Page 236

617

lement, sur les navires au départ de Calcutta, c'est automatiquement la ration anglaise qui s'applique, même s'ils se dirigent vers une colonie française. Pour autant, ceci ne veut pas nécessairement dire que les passagers meurent de faim. Jacques Weber a fait calculer très précisément l'apport calorique représenté par la ration alimentaire prévue en 1849 pour les émigrants à destination de la Réunion, et qui est légèrement plus abondante que celle portée par les textes anglais ; il arrive à 3.189 calories par jour, pour un besoin de 2.400 calories pour un adulte117; recalculée en fonction des quantités des différents ingrédients prévues par les cahiers des charges des décennies 1860 et suivantes, la ration sur les navires à destination des Antilles se situerait donc autour des 3.000 calories par jour, largement suffisante pour couvrir les besoins quantitatifs de gens qui, de toutes façons, ne se dépensent guère physiquement pendant les trois mois que dure le voyage ; on comprend mieux pourquoi "un grand nombre de coolies partis fort maigres de Calcutta" arrivent "engraissés" ou avec "de l'embonpoint" en Guadeloupe118. D'ailleurs, les plaintes sur l'insuffisance des rations à bord sont relativement rares. Certes, il se trouve bien un médecin venant d'accompagner un convoi à Cayenne qui se déclare "morally convinced that 99 out of a hundred the emigrants do not receive what is their due" en matière de nourriture pendant le voyage119, mais on en rencontre à coté beaucoup plus apportant au contraire un témoignage de satisfaction quantitative dans ce domaine120. Mais surtout, sur la cinquantaine de rapports médicaux qui nous sont parvenus, il n'y en que cinq à faire état d'un manque de nourriture pendant le voyage, dont deux ont pour origine "l'avarice" ou la malhonnêteté du capitaine121, le troisième s'inscrit dans le cadre plus vaste de tout un ensemble de mauvais traitements infligés aux passagers en cours de route122, et deux seulement résultent de plaintes émises par les Indiens eux-mêmes123. Le fait que la très grande majorité des autres médecins-accompagnateurs ne parlent pas de ce problème laisse à penser qu'ils n'ont pas d'observations particulières à formuler sur ce point. C'est surtout sur le plan qualitatif que la nourriture servie aux Indiens sur les navires d'émigrants laisse à désirer. En apparence, certes, ils ne devraient pas avoir trop de raisons de se plaindre. Le nombre de cas connus où ils ont reçu des aliments vraiment de très mauvaise qualité est extrêmement restreint, au moins après 1866, date à partir de laquelle nous sommes suffisamment informés ; jusqu'à la fin de la période d'émigration, nous n'avons rencontré que

117. J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1042. 118. Rapports des Drs Jobard (second Contest), Alavoine (Botanist) et Dhoste (second Bruce). 119. Cité dans le rapport du consul britannique à Karikal au protecteur des émigrants de Madras sur la saison d'émigration 1873-74, dans IOR, P 693, p. 305. 120. Aliquis, John Scott, Peckforton Castle, Père de Famille, Surrey, premier Brechin Castle. 121. Allahabad et Père de Famille. 122. Java ; voir infra, p. 622-623. 123. Premier mars et Killochan.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

Profile for scduag
Advertisement