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L'amélioration de l'approvisionnement des émigrants en eau douce est également qualitative. L'origine de l'eau embarqué à bord est mieux surveillée. Pendant longtemps, on s'est contenté de la prendre où on pouvait, en fait là où elle était la moins chère, y compris éventuellement dans les rivières passant à proximité du port de départ ; on imagine aisément la qualité107 et les risques108 de tels breuvages ! Ce genre de comportement semble disparaître après 1870. En tout cas, nous ne l'avons plus trouvé évoqué dans les archives109. D'autre part, les conditions de conservation à bord sont nettement meilleures. La méthode traditionnelle consiste à conserver l'eau dans des tonneaux de bois. Les textes réglementant la question essaient de prendre quelques précautions pour éviter que les bois utilisés ne donnent mauvais goût à l'eau110, mais en pratique, on emploie n'importe quelles barriques ; ainsi sur le Père de Famille, on met de l'eau dans des tonneaux ayant contenu auparavant une eau de vie de mauvaise qualité : au bout de six jours, elle commence à fermenter et "offre une odeur et un goût dont aucune expression ne peut donner une idée", provoquant une sévère épidémie de dysenterie parmi les passagers et l'équipage. Mais de toutes façons, même en dehors de cas extrêmes comme celui-ci, l'eau conservée trop longtemps dans des barriques de bois finit toujours, tôt ou tard, par se corrompre et par prendre une odeur désagréable111 ; pour la rendre sinon buvable, du moins potable, il faut alors l'additionner de jus de citron vert112, que les capitaines doivent embarquer à raison de 40 grammes par émigrant pour tout le voyage. C'est seulement quand le navire fait deux escales, dans les Mascareignes puis à Sainte-Hélène, et que le contenu des tonneaux est alors renouvelé tous les mois qu'il demeure acceptable113. On observe toutefois que, en général, toutes les plaintes des médecins-accompagnateurs sur la qualité de l'eau embarquée dans des tonneaux disparaissent ici aussi après 1870, parce que ce sont les tonneaux eux-mêmes qui disparaissent. Au-delà de cette date, en effet, l'eau est conservée quasi-systématiquement dans des "caisses" en tôle ou, plus tardivement, en zinc, qui retardent considérablement le moment où elle commence à devenir imbuvable. En outre, bien 107. Dr Roux, sur l'Indus (1868) : à Pondichéry, l'eau est prise dans des puits et elle est de bonne qualité. Ce n'est pas comme à Calcutta, où elle est prise dans le Gange ; elle a un aspect "trouble" et laisse "une quantité considérable de résidus" au fond des barriques. 108. Arch. Pondy, E2, p. 209, gouverneur Verninac à M. Col., 5 janvier 1853 : une épidémie de dysenterie a éclaté sur un navire d'émigrants à destination de la Réunion, causée par la mauvaise qualité de l'eau embarquée à Karikal ; elle avait été prise dans la rivière Arselar, qui passe au milieu de l'enclave. Pour sa défense (?), l'administration locale fait remarquer "que tous les Indiens (de Karikal) font usage de l'eau de cette rivière sans en être incommodés, et que tous les navires du pays en embarquent pour leur provision". Prudent, le gouverneur ordonne néanmoins qu'à l'avenir, l'eau pour les navires d'émigrants devra être prise "dans les puits de la place ou du jardin colonial". 109. Au contraire, le Dr Hyades signale que l'eau prise à Calcutta par le Knight Companion est de bonne qualité. L'agence française d'émigration dans ce même port prend son eau douce dans un étang bien protégé situé dans son périmètre ; rapport du Dr Aurillac (second Jumna). 110. L'Act XIII, 1864, interdit l'utilisation des tonneaux en "fir, pine or soft-wood". A Pondichéry, les cahiers des charges prescrivent l'utilisation de tonneaux en bois de chêne ou de teck. 111. Java, Dunphaïle Castle, Théréza. 112. Dr Beaufils (premier Jorawur). 113. Ainsi sur le Palais Gallien.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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