le médecin-accompagnateur. 147. Nous n'en connaissons que trois cas. Sur le Surrey, un matelot frappe violemment un passager au visage et le blesse gravement ; ANOM, Gua. 188/1144, gouverneur Couturier à M. Col., 23 août 1876, et IOR, P 932, proceedings de 1877, p. 61-62. Sur le premier Hereford, le matelot violeur cité à la note précédente frappe un coolie qui essayait de s'interposer ; puis plus tard, un matelot anglais ivre agresse et blesse un passager et un officier qui voulait intervenir. 148. Dr Audibert, sur le White Adder ; des faits de nature comparable dénoncés également par les médecins-accompagnateurs des troisième Suger, Java, Dunphaïle Castle, John Scott, second Essex et premier Hereford. 149. Il inflige une suspension de salaire de quinze jours à un matelot qui a frappé un émigrant. 150. Drs Allanic, sur le premier Contest (1870) ; Jobard, sur le second Contest (1871) ; et Aymé, sur le Jura (1881).

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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