Page 240

621

mesure que l'on avance dans le temps137 ; au début des années 1880, on peut même dire qu'une telle situation est devenue la norme. Mais il est vrai aussi que, surtout dans la décennie 1860, certains convois connaissent pendant la traversée "a never forgotten nightmare"138 ; c'est, naturellement, surtout à ceux-là que nous allons nous intéresser dans les développements qui suivent, mais sans pour autant que l'abondance de la matière nous fasse oublier qu'ils ne représentent qu'une petite minorité de cas. Trois grands types d'infractions sont généralement commises par les membres de l'équipage au détriment des passagers. En premier lieu, le vol ou le détournement d'approvisionnements normalement embarqués pour les passagers ; le plus souvent, il s'agit de nourriture139, mais cela peut aussi être des vêtements de rechange ou des couvertures. De tels faits ne concernent qu'un petit nombre de cas connus140 et cessent d'ailleurs au début des années 1870141 ; des trois grands préjudices subis par les Indiens, celui-ci est certainement le moins grave, encore que, sur le Java, les "soustractions" de vivres atteignent une ampleur telle que, contrairement à la plupart des autres convois, les passagers débarquent en Guadeloupe considérablement amaigris. Le problème des relations avec les femmes du convoi constitue, en second lieu, le principal point noir pour ce qui regarde le "bon ordre" à bord ; c'est pour les médecinsaccompagnateurs une préoccupation constante142. Pour éviter tout contact avec les hommes en général et avec les membres de l'équipage en particulier, elles sont constamment séparées d'eux, non seulement la nuit dans l'entrepont, mais même pendant la journée quand les passagers sont autorisés à monter à l'air libre ; les hommes doivent rester sur le pont principal, tandis que les femmes et les enfants vont sur la dunette. En outre, il est interdit aux membres de l'équipage de descendre dans l'entrepont, sauf nécessités de service, et il arrive parfois même que l'accès au quartier des femmes soit gardé143. On peut imaginer, naturellement, que toutes ces précautions n'empêchent pas les gens de se rencontrer ni les couples de se former144.

137. Les médecins-accompagnateurs signalent, avec des qualitatifs divers ("bienveillance", "sollicitude", "bonté", "attention", "douceur", etc) le traitement général satisfaisant dont ont fait l'objet les passagers sur les Peckforton Castle, premier et second Contest, second Daphné, second Jumna, Botanist, Bann, Artist, second Lee, Syria, Jura, second Hereford ; même jugement d'ensemble très favorable, malgré quelques petits incidents sans gravité, sur les Gainsborough et premier Copenhagen. 138. H. TINKER, New system, p. 155. 139. Rappelons que, normalement, l'équipage a ses propres approvisionnements alimentaires et sa cuisine séparée de celle des passagers. 140. Java, Dunphaïle Castle, John Scott et Père de Famille. 141. Dernier cas connu (le Père de Famille) en 1874. 142. Voir notamment les rapports des Drs Gaigneron (Troisième Suger), Granger (Surrey) et Ercole (Killochan). En 1874, la situation est "explosive" sur le Lamentin, en route pour la Martinique, les Indiens supportant très mal que les membres de l'équipage approchent les femmes du convoi. 143. Rapport du Dr Soulier (second Daphné) et H. TINKER, New system, p. 152. 144. Un mariage entre émigrants célébré à bord du second Bruce.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

Profile for scduag