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création, d'être impliquée dans une multitude de scandales, problèmes, conflits et difficultés de toutes sortes qui la rendent indéfendable77, mais aussi parce qu'il espère bien que le nouveau système de recrutement entraînera une baisse du "prix" du coolie rendu à bord78. A partir de 1860, quand il apparaît que les deux pays sont définitivement tombés d'accord sur tous les points encore en litige et que la signature de la convention n'est plus qu'une question de semaines79, la Société prend brutalement conscience qu'elle est condamnée. Malgré le soutien du gouverneur d'Ubraye, c'est en vain qu'elle proteste contre son éviction, réclame le maintien de son monopole, et même son extension à toute la présidence de Madras, présente sa candidature comme agent d'émigration dans le cadre de la nouvelle organisation mise en place par la Convention, fait longuement état des services qu'elle estime avoir rendu aux colonies sucrières depuis sa création, et même diminue de 20 à 30 %, selon les destinations, le "prix de cession" aux transporteurs des émigrants recrutés par elle80. Le gouvernement n'est pas disposé à lui accorder le moindre sursis81. Au jour de l'entrée en vigueur de la Convention, le 1er juillet 1862, la Société d'Emigration de Pondichéry doit cesser ses opérations et est mise en liquidation sur ordre de Paris82. En prévision de ce moment, le ministère avait commencé, à peine la Convention définitivement signée, un an tout juste auparavant, à élaborer la nouvelle réglementation destinée à transposer les dispositions de celle-ci en droit interne, et notamment à mettre en place les agences d'émigration. A travers diverses réunions et une intense correspondance avec Pondichéry, les problèmes de fond sont définitivement réglés et les solutions retenues intégrées dans l'arrêté du 3 juillet 1862.

b) La localisation des agences83 Le principe de base sur lequel se dégage très vite un consensus est qu'il convient d'utiliser prioritairement les comptoirs français comme centres de recrutement et d'embarquement des émigrants, et de ne recourir aux ports anglais qu'à titre complémentaire. L'explication de 77. Voir sur ce point les propos impitoyables et définitifs du ministre des Colonies dans son rapport à l'empereur de février 1857, reproduits dans J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1018. 78. Ce qui se produira effectivement dès la signature de la convention ; ibid, p. 1075-1078. 79. Rappelons que c'est dès le 25 juillet 1860 qu'est signée la Convention, mais limitée seulement à la Réunion ; supra, p. 80. ANOM, Géné. 137/1176, liasse "Compagnie d'Emigration de Pondichéry", passim, 1860 ; Inde 466/601, liasse "Application", d'Ubraye à M. Col., 11 juillet et 8 août 1861. 81. ANOM, Géné. 125/1092, rapport du directeur des Colonies au ministre sur les problèmes posés par l'exécution de la Convention, 17 janvier 1862. 82. ANOM, Géné. 122/1078, note du même au même, retraçant l'historique des agences depuis leur création, 31 juillet 1872. 83. Sur tout ce qui suit, voir, sauf indication contraire, deux rapports très complets du directeur des Colonies au ministre, le premier dans ANOM, Géné. 125/1092, sur les problèmes posés par l'exécution de la Convention, 17 janvier 1862, et le second dans Géné. 137/1175, sur l'organisation des futures agences d'émigration, 15 mars 1862.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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