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situation disparaît totalement après 187499. Enfin, les capitaines accordent de plus en plus d'importance à la gestion de leur stock d'eau ; elle est renouvelée à chaque escale, et une grande attention est accordée aux quantités disponibles100. Même ainsi, pourtant, le problème de l'approvisionnement des coolies ships en eau douce ne reçoit toujours pas de solution réellement satisfaisante ; de 3 à 4,5 l par personne et par jour sur des navires voguant dans la zone intertropicale, le progrès est mince, et c'est sans surprise que l'on voit les passagers continuer à se plaindre101. De ce point de vue, le progrès décisif réside dans l'invention et la généralisation du dessaleur d'eau de mer, "l'appareil distillatoire" des sources contemporaines. Cet équipement apparaît en Inde dans les premières années de la décennie 1850, mais il ne se répand au début que très lentement ; aucun des bâtiments de la CGM n'en possède un avant 1858, et sur les 18 navires d'émigrants partis pour la Guadeloupe entre 1866 et 1871 pour lesquels nous sommes renseignés, 12 n'en ont pas. Pendant longtemps, en effet, il est considéré avec une certaine méfiance102, en raison des risques de panne103 et du coût de son utilisation104. Mais il finit néanmoins par s'imposer comme un élément indispensable du confort des passagers, grâce au volume relativement important d'eau qu'il peut donner105 et qui permet de pourvoir désormais à pratiquement tous les usages du bord106. Au début des années 1880, l'installation d'un "appareil distillatoire" est devenu obligatoire sur tous les navires de construction récente, et seuls les plus petits et les plus anciens, comme le Palais Gallien ou le White Adder, n'en sont pas encore équipés. 99. Les trois derniers cas connus, au moins pour la Guadeloupe, sont les Clyde (1867), Marchioness of Londonderry (1872) et Père de Famille (1874). 100. Sur le Botanist, le capitaine "réserve toujours le plus possible d'eau dans les caisses, de façon à pouvoir toujours atteindre sans manquer d'eau le port le plus voisin en cas de vice de fonctionnement de l'appareil distillatoire". 101. Par exemple, sur le Knight Companion ; d'après le Dr Barraillier (Palais Gallien), cette quantité est suffisante pour la boisson mais ne permet toujours pas de couvrir l'ensemble des besoins. 102. L'arrêté local du 3 juillet 1862 et l'Act XIII, 1864, ne dispensent pas les navires équipés d'un tel appareil de prendre de l'eau, mais les autorisent seulement à en prendre moins (20 % de la capacité nominale de production à Pondichéry, un tiers de la quantité réglementaire prévue dans les ports de l'Inde anglaise). 103. Voir note 100, supra, à propos du Botanist. En 1882 encore, l'appareil distillatoire du Bruce tombe en panne ; il faut restreindre les distributions d'eau aux passagers. 104. En effet, il faut acheter du charbon pour le faire fonctionner. C'est ce qui explique que pendant longtemps, il ne soit utilisé que comme appareil de secours que l'on ne fait pas marcher en temps normal (Troisième Suger et probablement tous autres navires de la CGM, Java, Aliquis, premier Jumna), ou uniquement pour compléter en route l'eau embarquée avant le départ (Indus, seulement quelques jours pendant toute la traversée et 14 heures par jour ; Knight Companion, 30 jours seulement pendant tout le voyage ; Artist, limité à 1.800 l/jour pour une capacité de 3.200 ; Copenhagen, a fonctionné "rarement" pendant son premier voyage pour la Guadeloupe). 105. En général, la capacité de production se situe autour des 1.800 à 2.000 l par jour, mais peut dépasser les 3.000 pour les plus grands (Artist, 3.200 ; Bruce, 3.600) ; cela permet de disposer en moyenne de 4 à 6 litres de plus par passager et par jour. Naturellement, on trouve aussi quelques petits modèles produisant moins de 1.000 l par jour. 106. En particulier pour le lavage du linge des passagers (Dr Barraillier a contrario, regrettant, notamment pour cette raison que le Palais Gallien n'en soit pas équipé). En outre, la vapeur produite pour la distillation est réutilisée pour chauffer les chaudières à riz et à curry.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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